Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • L’horloge intestinale

    L’horloge intestinale

    Constitué de corpuscules infinitésimaux de temps,
    L’éternité lentement s’écoule depuis l’horloge intestinale.
    L’infime fraction minuscule à peine avalée se détend,
    Se vaporise dans les traboules de ses entrailles terminales.

    Étrangement, le temps qui passe et le temps qu’il fait se rencontrent
    Dans la digestion des saisons par le cycle interplanétaire.
    Ce phénomène me dépasse et tout mon cœur bat à l’encontre
    De ce rythme idiot sans raison que scande mon séjour sur Terre.

    Tableau de Jacek Yerka sur https:postmodernism.livejournal.com464795.html .

  • L’élevage du ver à soie

    L’élevage du ver à soie

    Mon Bombyx, ce lépidoptère qui venait du nord de la Chine
    Avait occupé mon mûrier devenu son petit chez-soi.
    Comme il n’était que locataire, je tapais donc à la machine
    Un contrat pour le teinturier à qui louer mon ver à soie.

    Bien que le Bombyx domestique se développe dans sa chenille,
    Il prétendait se débiner sans payer le prix de mes arpents.
    Grâce à un cornet acoustique que je plaçai sous les ramilles,
    J’ai pu, son fil, rembobiner comme fait le charmeur de serpent.

    Illustration de Holly Clifton.

  • L’ex-dame de carreau

    L’ex-dame de carreau

    Elle ne semblait pas inconnue quand elle s’assît à mon bureau ;
    Je fis de façon implicite allusion à cette impression.
    « Je suis, en fait, archiconnue ! » répondit la Dame de Carreau
    Sortant sa carte de visite avec sa plus simple expression.

    « Je veux divorcer de mon Roi et épouser le Roi de Pique ! »
    Dit-elle agitant son foulard comme une oriflamme rebelle.
    « Nous formions un ménage à trois…  lança-t-elle de manière épique ;
    « Notre règne sera cumulard et nous tricherons de plus belle ! »

    Tableau de Michael Cheval sur http:chevalfineart.comportfolionew-releases .

  • Un monde de rêves – 2

    Après avoir créé le monde avec ses os et ses pépins,
    Dieu vit que cela était bon car il n’était pas pessimiste.
    Ses enfants le rendant immonde sous prétexte de gagner leur pain,
    En firent, à la sueur de leur front, un paradis économiste.

    Tant et si bien que Lucifer leur conseilla de se construire
    Une sorte de gratte-ciel pour rencontrer ce Dieu infâme.
    Hélas, malgré leur savoir-faire, ils finirent par se détruire
    Car ils oublièrent l’essentiel : demander l’avis de leurs femmes.

    Illustrations de Noëlle T.

  • L’étoile féminine

    Elles jouent aux réseaux neuronaux d’une manière chamanique,
    Reliées aux quatre éléments, les membres prolongés de dendrites.
    Et par le plexus coronal lié à l’âme océanique,
    Elles reçoivent en supplément la mémoire de l’eau circonscrite.

    La femme faible et singulière n’est qu’une toute petite parcelle
    Mais ensemble et reconnectées, elles sont le cinquième élément ;
    Celui qui transmet la lumière du grand amour universel
    Que chaque homme peut collecter auprès d’elles…

    …intellectuellement
    …perpétuellement
    …rituellement
    …sexuellement
    …spirituellement.

    Photo d’Anzheld

  • Angélina

    Les étoiles en tombent du ciel : Dieu et ses anges sont des femmes !
    Les hommes en consternation n’ont plus d’ seins à qui se vouer.
    Les phallocrates superficiels trouvent cette révélation infâme
    Et les prêtres en prosternation ont tous les boules sans l’avouer.

    Finalement quelle justice ! Dieu est Divinité Sauvage
    Qui aux hommes a donné ses filles pour les aimer les unes les autres.
    Mais plutôt qu’ils s’y convertissent, ils ont réduit en esclavage
    Ces productrices de famille sur lesquelles ces messieurs se vautrent.

    Photo de charme vue sur https://sacredcharm.tumblr.com

  • L’escalier du temps

    L’escalier du temps

    Je monte l’escalier du temps tout en regardant en arrière
    Les marches qui devraient descendre mais qui remontent vers ailleurs.
    Il est étrange tout autant d’y voir les fruits de ma carrière
    Entreposés comme les cendres pesées par un temps fossoyeur.

    Les décorations, les médailles, tout ce que j’ai pu convoiter ;
    Les erreurs, les insanités que j’ai chiées en serrant les dents ;
    Et les succès, vaille que vaille, qui viennent aussi s’y emboîter.
    Tout s’écoule dans la vanité d’un passé complexe obsédant.

