Catégorie : 2026

  • La tente à culte rouge

    La tente à culte rouge

    Le clou du culte rouge dans la tente éponyme
    Rapproche de l’ivresse et cause de la sueur.
    Pourtant il faut qu’on bouge, qu’on danse et qu’on s’anime
    Avec cris d’allégresse sous la pâle lueur…

    …d’une éclipse de Lune qui n’obscurcit la Terre,
    N’occulte le Soleil mais endort les oiseaux ;
    Une transe opportune imbibée de mystère
    Qu’un petit vent balaye et courbe les roseaux !

    Quatre bénéficiaires des secrets des ténèbres,
    Quatre jeunes ingénues toutes encore novices,
    Quatre jeunes sorcières se retrouvent et célèbrent
    Les quatre flammes nues des vestales en service.

    Tableau de Lia Zenkel.

  • Mains et oreilles coupées

    Mains et oreilles coupées

    S’il faut se faire entendre, il faudra plus d’oreilles
    S’il faut se faire voir, il faudra d’autres yeux
    S’il faut se faire étreindre, il faudra plus de mains
    S’il faut se faire aimer, il faudra plus de sexes.

    Sur la carte du tendre, l’illusion sans pareille
    Est de ne pas décevoir le voyage merveilleux
    Afin de ne point éteindre la flamme qui demain
    Brûlera d’essaimer nos délices complexes.

    Ne pouvant plus attendre, dès demain j’appareille
    Pour suivre les couloirs les plus cérémonieux
    Pour, au plus vite, atteindre l’éternel féminin
    Et, s’il faut, s’enfermer dans ses ivresses annexes.

    Tableau de Michelle Avertey Konczyk.

  • Marseille sans « O »

    Marseille sans « O »

    Marseille sans l’« O » reste elle-même ;
    Marseille sans eau, toujours pareille,
    Avec Notre-Dame qui m’aime
    Et qui souffle au creux de l’oreille :

    « Un jour le Mistral soufflera !
    Un jour il te ramènera !
    Toutes tes montagnes, oublieras
    Et ta fille, y retrouveras ! »

    Ainsi chantent du Lacydon
    Toutes les sirènes du port
    En espérant que Cupidon
    Perce d’une flèche mon passeport.

    (Le Vieux-Port a été partiellement vidé le 1er avril (!) Une opération exceptionnelle de nettoyage des fonds avec retrait des déchets accumulés depuis plusieurs années.
    Photo de Gaby Barathieu sur https:www.facebook.comgabriel.barathieu .)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’Enfer de Dante sous le Mont Saint-Michel

    L'Enfer de Dante sous le Mont Saint-Michel

    Voici l’île paradisiaque où ma muse nous a naufragés ;
    Je me croyais fier capitaine, je ne suis plus que son otage
    Car cette île si aphrodisiaque cache des sous-sols ouvragés
    Là où l’amour terrible enchaîne ses captifs à tous les étages.

    Ma geôlière, en folle amoureuse, m’a oint d’huile sur tout le corps
    Et m’a prodigué des caresses telles que j’en fus évanoui.
    Si chaque journée langoureuse m’a affûté l’âme et le cœur,
    Cette prison enchanteresse est mon enfer épanoui.

    Je n’en suis jamais ressorti mais ma muse m’a aménagé
    Une retraite bien paisible dans les abysses de ses charmes.
    J’ai l’amour en contrepartie dont ce poème est messager :
    « Je suis devenu invisible ; inutile de sonner l’alarme ! »

    Tableau de Pierre Ionica ; le tableau illustre les neuf cercles de l’Enfer décrits dans la Divine Comédie de Dante Alighieri. Les Cercles sont la structure qui montre une descente en profondeur, chaque niveau représentant différents péchés et punitions, se terminant par Lucifer au centre.

  • Le bouche à oreille

    Le bouche à oreille

    Lorsque ma muse me murmure un rêve facile à accomplir,
    Je sais qu’elle me glisse à l’oreille l’entrée de sa carte du Tendre.
    Aussitôt pris dans la ramure des limbes en train de m’assoupir,
    Mon vaisseau des songes appareille pour l’onirisme sans attendre.

    Alors un souffle de lumière effleure le rivage d’une île ;
    Ce n’est que l’écho de ma muse qui, dans la conque de mon cœur,
    Rappelle les mémoires premières de mes rêveries juvéniles
    Où elle voulait que je m’amuse de sa folie, d’un air moqueur.

    Après s’être jouée de moi une éternité avec elle,
    Elle me glissait chaque soir un nouveau rêve à découvrir.
    Évidemment au fil des mois j’en ai gardé quelques séquelles
    Notamment ne pouvoir surseoir à elle sans devoir en souffrir.

    Ma muse m’a emprisonné dans les cordages de son cœur ;
    Des liens impossibles à couper sans que je hurle de douleur.
    Nos rêves, toujours passionnés, la rendent de plus en plus vainqueur
    Et je ne suis que sa poupée, un poète aux mille couleurs.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Carreaux sur le body !

    Carreaux sur le body !

    J’m’promenais sur l’avenue avec au bras ma femme nue
    Lorsqu’un photographe inconnu nous prit une photo saugrenue
    Qu’il nous tendit sans retenue mais dont la portée obtenue
    Opposa sa déconvenue sur les charmes de mon ingénue.

    Avec « Carreaux sur le body ! » écrit en rouge avec rudeur
    Comme si dès lors la pellicule avait été impressionnée
    Par une sorte de parodie d’un attentat à la pudeur
    Qui tournerait en ridicule l’argentique sexconditionnée.

