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  • Châteaux de cartes

    Châteaux de cartes

    Avec la famille des cœurs, je mets le portefeuille à droite ;
    Avec les trèfles et les carreaux, là, je m’en remplis plein les poches.
    Les piques brandies à contrecœur, j’les esquive de façon adroite
    Et quand viennent les as du barreau je les empile au fond, à gauche.

    N’y voyez aucune allusion, ce ne sont que châteaux de cartes
    Dont j’organise la parité entre dames, rois et valets !
    Les jokers ne sont qu’illusion et, s’il le faut, je les écarte
    Avant que la précarité ne menace de tout déballer.

    Au revers, les cartes anonymes cachent insidieusement leur jeu.
    Où sont les rois, où sont les dames ? Où sont les valets et les as ?
    Et ces drôles de patronymes probablement moyenâgeux
    En ce qui concerne les femmes : Argine, Judith, Rachel, Pallas !

    Tableau de Ciro Marchetti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201606Ciro-Marchetti.html .

  • Triskelets

    Sont-ce des escargots bretons ou bien des coquilles celtiques ?
    Je ne sais pas mais il me semble qu’ils ne sont pas du Morbihan !
    Ni morts-vivants, ni rejetons, ni même d’aspect squelettiques
    Pourtant tous les trois se rassemblent en un symbole convoluant.

    Ils me rappellent la justice à trois plateaux en équilibre,
    Très difficile en vérité pour aimer sans être jugé.
    Comme tous ceux qui travestissent le droit de vivre en homme libre
    Et mettent la priorité sur le rejet sans préjugé.

    Photos de Ludmilla Hopkins.

  • La vie en rose

    La vie en rose

    Mon film n’est pas « la vie en rose », du moins pas toujours, pas tout l’temps,
    Car je ne reste jamais fixé sur un coin de ma pellicule.
    Certains clichés semblent moroses mais, alignés à contretemps,
    Reflètent un bonheur remixé, en prenant bien sûr du recul.

    Cette vie que je croyais plate s’est révélée comme une fleur
    Qui s’ouvre et qui s’épanouit à l’aube d’un matin de printemps.
    Le blues en devient écarlate arrosé de larmes et de pleurs
    Et le chagrin s’évanouit d’en voir ses faveurs à plein temps.

    Pour ne pas rester sur ma faim quand viendra ma métempsychose,
    J’espère n’avoir plus d’ennemi à récurrence destinale.
    Mais puisque tout a une fin, j’en ferai une apothéose
    Où je convierai mes amis à ma Sainte Cène finale.

    Tableau de Mihai Criste sur http:sweetdreamsart.centerblog.netrub-mihai-criste-.html .

  • Deo gratias in blues

    Deo gratias in blues

    L’âme du violon semblait faite pour glisser sur sa robe en blues
    En paysages liturgiques avec des doubles et des alias.
    L’archet courrait monter au faîte de la petite corde jalouse
    Des pizzicatos démiurgiques qui créaient le Deo gratias.

    Lorsqu’elle arrête de jouer, le silence ressemble au silence
    Qui succède après le final et qui reste toujours du Mozart.
    Et dans sa quiétude enjouée, ce calme trouve son équivalence
    Avec le geste original d’un Dieu qui créerait par hasard.

    Elle vous donnera l’illusion de jouer les bleus de son âme
    De son doigté le plus précieux qui s’envoleront dans l’azur
    À la vitesse de diffusion de l’onde qui sert de sésame
    À l’ouverture en clef des cieux dont un ange bat la mesure.

    (Tableau d’Abner Recinos.
    « Elle semblait faite pour glisser, en robe blanche, dans des paysages liturgiques, une branche de lis ou un rameau d’or à la main. » — Octave Mirbeau, Le colporteur)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Mérou au secours !

    Tout en haut de ma tour d’ivoire, j’appelle un mérou de secours
    Avant de plonger dans les rêves et nager dans leurs eaux profondes.
    Juste une fuite provisoire qui soit mon ultime recours
    Seulement pour cette nuit si brève où j’oublierai un peu le monde.

    J’aime sentir ce lâcher prise et chuter éternellement
    Dans les airs à tombeau ouvert, sécurisée par le mérou.
    Le songe étant plein de surprises, je le serre fraternellement
    En lui disant à mots couverts de m’emmener jusqu’au Pérou.

    Hélas mon rêve est éphémère et je suis désavantagée
    Car je n’ai pas plus d’avenir qu’avait la Belle-au-Bois-Dormant.
    Au matin le prince des mer me rend mon baiser engagé
    Et je me réveille au souvenir de mon petit mérou charmant.

    Tableaux de Nicoletta Ceccoli.

  • Les sirènes atlantes

    Deux descendances différentes vivent ensemble au fond des mers.
    D’une part, les filles de Neptune, en queue de poissons héritée ;
    Puis, les atlantes proliférantes dans les abysses outremer
    Depuis la chute inopportune de l’Atlantide déméritée.

    Elles ont conservé leurs deux jambes – les pieds palmés mais pas les mains –
    Adaptées à tous les milieux, amphibies par transmutation.
    Particulièrement ingambes, elles prennent souvent le chemin
    De Paris et de sa banlieue, puis en métro jusqu’à Nation.

    Mais lassées de l’humanité, elles rentrent en fin de semaine
    Et rapportent les souvenirs aux petits poissons attentifs.
    Restant loin de l’inanité de notre société humaine,
    Elles préfèrent suivre l’avenir depuis l’océan préventif.

    Tableaux d’Annie Stegg.

  • L’amante religieuse

    Ne saluez surtout pas Marie après que son fils l’a mordue
    Quand elle vient, poitrine écumante, protester envers l’Esprit-Saint !
    Elle vient se plaindre à son mari et sa Trinité distordue
    Pour cette mission opprimante pour laquelle elle donne le sein.

