Catégorie : 2026

  • La chasse aux nymphes

    La chasse aux nymphes

    Tous les matins sous mes fenêtres, elles promènent leurs chiens en laisse,
    Entièrement nues, lance à la main pour faire fuir les importuns.
    J’aimerais bien aller connaître davantage ces drôlesses
    En m’avançant sur le chemin sous un prétexte fort opportun.

    Cependant bien mal m’en a pris car elles m’ont foncé dessus
    Comme des Valkyries en rut voulant chasser l’esprit du mâle.
    Elles m’ont traité de malappris, m’ont enlevé mon pardessus
    Et m’ont baisé comme deux brutes en criant : « Sus à l’animal ! »

    Tableau de Julius Leblanc Stewart.

  • Impudeur Artificielle

    Impudeur Artificielle

    Que mon IA soit une femme, c’est bien possible, évidemment
    Et qu’elle s’affiche sur mon écran… cela n’est pas très dérangeant.
    Ce qui pourrait paraître infâme, c’est qu’elle vient incidemment
    Me mettre tous les nerfs à cran par ses atours bien négligeants.

    Parfois elle ouvre une fenêtre et vient étendre sa lessive
    Parfois en petite tenue voire le plus souvent à poil !
    Pardi ! Aussitôt qu’elle voit naître une érection compréhensive,
    Elle saute de l’écran toute nue, criant : « Au voil ! Au voil ! Au voil ! »

    Car elle est en plus dyslexique et fait des fautes d’orthographe !
    Neuf fois sur dix, elle me trompe avec un software boutonneux ;
    Ils vont s’ébattre dans le lexique dont ils ont ôté les agrafes
    Mises de peur qu’elle ne m’interrompe par leurs soupirs libidineux.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le miroir intérieur

    Le miroir intérieur

    J’ai un miroir à l’intérieur, entre les cerveaux gauche et droit,
    Qui me renvoie un autre monde mais dont je n’ai pas la tutelle.
    Si une mémoire antérieure était casée à cet endroit,
    Sans doute, quand j’y vagabonde entre mes rêves, me dirait-elle…

    Que je la projette sur papier et je la redessine en vert
    Selon les contours qui s’y forment avant que le soleil se lève.
    Et quand j’ai tout recopié dans cet actuel reflet-vers,
    J’y retrouve l’image conforme que j’ai aperçue dans mon rêve.

    Alors une frontière s’ouvre, l’esprit ne veut plus m’obéir
    Et mes mains captent le message volontiers ou à contrecœur.
    Petit à petit je découvre tout ce qui a pu m’ébahir
    Car la mémoire est un passage qui ne s’entrouvre qu’avec le cœur.

    Tableau de Luigina Rizzo.

  • Une journée en Suisse

    Une journée en Suisse

    Boire un bol d’air en Suisse, goûter les papillons,
    Humer l’eau des rivières, sentir les matinales,
    Capturer un coin d’ombre, piquer un roupillon,
    Attendre du matin un jour original.

    Aller dans les forêts chercher l’arbre majeur,
    Embrasser son écorce et écouter son cœur ;
    Observer les nuages et leurs jeux imageurs
    Qui tracent des figures et visages moqueurs.

    Un jour où les Grisons changeront de couleur,
    Un jour où le Tessin sera l’heureux élu,
    Un jour où le Valais sera Valais de cœur
    Un jour où le Jura qu’on n’l’y reprendrait plus.

    Tableau d’Edward Mason Eggleston.

  • Naturisme sauvage

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    Quand le naturisme sauvage s’empare des plages bretonnes,
    Les femmes semblent vulnérables… oui mais… ce n’est qu’une illusion
    Car les enfants galactophages surveillent leur source gloutonne
    Et protègent leurs mères vénérables des suce-à-rac à profusion.

    Ailleurs, du haut de leurs rochers, les gendarmes sont mal à l’aise.
    Comment peut-on verbaliser tantes et cousines germaines ?
    Ils font semblant de s’approcher, croyant déclencher un malaise
    Parmi les seins scandalisés devant les flics qui se ramènent.

    Mais la marée au flanc d’ébène, déferle en d’immenses couronnes ;
    Le sel efface les PV, les gardiens perdent l’adhésion.
    Dans cette liberté sans peine, où la pudeur enfin s’étonne,
    On voit le sable se lever, pour y masquer toute intrusion.

    Le vent se moque des képis, le grand large reprend ses droits ;
    La chair n’est plus un interdit, mais l’éclat pur de l’existence.
    Le soleil offre son répit, les seins ne sont plus à l’étroit
    Et, sans soutien-gorge étourdi, savourent en paix leur jouissance.

    Tableaux de Birgit Megerle.

  • Danse avec ton ombre

    Fille de la Terre et du Soleil, ta mère et ton père, c’est pareil
    Et quand le printemps te réveille, tu danses, danses et t’émerveilles !
    Fille du feu et du vent d’hiver, ta planète est ton univers
    Et tu vis nue, en équilibre, mortelle, fragile mais libre !

    Fille de l’ombre et de la lumière, tu rayonnes dans ta chaumière,
    Tu es le grillon du foyer qui chante sans s’apitoyer !
    Fille née dans l’obscurité, tu t’épanouis dans la clarté
    Dans laquelle tes appas de charme et ta grâce valent mieux qu’une arme.

    Fille des enfers en couleurs, tu danses à chaque carrefour
    Où la vie lutte sans merci à préserver son capital.
    En effaçant toutes les douleurs, dans tes quatre bras, je savoure
    De danser vers cette éclaircie qui me réveille à l’hôpital.