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  • Canicule

    Canicule

    La canicule me laboure et mon cœur redevient cheval
    Pour lutter contre le sillon de la chaleur qui me pénètre.
    Mes pensées fondues, à la bourre, dérivent d’amont en aval
    Dans le flot d’une transpiration évaporée à la fenêtre.

    Le soleil pousse sa charrue jusqu’au plus profond des moissons ;
    Les blés s’inclinent en silence en buvant l’or qui les consume.
    Du vent chaud qui a disparu après avoir cuit les buissons,
    Il ne reste qu’une vigilance pour une fraîcheur qui s’assume.

    « Mon royaume pour un cheval ! » a dit Richard III, empathique ;
    Je le lui laisse et en échange, je prends une mort subite bien fraîche !
    Et puis je prends le car naval pour redescendre en antarctique,
    Là où la canicule dérange nettement moins mon corps revêche.

    Tableau de Nicolas Tarkhoff.

  • L’univers vu par mon chat

    L’univers vu par mon chat

    Hormis le lait dans l’écuelle et les croquettes dans la gamelle,
    Il y a tout le territoire qui m’appartient et de plein droit !
    Ma promenade habituelle, la drague auprès des belles femelles,
    La chasse et, en cas de victoire, cet oiseau plutôt maladroit !

    Les humains parlent d’astronomie, de galaxies et de trous noirs ;
    Moi, je me demande simplement si la Lune n’est pas un fromage.
    Pour moi, tout est gastronomie et exploration de l’armoire
    Où l’on stocke les aliments auxquels j’aime bien rendre hommage.

    Mon chat retombe sur ses pattes et moi sur mes douze ou seize pieds.
    Nous sommes donc un peu pareils concernant nos rapports aux hommes.
    Lui, naturellement psychopathe, ne pense qu’à chasser le gibier
    Et moi si l’on me tire l’oreille, je pars écrire mes factums.

    Tableau de James R. Eads.

  • Azurianne fleur-bleue

    Quand Azurianne sort de l’eau dans son costume de sirène,
    Elle n’a qu’une fleur comme vêtement et la censure pousse un grand cri ;
    Elle trouve que tout va à vau-l’eau et pour qu’la morale soit sereine,
    Elle lui apporte prestement un T-shirt comme il est prescrit.

    « Mais pourquoi donc me déguiser ? » demande la nudiste pulpeuse ;
    « Mes poissons-chats n’ont pas pesté et les siluriformes, pareil ! »
    La censure reste tétanisée devant cette logique nébuleuse
    Et cherche en vain pourquoi rester ainsi dans le plus simple appareil.

    Alors qu’elle pouffe de rire et carrément qu’elle se bidonne,
    Azurianne prend le chandail sans comprendre ce qui se passe.
    Mais elle ne cesse de sourire malgré tout le mal qu’on se donne
    Et enlève tout cet attirail et… que voulez-vous qu’on y fasse ?

    On la prie de se rhabiller, elle se déshabille aussitôt ;
    On la menace et on la gronde… enfin y consent l’ingénue.
    Tout le monde cesse de babiller sur ses organes génitaux
    Lorsqu’en s’élançant à la ronde, on s’aperçoit qu’elle est cul nu !

    Tableaux de Marcin Jaszczak sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202403marcin-jaszczak.html .

  • La Terre et ses humeurs

    La Terre exprime ses humeurs depuis l’aube de la nuit des temps
    Bien avant l’homme ou l’animal, végétal ou bien minéral.
    Du ciel, on entend les rumeurs affirmer – à ce que l’on prétend –
    Que ce ne serait qu’un demi-mal, juste un passage sidéral.

    Ses colères font des montagnes, ses soupirs déplacent les mers ;
    Ses rêves couvrent les campagnes d’immenses draperies de brume.
    Mais lorsque ses chagrins nous gagnent, nous les croyons souvent amers
    Pourtant, bien qu’ils nous accompagnent, ce ne sont que des traits de plume.

    Elle enfante parfois l’orage, quelquefois un ciel lumineux ;
    Les volcans servent de langage aux profondeurs de son royaume.
    Nous n’apercevons là qu’un passage dans son sommeil sublimineux
    Comme un virus qui met en gage l’insoutenable destin de l’homme.

    Pourtant mon cœur est fait d’étoiles, celles-là même de la genèse
    Dont les atomes ont vibré quand Dieu a prononcé « Fiat lux ! »
    Alors la Terre ne me dévoile qu’un peu du feu de la fournaise
    Qui règne au centre pour livrer l’amour de Castor et Pollux.

    Tableaux de Bertha Lum.

  • Le progrès

    Le progrès

    Hier, le progrès sentait si bon ; l’an deux mille était prometteur
    Avec ses voitures volantes, avec la téléportation !
    Je me voyais grand vagabond de l’espace, illuminateur
    De rêveries affriolantes d’un avenir en formation.

    Aujourd’hui tout paraît rouillé ; l’an deux mille est passé si vite
    Avec des guerres inattendues d’anciens conflits trop résistants.
    Moi-même, ai-je pris des dérouillées malgré les dangers que j’évite
    Et je vis sur un fil tendu qui peut se rompre à tout instant.

    Mon eau a rencontré l’éther d’un avenir inconsistant,
    Mon air s’est dilué dans le temps d’un ascenseur vers la folie,
    Mon feu est resté solitaire mais son espoir est persistant,
    Ma terre s’effrite depuis longtemps vers une étrange mélancolie.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’amour cosmique

    Quand la Terre devient le cerveau et donc la Lune, la cervelle,
    Mettons le Soleil dans le sexe et Dieu au milieu de ses seins.
    Et voici donc le renouveau avec l’amour qui renouvelle
    La création vers plus complexe qui s’adresserait à ses saints.

