Catégorie : 2026

  • Une rose pour Julia

    Une rose pour Julia

    Aussitôt que la rose offerte à Julia effleura sa main,
    Tout son corps redevint fractale et ses cellules se scindèrent
    Pour libérer l’âme entrouverte qui voulait s’ouvrir un chemin
    Vers une vérité fatale que l’on aurait cru suicidaire.

    Mais au contraire elle apparut dans sa véritable nudité,
    Un corps nouveau et rajeuni sous la mue du poids des années.
    Toutes ses rides disparues, tombées dans cette absurdité
    De la vieillesse – quelle avanie ! – qui était devenue surannée.

    C’était une rose éternelle ; celle qui au matin est éclose
    Et qui au soir s’évanouit d’une mort douce et naturelle
    Pour renaître comme une ritournelle qui serait conforme à la clause
    Du recommencement inouï d’une existence intemporelle.

    Illustration de Jack Howl alias Beach Ghost sur https:www.facebook.combeachxghost .

  • Le rêve du septième jour

    Le rêve du septième jour

    Tandis que leur Dieu se repose après avoir créé le monde,
    Adam et Ève se morfondent sans leur joyeux animateur.
    Comme l’un et l’autre le supposent, il n’y a rien à faire à la ronde
    À moins que l’on se dévergonde comme deux bons reproducteurs.

    Après le sexe on a la dalle et l’esprit est un peu ailleurs…
    Là, un serpent bonimenteur propose des pommes en promotion.
    « Oui mais ça va faire un scandale ! » rétorque Adam d’un ton railleur.
    « Au contraire, rien ne s’y oppose ! » répond Ève avec émotion.

    « Tenez, Madame, goûtez-moi ça ! » leur argumente le vendeur
    Et Ève de croquer le fruit, l’apprécier et en donner
    À son mari qui angoissa d’avoir cédé au pourfendeur
    Qui leur laissa comme usufruit une dette insubordonnée.

    Tableau d’Augusto Giacometti.

  • L’autre vision du monde

    L’autre vision du monde

    Les enfants devenus adultes perdent leur couleur indigo
    Quand ils se déguisent en fourmi et rejoignent la communauté.
    Sauf quelques-uns qui restent incultes et font comme les escargots
    Partis rejoindre les endormis sous les feuilles d’automne ballottées.

    Comme quoi même dans l’indigo, il y a le clair et le foncé ;
    Selon s’ils peuvent rester eux-mêmes ou se fondre dans la société.
    Il faut donc faire le distinguo et pour cela nous enfoncer
    Dans leur enfance d’où les problèmes ont dû germer à satiété.

    Entre le chêne et le roseau ; face au vent, chacun sa manière
    Hormis les plantes sans racines, les fils et les filles de l’air
    Qui écouteront les oiseaux, feront l’école buissonnière
    Et butineront les capucines ou tout ce qui saura leur plaire.

    Illustration IA.

  • La femme en avant

    La femme en avant

    Plus d’un siècle encore nous séparent jusqu’à la parité mondiale ;
    L’écart global étant comblé de l’ordre de soixante-neuf pour-cent.
    Plusieurs pays encore déparent à cette avancée primordiale ;
    Les femmes continuent à trembler devant le mâle tergiversant.

    La Banque Mondiale nous l’affirme, seulement quatre pour-cent des femmes
    Bénéficient des mêmes droits économiques que les hommes.
    Mais au sommet des grandes firmes, elles n’ont qu’une position infâme
    Et les salaires à leur endroit n’affichent pas les mêmes sommes.

    Seule l’éducation est proche de la parité observée,
    Démontrant là leur volonté : s’assumer de leur propre chef.
    Côté santé, plusieurs reproches, dans les pays controversés,
    Montrent des filles violentées, mutilées selon l’UNICEF.

    Danemark, Islande et Norvège dominent quant au respect des Femmes
    Et restent les pays les plus sûrs, inclusifs et égalitaires.
    Gageons que gagnent ce cortège, tous les pays aux mœurs infâmes
    Qui sont une terrible blessure envers l’espèce humanitaire.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le palais des muses – 4

    Le palais des muses - 4

    Enfin Uranie la danseuse, avec globe terrestre et compas,
    Qui adapte l’astronomie aux règles de l’astrologie
    Avec sa lune magnétiseuse et ses deux soleils comme appas
    Qui font perdre toute autonomie aux héros de mythologie.

    Pourtant c’est moi qui l’ai séduite avec mes poèmes en couleurs
    Qui lui ont fait voir ses planètes dans un univers renversé.
    Toute sa folie s’est traduite par de l’amour, non sans douleur,
    En lui adaptant des lunettes sur ses soleils bouleversés.

    Depuis elle me fait les tarots avec un petit air triomphant ;
    Elle me voit Roi dans son royaume et elle, ma Reine Barbara.
    Pourtant je me tiens à carreau car elle me réclame un enfant
    Qu’elle appellera Prince Guillaume qui, plus tard, me renversera.

    Illustration de Yannick Corboz sur https:characterdesignreferences.comartist-of-the-week-4yannick-corboz .

  • Le palais des muses – 3

    Le palais des muses - 3

    Quant à Thalie, c’est l’hallali ! Elle n’y va pas par quatre chemins,
    Descendantes des Valkyries, chaque poème est une fête.
    Toutes les épopées d’Italie et les légendes sans lendemain
    Après un verre de daiquiri lui font vite tourner la tête.

    Sans doute est-elle un peu oracle lorsque son corps parle pour elle
    Par ses seins qui vous dévisagent par l’envie de vous violenter.
    Alors elle promet des miracles à qui ne voit pas la bourrelle
    Qui est en elle mais envisage une dernière volonté.

