Du côté de l’oreiller fantôme

« Loïrelïndt affirme qu’un courant d’air l’a poussée par mégarde jusque dans la chambre de Constantïne.

Il feint de la croire ; elle feint d’être désolée.

Entre une sirène au masculin qui s’obstine à vivre seul et un fantôme au féminin qui ne supporte plus sa solitude, le moindre mur devient heureusement très facile à franchir.

Ils ne peuvent peut-être pas encore se prendre par le bras…

Mais certains rapprochements commencent bien avant que les corps se touchent. »

Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier

Du côté de l’oreiller fantôme

Or ce jour-là, comme il fait nuit, un jeune triton d’au moins cent ans
Entendant du bruit au grenier, monte en descendant dans la cave.
Comme aucune lumière ne luit, il sort un cygne – cela s’entend ;
Faute de canard on prend l’panier à condition qu’il soit concave…

« Bien dormi, Monsieur Constantïne ? Excusez-moi mais vous ronflez ! »
Dit Loïrelïndt tirant les rideaux sur le matin ensoleillé.
« Je rêvais loin de ma routine… Hé mais vous êtes un peu gonflée
De venir ici rapido pour me tirer de l’oreiller ! »

« Désolée ! C’est un courant d’air qui m’a fait traverser vos murs ! »
Dit-elle fantomatiquement, sans credo ni confiteor.
« Et je me sentais solidaire ! Vos rideaux sentant la saumure
Avaient besoin dramatiquement d’aller s’aérer au dehors ! »

« Mouais… pourtant mon intimité n’a pas l’air de vous déranger ! »
Dit-il d’un ton un peu bourru qui fait le vieux célibataire.
« Allons ! Pas de fausse timidité ! Nous ne sommes pas des étrangers
Et nous avons assez couru des chemins tristes et solitaires ! »

« Bon… bon… puisque vous y tenez… voulez-vous juger mon domaine ?
Examiner mes corridors, voir si le vent y souffle encore ? »
« Avec plaisir si vous prenez un ton aimable et plus amène
Mon beau Monsieur conquistador ! Quant à votre fief, je l’adore ! »

« Je ne vous prendrai pas le bras, excusez-moi ce mauvais pas
Je pourrais passer à travers et vous faire sentir ma froideur ! »
Dit-elle sans avoir l’air ingrat mais en révélant ses appas
Dont bien des siècles trop pervers n’ont pu effacer les rondeurs…

Entre un fantôme au féminin et une sirène au masculin,
Les oxymores se marient chez les morts comme chez les vivants.
La jeunesse crache son venin, la vieillesse son air vitulin
Mais loin de se sentir marris, ces deux-là sont bien connivents !

Illustration de Ledalïä.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *