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  • L’autre perception

    Plus je m’enfonce dans mes vers à la recherche de ma muse,
    Plus celle-ci reste étrangère à ma couleur fondamentale.
    Je peux scruter tout l’univers dans tous les sens si ça m’amuse
    Sans que jamais la messagère rappelle mon âme sentimentale.

    Mais si j’accepte de m’ouvrir à l’inconnu, à l’imprévu,
    Si je prends le temps d’écouter un chant nouveau de vérité,
    Je n’aurai plus qu’à découvrir les œillères qui brouillent ma vue
    Pour cesser d’être dérouté par souci de sécurité.

    Illustration de James Jean.

  • Madame de la Chandeleur

    Madame de la Chandeleur

    Madame de la Chandeleur porte l’habit une fois par an
    Parée de galons paraffine avec bougies et oriflamme.
    Elle nous parle avec chaleur de ses ancêtres, ses parents,
    Le Roi, le Prince et la Dauphine dont elle ranime la flamme.

    Mais ne parlez pas de flamber, ses crêpes au chouchen ou au rhum
    Qui lui évoquent la détresse survenue au cours de l’automne
    Car ses aïeux ont succombé à un incendie au forum
    Des Halles par la maladresse d’une cuisinière bretonne.

    Photo de Helen Sobiralski.

  • Mère nature s’inquiète un peu

    Mère nature s’inquiète un peu

    Mère Nature, consciencieuse, surveille l’aventure humaine
    Qu’elle trouve assez dissipée, bien au-delà de la normale
    D’une volonté capricieuse qui rabâche au fil des semaines
    Le désir de s’émanciper de ses racines animales.

    Les unes ne veulent plus être femmes aux dernières actualités
    Et jugent la pénétration comme phallocrate dictature.
    Elles refusent le rôle infâme qu’impose leur sexualité ;
    Quant aux hommes, leur génération ne pense qu’aux belles voitures.

    Tableau de Catrin Welz-Stein sur http:artsdumonde.canalblog.comarchives2016031233502041.html .

  • Tout ça, c’est Dieu qui joue aux dés

    Tout ça, c’est Dieu qui joue aux dés

    Si la quadrature du cercle a nui aux mathématiciens,
    L’Univers est indécidable et triche avec ses propres lois.
    Moi qui ai soulevé le couvercle par esprit pythagoricien,
    Je n’y ai vu qu’une formidable supercherie de bon aloi.

    Ceux qui croient que la Terre est plate utilisent des règles pirates ;
    Ceux qui pensent que l’Univers est infini, sont démodés ;
    Ceux qui lisent sur l’omoplate d’un chameau la dernière sourate
    Et ceux qui font tout de travers, tout ça, c’est Dieu qui joue aux dés.

    Tableau de Validimir Kush.

  • Le paradis sans elle ?

    Afin de plaire aux phallocrates, Dieu créa Adam sans la femme
    Et le plaça au Paradis sans désir et sans tentation.
    L’homme régna en autocrate sur les animaux sans fantasme
    Et eut pour le prix d’un radis la Terre pour sa sustentation.

    Que croyez-vous qu’il arriva dans ce nirvâna enchanté ?
    Il resta sans conversation, sans plaisir de la connaissance.
    Tant sa bêtise dériva que Dieu, lui-même fort déchanté,
    Gomma sans tergiversation l’erreur et son obsolescence.

    Alors Dieu eut l’idée du siècle : L’erreur étant inévitable,
    Il refit l’homme d’après brouillon et se consacra à la Femme !
    Avec un caractère espiègle et une audace irréfutable,
    Elle transforma le couillon en lui développant son âme.

    Tableau de Wojtek Siudmak

  • Croissant de Lune

    Au premier croissant de ma muse, j’observe sa rotondité ;
    Quand elle est pleine, je m’amuse à tâter sa fécondité.
    Au dernier croissant une averse tombe en vers hexadécimaux
    Et la nouvelle me renverse quand je suis père de jumeaux.

    Après maintes révolutions, Lune rousse et éclipses solaires,
    J’ai vite pris la résolution d’en peindre nos rapports lunaires.
    Ma muse m’a donné tant d’enfants aux yeux brillants comme des étoiles
    Que je les ai brossés triomphants dans tout l’univers de ma toile.

    Lorsque la Lune ralentit et ma muse tourne moins vite,
    Ce sont mes peines ressenties qui freinent quand elle gravitent
    Autour de mon âme assoiffée de leurs lumières inspiratrices
    Que, sur ma tête décoiffée, elles répandent en bienfaitrices.

