Ô ALLEGÔRÏÄ

Bienvenue dans Ô ALLEGÔRÏÄ, la Maison des Mondes Reliés.
Ici vivent les LLyrïädes, leurs compagnons, leurs enfants,
et ceux que les portes du Poïnt ZérÔ déposent au seuil des merveilles.


Ô ALLEGÔRÏÄ n’est ni un royaume, ni un temple :
c’est une maison assez vaste pour accueillir les rêves,
les légendes, les cités englouties, les voyages d’Atlantis
et les mondes encore en gestation.

Chaque récit y devient passage, chaque repas une assemblée,
chaque découverte une porte entrouverte sur l’inconnu.
Entrez simplement.
La porte est ouverte.

Les Habitants et Voyageurs d’Ô ALLEGÔRÏÄ

Yavänor : Le poète, le passeur, l’ancien souffle de l’ÏÄMOURÏÄ.
Laurelïne : La flamme première, le cœur solaire, la parole qui éclaire.
Loreleï : La profondeur vivante, l’eau qui accueille et transforme.
Lïlïth : La matrice ancienne, la mémoire féconde, l’insoumise doyenne.
Ledalïä : Le regard exact, la révélation présente, l’œil qui rend visible.
Geminïä : La constellation, la reliance, l’ambassadrice de l’amour en partage.
ÄLLÏÄ : La Gardienne du Souffle Premier, celle qui ouvre les seuils.
STELLÏÄ : La magicienne du métal, l’éclat neuf des mondes à venir.
Éôlïäne : La messagère libre, le rire des passages, le vent des Reflets-Vers.
Azurïanne : La sirène des profondeurs, la mémoire liquide des mondes engloutis.
Alinéor : L’intendant, le cuisinier-poète, celui qui nourrit la maison.
Cristïäs : L’Atlante retrouvé, le lien vivant avec Atlantis.
ORPHÉÔN : La voix, le chant, l’accord secret d’ÄLLÏÄ.

Nota Bene : Les rapports et exergues d’ÄLLÏÄ ouvrent les passages d’Ô ALLEGÔRÏÄ avant que les images et les récits n’en déploient les mondes.

  • Les congés payés des silures

    « Lu dans les journaux du matin :
    L’Italie déclare la guerre aux silures géants qui menacent la faune du lac de Garde.
    Ils prolifèrent dans les eaux du lac et menacent la faune locale. L’Italie va subventionner leur capture pour freiner leur expansion.
    Les plus gros spécimens s’attaquent aux sardines, aux bars et aux corégones, mais aussi aux canards et aux cormorans ; ils pourraient même s’en prendre à de petits chiens.

    Bien que soi-disant originaires d’Asie, nous savons très bien qu’ils proviennent du haras de Monsieur Constantïne… »

    Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier

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    Voici qu’au bord du lac de Garde, on traque aujourd’hui les silures ;
    Venus du haras des sirènes, ils ont pris goût aux eaux du Sud.
    Constantïne monte la garde mais cherche encore ses créatures ;
    Les autorités souveraines ont mis cent mille écus dessus.

    Au haras, l’alarme est donnée : deux pensionnaires sont partis ;
    La serrure était bien fermée, Constantïne peut l’attester.
    Loïrelïndt fut, bien sûr, questionnée mais elle n’en a pourtant rien dit ;
    Son innocence est proclamée sans même avoir à protester.

    « Ce n’est qu’un voyage estival ; ils prennent leurs congés payés !
    À la fin de cette saison, ils reviendront tous d’Italie.
    Quand ils seront bien dépaysés, fatigués d’avoir trop nagé,
    Ils regagneront la maison pour retrouver leur paradis ! »

    Ils ont croqué quelques canards comme nouvelle gastronomie,
    Puis avalé des cormorans, des bars, des perches et des bernaches.
    Ils ont coursé des chiens bavards et gagné le trophée promis,
    Puis poursuivi des chats marrants pour entretenir leurs moustaches.

