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  • La nuit dans la forêt

    Dans la forêt des nuits profondes aux arbres peints en clair-obscur,
    Jamais étoile ne pénètre fors un petit rayon de Lune.
    Mais quelques herbes vagabondes tendent leurs limbes et leurs nervures
    Vers l’astre pour s’y reconnaître ; bruyères, genêts et callunes.

    Petite musique de Lune jouée sur un halo léger
    Semble animer des feux follets entre les bois reconnaissants.
    Quelques farfadets de fortune se mettent alors à galéjer
    Et soudain s’enfuient, affolés, au premier cri du jour naissant.

    Tableau de Jan Sluyters

  • Éternel Saint-Michel

    Dominant les quatre éléments, le Mont-Saint-Michel ne déroge
    Ni aux lois des flux telluriques ni à la règle des marées.
    Même le cours du temps véhément ne ralentit pas son horloge
    Qu’il soit météorologique ou d’un présent contrecarré.

    Plusieurs histoires s’y rencontrent dans le dédale de ses rues
    Depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à Arthur et Pendragon.
    Même les dieux vont à l’encontre de leurs religions disparues ;
    Seule une force surhumaine maintient Michel et son dragon.

    Photo de Mathieu Rivrin

  • Conjonction Lune-Soleil

    Jeudi, les quartiers de la Lune croissent ou décroissent à volonté.
    Les éphémérides le confirment et l’astronomie en fait foi.
    Quoi qu’il en soit, cette opportune faculté de désorienter
    Son monde, à mon avis, affirme que l’astre nous ment plusieurs fois.

    Vendredi, le Soleil, la Lune et la Terre avaient rendez-vous
    Et l’astrologie en profite pour m’annoncer plein de bonheur
    Bien qu’une chance inopportune se soit glissée, je vous l’avoue,
    Comme une éclipse à la va-vite pressentie en bien tout honneur.

    Samedi, j’attends les étoiles qui mentent nettement moins souvent
    Et j’en appelle à la Grande Ourse sans pour autant la prendre au mot
    Car voici qu’un nuage voile le ciel au moment émouvant
    Où elle me révèle la source originelle de tous mes maux.

    Tableaux de Lilly Nilly

  • De marée haute à marée basse

    Lundi, je sens le blues qui monte avec la première marée
    Qui m’apporte du vague à l’âme à l’idée de recommencer
    À rajouter à mon décompte un nouveau jour à démarrer,
    Attiser, surveiller sa flamme sans pour autant le romancer.

    Mardi, le cœur à marée basse fait l’inventaire de la place
    Qu’il occupe sur cette plage, sur cette tranche de ma vie.
    J’observe tout ce qu’il s’y passe, chaque seconde qui remplace
    La précédente au recyclage et qui se répète à l’envi.

    Mercredi, j’ai oublié l’heure et j’ai raté la marée haute.
    Tant mieux car Madame la Lune m’agace avec ses haut-le-cœur.
    Je cesse d’obéir au leurre de monter ou baisser la cote
    De mon moral à la fortune des phases de l’astre moqueur.

    Tableaux de Francisco Fonseca

  • La divination

    La divination

    Voir l’avenir en papillons brassant de l’aile à l’horizon
    Et l’air se changer en tempête dans des mouvements chaotiques.
    Voir le futur en tourbillons de vents que nous favorisons
    Par de la poudre d’escampette dans une fuite chaotique.

    Mais voir l’avenir autrement au carrefour de tous les possibles,
    Trouver d’autres prédilections, d’un autre élan locomoteur.
    Choisir dans l’enchevêtrement – même si ça paraît impossible –
    Et prendre la même direction que celle des tigres psychomoteurs.

    Tableau de James Jean sur https:theartofanimation.tumblr.compost181288922412james-jean .

  • Les feux de l’attente

    Les feux de l’attente

    Passe le temps sur mon postérieur tant que je guette l’aventure,
    Notant les feux passer au vert comme éternelle ritournelle.
    Mais au carrefour ultérieur, les mêmes feux contre-nature
    Semblent limiter l’univers d’une attente sempiternelle.

    J’attends l’amour comme au printemps, trouver un cœur concomitant ;
    J’attends l’enfant comme l’été et voir ma vie s’y refléter ;
    J’attends la fin comme en automne et sa retraite monotone ;
    J’attends la mort comme un hiver pour redoubler mon univers

    Je t’attends toi, qui lis ces vers… mais tu t’en fous, tu n’es qu’un veau
    Que l’on dirige, tel un héros, vers l’abattoir, t’éliminer.
    J’attends que ce monde à l’envers soit remplacé par un nouveau
    Pour recommencer à zéro, mon histoire n’est pas terminée.

