Matin neuf

« Les portails ne sont pas faits pour être traversés jusqu’au bout, mais pour rappeler aux voyageurs que le monde est toujours plus vaste que leurs certitudes.
Lorsqu’une énigme paraît insoluble, il est parfois plus sage d’aller demander son avis à “ce” Cristïäs. »

Les anciennes routes ne disparaissent jamais ;
elles attendent simplement que quelqu’un ait la curiosité de les rouvrir. »

Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier

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Dix-heures sonnent en ce dimanche et la nature goûte au repos ;
Le lac se ride en vaguelette sous un petit vent de printemps.
Puisque c’est une journée sans manches, autant faire profiter la peau,
Faire un petit brin de toilette et sortir nues par ce beau temps !

Pour Loreleï et Éôlïäne, retrouver le monde englouti
Est une joie renouvelée par le plaisir des profondeurs.
Mais c’est aussi pour Azurïanne, le bonheur d’un rêve abouti
Par l’arrivée tourneboulée de compagnie tout en candeur.

Les siluriformes dociles les ramènent au temple de Diane
D’où Cristïäs avait suspendu la visite de la cité.
Ce matin, sans cet imbécile et guidées par Azurïanne,
Les sirènes très détendues nagent avec efficacité.

La nef paraît bien plus immense qu’on la voyait de l’extérieur
Et au fond une grande salle se termine par un escalier.
Prudemment les filles commencent à descendre l’étage inférieur
Et parviennent sur un sol en dalles dans un lieu inhospitalier.

En effet, un passage sombre s’ouvre sur un tunnel sans fin
Où l’obscurité est totale – ce qui n’est pas sans anicroche –
Mais une lumière crève les ombres lorsqu’elles y pénètrent enfin
Malgré la menace létale de l’inconnu qui se rapproche.

Elles débouchent hors d’une grotte dans un vaste espace marin…
« L’eau est salée ! » dit Éôlïäne, « Nous sommes dans un océan !
La mer est à une sacrée trotte et ce n’est pas ce souterrain
Qui partant du temple de Diane nous a fait faire un pas de géant.

« Rentrons ! » dit Loreleï « Finalement ce Cristïäs nous sera utile ;
C’est un ancien portail antique qui relient toutes les mers du monde ! »
Alors les sirènes trivialement quittent cette énigme futile
Aux exhalaisons d’Atlantique pour tenir une table ronde.

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Illustrations de Ledalïä.

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