Catégorie : Sirènes

  • Jeune sirène partagerait appartement – 2

    Jeune sirène partagerait appartement - 2

    Ainsi j’étais colocataire d’une véritable sirène
    Qui, peu farouche, m’invita à partager son immersion.
    Mais comme j’étais propriétaire, j’offris mes services à ma reine
    Pour transformer son habitat et en permettre la submersion.

    Je lui cédai pour compagnons mes poissons rouges exotiques
    Qu’elle accepta comme sujets au sein d’son espace vital.
    En retour, me trouvant trognon, d’un gazouillement hypnotique
    Elle me convia, sans m’adjuger, à écouter son récital.

    Je ne sais plus ce qu’il advint et n’en ai aucun souvenir,
    Vaincu par le charme légendaire et par le baiser de l’oubli ;
    Évidemment je ne parvins jamais à y contrevenir.
    Merci de m’en être solidaire en lisant ce que je vous publie.

    Illustration de Robin Pushee.

  • Jeune sirène partagerait appartement – 1

    Jeune sirène partagerait appartement - 1

    « Jeune sirène souhaiterait partager un appartement
    Mais avec l’exclusivité d’une baignoire en guise de chambre. »
    A priori sans intérêt, l’annonce me plut gaillardement
    Et j’invitai à visiter la belle un matin de novembre.

    Elle aima ma salle-de-bains et y déposa ses valises
    Et s’enferma à double tour juste après l’avoir découverte.
    Je m’en allai à mon turbin quand j’entendis ses vocalises
    Et m’approchai sans hésiter de la tabatière entrouverte.

    Je ne vis d’abord qu’une queue qui ondulait de la cuvette,
    Puis de longs cheveux chatoyants, ruisselants sur deux seins tremblants.
    Curieux de ce décor aqueux, je l’observai à la sauvette
    Lorsque soudain, imprévoyant, elle me fixa d’un air troublant…

    Illustration de Camila Estela G.

  • Pauvres sirènes !

    Pauvres sirènes !

    Pauvres sirènes qu’on nous censure car ce serait contrevenant
    Non pas pour leurs inexistences mais pour leurs seins affriolants.
    Or elles n’ont rien sous la ceinture et presque rien d’inconvenant
    Fors dans certaines circonstances un appétit des plus violents.

    Mais puisqu’elles n’existent pas, comment condamner leurs délits
    Envers ces marins imbéciles constamment épris de boisson.
    Et malgré leurs tendres appas, comment les aimer dans un lit
    Avec cette queue indocile qui subodore le poisson !

    Tableau de David Delamare.

  • Notre Terre est une sirène

    Notre Terre est une sirène

    Si nous sommes enfants de la Terre et que nous sommes nés dans la mer,
    Alors notre mère est sirène et notre père, marin du ciel,
    Vieux loup de mer, un peu austère, qui connut l’amour éphémère
    Et féconda six jours sa reine d’un divin souffle providentiel.

    Puis Dieu partit se reposer laissant la Terre nourricière,
    Sous les flots antédiluviens, accoucher en célibataire.
    Nous pourrions alors supposer que le bilan bénéficiaire
    De la création en revient à notre mère cosignataire.

    Si un jour, Dieu a des remords et vient reconnaître ses enfants,
    Comment donc l’accueillerons-nous, lui qui nous a laissés tomber ?
    Peut-être bien qu’après la mort, il nous attendra, triomphant
    Et nous l’appellerons « Papinou » fièrement, le torse bombé.

    Tableau d’Aleksander Korman.

  • Les Neptuniennes

    Les Neptuniennes

    Entre la huitième planète de notre système solaire
    Et le Dieu des eaux de la Terre, il n’est aucune coïncidence.
    Quant aux sirènes choupinettes, anciennes agents protocolaires
    Venues comme parlementaires, elles sont tombées en dissidence.

    Elles devaient établir un lien entre Terriens et Neptuniens
    Mais ont préféré se gaver des matelots bons à croquer.
    De leur origine d’alien et d’un ancêtre titanien,
    Elles ont gardé pour nous braver une queue de poisson défroqué.

    Si attirantes sous la Lune, lorsqu’elles émergent des flots,
    Elles viennent en délégation leur proposer un jumelage.
    Hélas ces filles de Neptune leur font naufrager leur rafiot
    Et transforment en abnégation l’illusion de batifolage.

    Tableau d’Olga Fomina.

  • La vie après la mort du poisson

    La vie après la mort du poisson

    Petit poisson deviendra grand s’il n’est pêché par accident
    Et s’il, parvient à remonter la source dans laquelle il est né.
    Heureusement pour l’émigrant, un ange gardien dissident
    Ira, un à un, affronter tous les pêcheurs incriminés.

    À l’instar de celle des marins, vit la sirène des eaux douces
    Qui a jambé sa belle queue pour mieux endormir les pêcheurs.
    Avec un peu de romarin, de fenouil et d’oseille rousse,
    Elle se prétend maîtresse-queux, spécialiste en buffet-fraîcheur.

    Croyez-moi, si les amateurs de Chasse Pêche et Tradition
    Reviennent fréquemment bredouilles, ils ont d’autres compensations.
    Je ne suis pas diffamateur mais pour moi la disparition
    Des chasseresses de quenouilles serait une abomination.