    Illustration de Starry John.

  • Le piano à poutrelles

    Le piano à poutrelles

    Ne dites plus « chat de gouttière » mais « chat de piano à poutrelles »
    Car l’architecte mélomane a ainsi bâti sa maison.
    Situez, sur la carte routière, dans la commune des Pastourelles,
    La construction mégalomane d’un Maître qui a perdu la raison.

    Les escaliers sont des claviers ; les poutres des cordes à piano ;
    Toutes les portes sont à tambour ; les fenêtres, instruments à vents.
    Une choriste, sur le palier, petite-fille de Luis Mariano,
    Vous contera, mais à rebours, toute l’histoire ici-devant.

    Tableau d’Otar Imerlishvili.

  • Femme fatale

    Partout l’idéal féminin, femmes fatales inoubliables,
    Est multiplié à l’envi et fleurit dans les magazines.
    L’esthétique devient bénin et la beauté impitoyable
    S’obstine à provoquer l’envie par tout l’attrait qui l’avoisine.

    La maladie de la splendeur fait chez les garçons et les filles
    Autant de dégâts qu’un cyclone dont les effets sont ravageurs.
    Petits ensembles pourfendeurs, mini-jupes et talons aiguilles
    Et de faux-seins en silicone comme des phares naufrageurs.

    Photo d’Amanda Diaz

  • Le Grand Livre de la femme – 3

    Les filles naissent dans les roses… alors pourquoi cacher la chose ?
    Les garçons naissent dans les choux… alors pourquoi sont-ils tabous ?
    Il est étrange que l’instrument réduit à son seul dénuement
    Provoque l’abomination et même sa discrimination !

    Est-ce son côté animal qui est l’origine du mal ?
    Est-ce la fente mystérieuse qui serait antireligieuse ?
    L’homme éprouve-t-il de la honte à ne pas y trouver son compte ?
    Ou est-ce qu’il perd le contrôle quand il entrevoit sa corolle ?

    Espérons qu’un jour se dérobe le tabou caché sous les robes
    Et que l’on accorde au vagin le même privilège qu’à l’engin
    Que l’homme est si fier de brandir – et cherche même à agrandir –
    Et qu’enfin la libération du sexe entre en opération !

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https://www.behance.net/gallery/45715277/Set

  • Le Grand Livre de la femme – 1

    Si le Grand Livre de la Femme ne commence qu’au chapitre deux,
    C’est que l’histoire a occulté la première femme créée.
    On dit que cette partie infâme concernait le rôle hideux
    De Lilith dont la faculté était de n’ pas être agréée.

    Du coup, le Grand Livre est tronqué et les femmes sont désarmées
    Mais, fort heureusement pour elles, j’en ai retrouvé quelques pages.
    Celles-ci avaient été planquées par Adam, lui-même, alarmé
    Par l’inévitable querelle, « Qui sera le chef d’équipage ? »

    En résumé, je vous l’avoue, les femmes auraient dû être chef
    Car Lilith s’est montrée capable de plus de réflexion qu’Adam.
    Ainsi l’homme en moi se dévoue à le répéter derechef :
    Rendons la femme responsable et nous l’appellerons « Madame ! »

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https://www.behance.net/gallery/45715277/Set

  • Les mathématiques buissonnières

    Ô trésors de l’arithmétique, de l’algèbre et de la logique,
    Riches en beauté de leurs carrés, leurs logarithmes et leurs complexes !
    Mais ôtons des mathématiques tous ces casse-têtes illogiques
    Et laissons-nous nous égarer dans une absurdité simplexe.

    J’ai lu qu’Alice avait suivi un lapin blanc peu ordinaire ;
    Moi, j’ai fait l’école buissonnière et libéré mes caractères.
    Je les ai longtemps poursuivi en pistant leurs traces binaires
    Qui s’incrustaient dans les ornières des racines carrées de la Terre.

    Illustrations de Marie Cardouat.

  • Les mathématiques racontent

    Dans les décimales cachées des meilleurs nombres algébriques,
    Les trésors de la connaissances racontent tout et leurs contraires.
    Au fil des zéros rattachés aux autres codes numériques
    Cubes et carrés en excroissance et intégrales arbitraires.

    Prenons le film de nos vies de la naissance jusqu’à la mort.
    Il existe une infinité de nombres dont les décimales
    Contiennent récits assouvis des histoires qu’ils commémorent
    De même qu’une immensité d’existences millésimales.

    Illustrations de Marie Cardouat.