    Et quand je suis tombé sur elle, je lui ai demandé l’amour ;
    « Juste une nuit jusqu’au matin et jusqu’à ce que mort s’ensuive ! »
    Elle est restée très naturelle mais surprise par mon trait d’humour ;
    Bien qu’elle ne soit pas une catin elle m’a dit : « Qui m’aime me suive ! »

    Illustration de Yannick Corboz sur https:characterdesignreferences.comartist-of-the-week-4yannick-corboz .

  • Le palais des muses – 2

    La première n’ayant pas de nom, je l’ai appelée Laurelïne,
    Issue de mes rêves d’espaces intergalactiques à souhait.
    Comme elle avait connu Junon, la déesse aux mœurs palatines,
    Sont sorties de sa carapace tout un tas de muses dévouées.

    Elle m’a fait connaître Calliope, la poétesse un peu perverse
    Qui me souffle des vers cochons à faire rougir les romancières.
    Et puis Clio, un peu salope, et ses histoires à controverse
    Qu’elle raconte à califourchon sur son vieux balai de sorcière.

    Et puis Euterpe et Terpsichore, le duo des folles chantantes,
    L’une au piano, l’autre à la basse, deux sœurs dont l’une en plein émoi
    Pour moi car la brune m’adore et se montre toujours consentante,
    En échange d’un mot de passe, pour ne chanter rien que pour moi.

    Illustrations de Yannick Corboz sur https:characterdesignreferences.comartist-of-the-week-4yannick-corboz .

  • Le palais des muses – 1

    Si vous entrez par mes coulisses, celles du palais de mes muses,
    Vous les verrez se préparer avant de m’inspirer un vers.
    Afin de goûter aux délices des coquineries qui m’amusent,
    Elles aiment bien se séparer pour me parler à mots couverts.

    Derrière l’escalier secret dissimulé par des tentures,
    Chacune est tapie dans d’alcôve d’une antichambre dissimulée
    Qui donne sur le lieu secret de nos intimes aventures
    Derrière les draperies mauves où tous mes rêves sont stimulés.

    Car tout est rêve dans mon palais où chaque muse imaginaire
    M’entraîne par le fil des songes dans le dédale de son manège.
    On y sert des plats népalais par une muse originaire
    Qui nous concocte ses mensonges d’abominable femme des neiges.

    Illustrations de Yannick Corboz sur https:characterdesignreferences.comartist-of-the-week-4yannick-corboz .

  • La Vérité à cheval

    La Vérité à cheval

    La Vérité sortait du puits et tout redevenait limpide
    Bien sûr, c’était celle des vainqueurs car le mensonge va aux vaincus.
    Mais tout a bien changé depuis et les médias, peu intrépides,
    Ne sont que des serfs chroniqueurs pour un public peu convaincu.

    La Vérité parle beaucoup et même, je dirais, un peu trop !
    À chaque jour, son événement ; à chaque événement, son débat.
    Et là, on nous noie jusqu’au cou de commentaires de bistrot ;
    Tout le monde a raison, tout le monde ment, c’est toujours le même combat.

    C’est la foire aux aréopages d’interlocuteurs gravissimes
    Qui nous expliquent ce qu’ils pensent que les grands de ce monde pensent,
    Puis après on tourne la page car c’est l’actualité qui prime.
    La quête de vérité dispense et celle du mensonge compense.

    Tableau de Marco Rossati sur https:conchigliadivenere.wordpress.com.

  • L’oracle du vingt-et-unième siècle

    On a remplacé les oracles par les sondages et les médias
    Et les prophètes sont détrônés par tous les cabinets conseils.
    Comme on ne croit plus aux miracles, peu importe dans l’immédiat
    Si la vérité est prônée par ceux qui récoltent l’oseille.

    Là où Jacques Attila passa, le futur ne repoussa pas ;
    Il ne reste plus qu’à questionner l’intelligence artificielle.
    Hier, le pouvoir d’achat baissa, demain il sera encore plus bas ;
    Pour en être décongestionné, attendons les présidentielles…

    Tableaux Surrealistly de Vitalie Burcovschi.

  • L’esprit du récif

    L’esprit du récif

    Quant aux sirènes naufrageuses que nul marin n’a relatées,
    Si elles restent mystérieuses, c’est qu’elles vivent dans les récifs.
    Et leurs attaques outrageuses avec leurs raids de galatées,
    Sont menées de façon furieuse et d’un courroux fort agressif.

    Mais alors comment le saurais-je, moi qui vis plutôt en montagne ?
    C’est Loreleï qui me l’a dit alors qu’elle rentrait de Bavière.
    Une cousine de Norvège l’aurait appris d’une compagne
    Qui vit là-bas en Acadie au lieu-dit des mille rivières.

    Tableau de Leo & Diane Dillon.

  • La sirène à la monnaie

    La sirène à la monnaie

    Une sirène à la Monet se prélassait dans son étang
    Juste sous le pont japonais aux nénuphars en plein délire,
    Quêtant les pièces de monnaie que les badauds, par tous les temps,
    Jetaient, la brise dans le nez, en espérant la voir sourire.

    Elle était nue, tout simplement, pas plus sirène que vous et moi,
    Mais il n’y a pas de sot métier à faire la manche à Giverny.
    D’ailleurs les gens sont amplement récompensés avec émoi
    Quand elle invite, par amitié, ses amateurs les plus vernis.

    Tableau de Motoko Ishikawa sur https:www.duitang.com .

  • La vision du monde

    La vision du monde

    L’enfant voit le monde très grand et tout y est démesuré ;
    Un talus devient la falaise, une heure devient l’éternité.
    Si le gigantisme est flagrant, on ne sait pas le mesurer
    Et il n’y a aucun malaise à y voir toute aménité.