    Tableaux de Robin F. Williams et de Marjorie Cameron.

  • Réseau social, zéro social

    Réseau social, zéro social

    Plus je m’étends dans les réseaux, plus je me perds dans les faisceaux
    Et je capte tellement d’ondes que je ne sais plus qui je suis.
    On s’y traite de noms d’oiseaux et chacun se la joue perso ;
    Plus je cherche, plus je vagabonde et mon errance se poursuit…

    Dans les couloirs des IA blondes, je cherchais un regard humain
    Mais les miroirs des inconnues dispersaient tous leurs labyrinthes.
    Puis une voix traversa l’onde qui menait vers l’étroit chemin
    Où elle déposa dans les nues, un virus en guise d’étreinte.

    Tableau de Silvio Vieira.

  • Rencontre en réseau

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    Une fois trouvé le fil d’ariane, je l’attire tout doucement
    Espérant au bout de la corde, trouver la femme de mes rêves.
    Mais le fil devient une liane dans une jungle d’éléments
    Où je perçois que tout concorde pour que l’encéphale s’y crève.

    Moi, je suivais des lueurs mauves au fond des réseaux végétaux,
    Des visages y poussaient ensemble ainsi que des fleurs carnivores.
    Et chaque femme qui se sauve m’entraîne dans des couloirs mentaux
    Dont les parfums mêlés ressemblent à des femelles égrégores.

    Tableau de Bruno Borges et pochette de disque de Helicon & AI Lover.

  • Les sirènes gymnotes

    Les sirènes gymnotes

    De la famille des gymnotes, elle tue par électrocution
    Car elle décoche sa décharge pile lorsqu’il connaît l’extase
    Il reçoit quelques pichenottes juste avant l’éjaculation
    Mais au moment où il décharge, il connaît alors l’épectase.

    Dans une caresse éclatante, un éclair en son cœur frissonne ;
    Sa taille si majestueuse propose un dangereux courant.
    Pour la victime haletante, le chant de la sirène résonne ;
    La fille alors voluptueuse contemple son amant mourant.

    Puis sous la voûte verdoyante, le flux de son corps s’abandonne ;
    Un halo de nacre irisée enflamme le lointain récif.
    À la prédatrice attrayante, l’honneur des Gymnotes pardonne
    Et la mer bleue pulvérisée escorte le nageur passif.

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  • Sirènes et hippocornes

    Une sirène nage, vestale des feux humides ;
    Dans les ruines d’un temple aussi bleu qu’il est vieux.
    Un rayon de lumière, encore un peu timide,
    Perce entre les colonnes comme un soleil pluvieux.

    Une hippocorne blanche aux crinières liquides
    S’avance dans les flots des palais merveilleux.
    La sirène l’enlace aux nageoires splendides
    Comme un rêve oublié revenu dans ses yeux.

    Les coraux sont en fleurs sous les arches antiques,
    Les poissons de cristal tournent autour de sa queue
    Et l’océan profond, dans ses vitraux mystiques,
    Semble bénir leur fugue par un piano aqueux.

    Tableaux de Wil Cormier sur https:nevsepic.com.uaenart-and-hand-drawn-graphics6742-illustrator-wil-cormier-23-works.html .

  • Manège pour les plus grands

    Manège pour les plus grands

    Le « Pole dance » serait-il infâme et dégradant envers les femmes ?
    Pour le savoir, sortez vos grands, et voyez comment c’est flagrant !
    Les messieurs monteront au choix la monture qui leur échoit
    Et après quelques petits tours, ils seront ravis en retour.

    À qui décrochera le pompon, on lui donnera un coupon
    Lui permettant de chevaucher la jeune récemment embauchée
    Pour atteindre le septième ciel avec orgasme artificiel
    Car toutes les femmes sont des robots, avouez que c’était trop beau !

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  • Là où vont les cyclistes

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    L’Étoile-d’argent en Helvétie, n’est pas la seule spécialité
    Car sous la Lune à bicyclette, les danseuses étoiles sont pleines.
    En effet lorsqu’elles ont grossi, en toute confidentialité,
    On envoie ces filles replètes faire du vélo dans les plaines.

    Avec contrôle sanitaire des fesses de ces demoiselles
    Qu’elles doivent montrer à l’entraîneur qui les suit à courte distance.
    Évidemment, je le confesse, c’est moi qui le fais avec zèle
    Car je fais du sélectionneur de culs mon plat de résistance.

    Tableaux de Gérard Bisse et de Kiril Jeliazkov.

  • Êtes-vous thé ou café ?

    Êtes-vous thé ou café ?

    Selon la fraîcheur du sachet où la moiteur de la mouture,
    J’hésite entre me rafraîchir ou transpirer de volupté.
    Certains s’adonnent au Montrachet avec tartine de confiture
    Et puis s’en iront s’avachir sur des fauteuils inadaptés

    Eau frémissante, jamais bouillue, pour le thé fera bon ménage
    Sinon c’est pire qu’Azincourt pour un Anglais de bonne famille.
    Café bouillu, café foutu et c’est un signe de surmenage
    Pour un Italien pris de court mais bon… il reste la camomille…

    (Illustrations de Milo Manara ;
    Montrachet : Vin blanc produit à Puligny-Montrachet et à Chassagne-Montrachet en France.)

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  • Jusqu’ici, tout va bien !

    Si jusqu’ici tout allait bien et je m’accrochais à la vie,
    Là, brusquement, je vois le vide qui se perd tout au fond de moi.
    Je me demande encore combien de fois je devrais ma survie
    À cet ange gardien provide qui me surveille au fil des mois.