    Tableau de Hanna Silivonchik.

  • Des ronds dans l’eau

    Des ronds dans l’eau

    Autant de bulles que d’années envolées à coincer sa bulle
    Tandis que le monde troublé change chaque jour de décor.
    Sans toutefois être condamné à trépigner en somnambule
    Avec la peur de redoubler et renaître dans un nouveau corps.

    Heureusement, les bons amis et ma famille poissonnière
    Reviennent buller avec moi me souhaiter bon anniversaire.
    De jeune fille jusqu’à mamie, toutes mes années printanières
    Résonnent d’une grande joie et, franchement, je suis sincère.

    So viele Blasen wie Jahre, die man mit dem Festhalten an der Blase vertrödelt hat
    Während die unruhige Welt jeden Tag ihre Kulisse ändert.
    Ohne jedoch dazu verurteilt zu sein, schlafwandlerisch zu stolpern.
    Mit der Angst, sich zu wiederholen und in einem neuen Körper wiedergeboren zu werden.

    Zum Glück sind gute Freunde und meine Fischfamilie da.
    Sie kommen zurück, um mit mir zu blubbern und mir zum Geburtstag zu gratulieren.
    Vom Mädchen bis zur Oma, alle meine Frühlingsjahre
    klingen von großer Freude, und ehrlich gesagt, meine ich das auch so.

    Tableau de Fefa Koroleva sur https:www.artfinder.comartistfefa-koroleva?epik=dj0yJnU9N1R4T3BhaXlvLU1Fd1lOTGVjN094RFdLSVB3RWNOYzAmcD0wJm49c2RkY0I1WlJjdFpBbjRMaHNfNEFxdyZ0PUFBQUFBR1I2NGxv .

  • Baiser mouillé

    Dans le courant d’une onde pure, un jour où m’étant abreuvé,
    Tandis que j’y trempais mes lèvres, j’eus la sensation d’un baiser.
    J’aperçus la jolie figure d’une femme belle à en crever
    Qui me prit avec tant de fièvre que je m’en suis senti embrasé.

    « Qui te rends donc si audacieux de venir troubler mon breuvage ? »
    Me dit une sirène pleine de charme, « Bravo pour ta témérité ! »
    Ce baiser fut si fallacieux pour me réduire en esclavage,
    Que je lui déposais mes armes car elle l’avait bien mérité.

    Tableaux de Marco Busoni et Bluelarch.

  • Sirène d’amour

    Sirène d’amour

    Les grandes passions aquatiques ont leur sirène chasseresse
    Armée du trident de Neptune à l’instar de l’arc et des flèches.
    Celle-ci, tout autant romantique, nage et traque avec allégresse
    Les rencontres fort opportunes qui vivront d’amour et d’eaux fraîches.

    Le trident est empoisonné à la folie des profondeurs
    Qui précipite les amoureux en copulations colossales.
    Et dans les grottes cloisonnées résonnera l’échosondeur
    Qui proclamera langoureux toutes les naissances abyssales.

    Illustration de Lusitano Grey.

  • M’as-tu vu le vendredi ?

    À force de me répéter « vivement qu’on soit vendredi ! »
    Dès le lundi, j’en ai les larmes aux yeux qui rappellent la mer.
    J’en ai le regard hébété du mardi jusqu’au mercredi
    Et le jeudi sonne l’alarme : « plus que vingt-quatre heures amères ! »

    Heureux comme un poisson dans l’eau, je batifole ce jour-là ;
    L’aïoli devient un festin et la Bouillabaisse est divine.
    Mais le week-end part au galop à tant faire la bamboula
    Qu’arrive ce terrible destin… que tous les travailleurs devinent.

    Tableaux de João Vaz de Carvalho.

  • Bonne pêche !

    Tandis que la sirène à quai s’est ensommeillée sur le sable,
    Les deux pêcheurs qui l’ont halée devisent d’un air impérieux.
    S’ils produisent un communiqué avec ses suites irresponsables
    Ils attireront des allées et venues d’une foule de curieux.

    S’ils gardent la chose secrète, comment la cacher à leurs femmes
    Qui trouveront plutôt bizarre d’aller en mer trois fois par jour.
    Et si jamais ils la rejettent, la sirène trouvera infâme
    D’avoir été mise à l’écart aujourd’hui et même pour toujours.

    Mais la sirène est plus maligne et a trouvé la solution ;
    Elle leur fait un abonnement valable les nuits solunaires
    Car ces nuits-là toutes les lignes ont tellement de production
    Qu’il leur faudra tout bonnement plus de nuitées qu’à l’ordinaire.

    Tableau de David Lawrence sur davidlawrenceart.com .

  • Le signe du lit de la rivière

    Le signe du lit de la rivière

    Ce doit être un signe des temps que ces nombreuses catastrophes,
    Ces inondations régulières et la constante montée des eaux ;
    Je rêve d’un cygne d’étang qui, dès le matin, m’apostrophe
    Au saut du lit de la rivière entre nénuphars et roseaux.

    Mieux que la météo marine et son équivalent stellaire,
    Il crée mes rêves prémonitoires à l’encontre des parlementaires.
    Ceux qui nous roulent dans la farine par leurs discours impopulaires
    Peuvent changer le cours de l’histoire mais pas le destin de la Terre.