    Être future Sainte Vierge pour quelques milliard de chrétiens
    Ne justifie pas la disgrâce que l’enfant Jésus lui impose.
    Elle a beau allumer des cierges pour lui réclamer un soutien,
    Ses mamelons demandent grâce et tous les quarts d’heure, une pause.

    Aussi, chrétiennes, mes chères sœurs, priez seins nus dans les églises
    En souvenir des mamelons que Jésus a martyrisés !
    Je me dois d’être le défenseur pour qu’enfin se généralise
    Cette pratique dans les salons où le culte est autorisé.

    Échangeons le pain et le vin qu’on présente à la communion
    Par des prêtresses nourricières aux saintes poitrines généreuses.
    Tétons l’allaitement divin qui symbolise la réunion
    De notre foi bénéficiaire à ses mamelles plantureuses.

    Tableaux de Tom Bagshaw.

  • L’Europe à ni maux ni biens

    Soyez bienvenus en Europe, les animaux sont au pouvoir
    Avec le coq hardi et fier sur le taureau d’Andalousie,
    Le lion d’or hypermétrope qui doit reculer pour mieux voir
    Malgré l’aigle noir de Bavière qui fait sa crise de jalousie !

    La Licorne réputée avare, opposée au dauphin prodigue,
    L’ours brun qui reprend son élan après un sommeil de marmotte,
    Les chiens et chats toujours bavards qui tuent les ânes à coup de figues,
    Et hirondelles, et goélands, et cygnes en chœur sans fausse note.

    Bien entendu, dans la forêt certains bosquets sont malfamés
    Et si le loup entend l’agneau, c’est par la raison du plus fort.
    Les herbivores sont dévorés par leurs prédateurs affamés
    Malgré les lois et les signaux édictés par nos sémaphores.

    Sources : https:www.easyvoyage.comactualiteles-animaux-emblemes-des-pays-d-europe-83537 .

  • Le mariole du linge

    Le mariole du linge

    À l’origine venue d’Afrique, on vit le mariole du linge
    Se transmettre aussi bien aux hommes à l’ouest des États-Unis.
    Sans doute le besoin de fric faisait travailler leurs méninges
    Et l’on observait ce symptôme – les cowboys étant démunis.

    Comment le mariole du linge fut transmise alors à la femme ?
    Après avoir mené les vaches, les hommes ont dû en profiter
    Pour payer en monnaie de singe cette pratique jugée infâme
    Qui consiste à faire le bravache avec une fille pas très futée.

    Mais on attrape vite le virus à laver son linge en famille ;
    Plus on se crêpe le chignon, plus il est sale et plus on frotte
    Et ça fait comme les poupées russes à mesure qu’on les déshabille ;
    Même vêtu comme un oignon, le tissu fond quand on l’ décrotte.

    Tableau de Loren Entz.

  • La sirène masquée

    La sirène masquée

    Heureuse comme un poisson dans l’eau, elle vit d’amour et d’onde fraîche ;
    D’amour, elle guette la marée ; d’effroi, elle épie le marin.
    Une fois goûté son gigolo, elle attend neuf mois dans la crèche
    Que naisse, dans les eaux chamarrées, l’enfant de père outremarin.

    Depuis deux ans, dans l’eau morose et sa fraîcheur ratatinée,
    Les marins sont hommes-grenouilles pourvus de masques à oxygène.
    Troublée, atteinte de névrose, elle se retrouve confinée
    Et peste filant sa quenouille dans les abysses coralligènes.

    Mais d’après le calendrier, comme aujourd’hui c’est vendredi,
    Elle désire, en portant un casque, leur jouer un tour à sa façon.
    Pour narguer ces scaphandriers, avec la voix du contredit,
    Elle les abuse d’un chant fantasque qui finit en queue de poisson.

    Tableau de Christian Schloe sur https:expresionconarte.comchristian-schloe .

  • Une perle pour la sirène

    Une perle pour la sirène

    À l’origine, un accident, un incident, une bêtise,
    Une poussière par hasard dans la matrice de la sirène.
    Soudain, en son sein s’oxydant, paraît la perle de convoitise
    Chef-d’œuvre digne des beaux-arts qui naît dans la petite reine.

    Ainsi de la chose étrangère qui l’a fécondée en son sein,
    Pareil à l’huître dont la nacre enrobe avec délicatesse,
    La particule passagère confectionnée en son bassin
    Devient perle rare dont le sacre honorera une princesse.

    En attendant cette promesse, elle cajole sa merveille
    En l’enveloppant de finesse d’une douceur particulière.
    Et la sirène diaconesse, sa reine-mère qui la surveille,
    Accordera à la faunesse le titre de Sainte-Perlière.

    Tableau d’Alyona Askarova.

  • Pas boulotte, la femme !

    Pas boulotte, la femme !

    N’est pas boulotte, celle qui sait trancher d’une volée de hache
    Les racines qui la retiennent et la menacent de moisir.
    Sans autre forme de procès, son coup d’audace la détache
    Afin que sa vie n’appartienne qu’au destin qu’elle va choisir.

    Maintenant que son mouvement s’est répandu dans la nature,
    Tout ce qu’elle va nous réserver mérite notre anticipation.
    De quel bois se chauffe ardûment la femme nouvelle et mature ?
    Attendons-nous à observer une vaste émancipation !

    Or, de la maladie du mâle, gageons que sa femelle guérisse
    Afin qu’elle devienne conductrice d’une nouvelle humanité !
    Et moi, je jure, foi d’animal, que j’ai grand hâte que mûrisse
    De façon la plus séductrice, la femme à l’unanimité.

    Tableau de Steven Kenny.

  • M comme Icare

    M comme Icare

    J’ai échappé au labyrinthe de ma vie voici treize années
    Excepté, qu’à l’instar d’Icare, j’ai d’abord chu de quinze mètres.
    Souffrances après sept mois d’astreinte à l’hôpital m’ont condamné
    À m’envoler loin à l’écart vers des sommets, assis sans maître.

