Arlequin est à la musique un compositeur qui combine Joie et tristesse, rire et colère et toutes sortes d’oxymores. Son habit fait de mosaïques patchworkées par sa Colombine Lui donne une allure de trouvère bon vivant et trompe-la-mort.
En ce moment, il a le blues ; ça lui arrive à chaque Lune Lorsque celle-ci est gibbeuse durant trois nuits interminables. Colombine en est très jalouse car dans ces périodes opportunes Il court après toutes les gueuses qui dansent nues, impressionnables.
Et quand revient l’aube pâlotte qui gratte aux vitres de sa chambre, Arlequin range sa bravade et replie ses humeurs fantasques. Colombine ôte sa culotte, s’étire alors de tous ses membres Et son cœur qui bat la chamade réclame de tomber le masque.
Mes rêves seraient musicaux mais j’en oublie la mélodie Sans doute à cause des oiseaux qui sifflent leurs petits airs charmants. Pourtant les troubles vésicaux ne laissent aucune rhapsodie Lorsqu’ils réveillent le roseau pensant que je suis en dormant.
Je me souviens bien des images et des dialogues échangés Mais ni le moindre triolet, ni chansonnette n’en émane. J’aimerais pourtant rendre hommage non pas aux chanteurs étrangers Mais à ceux qui ont affriolé toute ma jeunesse mélomane.
J’aimerais rêver de Brassens, de Ferré, de Ferrat, de Brel Et les chansons de flibustiers et tous leurs couplets fastidieux ! Refaire les accords qui parvinssent à complaire à Francis Cabrel Et Maxime Leforestier qui taquinaient comme des dieux !
Je rêve surtout d’échapper à la moderne dictature Des chansons nord-américaines qui déferlent partout dans les rues. J’en ai l’oreille handicapée à ouïr ces caricatures De blues d’origine africaine dont l’harmonie a disparu.
Tableaux de Mary Delave sur http:marydelave.blogspot.com .
Depuis qu’elle y avait goûté, elle retournait patiemment Là où elle m’avait rencontré tout en espérant me revoir. Or si je m’étais écouté, je l’aurais hélée galamment Et invitée pour lui montrer tout ce qu’elle souhaitait entrevoir.
Mais les papillons dans son ventre bourdonnaient trop discrètement Et s’envolaient évidemment dans la mauvaise direction. Parfois le cœur se déconcentre… son œil ouvert distraitement Devrait porter avidement plusieurs lentilles de correction…
Sans doute l’amour soufflera un jour lui soulevant la robe Et l’œil du cœur m’apercevra, entouré de ses papillons. Sans doute l’envie s’insufflera avant que je ne me dérobe Et la vestale me percevra comme un divin amphitryon.
Quand je serai dans mon royaume, coupé de tout réseau social, Comment vous recontacterai-je depuis mon paradis perdu ? Comme il n’existe aucun idiome, ni protocole interfacial, Comment alors m’adapterai-je à cette frontière distordue ?
Par le miroir évidemment, le maître de mes Reflets-Vers ! Je renverrai par son image comment j’existe désormais. Vous y verrez avidement tous les secrets de l’univers Que je mettrai dans mes messages télémiroités à jamais…
Si vous voyez en noir et blanc, c’est que je n’ai plus de douleur ; Ni cœur morose, ni bleus de l’âme, ni la moindre taciturnité, Je vis l’amour sans faux-semblants avec mes muses en couleur Qui m’ont toutes avoué leur flamme qui brûle pour l’éternité.
Était-ce Loreleï ou bien Laureline ? J’avoue, je les confonds souvent Mais je me souviens d’elle prostrée d’avoir failli à sa mission. Plongée dans l’eau qui dégouline elle priait – c’est émouvant – Un dieu quelconque idolâtré et en totale soumission.
Passant par-là, moi Lucifer, j’ai eu pitié de la fautive – Ne le répétez à personne, cela nuirait à mon image – Je déposai l’ardente sphère entre ses mains conservatives Et, avant qu’elle ne me soupçonne, j’ai disparu tel un mirage.
Alors la vestale s’est levée pensant la flamme retrouvée, L’offrit au temple de Vesta pour la pérennité de Rome. Tandis que le feu s’élevait, son petit cœur fort éprouvé Cette fois-là manifesta un méphistophélique syndrome.