    Demain, soit je régresserai et redeviendrai un poisson
    Et tous nous recommenceront des destinées les plus immondes,
    Soit, au contraire, j’évoluerai après avoir fait la moisson
    Des projets les plus fanfarons pour quitter la folie du monde.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Quand les poissons s’envoleront

    Quand les poissons s’envoleront

    Il en est des rêves utopiques de ceux qui ne connaissant rien
    Ont pourtant bravé l’aventure et triomphé des gens instruits.
    Les meilleurs désirs atypiques, à en croire les historiens,
    Malgré quelques mésaventures ont toutefois porté leurs fruits.

    Et je propose de construire les rêves les plus audacieux
    Et même les plus impossibles voire s’ils paraissent stupides
    Car lorsqu’il s’agit de détruire les savoirs les plus fallacieux,
    La porte de tous les possibles s’ouvre en grand aux plus intrépides.

    Une fois décroché la Lune, la pêche devient miraculeuse
    Car les poissons volent par-dessus l’eau qui a coulé sous les ponts.
    Les pêcheurs à l’heure opportune munis de lignes nébuleuses
    Ne seront, je crois, pas déçus de ma suggestion, j’en réponds.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Sirène blanche et sirène noire

    La sirène blanche éclaire mes nuits par le grain de sa peau laiteuse
    Qui se confond avec mes songes ensommeillés d’iode et de sel.
    Elle se morfond, elle s’ennuie. Par mes rêveries prometteuses
    Je la distrais de mes mensonges dont elle tire les ficelles.

    La sirène noire me fait plonger dans le sommeil le plus profond
    Vers les mirages aquatiques qui nourrissent mon inspiration.
    Elle aime me faire prolonger intensément vers les tréfonds
    Là où ses fantasmes érotiques ont le plus de motivation.

    Tableaux de Yelena Briksenkova et de Becca Stadtlander.

  • La sirène humaine

    Quand la sirène devient humaine pour l’amour d’un beau matelot
    Elle est un peu déboussolée sans sa queue mais avec deux jambes.
    Il faut une bonne semaine avant de se jeter à l’eau
    C’est-à-dire de batifoler gaillarde, alerte et ingambe.

    Encore une fois, elle hésite de quitter l’élément liquide
    En outre, le fond de l’air est frais, d’ailleurs elle en reste sans voix.
    Juste une dernière visite ; déjà l’eau paraît insipide.
    Elle rejoint le monde qui l’effraie comme toujours la première fois.

    Photos de Joel Meyerowitz et Ryan McGinley sur https:www.slate.frgrand-formatjoel-meyerowitz-photographe-oeil-70029 .

  • Les couleurs en ballade

    Le vendredi, elle a le blues, toujours l’ivresse des profondeurs
    Qui lui fait voir soit tout en noir, soit tout en bleu, soit tout en blanc.
    Alors elle enfile sa blouse qui dissimule ses rondeurs
    Et chante tout son désespoir d’un récital des plus troublants.

    Puis du samedi au dimanche, elle se baigne de couleurs
    Pour mieux accueillir la balade des matelots en mal d’amour,
    Lassés de s’astiquer le manche – ce qui provoque cals et douleurs –,
    Qui viennent écouter ses ballades un peu grivoises mais riches d’humour.

    Illustrations de Julie Paschkis sur https:wondrouswovenmagic.wordpress.com20101013wondrous-wednesday-julie-paschkiss-fabrics .

  • À l’attention de M. Neptune

    À l’attention de M. Neptune

    Elle s’était prise dans les filets
    De mes rêves imaginés
    Que je lance à la mer obscure
    Afin d’affronter mes nuits blanches.
    Elle avait pris l’entrefilet
    De mes feuillets émarginés
    Pour la balise de Mercure
    Qui, en nouvelle lune, se déclenche.

    Elle s’est retrouvée dans mes vers
    Toute menue, échevelée,
    L’air apeuré entre mes lignes
    Entrelacées, inopportunes.
    Elle a éprouvé un revers
    De fortune, là, tout esseulée.
    Alors, j’ai adressé d’un signe
    Ce poème à Monsieur Neptune.

    Monsieur Neptune, en gentleman,
    A fait tomber d’une étagère
    Un coquillage de circonstance
    Par lequel j’écoute la mer.
    Et la sirène mélomane
    Par la parole messagère
    À vite pris de la distance
    D’une jolie fugue éphémère.

    Illustration de Steve Purcell.

  • Les poissons-femmes

    Femme-poisson ou poisson-femme ? La Nature n’a pas su choisir ;
    Des femmes aux gueules de merlans frits ont émigré aux antipodes.
    Sans doute vous paraissent-elles infâmes et jaugées avec déplaisir
    Mais supposez-les appauvries d’une tête de gastéropode !

    Plus douées pour la reproduction que la sirène à queue de poisson,
    Les marins n’ont pas à les craindre car elles sont végétariennes.
    En revanche pour la séduction, il vaut mieux s’aider de boisson
    Alcoolisée pour les étreindre… à condition qu’on y parvienne.

    Tableaux de Hannah Yata sur beautifulbizarre.net20150108the-beautifully-imperative-world-of-hannah-yata .