    Mais je ne vole pas, je plane sur des montagnards de prestige
    Dont je ne comprends ni langage ni comment m’y socialiser.
    Et trop de bourrages de crâne m’occasionnent tant de vertiges,
    Que j’en suis l’idiot du village qui vit selon les alizés.

    Puis les montagnes dominées par des coups de vents assassins
    M’ont déporté hors des limites de ce dédales de vallées.
    Aujourd’hui je suis confiné dans les forêts de marcassins
    Où je séjourne comme un ermite qui n’a plus d’endroit où aller.

    Tableau d’Abner Recinos.

  • L’amante harponneuse

    L’amante harponneuse

    Comme elle se livrait au bonheur d’avoir harponné ses amants
    À l’aide d’un cœur angélique sur toutes les mers amoureuses,
    Un jour, elle mit un point d’honneur à lancer le plus vaillamment
    Et d’une adresse diabolique sa javeline vigoureuse.

    Le capitaine et ses matelots qui croisent l’amante harponneuse
    Devront lui payer leur tribut de manière la plus érotique.
    Sinon, d’un coup de javelot, sa nymphomanie moissonneuse
    Leur cueillera les attributs qui fait la gente phallocratique.

    En attendant, Dieu soit loué, elle reste rivée au rocher
    Dont elle ne s’éloigne jamais d’après ce qu’on m’a rapporté.
    Pour éviter d’être cloué, il est défendu d’approcher
    À moins d’un mile désormais assurément hors de portée.

    (Tableau de Steven Kenny.
    « Elle se livrait au bonheur d’avoir harponné, pour ainsi dire, une âme angélique dans la mer parisienne » – Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Rusées renardes

    Tandis que Madame, un peu garce, en robe d’hiver à balconnets
    Traque sa proie l’air dédaigneux dans sa tenue assez tendance,
    Rusée renarde, sa comparse, chasse souris et cochonnets
    En tant que prédateur teigneux mais qui assure l’intendance.

    Ces deux femelles à la fourrure aussi soyeuse que caressante,
    Savent aussi montrer les dents et une force appréciable.
    Elles possèdent une carrure toute en souplesse, reconnaissante
    À leurs cruels antécédents de dévoreuses insatiables.

    Tableaux de Steven Kenny.

  • Pluie équivoque

    Pluie équivoque

    Aux Pâques, une pluie équivoque par ses gouttes dorées sapides.
    Sans doute le frottement des cloches sur quelques nuages attardés.
    Ainsi l’humidité provoque, trombes de giboulées rapides,
    Des étincelles qui s’effilochent comme un météore hasardé.

    Au lendemain d’un long sommeil, l’ondée miraculeuse n’est plus.
    Mais les odeurs de la nature sont rehaussées d’un goût musqué.
    Alors sous un soleil vermeil qui ne luit que lorsqu’il a plu,
    J’en respire la signature sur les fleurettes offusquées.

    Qu’importe la matutinale rosée pourvu qu’on ait l’ivresse
    Que les fleurs produisent en nectar dont s’abreuvent tous les papillons !
    Et les herbes médicinales distillent avec allégresse
    Leurs arômes secrets à l’instar des liquoristes moinillons.

    Tableau de Jana Brike.

  • Adieu joli mois de mai

    Adieu joli mois de mai

    Avant qu’il naisse, je le devine depuis l’arrivée du printemps,
    Fin mars quand le soleil s’amuse à s’attarder le soir venu.
    Puis sous les orages qui ravinent les chemins de boue sanglotant
    Et les exhalaisons profuses après une ondée bienvenue.

    Le mois d’avril coupe le fil des trois premiers mois de l’année
    Que j’oublie vite avec le temps pour accueillir d’autres saisons.
    Au mois de mai, les jours défilent ; le voici déjà suranné,
    Hier à peine débutant et demain parti sans raison.

    Adieu printanière un peu folle avec tes petits saints de glace,
    Tes giboulées de canicule et tes averses qui s’enchaînent !
    Tant mieux ! Mes canards en raffolent et mes fleurettes s’en prélassent.
    Tu n’étais pas si ridicule et je t’attends l’année prochaine.

    Illustration du calendrier d’Olga Ert sur https:www.behance.netgallery186943calendar .

  • Les mères poules

    Les mères poules

    Pâques passées, les mères poules qui ont su conserver leurs œufs
    Éduquent leurs progénitures à montrer leurs meilleurs profils.
    Puis, toutes ces petites boules à plumes, d’un mouvement vaseux,
    Cahin-caha sans fioriture, suivent comme attachées à un fil.

    Pour leur première leçon de vol, lorsque les poussins ont grandi,
    Toutes les mères ont revêtu leurs capelines de monitrice.
    Les oisillons prennent leur envol comme un long cordon d’organdi
    Qui soudain, à bride abattue, déshabille leur génitrice.

    Lorsque les enfants sont partis, les mères-poules déplumées
    Regagnent vite leurs plains-pieds où l’attendent les jeunes coqs.
    Et aussitôt c’est reparti ! car les chandelles rallumées
    Par les deux bouts dans les clapiers sont très épiques à cette époque !

    Tableau de Steven Kenny.

  • Pense-bête

    J’évite de me prendre la tête avec enquêtes et contre-enquêtes ;
    Quitte à m’arracher les cheveux, je les pendouille là où je veux.
    Si vous la voyez dans un arbre, inutile de rester de marbre ;
    Rapportez-la moi, s’il vous plait, plutôt que me la contempler.

    Quand l’actualité va à vau-l’eau, je m’en vais la ficher à l’eau ;
    Un gros bocal de cornichons suffit, ce n’est pas folichon.
    Vous n’ pouvez-vous en empêcher ? Essayez donc de m’ repêcher…
    Attrapez-moi par la tonsure ; vous en sentirez la morsure.