    Illustration de Ner-Tamin.

  • Noire-Neige

    Blanche-Neige s’est faite piquer et son auréole a noirci ;
    Sa robe est devenue toute sale et son histoire n’est plus drôle.
    La sorcière a su s’appliquer diaboliquement, cette fois-ci,
    En inondant toutes les salles de son château par du pétrole.

    Ainsi finissent tous les contes, entachés par de l’argent sale ;
    Les fées délèguent leurs pouvoirs à la magie du capital.
    Tant et si bien, au bout du compte, qu’elles ont ouvert des succursales
    Qui offrent un philtre à promouvoir qui vous conduit à l’hôpital.

    Photo de charme vue sur https://sacredcharm.tumblr.com

  • Tout feu tout femme

    La fée de l’essence, elle-même, est venue soutenir les troupes
    Qui roulent tout autour de la Terre dans leurs beaux camions tout chromés.
    Tout feu tout flamme, tout que qu’elle aime communiquer à chaque croupe,
    Donne une énergie salutaire à la justice qu’on nous promet.

    Mesdames, ne prenez pas ombrage si l’amour leur monte à la tête !
    Messieurs, ne soyez pas jaloux, si les femmes au volant s’en mêlent !
    Car pour lutter contre l’outrage des restrictions qui nous embêtent,
    Il faut sans cesse hurler « au loup ! » lorsque nos ressources s’emmêlent.

    Tableau de J Zhao

  • Feuille-papillon

    Feuille-papillon

    Je suis la feuille-papillon, la messagère de fin d’automne
    Qui, sans retourner à la terre, s’envole déployant sa mâture.
    Lorsque j’entends le carillon des cloches des anges qui tonnent
    J’incarne le parlementaire au nom de toute la Nature.

    Je leur raconte tous les faits et gestes des bois et forêts ;
    Je narre les fleurs du bonheur, chefs-d’œuvre d’un printemps adroit ;
    Je décris les plus beaux effets des arbres les plus décorés
    Et de ceux qui m’ont fait l’honneur de vous en transmettre les droits.

    Tableau de Vladimir Kush sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201210Vladimir-Kush.html .

  • Mauvais présages

    Mais ce qui devait arriver est arrivé finalement ;
    À force d’être exterminés, les poissons deviennent insolents.
    Avec des oiseaux motivés, ils ont croisés leurs filaments
    D’ADN prédéterminés à produire des poissons volants.

    Et les voici crevant l’écran des aquariums et des fenêtres !
    Les voilà perçant la surface de toutes calottes glaciaires !
    Ainsi foncent les oiseaux à cran et tous les alevins à naître
    Qui réclament l’ultime face-à-face contre l’humanité carnassière.

    Tableau de Cyril Rolando sur https://mymodernmet.com/cyril-rolando-surreal-digital-art

  • La musique aquatique

    Pourquoi du poisson aux chrétiens et des croissants aux musulmans ?
    C’est le secret du Vendredi mais pas celui de Robinson.
    Mais quoi qu’il en soit, l’entretien de cette légende ridiculement
    Pèse dans le monde des érudits bouddhistes, juifs et franc-maçons.

    J’en ai fait ce pianoquarium pour poissons muets comme une carpe
    Qui permet de communiquer avec des bulles de toutes sortes.
    Mon piscicole auditorium sous l’action de mes métacarpes
    M’a dit d’cesser d’polémiquer ; chacun voit midi à sa porte.

    Tableau de Cyril Rolando sur https://mymodernmet.com/cyril-rolando-surreal-digital-art

  • Jour intemporel

    Si je devais mourir un jour, je voudrais que ce soit la nuit ;
    Un jour éclipsé par ma vie qui cesse de donner sa lumière.
    Comme le soleil revient toujours, je continuerai sans ennui
    Ce long voyage dont le devis est signé d’une âme plénière.

    Intemporel sera ce jour et sa nuit fuira hors du temps ;
    Mon corps reviendra à la Terre et l’âme rejoindra le ciel ;
    Mon cœur quittera ses poids lourds qui ont pesé à chaque instant
    Chaque battement élémentaire et épuisé son potentiel.

    Tableau de Jan Sluyters

  • L’ange inspiratrice

    Parfois elle m’interdit l’accès à mon nécessaire à écrire
    Lorsqu’elle pense mécanique ma façon de vivre en ce monde.
    Alors elle crève l’abcès et mes outils sont à proscrire
    Tant que ma bouche reste laconique avec des pensées vagabondes.

    Alors le cœur s’en va puiser dans la mer des larmes amères
    Les idées qui ont décanté depuis que je les y ai versées.
    Et j’extrais jusqu’à m’épuiser de cette mémoire mammaire
    Une encre qui a fermenté de mes remords controversés.