    Photo de Plamena Koeva

  • Le peuple de la mer

    Au milieu des eaux peu profondes parmi les récifs coralliens,
    Une nouvelle humanité chante une ultime litanie.
    Celle de l’expression féconde via le continent australien
    Et d’autres nationalités de toutes les océanies.

    Là, hommes et femmes de pierre forment un cromlech humanoïde
    Pour rappeler le peuple ancien parti au fin fond des abysses.
    Les ondes chargées de prière se transmettent en sinusoïdes
    Jusqu’aux archipels tahitiens et renvoient l’écho d’Anubis.

    Peuples Atlantes, d’Égypte ancienne, d’Hyperborée et Lémurie
    Demeurent à jamais disponibles envers le monde du silence.
    Philosophies platoniciennes issues d’idéologies mûries
    Restent à jamais incompatibles avec leurs cercles en vigilance.

    Sculptures sous-marines de Jason deCaires Taylor

  • Fééries

    Jeu de la poudre, jeu des chevaux, jeu de la guerre, jeu du courage,
    Pour honorer un mariage, pour célébrer une naissance.
    Parures et grands écheveaux font plus que force ni que rage
    Avec leurs tirs de mitraillage, symboles de reconnaissance.

    Tous les fusils à poudre noire crépitent et simulent la charge
    Pour repousser les ennemis et protéger femmes et enfants.
    Les cavaliers jouent de mémoire, en louvoyant de long en large,
    D’ancestraux combats retransmis d’un peuple fier et triomphant.

    Pratiques anciennes d’Afrique, le bruit des sabots galopants
    Et le feu des salves nourries persévèrent au-delà du temps
    Dans les souvenirs féériques qui vont en se développant
    Sous les ovations des houris qui sourient aux exécutants.

    Tableaux d’Anne Delplace sur http://www.anne-delplace.com/peinture-huile.php

  • Noël égaré

    Noël égaré

    Pas plus qu’un Père Noël russe qui aurait traversé l’Ukraine,
    Ou un virus en houppelande qui viendrait s’offrir en cadeau,
    Je ne crois pas en ces chorus qui me promettent pour mes étrennes
    Le retour de François Hollande qui chevaucherait Tornado.

    Car le retour au bon vieux temps de Zorro ou Robin-des-bois
    N’est qu’une panoplie tissée avec juste un trou pour les yeux
    Qui ne laisse voir qu’un inquiétant Père Rouspétard aux abois
    Menaçant de rapetisser mon petit confort orgueilleux.

    Illustration d’Oksana Grivina sur http:www.dripbook.comgrivinastyleillustration-portfolios .

  • Messages du passé

    Toute la lumière du passé, comme le phare au crépuscule,
    Renvoie son appel lumineux pour guider les hommes égarés.
    Pourtant, nous sommes dépassés par les mensonges ridicules
    Que nos cadors faramineux profèrent pour nous effarer.

    J’en appelle à l’intelligence, la prudence et la tempérance
    Pour ne pas nous laisser berner par les feux de ces naufrageurs !
    On nous ballotte dans l’urgence pour masquer la prépondérance
    À, nous-mêmes, nous gouverner sans leurs coup fourrés ravageurs

    Tableau de Wojtek Siudmak

  • Tracer la ligne rouge

    Le gouvernement a décidé de peindre une frontière rouge
    Au milieu de toutes les villes pour diviser les complotistes.
    D’un côté, les intimidés qui ni n’avancent ni ne bougent
    Pour éviter la guerre civile avec les anticonformistes.

    On prévoit aussi des lignes jaunes pour séparer les religions ;
    Des murs aux couleurs arc-en-ciel pour ceux qui contrarient leur sexe ;
    On partagera chaque zone selon que nous privilégions
    Quoi que ce soit, non essentiel, mais qu’il faudrait mettre à l’index.

    Tableau de Jimmy Lawlor

  • Histoires d’amour libres

    Petit oiseau, petit poisson	s’aimeront un jour d’amour tendre
    Lorsqu’à l’instar du Créateur, je bâtirai mon nouveau monde.
    Un monde où, au temps des moissons, l’air et le vent pourront prétendre
    À se marier à la moiteur des rivières chaudes et vagabondes.

    L’onde aussi légère que l’air, l’air alourdi de compassion,
    Rencontreront un équilibre dans des amours plus ou moins sages.
    Des poissons-volants similaires à des anges en lévitation
    Convoleront en amour libre avec des oiseaux de passage.