    Photos d’Alexandra Tchertoulova.

  • L’expérience en cours

    L’expérience en cours

    Pourquoi la matière et l’espace ? Pourquoi la vie sur notre Terre ?
    Pourquoi l’été ? Pourquoi l’hiver ? Pourquoi l’automne avant-courrière ?
    Dieu seul sait tout ce qui se passe dans les coulisses du mystère
    Qui enveloppe l’univers et tout ce qu’il y a derrière.

    Eh bien l’expérience est en cours et Dieu n’a pas réponse à tout ;
    Il ne sait pas finalement ce qu’il adviendra de tout ça !
    Plusieurs fois, il a eu recours à consulter le Grand Manitou
    Qui lui fournit légalement un coup de pouce, fissa fissa.

    Et si l’expérience prouve que Dieu n’a jamais existé,
    Selon les lois de la logique – soit P vrai implique Q faux –
    Eh bien justement il se trouve qu’un illogisme est dépisté !
    Quoi qu’il en soit, rien de tragique, tous les dogmes ont comme un défaut…

    Tableau de Bjorn Richter sur https:www.facebook.comBjørn-Richter-302501101111?ref=page_internal .

  • Clef de jour, clef de nuit

    Les extraterrestres se cachent derrière des pans de la nature
    Qu’ils ouvrent comme une boîte à sardine à l’aide de la clef du jour.
    Lorsqu’il vous semble qu’une tache fait une sorte de rature,
    Les Aliens en fait s’y radinent pour venir passer le séjour.

    Pareillement lorsqu’ils s’en vont, ils entrouvrent un rideau de nuit
    Qui paraît tellement visible que je me demande pourquoi
    Jamais nous ne les poursuivons en nous engouffrant dans son huis
    Sauf bien sûr une imprévisible sentinelle ou je ne sais quoi.

    Tableaux de Bjorn Richter sur https:www.facebook.comBjørn-Richter-302501101111?ref=page_internal .

  • Nuit d’Onyx

    Nuit d’Onyx

    Discrétion, silence et mesure, l’ange de nuit répand son ombre
    Et tisse un écheveau obscur qui plonge la Terre en sommeil.
    Le jour s’enfuit dans l’embrasure poursuivant le soleil qui sombre
    Flanqué du fidèle Mercure dans un dernier rayon vermeil.

    Ange ou démon ? Je m’interroge sur ses véritables desseins
    Et cette étrange accoutumance qu’instaure le marchand de sable.
    Fatalement nul ne déroge à ce rituel sacro-saint
    Malgré toute la véhémence de ma quête inassouvissable.

    Les plus beaux rêves sont tissés dans la chevelure de nuit
    Qui me reconnecte au réseau du chœur des étoiles qui songent.
    Étoiles noires métissées d’astres et de comètes qui fuient
    Comme s’envolent les oiseaux qui migrent au pays des mensonges.v

    Tableau de Kaysha Siemens.

  • L’autre côté du miroir

    L’autre côté du miroir

    Tous les miroirs de ma maison accèdent à un autre côté,
    Un genre d’univers inversé, mais qu’ils m’interdisent de franchir.
    Je ne sais si j’ai eu raison mais je les ai tous boycottés
    Jusqu’à c’ qu’ils soient controversés et acceptent de m’affranchir.

    Depuis je peux passer ma tête, un bras, une jambe, une main
    Mais je reçois un bol d’eau froide et parfois carrément un seau.
    Ils sont farceurs mais je m’entête à y découvrir un chemin,
    Même si c’est une porte étroite, pour m’y retrouver au verso.

    Alors pour fair’ fondre la glace puisque le miroir est poli,
    Je m’ suis reflétée en parlant d’une voix pointue et étroite,
    Puis nous avons changé de place, mon double et moi, à la folie,
    Et depuis je parle en verlan et confonds ma gauche et ma droite.

    Lorsa pour raif’ drefon la cegla quepuis le roirmi est lipo,
    Je m’ suis téeflére en lantpar d’une voix tuepoin et troitée,
    Puis nous vonsa géchan de cepla, mon bledou et moi, à la liefo,
    Et puisde je lepar en lanver et fondcons ma chegau et ma tedroi.

    Tableau de Natalie Shau.

  • La danse des Samodiva

    Les trois sorcières solidaires ne sont pas descendantes d’Ève
    Mais de Lilith ou Artémis selon l’histoire non écrite.
    Sauvages et de vies solitaires, chaque année elles renouvellent
    Leurs liens en suivant les prémices que leur nature leur a prescrites.

    Alors elles invoquent leur mère qui apparaît tel un phénix
    Dans le feu ardent dont les flammes les embrassent de leur chaleur.
    Elles redeviennent chimères et montent dans la nuit d’onyx
    Rejoindre et réunir leurs âmes sacrées aux divines valeurs.

    Comme une naissance d’étoile, les filles ont fusionné leur mère
    Et créent de nouvelles énergies pour les diriger sur la Terre.
    Alors retombent comme un voile des étincelles éphémères
    Qui se transforment en synergie fertilisante, élémentaire.

    Premier tableau d’artiste inconnu ; deuxième et troisième tableaux d’Eduardo Rodriguez Calzado sur https:eduardorodriguezcalzado.com .

  • Féminité sacrée

    La vierge clôture l’été, c’est déjà le temps des colchiques ;
    Les feuilles commencent à tomber malgré la chaleur persistante.
    On l’aperçoit se refléter sur les eaux sombres métapsychiques
    Des lacs et étangs surplombés par sa psyché inconsistante.

    La mère est enceinte en automne ; elle gardera neuf mois son fruit
    Et subira une alchimie archangélique en son bassin.
    Sa grossesse paraît monotone mais à l’intérieur se construit
    Une inviolable biochimie qui métamorphose en son sein.