    Tableau de Michael Cheval sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2011/03/michael-cheval.html

  • Nuit intemporelle

    Le même paysage immobile voyage pourtant dans le temps ;
    Les jours le transforment à leur guise et les nuits le métamorphosent
    Avec une encre indélébile puisée dans les trous noirs distants
    Et dont l’empreinte se déguise dans les reflets d’anamorphoses.

    Ainsi la Lune se reflète et la Voie Lactée réfléchit
    Dans l’eau dormante dont les rives se teintent d’un conte de fées.
    Mon coeur d’étoile me soufflette dans l’obscurité qui fléchit
    Que mon canot à la dérive lui aussi en subit l’effet.

    Tableau de Jan Sluyters

  • La belle bleue

    Toutes les roses ont des épines, apparemment pour se défendre
    Mais les cactus ont des piquants, probablement plus convaincants.
    Si les ronces et les aubépines ont des arguments à pourfendre,
    Le cactus, plus communiquant, possède un pouvoir requinquant.

    Le Mezcal et la Tequila, deux eaux-de-vie bleues et piquantes
    Relèvent l’agave au sommet des plantes les plus épineuses.
    Si la boisson obnubila l’armée d’Espagne conquérante,
    Cortès en a tant consommé qu’il l’a sacrée faramineuse.

    Photo de Hugo Tejjada

  • Regard en cocotte

    Regard en cocotte

    Son regard porte à l’horizon comme une envolée de cocottes
    Sur lesquelles son cœur a écrit tous ses chagrins entre les plis.
    Entre les murs de la prison, elle a trouvé cet antidote
    À l’envie de pousser des cris mais l’âme a-t-elle tout accompli ?

    J’en ai intercepté l’une d’elles et l’ai dépliée tendrement ;
    J’ai lu les échos de son cœur résonner fort entre les lignes.
    Je lui ai envoyé l’hirondelle pour mettre fin à ses tourments
    Car elle annonce, d’un air moqueur, le printemps et ça, c’est bon signe !

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https:www.behance.netgallery45715277Set .

  • Une femme à chaque bord

    Une femme à chaque bord

    La vie de l’homme vit d’aventures de femmes avec lesquelles il se vautre ;
    Celle qui l’accouche dans son lit et celle qu’il couche dans le sien.
    Souvent les garçons peu matures passent d’une mère à une autre ;
    La boucle est bouclée sans délit et l’Œdipe reste platonicien.

    Mais cet amour incomparable se combine avec ses deux bouts
    Et l’homme ne sait plus penser autrement que par sa gynécée.
    Mais serait-il au moins capable de se tenir tout seul debout
    Sans équilibre à compenser ? Hélas… l’âme en reste émoussée.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201612Rafal-Olbinski.html .

  • Ciel intemporel

    Qui de la Terre ou bien du Ciel exerce-t-il son plus bel art ?
    La Terre féminine enfante ce que le Soleil lui engendre.
    Comme si le geste essentiel du dessin suivait un scénar
    Écrit par la vie qui enchante de tout son talent à revendre.

    Quel enthousiasme au crépuscule quand le soleil salue le monde
    Sous les applaudissements dorés de la nature rougeoyante !
    Puis, au moment où il bascule, à la toute dernière seconde,
    Un rayon vert sur les forêts, ultime ovation chatoyante.

    Tableau de Leo Gestel

  • À rayer de vos listes

    J’ai retrouvé ce vieux carnet de toutes mes conquêtes incarnées
    Avec ses rayures et ses coches au grenier dans un vide-poches.
    Quelques photos un peu jaunies qui ne m’ont pas très rajeuni
    Et en postface évocatrice, leurs propres notes réprobatrices.

    Nos désirs font interférence mais après tout, quelle différence ?
    L’homme serait-il dépareillé à voir sa femme ainsi rayée ?
    Les rayons aux cuisses fessues et l’ombre bras-dessus bras-dessous
    Forment un érotisme subtil sur les courbes les plus ductiles.

    Photo de Feri Lukas

  • Saint-Valentin Fleurie

    Pour effeuiller la Marguerite, ôtez-lui chacun des pétales ;
    Pour dévêtir la Valentine, laissez-lui faire son strip-tease
    Avec sa musique favorite jusqu’à la phase capitale
    Où, comme un coup de guillotine, paraît l’objet de convoitise.

    Dansez, bandez sans trop penser ; cueillez l’amour et son pistil !
    Butinez, goûter, pénétrez dans son petit jardin secret !
    Arrosez sans vous dépenser ; les fruits nécessitent un subtil
    Entretien sans cesse perpétré durant neuf mois à lui consacrer !