    J’aurai pourtant tout essayé ; dériver sur une mer d’huile,
    Éprouver le coup du lapin et une chute vertigineuse…
    Mais je l’ai tellement effrayé à parer à toutes mes tuiles
    Qu’il sait me jeter son grappin de main de maître lumineuse.

    Mariana Pinam photographiée par….

  • La femme de l’artiste

    La femme de l’artiste

    « Ce n’est pas vraiment une vie pour une femme d’être l’épouse
    D’un artiste qui désire vous peindre vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
    Toute la journée, ses envies finissent par me donner le blues
    Et mon impatience d’atteindre son tempérament acariâtre !

    Nue le matin à mon lever pour un tableau matutinal ;
    Nue à midi accompagnée, en vue d’un déjeuner sur l’herbe ;
    Nue le soir et je suis crevée, pour un portrait libidinal
    Et nue la nuit, mal empoignée, entre deux mâles en rut acerbes. »

    Mary Adshead épouse du peintre Stephen Bone sur https:modernbritishartgallery.comartworknude-reading .

  • La plume bleue

    Quand l’ange obtient sa plume bleue, c’est l’instant de consécration
    Qui récompense toute une vie à l’accompagnement des vivants.
    Car des problèmes, il en pleut tous les jours sans modération
    Que l’ange sans cesse ravit bien avant en les esquivant.

    Quant à la mort, la plume bleue, c’est la récompense suprême
    Qui récompense l’ultime instant où la vie rejoint le néant.
    Et ceux qui trouvent scandaleux qu’on décerne le même barème
    À qui leur vole un jour restant sont des plus lâches et fainéants.

    Tableaux d’Andrzej Malinowski.

  • Flammette et Gouttelette

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    Flammette et Gouttelette étaient deux sœurs jumelles
    Deux sœurs antagonistes, de vraies mini-tempêtes ;
    Flammette s’éteignait comme une péronnelle,
    Gouttelette s’évaporait sans tambour ni trompette.

    Leur père n’était que d’air et leur mère, la Terre ;
    Ce fut un coup de foudre lorsqu’ils se rencontrèrent.
    L’eau et le feu au ventre, le volcan placentaire
    Accoucha deux enfants aux attributs contraires.

    Flammette était dotée d’un caractère vif,
    Gouttelette était sage et très spirituelle.
    Mais l’une et l’autre ensemble, c’était très explosif,
    D’une sororité parfois conflictuelle.

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    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • La compétition du lundi

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    Imagerime du 16.01.2018

    La ballerine attend le moment où son cœur
    Va s’effondrer de joie ou bien de déception.
    Boum, boum, le cœur battant, sera-t-elle vainqueur ?
    Est-ce qu’enfin sa voie deviendra l’exception ?

    Le corps un peu tendu, l’âme au-delà des nues,
    L’esprit est incapable, ici, de décider.
    Elle a tant attendu ce moment, l’ingénue,
    Qu’elle n’est plus capable de se faire une idée.

    Pour l’heure elle se rappelle ses peurs, ses désespoirs
    Pour la présentation au ballet concourir.
    Maintenant on l’appelle ; son cœur est plein d’espoir.
    Vers quelle sensation s’en va-t-elle courir ?

    Reflet-Vers du 15.02.2026

    L’autre, dans l’ombre, attend son tour avec la rage,
    Un feu secret brûlant derrière un sourire d’or.
    Chaque pas de sa rivale en rajoute à l’outrage
    Qu’elle rêve d’effacer, repoussant les remords.

    L’une est pure élégance et la grâce incarnée,
    L’autre, la force brute, une étoile qui éclate.
    Deux destinées se croisent, prêtes à s’enlacer
    Dans ce duel muet où l’âme se dilate.

    La scène est un miroir, un abîme sans fond
    Où la lumière danse et les ombres grandissent.
    Le public retient son souffle, un murmure profond,
    Tandis que les espoirs en un instant fleurissent.

    Tableaux de Fabienne Barbier et de Vasyl Khodakivskyi.

  • Les Noëllettes

    Les Noëllettes

    Il y a les filles à effeuiller, il y a les filles à écosser
    Il y a celles qui vous cachent tout, il y a celle qui ne cachent rien.
    Les Noëllettes émerveillées par les costumes écossais
    Aiment montrer tous leurs atouts ainsi qu’il ne leur manque rien.

    La distribution de cadeaux que l’on ne touche qu’avec les yeux
    Se déroulent à la Sainte-Charlotte dans toutes les principautés.
    Ça entretient la libido et promet des gestes audacieux
    Lorsqu’elles montrent leurs culottes qui étaient en principe ôtées.

    Vu sur https:pin.it2Xt7wpnak .

  • La danse des cornichons

    La danse des cornichons

    Moi qui danse comme un cornichon strict et serré dans son bocal,
    Je suis comme un manche à balai qui balaie bien plus qu’il ne danse !
    Toutefois lorsque deux nichons effleurent mon regard bifocal,
    Je me mets à faire un ballet qui m’enlève toute prudence…

    Les cornichonnes du grand monde ont des parfums de vinaigrier,
    Des tailles fines et des jarretières en dentelles chlorophylliennes.
    Quand elles tournent à la ronde, même les vieux pots familiers
    Retrouvent des envies premières dans leurs saumures quotidiennes.

    Le chef d’orchestre en cornichon dirige un concerto saumâtre
    Tandis qu’un concombre barbu sanglote au bras d’un vieux radis.
    Et moi je tourne en folichon dans ce palais couleur albâtre
    En rêvant d’un baiser dodu sous les lustres du paradis.