  • À s’en baigner l’œil

    D’aussi belles sinusoïdes de la physique humanoïde
    Démontrent la topologie dont la femme est mathémagie.
    Les fesses, jolis hémisphères, dégagent toute une atmosphère
    Dont les courbes sur les contours s’apparentent aux plus beau atours.

    Deux beaux seins en forme de pomme rappellent la chute de l’homme
    Qui préféra mieux les croquer quitte à être par Dieu escroqué.
    Car le créateur de la femme serait divinité infâme
    Si l’on devait rester affable devant la beauté ineffable.

    Tableau de Pierre-Auguste Renoir

  • Trempez-moi dans l’eau, trempez-moi dans l’huile

    Il est, dans la peinture à l’eau, une touche d’humidité
    Qui avantage les corps nus de toutes leur féminité.
    Jolies sirènes et angelots offrent à profit leur nudité
    Et même les démons cornus jouissent de leur masculinité.

    Rendons à la peinture à l’huile toute sa lumière vivante
    Qui semble ouvrir une fenêtre vers un paradis à portée.
    Quels que soient la main et le style, la femme en est plus captivante
    Lorsque sous le pinceau du maître, sa vénusté est rapportée.

    Tableau de Pierre-Auguste Renoir

  • Le silence aveugle

    Le silence aveugle

    La bouche irritée des bleus de son âme ;
    Les ongles teintés en masquent les yeux.
    La cupidité aveugle et infâme
    Ne pouvant tenter un cœur sourcilleux.

    Quand l’homme demande le prix de son cœur,
    La femme réplique d’absolu silence.
    Pas de réprimande mais de la rancœur,
    Un muet supplique devant l’insolence.

    Photo de Vanessa Guevara Studios.

  • Noël impatient ?

    Noël impatient ?

    Le compte à rebours recommence dès que les fêtes sont passées
    Pour les grands enfants nostalgiques qui n’ont pas assez de jouets.
    Attendre à deux, belle performance que compter les nuits espacées
    Durant les amours névralgiques du calendrier enjoué !

    On fait l’avent dans la baignoire pendant toute la morte saison ;
    On patiente au lit sous la couette, bien installés entre les draps !
    On se réchauffe sous les peignoirs tant qu’il fait frais dans la maison
    Et dès qu’on voit la silhouette du Père Noël, on tend les bras !

    Illustration de Green Cardamom.

  • Au regard où vont les choses

    La façon de voir la nature appartient au cœur de l’artiste
    Car l’œil ne sait que regarder, seul le cœur sait apprécier.
    Lui seul voit la température qui lui plait ou bien qui l’attriste
    Et sait jeter ou bien garder le sentiment associé.

    Le peintre sait fermer les yeux pour voir les couleurs invisibles,
    Il oriente son appareil contre toute normalité.
    Il ne voit pas le merveilleux ; il l’extrait de l’imprévisible
    Qui vient parler à son oreille des nouvelles tonalités.

    Je laisse l’œil se promener dans l’image et, sans polémique,
    J’écoute sa petite voix qui me raconte son histoire.
    Je n’ suis pas poète chevronné des écoles académiques
    Et je cherche ma propre voie aux dépends de mon auditoire.

    Illustration de François Ravard

  • Ô réseaux sociaux magiques !

    Mon chat et moi, nous connaissons beaucoup d’amis sur les réseaux.
    À lui, les petites souris ; à moi tous les jolis minets.
    Mon chat et moi, nous conversons avec de nombreux noms d’oiseaux
    Aux intentions souvent pourries qui sont sitôt éliminées.

    Si je suis souvent sanctionnée, mon chat fait patte de velours.
    Je n’en retire que des censures ; lui, n’en reçoit que commentaires.
    Sachant comment cela fonctionnait, sous le pseudo un peu balourd
    De « chatte soignant les blessures », j’expose mon cœur de panthère.

    Illustration de Marija Tiurina sur https://www.behance.net/gallery/81309017/Artwork-born-during-my-art-residency-in-Finland?tracking_source=best_of_behance_big_covers

  • Rouge-Vert-Bleu

    Ma vie en rouge, je la revois dans mon passé qui se contracte
    Où plus rien ne saurait changer, rien que le fruit de l’expérience.
    Car la jeunesse rien ne prévoit ; elle s’amuse et se dévontracte,
    Inconsciente d’avoir échangé insouciance contre clairvoyance.

    Ma vie en vert, je la subis dans mon présent presque immobile
    Que je peux encore modifier sous les contraintes qu’on m’impose.
    Mes aspirations, mes lubies, mes objectifs et mes mobiles
    Peuvent encore se personnifier selon tout ce dont je dispose.