  • La fille de Némo

    La fille de Némo

    Au fond des fosses abyssales vivrait une femme-poisson
    Dont l’origine remonterait à l’aube de la nuit des temps.
    Fruit des légendes colossales dont les poètes font leur moisson
    Mais qui pourtant raconteraient les mêmes faits se répétant.

    On la dit fille de Némo, de la famille de Noé
    Dont l’Arche aurait été léguée par héritages successifs.
    Par gratitude aux animaux qu’il suivait de son canoë,
    Il l’avait alors reléguée dans un bâtiment immersif.

    Et puis Némo eut une fille, née du sein même d’une sirène,
    Qui navigua avec son père vingt ans tout autour de la Terre.
    Elle portait à sa cheville une gourmette marquée « Irène »
    Et avait bâti son repaire dans un abîme solitaire.

    Tableau de Carolyn Laplante sur https:designspartan.compresentationpresentation-digital-painter-carolyn-laplante-aka-snaketoast .

  • Quand la poulpe est pleine

    Comme elle a plusieurs tentacules et qu’elle a su faire ses preuves,
    La sirène s’est faite jardinière dans les algues aux fruits aquatiques.
    Aidée par les animalcules d’un plancton riche à toute épreuve,
    Elle distille de sa pépinière un élixir fantasmatique.

    Et du samedi au dimanche, la sirène et son gros triton
    Trinquent et oublient tous leurs déboires de la sainte semaine écoulée.
    Ils s’étreignent de huit paires de manches, se moquent du qu’en-dira-t-on ;
    Ce qui tend à prouver que boire fait les abysses chamboulées.

    Tableaux de Hannah Silivonchyk sur https:www.livemaster.rutopic980417-dobrota-i-trogatelnost-v-kartinah-anny-silivonchik .

  • L’amour à califourchon

    L’amour à califourchon

    Heureux comme un poisson dans l’eau ? Oui mais quand on est cachalot
    Les amours sont plus compliquées pour ne pas dire alambiquées.
    Quant aux fabuleuses sirènes, leurs amours ne sont pas sereines
    Car elles ont besoin pour mari d’un matelot bien aguerri.

    Il faut un marin bien dodu afin qu’elles en soient mordues ;
    Un marin pas trop maigrichon – faut pas s’monter le bourrichon ! –
    Un homme de mer pas trop revêche pour lui garantir la chair fraîche
    Et s’il est plutôt joli garçon, elle l’aimera à califourchon.

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.nomalerier .

  • Zénitude en profondeur

    Sans doute la vie de sirène s’avère plus zen qu’une humaine ;
    Elle n’a pas inventé le feu, pas plus l’eau tiède que la poudre.
    Sa vie paraît donc plus sereine avec sept dimanches par semaine
    Sans faire bouillir le pot-au-feu, ni laver, repriser ni coudre.

    Car elle a, de son mâle, appris qu’au fond les femmes sont sensées
    Car elles n’ont pas besoin de roue ni de devoir franchir les bornes.
    Hélas, chez nous, des malappris mènent une guerre insensée
    Pour mettre nos femmes sous les verrous selon « la loi de la licorne ».

    (Tableaux de Isabelle Bryer sur https:www.liveinternet.ruusers3255824post234988954
    « La loi de la licorne » sur https:www.caminteresse.frsocietequest-ce-que-la-loi-de-la-licorne-1175841 .)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Serre-moi la pince !

    Serre-moi la pince !

    Comme elle connaît ses limites, elle se plaît à les dépasser,
    Affronter les plus grands dangers du plus simple au plus compliqué.
    Ainsi donc s’est forgé le mythe de celle qui aime outrepasser
    La peur du péril étranger par un courage revendiqué.

    Les crabes lui serrent la pince avec une grande admiration ;
    Les méduses sont médusées et les requins sont requinqués.
    On dit qu’elle a séduit un prince au cours de sa transmigration
    Et qu’elle en aurait abusé… et que le pauvre aurait trinqué.

    Elle lui a préféré le crabe dont les pinces d’or sont renommées
    Depuis qu’un jeune aventurier l’a narré dans ses reportages.
    Tant pis ! Bien que le prince arabe l’ait appelée sa Salomé,
    Elle a choisi un roturier, oui mais expert en pinçotage.

    (Tableau d’Anthony Ackrill sur https:americangallery.wordpress.comcategoryackrill-anthony
    « Je connais mes limites. C’est pourquoi je vais au-delà. » Serge Gainsbourg.)

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  • Attentat en profondeur

    Attentat en profondeur

    Souvent lorsqu’il part à la pêche avec ses leurres et ses appâts,
    Notre sirène se dépêche d’y frotter ses propres appas.
    Plus le marin est pourfendeur avec hameçons et crochets,
    Plus l’attentat en profondeur par elle lui sera reproché.

    D’abord elle tâte l’aiguillon pour en tester la résistance
    Et prélève un échantillon dont elle goûte la substance.
    Puis à son tour, elle asticote d’un caractère bien trempé,
    La ligne qui se ravigote sous l’action du marin trompé.

    Après tout va toujours trop vite et tel est pris qui croyait prendre
    Car le pauvre pêcheur n’évite jamais de se laisser surprendre.
    Or il n’en reste aucune arête ; juste un chapeau à la dérive
    Car la sirène ne s’arrête qu’avec la nuit, quoi qu’il arrive.