    Photo de charme vue sur https://sacredcharm.tumblr.com

  • Prométhée-nous la Saint-Valentin

    Prométhée exprima sa flamme à Valentine, sa bonne âme
    Qu’il comptait éblouir d’un feu – du moins tel était-il son vœu –
    Mais Zeus jugeant cet acte infâme – voler le feu pour une femme –
    L’aurait condamné quasiment à un terrible châtiment.

    Fort heureusement sa promise, pendant ce temps s’était permise
    De survoler le Mont Caucase en chevauchant ce bon vieux Pégase.
    Et c’est ainsi qu’à chaque fois que l’aigle voulait gober le foie
    Elle lui ruait dans les brancards et ce, jusqu’au prochain rencard.

    Finalement tout s’arrangea et même Zeus les dédommagea
    Après l’incident passager et leur permit de partager
    Avec les hommes ce feu sacré à condition d’y consacrer
    Une journée dédiée à la femme pour en perpétuer la flamme.

    Photo de charme vue sur https://sacredcharm.tumblr.com

  • L’impossibilité d’une île

    Mon cœur rêve d’îles désertes où l’on vit nu dans l’insouciance
    Comme si le singe, tapi en moi, restait dans son arbre éploré.
    Mon âme se montre diserte pour refouler l’insignifiance
    Du progrès qui met en émoi l’esprit sans cesse amélioré.

    Redevenir homme des bois et retourner à la nature ?
    Il semblerait qu’il soit trop tard car le temps reste irréversible.
    Les remords font le contrepoids avec la triste conjoncture
    Aux regrets toujours en retard sur ses effets imprévisibles.

    Tableaux d’Anne Delplace sur http://www.anne-delplace.com/peinture-huile.php

  • Rêveries en rémission

    La nuit, capté par l’inconscient, le flux de mes rêves s’anime
    Et passe à travers la passoire de l’esprit en demi-sommeil.
    Il puise dans mon subconscient mes désirs les plus unanimes
    Et se répand dans ma mémoire puis, fond comme neige au soleil.

    Entre l’émetteur mystérieux et le récepteur défaillant,
    Beaucoup de songes se précipitent dans l’abîme des trous du savoir.
    Combien de messages impérieux, transmis d’un souffle prévoyant,
    Tombent dans l’âme décrépite qui n’a pas su les promouvoir ?

    Tableaux d’Anne Delplace sur http://www.anne-delplace.com/peinture-huile.php

  • Et tangue le navire

    Les monstres marins ressurgissent quand on ne s’y attendait plus ;
    On les avait dit disparus, éradiqués par le progrès.
    Pourtant les alarmes rugissent comme s’ils étaient en surplus
    Et pour cette fois apparus annoncer le temps des regrets.

    Autant de fléaux sont passés et ont englouti nos cités
    Et l’humanité n’a cessé de recommencer son histoire.
    On ne compte plus les trépassés, les guerres et les atrocités
    Sans que la vie ait progressé par-dessus-tout vers sa victoire.

    Aujourd’hui la moindre tempête est synonyme d’apocalypse ;
    Le moindre rhume qui éternue menace toute la Terre entière.
    On prend la poudre d’escampette et l’intelligence s’éclipse
    Devant un virus inconnu qui franchit toutes les frontières.

    Tableaux de Francisco Fonseca

  • Au fil de l’eau de l’océan

    Bientôt ma ville submergée vivra d’une vie aquatique ;
    Mon long courrier naviguera vers des latitudes sereines.
    Mais je le verrai converger par les couloirs sud-Atlantique
    Surtout lorsqu’il rappliquera pour ensemencer nos sirènes.

    Cette nuit, ma ville sous-marine allume ses feux de positions
    Et attire ainsi mon navire qui vire de tribord à bâbord.
    Le capitaine alors s’arrime à l’ancre à sa disposition
    Et hèle celles dont le cœur chavire mais accepte de grimper à bord.

    Un an plus tard, sur le retour, les sirènes avec leurs enfants
    Qui ont affermi leurs poumons reviennent aux eaux maternelles.
    Chacun de plonger à son tour afin de rentrer triomphant
    Retrouver leurs hommes-saumons dans leurs abysses paternelles.

    Tableaux de Francisco Fonseca

  • À l’écoute de quoi ?

    À l’écoute de quoi ?

    Écoute-moi ci, écoute-moi ça ! Prête-moi une oreille attentive !
    La vie semble une succession d’orchestrations cacophoniques.
    Toutes ces ambiances de salsa deviennent tellement préemptives
    Que j’me transforme, sans concession, en cobaye psychotonique.

