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  • Demain, le futur – 1

    Après l’échec des religions, vint la chute de la science
    Car elle ne savait qu’expliquer ses propres délimitations.
    Soudain, dans toutes les régions, naquit avec omniscience,
    D’une magie inexpliquée, une nouvelle révélation.

    Ni Dieu de l’infiniment grand, ni de la physique quantique,
    Ni d’une science infaillible mais d’un véritable miracle ;
    Parfois le résultat flagrant d’une évolution authentique
    Prend sa source dans l’invisible et l’antique temps des oracles.

    Après quelques péripéties, si une fée à la fenêtre
    Vient vous délivrer un message et attirer votre attention,
    Alors, sa nouvelle prophétie saura se faire reconnaître
    En vous révélant le passage vers de nouvelles dimensions.

    Illustrations de Moebius.

  • Aux rayons XY

    Rayons XY masculins ou rayons XX féminins,
    Tout dépend si je ne m’attache qu’aux préjugés superficiels
    Ou si je force mon cristallin au-delà de l’aspect bénin
    Qu’apparemment le cœur me cache mais qui fait mon référentiel.

    Démultiplication des sens lorsque je scanne l’intérieur
    Qui me révèle à chaque fois que l’homme et la femme s’égalent.
    Mais foin de toute connaissance ! Un simple regard extérieur
    Trouble ma vue, voile ma voix et même ma raison s’égare.

    Créations d’Yves Klein.

  • Aux rayons XX

    Si j’avais le regard perçant capable de voir au travers
    De mes murailles et carapaces, qu’apercevrais-je exactement ?
    Un sentiment bouleversant ? Une pensée à cœur ouvert
    Ou le secret qui me tracasse par l’ombre de son châtiment ?

    Derrière le masque impénétrable de l’enveloppe naturelle,
    Évoluent mes noires pensées parmi les courants les plus nobles.
    Tous mes desseins inséparables font le tissu conjoncturel
    Que seule l’âme peut compenser par mon côté le plus ignoble.

    Créations d’Yves Klein.

  • Justice aveugle

    Justice aveugle

    Serait-ce le sang sur ses mains qui rend aveugle la justice
    Ou bien à force de fermer les yeux sur ses atrocités ?
    Puisque « se tromper » est humain, cette droiture subreptice
    Est susceptible d’affirmer à tous son incapacité.

    Ne nous voilons donc pas la face ! Ne restons pas les bras croisés !
    Les règlements les plus iniques sont ceux que les aveugles observent !
    Mais hélas les peines s’effacent dès que les riches pavoisés
    Proposent la monnaie unique qui, contre tout grief, les préserve.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Androgynarcisse

    Androgynarcisse

    Serais-je beau si j’étais femme ? Serais-je belle si j’étais homme ?
    Mais le miroir de l’existence ne me retourne qu’un seul sexe !
    Vous apparaîtrait-il infâme de changer mon curriculum
    Pour vivre la coexistence de mes deux genres en multiplex ?

    Je ne suis qu’un demi-narcisse, non pas frustré mais incomplet,
    Déçu d’une âme qui n’exprime qu’un seul caractère sexuel.
    N’ayez pas peur que je noircisse le tableau que vous contemplez,
    C’est juste l’âme-sœur qui déprime dans mes fantasmes transsexuels.

    Illustration de Moebius.

  • Faites l’amour, pas la guerre

    Faites l’amour, pas la guerre

    À dormir dans le même lit deux tiers de la vie conjugale,
    Entendez-vous les ronflements avant que vous vous endormiez ?
    Selon l’amour à la folie consommé de façon frugale,
    Ressentez-vous les tremblements qui courent au long du sommier ?

    Plutôt que faire chambre à part, agrandissez l’appartement
    Et étirez la literie entre deux pièces contiguës !
    Plutôt que dresser un rempart, procédez à l’écartement
    Des férus aux câlineries aux extrémités exiguës.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Ma vie en images

    Ma vie en images

    Toutes enregistrées, les images et les fièvres de mon terroir
    Constituent la bibliothèque que j’aime parcourir la nuit.
    Je vais au hasard des mirages, de l’autre côté du miroir,
    Comme l’ancienne bédéthèque de la rue du Cherche-Minuit.