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  • L’adieu à la sirène

    L’adieu à la sirène

    Adam et Ève ou les sirènes ? Dieu s’est beaucoup interrogé ;
    L’homme et la femme, c’est plus sérieux mais les chimères, c’est le rêve !
    Mais il a vite repris les rênes en réfléchissant au projet
    De son désir impérieux. Tant pis si la sirène en crève !

    Heureusement que Lucifer lui récupéra le programme
    Qu’il essaima au fond des mers comme un virus dans les abysses.
    Tandis que tous les mammifères se centuplaient au kilogramme,
    Les amourettes outremer portaient leur fruits avec malice.

    Les vieux loup-de-mer, du meilleur cru, gobent les marins bien dodus
    Qui cherchent trésors et merveilles et viennent troubler leur boisson
    Mais Adam n’y a jamais cru quant à Ève, elle a répondu
    Que ce n’est pas demain la veille qu’elle port’ra un’ queue de poisson.

    Tableau d’Anthony Ackrill sur https:americangallery.wordpress.comcategoryackrill-anthony .

  • 1 œil du vendredi saint + 7 avril = 13

    Comme le verre à moitié plein, certains n’y voient que du bonheur ;
    Comme le verre à moitié vide, d’autres n’y voient que du malheur.
    J’ai pitié d’eux et je les plains lorsque le mois nous fait l’honneur
    D’un vendredi âpre et avide d’un treize qui se veut harceleur.

    Lorsque tombe un vendredi treize, chacun voit midi à sa porte ;
    L’occasion de tenter sa chance ou interroger son pendule.
    L’amour avec ses yeux de braise prend ce que le temps lui apporte
    Et le samedi, par vengeance, s’amuse aux dépends des crédules.

    Photos de Flóra Borsi sur https:www.2tout2rien.frdes-auto-portraits-avec-des-yeux-danimaux-par-flora-borsi .

  • Avril, le roi de la brosse-à-chiottes

    Avril, le roi de la brosse-à-chiottes

    Au mois d’avril, grand nettoyage, c’est le mois qui lave plus blanc
    À grandes averses et pluies d’orages, un peu de grêle pour décaper.
    On sèche à grand coup d’essorage ; les coups de vent les plus troublants
    Font plus que force ni que rage envers une Terre à retaper.

    Et Avril s’en donne à cœur joie avec son balai arc-en-ciel
    Qui vous redonne un coup de neuf tout autour des quatre horizons
    Qui donne envie aux villageois qu’il est enfin providentiel
    Au bout de quatre-vingt-dix-neuf jours de fêter Pâques aux tisons !

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.noandre-illustrasjoner#itemId=55830f07e4b0d670c6fc3e2b .

  • La course éperdue de Mars

    La course éperdue de Mars

    Aussitôt né, c’est de départ pour la course contre la vie
    Où il ne pourra s’arrêter d’avancer sinon reculer.
    Où court-il ainsi ? Nulle part ! Sa faim toujours inassouvie
    Le pousse à ne jamais regretter de devoir tant gesticuler.

    Ainsi était la vie de Mars, un mois échappé à l’hiver
    Qui voulait connaître l’amour et épanouir sa libido.
    Mais le printemps aime les farces ; le mois d’avril n’est qu’un pervers
    Qui lui glisse dans un trait d’humour un poisson derrière le dos.

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.noandre-illustrasjoner#itemId=55830f07e4b0d670c6fc3e2b .

  • Parties de sirènes

    Parties de sirènes

    Vivre d’amour et de marin, bien entendu c’est nourrissant
    Mais mieux vaut changer du train-train pour que ce soit plus intéressant !
    Pour les sirènes consternées d’être à chaque fois gourmandées,
    Il faut un régime alterné adapté et recommandé.

    Les sirènes unissant leurs charmes sont devenues homosexuelles ;
    Si la morale tire l’alarme, cette pratique est conceptuelle.
    Les marins ne s’en plaignent pas, la voie des mers devient plus sûre ;
    Ils ne servent plus de repas et ne craignent plus les morsures.

    En revanche la reproduction a changé comme le raconte
    La science qui fait obstruction même si elle y trouve son compte.
    Si les sirènes se font rares car elles s’aiment avec passion,
    Leur espèce – et sans crier gare – a fini en queue de poisson.

    Tableau d’Anthony Ackrill sur https:americangallery.wordpress.comcategoryackrill-anthony .

  • Des poissons à mes chromosomes

    Des poissons à mes chromosomes

    Il doit me rester quelques arêtes inscrites dans mes chromosomes ;
    Antique souvenir du temps où je vivais au fond des mers.
    Comme jamais la vie ne s’arrête, il faudra bien qu’un jour les hommes
    Acceptent tous de convenir de leur existence éphémère.

    Mais tout va bien, tout se transforme et nous avec, par ricochet ;
    Demain nous serons chats ou rats ou homo-LGBTibus.
    Nouvelle race, nouvelles normes, nouveaux dieux auxquels s’accrocher
    Ou un démon qui essaiera de nous la couper rasibus.

    Tableau de Kagoshima sur https:www.juxtapoz.comnewspaintings-by-japans-ai-shinohara .