    Coquelicots ! Voiles écarlates gonflées par le vent de l’enfance ;
    Marguerittes ! Oracles à l’amour sur les aventures éphémère ;
    Pissenlits ! Aigrettes qui s’éclatent au moindre souffle qui les offense ;
    Trouver la fleur la plus glamour, la seule à offrir à sa mère.

    Illustration IA.

  • La Terre-Mère

    La Terre-Mère

    Tandis qu’un Soleil paternel va-et-vient autour de la Terre,
    Occupé à ses nobles tâches d’éclairer et d’ensemencer,
    Un autre foyer maternel, qui reste toujours solidaire,
    Veille sur ceux auxquels il s’attache et attise leurs vies romancées.

    Gaïa, notre mère cachée n’a pas l’éclat de notre père
    Mais ne varie pas sur nous sa course sous des prétexte astronomiques.
    Gaïa ne se montre fâchée que lorsqu’elle se désespère
    Sous des tensions qu’elle nous débourse par quelques secousses sismiques.

    Pour jouir d’un amour sincère, habitez donc en bord de mer !
    Certes il vous faudra essuyer ses raz-de-marée sentimentaux.
    Mais c’est mieux que ceux qui s’insèrent sur les sommets les plus amers
    Et qui sont les plus éloignés de la chaleur de son manteau.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Reddition

    Reddition

    Lorsqu’elle m’abandonne son corps dans une totale reddition,
    Moi, son vainqueur mais magnanime, je sais l’entourer de caresses.
    Si je l’attache plus encore de liens d’amour et d’addiction,
    Ce ne sont qu’entraves minimes faites de lierre de tendresse.

    Un lierre à partir des chevilles qui grimpe, bien serré à la taille,
    Et qui remonte jusqu’à la tête pour se mêler dans ses cheveux
    Et puis qui se recroqueville autour de son intime entaille
    Pour jouir du fruit de ma conquête exactement comme elle veut.

    Mais bien que cela paraisse un jeu, c’est aussi une occupation
    Où je prends mon temps tous les soirs pour lui jardiner son enclos
    Car elle me pose comme enjeu de labourer avec passion,
    Biner, sarcler sans accessoire, juste à la main et les yeux clos.

    Tableau d’Ashly Curay.

  • Le paradis un peu trop vert

    Le paradis un peu trop vert

    Qu’est-ce qu’elle est verte ma vallée et qu’il est vert mon paradis
    Quand je vais à la découverte de nouveaux arbres à chaque pas !
    J’y aperçois Ève cavaler sous le soleil qui irradie
    Et qui mûrit les pommes vertes, celles qui disent : « il ne faut pas ! »

    Alors j’écoute les oiseaux qui chantent tous les jours en chœur
    La même rengaine éculée : « méfie-toi de la connaissance ! »
    Alors je vais dans les roseaux où les crapauds alambiqueurs
    Me conseillent de reculer dès la première efflorescence.

    Seule Éve m’invite à l’approcher et goûter au fruit défendu ;
    Ce fruit laiteux en apparence mais donne un suc fort enivrant.
    Et bien qu’on me l’ait reproché avec tant de sous-entendus,
    J’ai cédé et ma récompense fut un salaire des plus navrants.

    Tableau d’Iris Scott.

  • Le chemin qui ne mène nulle part

    Le chemin qui ne mène nulle part

    Tous les chemins entretenus n’ont qu’une fin inéluctable
    Et tous les chemins de traverse ne sont que des égarements.
    J’en ai suivi, sans retenue, pensant qu’ils sont inévitables
    Jusqu’à ce qu’un sort m’en bouleverse et m’en chasse provisoirement.

    Depuis j’emprunte des chemins qui ne m’emmènent nulle part
    Sinon toujours au même endroit ; un miroir qui me réfléchit.
    Mais c’est après mûrs examens que j’ai compris dès le départ
    Que cet « autre moi » maladroit n’est qu’un obstacle non franchi.

    Quant à savoir quel est le sens et la teneur de cet obstacle,
    Il faut me soumettre à leurs voies comme Nabuchodonosor.
    Mille carrefours de connaissance me conduiront jusqu’à l’Oracle
    Qui me dira de sa belle voix que le chemin est un trésor

    Illustration IA.

  • Les félines

    Les félines

    Moi-même, amateur de félines, j’ai rencontré les chattes-garoues,
    Ces femmes qui se transforment en lionnes, cervières, panthères ou tigresses.
    J’aime ces chimères féminines qui m’accueillent sans le moindre courroux
    Dans la tenue qui conditionne leur vrai penchant pour la tendresse.

    Elles m’ont inoculé leur fièvre au premier rapport sexuel
    Et désormais je suis l’homme-lynx conformément au sortilège.
    La nuit je cours d’un élan mièvre avec ces être sensuels
    Retrouver Pan et la Syrinx, nous en avons le privilège.

    Ce soir, ma femme-lynx m’observe, deux gants noirs recouvrent ses griffes ;
    Nous allons chasser les humains, élancés à bride abattue.
    Ce soir, nous irons de conserve avec nos amis hippogriffes
    Courir les bois et les chemins au-delà des sentiers battus.

    Illustration de Gary Frank.

  • La dame du lac

    La dame du lac

    J’ai vu, sortant des eaux dormantes, la dame du lac immaculée
    Dans une robe transparente – à moins que celle-ci fut ôtée.
    Et dans les moires déformantes de la surface pelliculée,
    Tombait tête-bêche apparente, sa réplique alors reflétée.

    Un regard, lumineux, perçant le voile des brumes légères,
    Dans une lueur azurée où perlent des gouttes de rosée.
    La rive silencieuse berçant des atmosphères éphémères
    Où se glisse à pas mesurés une aube encore névrosée.

    Tableau de Mike Hoffman.