    Souvent mes rêves prennent source dans mes aventures oubliées
    Où j’ai voulu cacher mes peurs et mes projets inachevés.
    Et je n’ai plus d’autres ressources, le lendemain, que publier
    Celles qui me tiennent le plus à cœur comme un travail parachevé.

    Sculpture exposée à la Foire de Paris.

  • Les nouvelles déferlantes

    Les nouvelles déferlantes

    Les nouvelles se déversent par les marées médiatiques
    Et les vagues d’oppression déferlent dans nos salons.
    Pluies, giboulées et averses d’informations dramatiques
    Accélèrent leur progression au galop de l’étalon.

    Même dans nos cheminées, aux factures raffinées,
    Les bûches en feu refroidissent comme un vieux pétard mouillé
    D’un reflux contaminé qui nous maintient confinés
    À l’intérieur des bâtisses où nous finirons rouillés.

    Tableau de Paul David Bond sur https:webneel.comwebneelblog25-beautiful-and-surreal-oil-paintings-paul-david-bond?m=1 .

  • Mise en abyme

    Mise en abyme

    Aujourd’hui je me vois hier où je me voyais avant-hier ;
    Demain, je verrai aujourd’hui tous mes rêves d’après-demain.
    Ainsi, je brise les œillères de cette vision meurtrière
    Qui, chaque jour, me reproduit, à l’identique, le même chemin.

    Ma vie se trouve mise en abyme par chaque échantillon du temps
    Qui fixe sur la pellicule ce que je crois être différent.
    Si je plonge dans cet abîme un regard interpénétrant,
    J’y vois l’éternel fascicule de tous mes retours afférents.

    Animation de Feliks Tomasz Konczakiwski.

  • La Gare de Babel

    La Gare de Babel

    Lorsque le train bat la campagne, le tramway parcourt la cité,
    Le métro roule en souterrains entre boulot-dodo sans trêve.
    Le téléphérique en montagne fulmine d’électricité
    Et l’Orient-Express souverain se raccorde aux pays de rêve.

    À chacun sa langue cheminote, à chacun son terrain de chasse,
    Qui ses écartements de rails, qui ses pulsions, ses décibels.
    Tous, avec ou sans fausses notes, marquent l’entrain qui se pourchasse
    Dans un vrai caravansérail digne de la Gare de Babel.

    Tableau de Dominique Appia.

  • Pauvres maris encadrés

    Encadrées dans leur hiérarchie et dans leur rôle matriarcal,
    Nos femmes imposent le respect par leurs carrières prestigieuses.
    Tapie dans la matriarchie de leur cordon obstétrical,
    Leur ambition aurait l’aspect d’une vraie mante religieuse.

    Ainsi les hommes ont le bourdon et parfois même le cafard
    Sachant qu’ils seront consommés pour le salut de l’entreprise.
    Plutôt que demander pardon à leurs moitiés qui les effarent,
    Ils les supposent diplômées dans une pochette-surprise.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La vérité sortant du puits

    La vérité sortant du puits

    J’émerge souvent de mes rêves par un trou de nuit impromptu
    Qui s’ouvre sur un monde à l’envers où la vérité est mensonge.
    J’y entends des paroles brèves échangées à bâtons rompus
    Par des volatiles pervers volant dans l’azur de mes songes.

    Je m’en extrais, nu comme un ver, parmi la foule hétérogène
    Qui ne prête aucune attention à ma tenue extravagante.
    Voici la source de mes vers dont je vais chercher l’oxygène,
    Armé de bonnes intentions dont est pavé l’enfer de Dante.

    Gravure de Mauritz Cornelis Escher.

  • La clef des songes

    Là, je découvre la clef des songes au seuil d’une profonde nuit
    Dont l’aube referme la porte à double tour pour la journée.
    Afin que celle-ci prolonge mes illusions devant son huis,
    Je la recueille et je l’emporte pour suivre mes rêves ajournés.

    Ainsi à chaque heure du jour, je peux faire un rêve éveillé
    À l’aide du passe-partout que je suspends à ma ceinture.
    Puis, j’emménage en ce séjour tous les fantasmes émerveillés
    Et les cauchemars, malgré tout, mais qui pimentent l’aventure.