    Quand deux (ou trois) corps enlacés deviennent des constellations,
    Leurs veines se créent des chemins où vont circuler les étoiles.
    L’univers n’est jamais lassé du coït de leurs pulsations
    Et la nuit promet pour demain les séquelles d’un temps qui se voile.

    Hélas l’amour doit se cacher tandis que la guerre est montrée
    Dans les journaux, à la télé et dans tous les réseaux sociaux.
    Et tous ceux qui restent attachés à l’amour ont vu démontrer
    Que la censure vient marteler plus durement ces asociaux.

    Tableaux d’Alex Grey.

  • L’alphabet de Loreleï

    L’alphabet de Loreleï

    Loreleï possède un alphabet très érotique apparemment
    Qui demande des dispositions et une oreille de sirène.
    Aucune lettre n’est au rabais ; elles sont toutes un parement
    Pour dessiner des positions que seul un roi donne à sa reine.

    Elle m’a dit « A comme Aventure qui met notre amour en peinture ! »
    Elle m’a dit « B comme un Baiser qui ne peut jamais s’apaiser ! »
    Elle m’a dit « C —comme un Courant qui te fait revenir en courant ! »
    Elle m’a dit « D comme Dérive lorsque la jouissance arrive ! »

    Elle m’a dit « E comme l’Écume ; ton marteau frappe mon enclume ! »
    Elle m’a dit « F comme la Fièvre que je te transmets par mes lèvres ! »
    Elle m’a dit « G comme le Gong ; ton cœur bat d’un état second ! »
    Elle m’a dit « H comme la Hache dont je me fâche si tu me lâches ! »

    Ainsi de suite jusqu’à « Z, la dernière lettre qu’elle possède
    Et puis, à force d’arguments, je m’abandonne à mes tourments
    Qu’elle recueille entre ses mains, qu’elle remet au lendemain
    Car elle est procrastinatrice d’une folie dominatrice.

    Illustrations de Malika Favre.

  • Les idées de Loreleï

    Parfois Loreleï a des idées… vraiment de drôles d’idées, ma foi !
    Elles se transforment en tentacules qui semblent chercher l’inspiration.
    Jusqu’à ce qu’elle ait décidé de les projeter à la fois
    Dans cet air du large où bascule la suite de ma narration…

    Je me retrouve alors captif d’une étrange prolifération ;
    Chaque bras voudrait m’emmener vers un dénouement différent.
    L’un me conduit vers un récif, l’autre vers une constellation,
    Et tous prétendent me ramener après ce rêve proliférant.

    Parfois je lui dis : « Mon amour, pourrais-tu faire enfin un choix ? »
    Mais elle sourit, mine anodine mais sardonique toutefois
    Car ses tentacules glamours m’enserrent alors comme un anchois
    Dans une boîte de sardines et je meurs encore une fois…

    Mais je me réveille à nouveau, sa langue plongée dans la mienne
    Par son baiser incitateur, si doux, comme à l’accoutumée.
    Je vois passer dans mon cerveau ces fameuses idées hawaïennes
    Et son désir solliciteur pour un voyage présumé.

    Illustrations de Siyu Chen et boxyheadbry sur https:boxyheadbry.tumblr.compost36081891861in-the-near-dystopian-future-proper-ladies-will .

  • L’amour à quatre

    L’amour à quatre

    L’amour à quatre est difficile déjà pour concevoir le lit.
    Quant à s’embrasser en public, c’est une autre paire de manches !
    Si les bancs publics sont faciles à occuper à la folie,
    Il y a trouble à l’ordre public et ce, du lundi au dimanche.

    À la maison point de fauteuils mais des canapés confortables
    Et qui puissent se combiner selon le baiser désiré.
    Quant à la baise, on se recueille non pas dans une chambre adaptable
    Mais dans le salon confiné pour des câlins bien inspirés.

    Or il faut un quadruple lit mais électrique, ça va de soi,
    Pour permettre les positions acrobatiques sur la couche.
    Hélas gare aux torticolis si l’on n’a pas planté son doigt
    Au cul pour faire opposition à la décharge dans la bouche.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Partir à la découverte

    Quand Laëtïtïa et Yavänor aimaient jouer à l’aventure,
    Ils imaginaient leur bateau passer au large du Cap Vert,
    Puis remonter vers le grand nord en consolidant la mâture,
    Voiles gonflées par les zéphyrs et malgré les vents de travers.

    Ils ont grandi et leur navire leur apparaît bien minuscule ;
    Difficile de s’imaginer faire de grandes découvertes.
    Laëtïtïa dont le cœur chavire, propose sous la canicule
    D’aller plutôt se câliner dans un coin de l’île déserte.

    « Moi, je serais ta prisonnière et toi, un célèbre pirate
    Qui m’aurait prise avec émoi lors d’un corps à corps triomphant !
    Montre-moi donc ta garçonnière et ta chambrette scélérate
    Où tu comptes faire de moi la mère de tous tes enfants ! »

    « Attends un peu, dévergondée ! » Dit Yavänor en rougissant ;
    « Ton pirate n’a pas d’épée… son sabre est encore un peu court !
    Et on va tous se faire gronder si jamais Mamie, surgissant
    Entre les fourrés bien épais, nous voit nous faire de grands mamours ! »

    Tableaux d’Averyanov sur https:tanjand.livejournal.com3155807.html .

  • La lutte des QI contre QE

    La lutte des QI contre QE

    Quant au Quotient Intellectuel contre la Quête d’Érotisme,
    Il est difficile de savoir lequel des deux va l’emporter.
    Le débat est conflictuel dès qu’on aborde le complotisme
    Car il y a lutte de pouvoir entre les potins rapportés.