    Ma vie en bleu, je la suppose dans un futur hypothétique
    Où auront été accomplies mes tentatives et stratégies.
    Mais mon cœur et mon corps s’opposent à trouver la voie prophétique
    Entre une vieillesse assouplie ou une mort en léthargie.

    Tableaux d’Izumi Kogahara sur http://touchofcolorr.blogspot.com/2015/11/izumi-kogahara.html?m=1

  • Connaissez-vous Marie-Antoinette ?

    Connaissez-vous Marie-la-Mode ? Celle, à la mode de chez nous,
    Qui faisait trembler tout Versailles tant elle ne restait pas en place ?
    Ses exigences malcommodes mettaient ses servantes à genoux
    Et les murs encore en tressaillent jusqu’à la Galerie des Glaces.

    Quant à l’affaire du collier qui aurait fait perdre la tête
    À son ministre des finances sur leur régime marital,
    Les chansonniers et paroliers en ont écrit tant d’épithètes
    Que pour en voir la pertinence, il faudrait une boule de cristal.

    Marie-Antoinette dépensière ? Les deux termes assez se ressemblent !
    Évidemment la femme triche pour mieux compenser ses souffrances.
    Si « romancière » et « financière » en amour riment souvent ensemble,
    Son cœur est resté en Autriche mais sa tête à jamais en France.

    Photos d’Alexia Sinclair sur https://beautifulbizarre.net/2015/02/20/alexia-sinclairs-rococo-black-eye-gallery

  • Le petit tour de manivelle

    Le petit tour de manivelle

    Quand le moral tombe à zéro, il suffit de le remonter
    D’un petit tour de manivelle là où ça manque de ressort.
    Je voudrais être ce héros qui aide l’homme à surmonter,
    D’une impulsion dans sa cervelle, les hasards et les coups du sort.

    Et pour les femmes, évidemment, j’ai la manivelle subtile,
    Celle qui ouvre les esprits et fait crac, boum, hue dans les cœurs,
    De mérite, n’ai pas tellement car cette manette est futile
    Puisque chaque amoureux épris la brandit comme son vainqueur.

    Tableau de Catherine Chauloux sur https:catherinechauloux.comles-peintures .

  • Mes petites boîtes

    Mes petites boîtes

    Boîte à idées, boîte à malice, boîte à jeter, boîte à garder,
    Tout prend sa valeur ajoutée quand je lui colle une étiquette.
    Bien sûr, pas pour faire la police ni pour en faire ma chasse gardée ;
    Encore moins empapaouter les trésors que j’y empaquète.

    Je crée mes petits univers dans lesquels chaque futilité
    Peut-être reine ou être pion selon les règles que je profile
    De codes uniques aux plus divers aux mille possibilités
    Dont je me vante d’être champion du monde des cassettophiles †.

    † le Boxoferrophile est le collectionneur de boîtes en fer, le Philuméniste est le collectionneur de boîtes d’allumettes, le Puxisardine est le collectionneur de boîtes de sardines mais il n’existe pas de mot pour le collectionneur de boîtes ordinaires. Alors Boîtophile ? Cassettophile ?

    Tableau de Catherine Chauloux sur https:catherinechauloux.comles-peintures .

  • La prochaine génération singée

    Après toutes ces pandémies sensées nous faire évoluer,
    Nos enfants montreront les signes d’une mutation nécessaire.
    Tout le corps de l’Académie se devra donc d’évaluer
    Les hommes et les femmes dignes de figurer dans ses glossaires.

    Des chats, nous aurons les oreilles orientées pour la 5G ;
    Des chiens, nous aurons l’odorat pour flairer les cours malhonnêtes ;
    Nos mains ne seront plus pareilles mais plutôt aptes à singer
    Nos leaders dont le mentorat nous réduira en marionnettes.

    Tableaux de Shiori Matsumoto sur https://iamachild.wordpress.com/category/matsumoto-shiori

  • Le miroir à deux faces

    Ces deux façons de voir le monde et qui divise encore les hommes
    Se reproduit à chaque fois qu’un seuil du savoir est franchi.
    Qu’on les juge purs ou immondes, tous les chemins mènent à Rome ;
    Après, tout est question de choix – qu’on en soit ou non affranchi.

    Les vaccins tuent-ils davantage que les virus qu’ils garantissent ?
    Les pandémies sont-elles dues aux effets de la pollution ?
    Quels sont tous les désavantages des avancées qui ralentissent
    La vie pour une mort prétendue être la meilleure solution ?

