
Perdu sur la planète-sein mais accroché à ma tétine
Je notai la disparition de mon entourage femelle
Quand, auréolée comme un saint, me brûlant presque la rétine,
Elle fit son apparition comme la déesse des mamelles.
Yanimïä, tel était son nom comme sorti des seins animés,
Prétend donner plus que son lait : un vrai élixir de jouvence
Qui rappellerait le chaînon manquant à mon âme élimée
Qui n’a connu à son palais qu’un biberon de connivence.
Et me revoici tout bébé sur le giron de sa maman
En train de chanter une comptine dont je lui voue un grand hommage.
Et moi, heureux et bouche bée mais profitant du bon moment
De cette période enfantine, j’en récolte toutes les images.
Tous ces souvenirs oubliés de ma cervelle tout essorée,
Reviennent comme un lait d’amande que seule l’euphorie sécrète ;
Chaque photo est publiée, organisée et perforée
Dans le classeur de mes demandes les plus intimes, les plus secrètes.
Et je remonte à ma grand-mère et à mes arrières-grands-mères ;
Je suis sur l’arbre gigantesque de ma maternelle ascendance.
Jusqu’à ses racines primaires et répétant le centromère
De cet abracadabrantesque béatitude en abondance.
Et je descends à l’origine afin de retrouver la source
Mais elle n’est ni d’Ève ni d’Adam mais de la sainte matriarche.
Mais une Lïlïth androgyne qui aurait l’unique ressource
D’enfanter seule, sans prétendant à son pouvoir de patriarche.
Mais c’est le visage d’Yanimïä que j’aperçois dans son regard
Et toutes les branches de l’arbre arborent leur sens de l’humour.
Et j’y reconnais Geminïä, Laurelïne, Loreleï et, l’air hagard
Je vois comme gravé sur le marbre le vrai visage de l’amour.

Illustration de Ledalïä.
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