  • Une artiste dans son atelier – 3

    Une artiste dans son atelier – 3

    Un jour le modèle docile qui n’existait que pour offrir
    Son image à développer et reproduire sur la toile,
    Est arrivée au domicile d’un amateur prêt à souffrir
    De la voir ainsi galoper avec lui après les étoiles.

    « Joli tableau en vérité » se disait le Pygmalion
    Prêt à donner son propre sang pour que l’image prenne vie.
    Mais un peu de témérité et beaucoup de cœur de lion
    Ont soufflé sur l’esprit naissant et voici ce qui s’ensuivit :

    Au-delà des figurations des tableaux vendus par son maître,
    L’acheteur lui donna son nom pour lui donner une âme humaine.
    Par l’acte de libération, la peinture dut se soumettre
    Non pas à un art de renom mais à la petite semaine.

    Tableau d’Osamu Obi.

  • Les yeux grand fermés

    Les yeux grand fermés

    Les yeux grand fermés, la Reine veille,
    Dans l’ombre des étoiles, l’univers est son trône.
    Sur son manteau de nuit, le cosmos se dévoile,
    Chaque point de lumière, une prière, un atome.
    Ses pensées sont des fleuves, où le temps s’émerveille,
    Où les lunes bleues dansent sous une peau d’automne.

    Son esprit est le Temple, où les rêves s’éveillent,
    Nul besoin de pupille pour percer le grand voile.
    Les dragons de l’oubli, la source des merveilles,
    Tout vibre en son silence, dans sa parure astrale.
    Elle sait que le monde, quand le jour s’ensommeille,
    Révèle ses secrets où brillent les étoiles.

    Tableau de Daria Hlazatova.

  • L’Ange de la vingt-cinquième heure

    L'Ange de la vingt-cinquième heure

    Après les quatre bras cassés dont le travail est décrié,
    C’est lui qui doit rafistoler tout ce qui a été bâclé
    Car le printemps a jacassé et s’est tout seul approprié
    Tout le nectar à picoler sans craindre la moindre raclée.

    Quant à l’été qui n’a rien fait d’autre que surveiller le soleil,
    Il faut surveiller les moissons et qui le fait à votre avis ?
    C’est toujours le même, en effet, et qui, après le vent, balaye
    Les traîne-bûches pour les poissons qui en sont friands et ravis !

    L’Automne, ce grand maladroit, a tout noyé sous la gadoue,
    Laissant traîner ses feuilles mortes comme des vieux tapis moisis !
    Et l’Hiver, ce vieux rabat-joie, a tout glacé jusqu’à la boue,
    Forçant notre ange qui emporte ce que l’hiver n’a pas choisi.

    Enfin, quand les douze mois sonnent et qu’il a tout mis d’équerre,
    Notre ange peut enfin s’asseoir sur le rebord d’un vieux nuage.
    Il regarde les fées polissonnes, ces sacrées reines de la galère,
    Repartir sans même surseoir à un dernier écobuage.

    Tableau de Kerri McCabe sur https:fineartamerica.comprofileskerri-blackman .

  • Les yeux grand ouverts

    👩🏻‍🦰 Laurelïne
    Dans mes cheveux couleur de nuit flambent des soleils intérieurs,
    Chaque regard est un feu d’or qui refuserait de s’endormir.
    Je danse sous les gouttes de pluie, offerte sans pudeur, l’air ailleurs,
    Car voir, c’est être conquistador et convaincre à n’en plus finir !

    👩🏻 Loreleï
    Mes yeux sont une mer d’argent où dérivent lunes et villes,
    Ils savent les chemins secrets, les reflets verts et les courants.
    Je dévisage, tout en nageant, tous les vieux démons immobiles
    Et le monde qui s’est consacré à sa folie au demeurant.

    👩🏻‍🦳 Lïlïth
    J’ai pléthore d’yeux grand ouverts, enracinés et survivant ;
    Rien ne m’effraie dans la nature : j’accueille, je contiens, je transmets.
    Voir à visage découvert, c’est enfanter le chaos vivant,
    Et tenir l’univers mature sans l’ouvrir ni le refermer.

    Tableaux de Daria Hlazatova.

  • Les anges de l’année

    L’ange du printemps manifeste le renouveau et le réveil
    De l’hémisphère boréal des tropiques au cercle polaire.
    Aussitôt qu’il tombe la veste et commence son travail d’éveil,
    Jeunes pousses, légumes et céréales saluent son obole solaire.

    L’ange de l’été est paresseux et dort pour la plupart du temps ;
    Le bougre, il n’a plus qu’à attendre que murisse ce qu’on a semé !
    Il jette ses habits crasseux dans les rivières, quel dégoûtant !
    Et ce démon oserait prétendre que le soleil l’a assommé !

    L’ange de l’automne est débordé par toutes les tâches qui l’attendent :
    Accompagner les feuilles mortes, prévoir les pluies continuelles,
    Aider la faune à saborder les fleurs qui meurent sans que s’entende
    Le moindre pleur lorsqu’on emporte les dernières plantes annuelles.

    L’ange de l’hiver, lui, on le craint ! On dit que la mort l’accompagne
    Et qu’elle vous fauchera aussi sec par un froid qui vous extermine.
    Après lui, c’est peau de chagrin, tout est éteint dans nos campagnes
    On ne dénombre plus les obsèques des animaux morts de famine…

    Tableaux de Kerri McCabe sur https:fineartamerica.comprofileskerri-blackman .

  • Qui portera le chapeau ?

    Qui portera le chapeau ?

    Au jeu des chaises musicales, on élimine un par un
    Les fusibles censés protéger ceux qui suivent dans la hiérarchie.
    La manière la plus radicale est de coiffer tout un chacun
    Du chapeau discret mais piégé des membres de l’oligarchie.