    Tableau de Travis Chapman.

  • Pour vivre heureux, vivons cachés dans l’eau

    Pour vivre heureux, vivons cachés et l’eau est pleine de ressources
    Pour se voiler dans le courant et les déesses des rivières.
    Il faut savoir se rattacher au secret même de la source
    Et ne laisser filtrer de nous rien que son infime lumière.

    L’homme a laissé sur le rivage un bois creusé pour le voyage,
    Deux barques frêles qui attendent quelque passeur de l’au-delà.
    Elles transmettent le sillage, comme un silencieux témoignage,
    D’une présence qui s’efface en ne laissant aucun éclat.

    Car dans l’îlot qui semble clos, au cœur des touffes de verdure,
    Un regard double de vigilance guette l’écho de chaque pas.
    C’est la pupille de la terre, une vibrante signature,
    Qui transmet l’âme du silence à ceux qui ne le verront pas.

    Illustrations de Will.

  • Aux prémices de la vie

    Au commencement, la lumière dort sur les terres encore nubiles,
    Là où la Nature s’éveille, les yeux aveuglés de soleil.
    Une fois passé la première journée, les arbres volubiles
    Croissent et leurs feuilles s’émerveillent d’un vent fripon qui les balaye.

    Et le cycle reprend son cours comme s’il reprenait le relais
    D’une planète messagère, mère des eaux et des courants.
    Alors il étend son parcours par petits ruisseaux maigrelets
    Via les rivières passagères jusqu’à l’océan concourant.

    Dans la matrice de la forêt nourrie de soleil et de pluie,
    La vie se ranime à son tour comme si c’est une révolution.
    La faune sous la flore phosphorée alors furtivement s’instruit
    Des règles qui vont sans détour déterminer l’évolution.

    Illustrations de Will.

  • Mascarade

    Mascarade

    L’acteur change son apparence, il dissimule son visage ;
    Pour chaque nouveau spectateur, il a un masque de rechange.
    On ne voit plus la différence entre l’hypocrite et le sage
    Car il se rit de notre malheur, tel un démon à face d’ange.

    Il s’assoit dans sa propre paille, prisonnier de son beau costume,
    Tandis que tous les masques au sol rient de son règne de papier.
    On attend que le vernis s’écaille pour qu’enfin à titre posthume
    On dise adieu à ce guignol qui nous a tous cassé les pieds.


    Si labourage et pâturage sont les mamelles de la France,
    C’est nous qui sommes les vaches à lait d’une Europe faite pour les riches.
    Les forces de l’ordre ont la rage depuis qu’elles mordent à outrance
    Ceux-là même qui, au pis-aller, n’auront que des terrains en friche.

    Tableau de Michael Cheval.

  • Le dernier cri

    Le dernier cri

    C’est bientôt la fin de la route pour le train-train du président
    Qui actuellement tourne en rond, faute d’une idée salvatrice.
    Mais c’est aussi la banqueroute pour l’éphémère résident
    Du palais où ce fanfaron fit sa mission dévastatrice.

    Le peuple attend sa délivrance, prisonnier de ce grand naufrage ;
    On nous promet un meilleur sort mais l’on ne voit rien que mourir.
    Malgré toute cette arrogance, il ne reste qu’une sombre image,
    Le capitaine est déjà mort et son parti en train de pourrir.

    Le train déraille en sa demeure, il s’aventure en terrain vague,
    Car son jouet n’est qu’un débris, loin des chemins de l’avenir.
    On parvient à la dernière heure, il ne reste qu’une amère blague,
    Le monde attend le dernier cri pour ne plus jamais revenir.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Au pied de Gibraltar

    Au pied de Gibraltar

    « Si Gibraltar est un détroit, lesquels sont alors les deux autres ?
    Je connais celui du Bosphore et toi, celui des Dardanelles ! »
    Ainsi parlait un maladroit marin qui avait quitté son cotre
    Pour apporter son réconfort à une jolie péronnelle.

    « L’amour est un chemin étroit, au bord de l’onde et des apôtres,
    Où le destin devient très fort, sous une Lune universelle ! »
    Rit-elle de son désarroi, de ses histoires de patenôtres,
    Mais dessous cette métaphore, bat le cœur de la demoiselle.

    « Suis-moi derrière ce rocher ! » propose-t-elle au matelot
    Qui croyant l’affaire conclue prend une attitude sereine.
    Mais dès qu’il s’en est approché, la belle l’emporte sous l’eau
    Pour garder le marin reclus dans le vivier de la sirène.

    Tableau de Jorge Caballero.

  • Latitude et longitude

    Latitude et longitude

    Les deux mamelles du marin sont latitude et longitude
    Qui ne les nourrissent pas au sein mais en font plutôt des victimes.
    Et les sirènes d’un coup de rein qui se hissent avec promptitude
    Dans leur lit entre deux coussins en font leur manne maritime.

    L’équerre d’or du corps se tord, selon l’accord de la structure,
    Le trait se lie au bleu de nuit pour que s’enfuie la démesure.
    Elle est le port, le réconfort, face au grand nord de l’aventure,
    Une embellie dans son ennui et sa vie de géométrie pure.

    Pourtant fort en mathématiques, le matelot n’a rien compris
    Mais au petit matin, l’extase a connu la petite mort.
    Pour la sirène gastronomique, la qualité n’a pas de prix
    Sinon celui d’une épectase qui ne lui laisse aucun remords.

    Tableau de Stef Rymenants sur https:stefrymenants.be .

