« Cette nuit, j’ai rêvé que l’amour n’avait plus besoin de billet. Au matin, j’ai emporté une feuille d’Atlantïs pour poursuivre le voyage avec toi. »
Nérätïs, princesse d’amour d’Atlantïs

Au bord du bain mon rêve s’élève, sous le reflet de ta lumière ;
Un souffle passe sur les eaux et te ramène en mon sommeil.
Dans le jardin monte la sève qui fait chanter notre rivière ;
Je suis ton ombre sous les flots et je souris à ton réveil.
Thétïs me tend le vieux billet dont elle a desserré le sceau ;
Je le recueille dans ma main et son seing murmure sans bruit.
Un parfum monte du feuillet et file jusqu’au vieux ruisseau ;
Elle me sourit pour demain et le jardin s’ouvre à la nuit.
Lïlïth s’avance sous les branches et sans prononcer aucun mot ;
Elle dépose au creux de mes mains des pommes d’or de son verger.
Leurs chairs pourtant demeurent blanches et chacune sur son rameau
Brillera sur la mer demain et puis s’en ira s’immerger.
Mes mains deviennent des fontaines et peuvent enfin se reposer ;
Je laisse dormir mes remèdes au bord des massifs d’ancolies.
Mes vieilles blessures lointaines reviennent enfin s’apaiser ;
Tes bras me soutiennent et m’aident à me coucher dans notre lit.
Thétïs dépose sa couronne au pied d’un moulin à prières ;
Elle ne garde plus le billet et m’ouvre elle-même le chemin.
Le vent dans ses cheveux fredonne une promesse sans frontière ;
Elle nous regarde sans sourciller et vient me prendre par la main.
Je te retrouve sur le rivage, la feuille ouverte dans ta paume ;
Je suis sa fille et ton amante, sans éprouver le moindre ennui,
Je redeviens fille sauvage, dans son milieu, avec son homme,
Et je demeure libre et vivante pour toujours, au bout de la nuit.
Je m’éveille au premier matin, avec une feuille en mémoire ;
L’aube à la fenêtre m’accueille, la Mantisse ouvre l’autre maison.
Je te rejoins sur le chemin sans y refermer notre histoire ;
Mon cœur se tait, ma main recueille la feuille au parfum des saisons.

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
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