    La musique adoucit les mœurs suivant la force du volume
    Mais quand celui-ci est poussé mes pensées sont embouteillées.
    La vie exprime sa clameur qui m’assomme comme une enclume
    D’un son qui vient éclabousser le cœur et l’âme, tous embrouillés.

    Sans doute, le silence fait-il peur comme le vide de l’espace
    Et les hommes ont besoin de bruit pour paraître et s’écouter vivre.
    Pourtant profonde est ma stupeur devant le vacarme qui passe
    Et s’établît comme le fruit que notre évolution délivre.

    Tableau de Cyril Rolando sur https:mymodernmet.comcyril-rolando-surreal-digital-art .

  • La danse de l’homme-zèbre

    À force de courber l’échine et accepter les oppressions
    Braillées par les ânes dociles qui entretiennent sa folie,
    L’homme devient une machine qui s’agite selon les pressions
    Exercées par des imbéciles dans une sourde mélancolie.

    Pareil au zèbre dont les rayures le distinguent dans la savane,
    L’homme oppressé devient la proie des fauves qui ouvrent la chasse.
    Pour échapper à la souillure, il passe à des actions profanes
    Pour s’enfuir du chemin de croix vers lequel l’étau/l’état le pourchasse.

    Tableau de Robert Heindel

  • Le paradis intoxiqué

    En vérité, tout est toxique, tout est poison écornifleur
    Malgré une belle apparence et l’envie de croquer dedans.
    La beauté paraît dyslexique avec le langage des fleurs
    Dont la grammaire fait carence à dater de la pomme d’Adam.

    Tous les petits démons sucrés n’y font pas, non plus, exception ;
    Leur séduction nous turlupine et nous abuse à contrecœur.
    Même si le féminin sacré est d’immaculée conception,
    Telle une rose et ses épines, sa flamme vous brûlera le cœur.

    Tableaux de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases

  • La chatte de Madame Seguin

    La chatte de Madame Seguin serait la plus belle du monde
    D’après les on-dit répétés que j’ai perçus dans l’escalier.
    Combien en ont eu le béguin ? Combien d’amoureux à la ronde
    Sortent par ces mots hébétés, las, essoufflés sur le palier ?

    J’ai souhaité connaître la chose et sous un prétexte un peu sot,
    Je sonnai en catimini et entrai l’air intéressé…
    Une femme nue prenait la pose, sa chatte agitait un pinceau
    Et m’annonça : « Presque fini ! Pourquoi êtes-vous tous si pressés ?

    Tableau de Jeanne Saint Chéron

  • Ondes rouges

    Dans le noir et blanc de mes rêves, souvent se détache une teinte
    Qui souligne en fausses couleurs un message issu de mon âme.
    Quelquefois la nuance est brève mais souvent elle met son empreinte
    Comme pour accentuer la douleur d’un cri qui surgit de la trame.

    Marquées au fer rouge du cœur, combien de blessures profondes
    Remontent étrangement la nuit après des années d’amnésie ?
    Comme si l’eau de la rancoeur après avoir rejoint d’autres ondes
    Passées sous les ponts de l’ennui se teint d’une encre de jalousie.

    Tableaux d’Izumi Kogahara sur http://touchofcolorr.blogspot.com/2015/11/izumi-kogahara.html?m=1

  • Le phénix de glace

    À l’instar du fameux phénix qui renaît toujours de ses cendres,
    L’équivalent existerait mais qui renaîtrait de ses glaces.
    Sans démonstration trop prolixe, il suffit d’attendre décembre
    Et voir en quoi consisterait le spécimen qui le remplace.

    Dès l’instant des premiers frimas, vient comme une mort à rebours,
    Une sorte de printemps renversé qui apparaît lors du solstice.
    Alors dans ce microclimat dans les campagnes, loin des bourgs,
    Renaît la chimère inversée qui évoque un phénix factice.

    Photo de Tammy Shrive sur https://www.thefabulousweirdtrotters.com

  • Moi, mes souliers

    Tant mes souliers ont voyagé depuis l’aube de mes premiers pas,
    Tant mes souliers se sont usés d’avoir couru sur les remparts.
    Mes pieds s’y sont apanagés avec ampoules et sparadrap
    Et tout mon cuir désabusé se craqueler de toutes parts.

    Mais ils m’ont tellement soutenus que je n’ saurais prétériter
    Leur soutien en toute occasion, sauts d’obstacles et ainsi de suite.
    Et les pieds d’une femme nue, observés avec témérité,
    Me prétextent une conclusion ou l’envie de prendre la fuite.

    Tableau de René Magritte

  • Rien à dire

    Rien à dire contre le silence qui lui tient lieu de forteresse
    Comme un interdit humiliant qui la hisse au-delà de moi.
    Malgré toute ma vigilance à trouver ce qui l’intéresse,
    Je me heurte au mur résiliant qui met tous mes sens en émoi.