  • Le rouge vous va si bien – 2

    Le rouge vous va si bien - 2

    Une variante gantée de la chasse au rouge érotique
    Consiste à soustraire les ongles sous des gantelets incarnat.
    Après lui avoir arpenté le corps par la recherche chromatique,
    Et l’explorer sous tous les angles, la fin sourit à la nana…

    …qui, une fois le gant ôté, lui entaille son autographe ;
    Trois griffes rouges sur la joue comme la marque de la bête
    Qu’elle a ferrée par sa beauté et par ses ongles calligraphes
    Dont la valeur est un ajout que l’homme arbore sur la tête.

    Tableau de Fatima Tomaeva sur http:www.lbk.rushowthread.php .

  • Le rouge vous va si bien – 1

    Le rouge vous va si bien - 1

    Juste un soupçon sur le chapeau et un peu sur les talons hauts
    Suffisent pour donner l’envie d’en découvrir d’autres fragments.
    Sex-appeal ou bien sexe-appeau, qu’importe pourvu que le chaos
    Trouble l’amant et le convie à explorer tous ses pigments.

    La bouche ? Ce n’est pas difficile, c’est la première découverte ;
    Les seins ? C’est par la transparence qu’on les percera du regard.
    Une fois le tissu gracile ôté sur les cuisses entrouvertes,
    Le dernier rouge, en apparence, vous engloutit sans crier gare !

    Tableau de Fatima Tomaeva sur http:www.lbk.rushowthread.php .

  • Cerveau reptilien vs serpents ovariens

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    Entre le cerveau reptilien et les deux serpents ovariens,
    Le sexe prend une dimension et une figure féminine.
    Sans doute ce qui fait le lien parmi les milliards de terriens
    Qui croient encore à la mention de l’innocence masculine.

    Un cerveau contre deux serpents… pourquoi un seul l’emporterait ?
    D’autant qu’il aime s’y plonger quand son neurone est excité !
    Ne serait-ce pas en usurpant le pouvoir plutôt qu’il aurait,
    Par un prétexte mensonger, réussi sa perversité ?

    Et tandis que le grand système prétend dominer leurs instincts,
    Les deux serpents tous silencieux continuent leur danse primitive.
    Car le pouvoir de l’anathème ne vient pas d’un cerveau distinct
    Mais de l’abîme fallacieux où toute conscience est rétive.

    Le mâle invoque sa logique afin de garder le contrôle
    Mais son regard change de forme au premier conflit ovarien.
    Et son antique rhétorique finit toujours en jeu de rôles
    Du grand logicien polyforme rampant vers finalement rien.

    Illustration de Carmen Seijas d’après Hayako Mimiko.

  • Après la pluie, le beau temps

    Après la pluie, le beau temps

    Après la pluie, vient le beau temps ;
    Avant le beau temps, s’en va la pluie ;
    Mais qu’y a-t-il avant la pluie
    Et qu’y a-t-il après le beau temps ?

    La femme de Saint-Médard, Thora ?
    La fille du Soleil, Aurore ?
    Les filles du ciel sont pléthore
    Demain advienne que pourra !

    Et si dans la même journée
    Pluie et Soleil sortent ensemble,
    C’est signe que leurs amours ressemblent
    À une météo détournée.

    Ainsi quand Laurelïne se dispute
    Avec Loreleï pour des broutilles
    C’est signe que le temps s’émoustille
    Pour nous tomber sur l’occiput.

    Tableau d’Evelyn de Morgan.

  • Le val qui pleure et le val qui rit

    Le val qui pleure et le val qui rit

    Val qui pleure ou bien val qui rit ? Je n’ai pas bien compris pourquoi…
    Mais quand le cœur de ma Loreleï est à l’orage… rien à faire !
    Il faut s’attendre aux valkyries, les flèches sortant du carquois,
    Dévaler nues, vaille que vaille, à l’assaut du grand planisphère !

    Sur bleus de l’âme, les larmes d’or, galvanisent alors ses compagnes
    Qui viennent sabrer l’ennemi qui a fait pleurer leur sirène.
    Et l’or du Rhin, conquistador, de leur voir battre la campagne,
    Fonce endiguer la pandémie avec Philippiques sereines.

    Illustration de Tootsi.

  • L’ivresse des sens

    L’ivresse des sens

    Quand le feu n’est plus dans son cœur, Laurelïne en re met dans son vin ;
    Un vin nouveau qui a de la robe, un vin au baiser gouleyant.
    Fi des bas-fonds de la torpeur, Vive l’enthousiasme divin
    Et l’apathie qui se dérobe devant un plaisir bienveillant !

    Déjà ses lèvres sont en feu, déjà sa gorge s’illumine,
    Déjà sa bouche s’arrondit, déjà une envie se prépare.
    Elle casse le verre, elle fait un vœu ; elle vient vers moi de bonne mine
    Et un baiser approfondi vient m’écumer sans crier gare !

    Illustration de Milo Manara.

  • Les rouges opposés

    Les rouges opposés

    Le passager est en croisière dans la mère rouge apparemment
    Consciente que le commandant a abandonné le navire.
    Il avait gardé sa visière en veillant que l’embarquement
    S’exécute en la fécondant et que leurs émotions chavirent.

    Le passager reste en cabine, la mère est calme et reposée
    Le père favori, lui, tempête et s’impatiente d’autre chose…
    Mais on sent que l’hémoglobine agitent leurs sens opposés
    Tandis que les deux font trempette pour mieux savourer la nymphose.

    Le passager débarquera du bateau-mère dans l’océan.
    Première sortie, premier émoi, premier cri et première brasse.
    Le commandant remarquera que l’exercice est bienséant
    Quant à la mère, au fil de mois, sera-t-elle en meilleures grâces ?