Il est des rêves qui n’apparaissent que le soir entre chien et loup Quand tout se brouille et se confond, l’imaginaire prêt à jaillir. Je sens cette étrange paresse m’envahir d’un halo jaloux De la réalité qui fond peu à peu jusqu’à défaillir.
Puis la nuit tombe son rideau et pourtant le rêve persiste ; Je devrais dormir et pourtant je me réveille et il est là : Ce royaume dit « l’Eldorado » que l’on prétendrait utopiste M’ouvrir son portail envoûtant sur le miroir du Walhalla.
À l’aube, il reste ouvert une seconde et une seule seulement Avant de fondre dans l’écume et retourner dans le néant. Un jour, je quitterai ce monde, je quitterai mon élément Et plongerai droit dans la brume dans cet interstice béant.
Elle court, elle court, elle court, l’Europe toujours jolie mais toujours nue ! C’est à se demander pourquoi, passé le siècle des lumières, Passé les géniaux philanthropes que notre histoire a retenus, Passé ceux qui avaient ce « je-ne-sais-quoi » et qui l’ont sortie de l’ornière !
Est-ce qu’elle court après l’argent ? Le temps a passé sous les ponts ! Est-ce qu’elle court après l’amour ? Covid et Sida l’ont tué ! Est-ce qu’elle veut courir en chargeant ? Hélas il n’y a plus de Napoléon Et puis, la guerre, ce n’est pas glamour et n’est qu’un mal substitué.
Si je rencontre l’Europe nue courant à côté d’un bison Et que je le raconte en vers dans un pamphlet Freud-Nietzschéen, Qui donc croira au contenu de mon poème écrit… disons Le jour où ma tête à l’envers a cru au rêve européen ?
Tableau sur https:illustrators.rupostspohischenie-evropy .
Une fois que nous aurons franchi le point critique du numérique, Le retour sera impossible, happés par un progrès charmeur. Le courrier sera affranchi par une empreinte biométrique ; Tout sera rendu accessible au bon vouloir des programmeurs.
Adieu les pièces de cinq centimes égrenées chez la boulangère ; Adieu les timbres de collection qui nous ont fait tant voyager ; Adieu les sourires intimes qu’on échangeait l’humeur légère Contre un petit peu d’affection, un petit plaisir passager.
Le travail au noir clandestin devra aussi évoluer Avec un troc équivalent à quelque obscur cyber-trésor. On se rappellera le destin du Roi Midas éberlué De voir l’effet ambivalent de pouvoir tout changer en or.
Mais quand l’IA super-débile, ce clown secret du numérique, Viendra nous imposer son rythme à faire chuter les valeurs, Elle laissera dans nos sébiles un dernier clin d’œil poétique, Brisant l’miroir aux algorithmes pour sept fois sept ans de malheur.
Œuvre d’art visuel qui utilise une technique de hachures.
À l’instar du roi des abeilles ainsi que leur Reine pondeuse, Les sirènes ont élu leur sire au rang du grand héron qui pêche. Elles ont rempli leur corbeille d’offrandes les plus hasardeuses Selon les souhaits qu’on voit grossir et dessinés sur sa ventrèche.
Le roi des sardines est un thon né de sardines et thon germon Qui n’a jamais été pêché et donc n’arrête pas de grandir. C’est pourquoi il est de bon ton de ne pas faire de sermon Mais plutôt de lui dépêcher tout ce qui pourrait l’arrondir.
Cachalots, baleines bleues ou blanches sont aliments de premier choix Pour sa majesté aux dents creuses et au ventre démesuré. Mais surtout pas la moindre tanche ou le moindre petit anchois Car une allergie désastreuse lui donne des boutons azurés.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
La gentille nounou des poissons se trouve dans son élément Quand le matin elle ravitaille les poissons des gens en vacances. Elle part faire sa moisson de toutes sortes d’aliments Flocons et sticks selon leurs tailles et granulés en conséquence.
Petite particularité : sa mère étant une sirène Elle les nourrit toute nue, rapport à l’aquarium géant Qu’un vieux loup d’mer a hérité de son extravagante reine Qui dévorait le contenu des grands viviers de l’océan.