    Tandis que l’esprit sculpte le roc en recherchant la pure idée,
    La chair, refusant d’être ailleurs, en dessous réclame son vœu.
    La raison austère s’entrechoque sur la libido débridée,
    Et l’homme demeure un tailleur pris entre deux cruels enjeux.

    Illustration de Yuriy Kosobukin.

  • D’eau et de feu

    L’eau
    Je suis cette mer lente où ton âme s’abandonne,
    Le fil d’eau qui t’enlace et dissout tes tourments.
    Dans mes doigts de silence, où ton vertige résonne,
    Je t’apprends à mourir… pour renaître autrement.

    Je suis l’onde profonde aux caresses insoumises,
    La nuit bleue où ton souffle apprend à s’égarer.
    Et quand, dans mes abîmes, tous tes désirs se brisent,
    C’est mon ventre d’écume qui vient te réparer.

    Le feu
    Je suis l’incendie vif qui dévore et couronne,
    La flamme où ton regard ose enfin s’affirmer.
    Dans mes bras consumés où ton vertige rayonne,
    Je t’apprends à brûler… sans jamais t’abîmer.

    Je suis le feu vivant aux promesses ardentes,
    Le cri rouge et sacré qui t’arrache aux ténèbres.
    Et lorsque ton amour devient braise brûlante,
    C’est mon cœur de soleil qui t’aime et te célèbre.

    Tableaux de Gina Kiel et de Nina Fides.

  • Psychose

    Psychose

    Je suis cet être assis au seuil de ma mémoire,
    Les mains sur le visage à retenir mes voix
    Car mille regards veillent au cœur de mon histoire
    Et chacun me murmure un autre reflet de moi.

    Mes ailes sont des nuits constellées de visages,
    Des témoins suspendus aux replis de mon être ;
    Ils flottent comme autant d’antiques paysages
    Que mon âme traverse sans pouvoir les connaître.

    Mais dans ce bleu profond où mon esprit s’enferme,
    Une lumière naît, fine et presque irréelle ;
    Et si je me perds, là, dans ce gouffre qui me cerne,
    C’est peut-être pour voir… plus loin que mes prunelles.

    Tableau d’Elena Markova sur https:markova.org .

  • Sur les ailes de ma foi

    Aide-toi et Dieu t’aidera ou aime-toi et Dieu t’aimera !
    Il faut y croire pour le voir et il faut le voir pour y croire !
    Dieu créa l’homme à son image ; l’homme créa Dieu à son mirage.
    La foi qui mène au fanatisme n’est pas bonne pour le pragmatisme.

    Si vraiment tous les gars du monde voulaient bien se donner la main
    Et si toutes les femmes du monde marchaient toutes du même pied,
    La Terre serait moins féconde en différences au genre humain
    Et mes pensées moins vagabondes à retranscrire sur le papier.

    Sculpture de Choi Xooang.

  • Dans le secret de la licorne

    Dans le secret de la licorne

    Au fond des forêts hermétiques, dans l’obscurité des sous-bois,
    La licorne reflète la Lune par quelque interstice volé
    À la canopée helvétique des vallons où l’astre flamboie
    Lors des grandes phases opportunes où le silence reste inviolé.

    On n’entend juste qu’un clapotis des eaux par petites gorgées
    Bues par les animaux nocturnes pour qui la trêve est assurée.
    Et parfois le doux sifflotis d’un coucou sans doute horloger
    Troublant le calme taciturne qui n’en finit pas de durer.

    Mais qui donc lui a répondu, plagiant le cri de la chouette ?
    Un trouble-fête, un prédateur ou bien un chasseur nyctalope ?
    Partie. La licorne a fondu tandis que s’avance un poète
    Au regard appréciateur sur toute la faune interlope.

    Tableau de Susan Seddon Boulet.

  • Les arbres de vie

    Le Soleil habille la nature aux couleurs d’un matin d’été,
    Il nourrit la faune de feu et fait transpirer l’eau du ciel
    Par tous ses rayons de peinture sur les paysages hébétés
    Pourtant c’est là tout ce que veut la Terre comme besoin essentiel.

    Il déshabille la nature d’un strip-tease entre chien et loup
    Et puis revêt ses habits noirs en mettant la Lune en veilleuse.
    Enfin ! Soupirent les créatures nocturnes et les démons jaloux
    Qui peuvent, sans se faire voir, passer une nuit merveilleuse !

    Tableaux de Victoria Gilpin.

  • Ce soir la Lune rousse

    Ce soir la Lune rousse

    Ce soir la Lune est rousse et me montre un chemin
    Qui pour la première fois change mes bleus de l’âme
    Vers un nouveau départ, un nouvel examen
    Où je vais affronter un baptême de flammes.

    De flammes orangées qui m’ouvriront la porte
    Si je laisse brûler mes peines et mes remords.
    Si je veux les garder, que les démons m’emportent
    Et que mon corps retombe comme un poète mort.

    Mais si je lâche prise à ces démons sucrés,
    Si je laisse consumer tout ce qui me retient,
    Alors je quitte libre cette terre consacrée
    À éveiller en moi ce à quoi j’appartiens.

    Tableau de Kevin Kia.

  • Magritte contre Scott

    Magritte contre Scott

    J’aimais bien ce cheval si sage qui passait entre les troncs d’arbres
    Que Magritte avait découpé avec un cavalier bégueule.
    Iris Scott l’a peint à la page en le faisant passer au marbre
    D’un impressionnisme loupé mais qui pourtant a de la gueule !

    J’hésite entre les deux écoles sans vouloir paraître l’arbitre ;
    L’un faisait réfléchir les yeux, l’autre les occupe longtemps.
    Si Magritte aimait les symboles, Scott les noie d’un un bon demi-litre
    Dont le mélange délicieux se perfectionne avec le temps.