    L’enchanteresse ferme l’hiver et annonce le renouveau
    De primevères en perce-neiges, de boutons d’or en pâquerettes.
    En accord avec l’univers qui met les saisons à niveau,
    Elle exécute son manège, fraîche émoulue et guillerette.

    La sorcière charme le printemps, surtout les nuits de pleine Lune
    Où elle adore danser nue autour d’un feu avec ses sœurs.
    Mais elle donne des cours à plein temps aux quatre filles de Neptune,
    Jeunes sirènes ingénues, qui nécessitent un professeur.

    Tableaux de Tamara Phillips sur https:www.tamaraphillips.ca .

  • Renversant !

    Renversant !

    On nous fait croire n’importe quoi par le truchement de l’image.
    C’est vu à la télévision ? Alors incroyable mais vrai !
    Ne me demandez pas pourquoi mais je n’ vois que de l’enfumage
    Car tout est fait en prévision d’une entourloupe délivrée.

    Tout est truqué évidemment : les statistiques et les sondages.
    Toutes les menaces de guerre cachent des crises économiques.
    N’écoutez pas le parlement qui ne colporte que galvaudages
    Et regardez comment naguère leurs fraudes furent astronomiques.

    Une bonne idée le communisme ? Mais il cache une dictature !
    Ne parlons pas du socialisme qui jette la misère en pâture ;
    Pas plus que le capitalisme en train de détruire la nature ;
    Et quant aux légats du déisme, je n’aime pas leurs impostures.

    Je l’avoue, j’ai détourné la citation de Winston Churchill « Le défaut du capitalisme c’est qu’il répartit inégalement la richesse ; la qualité du socialisme c’est qu’il répartit également la misère ! ».

  • Cartomagie

    Cartomagie

    Le véritable enjeu des sondages, n’est pas de lire dans l’avenir
    Mais demander à la voyante qui arrivera finaliste.
    Cela évite le dévergondage de tout ce qu’on entend venir
    Et surtout une imprévoyante indiscrétion de journaliste.

    Madame la cartomancienne officielle de l’Élysée
    A conseillé les présidents sur le successeur à choisir.
    La méthode n’est pas si ancienne : elle est chaque jour télévisée
    Et diffusée, c’est évident, dans chaque foyer à loisir.

    On dit que si tu téléphones à une voyante émancipée
    Et qu’elle ne décroche pas avant que retentisse la sonnerie,
    Raccroche car elle n’est pas si bonne ! Elle aurait dû anticiper
    Ton coup de fil auparavant sans te faire faire une connerie.

    (Tableau de Ciro Marchetti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201606Ciro-Marchetti.html .
    La dernière strophe est inspirée d’une pensée philosophique profonde de J-C V-D.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’arbre énergétique

    L’arbre énergétique

    Si nous ouvrions le troisième oeil qui voit en quatre dimensions,
    Nous verrions les autres couleurs sur l’hypercube chromatique.
    Nous noterions l’aura des feuilles et l’énergie en ascension
    D’accouchements mais sans douleur des végétaux aromatiques.

    Nous saurions quels arbres-maîtresses enfantent avec acrimonie,
    Nous distinguerions feux follets de l’autre flore masculine,
    Nous respecterions la détresse de la planète à l’agonie,
    Notre Terre-Mère affolée tisser des algues corallines.

    Mais déjà nous le ressentons en écoutant le vent souffler,
    En entendant gronder l’orage et ses averses messagères.
    Est-il trop tard ? Parlementons avec la Nature essoufflée
    Et ses éléments qui font rage sur l’humanité passagère.

    Tableaux de Kat Fedora.

  • Drôle d’oiselle

    Drôle d’oiselle

    Les petits rats sortent de l’œuf encore tout ébouriffés ;
    Juste un petit bouquet de plumes comme une touffe sur la dune.
    Leurs petits corps encore tout neuf portent un tutu dégriffé
    Dont on admire le volume dès qu’elles dansent sous la Lune.

    Ainsi ce ne sont pas des rats mais des souris apparemment !
    Il est vrai que des rats tout roses, c’est assez rare évidemment.
    Déjà l’appel de l’opéra les précipite hardiment
    Sur la scène en pleine névrose de leur public les réclamant.

    Trois petit pas, des entrechats, trois petits sauts en tours piqués ;
    Elles s’envolent comme oisillons qui osent se jeter du nid.
    Mais les oiseaux ont peur du chat et les souris sont paniquées.
    Vite, sur leurs pointes, les cotillons virevoltent à donner le tournis !

    Josie Lane photographiée par Philip Treacy.

  • Les anti-sirènes

    Les anti-sirènes

    Cette nuit, j’ai rêvé de carpes qui, à défaut de métacarpe,
    Étaient pourvues de métatarse pour jouer je n’ sais quelle farce.
    Et ces poissons en bas résille ― car je crois que c’étaient des filles ―
    Déambulaient en hauts talons à la recherche d’étalons.

    Je ne sais quel ange déchu a créé ces monstres mal fichus
    Mais ces sirènes acrobatiques ne m’ont pas paru romantiques.
    Avant que leurs jambes s’écartent, il a vite fallu que je parte
    Car sous leurs jupes ultra légères se cachait un corps de mégère.

    J’ai voulu voir sous leurs jupette et n’y ai vu que des roupettes ;
    Ce qui explique le peu de grâce de leurs cuisses et leurs fesses grasses.
    Neptune a eu pitié de moi et a mis fin à mes émois
    En déclenchant avec malice une sirène de police.

    Tableau de Julia Lillard.

  • L’heure du thé sous la mer

    L’heure du thé sous la mer

    L’heure du thé pour la sirène sonne pour le matelot hardi
    Attiré par la voix sifflante de sa bouilloire sous pression.
    Celui hélas dont la carène croise ses eaux ragaillardies,
    Périra d’une époustouflante infusion de dépossession.