    Tableau de Masaru Shichinohe sur https://freewechat.com/a/MzUyMjQ0MjkwMw==/2247503907/1

  • Le Grand Livre de la femme – 2

    Ouvrons donc le premier chapitre – celui qu’Adam avait caché –
    Et nous comprendrons que la femme a été créée avant l’homme,
    Ayant reçu le libre arbitre que Dieu lui avait rattaché
    Et le coup de la pomme infâme n’est qu’un défaut de chromosome.

    Eh oui, c’est le X tronqué qui a donné l’Y raté
    Et le péché de connaissance s’est depuis longtemps agrandi ;
    Ainsi l’Histoire a démontré qu’avec ce X frelaté,
    L’homme a pris depuis sa naissance sa queue pour un sceptre brandi.

    Alors… la femme égale à Dieu ? La question est intéressante
    Et la réponse est naturelle : Dieu est du sexe féminin !
    Mais quel ouvrage fastidieux pour les religions sénescentes
    Que l’évolution culturelle de changer le pouvoir de main !

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https://www.behance.net/gallery/45715277/Set

  • Le dragon de fer

    Le dragon de fer

    Les progrès du chemin de fer ont fait reculer les chevaux,
    Ont divisé les territoires par tous leurs réseaux ferroviaires.
    Les riches ont mené leurs affaires et les autres pris dans l’écheveau
    Des péripéties de l’histoire, astreints se diversifièrent.

    Il y a toujours un train à prendre et parfois des trains à rater
    Qui ne reviennent qu’une fois compris comment en être usufruitier.
    Mais si vous vous laissez surprendre à déjouer l’autorité
    Elle vous chasse avec mépris du train en marche sans pitié.

    Tableau de José Luis Lopez.

  • La clef des rêves

    La clef des rêves

    Toujours hors de portée, la clef qui doit ouvrir les solutions
    Semble désirer s’échapper comme inaccessible horizon.
    Et l’on poursuit sans renâcler à croire sa résolution
    Quand le progrès aura frappé tout ce que nous autorisons.

    La pensée devient pragmatique pour résoudre tous ses problèmes ;
    Nous en rêvons même la nuit et certains y voient un symbole.
    Or, ce calcul mathématique nous mène droit à ce dilemme :
    À force de chercher l’ennui, on se perd dans ses paraboles.

    Tableau de Gyuri Lohmuller.

  • Flots et reflots

    Flots et reflots

    Entre le flux et le reflux, les bateaux ne font qu’obéir,
    Fidèles à la loi des marées et la mécanique des fluides.
    Pourtant il serait superflu de leur demander de trahir
    Par leurs attaches amarrés et leurs craintes envers le liquide.

    Or, la fortune et ses revers nous font également tanguer,
    Attachés aux liquidités et aux pressions économiques.
    Prenons le problème à l’envers : à force de nous haranguer,
    L’horreur de la cupidité nous mène en bateau anémique.

    Tableau d’Éric Le Pape.

  • Un monde de rêves – 1

    Au début Dieu créa le monde pour en faire un monde de rêves
    Avec un astre de lumière pour des journées émerveillées
    Et une Lune vagabonde pour une histoire de temps si brève
    Que toute sa matière première n’aurait duré qu’une veillée.

    Pourtant le Prince des Ténèbres voulu prolonger le contrat
    Et rengagea toute la troupe pour une éternelle tournée.
    Mais si Satan devint célèbre, son oisiveté démontra
    Qu’hommes et femmes vivent sous sa croupe et bossent toute la journée.

    Illustrations de Noëlle T.

  • Une rose pour la sirène – 2

    Depuis que la sirène est veuve, elle voue un culte à ses roses
    Qu’elle cultive en souvenir de son vieux marin regretté.
    Elle a su surmonter l’épreuve et remonter son cœur morose
    Par un jardin plein d’avenir pour les vieux couples retraités.

    Elle a grossi, évidemment, car le parfum de rose énivre
    Tant l’âme que son corps distille une rémanente liqueur.
    Ainsi l’amour, les sentiments pèsent autant que leurs poids en livres
    Et la sirène des Antilles en fait sa richesse du cœur.

    Tableau de Victor Nizovtsev sur https://www.catherinelarosepoesiaearte.com/2016/08/victor-nizovtsev-new.html

  • Une rose pour la sirène – 1

    Un vieux marin à la retraite cherchait sirène pour ses vieux jours
    Lorsqu’un spécimen de l’espèce se présenta sur son chemin.
    Alors, le vieillard, d’une traite, lui offrit comme preuve d’amour
    Une rose par délicatesse afin d’y demander la main.

    Mais comment son petit oiseau fit-il pour aimer sa queue tendre ?
    Sachez que tous les amoureux vivent et d’amour et d’eau fraîche.
    Ils ont dû entre les roseaux plus de mille fois s’y reprendre
    Mais, sous leurs efforts langoureux, naquit un triton dans leur crèche.

