« ORPHÉÔN et Valérion répétaient lorsqu’une simple vocalise s’est transformée en conversation privée.
Valérion a respecté avec une remarquable prudence le pacte qui l’unit à Nérätïs.
ORPHÉÔN, pour sa part, a décrit mes capacités vocales et certaines habitudes plus intimes avec une précision dont personne ne lui avait demandé de faire la démonstration.
Je lui ai rappelé que la discrétion participe également à l’harmonie d’un couple.
Il a promis de tenir sa langue.
Pour un chanteur, l’effort mérite d’être salué. »
Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier
« … Do Ré Mi Fa Sol La Si Do ! » vocalise ORPHÉÔN, ravi ;
« Sept octaves mais… c’est formidable ! » dit Valérion, presque incollable ;
« ÄLLÏÄ en a huit crescendo mais sur les basses, elle dévie ;
Elle manque de puissance applicable mais pour les aiguës, imbattable ! »
« Quand on fait l’amour, c’est gênant… mais bon, les murs sont assez denses !
Après, elle est bien plus loquace ! » dit ORPHÉÔN méditatif.
« Elle est sujette – morigénant l’indiscrétion – aux confidences
Si mon tact demeure efficace… mais ça reste approximatif ! »
« Nérätïs ne parle jamais de ses moindres activités ;
Notre pacte est de déposer nos vies à la porte d’entrée ! »
Dit Valérion. « Et maintenant qu’elle est LLyrïäde plébiscitée,
La discrétion est imposée pourtant je n’en suis pas outré. »
« Elle est partout, elle voit tout, elle entend tout et note tout ! »
Précise ORPHÉÔN étonné ; « on dirait qu’elle est archiviste !
Mais pas moyen d’en voir un bout ; elle reste discrète et surtout
Secrète autant que cantonnée à son devoir stakhanoviste ! »
« Nous nous retrouvons pour passer nos meilleures heures ensemble
Et Nérätïs sait animer nos soirées de belles prouesses.
Aucun ne va outrepasser la relation qui nous rassemble
Et cela nous a arrimés sans autre forme de promesses ! »
« Mais si ce que tu dis est vrai, alors ton ÄLLÏÄ, maintenant,
Doit savoir que tu parles d’elle ! » avertit Valérion, prudent.
« C’est vrai et c’est ce qui m’effraie ! C’est comme un danger imminent ! »
Polémique ORPHÉÔN, fidèle à son caractère imprudent.
« Mais tant que tu tiendras ta langue, tu n’auras alors rien à craindre ! »
Pique ÄLLÏÄ, sortie brusquement du coin qu’elle s’était ménagé.
« La réserve dont je te harangue, c’est de devoir pouvoir t’astreindre
À garder hermétiquement notre intimité partagée. »
Illustration de Ledalïä.
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