    C’est vers cinq heures en mer de Chine – mais pas sur le plancher des vaches –
    Qu’elle déguste un florilège d’exceptionnels thés au jasmin.
    Le marin que rien ne rechigne, ravale son air de bravache
    Avec le dernier privilège qu’elle accorde à son genre humain.

    Le thé servi par la sirène est tellement chaud qu’il s’évapore
    En petites bulles d’oxygène si agréable à respirer !
    Pris d’une fatigue sereine, il dort tandis qu’elle lui dévore
    La peau, les os, le collagène jusqu’au dernier souffle expiré.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • In vino veritas

    In vino veritas

    Boire et faire sauter les bouchons reste un plaisir réjouissant
    Pour l’esprit dont ses escapades l’emmène à l’ivresse des sens ;
    Ainsi la femme aime les cochons et apprécie les nains puissants
    Et pour les hommes, la débandade fait à l’amour un contresens.

    Boire ou jouir, il faut choisir son paradis artificiel ;
    Bacchus mit de l’eau dans son vin en mariant Ariane esseulée
    Ils firent l’amour tout à loisir dans son palais résidentiel,
    Siège des premiers arts divins après avoir bien dessaoulé.

    Bien que Bacchus fut un maçon réputé assez tortueux,
    Ses tours bâties en tire-bouchon obligeaient maintes pirouettes.
    D’escaliers en colimaçon aux virages irrespectueux
    Faisaient, cruchon après cruchon, aux deux époux tourner la tête

    Tableau d’Alan Macdonald sur https:alanmacdonald.net .

  • Vénus telle que vous pouvez la voir

    Vénus telle que vous pouvez la voir

    Vénus a dû se rhabiller pour passer les réseaux sociaux ;
    Les faces de boucs n’appréciant pas les femmes aux formes callipyges.
    Elle a mis un déshabillé n’exhibant que muscles faciaux
    Mais masquant ses autres appas afin de garder son prestige.

    Cacher le sexe et la poitrine devient tabou universel
    Et c’est manquer à ses devoirs que d’en montrer même en peinture.
    Il existe même des doctrines qui ne montrent aucune parcelle
    De celles dont le contre-pouvoir n’est qu’une offense à la nature.

    Alors Vénus en burkini s’imposeront dans les musées ;
    Les David, rois du culturisme, seront vêtus – censure oblige.
    Terminé le monokini, les seins à l’air sont refusés
    Et pratiquer le naturisme relèvera bientôt du prodige.

    Tableau d’Alan Macdonald sur https:alanmacdonald.net .

  • Apprivoise-moi !

    Apprivoise-moi !

    Devant l’insistance du renard à m’habituer à sa personne,
    Je sais qu’il se promet l’acteur du grand théâtre de ma vie.
    Mais il reste assez goguenard et son minois me désarçonne
    Moi qui suis plutôt détracteur vis-à-vis de ce genre d’envie.

    Mais voilà qu’il revient sans cesse me tourner autour sans raison
    Et je lui lance bêtement un bout de gâteau framboisé.
    Il n’est ni grandeur ni bassesse de lui entrouvrir ma maison
    Mais grâce à son entêtement, c’est lui qui m’a apprivoisé.

    Ses yeux me parlent à l’intérieur et sa voix résonne en mon cœur,
    Il n’a pas d’autre sentiment que désirer mon empathie.
    Ce que j’exprime à l’extérieur, il l’entend presque à contrecœur
    Et j’ai comme un pressentiment qu’il est doué de télépathie.

    Photo de Roeselien Raimond.

  • La souris à lunettes

    La souris à lunettes

    Souris miro pourtant lira, telle un rat de bibliothèque,
    Son petit museau ajusté d’une bonne paire de lunettes.
    Souris sourdingue n’écoutera personne la traiter de métèque
    Malgré ses yeux désajustés par ses lectures choupinettes.

    Elle a trouvé un vieux lorgnon avec une montre à gousset
    Qui lui fait les yeux globuleux mais c’est pour ne pas les user.
    Ce soir, à l’heure de son oignon, regardez-la se trémousser
    En lisant les contes fabuleux du chat perché désabusé.

    Si un chat vient, elle disparaît sous la couverture d’un livre
    Dont elle a grignoté le dos d’un trou où – vite ! – s’y caracole.
    Une fois sur deux, il apparaît qu’abus de lecture l’enivre
    Quand la reliure Bordeaux donne au cuir l’arôme d’Alcools †.

    (Illustration de Torben Kuhlmann sur https:www.leseanimation.chaktuelllindbergh
    † « Alcools » de Guillaume Apollinaire, évidemment.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’intime subconscient

    L’intime subconscient

    Par mon cordon ombilical qui m’a vibré toute sa gamme,
    J’ai l’acoustique qui me démange d’une tentation quotidienne
    Comme un fantasme musical aux douze cordes polygames
    D’une guitare sèche à long manche aux douze clefs clitoridiennes.

    Certains l’appellent l’âme-sœur ou la conscience féminine
    Qu’un musicien sait rassembler et qu’il appelle l’intuition.
    La musique offre la douceur d’une présence sibylline
    Et l’harmonie peut ressembler à l’âme en superposition.

    Sans doute les femmes artistes possèdent plus de connexions
    Car elles laissent plus de déférence à leurs consciences masculines.
    Peut-être qu’un enfant autiste a tellement d’interconnexions
    Qu’il ne fait plus la différence entre ses deux âmes orphelines.

    Tableau de Jorge do Carmo.

  • Les jambes du compas et l’angle de l’équerre

    Les jambes du compas et l’angle de l’équerre

    L’art de l’équerre et du compas remonterait à l’antiquité ;
    Paraît-il même aux temps bibliques d’après des sources irrévocables.
    Mais quand on aime, on ne compte pas le nombre d’efforts acquittés
    Afin que les maths nous expliquent tous les problèmes inextricables.