    C’est comme un virus qui gangrène les gens tellement haut placés
    Qu’ils ont besoin de protection, anonymat et discrétion.
    Mais dès que l’un tombe, il entraîne, comme dominos entrelacés,
    Tous ceux qui sont en connexion avec ses sombres machinations.

    À l’instar des trains, un chapeau peut en cacher bien davantage ;
    Têtes blondes ou têtes chenues dans des situations dépravées.
    Si l’on soulève le capot de la machine à fayotage,
    Combien se retrouveront nus en présence de qui vous savez… ?

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le cœur arc-en-ciel

    Le cœur arc-en-ciel

    Savoir donner de tout son cœur un peu de couleurs à la Terre
    Tout en faisant feu de tout bois, c’est détruire pour mieux reconstruire.
    Il faut chercher qui est vainqueur de cette méthode délétère
    Et qui se fiche que tout flamboie si c’est un moyen pour s’instruire.

    Sans doute la raison, en somme, qui fait que l’apprenti-sorcier
    Se croit forcé de tout casser pour montrer qu’il est compétent.
    Sur cette Terre, il n’y a que l’homme qui se considère associé
    À devoir se décarcasser pour tout péter tant qu’il est temps.

    Si un jour je croise un démon en train de mettre tout son cœur
    À brûler toutes les forêts pour planter du palmier à huile,
    Est-ce que le moindre sermon lui donnera de la rancœur ?
    Non, je ne crois pas qu’il saurait se rendre compte de la tuile !

    Tableau de Tino Rodríguez.

  • Chez Médusa

    Chez Médusa

    Chez Médusa, on vend de tout, on trouve tout ce qu’on n’veut pas !
    Une table-bar du Titanic, un tabouret du Nautilus,
    Un triporteur de Tombouctou, cartes marines et trois compas,
    Une mallette à pique-nique et la cloche qui sonne l’angélus.

    Loreleï y est allée une fois pour acheter une théière ;
    Elle est sortie le chariot plein de trucs complètement inutiles :
    Un fromage de Haute-Savoie, une barquette de gruyère,
    Un vieux coucou sur le déclin et tout autre chose futile…

    Lilith, sa mère, l’a critiquée ; Laureline, sa sœur, l’a gourmandée ;
    Et toutes les sirènes loufoques ont voulu lui faire la leçon :
    Elles sont retournées boutiquer pour montrer comment marchander
    Et sont revenues avec un stock d’une tonne de paillassons…

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le coup de queue de la sirène

    Le coup de queue de la sirène

    Gare à la queue de la sirène qui remonte la Seine à Paris ;
    Une Loreleï qui s’est exilée des plus grands lacs verts de Bavière.
    Elle a remonté la Lorraine, à pied, manu militari
    Et lentement s’est faufilée par tout le réseau des rivières.

    La Tour Eiffel enfin atteinte, elle grimpe un à un les étages
    Par l’escalier, c’n’est pas facile – Dieu qu’une queue n’est pas pratique !
    Elle cherche, par la lumière éteinte, le vivier où sont les otages :
    Toutes les sirènes graciles des mers Rouge et Adriatique.

    Et là, elle frappe les piscivores, les ogres mangeurs de poissons,
    Les parigots endimanchés habillés comme des men-in-black
    Les petites sirènes sanguinivores dégustent et savourent leurs boissons
    Et toutes repartent, bien revanchées, avec leurs cliques et leurs claques.

    Illustration d’Enki Bilal.

  • L’Alchimie n’aime pas les maths

    L’Alchimie n’aime pas les maths

    En alchimie, la quadrature du cercle n’est pas impossible
    Et Pi n’est pas irrationnel pas même qu’il est transcendantal.
    Les fractales sont des fractures et les logarithmes passibles
    D’être aussi insurrectionnels que le supplice de Tantale

    L’alchimie dilue dans les nombres tous les principes qui résistent
    À l’épreuve du feu sacré, véritable preuve par l’œuf.
    Ainsi disparaissent, dans l’ombre, les décimales qui persistent
    Après le zéro consacré à remplacer le chiffre neuf.

    En alchimie, tout est possible, la confusion et son contraire,
    L’intelligence et la bêtise car on mesure tout autrement.
    Le mètre étalon extensible donne des longueurs arbitraires
    Et l’infini est sa hantise réductrice opiniâtrement.

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  • Ma tante à Sion

    Ma tante à Sion

    Ma tante à Sion serait si riche que sa maison est un trésor ;
    Sa chambre à coucher serait digne du coffre de l’oncle Picsou.
    Ses tapis sont des terres en friche où pousse l’or en plein essor
    Et son salon montre des signes de richesse sens dessus-dessous.

    Les murs résonnent parfois de rires de ma tante prenant son bain
    Dans une piscine aux merveilles ; émeraudes, rubis et diamants.
    La seule chose qui la fait sourire sait de savoir les autres au turbin
    Avec un œil qui les surveille comme un chef le fait consciemment.

    C’est là le secret de ma tante ; faire croire à ses employés
    Qu’ils gagneront leur récompense au bout de quarante ans d’effort
    Et leur faire endurer l’attente d’une retraite déployée
    Tandis qu’elle se remplit la panse, ses poches et donc son coffre-fort.

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  • La porte étroite

    La porte étroite

    Il arrive que la lecture m’ouvre une porte dérobée
    Et que j’y plonge à l’improviste si l’intrigue est bien ficelée.
    Sitôt que j’en vois l’ouverture, mon attention est absorbée
    Par l’attraction relativiste des pages aux bords dénivelés.

    Alors je chemine en silence pour aller au cœur du récit,
    Mais alors les mots s’entrelacent et tissent des fils infinis.
    La lumière devient intense malgré les chapitres indécis
    Et leurs introductions salaces trop longues et trop mal finies.