  • Bras-dessus bras-dessous et poisson-chat – 2

    Le poisson-chat est revenu hier se promener dans mes rêves
    Et j’ai vu le commencement du poisson dont il est question.
    Pêché dans l’étang du couvent et mis en panier sur la grève,
    Il s’attendait évidemment à faire l’objet d’une digestion.

    Tout débonnaire, le pêcheur fier de sa pêche miraculeuse,
    Ouvrit un tonnelet de rhum et le bonhomme s’enfiévra.
    Pour lui conserver sa fraîcheur, il eut une idée fabuleuse
    Et versa un peu de sérum au poisson qui s’en enivra.

    Survint un chat qui avait faim, un chat qui cherchait l’aventure
    Et qui, sans tambour ni trompette, s’empara de la belle prise.
    Mais lorsqu’il vit son aiglefin – alors que friand de nature –
    Plutôt que d’en faire trempette, il lui fit une sacrée surprise.

    Un coup de foudre détonant frappa notre chat vigoureux
    Dont la phénoménologie me surprend encore et toujours.
    Bras-dessus, bras-dessous – c’est étonnant – le chat qui tomba amoureux
    Le transporta dans son logis pour agrémenter son séjour.

    Tableaux de Valeriy Syrov.

  • Une sirène dans la course

    Une sirène dans la course

    Au temps de la Marine à voile, elle courait les cheveux au vent
    Souvent en figure de proue comme chimère redoutée.
    Parfois, le nez dans les étoiles, elle guettait le soleil levant
    Pour fuir sur les chapeaux de roues le cœur d’un marin envoûté.

    Et puis, à voile et à vapeur, la mécanique devenue reine,
    Elle a bien dû se recycler et mettre la main à la pâte.
    À tel point qu’elle ose sans peur braver la folie des sirènes
    En démarrant d’un tour de clef avec une vigueur qui m’épate.

    Spécialiste en queues de poisson, virages en épingle à cheveux,
    Je l’admire et je lui débourse une fortune pour la suivre
    Car j’aime faire la moisson de tout mon cœur, de tous mes vœux
    De sa conquête de la course, poitrine nue sur peau de cuivre.

    Illustration de Willy Maltaite extraite de l’album « Le jardin des couleurs ».

  • Bras-dessus bras-dessous et poisson-chat – 1

    Bras-dessus bras-dessous et poisson-chat - 1

    J’imaginais les poissons-chats déambuler clopin-clopant,
    Flâner bras-dessus bras-dessous, copains comme cul et chemise.
    Et puis j’ai vu sortir un chat les bras serrés enveloppant
    Un poisson complètement saoul regrettant la faute commise.

    « Déjà vendredi ! » me dit-il « et ce sacré vieux loup de mer
    A bu tout un tonneau de rhum percé, répandu sur la grève ! »
    Tout cancan étant inutile, je les laissais à leurs chimères
    Prendre la voie qui mène à Rome et moi de poursuivre mon rêve.

    Mais ce n’est que le lendemain en revoyant ces compagnons
    Que je leur demandai, curieux, s’ils avaient bien cuvé leur vin.
    Ils continuèrent leur chemin toujours enlacés, l’air grognon
    Me lançant un regard furieux… et d’eux, je ne sais c’ qu’il advint.

    Tableau de Valerij Syrov.

  • La couleur de la voix

    Par leurs coquillages portables et par les courants en réseaux,
    Chaque sirène communique selon la portée du liquide
    Qui se révèle incontestable sous la surface, entre deux eaux,
    Grâce à la qualité unique de la mécanique des fluides.

    Le chant réputé légendaire est de ce fait amplifié
    Par l’enchevêtrement des conques réparties en amphithéâtre
    Et par un effet secondaire de leurs nacres vitrifiées
    Qui jouent d’une note quelconque un blues d’une couleur bleuâtre.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La justice éminente

    Éminente ou bien dominante, la justice est-elle un fléau ?
    Plane-t-elle au-dessus de nous comme une épée de Damoclès ?
    La question est impertinente car elle invoque les idéaux
    De ceux qui mettent à genoux les gueux sans la moindre noblesse.

    La loi est dure mais c’est la loi et dures sont les forces de l’ordre
    Lorsqu’elles sont manipulées d’une main lourde et radicale
    Car il n’est pas de bon aloi de laisser les pauvres chiens mordre
    Les maîtres qui ont stipulé que leur gestion est amicale.

    Tableau de Sidwill-cg sur DeviantArt

  • Copains comme poisson-chat

    Comment vivre d’amour et d’eau fraîche entre un poisson et un chaton
    Lorsqu’il semble contre nature d’unir ces familles ennemies ?
    Le chat se montre assez revêche à se tremper les ripatons
    Quant au poisson, si d’aventure il sort de l’eau, il en frémit.

    Alors copains comme poisson-chat c’est comme croire qu’une sirène
    Pourrait aimer son matelot autrement que dans son assiette.
    Mais seul Lucifer s’y pencha et Dieu tira vite la sirène
    Et cet accouplement ballot finit au fond d’une oubliette.

    Tableau de Jean Metzinger

  • La nuit de la sirène

    Ayant chanté toute la journée, le chant de la sirène fond
    Dans la nuit noire et étoilée d’une petite mort trop brève.
    Mais le marchand dans sa tournée de sable d’un sommeil profond
    Lui permet de se dévoiler dans le cœur du dormeur qui rêve.