    Tableaux de Rafal Olbinski.

  • La porte-aux-rêves

    Portes fermées sur la culture et tout l’ensemble des beaux-arts ;
    L’âme qui se sent orpheline de ses racines naturelles
    S’en va chercher sa nourriture dans ses rêves les plus bizarres
    Où luit la lumière opaline de sa fontaine culturelle.

    Dans mon musée imaginaire, j’ai ôté toute interdiction
    Afin que l’air de connaissance circule selon le Feng Shui.
    Baudelaire et Apollinaire côtoient la science-fiction
    Et les tableaux sentent l’essence de l’utopiste que je suis.

    Tableaux de Daniel Merriam.

  • Sous le voile, le masque, le voile

    Démasquer la femme voilée pour abolir les religions
    Qui forcent le monde entoilé comme une sainte contagion ;
    Dévoiler la femme masquée pour arrêter les pandémies
    Qui poussent les forces casquées à tuer tous leurs ennemis ;

    Ce voile, fragile interface, n’est qu’un rempart de solitude
    Qui ne fait que voiler la face et contrer la vicissitude ;
    Ce masque, tissu de mensonges, n’est que protection illusoire
    Qui ne fait que masquer les songes d’une société dérisoire.

    Photos de Paul van der Lugt et de Tara McKinney.

  • Voyages virtuels

    Sur les murs vides qui m’enserrent et l’écran nu de ma prison,
    Mes intentions sont projetées avec mes rêves en couleurs.
    J’en réalise un dispensaire qui agrandit mon horizon
    Et purge mes peurs rejetées derrière le seuil de la douleur.

    J’y vois l’amie imaginaire aux antipodes et aux confins
    En train de s’évader elle-même d’une semblable synergie.
    Et ce lien extraordinaire se répète encore sans fin
    Parmi tous les amis que j’aime par cette insolite énergie.

    Illustrations de Moebius.

  • Les néo-touristes

    Fini l’espace illimité et ses voyages organisés ;
    Aujourd’hui le confinement est devenu notre univers.
    Entre quatre murs limités de notre vie mécanisée,
    Il faut s’adapter autrement et vagabonder à l’envers.

    Tout le monde en littérature, embarquez dans l’imaginaire !
    Fermez les portes et les volets, que les virus soient absentés !
    Tout le monde en villégiature pour des balades stationnaires !
    Les passeports sont envolés… au prix du passeport santé.

    Illustrations de Moebius.

  • Le lieu commun

    Le lieu commun

    Tandis que Dupond surveillait les deux baies vitrées du salon,
    Dupont, posté en sentinelle, observait sans faire d’histoire.
    Hélas un démon sommeillait, tapi sous le chapeau melon,
    Inspirant aux polichinelles une idée superfétatoire.

    Nul ne sait ce qui leur a pris mais, leur poste, ils abandonnèrent
    Pour suivre une piste à la trace partant autour de la maison.
    Ils en furent d’autant plus surpris qu’à chaque tour ils s’étonnèrent
    De voir les pas sur la terrasse augmenter plus que de raison.

    Tableau de René Magritte.

  • À mon image

    À mon image

    Je rends hommage au Créateur et au Père de ma destinée
    Par tous les portraits de famille qui font l’honneur de mon couloir.
    De tout l’Esprit récréateur, cœur de la bande dessinée,
    Dont mes aventures fourmillent et qu’Il vit comme un défouloir.

    Un jour ce Dieu à mon image, accroché à mes convictions,
    A tracé son autoportrait issu d’antiques Dioscures.
    Lui, d’un simple coup de gommage, seul peut prononcer l’éviction
    D’une vérité trait pour trait ou d’un mensonge en clair-obscur.

    Illustration d’après Hergé.

  • Roméo & Juliette 2021

    Ainsi Roméo et Juliette s’étaient rencontrés à la guerre
    Qui opposait les vaccinés aux résistants coronariens.
    Roméo sur sa bicyclette ralliait les troupes grégaires
    Que l’on avait déracinées tels des moutons prolétariens.