    Tableau de Victor Nizovtsev sur https://www.catherinelarosepoesiaearte.com/2016/08/victor-nizovtsev-new.html

  • L’amour instantané

    Instantanément d’une flèche, l’amour s’insinue dans le cœur
    D’où va partir un feu ardent pour raviver les braises éteintes.
    Subitement une flammèche surgit d’un sourire moqueur
    Qui s’embrase en regard mordant puis, dans la chaleur d’une étreinte.

    Cupidon maîtrise son art et la science des poisons
    Qui transmet ce virus mortel qu’est paradoxalement la vie.
    Encore plus rusé qu’un renard, il guette ses proies à foison
    Pour décocher ses immortels traits de désir qui les ravit.

    L’amour ne dure qu’un instant mais l’on se jure fidélité
    Pour y construire sa chapelle et y fonder une famille.
    Cupidon revient nonobstant continuer l’hérédité
    Avec ses flèches de rappel enduite d’amour qui fourmille.

    Tableau de Joshua May

  • Printanière & Floréale

    J’ai longtemps cru que le soleil se prolongeait en février
    Et que l’éveil de la nature n’était que juste conséquence.
    J’ai cru que le vent qui balaye les perpétuels genévriers
    Répondait à la signature d’un renouveau plein d’éloquence.

    Il est bizarre autant qu’étrange qu’aucun honneur ne soit rendu
    Envers la jeune Floréale, cette petite fée printanière.
    C’est elle qui décore d’orange et de rouge-et-or répandus
    Cette renaissance idéale dans les étendues sapinières.

    Tableau de Joshua May

  • Couple de cous

    Couple de cous

    L’adaptation qui occasionne de meilleurs choix pour la Nature
    Crée des animaux surprenants comme la girafe, par exemple,
    Dont le long cou lui solutionne l’accès aux très hautes ramures
    Et une robe les fusionnant dans un décor qui leur ressemble.

    Et l’okapi et ses rayures avec le zèbre et ses zébrures
    Ont l’art d’échapper aux poursuites en évitant les coups de barre.
    Ils lancent un « à la revoyure ! » aux lions à la belle parure
    Qui traiteront ce délit de fuite comme une poisse qui les désempare.

    Tableau de Karen Laurence Rowe.

  • Hé garçon !

    Hé garçon !

    Vers les îles dans le brouillard où il suit ses rêves troublés
    Par des cauchemars de tempêtes et vagues de répréhension,
    Le cœur fort, l’esprit débrouillard, il sait bien qu’il doit redoubler
    D’attentions dans cette compète contre ses propres appréhensions.

    Que ce soit sur terre ou sur mer, sa maison ou les antipodes,
    Chaque jour il tient l’équilibre entre la mort et la survie.
    S’il vit en mer, le goût amer du sel jamais ne l’incommode ;
    S’il vit sur Terre en homme libre, alors son rôle est assouvi.

    Tableau de Frank Herbert.

  • L’Héroïne des naissances

    Cousus de soies, de fibroïnes et garnis de duvet moelleux,
    Les célèbres sacs des cigognes font la renommée des naissances.
    L’honneur revient à l’héroïne au savoir-faire fabuleux
    Qui les expédie sans vergogne sans obtenir reconnaissance.

    Incroyable, mais pourtant vrai, Nul ne connaît son origine !
    D’ailleurs beaucoup croient dans les choux et d’autres font confiance aux roses.
    Seule, la messagère en livrée sait que l’étrange sauvagine
    Qui envoie chaque petit boutchou, prime ainsi ceux qui font la chose.

    Tableau de Joshua May

  • Le porte-voix

    Ceux qui écrivent au kilomètre romans d’amours et d’aventures
    Possèdent la plume musclée à l’encre sans doute éventée.
    Ceux qui racontent au pifomètre leurs vies à cheval, en voiture,
    Détiennent une voix renâclée à force de tant se vanter.

    Moi, je n’ai pas de portevoix, pas d’éditeur de best-sellers,
    Pas de slogan télévisé ni pub dans le moindre recoin.
    Je suis seul à tracer ma voie sans le dernier scoop harceleur ;
    Mon seul public fidélisé me lit souvent au petit coin.

    Tableau de Jarosław Jaśnikowski sur http://morbius.unblog.fr/2019/01/08/imaginart-jaroslaw-jasnikowski

  • Le château des Mages

    Le château des Mages

    Ainsi donc ce château m’obsède car je le croise un peu partout
    Dans mes recherches inabouties qui n’ont pas trouvé leur chemin
    Dont le labyrinthe m’excède par ses détours, ses fourre-tout,
    Ses culs-de-sac mal emboutis à devoir s’y prendre à deux mains.