    Et dans mes rêves, je la sens, la douce caresse de velours
    D’une voix qui vient et m’enveloppe dans la capture de mes songes.
    Et cette douleur, j’y consens car l’esprit devenu balourd
    Cède à celle qui développe sa vérité comme un mensonge.

    Mon cœur me crée des insomnies pour résister à la charmeuse
    Mais j’y succombe au petit jour – quel oubli stupide et bénin !
    Je n’émets nulle calomnie du fond de mon âme dormeuse
    Car j’y succomberai toujours ; c’est mon idéal féminin.

    Tableau d’Auguste Raynaud

  • La pêche originale

    Quand Dieu créa l’eau des rivières, elle était fort alcoolisée
    – Sans doute deux anges farceurs jouant aux apprentis chimistes.
    On remonta sur la civière les premiers thons diabolisés
    Par le breuvage dont la noirceur n’était pas des plus optimistes.

    Puis Dieu créa l’homme-poisson ; les anges virent que c’était bon
    Et furent les premiers à pêcher l’Adam et l’Ève en pleine ivresse
    Car les bougres épris de boisson – eaux-de-vie, vodka et bourbon –
    N’avaient vraiment pu s’empêcher de siffler l’eau enchanteresse.

    Ainsi Dieu punit tout le monde à coup de foudre et de déluge
    Et dilua l’eau de la Terre, puis rajouta un peu de sel.
    À point, la planète féconde put enfin servir de refuge
    Au nouvel homme propriétaire ; ange et démon universel.

    Tableau de Scott G. Brooks sur https://www.scottgbrooks.com/product-category/giclee-prints

  • Comment j’ai trouvé mon Vendredi

    C’est en voyant passer les gens, perpétuellement sans relâche,
    Sortir leur chien trois fois par jour, toujours par le même chemin,
    Que j’acquis un poisson d’argent, docile, aux nageoires un peu flaches,
    Pour fuir mon tranquille séjour sans stresser, la laisse à la main.

    Ensemble nous suivons la rivière où je le laisse aller nager
    Car il adore s’éclater à outrepasser les cascades.
    Sauf pour les transports ferroviaires où j’ai dû lui aménager
    Un aquarium hélas refusé par un vieux contrôleur maussade.

    Quand les animaux domestiques subiront la montée des eaux,
    Ils accueilleront dans leurs rangs toute la faune piscicole.
    Plaise à mon esprit scolastique d’ouvrir grand les portes des zoos
    Pour créer à contre-courant ce concept comme un cas d’école.

    Illustration d’Omar Rayyan

  • L’entraînement de la sirène

    Muscler l’organe phonatoire ouvre de nouvelles dimensions
    Sur la plus mortelle des armes dont on ne voit pas la couleur.
    Le chant n’est plus aléatoire mais soumis à la distension
    Des cordes vocales qui charment par une indicible douleur.

    Bien au-delà de la souffrance qui traverse ses deux hémisphères,
    Le marin perd sa volonté comme le taureau dans l’arène.
    Reproduit alors à outrance sur les mers de la planisphère,
    Il nourrit les faits racontés sur la légende des sirènes.

    Illustrations de Nadezhda Illarionova sur https://www.artstation.com/artwork/krP1z

  • Le chant des sirènes

    Souvent la sirène révise l’art de son chant avant l’épreuve
    Qui la consacrera peut-être diva, soliste, enchanteresse.
    L’examen sera vicelard car sa voix doit fournir la preuve
    Qu’elle nécessite nul sonomètre pour qu’un marin s’y intéresse.

    Parmi toutes les prétendantes qui briguent le titre envié,
    Elle se souvient de sa marraine et ses précieux enseignements
    Sur les vocalises ascendantes durant tout le mois de janvier
    Où elle a pratiqué, sereine, expérience et entraînement.

    Illustrations de Nadezhda Illarionova sur https://www.artstation.com/artwork/krP1z

  • La sirène novice

    Point besoin d’être née sirène pour être promue au statut
    De la compagnie des princesses et futures reines des mers.
    Or pour accéder à l’arène et être élève de l’institut,
    Il suffit d’immerger ses fesses et développer ses pieds palmaires.

    Ainsi la fille devient novice et vit en totale immersion
    Dans un séminaire aquatique où elle restera cloîtrée.
    Nourrie aux saintes écrevisses, elle subira la conversion
    De ses jambes problématiques en une queue idolâtrée.

    On lui apprendra à chanter et amplifier son organe
    Pour une chasse consacrée à son régime bienséant
    Par des formules enchantées enseignées par la fée Morgane
    Dont les connaissances sacrées priment dans tous les océans.

    Illustration de Mark Ryden

  • Une sirène pas comme les autres

    Fi des queues en colimaçon pleines d’arêtes et de nageoires ;
    Vivent les queues en tentacules pour mieux étreindre ses victimes !
    La mer, c’est bon pour les poissons ; idem les mares et pataugeoires !
    Refusons tous ces ridicules clichés sur notre vie intime !

    Elle a pris un appartement avec vue sur les vallées suisses ;
    Elle y reçoit peu de matelots car elle leur préfère les bergers.
    Mais elle y cajole ses amants entre ses si nombreuses cuisses
    Que plus d’un de ces rigolos redemandent à s’y héberger.