    Dans le clan des laboratoires, vivaient les riches et les nantis
    Qui régnaient par l’Ordre Nouveau surprotégé par la flicaille.
    Juliette se méfiait des histoires, des intox et des démentis
    Qui accusaient les bas-niveaux de n’être que de la racaille.

    Ils se rencontrèrent à Paris au Sacré-Cœur, sur le parvis,
    Pendant les manifestations aux élections législatives.
    Alors l’amour leur a souri ; ils se sont promis pour la vie
    Malgré les admonestations de leurs familles respectives.

    Illustrations d’Enki Bilal.

  • Dimanche après-midi

    Quand les dimanches paraissent longs et s’étirent tout l’après-midi,
    L’ennui m’asticote l’esprit, le cafard m’agace le cœur,
    Je déambule dans le salon après la vaine perfidie
    Du temps qui montre un parti pris à ralentir d’un air moqueur.

    Alors j’entreprends la lecture d’un roman fleuve de mille pages
    Qui fait disparaître les murs et les barreaux de ma prison
    Ou je me mets à l’écriture de quelques lignes qui se propagent
    Dans un pays où se murmurent ses légendes à l’horizon.

    J’ai l’impression que je me fonds petit à petit au décor
    Et que mon âme transparente épouse la couleur du temps.
    Alors je m’élève au plafond, lentement s’envole mon corps
    Qui, sous la lumière apparente, redevient un ange flottant.

    Tableaux de Michael Steirnagle.

  • Le pays de la soif

    Le pays de la soif

    Depuis qu’on a fermé les bars, les cafés et les restaurants,
    Les villes ne sont que déserts aux ruelles vides et assoiffantes.
    Sous nos masques, nous, pauvres loubards, zonons comme des juifs errants
    Qui manifestent leur misère avec la langue bien pendante.

    Cette traversée des années de la soif et de liberté
    Marquera la postérité d’un vent de folie décoiffé.
    Et tous les vaccins surannés nous auront tant déconcertés
    Que nous en aurons hérité une société assoiffée.

    Illustration de Hergé.

  • À cinq minutes près

    Van Gogh, à cinq minutes près, aurait sans doute créé Tintin
    Si le héros protagoniste s’était attardé par mégarde.
    On aurait vu dans les cyprès, sous les étoiles dans le lointain,
    Ses aventures impressionnistes avec des décors d’avant-garde.

    Hélas le café s’est vidé par la volonté du hasard
    Et Tintin suivi de son chien disparut dans le fatalisme.
    Sans doute a-t-il dû résider là-haut, à l’Hôtel des beaux-arts,
    Du temps où ce jeune arlésien hantait l’école de journalisme.

    Immersion de Hergé dans Vincent van Gogh.

  • Ange & démon pour la vie

    Lucifer un démon ? Je n’y ai jamais cru !
    Et l’Ange de lumière en était amoureuse.
    L’amour avait germé, l’ardeur s’était accrue
    Tant leur folie ardente se montrait dévoreuse.

    Dieu en était jaloux – entre nous, qui l’eut cru ? –
    Et les précipita sur la Terre des hommes.
    Ainsi Adam et Ève, ses premières recrues,
    Furent à l’origine des premiers chromosomes.

    Illustration de Sofía Micaela Reynoso.

  • Cousues de fil blanc

    Bien qu’on me brandisse l’alarme d’un mal qui n’est que le prétexte
    À vouloir me faire croire infâmes tous ces événements troublants,
    Je réponds entre rires et larmes que ce ne sont, dans ce contexte,
    Que des histoires de bonnes femmes entièrement cousues de fil blanc.

    L’info – une maille à l’endroit – l’intox – une maille à l’envers –
    Tissent un tissu de mensonges et vérités entremêlés.
    Demain je n’aurai plus le droit de dénouer à quatre vers
    Ces nœuds gordiens qui se prolongent, trop difficiles à démêler.

    Photos de Hinke Schreuders sur http:paperfolk.blogspot.com201307paperfolk-loves-hinke-schreuders.html .

  • L’utopie futuriste

    Hier, le futur m’était conté comme un joli conte de fées ;
    Magie de la technologie, amour et bonheur assurés.
    Toute ma jeunesse, j’ai escompté d’en décrocher tous les trophées
    Et d’amasser dans mon logis ses plaisirs manufacturés.