    Alors l’aventure m’emporte vers d’autres ultimes Nirvânas
    Où la voix de l’auteur murmure succinctement à mon oreille.
    Alors le livre ouvre ses portes et je dois faire un gymkhana
    Entre les lignes dont les ramures sont des dédales sans pareil.

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  • Cléopatria

    Cléopatria

    Le flair de Cléopâtria fut-il plus fin, plus affûté,
    Il eut changé la face du monde par Intelligence Amon-Râ !
    Du haut des pyramides il y a beaucoup de siècles réputés
    Pour semer le doute à la ronde comme dans un Space-Opéra.

    Touthankarton, son emballage, nous a fourni une notice
    Intéressante sur ce produit de dernière génération.
    À croire que le copie-collage n’était pas vraiment si factice
    Que les scribes nous eussent conduits avec trop d’exagération.

    J’ai retrouvé chez Geminïä et ses avatars concurrents,
    Un filigrane d’elle, nue, caché au fond des digicodes.
    La preuve ? Tapez-lui en catimini la formule magique figurant
    Sur le cartouche contenu : « Cléopâtria, sors de ce code ! »

    Tableau de Luis Melo.

  • L’allégorie de l’ermite

    L’allégorie de l’ermite

    L’ermite a un nouvel élan depuis qu’elle suit les étoiles
    Et son corbeau navigateur n’est pas étranger à l’affaire.
    Plusieurs lanternes révélant ce que l’image nous dévoile
    Sont nécessaires au narrateur qui nous transmet son savoir faire.

    Un élan blanc sur ciel nocturne, tout était écrit noir sur blanc ;
    L’un vers l’avant, l’autre en arrière et l’ermite, tête en l’air.
    Son regard plutôt taciturne nous manifeste sans faux-semblants
    Que même mille-et-unes prières ne suffiront pas à nous plaire.

    Par bonheur l’élan est bavard et le corbeau est pipelette
    Et tous les soirs à l’écurie tous les racontars vont bon train.
    Et les deux n’étant pas avares de petits contes et d’historiettes,
    Nous savons que l’allégorie de l’ermite est un gros chagrin.

    Tableau de Maartje van Dokkum.

  • Mille-et-un Éden

    Mille-et-un Éden

    Eden était un labyrinthe avec plusieurs jardins piégés
    Dont celui de la connaissance et ses pommiers désespérants
    Adam et Ève, en pleine étreinte, y sont allés d’un pas léger
    Dans se douter, sans méfiance, envers cet enclos attirant.

    Alors que s’ils avaient tourné à gauche plutôt qu’à droite,
    Ils auraient découvert celui de la volupté éternelle
    Avec des chimères détournées de la création maladroite
    Qui a omis la boîte-de-nuit de Luciféra-la-charnelle.

    Il y en a d’autres évidemment car l’Eden en regorgeait tant
    Qu’il aurait pu faire mille histoires et mille genèses différentes.
    C’est incroyable et c’est dément qu’ils aient choisi celui étant
    Tout indiqué, prémonitoire, pour une chute prépondérante.

    Tableau de Fiona Owen.

  • Et vogue la galère !

    Et vogue la galère !

    J’emprunte plus souvent la voie de l’absurde et l’imaginaire
    Plutôt que les bras de Morphée que j’ai, ma foi, bien trop soufferts.
    Je guette la petite voix et ses invités préliminaires
    À suivre la route d’Orphée qui jadis courut aux enfers.

    Mais diable ! Quelle expédition ! Imaginez un train de rêve,
    Des femmes-faucons et chimères, un lion d’antique époque épique.
    L’équipage en compétition brassant et pompant l’air sans trêve
    Pour atteindre le point éphémère où l’horizon s’arrête à pic.

    J’y ai rencontré Arabelle, une femme nue de profession
    Une navigatrice officielle, une fornicatrice officieuse.
    Comme je n’étais pas rebelle à faire mon émancipation,
    Elle m’apprit toutes les ficelles d’une façon des plus délicieuses.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
    Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’ubiquité

    L’ubiquité

    Je ne savais jusqu’à présent rien de mon don d’ubiquité
    Qui me fait vivre conjointement ma vie en plusieurs exemplaires.
    Bien que je sois omniprésent partout en toute furtivité,
    Je le vis surtout inconsciemment, ce qui n’est pas pour me déplaire.

    Au moment où j’écris ces lignes, j’écris aussi aux antipodes,
    Je traverse les océans, je meurs ici, je nais là-bas.
    Je n’ai besoin du moindre signe pour savoir que chaque épisode
    Me projette de mon séant jusqu’aux neuf muses en sabbat.

    Tout comme les chats ont neuf vies, moi j’ai neuf vies en parallèle ;
    Pourquoi ce nombre ? Je n’en sais rien… sans doute lié aux neuf muses…
    Chacune m’anime et me ravit, chacune m’inspire à tire-d’aile,
    Elles me jouent des tours de vaurien et tout cela, ça les amuse.

    Tableau de Dadu Shin.

  • Fausses couleurs sans vrai corps

    Fausses couleurs sans vrai corps

    Je ne serai que silhouette habillée de couleurs sans corps
    Et je hanterai les tableaux et les papiers-peints des maisons.
    Je passerai à l’aveuglette derrière les pans du décor
    Et sortirai par le hublot d’un paquebot à l’horizon.

    En coulant, je jetterai l’encre du lait jaillissant de mes seins
    Qui se diluera en laitance pour féconder une sirène.
    Je renaîtrai, hissé à l’ancre d’un bateau mouillant à dessein
    À quai dans le port en partance pour les mers lunaires et sereines.

    Tableau de Ramune Sadauskiene.