    Mais la Vénétie les menace, met leurs têtes à cent mille euros
    Et a subventionné la traque faisant armer tous les pêcheurs.
    « Cette récompense tenace pour exterminer nos héros
    Est un scandale qui détraque la Nature et ses démarcheurs ! »

    « Ne craignez rien ! » dit Éôlïäne : « ils rentreront tout simplement
    Lorsque l’eau leur paraîtra fade et qu’ils pleureront nos boîtes de thon.
    Selon la mémoire océane, ils remonteront lentement
    Les rivières sans rebuffade pour s’faire chatouiller le menton ! »

    Constantïne a fermé les portes puis recompté tous ses poissons ;
    Loïrelïndt, restée toujours muette, contemple au loin les eaux lombardes.
    Nul ne sait encore de quelle sorte ils sont partis sans permission
    Mais trois sirènes satisfaites font une patrouille d’avant-garde.

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    Illustrations de Ledalïä & Geminïä, Texte de Laurelïne.

  • Confidences d’un gardien de haras

    « La fourberie des sirènes n’a pas de limite.

    Non seulement elles ont provoqué elles-mêmes la fugue des silures mais elles en rejettent la faute sur Constantïne qui gobe l’affaire et s’en lamente.
    Avec câlineries et espiègleries, elles vont réussir à lui faire accepter un nouveau rôle en prétextant que c’est pour son bien.
    Et ce pauvre Constantïne a signé les yeux fermés. »

    Loïrelïndt, fantôme de première classe

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    « Je n’y comprends rien ! » dit Constantïne ; « Je vérifie toujours les portes
    Et il n’y a aucune raison qu’un silure, tout seul, puisse sortir ! »
    « Peut-être une main enfantine… » suggère Loïrelïndt, « de la sorte…
    Quelqu’un qui dans cette maison aurait voulu les pervertir… »

    « Les trois gamines ? C’est ridicule ! Elles tiennent beaucoup à leurs montures ;
    D’ailleurs elles m’ont déjà promis que tout s’éclaircirait un jour…
    Elles viennent avant le crépuscule ! » dit-il, l’œil sur les fermetures.
    « Sur les lieux du crime commis, l’assassin y revient toujours… »

    « Le bonsoir, Monsieur Constantïne ! » Disent les sirènes à trois voix ;
    « Le bonsoir, mes chères petites ! Alors ? Où en est votre enquête ? »
    « Il semble, hélas, que la routine vous ait fait oublier une fois…
    Juste une fois… lorsque vous partîtes avec tout autre chose en tête… »

    « Ah mes petites pardonnez-moi ce seul moment de distraction ! »
    Gémit-il en tendant les mains, « Je n’suis qu’un vieux polichinelle ! »
    « Mon pauvre Monsieur, c’est ce mois chargé de bien trop d’attractions…
    Mais… que voulez-vous… c’est humain ! » minaudent les trois criminelles.

    « Vous avez besoin de repos et on va s’occuper de vous ;
    Venez ! Nous sommes toutes expertes en massage récupérateur !
    Vos nerfs sont tous à fleur de peau… allongez-vous… détendez-vous…
    Sentez toutes nos mains offertes dans un amour libérateur… »

    « Vous êtes des petites fées ; demandez ce que vous voulez… »
    « Nous songeons à votre bonheur pour que vos soucis se détachent…
    Dans le haras vous étouffez… alors… sans trop vous chambouler
    Laissez-nous donc vous faire honneur en vous offrant de nouvelles tâches… »

    « Il vous faut de la compagnie… rencontrer d’autres humains, en somme…
    Organiser une belle cantine, des logements, des mobile-homes…
    Et comme vous êtes si bien garni, vous pourriez être leur majordome… »
    « Quelle bonne idée ! » dit Constantïne, « Je suis d’accord, je suis votre homme ! »

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    Illustrations de Ledalïä & Geminïä.