Invisibilité

« J’avais perçu Pénélopïä entre les tables sans parvenir à la voir.

Elle n’était pas vraiment invisible mais sa présence retenait la lumière au lieu de la réfléchir.

Loïrelïndt l’avait reconnue mais leur petit échange m’a convaincue de garder le silence.

J’ai donc attendu que Nemo lui rende un peignoir… et sa place parmi nous. »

Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier

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Juste une ombre qui se déplace parmi les convives du dimanche
Et reste à observer les tables et tous ceux qui sont attablés.
Ici, on y mange des glaces, là, on y consomme des tanches ;
C’est là le pique-nique véritable, nonchalant autant qu’endiablé.

L’ombre s’approche des LLyrïädes, occupées avec leurs bébés ;
Elle écoute les trois fondatrices nourrissant leur progéniture,
Les gouzis-gouzis par myriades, câlins de baisers imbibés
Laurelïne, Loreleï provocatrices et Lïlïth en désinvolture.

À la table des compagnons, on parle pêche et expériences ;
L’ombre pose ses mains sur Nemo, se penche sur ses cheveux ébène,
Sans émettre le moindre lumignon qui pourrait trahir sa présence
Mais en savourant tous les mots et en appréciant l’aubaine.

Nérätïs et Thétïs ressemblent aux deux reines de leurs gynécées :
STELLÏÄ, Amellïä, Ledalïä, sans leurs maris, imprévisibles.
Un courant d’air, les femmes tremblent… sentiraient-elles l’ombre s’immiscer ?
Ou bien ne serait-ce pas ÄLLÏÄ qui la perçoit dans l’invisible ?

Les sirènes parlent séminaires et leurs petits jeux sexuels ;
L’ombre s’amuse à écouter les anecdotes sans scrupules,
Les séances extraordinaires, les rituels souvent cruels
Les catastrophes à redouter mais le plus souvent ridicules.

Brusquement Loïrelïndt la regarde, l’ombre pose un doigt sur ses lèvres,
Petit clin d’œil, sourire en coin, le fantôme lève les yeux au ciel.
Et soudain l’ombre par mégarde sent courir un petit vent mièvre,
Puis apparaît point après point, dans sa nudité substantielle.

Nemo l’aperçoit et lui tend un peignoir, coloris jonquille,
Abandonné sous l’avant-toit, à l’ombre de la pergola.
« Ça fait longtemps que je t’attends ! » dit-il tandis qu’elle s’habille ;
« Tantôt, j’ai tant pensé à toi que j’ai cru que tu étais là ! »

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Illustrations de Ledalïä & Geminïä.

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