    Je le fais galoper en vers et hennir en rimes croisées ;
    C’est la poésie qui fait rire avec des mots couleur turquoise.
    Et si demain mon cheval vert vous fait tendrement pavoiser,
    Il sera l’objet du délire d’une œuvre d’art des plus narquoises.

    Tableau de Iris Scott.

  • Dérèglement climatique

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    Une hirondelle ne fait pas le printemps mais cinq, six, sept, huit, c’est l’été ;
    Dix, onze douze, c’est déjà l’automne et, treize ans de malheur, l’hiver.
    Mais aujourd’hui c’est à plein temps qu’elles partent en vacances répétées
    À cause des vols monotones dans les couloirs de l’univers.

    Certaines vont jusqu’à Saturne bâtir un nid d’astéroïdes ;
    D’autres préfèrent Jupiter où les vers rimaient autrefois.
    Les plus jeunes suivent Neptune et ses touristes humanoïdes
    Tandis que les anciennes se terrent où elles le peuvent toutefois.

    Ainsi le printemps se promène, déguisé parfois en automne ;
    L’été prend des congés payés et l’hiver part bronzer au Sud.
    Quand une hirondelle se ramène, personne alors ne s’en étonne
    Car dans l’univers prépayé, tous les crédits sont à l’étude.

    Tableaux de Rachel Wright autour du tableau d’Andreas C. Chrysafis.

  • Les oiseaux du cœur

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    L’amour produit des papillons qui viennent émigrer dans le ventre
    Et puis se voient pousser des plumes comme des oiseaux de paradis.
    Les médecins sont tatillons, ils cherchent, étudient, se concentrent
    Et, d’un coup de marteau sur l’enclume, décident que c’est une maladie.

    Les oiseaux du cœur migrateur ne connaissent aucune frontière ;
    Ils traversent mers et montagnes et cela sans passeport ni visa.
    Et le malade adulateur devient un cas à part entière
    Jusqu’à ce qu’un matin, sa compagne se développe un coryza.

    Aussitôt ils convoquent experts, savants, psychologues et notaires
    Pour ne pas se contreficher si l’oiseau relève du délire.
    Pendant qu’ils pondent avec leurs pairs leur rapport très réglementaires,
    L’oiseau s’envole et va nicher dans un nouveau cœur à élire.

    Tableaux d’Iris Scott.

  • L’Arche des migrants

    L’Arche des migrants

    « Deux par deux c’est assez ! » a précisé Noé
    Mais il n’a pas prévu les multiplications.
    Pareil pour les migrants à bord des canoës
    Qui jamais m’ont souhaité autant de soustractions.

    Avec la transhumance, on compte les moutons
    Et après on s’endort pour un sommeil divin.
    Avec l’immigration, souvent nous redoutons
    De partager le pain mais garder notre vin.

    Quand passent les oies sauvages, on admire leurs vols ;
    On leur souhaite bon voyage, un hiver au soleil.
    Avec les étrangers, les rapines et les vols
    Font la une des journaux et c’est partout pareil.

    Illustration de Jean-Jacques Loup.

  • Le cycle monstruel

    Le cycle monstruel

    La femme serait-elle un monstre qui fait peur à l’humanité
    Qui l’oblige à dissimuler l’origine de l’être humain ?
    Les religions nous le démontrent en mettant la féminité
    Au ban de l’être stipulé comme parfait : l’homme, haut la main !

    Les dogmes ont construit trop souvent des murs autour de ses mystères,
    Déclarant impur tout ce sang dont pourtant chacun est issu.
    Ils ont voilé son corps vivant, ses désirs et son caractère,
    Comme si l’ordre était absent dès qu’une femme était conçue.


    Pourtant la femme est l’avenir autant que l’origine de l’homme ;
    Pourtant l’ourobouros humain continue à être voilé.
    Laissons la femme devenir ce qu’elle est simplement en somme :
    Soit notre authentique chemin vers une destinée étoilée.

    Tableau de Lucy Campbell.

  • L’étreinte d’Octopussy

    L’étreinte d’Octopussy

    Loin d’être une dévoreuse d’hommes, Octopussy vit de l’amour
    Qu’elle suce par les ventouses qui créent des rapports amoureux.
    Hélas, pour le pauvre bonhomme qui la trouve assez peu glamour,
    Et pour sa fuite que jalouse les tentacules langoureux.

    Elle enlace ses proies en automne, par ses baisers de peau rugueuse
    Sur chaque membre qu’elle ligote dans une étreinte impétueuse.
    Le pauvre amant qui s’abandonne à cette danse voluptueuse,
    Fait qu’en son cœur le désir flotte sous toutes ces caresses onctueuses.

    L’étreinte rouge se resserre, étranglant lentement sa victime,
    Dans une danse de colère qui l’entraîne au fond des abîmes.
    Le sang se glace sous la serre de ce plaisir illégitime
    Mais la détresse du pauvre hère la nourrit d’un contact intime.

    Tableau de Trissa Tilson.

  • Delphine la sirène

    Delphine la sirène

    L’intelligence des dauphins couplée à celle des sirènes
    Crée un tandem très homogène entre ces races complémentaires.
    Tous les deux arborent un dos fin doté de connexions sereines
    Aux contacts hallucinogènes d’un sixième sens élémentaire.

    Sous l’onde aux reflets cristallins, le cœur bat d’un rythme identique,
    Fusion de deux destins divins mus dans une étreinte hypnotique.
    Ils glissent comme des fils opalins sur ce sillage fantastique,
    Loin des tourments subis en vain d’une humanité névrotique.