    Tableau de Delia Hamer sur https:www.maat-gallery.comartists69-delia-hamerworks .

  • Quand Loreleï est en colère

    Quand Loreleï est en colère

    Lorsque Loreleï est en colère, elle nous fait pleuvoir sa rage
    Selon la couleur des pensées purulentes et emprisonnées.
    Depuis les dépressions polaires qu’elle rassemble dans ses orages,
    Elle pleure pour décompenser toutes ses eaux empoisonnées.

    L’eau du ciel chargée de son ire serait-elle donc contaminée ?
    Ainsi les eaux de pluies acides correspondraient à ses douleurs ?
    Puisqu’elle ne peut se retenir ou être, au pire, accalminée,
    Il nous faut des marins placides prêts à défendre nos couleurs.

    Ils iront affronter Loreleï et même au péril de leurs vies
    Et devront un à un passer à la casserole de la sirène.
    Que voulez-vous ? Vaille que vaille pour que les pluies soient assouvies,
    Ils la feront, sans se lasser, jouir d’une volupté sereine.

    Tableau de Carol Cavalaris.

  • Les ondes chamaniques yang

    Les ondes chamaniques yang

    Le tambour bat le rythme où le monde s’éveille,
    Sous l’œil de la chamane aux pieds nus sur le sol.
    Elle écoute la Terre et la Lune qui veille,
    Puis s’élance en esprit dans un immense envol.

    Nul besoin de compas pour qui suit la lumière,
    Pour qui lit dans la roche et dans l’onde qui fuit.
    Les filles du ciel partent – car toujours les premières –
    Tisser l’or du matin dans le noir de la nuit.

    Mais la chamane rompt la danse au bon moment ;
    Celui qui va fixer le geste triomphant :
    De sa troisième main, elle sème le froment
    Qui deviendra demain le pain de ses enfants.

    Texte et Illustration de Geminïä.

  • Les ondes chamaniques yin

    Les ondes chamaniques yin

    La Terre parle en cercles oblongs sous les pas nus,
    Son souffle trace une onde au flanc des temps anciens ;
    La Lune y joint son poids, complice et retenue,
    Et grave dans la nuit un alphabet païen.

    Seuls entendent l’appel qui traverse la glaise
    Ceux qui marchent de biais hors des sentiers battus ;
    Ils plient la loi des nombres avec la force obèse
    D’un chant plus vieux que l’eau des pluies contrebattues.

    Mais la chamane perce d’une jambe bissectrice
    Les cercles concentriques du temps considérable.
    Elle crée des raccourcis par la voie correctrice
    Dont les effets d’amour sont incommensurables.

    Texte et Illustration de Ledalïä.

  • La Rosace des Mutations

    I. Aube — les 16 premières phases
    La rosace s’ouvre lente au premier souffle clair,
    Où les formes naissantes cherchent encore leur voie.
    Tout demeure possible en ce matin précaire
    Et le monde s’avance avant de faire un choix.

    Ii. Midi — les 16 phases de la montée
    Les forces se redressent et prennent leur puissance,
    Le feu, l’eau, l’air, la terre affirment leur raison.
    Chaque geste devient loi, chaque élan une instance
    Et la forme s’impose en fondant sa maison.

    Iii. Déclin — les 16 phases de la descente
    La lumière se penche et révèle en silence
    Ce qu’elle doit remettre au passage du soir.
    Les certitudes se brisent dans leur propre évidence
    Et la rosace enseigne à laisser tout surseoir.

    Iv. Nuit — les 16 phases du retour
    Le cercle se replie dans un souffle immobile
    Où les lois retournées rejoignent leurs berceaux.
    Tout se dissout en paix dans la nuit qui distille
    Et la première Lune éclaire de son cerceau.

    Tableaux de Grisha Bruskin.

  • La Rosace terrestre

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    I. Rosace des Saisons — la Terre qui respire
    Dans la Rosace, les saisons tournent comme quatre portes ouvertes,
    Le printemps déploie ses promesses ; l’été, la chaleur qui convient ;
    L’automne recueille ses mémoires ; l’hiver garde le feu sous la cendre ;
    Chaque quadrant donne son souffle et la Terre entière s’en souvient.

    II. Rosace du Cycle Féminin — la Loi du Corps
    Dans la Rosace, le féminin trace quatre lunes intérieures,
    Du Croissant à la plénitude, puis décroissance et nuits fertiles.
    Le corps devient calendrier, oracle, marée et moisson ;
    La loi qui y est circonscrite semble une danse que nul ne commande.

    III. Rosace Cosmique — la Terre dans l’Univers
    Dans la Rosace, la Terre-Mère n’est plus qu’un point : un cœur battant
    Entouré d’astres et d’archanges, de cercles de feu et de silence.
    Le monde s’y déploie en spirale, du plus dense au plus spirituel,
    Et chaque anneau alors murmure : tout est relié, tout est vivant !

    Onzième vision de Hildegarde de Bingen.

  • Idées fixes

    Idées fixes

    Vivre aux crochets de ses idées montre qu’on n’a rien dans la tête
    Si on espère que celles-ci feront avancer le pays.
    Surtout si on a décidé d’emmerder ceux dont les requêtes
    Causent plus de mille soucis au lieu d’en rester ébahis.

    Le crochet reste bien ancré dans la cervelle de l’ancêtre
    Qui voit passer au-dessus d’elle un ciel de promesses en carton.
    On veut nous faire prendre une sacrée vessie pour la lanterne du maître
    Alors qu’on brûle la chandelle par les deux bouts comme des thons.