    Illustration de Vladimir Gvozdariki sur http://klimtbalan.blogspot.com/2012_02_01_archive.html

  • La voix de sa mère

    Partout elle recherchait sa mère depuis qu’elle les avait quittés
    Pour les abysses éternelles aux eaux chatoyantes et nacrées.
    Malgré la mémoire éphémère de son départ précipité,
    Elle compulsait les maternelles origines de son chant sacré.

    Héritière de son ouïe fine – des oreilles en colimaçon –
    Elle disposait des coquillages là, tout autour de son séant,
    Pour écouter la voix divine, assise sur sa queue de poisson,
    Dont remontait le babillage par le réseau des océans.

    Tableau de Shiori Matsumoto sur https://iamachild.wordpress.com/category/matsumoto-shiori

  • Les conférences de Mère Nature

    Les conférences de Mère Nature

    Mère-Nature correspond par le biais des quatre éléments
    Pas par bouteilles à la mer mais par réseau de montgolfières.
    Comme personne ne lui répond, elle demeure là, isolément,
    Guettant le p’tit geste éphémère d’un enfant qui la rendrait fière.

    Mais les avions dévastateurs perturbent le courrier du ciel
    Par des chemtrails d’interférence dont les fautifs restent de marbre.
    Malgré tous ces profanateurs, vous pouvez capter l’essentiel
    De ses sublimes conférences en vous plaquant contre ses arbres.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • La fée Électricité

    La fée Électricité

    Sur mon balcon, j’ai une ampoule sans fil relié au secteur
    Qui, grâce à l’énergie solaire, s’éveille quand tombe le jour.
    Une petite fée déboule issue du socle collecteur
    Venue de l’Étoile Polaire pour agrémenter mon séjour.

    Le soir fait partie du séjour qui se prolonge ainsi la nuit,
    Par la vertu de la science et l’économie d’énergie.
    Elle brille jusqu’au petit jour et clignote un coup à minuit
    Sans doute en reconnaissance à la Petite Ourse en synergie.

    Illustration de Marie Cardouat.

  • L’horloge intestinale

    L’horloge intestinale

    Constitué de corpuscules infinitésimaux de temps,
    L’éternité lentement s’écoule depuis l’horloge intestinale.
    L’infime fraction minuscule à peine avalée se détend,
    Se vaporise dans les traboules de ses entrailles terminales.

    Étrangement, le temps qui passe et le temps qu’il fait se rencontrent
    Dans la digestion des saisons par le cycle interplanétaire.
    Ce phénomène me dépasse et tout mon cœur bat à l’encontre
    De ce rythme idiot sans raison que scande mon séjour sur Terre.

    Tableau de Jacek Yerka sur https:postmodernism.livejournal.com464795.html .

  • L’élevage du ver à soie

    L’élevage du ver à soie

    Mon Bombyx, ce lépidoptère qui venait du nord de la Chine
    Avait occupé mon mûrier devenu son petit chez-soi.
    Comme il n’était que locataire, je tapais donc à la machine
    Un contrat pour le teinturier à qui louer mon ver à soie.

    Bien que le Bombyx domestique se développe dans sa chenille,
    Il prétendait se débiner sans payer le prix de mes arpents.
    Grâce à un cornet acoustique que je plaçai sous les ramilles,
    J’ai pu, son fil, rembobiner comme fait le charmeur de serpent.

    Illustration de Holly Clifton.

  • L’ex-dame de carreau

    L’ex-dame de carreau

    Elle ne semblait pas inconnue quand elle s’assît à mon bureau ;
    Je fis de façon implicite allusion à cette impression.
    « Je suis, en fait, archiconnue ! » répondit la Dame de Carreau
    Sortant sa carte de visite avec sa plus simple expression.

    « Je veux divorcer de mon Roi et épouser le Roi de Pique ! »
    Dit-elle agitant son foulard comme une oriflamme rebelle.
    « Nous formions un ménage à trois…  lança-t-elle de manière épique ;
    « Notre règne sera cumulard et nous tricherons de plus belle ! »

    Tableau de Michael Cheval sur http:chevalfineart.comportfolionew-releases .

  • Un monde de rêves – 2

    Après avoir créé le monde avec ses os et ses pépins,
    Dieu vit que cela était bon car il n’était pas pessimiste.
    Ses enfants le rendant immonde sous prétexte de gagner leur pain,
    En firent, à la sueur de leur front, un paradis économiste.

    Tant et si bien que Lucifer leur conseilla de se construire
    Une sorte de gratte-ciel pour rencontrer ce Dieu infâme.
    Hélas, malgré leur savoir-faire, ils finirent par se détruire
    Car ils oublièrent l’essentiel : demander l’avis de leurs femmes.