    Leurs chants, secrets d’anciens métaux, s’enroulent en doubles spirales,
    Vibrant sous d’étranges manteaux de lueur claires et boréales.
    Sondant l’osmose de leurs cristaux par une entente magistrale,
    Ils fuient les aliénés mentaux des cités froides et carcérales.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Danse avec les ours

    Danse avec les ours

    Je danse avec la terre, je danse avec les ours
    Ces danseurs plantigrades ont le rythme dans la peau !
    Et jusqu’au bout des poils, ils ont de la ressource
    Et moi, fée du printemps, je leur tire mon chapeau !

    Ils ont l’air effrayant mais ce sont des peluches
    Rembourrées d’intentions toutes bonnes à prendre !
    Qui les traite de bêtes, d’animal en baudruche,
    Ignore une bourrée si facile à apprendre.

    Illustration de Heinrich Kley sur https:katia-lexx.livejournal.com2218304.html .

  • Ça fout droit !

    Ça fout droit !

    Celui ou celle qui va cueillir la marguerite à effeuiller
    Et qui connaît l’orgasme avant d’arriver à lui faire un gosse…
    S’il n’y a plus rien à recueillir qu’un peu de cendres endeuillées
    Est-ce qu’on peut dire dorénavant qu’il a le coup de foudre précoce ?

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Fou du loup

    Fou du loup

    Fi des mémères à leurs toutous, fi des cavalières à cheval,
    Fi des vielles filles et leurs chats, Fi des tatas aux mille oiseaux !
    Vivent les folles du loup-garou, non pas celui du carnaval
    Mais celui dont s’amouracha le chaperon rouge par son museau !

    J’aurais aimé être ce loup et embrasser le chaperon,
    Lui faire lichette et lichettes et goûter sa peau de velours.
    La garder loin des pieds jaloux qui empêchent de danser en rond
    Les amourettes et les bichettes qui s’énamourent des grands balourds !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Un rien la déshabille

    Un rien la déshabille

    Ah… les lunettes à rayons X censées déshabiller les femmes !
    J’en ai retrouvé par hasard ce matin au vide-greniers.
    J’ai donc testé cette idée fixe en souhaitant de toute mon âme
    Redécouvrir les plus beaux-arts que la Nature a ingéniés.

    En voyant sa robe transparente, j’ai bien cru que ça fonctionnait
    Et j’ai acheté les lunettes à la vendeuse si charmante.
    Mais sa nudité apparente, elle se l’était confectionnée
    Avec nichons et foufounette peints sur sa robe enthousiasmante.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Les ondes cérébrales

    Les ondes cérébrales

    Quelle serait la longueur d’onde lorsque mon corps est en repos
    Et quelle est alors la fréquence lorsque mon âme fait l’amour ?
    Qu’est-ce qui fait vibrer le monde quand l’esprit est à fleur de peau
    Et qu’en est-il des conséquences quand mon cœur bat avec humour ?

    Combien faut-il regrouper d’âmes pour influencer la nature
    Et combien des mains raccordées faut-il pour mesurer le monde ?
    Est-ce que les hommes et les femmes font monter la température
    Lorsque les cœurs sont accordés sur une même longueur d’onde ?

    Est-ce que cela n’existe pas si la science ne le voit pas
    Et qu’elle n’est pas du même avis quant au chemin à parcourir ?
    Est-ce que cela ne compte pas, une fois passé de vie à trépas,
    Et qu’on n’a rien fait de sa vie sinon vivre, aimer et mourir ?

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’Embrasement de la Lionne

    L’Embrasement de la Lionne

    La Lionne, créature de glace, protégeant les enfants du ciel,
    Demanda un peu de chaleur pour les protéger des frimas.
    L’astre ne tenant pas en place, ouvrit son cœur exponentiel
    D’un feu d’une telle valeur que la Lionne s’enflamma.

    Devenant une étoile fixe, elle brûla éternellement
    Dans le firmament de l’été durant un cycle de canicule.
    D’autres prétendent qu’une rixe explosa passionnellement
    Entre les dieux et Prométhée pour une histoire ridicule.

    Aujourd’hui la planète flambe mais pour toute une autre raison ;
    L’homme veut dominer la planète et l’homme se croit le plus fort.
    Alors il court à toutes jambes pour améliorer sa maison
    Avec tant de coups de manettes que l’humain devient pyrophore.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Du monde à l’antimonde via l’infini

    Du monde à l’antimonde via l’infini

    Qu’il soit en expansion ou bien en contraction,
    L’univers ne serait en fait qu’une illusion.
    S’il grandit, je grandis ; s’il rapetisse aussi ;
    Et de là vient le fait que j’ai encore grossi.

    Hier j’ai quitté le monde, aujourd’hui je renais ;
    Demain je reviendrais si je le comprenais.
    Mais j’ai compris le truc ; je fais mon lâcher prise
    Et suis le mouvement sans aucune surprise.

    Aujourd’hui une muse m’a ouvert une porte,
    Elle me prend par la main et, au diable, m’emporte
    Mais c’est Dieu qui s’amuse à me faire l’amour
    Avec ses créatures qui ne manquent pas d’humour !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La femme-serpent

    Encore une femme-serpent, à la séduction malicieuse,
    Me promettant la connaissance sous réserve que je croque son fruit
    Défendu par un vrai serpent à sa cheville pernicieuse
    Qui commande l’efflorescence pour en supporter l’usufruit.

    Car une fois goûté la pulpe juteuse du fruit défendu,
    Durant neuf mois se développe le vrai pouvoir qui se déplace
    Lorsque sortira de la vulve l’enfant qu’on avait attendu
    Et que la mère – Merci Fallope – mettra sur le trône à ma place.