    Tous mes essais pour contourner son nid d’aigle le furent en vain ;
    Hautes murailles garnies de ronces, gens protecteurs de toutes sortes.
    Alors je m’en suis retourné lentement comme il en convînt
    Car, n’obtenant nulle de réponse, il fallait bien que je m’en sorte.

    Tableau d’Izumi Kogahara sur http://touchofcolorr.blogspot.com/2015/11/izumi-kogahara.html?m=1

  • Sainte Nitouche

    Je l’ai zoomée à la folie de mon télescope indiscret,
    La Sainte-Nitouche d’en face de l’autre côté de la rue.
    Elle trouble ma mélancolie en me dévoilant les secrets
    De l’intimité efficace d’un sein brusquement apparu.

    Pourtant elle sait que je l’observe et le soir en levant nos verres
    Nous trinquons ensemble à distance avec un sourire convenu.
    Cependant elle, sur la réserve, me signifie d’un doigt sévère
    Qu’elle m’oppose toute résistance même en s’affichant toute nue.

    Tableau de Thierry Marchal sur http://www.marchalexpo.com/oeuvres_thierry_marchal.htm

  • La bergère en colère

    Beaucoup trop d’histoires ont coulé dans l’eau sous les ponts de chez nous
    À propos des coups de colère pour la bergère envers ses chats.
    Depuis tout le temps écoulé, il apparaît que son courroux
    N’était pas si spectaculaire que celui qu’on lui reprocha.

    Si les chatons buvaient son lait, à peine trait de ses brebis,
    Ils chassaient aussi tous les rats en échange de leur pitance.
    Mais son mari, homme fort laid, obnubilé par le débit
    Traquait les chats, ces scélérats, et les maintenait à distance.

    Alors la bergère en colère chassa son avare de mari
    À grands cris et coups de bâton qu’on entendit sur plusieurs lieues.
    Depuis, les chants épistolaires l’ont échauffée au bain-marie
    Et le lait du pauvre chaton s’y est répandu au milieu.

    Tableau de Thierry Marchal sur http://www.marchalexpo.com/oeuvres_thierry_marchal.htm

  • L’arbre de la connaissance

    J’eusses aimé croquer comme Adam dans le fruit de la connaissance,
    Découvrir le péché de chair, la gourmandise et la luxure !
    Faire, en premier, tout un ramdam, semer la désobéissance
    Parmi les angelots si chers en en leur jetant les épluchures.

    J’eusses aimé vivre sans retenue avec Lilith en naturistes
    Au paradis revendiqué au nom de notre liberté.
    Puis, Ève et ses sœurs, toutes nues, aux perspectives futuristes,
    Auraient vécu sans polémiquer leur éternelle puberté.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2016/12/Rafal-Olbinski.html

  • L’ombre jaune

    L’art de conjuguer sa maison à sa voiture donne raison
    À la tendre similitude d’agrémenter ses habitudes.
    Un vaisseau de pierre immobile, un véhicule automobile,
    Pour profiter du temps qui passe, repasse et qui courbe l’espace.

    Jaune citron, un peu acide dénote un caractère lucide
    Comme un soleil en solitaire qui roule tout autour de la Terre.
    Monsieur, Madame, couple charmant, ont dû échanger le serment
    De ne voir pour tout coloris qu’un jaune paille ou canari.

    Photo de @hytha.cg

  • L’Esprit de l’Afrique

    Dans la nuit soudaine et violette, chacun se retrouve au point d’eau
    À l’heure lunaire indiquée à la Corne de Rhinocéros.
    Les animaux sur la sellette, les prédateurs en commandos,
    Un curieux mélange imbriqué de faune paisible et féroce.

    Éléphants et hippopotames et tous les autres pachydermes
    Chacun conduit sa caravane sous la houlette des léviathans.
    Puis, quand l’obscurité entame, d’une nuit qui tombe à son terme,
    Sa primauté sur la savane, l’Esprit de l’Afrique les attend.

    Tableau de Robert Heindel

  • Ô Lotus !

    Fleuri de rose vénitien, le Grand Canal semble tranquille
    Sous l’odeur des lotus éclos qui l’endort dans ses rêves roses.
    Un marchand de sable phénicien coupe les eaux de la presqu’île
    Afin de gagner son enclos sous un ciel d’aurore morose.

    Originaire de Phénicie, au sable si rose et si fin,
    Il répand les parfums d’orient tout autour de l’Adriatique.
    Le tourisme bénéficie jusqu’à ses ultimes confins
    De ce trafic répertoriant toutes les dépendances hypnotiques.