    La dernière fois que je l’ai vu, c’était… hier… c’était… demain…
    Je ne sais plus mais son image n’a pas l’air d’être une utopie.
    À l’impromptu, à l’imprévu, si vous trouvez un parchemin
    Signalant « Le château des Mages », envoyez m’en une copie.

    Tableau de Petras Lukosius.

  • L’image fugace

    L’image fugace

    Elle demeure l’image fugace qui m’est apparue un instant
    Avant de sortir du sommeil dans ma mémoire permanente.
    Je ne sais pourquoi elle m’agace mais ce souvenir persistant
    Tintinnabule comme un réveil à la cloche encore rémanente.

    Sans doute dans une autre vie, d’autres horizons d’autres pays,
    Nous sommes-nous aimés d’amour et avons-nous fait un enfant.
    Je l’imagine, là-bas, ravi avec ses parents ébahis
    D’avoir rêvé, au petit jour, de mon reflet-vers triomphant.

    Tableau d’André Khon.

  • Quand un pont devient une étoile

    Quand un pont devient une étoile

    Quand un garçon lui tient l’échelle, il lui tient lieu de parangon
    Et la fille en sécurité ira plus loin pour innover.
    Ainsi si l’ange Saint-Michel a pu terrasser le dragon
    C’est parce que, dans l’obscurité, un autre a su le motiver.

    Alors si l’union fait la force, pourquoi les religions persistent
    À diviser l’homme et la femme plutôt que les associer ?
    Si Dieu existe, qu’Il s’efforce de m’expliquer en quoi consiste
    L’histoire d’un péché infâme qui les aurait dissociés !

    Illustration de Borda.

  • Le fruit de l’intelligence – 2

    Prenons deux cartes du tarot parmi les autres étalées ;
    Nous tirons la « Dame des Coupes » avec l’ « Arcane du Pendu ».
    L’un, suspendu par un garrot qui lui donne un air décalé,
    L’une, qui maintient dans sa soucoupe tout ce que l’autre a répandu.

    Supposons… qu’Adam ait fauté et mangé le fruit défendu
    Que le serpent lui proposait – privilège du droit de naissance.
    C’est donc l’homme qui a capoté et finit, par les pieds, pendu
    Tandis qu’Ève recomposait un Graal de jus de connaissance.

    Tableaux d’Anne Bachelier.

  • Le fruit de l’intelligence – 1

    Le fruit de l’intelligence - 1

    Ève aurait péché par faiblesse, défaut de nature des femmes ?
    Si c’est le cas, Dieu est coupable de l’avoir offerte à Adam !
    L’homme attendait plus de noblesse plutôt que ce moyen infâme
    Que croire sa femme incapable d’échapper à tout ce ramdam.

    Et si le malin est si fort… pourquoi ne pas corrompre l’Homme ?
    Aurait-ce été une sottise de mystifier ce matamore ?
    Mais Satan n’a pas fait d’effort pour l’abuser avec la pomme ;
    Ève a donné de sa bêtise quant à Adam, il l’a encore.

    Tableau de James Jean.

  • Feue la Reine des pommes

    La Reine de cœur perdit la foi envers la doctrine Descartes
    Car le bon sens qu’elle partageait royalement avec son roi
    Se répandit tout à la fois parmi les sujets de ses cartes
    Dont le mauvais sens ravageait tous les cœurs en plein désarroi.

    Elle brûla en place publique, devant tous, sa carte maîtresse
    Et tous ses titres de noblesse et jeta sa couronne aux orties.
    Elle proclama la république accueillie avec allégresse
    Mais éprouva quelques faiblesses une fois, de ce guêpier, sortie.

    Mais la Reine ne perd point la tête à l’instar de Marie-Antoinette ;
    Elle gagne la cour d’Angleterre avec Newton qui l’ensorcelle.
    Grâce à une pomme épithète — révolution sur la planète —
    Ensemble, ils remettent à la Terre son attraction universelle.

    Tableau de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases

  • Divin bassin

    Sur les fléaux de ses aiguilles, les deux plateaux sont équivoques
    Car cette balance divine pèse et juge le cœur des hommes.
    Déjà à peine petite fille, les petits garçons se provoquent
    Afin de plaire à la gamine et accéder à son royaume.

    Partie sans cesse en équilibre qui fascine et mène le monde
    Aux yeux obsédés par deux fesses qui abritent le saint des saints.
    Le cœur est pris, on n’est plus libre, en une fraction de seconde.
    J’y voue un culte, je le confesse, je suis un fêlé du bassin.