    Illustrations de Noëlle T.

  • L’étoile féminine

    Elles jouent aux réseaux neuronaux d’une manière chamanique,
    Reliées aux quatre éléments, les membres prolongés de dendrites.
    Et par le plexus coronal lié à l’âme océanique,
    Elles reçoivent en supplément la mémoire de l’eau circonscrite.

    La femme faible et singulière n’est qu’une toute petite parcelle
    Mais ensemble et reconnectées, elles sont le cinquième élément ;
    Celui qui transmet la lumière du grand amour universel
    Que chaque homme peut collecter auprès d’elles…

    …intellectuellement
    …perpétuellement
    …rituellement
    …sexuellement
    …spirituellement.

    Photo d’Anzheld

  • Angélina

    Les étoiles en tombent du ciel : Dieu et ses anges sont des femmes !
    Les hommes en consternation n’ont plus d’ seins à qui se vouer.
    Les phallocrates superficiels trouvent cette révélation infâme
    Et les prêtres en prosternation ont tous les boules sans l’avouer.

    Finalement quelle justice ! Dieu est Divinité Sauvage
    Qui aux hommes a donné ses filles pour les aimer les unes les autres.
    Mais plutôt qu’ils s’y convertissent, ils ont réduit en esclavage
    Ces productrices de famille sur lesquelles ces messieurs se vautrent.

    Photo de charme vue sur https://sacredcharm.tumblr.com

  • L’escalier du temps

    L’escalier du temps

    Je monte l’escalier du temps tout en regardant en arrière
    Les marches qui devraient descendre mais qui remontent vers ailleurs.
    Il est étrange tout autant d’y voir les fruits de ma carrière
    Entreposés comme les cendres pesées par un temps fossoyeur.

    Les décorations, les médailles, tout ce que j’ai pu convoiter ;
    Les erreurs, les insanités que j’ai chiées en serrant les dents ;
    Et les succès, vaille que vaille, qui viennent aussi s’y emboîter.
    Tout s’écoule dans la vanité d’un passé complexe obsédant.

    Illustration de Starry John.

  • Le piano à poutrelles

    Le piano à poutrelles

    Ne dites plus « chat de gouttière » mais « chat de piano à poutrelles »
    Car l’architecte mélomane a ainsi bâti sa maison.
    Situez, sur la carte routière, dans la commune des Pastourelles,
    La construction mégalomane d’un Maître qui a perdu la raison.

    Les escaliers sont des claviers ; les poutres des cordes à piano ;
    Toutes les portes sont à tambour ; les fenêtres, instruments à vents.
    Une choriste, sur le palier, petite-fille de Luis Mariano,
    Vous contera, mais à rebours, toute l’histoire ici-devant.

    Tableau d’Otar Imerlishvili.

  • Femme fatale

    Partout l’idéal féminin, femmes fatales inoubliables,
    Est multiplié à l’envi et fleurit dans les magazines.
    L’esthétique devient bénin et la beauté impitoyable
    S’obstine à provoquer l’envie par tout l’attrait qui l’avoisine.

    La maladie de la splendeur fait chez les garçons et les filles
    Autant de dégâts qu’un cyclone dont les effets sont ravageurs.
    Petits ensembles pourfendeurs, mini-jupes et talons aiguilles
    Et de faux-seins en silicone comme des phares naufrageurs.

    Photo d’Amanda Diaz

  • Le Grand Livre de la femme – 3

    Les filles naissent dans les roses… alors pourquoi cacher la chose ?
    Les garçons naissent dans les choux… alors pourquoi sont-ils tabous ?
    Il est étrange que l’instrument réduit à son seul dénuement
    Provoque l’abomination et même sa discrimination !

    Est-ce son côté animal qui est l’origine du mal ?
    Est-ce la fente mystérieuse qui serait antireligieuse ?
    L’homme éprouve-t-il de la honte à ne pas y trouver son compte ?
    Ou est-ce qu’il perd le contrôle quand il entrevoit sa corolle ?

    Espérons qu’un jour se dérobe le tabou caché sous les robes
    Et que l’on accorde au vagin le même privilège qu’à l’engin
    Que l’homme est si fier de brandir – et cherche même à agrandir –
    Et qu’enfin la libération du sexe entre en opération !

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https://www.behance.net/gallery/45715277/Set

  • Le Grand Livre de la femme – 1

    Si le Grand Livre de la Femme ne commence qu’au chapitre deux,
    C’est que l’histoire a occulté la première femme créée.
    On dit que cette partie infâme concernait le rôle hideux
    De Lilith dont la faculté était de n’ pas être agréée.

