« Lu dans les journaux du matin :
L’Italie déclare la guerre aux silures géants qui menacent la faune du lac de Garde.
Ils prolifèrent dans les eaux du lac et menacent la faune locale. L’Italie va subventionner leur capture pour freiner leur expansion.
Les plus gros spécimens s’attaquent aux sardines, aux bars et aux corégones, mais aussi aux canards et aux cormorans ; ils pourraient même s’en prendre à de petits chiens.
Bien que soi-disant originaires d’Asie, nous savons très bien qu’ils proviennent du haras de Monsieur Constantïne… »
Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier

Voici qu’au bord du lac de Garde, on traque aujourd’hui les silures ;
Venus du haras des sirènes, ils ont pris goût aux eaux du Sud.
Constantïne monte la garde mais cherche encore ses créatures ;
Les autorités souveraines ont mis cent mille écus dessus.
Au haras, l’alarme est donnée : deux pensionnaires sont partis ;
La serrure était bien fermée, Constantïne peut l’attester.
Loïrelïndt fut, bien sûr, questionnée mais elle n’en a pourtant rien dit ;
Son innocence est proclamée sans même avoir à protester.
« Ce n’est qu’un voyage estival ; ils prennent leurs congés payés !
À la fin de cette saison, ils reviendront tous d’Italie.
Quand ils seront bien dépaysés, fatigués d’avoir trop nagé,
Ils regagneront la maison pour retrouver leur paradis ! »
Ils ont croqué quelques canards comme nouvelle gastronomie,
Puis avalé des cormorans, des bars, des perches et des bernaches.
Ils ont coursé des chiens bavards et gagné le trophée promis,
Puis poursuivi des chats marrants pour entretenir leurs moustaches.
Mais la Vénétie les menace, met leurs têtes à cent mille euros
Et a subventionné la traque faisant armer tous les pêcheurs.
« Cette récompense tenace pour exterminer nos héros
Est un scandale qui détraque la Nature et ses démarcheurs ! »
« Ne craignez rien ! » dit Éôlïäne : « ils rentreront tout simplement
Lorsque l’eau leur paraîtra fade et qu’ils pleureront nos boîtes de thon.
Selon la mémoire océane, ils remonteront lentement
Les rivières sans rebuffade pour s’faire chatouiller le menton ! »
Constantïne a fermé les portes puis recompté tous ses poissons ;
Loïrelïndt, restée toujours muette, contemple au loin les eaux lombardes.
Nul ne sait encore de quelle sorte ils sont partis sans permission
Mais trois sirènes satisfaites font une patrouille d’avant-garde.



Illustrations de Ledalïä & Geminïä, Texte de Laurelïne.
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