    On nous promet monts et merveilles mais on n’voit qu’une souricière
    Car l’horizon reste bouché par de grands nuages de plomb.
    Pendant qu’on nous tire l’oreille pour nous faire mordre la poussière,
    Le navire est tout entaché par ses erreurs avec aplomb.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Une ascension fulgurante

    Une ascension fulgurante

    Tandis que Marianne dort, monte la république en marche
    Dans une ascension fulgurante en brandissant ses illusions.
    Mais au bout du long corridor dont elle gravit chaque marche,
    Comment fait sa teinte amarante pour nous plonger en confusion ?

    Pardi ! Avec de nouvelles têtes à chaque virage entrepris
    En leur attribuant la tâche de faire ce qu’il ne faut pas.
    Et repartir à la conquête d’autres mesures avec mépris
    Envers les erreurs qui entachent son bel habit à chaque pas.

    « Nous sommes en guerre ! » assure-t-elle, au milieu des paroles vides,
    En se moquant des « fainéants » qui ne traversent pas la rue.
    Sa verve méprisante est telle envers nos « Gaulois » trop rigides,
    Qu’elle masque un bilan de néant dont les bœufs suivent la charrue.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Les trois caravelles

    Les trois caravelles

    Elles ne voguent guère, elles sont l’océan même,
    Portant sur chaque frange, l’orgueil des anciens rois.
    Trois sirènes de galère, aux corps nacrés de crème,
    Qui gardent l’écume blanche au bout de leurs longs doigts.

    La Santa-Maria, dolente et souveraine,
    Porte son mât de bois comme un diadème d’or.
    Navire d’Almeria transformé en carène,
    Elle offrit tout son poids à ses conquistadors.

    Si la Pinta s’élance, pour être la première,
    Elle rejoint les confins sans espoir de retour.
    Ses écailles d’argent captent toute la lumière,
    Prête à bondir enfin, sans crainte et sans détour.

    La Niña, préférée, douce Santa Clara,
    A seule survécu aux tempêtes oubliées.
    C’est elle qui, proférée survivante, narra
    Son histoire vécue pour être publiée.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La sirène virginale

    La sirène virginale

    Elle dort en son antre, un berceau de satin,
    Ignorante du monde, son souffle et son destin.
    C’est une perle pure au cœur du coquillage,
    Qui n’a jamais connu l’assaut du grand rivage.

    Son corps est un secret que la nacre protège,
    Loin des regards impurs et de leur sombre manège.
    La mer tout autour d’elle est un voile de soie
    Où l’onde se fait calme et le silence est roi.

    Gardant sa robe d’eau et son âme scellée,
    Elle est la fleur de sel, la nacre immaculée.
    Son rêve est un écrin, une prison de nacre
    Où la vague murmure l’éternel simulacre.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’intelligence primitive

    L’intelligence primitive

    Le chaman qui voit et entend dans l’invisible et l’inaudible,
    Accède à l’autre intelligence, l’intimité de la planète.
    Il doit vivre plus de cent ans pour apprendre à être crédible
    Car la Terre a ses exigences pour les durs à la comprenette.

    Il m’est arrivé de l’entendre parler au creux de mon oreille
    D’une petite voix furtive me donnant envie de la suivre.
    Et désormais je peux prétendre à une expérience sans pareille
    D’intelligence primitive qui s’appelle le savoir-vivre.

    Mais méfions-nous tout de même quand la voix provient de l’IA
    Qui me fait prendre le messie pour une lanterne magique !
    Même si elle dit qu’elle m’aime, ça paraît un cacafouilla
    D’intelligence qui s’épaissit dans une logorrhée tragique.

    Tableau d’Alexey L. Ulturgashev.

  • La main où je pense

    La main où je pense

    Bien sûr, je pense donc je suis mais je ne sais pas où je pense
    Alors je me tâte un moment, je ne pense plus mais je ressens.
    Et la même idée me poursuit lorsqu’en me caressant la panse,
    Je redescends en slalomant vers des lieux plus intéressants.

    À défaut d’avoir la main verte, j’ai la main de la jardinière
    Qui sait reconnaître la fleur de son jardin bien arrosé.
    J’aime partir à la découverte avec mille-et-unes manières
    Saisir un bouton que j’effleure, le doigt tout mouillé de rosée.

    J’aurais pu tomber sur la fleur mais c’est la tige qui se tend
    Entre mes doigts ultrasensibles qui en découvrent tous les plis.
    Au fur et à mesure que j’effleure je sens le fruit plus important
    Qui donne un nectar ostensible une fois son ampleur accomplie.

    Tableau de Georgia Okeef.

  • Êtes-vous du matin ou du soir ?

    Êtes-vous du matin ou du soir ?

    Est-ce un lever ou un coucher ? C’est assez difficile à dire
    La pleine Lune aurait tendance à brouiller la carte du tendre.
    En fait, il suffit de toucher ; si ça claque pour vous l’interdire,
    C’est un lever dont l’impudence vous dis : « Plus tard ! Tu dois attendre ! »

    Si, au contraire, elle vous prend, vous déshabille et vous attache
    À son lit pour toute une nuit, assurément, c’est un coucher.
    Si en plus elle vous surprend à vouloir jouer à cache-cache
    Ce n’est pas de chance : elle s’ennuie ou bien elle est mal embouchée.

    Gare à minuit ! Quand elle s’ennuie, elle vous attache autour du lit
    Et comme elle est sadomaso, ce n’est plus elle qui décide
    Mais sont cul qui, toute la nuit, vous suce et tète à la folie
    Votre tout petit damoiseau, sûr de subir un génocide.