    Du coup, le Grand Livre est tronqué et les femmes sont désarmées
    Mais, fort heureusement pour elles, j’en ai retrouvé quelques pages.
    Celles-ci avaient été planquées par Adam, lui-même, alarmé
    Par l’inévitable querelle, « Qui sera le chef d’équipage ? »

    En résumé, je vous l’avoue, les femmes auraient dû être chef
    Car Lilith s’est montrée capable de plus de réflexion qu’Adam.
    Ainsi l’homme en moi se dévoue à le répéter derechef :
    Rendons la femme responsable et nous l’appellerons « Madame ! »

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https://www.behance.net/gallery/45715277/Set

  • Les mathématiques buissonnières

    Ô trésors de l’arithmétique, de l’algèbre et de la logique,
    Riches en beauté de leurs carrés, leurs logarithmes et leurs complexes !
    Mais ôtons des mathématiques tous ces casse-têtes illogiques
    Et laissons-nous nous égarer dans une absurdité simplexe.

    J’ai lu qu’Alice avait suivi un lapin blanc peu ordinaire ;
    Moi, j’ai fait l’école buissonnière et libéré mes caractères.
    Je les ai longtemps poursuivi en pistant leurs traces binaires
    Qui s’incrustaient dans les ornières des racines carrées de la Terre.

    Illustrations de Marie Cardouat.

  • Les mathématiques racontent

    Dans les décimales cachées des meilleurs nombres algébriques,
    Les trésors de la connaissances racontent tout et leurs contraires.
    Au fil des zéros rattachés aux autres codes numériques
    Cubes et carrés en excroissance et intégrales arbitraires.

    Prenons le film de nos vies de la naissance jusqu’à la mort.
    Il existe une infinité de nombres dont les décimales
    Contiennent récits assouvis des histoires qu’ils commémorent
    De même qu’une immensité d’existences millésimales.

    Illustrations de Marie Cardouat.

  • À s’en baigner l’œil

    D’aussi belles sinusoïdes de la physique humanoïde
    Démontrent la topologie dont la femme est mathémagie.
    Les fesses, jolis hémisphères, dégagent toute une atmosphère
    Dont les courbes sur les contours s’apparentent aux plus beau atours.

    Deux beaux seins en forme de pomme rappellent la chute de l’homme
    Qui préféra mieux les croquer quitte à être par Dieu escroqué.
    Car le créateur de la femme serait divinité infâme
    Si l’on devait rester affable devant la beauté ineffable.

    Tableau de Pierre-Auguste Renoir

  • Trempez-moi dans l’eau, trempez-moi dans l’huile

    Il est, dans la peinture à l’eau, une touche d’humidité
    Qui avantage les corps nus de toutes leur féminité.
    Jolies sirènes et angelots offrent à profit leur nudité
    Et même les démons cornus jouissent de leur masculinité.

    Rendons à la peinture à l’huile toute sa lumière vivante
    Qui semble ouvrir une fenêtre vers un paradis à portée.
    Quels que soient la main et le style, la femme en est plus captivante
    Lorsque sous le pinceau du maître, sa vénusté est rapportée.

    Tableau de Pierre-Auguste Renoir

  • Le silence aveugle

    Le silence aveugle

    La bouche irritée des bleus de son âme ;
    Les ongles teintés en masquent les yeux.
    La cupidité aveugle et infâme
    Ne pouvant tenter un cœur sourcilleux.

    Quand l’homme demande le prix de son cœur,
    La femme réplique d’absolu silence.
    Pas de réprimande mais de la rancœur,
    Un muet supplique devant l’insolence.

    Photo de Vanessa Guevara Studios.

  • Noël impatient ?

    Noël impatient ?

    Le compte à rebours recommence dès que les fêtes sont passées
    Pour les grands enfants nostalgiques qui n’ont pas assez de jouets.
    Attendre à deux, belle performance que compter les nuits espacées
    Durant les amours névralgiques du calendrier enjoué !

    On fait l’avent dans la baignoire pendant toute la morte saison ;
    On patiente au lit sous la couette, bien installés entre les draps !
    On se réchauffe sous les peignoirs tant qu’il fait frais dans la maison
    Et dès qu’on voit la silhouette du Père Noël, on tend les bras !

    Illustration de Green Cardamom.

  • Au regard où vont les choses

    La façon de voir la nature appartient au cœur de l’artiste
    Car l’œil ne sait que regarder, seul le cœur sait apprécier.
    Lui seul voit la température qui lui plait ou bien qui l’attriste
    Et sait jeter ou bien garder le sentiment associé.