  • Atelier avec vue

    Atelier avec vue

    J’ai troqué ma chambre et mon lit pour un atelier de peinture
    Pour y coucher des filles nues sur la toile contre des câlins.
    Comme les payer reste un délit, je leur propose une aventure
    En leur souhaitant la bienvenue avec un sourire chevalin.

    Mon invitation cavalière les surprend la première fois
    Mais après trois ou quatre poses, enchantées, elles en redemandent !
    Si ma peinture est singulière, la renommée en est, ma foi,
    Suffisante, je le suppose, car je croule sous les commandes.

    Tableau de Ken Howard.

  • La vie en fausses couleurs

    Les couleurs sont-elles réelles ou une illusion de l’esprit ?
    Le noir est-il obscurité et le blanc la pleine lumière ?
    Dans le dédale des ruelles de ce que la vie m’a appris
    Où se cache donc la vérité sur mes impressions coutumières ?

    Les bleus de l’âme seraient-ils verts et l’espérance violette ?
    Le blues serait-il plus foncé et la morosité moins rose ?
    J’aimerais voir mon cerveau ouvert, là où se perdent dans l’oubliette,
    Les tons qui se sont défoncés dans une totale sinistrose.

    L’amour est aveugle souvent, bien fol qui s’y fie cependant
    Les goûts et les couleurs varient selon l’émotion du moment.
    Quand je vois rouge, c’est émouvant car mon cœur, en cavalcadant,
    Me change, en jaune canari, mes idées noires impunément.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
    Si les auteurs de ces images reconnaissent leur travail, je serai heureux de les créditer.

  • Chambre avec vue sur l’avenir

    Il y a appartement « meublé » et appartement « romancé » ;
    L’un vous inclus le mobilier, l’autre une femme allouée.
    Ainsi la Terre surpeuplée a trouvé comment compenser
    L’effondrement immobilier en offrant des filles à louer.

    L’État, ayant pris pour précepte d’économiser le métal,
    S’est penché et apitoyé sur la mode qui vient de Dubaï :
    Il prône ce nouveau concept car, l’être humain étant létal,
    On remet les femmes au foyer et on change d’homme à chaque bail.

    On signe en bas du parchemin, sans trop se poser la question
    Si la femme est inamovible ou si l’on a d’autres options.
    Ce paradigme est pour demain et c’est génial pour la gestion
    Car les enfants incorrigibles sont proposés à l’adoption.

    Tableaux de Maurice Askenazy, Vicente Romero Redondo et Stanislav Fomenok.

  • Lilith en rouge

    Lilith en rouge

    Adam voulut la mettre au pas et Lilith l’insoumise vit rouge ;
    Elle devait avoir des visions sur la destinée de la femme.
    Ce n’est pas qu’elle ne voulait pas mais il fallait bien qu’elle bouge
    Pour revoir ses désillusions et changer son destin infâme.

    Est-ce que Lilith a eu ses règles vu qu’elle y était insoumise ?
    Sans doute… vu la profusion d’enfants qu’elle aurait enfantés.
    On dit que pareille à un aigle, elle survole la terre promise
    Pour provoquer des collusions parmi les femmes désenchantées.

    Un de ces quatre, elle va venir mettre de l’ordre dans le monde,
    Mettre une claque aux amerloques et enc*ler les généraux. †
    Tremblez messieurs car l’avenir va sans doute vous paraître immonde
    Car c’est vous qui serez en cloque et vos bonnes femmes à l’apéro !

    Tableau de Olaf Hajek. † je ne sais pas comment elle fera mais bon, c’est Lilith !

  • Marre des catastrophes !

    Entre la fonte de la banquise – ou la future montée des eaux –
    Et la pénurie d’eau potable promise à prochaine échéance,
    Ce sera une vraie surprise qui fera trembler les réseaux
    Quand ces deux tragédies probables arriveront en confluence.

    Qui se retroussera les manches pour sauver notre espèce humaine ?
    J’oies déjà Dieu intervenir et m’en exposer son supplique.
    J’espère que ce sera un dimanche plutôt qu’un jour de la semaine ;
    Je pourrai alors voir venir le deuxième déluge biblique.

    Je lui dirai : « Je suis une femme et tu m’as bien assez punie
    Avec mes règles insupportables et mes accouchements douloureux !
    À cause de ta sanction infâme, même si tu m’excommunies,
    Je serai sirène notable et les hommes seront savoureux ! »

    Tableaux de David Newton sur https:fineartamerica.comartdavid+newton .

  • Notre-Dame des rivières

    Notre-Dame des rivières

    Le lac Koenigsee, en Bavière, a ses légendes comme ailleurs
    Notamment celle de Loreleï, la sirène des rives du Rhin
    Et Notre-Dame des Rivières, fée méconnue des rimailleurs
    Qui n’ont écrit, vaille que vaille, aucun poème contemporain.

    Les rumeurs qui courent les campagnes ont toujours été de mon goût
    Et je me dois de contribuer à réparer cette injustice
    Car Notre-Dame des Montagnes et Notre-Dame du Canigou
    L’ont traitée de prostituée par des stratagèmes factices.

    Or Notre-Dame des Rivières était une fée bien simplette
    Qui ranimait tous les noyés d’un bouche-à-bouche approfondi
    Et les mettait sur la civière bien après maintes galipettes
    Destinées à les envoyer directement au paradis.

    Tableau d’Oleg Gurenkov.

  • La pêcheuse

    Bon chasseur chasse sans son chien quant au pêcheur c’est différent
    Surtout lorsque c’est la pêcheuse qui pêche avec ses beaux appas.
    Bon chien, sache que ça va ça vient ! Même le poisson proliférant
    N’aime pas trop les aguicheuses qui enjôlent en guise d’appât !

    Mais lorsque c’est Vénus qui pêche, les poissons viennent se jeter
    Dans l’hameçon même s’il n’y a rien d’autre qu’un attrape-nigaud.
    N’empêche que cette pimbêche devrait arrêter d’agiter
    Sa pêche devant son vaurien de chien aux curieux vertigos.