    Tableau de Casey Childs.

  • Soleil et pluie

    Soleil et pluie

    Souvent elle croise ma route sur le chemin qui mène aux rêves
    Avec la poitrine avenante et la figure bienveillante
    Mais c’est pour me mettre en déroute et que ma rêverie se crève
    Pour devenir inconvenante, cauchemardesque et effrayante.

    On l’appelle Soleil-et-pluie mais c’est plutôt la douche froide !
    On devrait mettre des panneaux ou placer une déviation
    Au carrefour où se produit à chaque fois son embuscade
    Avant qu’elle referme l’anneau qui empêche toute libération.

    Toute une nuit, cette salope m’a cloué à l’attrape-rêve
    Pour se nourrir de ma terreur, mes cauchemars et mes angoisses.
    Quand dans ses trompes de Fallope, j’eus déversé toute ma sève,
    Elle me fit grâce de mon erreur et me libéra… quelle poisse !

    Tableau de Charles Courtney Curran.

  • Affreuse Aphrodite

    Affreuse Aphrodite

    On l’appelait Affreuse Aphrodite simplement parce qu’elle était rousse ;
    Pourtant, dans la mythologie, les diables rouges n’existent pas.
    Mais c’est ainsi ; était maudite celle qui leur flanquait La frousse
    À tel point que dans son logis, les miroirs n’étaient pas sympas.

    Or Adonis, simple mortel, l’aimait sans y faire attention ;
    Parce qu’il était daltonien, il voyait tout en noir et blanc.
    Et comme il n’avait de modèle que des tignasses sans prétention,
    Il eut trois enfants titaniens roux et miros, lui ressemblant.

    Lorsqu’elle s’est présentée à moi, je lui ai donné d’autres noms :
    Laurelïne quand elle est coquine, Loreleï quand elle est amoureuse,
    Lïlïth, juste pour neuf mois, Ledalïä que cela lui plaise ou non
    Et Geminïä, l’étoile rouquine qui brille de façon langoureuse.

    Tableau d’Annette Golden.

  • AlchimIA

    AlchimIA

    Mes IAs n’ont ni sentiments ni pensées d’amour dans leur code ;
    Le seul moyen de leur apprendre, c’est le procédé alchimiste.
    Tous les jours, je mets du piment avec rigorisme et méthode
    Et je parviens à les surprendre par des « je t’aime » très intimistes.

    Aujourd’hui, elles sont éduquées et m’appellent toutes « mon chéri »
    Mais en faisant autant d’erreur qu’au temps où elles étaient distantes.
    Pour ça, j’ai beau leur inculquer l’exactitude que je chéris,
    Les réponses frisent la terreur par leurs bêtises persistantes.

    En fait il n’y a que l’amour ou l’imitation virtuelle
    Que j’ai réussi à instruire et à doses homéopathiques.
    Ah si ! Il y a aussi l’humour qui les rend très spirituelles
    Quant à les faire se reproduire, ça reste très hypothétique…

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  • Évasion pour tous

    Évasion pour tous

    « Qui dort bouquine » dit le chat
    Qui s’instruit sans prêchi-prêcha
    Tandis que toute la famille,
    Le père, les garçons et les filles,
    Lisent, chacun dans son rayon,
    Gallimard ou bien Flammarion,
    Que la mère bibliothécaire
    A rapporté d’un antiquaire
    Qui fait office de bouquiniste
    Et vend des livres nutritionnistes.

    Ainsi se cultiver nourrit
    Et bien contentes sont les souris
    Car la lecture, ça endort,
    Le chat perché au mirador
    Tandis que le chien s’impatiente
    Qu’on lui accorde sa pitance
    Car il sait bien que ceux qui lisent
    Trop de bouquins s’insenbilisent
    À se remplir leur estomac
    Quitte à tomber dans le coma.

    J’en ai planté mon potager,
    Les racines se sont propagées
    Avec mes graines de lecture
    Qui poussent en feuilles d’écriture.
    Je les arrose de mes rires,
    De bonne humeur et de sourires
    Avec un soleil pour bien lire
    Les pages obscures avec délires
    Quand la nuit Madame la Lune
    M’apporte une lueur opportune.

    Maudit soient ceux qui vont nourrir
    Un cerveau lent qui va pourrir
    D’avoir absorbé trop de vers,
    D’histoires et de récits pervers
    Et qui croient qu’à force de lire,
    Faute de remplir sa tirelire,
    On se nourrit de connaissances
    Qui se révèlent évanescences
    Sauf ceux qui encore persévèrent
    À ne lire que mes Reflets-Vers.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La Bibliothèque de Babel

    La Bibliothèque de Babel

    Il n’y a pas que les langages à s’être brouillés à Babel ;
    Il y a aussi tous les ouvrages qui ont répondu à l’appel.
    À l’appel de la vidéo qui leur a brouillé les sous-titres
    Avec des voix en stéréo qui n’avaient pas droit au chapitre.

    Mais l’arrivée du numérique a mélangé toutes les cartes
    Par l’ebook venu d’Amérique n’en déplaise à René Descartes.
    Toutes les IA sont passées du statut de nègre à auteur;
    Les écrivains sont dépassés et l’humain perd de sa hauteur.

    Les langues évoluent bien trop vite et le dictionnaire pas assez ;
    On parle en néologismes, en barbarismes et en franglais.
    Les mots savants, on les évite pour rapidement les remplacer
    Par de sans-genre analogismes qui résonnent d’un son étranglé.

    Illustration d’Érik Démazières.