    D’abord outils mathématiques pour tracer la géométrie
    Sur un plan aux normes d’Euclide, c’est-à-dire en deux dimensions,
    Le transfert paradigmatique pour gérer la volumétrie
    Des temples et des pyramides sacralisa leur propension.

    Sur ses deux jambes, le compas du cercle traque la quadrature
    Et l’équerre, à l’angle bien droit, court rattraper l’hypoténuse.
    Pour le maçon, même combat ; il doit chérir l’architecture
    Et plus il est franc et adroit, plus ses règles deviennent confuses.

    Tableau de Catherine Chauloux.

  • Femme de lettres éparses

    Femme de lettres éparses

    Les livres écrits par une femme sont souvent lettres écharpillées
    Sous la pression phallocratique qui l’a qualifiée de diablesse.
    Mais plus les coups seront infâmes, plus ses lettrines éparpillées
    Seront bien plus acrobatiques car sa force est dans sa faiblesse.

    Mon âme lit dans Amélie, mon cœur écrit Alexandrie
    Mon corps parcourt Éléonore à l’esprit de Marie-Capri.
    Je me pâme de leurs homélies, je dévore leurs pages attendries
    Des mots d’amours les plus sonores qui s’échappent de leurs manuscrits.

    Saurais-je lire entre les lignes leurs cris à l’encre sympathique
    Et les nombreux sous-entendus dissimulés en périphrases ?
    Assurément, elles sont malignes et mettent un tact systématique
    À éviter malentendus et le style pompeux de l’emphase.

    Tableau de Marta Orlowska sur https:www.behance.netgallery4262059Surreal-Storybook-Ladies .

  • Les tricheuses

    Elles n’sont que deux mais très adroites et gagnent presqu’à chaque coup.
    « Presque » pour appâter le pigeon et le laisser croire à sa chance.
    Elles font semblant d’être maladroites – même au début, un peu beaucoup –
    Puis, l’adversaire fait le plongeon dans les tréfonds de sa malchance.

    Où ont-elles appris à tricher ? Car elles trichent évidemment !
    J’ai même vu voler les cartes quand elles les rendent au donneur.
    Mais jamais elles n’ont affiché le moindre regard diffamant
    Envers le perdant qui s’écarte après avoir perdu l’honneur.

    Tableaux de Shiori Matsumoto.

  • Contes érotiques

    Contes érotiques

    Faire l’amour à la lecture reste un plaisir inassouvi
    Et j’aime glisser entre les pages un œil en quête d’érotisme
    Afin de tenter l’aventure avec l’héroïne ravie
    De mon amour qui se propage vers le summum du pathétisme.

    Lorsque le conte est terminé, j’en rêve ses prolongations
    Que je retranscris langoureux si jamais mes draps s’en souviennent.
    Si ces contes sont déterminés à doper la fécondation,
    Je les conseille aux amoureux pour que natalité advienne.

    Si faciles à imaginer ; il suffit juste d’une image
    Pour déclencher la libido du fond du cerveau reptilien.
    Et l’hippocampe s’invaginer de mémoires plus ou moins sages
    Qui se cachent derrière le rideau de mon esprit machiavélien.

    Tableau de Vladimir Kush.

  • La force de l’imaginaire

    Nul besoin d’être un Peter Pan ou une Alice qui s’émerveille
    Pour avoir l’imagination de trois explorateurs en herbe.
    Il suffit aux participants dont la fantaisie se réveille
    D’exercer la navigation vers leurs rêves les plus superbes.

    Sans doute un seul continuera à pousser sa réalité
    En provoquant l’absurdité aux confins de la vérité.
    Cette personne substituera aux terribles actualités
    De nouvelles opportunités pour contrer leur sévérité.

    Tableaux de Michael Cheval.

  • Ma voisinière

    Je n’ai pu lui dire qu’un bonjour tant elle était préoccupée
    Par l’ordre de ses plates-bandes et l’aspect de son potager.
    J’aperçois dès le petit jour parmi les ombres découpées,
    Cul en l’air, ma Suisse-allemande besogner sans se ménager.

    Elle m’énerve. Quel âge a-t-elle ? Difficile à voir sa figure !
    Je ne vois que son postérieur qui semble titiller le ciel.
    Sans penser à la bagatelle, j’ai voulu tenter l’aventure
    En pénétrant à l’intérieur sous un prétexte substantiel.

    Elle m’a souri comme un soleil, m’a dit trois mot puis a repris
    Son jardinage passionné et son jardinet en jachère.
    Les feuilles que le vent balaye apparemment ont plus de prix
    À son attention rationnée à ses cultures maraîchères.

    Tableau de Lizzie Riches.

  • Séparation des couleurs

    L’Univers, en préparation avec ses matières premières,
    A créé un monde radieux sur notre bonne vieille Terre.
    Maîtriser la séparation entre l’obscur et la lumière
    C’est se vouloir l’égal de Dieu ainsi que son propriétaire.

    Autant j’aime bien les frontières, autant j’aime bien les mélanges
    Sans mettre de l’eau dans mon vin, au contraire : sans modération.
    Ainsi la planète tout entière devrait pratiquer des échanges,
    Et l’humain deviendrait divin à force de coopération.

    Seulement voilà ; dès la naissance, tout le monde veut le rayonnement
    Car vivre dans l’obscurité, c’est bon pour les déshérités.
    Or baser toute ma connaissance dans cet étrange raisonnement
    M’a entraîné en vérité vers un échec bien mérité.

    Sans doute n’ai-je pas de patience pour attendre une éternité
    Pour que les couleurs se marient pour le meilleur et pour le pire.
    Sinon je crée dans l’insouciance l’art dont j’ai la paternité
    De quelques vers que j’apparie avec mon âme qui soupire.