    Venise fleurie

  • Chatonades

    Dans la nuit noire, les chatons excellent au jeu des silhouettes ;
    Velours au bout des ripatons, ils aiment jouer les girouettes.
    Eux, savent d’où vient la lumière qu’ils renvoient pareil à un phare
    Postés au bas d’une chaumière d’une fixité que rien n’effare.

    Minet, derrière sa fenêtre, joue comme à la télévision
    Et prend son temps pour reconnaître où voler quelques provisions.
    S’il observe le temps qui passe, la météo et les infos,
    Il cherche à faire un coup d’audace car à tout âge, les chats sont faux.

    Photo d’Andofuchs

  • Promenade naïve

    Je m’accompagne naïvement le cœur d’enfant dans les contrées
    À la recherche d’un espace où le temps n’a pas d’importance.
    Je communique tardivement mais il est temps de rencontrer
    Cette entrevue que j’outrepasse à travers le temps à distance.

    Tiens ! Me voici sous le grand chêne avec l’ami imaginaire
    Qui était promu seul confident et détenteur de tous mes biens.
    Et moi je rétablis la chaîne entre mon présent ordinaire
    Et mon passé se dévidant vers l’avenir qui est le mien.

    Je me souviens de son guichet qui s’ouvrait à même son tronc
    Et son visage souriant suivant mes pensées surannées,
    Ma timidité affichée et mes allures de poltron,
    Sans savoir que l’ami brillant, c’était moi, dans plusieurs années.

    Tableaux de Paul Corfield

  • La reine entre deux rois

    Le roi de droite hache le temps pour ne pas perdre une seconde.
    Son temps, précieux comme l’argent, est minutieusement compté.
    Économe du moindre instant, il fait payer à tout le monde
    Un impôt qu’il va partageant avec ses amours escomptées.

    Mais la Reine, elle ne compte pas ; l’amour ne sait pas ce défaut.
    La Reine attend impatiemment que son roi cesse cette addiction.
    Le temps, quand il part au combat, suspend son vol en porte-à-faux ;
    Elle s’en va chercher galamment un réconfort à l’affliction.

    Le roi de gauche, d’un amour ivre, ne fait pas les choses à moitié ;
    Dans sa tête, le temps peut trotter avec ses courses contre la montre !
    Lui, c’est un homme du temps de vivre, du temps d’aimer et de châtier
    Et quand la Reine vient s’y frotter, impétueuse est la rencontre.

    Tableaux de Victor Nizovtsev

  • L’éternité perpétuelle

    Il est interdit de mourir sous peine d’aller en prison
    Car la mort devient illégale et votre vie obligatoire !
    L’idée n’a cessé de nourrir cette suprême guérison
    Que l’homme espère sans égale, orgueilleuse et jubilatoire.

    Mais l’homme dans cet ouroboros devra réviser sa copie
    Car l’excès de reproduction devient super population.
    À moins que la mort, plus féroce, vienne braver cette utopie
    Et passe à la surproduction de virus en circulation.

    Illustration de Yulya Shironina

  • Le passe en manque d’air

    Dans un pays imaginaire, l’air est imposé par l’état
    Qui vous oblige à respirer au moyen d’un adaptateur ;
    Grosse machine poitrinaire mais encore en version bêta
    Dont le design est inspiré de nos anciens aspirateurs.

    Évidemment tout le monde triche car le sommeil n’est pas taxé
    Et le virus du sommeil frappe tous les systèmes immunitaires.
    Et comme on ne prête qu’aux riches, ceux-ci se trouvent surtaxés
    À cause des pauvres qui s’attrapent tous un coma communautaire.

    Tableau de Robert Heindel sur http://todaysinspiration.blogspot.com/2013/11/another-look-at-robert-heindel.html?m=1

  • Ève et la licorne

    Quand Dieu parlait aux animaux, ceux-ci l’écoutaient en silence
    Mais ses échanges avec Ève lui donnaient du fil à retordre.
    Il en parla à demi-mot, car il n’aimait pas l’insolence,
    À Adam, son meilleur élève, afin qu’il y mette de l’ordre.

    Celui-ci à bout d’arguments s’en alla trouver la Licorne
    Lui proposant d’intervenir grâce à son don de télépathe.
    Ainsi dans un grand dénuement, Elle alla proposer sa corne
    À Ève qui la vit venir se dandinant des quatre pattes.

    Avec Ève, l’organe phallique fit des miracles coutumiers
    Comme y réussissait son homme quand il désirait décharger.
    Mais le serpent machiavélique les invita sous le pommier
    Et embrocha autant de pommes que la licorne pouvait charger.