    Le peintre sait fermer les yeux pour voir les couleurs invisibles,
    Il oriente son appareil contre toute normalité.
    Il ne voit pas le merveilleux ; il l’extrait de l’imprévisible
    Qui vient parler à son oreille des nouvelles tonalités.

    Je laisse l’œil se promener dans l’image et, sans polémique,
    J’écoute sa petite voix qui me raconte son histoire.
    Je n’ suis pas poète chevronné des écoles académiques
    Et je cherche ma propre voie aux dépends de mon auditoire.

    Illustration de François Ravard

  • Ô réseaux sociaux magiques !

    Mon chat et moi, nous connaissons beaucoup d’amis sur les réseaux.
    À lui, les petites souris ; à moi tous les jolis minets.
    Mon chat et moi, nous conversons avec de nombreux noms d’oiseaux
    Aux intentions souvent pourries qui sont sitôt éliminées.

    Si je suis souvent sanctionnée, mon chat fait patte de velours.
    Je n’en retire que des censures ; lui, n’en reçoit que commentaires.
    Sachant comment cela fonctionnait, sous le pseudo un peu balourd
    De « chatte soignant les blessures », j’expose mon cœur de panthère.

    Illustration de Marija Tiurina sur https://www.behance.net/gallery/81309017/Artwork-born-during-my-art-residency-in-Finland?tracking_source=best_of_behance_big_covers

  • Rouge-Vert-Bleu

    Ma vie en rouge, je la revois dans mon passé qui se contracte
    Où plus rien ne saurait changer, rien que le fruit de l’expérience.
    Car la jeunesse rien ne prévoit ; elle s’amuse et se dévontracte,
    Inconsciente d’avoir échangé insouciance contre clairvoyance.

    Ma vie en vert, je la subis dans mon présent presque immobile
    Que je peux encore modifier sous les contraintes qu’on m’impose.
    Mes aspirations, mes lubies, mes objectifs et mes mobiles
    Peuvent encore se personnifier selon tout ce dont je dispose.

    Ma vie en bleu, je la suppose dans un futur hypothétique
    Où auront été accomplies mes tentatives et stratégies.
    Mais mon cœur et mon corps s’opposent à trouver la voie prophétique
    Entre une vieillesse assouplie ou une mort en léthargie.

    Tableaux d’Izumi Kogahara sur http://touchofcolorr.blogspot.com/2015/11/izumi-kogahara.html?m=1

  • Connaissez-vous Marie-Antoinette ?

    Connaissez-vous Marie-la-Mode ? Celle, à la mode de chez nous,
    Qui faisait trembler tout Versailles tant elle ne restait pas en place ?
    Ses exigences malcommodes mettaient ses servantes à genoux
    Et les murs encore en tressaillent jusqu’à la Galerie des Glaces.

    Quant à l’affaire du collier qui aurait fait perdre la tête
    À son ministre des finances sur leur régime marital,
    Les chansonniers et paroliers en ont écrit tant d’épithètes
    Que pour en voir la pertinence, il faudrait une boule de cristal.

    Marie-Antoinette dépensière ? Les deux termes assez se ressemblent !
    Évidemment la femme triche pour mieux compenser ses souffrances.
    Si « romancière » et « financière » en amour riment souvent ensemble,
    Son cœur est resté en Autriche mais sa tête à jamais en France.

    Photos d’Alexia Sinclair sur https://beautifulbizarre.net/2015/02/20/alexia-sinclairs-rococo-black-eye-gallery

  • Le petit tour de manivelle

    Le petit tour de manivelle

    Quand le moral tombe à zéro, il suffit de le remonter
    D’un petit tour de manivelle là où ça manque de ressort.
    Je voudrais être ce héros qui aide l’homme à surmonter,
    D’une impulsion dans sa cervelle, les hasards et les coups du sort.

    Et pour les femmes, évidemment, j’ai la manivelle subtile,
    Celle qui ouvre les esprits et fait crac, boum, hue dans les cœurs,
    De mérite, n’ai pas tellement car cette manette est futile
    Puisque chaque amoureux épris la brandit comme son vainqueur.

    Tableau de Catherine Chauloux sur https:catherinechauloux.comles-peintures .

  • Mes petites boîtes

    Mes petites boîtes

    Boîte à idées, boîte à malice, boîte à jeter, boîte à garder,
    Tout prend sa valeur ajoutée quand je lui colle une étiquette.
    Bien sûr, pas pour faire la police ni pour en faire ma chasse gardée ;
    Encore moins empapaouter les trésors que j’y empaquète.