    La connaissance n’est pas mourir ; la connaissance, c’est souffrir !
    Souffrir de ne vivre sa vie que pour laisser l’autre grandir,
    Savoir qu’il devra me nourrir juste le temps de découvrir
    Qu’il donnera lui-même la vie pour voir sa famille s’agrandir.

    Illustration de Didier Cassegrain.

  • L’acomat-boucan sous la Lune

    L’acomat-boucan sous la Lune

    Il n’y a pas qu’les chats que la Lune rend fous une bonne fois par mois ;
    Il y a les acomats-boucans qui, eux, deviennent hystériques.
    Comme une prière opportune, on les croirait avec émoi
    En train de chasser le toucan qui vit pourtant en Amérique.

    Dès que le clair de Lune augmente et que blanchissent les halliers,
    Le vieux hibou prend ses jumelles pour les compter jusqu’au matin.
    Mais il renonce et se lamente : « Ils changent tous de pédaliers ! »
    Car nul ne suit leurs ritournelles et tous y perdent leur latin.

    Pourtant la nuit dans les Antilles, parfois la Lune redescend
    Pour se nicher entre les branches d’un acomat-boucan dévot.
    Le hibou reprend ses lentilles, les ajuste en se redressant
    Et voit dans la lumière blanche que les toucans lui font défaut.

    Tableau de Carl Jung.

  • Le chat, la Lune et la pelote

    Le chat, la Lune et la pelote

    Voici pourquoi le chat pelote et la Lune en est responsable ;
    Toutes les nuits, elle déroule le fil de l’une des neuf vies
    Du chat qui, d’une patte falote et d’une humeur influençable,
    Devient maboule qui s’enroule et tripatouille avec envie.

    Lorsque paraît l’aurore blonde, le fil remonte vers la Lune ;
    Le chat, vaincu par son délire, s’endort d’un sommeil alangui.
    Mais dès que l’ombre inonde le monde et que vient la nuit opportune,
    La pelote reprend son empire… et le chat son boogie-woogie.

    J’avais un chat mathémagique qui attendait la bonne longueur
    Pour lancer d’une patte folle son revers à 2k Pi près.
    Le fil cassait, c’était logique, et, dans un élan de langueur,
    Pelotait la laine frivole pour la retricoter exprès.

    Tableau de Mulgil Kim.

  • Mes pensées en couleurs

    L’amour nous met de la couleur dans le cœur et c’est bien connu :
    Il met dans l’esprit la folie et dans le corps, la jouissance.
    Après, une étrange douleur pareille à un manque inconnu
    Qui nous plonge en mélancolie car voici toute sa puissance !

    Alors les pensées s’entremêlent pour former l’étrange arc-en-ciel ;
    Les souvenirs changent de forme et se déguisent en symboles.
    Le rêve et le réel se mêlent comme deux amants providentiels
    Qui se répondent et se transforment en poursuivant leur farandole.

    Puis tout finit par se rejoindre au fond du même tourbillon ;
    Les peurs, les joies et les désirs deviennent couleurs fraternelles.
    Le cœur voudrait alors s’adjoindre un battement de papillon
    Pour produire à son grand plaisir la procréation maternelle.

    Tableaux de Paul Griffitts.

  • Quand le temps s’émousse

    Quand la vie va trop vite, on ne prend pas le temps,
    On remet à plus tard, on bâcle, on simplifie.
    On fonce et on évite que ça dure trop longtemps,
    Sans qu’un moindre retard tous les jours s’amplifie.

    Quand le vent ralentit, le temps contrebalance ;
    Les corps sortent de l’ombre aux contours adoucis.
    Les vagues rythment la vie en grande turbulence
    Et le soleil sourit aux garçons sans souci.

    Enfin le temps s’étire en lumière océane
    Et le tableau s’achève d’un silence éphémère.
    Les enfants, libres et nus, sous la clarté diaphane,
    Échappent à la censure en s’habillant de mer.

    Tableaux de Jens Ferdinand Willumsen.

  • Moi, je m’en foot !

    Moi, je m’en foot !

    Pendant que les uns font la guerre contre les autres, on joue au foot
    Et on y retrouve les mêmes autour d’un ballon délirant.
    À la fin, il ne restera guère qu’un seul à remporter les joutes
    Avec des déploiements de haine entre tous les belligérants.

    N’en déplaise à tous les médias, le football ne m’a pas atteint ;
    Ça doit remonter à l’enfance où je rêvais plus que je shootais.
    Si je m’informe dans l’immédiat des informations du matin,
    Je ne vois pas pourquoi la France en est tout autant envoûtée…

    Ça doit venir d’un chromosome en forme de ballon de foot ;
    On ne l’a pas dans la famille, ce serait donc héréditaire…
    Ce n’est pas le gène de l’homme puisque les femmes se rajoutent
    À la folie et s’égosillent tout autant que les supportaires.

    Illustration de KLUB sur Fluide Glacial.

  • Le tissu amincissant

    Si le fameux tissu conçu pour habiller un empereur
    Avait vraiment pu exister, il aurait dû avec aisance
    Cacher sa bedaine pansue et son derrière avant-coureur
    Qui pète la complexité d’une tête vide de bon sens.

    Il peut gommer les bourrelets, les plis, les bosses et les creux,
    Affiner toutes les silhouettes et les rendre plus désirables,
    Mais ne saura rien chambouler dans l’esprit le plus désastreux
    Qui fait miroir aux alouettes aux pensées irrécupérables.

    Il faudrait un tissu pensé d’idées légères comme un songe ;
    Un tissu d’air ou bien d’éther et invisible comme il se doit.
    Voilà le truc à compenser : tisser un tissu de mensonges
    Et le vendre au prix le plus cher et calculé selon son poids.