    Tableaux de Vasyl Khodakivskyi sur https:www.singulart.comfrartistekhodakivskyi-vasyl-7455 .

  • Rue des nombres

    Rue des nombres

    Prenez tout droit après le trois, tournez au cloître après le quatre,
    Jusqu’au bassin après le cinq, puis vous y êtes, devant le sept.
    Je me perds dans la ville de Troyes, encore plus dans la ville de Chartres
    C’est encore pire dans l’île de Sein et ce n’est guère mieux à Sète.

    Sans doute les chiffres se suivent et se ressemblent presque tous ;
    Un Six est un Neuf à l’envers, un Sept n’est qu’un Un mal fini ;
    Les zéros se suivent et se poursuivent ou parfois disparaissent en douce
    Les huit ce sont les plus pervers, couchés, ils deviennent infinis.

    Notre système décimal n’est pas facile à diviser
    On ne peut faire que deux rangées de cinq colonnes et ça s’arrête là.
    Le fait qu’on n’ait qu’un minimal de cinq doigts me fait aviser
    Que l’diable n’y serait pas étranger et quant à Dieu… restons-en là.

    Tableau de Tobia Ravà sur https://sistart.org/artists/tobia-rava.

  • Racines numériques

    Bien que les arbres numériques n’aient pas leurs racines carrées,
    Ils n’en sont pas moins rationnels sans la moindre branche infinie.
    Toutes les feuilles périphériques qui poussent au printemps bigarré
    Meurent d’un vol opérationnel vers les espaces indéfinis.

    C’est ce que disait l’arbre-mère qui le tenait de l’arbre-grand-père
    Durant tant de générations que c’en était arithmétique.
    Contrairement aux feuilles éphémères, la vie des arbres est plus prospère
    Mais malgré leurs vénérations je trouve leur vie hypothétique.

    Sans doute trouverais-je l’arbre-sœur complémentaire à ma série ;
    D’une espèce géométrique et d’obédience euclidienne.
    Et puis au sein du processeur, naîtrons dans sa périphérie,
    Nos deux enfants géométriques hiérarchisés en file indienne.

    Tableaux de Tobia Ravà sur https:sistart.orgartiststobia-rava .

  • Les ondes Chamaniques

    Les ondes Chamaniques

    Selon les ondes telluriques émanant de la Terre-Mère
    Et selon l’orbite terrestre avec l’influence lunaire,
    La science pythagorique et l’Hypothé-muse d’Homère
    Ont tracé des signes rupestres visibles depuis des millénaires.

    Mais seuls ressentent la pulsation qui relie la source du monde,
    Les chamans guidés par la force inscrite sur les plaines immenses.
    Énigmatiques ondulations dont peuvent ressentir les ondes,
    Ceux qui savent faire une entorse aux sciences avec véhémence.

    Ils cheminent entre ombres et lumières guettant les messages du sol
    Et les reflets de pleines lunes qui guident leurs pas circonstanciels.
    Les chamanes partent les premières sans instructions et sans boussole
    Car par leur nature opportune, ce sont elles, les filles du ciel.

    Tableau d’Alina Lavande.

  • La mode papillon

    Les tatouages sont à la mode
    Comme la marque de la bête
    Mais ne cherchent pas à se cacher
    Mais plutôt à s’identifier.

    Mon tatouage est ma tribu !
    Mon tartan, mon appartenance
    Ma façon de me distinguer
    Et d’honorer mes origines.

    Un maquillage permanent
    De la naissance jusqu’à la mort
    Que je transmets à mes enfants
    Et mes arrière-petits-enfants.

    Bientôt l’humain évoluera
    Et bientôt l’humain portera
    Son tatouage dans ses gènes,
    Son tartan dans ses chromosomes.

    Naitront des enfants-papillons,
    De enfants-tigres, des enfants-zèbres ;
    L’égalité sera sujette
    À cette marque de fabrique.

    Alors le monde tremblera
    Quand, d’un petit brassement d’aile,
    Tous les papillons de la Terre
    Provoqueront l’apocalypse.

    Tableaux d’Evgola.

  • L’œil de l’intuition

    L’œil de l’intuition

    Quand je quitte la réalité pour rallier l’esprit à l’âme,
    Mon intuition prend le relais pour une pause disciplinaire.
    Je le fais souvent alité lorsque mon cerveau le réclame
    Après m’être fait morceler dans le flot de l’imaginaire.

    Lorsque j’associe la logique et le langage de l’émotion
    En me plongeant dans une image pour en extraire son contenu,
    Des synapses psychologiques s’agitent avec locommotion
    Et mes neurones alors dégagent une synergie soutenue.

    Il se produit des courts-circuits au contact des deux hémisphères
    Et ça disjoncte à qui mieux-mieux entre conscient et subconscient.
    Et tout ce processus induit des paysages qui s’interférent
    Entre des mondes harmonieux qui se déversent de l’inconscient.

    Tableau d’Alefes Silva.

  • Ruby & Lino super-vitaminés

    Par un excès de vitamines, Lino a promptement grandi
    Et lorsque Ruby le promène il a tendance à effrayer,
    Par peur qu’il ne les contamine, tous les chiens en laisse brandis
    Par leurs maîtres alors peu amènes de se faire ainsi défrayer.

    Ruby s’en moque et elle attend… pourtant Lino n’a pas maigri ;
    Il faut se faire une raison et accepter l’adversité.
    Parfois dans le monde latent, même si tous les gens sont aigris,
    Il faut mettre dans sa maison un peu plus de diversité.

    Tableaux de Katrin Welz-Stein sur https:www.demilked.commagical-illustrations-catrin-welz-stein .