    Mais voilà, je vis dans un cube une vie stéréotypée
    Où tous les genres se mélangent avec de fausses perspectives.
    J’y déambule et j’y titube, comme un robot suréquipé,
    Je vis, bien que ça me dérange, d’hallucinations collectives.

    Illustrations de István Orosz.

  • Reconfinement

    Si hier, tu te confinais ; aujourd’hui tu te reconfines
    Et nous nous reconfinerons après-demain pareillement
    Si cette année je dessinais nos existences qui s’affinent
    Au jour le jour, aux environs, j’y verrai un harcèlement.

    On nous fait jouer des jeux de rôles ; on veut nous mettre le grappin
    Pour, après le choc amorti, nous retrouver sur le carreau.
    Alors ouvrons la cage aux folles, cages aux oiseaux, cages à lapins ;
    Jetons les serrures aux orties et laissons rouiller les barreaux !

    Tableaux de Abdullah Evindar sur https:designyoutrust.com201808turkish-artist-abdullah-evindar-creates-fantastic-surreal-silhouette-photo-collages .

  • Laissez pousser !

    Laissez pousser !

    Cultivez bien ce qu’on vous dit à la télé, dans les journaux !
    Bêchez, binez le samedi, creusez bien autour du fourneau !
    Plantez les graines de soumission dans votre cerveau ramolli
    Et arrosez sans rémission d’une eau ivre d’un grain de folie.

    Quand la conviction poussera par l’engrais de persuasion,
    Alors la bêtise fleurira sous les pluies de dissuasion.
    Et nous pourrons réaliser nos rêves stéréotypés
    Préfabriqués par l’Élysée et son président constipé.

    Illustration de Moebius.

  • Nouvelles dimensions

    Nouvelles dimensions

    La quatrième dimension, tapie au sein de mes cellules,
    Ouvre ses portes à l’univers par des hexaèdres impossibles.
    Des anges aux bonnes intentions, entre les six faces, pullulent
    Et connectent des trous de vers à ma conscience impassible.

    Je capte mes rêves en couleurs par cette étrange connexion
    Et l’obscurité lumineuse devient l’écran de mes pensées.
    Je ressens même les douleurs et les odeurs en projection
    Au prix d’une faramineuse envie d’écrire pour compenser.

    Illustration de Moebius.

  • Coronavirus, mon amour

    Coronavirus, mon amour

    Vous me croirez si vous voulez mais j’ai vu le coronavirus
    À l’épiderme saturnin, doté d’une longue trompe tendre.
    Il m’a demandé d’abouler mon sperme dans son utérus
    Car son sexe était féminin ; je fus soulagé de l’entendre.

    Je suis demeuré confiné quarante jours, quarante nuits.
    La belle était un peu affreuse, j’en étais devenu aveugle ;
    D’amour, j’étais contaminé mais ce n’est pas le seul ennui.
    Depuis j’ai la tête fiévreuse et quand je veux parler, je beugle.

    Illustration de Moebius.

  • Bruxelles

    Bruxelles

    Qui aurait cru que dans ces rues où sont nés de grands enchanteurs,
    Naitrait la bande dessinée qui animerait notre vie ?
    Une pluie d’auteurs disparus ruisselle en dessins envouteurs
    Sur les murs et les cheminées et retombe sur le parvis.

    De sept à soixante-dix-sept ans, les champions de la bonne humeur,
    Fidèles à Dieu et leur pays, restaient amis partout toujours.
    Tintin de l’éternel printemps, Spirou de l’éternel bonheur
    Et tous les autres ébahis de ressusciter chaque jour.

    Tableau « Bruxelles » de Joseph Gillain.

  • Comme un point sur un i

    Comme un point sur un i

    « C’était, dans la nuit brune,
    Sur le clocher jauni,
    La Lune
    Comme un point sur un i. »

    Ailleurs, sur la lagune,
    Sur la mer endormie,
    La Lune,
    Toute en monochromie.

    Bien plus loin sur la dune,
    Juste au sommet de l’angle,
    La Lune
    Comme l’œil d’un triangle.