    Elle y consent et les invite à partager tous ses repas
    Et garnit ainsi son frigo de gigots, épaules et cuisseaux.
    Tout un petit monde gravite, chimères plus ou moins sympas,
    Avec lesquelles, tout de go, elle partage les meilleurs morceaux.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli sur https://ilmondodimaryantony.blogspot.com/2013/08/gli-incubi-celesti-di-nicoletta-ceccoli.html

  • Sauver le dernier poisson

    Il n’a pas l’air dans son assiette, le p’tit poisson du vendredi
    Péché, lavé et congelé directement au chalutier !
    Adieu écailles en paillettes, bonjour pané du mercredi,
    Filets carrés et morcelés, darnes découpées sans pitié !

    Faut-il sauver le dernier poisson ? Interdire sa consommation ?
    Mettre à l’index la bouillabaisse, les fruits de mer et l’aïoli ?
    Maquereau qui trouble la boisson du loup de mer en privation,
    Es-tu en hausse ou à la baisse chez ton mareyeur aboli ?

    Illustration d’Enki Bilal

  • La sirène et son fils

    L’évènement est assez rare mais il se produit toutefois
    Quand les marins se mettent en quatre à satisfaire la sirène.
    Car celle-ci n’est pas avare en brochettes de cœurs et de foies,
    Plats aphrodisiaques à débattre mais stimulants en œstrogènes.

    Si bien que quelques mois plus tard, tout le ferment de leur laitance
    Donne naissance à un triton, moitié humain moitié poisson.
    Un fils qui saura sans retard démontrer toute sa prestance
    Avec sa voix de baryton qui monte depuis son caleçon.

    Tableaux de Malene Reynolds Laugesen

  • Prise la main dans la nasse

    Gaffe à la sirène voleuse qui se laisse prendre au filet
    Pour mieux sélectionner sa proie et fuir sans demander son reste !
    La sirène n’est plus cajoleuse après trois crises d’affilée
    Et préfère un banc de lamproies à un marin fort indigeste.

    D’ailleurs plus jamais elle ne chante à s’égosiller sur la mer
    Mais vous pouvez toujours l’entendre à toute heure sur les réseaux.
    Que voulez-vous ? Elle déchante car l’avenir se montre amer
    Et songe à changer sa queue tendre, puis faire feu des deux fuseaux.

    « Dès que la féminine engeance sut que le singe était puceau,
    au lieu de profiter de la chance, elle fit feu des deux fuseaux »
    Georges Brassens, Le Gorille.

    Tableau de Catrin Welz-Stein

  • Le sirénomètre

    Pour observer le temps qu’il fait, rien ne remplace un baromètre
    Mais pour suivre le temps qui passe, il faut l’instrument adéquat.
    Chaque marin, s’il est parfait, consulte son sirénomètre ;
    L’appareil le plus efficace, je vais vous expliquer pourquoi :

    Mais à quoi pense la sirène tous les matins en se coiffant ?
    C’est selon la température du courant de la mode en mer ;
    Selon si les stars dans l’arène s’échangent des mots décoiffant
    Dont l’ampleur en twittérature s’avale comme une pilule amère.

    Les cheveux longs de la sirène exigent une totale attention
    Pour dénouer toutes les tresses et les peigner comme il se doit.
    Selon l’actualité sereine, tout se démêle sans tension
    Mais quand elle en lit les détresses, il lui faudrait plus de dix doigts.

    Tableau de Patricia Rose Studio

  • Ah, si vous connaissiez ma sirène !

    Savez-vous quel est le modèle le plus en vogue dans les musées
    Qui représente l’étalon plus précieux que l’or outremer ?
    Point n’y ont été infidèles, ni lassés, ni désabusés,
    Ceux qui fréquentaient les salons des galéristes de la mer.

    Derrière un rideau de peinture se cache la beauté interdite
    De celle qui figurait l’émule de l’imperceptible Aphrodite.
    D’autant qu’en-dessous de la ceinture, à l’instar des jambes prédites,
    Un coup de pinceau dissimule sensuellement sa queue maudite.

    Tableaux de Colette Calascione

  • Demandeurs d’asile

    Quel sera le comportement des habitués des abysses
    Quand toutes les eaux monteront à l’assaut des terres inondées ?
    Prendront-ils leurs appartements parmi les nombreuses bâtisses
    Que nous leur abandonnerons sans pouvoir les vilipender ?

    Ils prendront nos poissonneries pour des tortures piscicoles,
    Tiendront nos boîtes de conserve pour des sardines locataires,
    Jugeront nos polissonneries comme stupides cas-d’école.
    Alors que Neptune leur réserve l’eau promise sur toute la Terre !

    Tableau de Jose Francese

  • Poissons-ballons

    Jamais je ne terminerai mes vacances en queue de poissons ;
    Voici la raison pour laquelle, je me fabrique un train de rêve.
    Un train de poisson et de raies mais de queues en colimaçon
    Afin d’éviter les séquelles des fins d’ semaine un peu trop brèves.

    Cette année, des poissons-ballons, poissons-clowns et poissons-volants,
    Tous enchâssés en montgolfière pour filer au-delà des mers !
    Je reprendrai bien du galon et des titres mirobolants
    En tant que capitaine fier d’être un grand rêveur de chimères.

    Tableau de Jose Francese