    Elles mangèrent le fruit défendu en bénissant l’initiative.
    Ainsi Dieu punit le serpent, Adam et Ève, puis, la licorne.
    Les trois premiers furent descendus de toutes leurs prérogatives
    Et la licorne, à ses dépens, perdit et son nom et sa corne.

    Sculpture d’Elya Yalonetski sur https://www.artfinder.com/artist/yalonetski/?epik=dj0yJnU9UzF4ZnFPcUhzaTJuMmE0SkNpN0JwQ2lBQmJVd3NuY2cmcD0wJm49OUZRY0NvdERBUlFTYUhyQkdTWGR5USZ0PUFBQUFBR0hFTG8w

  • Vendredi en bocal

    Il faut pêcher vers l’extérieur encore plus loin, en haute mer
    Car les poissons ont disparu de nos rivières et nos étangs.
    Et moi, cloîtrée à l’intérieur de mon confinement amer,
    J’ai trop d’étiquettes parcourues, labellisées au fil du temps.

    Le thon a payé son octroi à l’imposition de la pêche ;
    Le hareng sort de temps en temps garni de sauce rémoulade ;
    La sardine à l’huile à l’étroit avec les pilchards escabèche
    Et le saumon sont mécontents du mercure qui les rend malades.

    Illustration de Marija Tiurina

  • Cupidonia

    Cupidonia largue ses flèches toutes ensemble en une seule fois
    Pour décocher le maximum de prétendants à ses avances.
    Si d’aventure elle se pourlèche à l’idée de plusieurs renvois
    De consentements optimums, elle devra tenir la cadence.

    Cupidonia, organisée, possède plusieurs cordes à son arc ;
    Autant de chambres, autant de lits afin d’accueillir tout le monde.
    Comment peut-elle totaliser tant d’amours et mener sa barque ?
    Répondez donc à sa folie et… attendez qu’elle vous réponde.

    Source : https://issuu.com/lofficiel_levant/docs/ol62/71?epik=dj0yJnU9RkcwLWF3Q0Jyd2RxZlh0Wm5JSTB6TTBKUTZaNWcyOC0mcD0wJm49b2VLNl9RRVgxUl8yN2t4UzZWSjdUZyZ0PUFBQUFBR0hDNzV3

  • L’homme qui s’en allait ailleurs

    Souvent, je me sens invisible par l’indifférence agressé
    Comme si je n’existais guère qu’un rêveur en apprentissage.
    Mais si derrière, imprévisible, surgit un voyageur pressé,
    Je deviens prétexte de guerre à réclamer droit de passage.

    Imperceptible ou importun caractérisent mes semblables ;
    Nous ne sommes que figurants par rapport aux rôles principaux.
    Serais-je donc inopportun de supposer invraisemblable
    Que mon rôle le plus fulgurant soit celui du dernier repos ?

    Tableau de Vladimir Kush sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2012/10/Vladimir-Kush.html

  • Croisements et transits

    Enfermé dans sa tour d’ivoire, il regardait passer le temps,
    Regarder s’écouler le fleuve de son impassible existence.
    À chaque heure il savait prévoir les habitudes des habitants
    Qu’il fasse soleil ou qu’il pleuve… Ô éternelle inconsistance.

    J’en ai vu des maisons semblables avec les mêmes locataires
    Qui comptabilisent le monde comme une gare ferroviaire.
    Les histoires invraisemblables animent leurs vies terre-à-terre,
    Spectateurs à chaque seconde du temps au fil de la rivière.

    Tel est, condamné dans sa tour, le sort de notre ancien champion
    Qui a chuté au jeu de l’oie sur la case de la prison.
    Dès lors, Il doit passer son tour en attendant qu’un autre pion
    Tombe sous le coup de la loi et lui ouvre son horizon.

    Tableau de Richard Johnson sur http://www.richardjohnsonillustration.co.uk

  • La mécanique du kamasutra

    Dans la machine de l’amour, les engrenages se déchaînent ;
    Toutes les articulations entraînent un moteur de plaisir.
    Un peu d’huile, un soupçon d’humour, oindront jusqu’à l’année prochaine
    Les rouages de la passion sur tous les ressorts du désir.

    Le kamasutra mécanique, soumis aux lois de la physique,
    Demande beaucoup d’énergie et planifie ses rituels.
    Au début, un peu de technique mais, après beaucoup de pratique,
    Le tout s’anime en synergie d’un mouvement perpétuel.

    Et pour fêter la chandeleur, étalez-la comme une crêpe ;
    Elle tiendra le manche de la poêle bien huilée et toute brûlante.
    Par petits gestes batifoleurs, fourrez-la de crème et de cèpes
    Et digérez l’ensemble à poil au cours d’une sieste succulente.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.