    Si demain la fortune
    Sourit aux audacieux,
    La Lune
    Brillera dans les cieux.

    Photo de Almefer ; première strophe d’ Alfred de Musset.

  • Plume-au-rêve

    L’ami Pierrot légua sa plume à un chaman amérindien
    Qui dédiait sa danse-à-la-Lune à son totem, l’aigle royal.
    D’un duvet de peu de volume, tressé avec du chanvre indien,
    Sortit la parure opportune, consacrée à l’oiseau loyal.

    Mais la plume se montra volage et s’envola au firmament
    Puis, s’abrita par l’intermède d’un attrape-rêve lunaire.
    Désormais, les batifolages fantasmagoriques des amants
    Sont immunisés d’un remède contre leurs rêves lacunaires.

    Tableau de Tetsuhiro Wakabayashi.

  • Au rite de la ballerine

    Au rite de la ballerine

    Pour effeuiller la marguerite, la ballerine fait des pointes ;
    L’amour répète ainsi le rite des pieds tendus et des mains jointes.
    Ainsi soit-elle pâquerette, fleur des champs, éternel miracle,
    En déployant sa collerette pour laisser s’exprimer l’oracle :

    M’aimera-t-il passionnément, à la folie ou pas du tout ?
    Le cœur a souvent ses raisons, l’amour toujours imprévisible.
    Crochètera-t-il impunément mon cœur de son passe-partout ?
    Donne-moi, Ô fleur d’oraison, ta réponse la plus plausible.

    Tableau de Tetsuhiro Wakabayashi.

  • Santa Maria

    Passés les Colonnes d’Hercules et le Détroit de Gibraltar,
    Le fantôme du Galion d’Or git par mille mètres de fond.
    Une fois l’an, au crépuscule, refait surface son avatar
    De l’esprit d’un conquistador, léviathan vaincu des tréfonds.

    Féminin paraît l’égrégore comme Vénus née de la mer
    Dont la tête évoque la proue fièrement dressée sur sa croupe.
    L’âme dont le vent revigore les voiles aux mémoires amères,
    Revient rappeler peu ou prou ses épopées, le vent en poupe.

    Tableau de Salvador Dali.

  • Physiologie des Galipettes

    La problématique chez l’homme et l’équivoque chez la femme
    Reviennent à boire à la source du désir d’immortalité :
    Pour l’un, verser ses chromosomes vers ce calice qui l’affame,
    Pour l’autre, lui vider ses bourses pour jouir d’une maternité.

    Parce qu’une femme est une île et parce qu’un homme est une aile,
    L’amour convole à tire-d’aile vers des destinations de rêves.
    L’amour rend le cœur juvénile et la raison, irrationnelle.
    Quel dommage pour la bagatelle que l’excitation soit si brève !

    Tableau de Pablo Picasso sur https:www.theguardian.comartanddesign2018mar11picasso-1932-love-fame-tragedy-review-tate-modern#img-5 .

  • Le virus du voyage

    Malgré les destinées tragiques, les drames et les félonies
    Qui soufflent leurs vents latéraux de romans en littératures,
    La vieille Europe nostalgique de ses lointaines colonies
    Insuffle encore à ses héros l’invitation à l’aventure.

    Par les boulevards maritimes ou les grands couloirs aériens,
    Chacun peut prétendre aujourd’hui relier l’Asie à l’Amérique.
    Hier encore esclave ou victime, banni ou pauvre galérien,
    L’homme est devenu le produit d’un néo-tourisme hystérique.

    D’après Hergé.

  • Les mondes invisibles

    Les mondes invisibles

    Si je parviens à recevoir toute la substance qui passe
    Par l’air qui entre en mes poumons et qui me nourrit du prana,
    Et si j’arrive à percevoir la coexistence dans l’espace
    Entre les anges et les démons, je verrai l’antre du nirvâna…

    Ou bien sa fenêtre céleste qui communique avec le monde
    En convertissant de lumière, l’obscurité que j’entrevois.
    Ainsi mon esprit se déleste de toute cette fange immonde
    Et mon corps retombe en poussière tandis que l’âme trouve sa voie.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • L’âme de la maison

    L’âme de la maison

    Lamartine avait exploré l’âme des objets inanimés,
    Pourtant l’ensemble du mobilier assujetti à la maison
    Vibre à l’écho évaporé qui résonne aux murs élimés
    De tous les gestes familiers qu’on y fait en toutes saisons.