    Je crée mes petits univers dans lesquels chaque futilité
    Peut-être reine ou être pion selon les règles que je profile
    De codes uniques aux plus divers aux mille possibilités
    Dont je me vante d’être champion du monde des cassettophiles †.

    † le Boxoferrophile est le collectionneur de boîtes en fer, le Philuméniste est le collectionneur de boîtes d’allumettes, le Puxisardine est le collectionneur de boîtes de sardines mais il n’existe pas de mot pour le collectionneur de boîtes ordinaires. Alors Boîtophile ? Cassettophile ?

    Tableau de Catherine Chauloux sur https:catherinechauloux.comles-peintures .

  • La prochaine génération singée

    Après toutes ces pandémies sensées nous faire évoluer,
    Nos enfants montreront les signes d’une mutation nécessaire.
    Tout le corps de l’Académie se devra donc d’évaluer
    Les hommes et les femmes dignes de figurer dans ses glossaires.

    Des chats, nous aurons les oreilles orientées pour la 5G ;
    Des chiens, nous aurons l’odorat pour flairer les cours malhonnêtes ;
    Nos mains ne seront plus pareilles mais plutôt aptes à singer
    Nos leaders dont le mentorat nous réduira en marionnettes.

    Tableaux de Shiori Matsumoto sur https://iamachild.wordpress.com/category/matsumoto-shiori

  • Le miroir à deux faces

    Ces deux façons de voir le monde et qui divise encore les hommes
    Se reproduit à chaque fois qu’un seuil du savoir est franchi.
    Qu’on les juge purs ou immondes, tous les chemins mènent à Rome ;
    Après, tout est question de choix – qu’on en soit ou non affranchi.

    Les vaccins tuent-ils davantage que les virus qu’ils garantissent ?
    Les pandémies sont-elles dues aux effets de la pollution ?
    Quels sont tous les désavantages des avancées qui ralentissent
    La vie pour une mort prétendue être la meilleure solution ?

    Tableau de Masaru Shichinohe sur https://freewechat.com/a/MzUyMjQ0MjkwMw==/2247503907/1

  • Le Grand Livre de la femme – 2

    Ouvrons donc le premier chapitre – celui qu’Adam avait caché –
    Et nous comprendrons que la femme a été créée avant l’homme,
    Ayant reçu le libre arbitre que Dieu lui avait rattaché
    Et le coup de la pomme infâme n’est qu’un défaut de chromosome.

    Eh oui, c’est le X tronqué qui a donné l’Y raté
    Et le péché de connaissance s’est depuis longtemps agrandi ;
    Ainsi l’Histoire a démontré qu’avec ce X frelaté,
    L’homme a pris depuis sa naissance sa queue pour un sceptre brandi.

    Alors… la femme égale à Dieu ? La question est intéressante
    Et la réponse est naturelle : Dieu est du sexe féminin !
    Mais quel ouvrage fastidieux pour les religions sénescentes
    Que l’évolution culturelle de changer le pouvoir de main !

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https://www.behance.net/gallery/45715277/Set

  • La clef des rêves

    La clef des rêves

    Toujours hors de portée, la clef qui doit ouvrir les solutions
    Semble désirer s’échapper comme inaccessible horizon.
    Et l’on poursuit sans renâcler à croire sa résolution
    Quand le progrès aura frappé tout ce que nous autorisons.

    La pensée devient pragmatique pour résoudre tous ses problèmes ;
    Nous en rêvons même la nuit et certains y voient un symbole.
    Or, ce calcul mathématique nous mène droit à ce dilemme :
    À force de chercher l’ennui, on se perd dans ses paraboles.

    Tableau de Gyuri Lohmuller.

  • Le dragon de fer

    Le dragon de fer

    Les progrès du chemin de fer ont fait reculer les chevaux,
    Ont divisé les territoires par tous leurs réseaux ferroviaires.
    Les riches ont mené leurs affaires et les autres pris dans l’écheveau
    Des péripéties de l’histoire, astreints se diversifièrent.

    Il y a toujours un train à prendre et parfois des trains à rater
    Qui ne reviennent qu’une fois compris comment en être usufruitier.
    Mais si vous vous laissez surprendre à déjouer l’autorité
    Elle vous chasse avec mépris du train en marche sans pitié.

    Tableau de José Luis Lopez.

  • Flots et reflots

    Flots et reflots

    Entre le flux et le reflux, les bateaux ne font qu’obéir,
    Fidèles à la loi des marées et la mécanique des fluides.
    Pourtant il serait superflu de leur demander de trahir
    Par leurs attaches amarrés et leurs craintes envers le liquide.