    Pour l’anecdote, je me suis fait trois fractures au bassin après ma chute de 15 m.

    Tableau de Carlos Maria Ferreira Soto

  • L’âme subtile et le cœur habile

    L’âme subtile et le cœur habile

    La nuit, deux ondes antagonistes qui n’ont pas besoin de lumière
    Influent sur le sommeil des hommes selon leurs polarisations.
    L’amour devient protagoniste en divisant dans les chaumières
    Les gènes et les chromosomes parés à la fécondation.

    L’âme et le cœur se font artistes en proposant l’arrangement
    Le plus propice pour créer un nouveau chef d’œuvre de chair.
    Puis vient le rôle des galeristes qui permettent l’affrontement
    De deux sexes qui vont suppléer à faire monter les enchères.

    Tableau de Jesse Reno sur https:rvamag.comarticlesfull15276art-feed-jesse-reno.html .

  • Juste au corps

    Mon corps cloisonné m’a beaucoup donné :
    Dans le poumon droit, l’esprit à l’étroit ;
    Dans le poumon gauche, des rêves en ébauche ;
    Blotti dans le cœur, un peu de liqueur ;
    Calé dans le foie, un manque de foi ;
    Clos dans l’estomac, mes petits formats ;
    Tassé dans le rein, du gros sel marin ;
    Et par l’intestin, s’enfuit mon destin.

    Dans un œil je loge une grande horloge,
    Dans l’autre je range un regard étrange.
    Jusqu’au râtelier monte un escalier
    En colimaçon pour mes deux garçons
    Qui vont à l’école entre mes épaules
    Faire les fantassins au creux du bassin.
    Tandis que mes filles descendent aux chevilles
    Pour faire la fête criant à tue-tête.

    J’ai dans mes deux seins, comme médecin,
    La crème du lait, un petit filet
    Qui coule à l’abri jusqu’à mon nombril
    Et dont le nectar est bu sans retard.
    Après l’écrémage, j’en fait du fromage ;
    Mon petit mari le soir s’en nourrit.
    Et puis, dans la chambre, j’étire mes membres,
    Le jour se dérobe, j’enlève ma robe.

    Illustration Photo Sculpture Tableau de Enrica Campi

  • Zéro Zéro Sextuor

    Double-zéro-un… connais pas ; Double-zéro-deux… pas du tout
    Et jusqu’à Double-zéro-six, je n’en ai aucun souvenir.
    Pourtant personne ne s’y trompa, Double-zéro-sept fut partout
    Incarné par tant de sosies que je n’ sais lequel retenir.

    J’ai beaucoup aimé le premier, un écossais de pure souche
    Dont « Goldfinger » fit les honneurs qui m’ont jusqu’à ce jour complu.
    L’autre dandy, c’est coutumier, voulut en remettre une couche,
    Quant aux autres, au petit bonheur, le public aime et moi non plus.

    Pierce Brosnan, Roger Moore, Sean Connery, George Lazenby, Timothy Dalton et Daniel Craig. Quant aux actrices, une seule table n’aurait pas suffi.

  • La fille aux yeux hybrides

    Fille de sirène, sans doute, et d’un bel elfe assurément,
    Un jour mon fils l’a ramenée ; il l’avait prise en ses filets.
    Elle avait l’air d’être en déroute et parlait démesurément
    Aux accents de Méditerranée d’une langue pointue effilée.

    Quoi qu’il en soit, ils se marièrent malgré toutes mes incertitudes
    Et partirent ensemble à Bordeaux se rapprocher de l’Atlantique.
    Je ne sais quelle fut leur carrière mais ils eurent une multitude
    D’enfants tritons assez lourdauds et de sirènes romantiques.

    Photo de Joaquin Acevedo

  • Dans la tête

    Il pourrait paraître incroyable qu’aussi simple soit mon labyrinthe,
    Mais mes instincts organisés ont trouvé leur terrain d’entente.
    Mes phobies les plus effroyables, tapies aux impasses succinctes,
    Surgissent désorganisées et laissent place à la détente.

    Évidemment quand vient la nuit, mon cerveau reptilien s’anime ;
    Le petit avion dans la tête brasse l’air dans un tintamarre ;
    Tous les vieux démons de minuit courent sous brassard anonyme
    Et se rassemblent pour la fête au festival des cauchemars.

    Mais tout cela n’est qu’illusion cachée derrière ce dédale,
    Un peu comme un jeu vidéo conçu pour exploser le score.
    Mes neurones, à contribution dans les replis de l’encéphale,
    Triomphent dans un rodéo dont ils battent tous les records

    Illustration de Meluseena