    L’âme de la maison materne, le cœur de la maison enfante.
    Elle est la présence invisible qui s’imprègne de ses locataires.
    Son esprit brille dans les lanternes et respire de toutes ses fentes
    Elle, à jamais indivisible, comme égrégore propriétaire.

    Tableau de Remedios Varo.

  • Aurore

    La lueur brillante et rosée avant le lever du soleil,
    Quand celui-ci va se lever, apparaît drapée de lumière.
    Et la nuit métamorphosée par cette porte des merveilles
    Cède la place au pied levé devant l’aurore coutumière.

    À l’aube de l’humanité, quand le poisson sortit de l’eau,
    Ses yeux se sont épanouis par l’observation sidérale.
    Ensuite, sa féminité s’est éveillée dans le halo
    D’un clair de Lune évanoui après le crépuscule astral.

    Qu’elle soit boréale ou australe, ou même encore équatoriale,
    L’aurore sait nous éblouir de tout l’éclat de sa brillance.
    Voyez sa beauté magistrale, ses tonalités mémoriales
    Qui viennent sans cesse nous réjouir de maternelles flamboyances.

    d’une infinité de vaillances.
    de régulières flamboyances.
    de maternelle bienveillance.

    Tableaux d’Irina Vitalievna Karkabi encadrant celui de Gustav Klimt.

  • Immersions

    Les femmes, en totale impression de leurs existences passées,
    Se rappellent à chaque seconde que leur rôle n’est pas terminé.
    Elles ont trop subi la pression d’une société compassée
    Et voudraient refaire le monde d’un équilibre déterminé.

    Les femmes, en totale immersion avec l’existence actuelle,
    Mesurent avec circonspection quelle est l’égalité des sexes.
    Les hommes, toujours en dispersion, gardent leur manie rituelle
    De se croire d’une conception intelligente et sans complexe.

    Les femmes, en totale expression de l’existence du futur,
    Savent qu’elles doivent gagner la partie et les hommes, battre la campagne.
    Le machisme et ses répressions parvient déjà à sa rupture
    Et se voit en contrepartie laisser la place à sa compagne.

    Tableaux de Maria Pace-Wynters.

  • L’origine de la « Tempérance »

    L’origine de la « Tempérance »

    Avant d’être nommée « Tempérance », Angèle n’était qu’une débauchée,
    Volant aux sommets des collines chassant les étoiles filantes.
    Mais après un siècle d’errance, elle finit complètement fauchée
    Vêtue d’haillons de crinoline comme guenille horripilante.

    Elle vendit ses ailes au marché, trouva un boulot pour manger
    Et fut nommée « Modératrice » décrétée par ordre divin.
    Toute nue – elle l’avait cherché – elle fit le serment de changer
    De façon accommodatrice, et mettre de l’eau dans son vin.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104rafal-olbinski-surrealista-polacco.html .

  • Derrière l’iris

    Derrière l’iris

    Derrière chaque iris, un pilote observe le monde de loin
    Abrité dans sa cavité baignée d’une humeur capricieuse.
    Ensemble, les deux copilotes s’accordent selon les besoins
    De l’âme dans la concavité de ses tentations ambitieuses.

    Mais parfois la gauche et la droite ne voient pas le même objectif
    Et le cerveau reçoit en double différentes illusions optiques.
    Mais seul, grâce à une vue adroite, l’amour, d’un rayon subjectif,
    Malgré la situation trouble, offre à l’âme sa vue érotique.

    Tableau de Tuco Amalfi.

  • Les tontons flingueurs à la rescousse

    Les tontons flingueurs à la rescousse

    Tonton Lino, tonton Francis et tonton Bernard, le placide,
    Montrent le bout de leurs museaux tout en finesse et en silence.
    Ils tombent à bras raccourcis, d’un rictus au regard acide,
    Et l’ennemi, des deux fuseaux, s’évanouir en ambulance.