    Or, la fortune et ses revers nous font également tanguer,
    Attachés aux liquidités et aux pressions économiques.
    Prenons le problème à l’envers : à force de nous haranguer,
    L’horreur de la cupidité nous mène en bateau anémique.

    Tableau d’Éric Le Pape.

  • Un monde de rêves – 1

    Au début Dieu créa le monde pour en faire un monde de rêves
    Avec un astre de lumière pour des journées émerveillées
    Et une Lune vagabonde pour une histoire de temps si brève
    Que toute sa matière première n’aurait duré qu’une veillée.

    Pourtant le Prince des Ténèbres voulu prolonger le contrat
    Et rengagea toute la troupe pour une éternelle tournée.
    Mais si Satan devint célèbre, son oisiveté démontra
    Qu’hommes et femmes vivent sous sa croupe et bossent toute la journée.

    Illustrations de Noëlle T.

  • Une rose pour la sirène – 2

    Depuis que la sirène est veuve, elle voue un culte à ses roses
    Qu’elle cultive en souvenir de son vieux marin regretté.
    Elle a su surmonter l’épreuve et remonter son cœur morose
    Par un jardin plein d’avenir pour les vieux couples retraités.

    Elle a grossi, évidemment, car le parfum de rose énivre
    Tant l’âme que son corps distille une rémanente liqueur.
    Ainsi l’amour, les sentiments pèsent autant que leurs poids en livres
    Et la sirène des Antilles en fait sa richesse du cœur.

    Tableau de Victor Nizovtsev sur https://www.catherinelarosepoesiaearte.com/2016/08/victor-nizovtsev-new.html

  • Une rose pour la sirène – 1

    Un vieux marin à la retraite cherchait sirène pour ses vieux jours
    Lorsqu’un spécimen de l’espèce se présenta sur son chemin.
    Alors, le vieillard, d’une traite, lui offrit comme preuve d’amour
    Une rose par délicatesse afin d’y demander la main.

    Mais comment son petit oiseau fit-il pour aimer sa queue tendre ?
    Sachez que tous les amoureux vivent et d’amour et d’eau fraîche.
    Ils ont dû entre les roseaux plus de mille fois s’y reprendre
    Mais, sous leurs efforts langoureux, naquit un triton dans leur crèche.

    Tableau de Victor Nizovtsev sur https://www.catherinelarosepoesiaearte.com/2016/08/victor-nizovtsev-new.html

  • L’amour instantané

    Instantanément d’une flèche, l’amour s’insinue dans le cœur
    D’où va partir un feu ardent pour raviver les braises éteintes.
    Subitement une flammèche surgit d’un sourire moqueur
    Qui s’embrase en regard mordant puis, dans la chaleur d’une étreinte.

    Cupidon maîtrise son art et la science des poisons
    Qui transmet ce virus mortel qu’est paradoxalement la vie.
    Encore plus rusé qu’un renard, il guette ses proies à foison
    Pour décocher ses immortels traits de désir qui les ravit.

    L’amour ne dure qu’un instant mais l’on se jure fidélité
    Pour y construire sa chapelle et y fonder une famille.
    Cupidon revient nonobstant continuer l’hérédité
    Avec ses flèches de rappel enduite d’amour qui fourmille.

    Tableau de Joshua May

  • Printanière & Floréale

    J’ai longtemps cru que le soleil se prolongeait en février
    Et que l’éveil de la nature n’était que juste conséquence.
    J’ai cru que le vent qui balaye les perpétuels genévriers
    Répondait à la signature d’un renouveau plein d’éloquence.

    Il est bizarre autant qu’étrange qu’aucun honneur ne soit rendu
    Envers la jeune Floréale, cette petite fée printanière.
    C’est elle qui décore d’orange et de rouge-et-or répandus
    Cette renaissance idéale dans les étendues sapinières.

    Tableau de Joshua May

  • Couple de cous

    Couple de cous

    L’adaptation qui occasionne de meilleurs choix pour la Nature
    Crée des animaux surprenants comme la girafe, par exemple,
    Dont le long cou lui solutionne l’accès aux très hautes ramures
    Et une robe les fusionnant dans un décor qui leur ressemble.

    Et l’okapi et ses rayures avec le zèbre et ses zébrures
    Ont l’art d’échapper aux poursuites en évitant les coups de barre.
    Ils lancent un « à la revoyure ! » aux lions à la belle parure
    Qui traiteront ce délit de fuite comme une poisse qui les désempare.

    Tableau de Karen Laurence Rowe.