    Pourtant ce tissu de mensonge, distribué gratuitement
    En continu par les médias n’habille pas la vérité
    Qui reste nue et qui éponge assez démagogiquement
    Les canulars dans l’immédiat mais sans trop de sévérité.

    Tableaux de Leo et Diane Dillon sur https:katia-lexx.livejournal.com2500420.html .

  • Les sirènes, le dos au mur

    (Suite et fin de « La pension de Mademoiselle Yvette»)

    Les sirènes, le dos au mur

    De la pension de Miss Yvette, j’ai conservé le souvenir
    D’une dizaine de sirènes assises au pied de mon lit.
    Elles faisaient toutes la navette, l’une après l’autre, pour venir
    Apprécier la queue sereine qui frétillait à la folie.

    D’un mur d’eau elles apparaissaient comme une naissance aquatique
    Et me charmaient d’une voix claire et envoûtante tout à la fois.
    Et puis elles disparaissaient dans un fondu fantomatique ;
    Ce n’était pas pour me déplaire car je croyais rêver, ma foi.

    Toutes les nuits du vendredi – date de mon fameux séjour –
    Je refais ce rêve imbécile de mes sirènes à la sauvette.
    Toujours est-il qu’un mercredi, j’ai reçu au courrier du jour
    L’invitation au domicile de qui ? De Mademoiselle Yvette !

    Photo de Kevin Briggs.

  • Gare à l’impatience !

    Quand tu partiras à la pêche aux trésors sacrés des sirènes,
    Prend garde au regard de Neptune qui surveille le détroit chinois.
    Et s’il voit que tu te dépêches, fais attention à ta carène
    Car les récifs sur la lagune crèveront ta coque de noix.

    Quand enfin les vagues profondes déposeront leurs perles marines,
    Tu comprendras que les voyages rapides apportent le malheur
    Car les tempêtes à la ronde et les grandes houles assassines
    N’épargnent jamais les rivages où l’on accoste bien avant l’heure.

    Tableaux de Hanna Ligeti.

  • La déviation

    La déviation

    Rideau rouge et route barrée, déviation obligatoire
    Pour les usagers ordinaires qui devront rebrousser chemin.
    J’ai été déjà rembarré par cette interdiction notoire
    Alors que mon imaginaire avait envie d’y mettre la main.

    C’est là qu’il y a déséquilibre entre adhésion et frustration
    Mais l’important est de savoir où sera le basculement.
    Si jamais l’homme n’est pas libre de gérer la saturation
    Celui qui aura le pouvoir prend le risque d’encellulement.

    Les bras croisés forment un signal universel profanateur
    Et les jambes font un barrage dont le but est : déconcentrer.
    La déviation vaginale est imposée à l’amateur
    Qui, plus que force ni que rage, patientera avant d’entrer.

    Tableau de Nicolas Curmer.

  • Tiré par les cheveux

    Fichu miroir aux alouettes ! Tu me tends et tu me tirailles !
    Tu me fais tant tourner la tête à m’attirer dans ton vitrail !
    Fichu oiseau de paradis, mes cheveux ne sont pas des vers ;
    Arrête un peu ta comédie et ton petit vice pervers !

    Tu t’es logé dans la fêlure pour mieux piller mon horizon,
    Cherchant une moindre effilure afin de troubler ma raison.
    À force de tirer mes cheveux, à moi, la belle-au-bois-dormant,
    Tu crois m’offrir ce que je veux en me montrant ton bec gourmand !

    Mais la vitre est un froid complice qui nous sépare du jardin,
    Et ton manège est un supplice pareil à un coup de gourdin.
    Va-t’en porter tes petits soins vers d’autres nids, vers d’autres cieux,
    Car mes cheveux ne sont, au moins, pas pour les oiseaux disgracieux !

    Autant parler à un pigeon qui, eux, délaissent mes cheveux
    Pour préférer comme perchoir, mes deux mains, mes bras et ma cuisse.
    Sans oublier leur badigeon que chacun dépose quand il veut
    Et qui me transforme en séchoir à guano et s’en réjouissent.

    Vitraux de Stef Rymenants.

  • Matin flou

    Suite de « La petite maîtresse »

    Matin flou

    Mademoiselle Yvette était là et toutes les autres également ;
    Le « Miranda » aphrodisiaque était surtout érotomane.
    Cette nuit j’étais au Walhalla mais drogué inélégamment
    Par ces femelles paradisiaques, azimutées et nymphomanes.

    On m’a soigné, on m’a baigné comme odalisques à leur sultan
    Et j’ai eu autant de massages que j’avais eu de favorites.
    Puis on m’a oint, on m’a peigné – sans que ça devienne insultant –
    Et l’on m’a cédé le passage vers la garde-robe émérite.

    Tout frais moulu, vêtu de neuf avec ma valise à la main,
    Je me retrouvai à la rue encore étourdi de ma nuit.
    J’avais des souvenirs des meufs qui me suivaient sur le chemin
    Qui, peu à peu, ont disparu comme cette pension inouïe.

    Tableau de Mark Tennant sur https:nevsepic.com.uaart-18-nyupage,2,22941-artworks-by-mark-tennant-106-foto.html .

  • Éternel strip-tease

    Si dès le matin je m’habille et que le soir je me déshabille,
    J’aurai plus de vingt-mille fois subi cette crise de foi !
    Maudit soit Dieu et son péché qui m’oblige à me dépêcher
    À croire que tout ce qui compte, c’est cacher mon cul de la honte.

    Si Dieu était départageant, on n’aurait pas besoin d’argent,
    Arrivé en fin de carrière, une main devant, une main derrière,
    Nous serions doux comme des moutons sans savoir ce que nous redoutons
    Et tout ça pour naître tout nu et mourir sans déconvenue !

    Illustration d’Anna Parini.