    Donc je propose de confier le combat pour la pandémie
    À notre trio de tontons chargé de la javéliser.
    Dès qu’ils auront pacifié les prochaines vagues ennemies,
    Ils s’attaqueront au fronton du laid palais de l’Élysée.

    Dessin de Jacques Tardi.

  • Pas si bête, la femme

    Pas si bête, la femme

    La pomme était bien verte ; Ève n’en a point voulu.
    Elle en est restée nue de toute connaissance.
    Comme elle était ouverte et toute fraîche émoulue,
    Son esprit ingénu vécu dans l’innocence.

    Elle bâtit sa maison sans poutre ni chevron ;
    Elle avait deux mains gauches et pas trop de bon sens.
    Ses enfants sans raison à l’avenir poursuivront
    Cette vie de débauche et de concupiscence.



    Alors finalement, remercions notre Ève
    D’avoir croqué la pomme pour deux sous de jugeote.
    Bien sûr, évidemment, cette histoire soulève
    Que dans le cœur de l’homme, une femme mijote.

    Tableau de Jacek Yerka sur http:liryka-liryka.blogspot.com201408robinson-jaromir-nohavica.html#more .

  • Demain, les citrons

    Demain, les champs de citronniers auront envahi la planète
    À force de se critiquer et se gausser les uns des autres.
    Se disputer comme chiffonniers avec des propos malhonnêtes,
    On presse un jus sophistiqué dont l’acidité fait l’apôtre.

    Et pourquoi pas des cornichons pourris dans les champs de navets
    Arrosés d’une pollution, pluies acides sur les graminées ?
    Ne poussons ni le bourrichon ni le linge sale à laver ;
    Trouvons plutôt une solution à ce futur contaminé !

    Tableaux de Vitaly Urzhumov sur https:www.finedininglovers.comarticleworld-full-lemons .

  • Venise à la violette

    Venise à la violette

    Venise est voilée, Venise est violée
    D’un million de bras, d’un millions de pieds.
    D’un flot de touristes, d’un flot de visites
    Qui, chaque jour, passent, chaque jour trépassent.

    Venise est bien sombre, Venise est dans l’ombre,
    Lentement s’enfonce, lentement s’effondre.
    Que restera-t-il à minuit moins dix
    Lorsque sa journée sera terminée ?

    Photo de Pierre-Antoine Le Glevic.

  • La tête hors de l’eau

    La tête hors de l’eau

    Quelquefois, la tête hors de l’eau, voir le monde qui va à vau-l’eau
    Et prendre la température de la santé de la nature.
    Je suis trop vite sorti du bain, de la routine et du turbin ;
    Rien n’a changé sur la planète ; les humains ont perdu la tête.

    Le masque à ras sur la figure, juste en surface, me défigure
    Et l’interdît d’ôter ce voile me prend trop à rebrousse-poil.
    Plus rien ne sera comme avant, je vis derrière un paravent
    Et mon bocal-appartement m’enferme dans son élément.

    Photo de Jihoon Yang.

  • Voyages aux îles de la Désolation – 5

    Voyages aux îles de la Désolation - 5

    Enfin, quand vient l’aube du monde saluée d’une aurore australe,
    Paraît le véritable Maître dans sa houppelande outremer.
    Brusquement le silence inonde d’un milliard de pauses orchestrales
    Exécutées au spectromètre pour l’aubade à la Terre-Mère.

    Cérémonial évènement dans le respect des traditions
    Qui unissent les êtres vivants à l’omnipotence immobile
    De l’éternel avènement de la Nature en soumission
    Au protocole ravivant d’iridescence indélébile.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Voyages aux îles de la Désolation – 4

    Voyages aux îles de la Désolation - 4

    Venez, vastes oiseaux des mers, aux envergures impressionnantes,
    Venez, indolents compagnons, qui escortez notre voyage !
    Venez sur les gouffres amers et les montagnes rugissantes
    Venez tous, nous vous enjoignons à pratique votre frayage.

    Rois de l’azur aux ailes blanches ployant comme des avirons,
    Comme vous nous semblez déchus et bien maladroits sur la Terre !
    Sur mer, par-dessus l’avalanche de vagues triomphe l’oiseau girond
    Jusqu’à l’apothéose échue de son ivresse solidaire.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.