    Vue aérienne en Islande où se rencontrent les champs verts, la rivière jaune, la plage noire et la mer bleue ainsi qu’une autre vue autant insolite.

  • Coup de foudre

    Coup de foudre

    Un coup de foudre au crépuscule lors de son dernier rayon vert
    Qu’il adresse, tel un message, à l’astre féminin du soir.
    Celle dont le croissant bascule l’embrasse alors sous le couvert
    De l’ombre qui prend le passage au jour en lui disant « bonsoir ».

    Juste un baiser et disparaît le Soleil amoureux déçu
    De n’avoir pas d’autre occasion sous la discrétion des étoiles
    Qui taisent lorsqu’il réapparaît combien la Lune était fessue
    Lors d’une éclipse d’évasion durant la danse des sept voiles.

    Quand vient la nuit de Lune rousse, des faubourgs de la Voie Lactée
    Le Soleil lance un billet doux cacheté d’étoiles filantes.
    Sept jours après, quand se rebrousse le temps de s’être contacté,
    Les astres fuient, on ne sait d’où, vivre leurs amours ambulantes.

    Tableau de Marta Orlowska sur https:www.behance.netMoonOnRoof .

  • L’amie-nid des oiseaux

    L’amie-nid des oiseaux

    J’ai pondu un chagrin d’amour dans un œuf couvé dans mon nid
    Et les p’tits oiseaux dans ma tête l’ont fécondé dans la douleur.
    Un jour est né mon Désamour ; un poussin qui a le génie
    D’égosiller des cris de bête et des reproches roucouleurs.

    Alors j’ai arraché l’amour, cautérisé la plaie du cœur
    Et nettoyé les cicatrices de mes passions désavouées.
    J’ai regardé avec humour − un humour noir, vif et moqueur −
    La trace purificatrice que les oiseaux m’avaient tatouée.

    Est-ce une maladie d’amour ou une maladie de vivre
    Que de passer son temps à pondre pour le meilleur et pour le pire ?
    Est-ce que s’arrêtera un jour ? Ce n’est pas écrit dans les livres
    Car pas un seul ne sait répondre au vague à l’âme dont je soupire.

    Tableau d’Elisa Anfuso sur https:formsofchaos.tumblr.compost189217611178supersonicart-elisa-anfuso-paintings-surreal .

  • La robe dérobée

    Derrière le rideau d’une grande couturière,
    Petite retoucheuse se livre à sa besogne.
    Ses yeux de péridot et l’âme aventurière
    Incitent la bêcheuse à agir sans vergogne.

    Plutôt que comparaître comme voleuse à la tire
    Et qu’elle ne reparte sans la robe aux saphirs,
    Pour faire disparaître l’objet de ses désirs,
    Un simple tour de cartes ne pourrait y suffire.

    Mais la robe précieuse n’était qu’une vitrine ;
    Un écrin pour les pierres qu’on range tous les soirs
    La fille capricieuse à petite poitrine,
    Authentique fripière, l’a volée dans le noir.

    Tableaux de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .

  • L’imagination

    Dans ma tête en colimaçon lorsque j’étais petit garçon,
    J’étais comme un poisson dans l’eau dans mes pensées méli-mélo.
    Je retournais tout l’univers que je voyais tout à l’envers
    D’où partait tout un écheveau en direction de mon cerveau.

    Un jour mon crâne se recycla et mon corps vola en éclats ;
    Le bassin se brisa trois fois et je fis ma crise de foi.
    Une voix qui se prétendait Dieu m’a révélé mon crime odieux
    Et mon esprit à contrecœur céda son pouvoir à mon cœur.

    Demain, ma cervelle d’oiseau prendra le chemin des réseaux
    Angéliques ou bien diaboliques si ce n’est pas très catholique.
    Sans doute mon imagination verra avec fascination
    Comment c’est de l’autre côté une fois l’âme désasticotée.

    Tableaux de Mihai Criste sur https:www.irancartoon.comsiteartistsmihai-criste .

  • Le retour du masque

    Le retour du masque

    Malgré les ingénus crédules que le « Retour à la normale »
    Visse sur les rails de la confiance, le masque va nous revenir.
    Malgré les naïfs qui l’adulent, l’intelligentsia maximale
    Va tromper notre méfiance et falsifier notre avenir.

    Au début les gestes ordinaires nous feront voir la vie en rose ;
    Le masque et le passe vaccinal, la puce implantée sous la peau.
    Puis, les mesures disciplinaires tomberont sous un ciel morose
    Pour, jusqu’au stade terminal, nous formater sous le chapeau.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • Démasquez-moi !

    Que tout le monde porte un masque me semble profondément humain ;
    Que ce soit sous des couches de graisse, de vêtements ou d’autre chose.
    Vous avez le droit d’être fantasques mais pas de me forcer la main
    Pour adopter votre détresse, votre peur et votre névrose.

    Mais être « pour » ou être « contre » ne nous empêche pas d’être ouverts ;
    Quand je suis tout contre ma femme, ma chaleur fait fondre sa glace.
    Alors je suis pour les rencontres mais à visages découverts.
    Tombez vos protections infâmes et faites-moi une petite place !

    Tableaux de Catherine Chauloux.

  • Les courses de la sirène

    Les courses de la sirène

    Cela m’a étonné, moi aussi, de voir monter en amazone
    Une écuyère de sirène sur un dinosaure harnaché.
    La bête semblait dégrossie à cette chevauchée interzone
    Filant de gondoles en carènes un peu comme au supermarché.

    C’est que les trésors par milliers répandus entre les épaves
    Font de jolis colifichets et accessoires de ménage !
    Et son animal familier est l’un des meilleurs rats-de-cave
    Pour repérer et dénicher les biens du plus bel apanage.

    Tableau de James Gurney.