Mais la douce enfant de la mer, quand elle penche son front tranquille, Entend parfois un long appel qui vient vibrer dans les écailles. Un chœur ancien mais doux-amer monte en remuant les eaux subtiles Et fait frissonner la pucelle du fond des bulles qui rouscaillent.
Alors, d’un geste suspendu, elle croit revoir son héritage ; Des algues d’or, un ciel liquide, la grande houle aux reins profonds. Et même si ses jambes perdues restent captives de son rivage, Elle garde en elle, translucide, un océan et ses tréfonds.
Et quand revient le soir docile, qu’elle referme la maisonnée, Les poissons tournent en pédalier et dansent en guise d’alarme. Car dans ce monde trop fragile où tout s’efface sans raisonner, La nounou, douce et déliée, leur sert d’horizon… et de charme.
Qu’est-ce qu’elle était jolie, la boîte de Pandore Avec tous ses trésors et toute sa connaissance ! Mais une fois ouverte, d’emblée je subodore Qu’elle ne se ferme plus pour cause d’obsolescence.
Car l’acquis ne s’efface ni ne disparaît jamais À part une amnésie pas trop recommandée. D’où la mort nécessaire qui seule peut désormais Tout remettre à zéro bien que vilipendée.
Mais le regretterai-je si je n’ai pas le choix ? Puisque la boîte est là, alors autant l’ouvrir ! Je me dis que s’il n’y a pas de prochaine fois Alors la connaissance me reste à découvrir…
La boîte frémissait d’un éclat primitif, Gardant sous son couvercle un tourbillon de braise. Un souffle en émergea, si pur et si furtif, Qu’il me parla de mondes enfouis sous la glaise.
Je crus d’abord au piège, à l’ombre d’un vieux sort, Mais la lumière vive repoussa mes alarmes ; Elle montait en gerbes, elle grondait si fort Que j’en perdis le fil et puis baissai mes armes.
Car ouvrir une boîte, c’est briser l’ancien sceau, Laisser la vérité bondir hors de nos limites ; Si l’on s’y aventure, on finit comme un sot Transpercé d’un savoir aux flammes qui crépitent.
Alors j’ai relevé le couvercle aux remords Puisqu’il faut bien tomber pour que l’esprit respire. J’ai laissé la clarté aiguillonner la mort Et refermé la boîte pour le meilleur du pire.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
J’ai la femme en ligne de mire dans le viseur de mon cerveau Qui scanne et voit aux rayons X son corps entier déshabillé. C’est ainsi ; si je vous admire, c’est à cause de cet écheveau D’évolution toujours prolixe à l’envie de vous enquiller.
Mais il y a bienpire que moi notamment les chasseurs de femmes, Aussitôt qu’ils voient un jupon et qui ne peuvent pas s’empêcher Afin de calmer leurs émois à trouver tous les trucs infâmes Pour vous faire franchir le pont et tant pis si c’est un péché.
Quant à moi, dragueur de papier, je ne déshabille que mes vers D’où surgissent de jolis seins ainsi que des fesses admirables. Vénus en gémeaux me met l’pied à l’étrier, certes pervers, Pour vous faire du charme à dessein… hélas chez moi, impondérable.
Et sous les cercles qui l’encerclent, je vois surgir un univers Où l’interfrange me désarçonne car son calcul me prend de court. Or, la beauté sous le couvercle ne reste pas sous le couvert ; Elle traverse, elle rayonne et me transperce à chaque tour.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Sans doute qu’une eau cristalline ayant mémoire des cristaux Retransmet à l’eau de mon corps une foule de souvenirs. Chaque décharge d’adrénaline résonne son effet costaud Ou costal selon le rapport mémoire passée et à venir.
Mais tout ça n’est que théorie ; si mon eau vient des océans, Toutes les âmes précédentes, qui ont dû s’y jeter dedans, Ont vu toutes sortes d’allégories disparaître dans le néant Pour réapparaître obsédantes et se coller entre mes dents.
Ainsi mon ostéoporose résulterait des inepties Qui auraient fait grincer les dents à mes ancêtres au fil des ans. Je n’ai plus trop l’humeur morose après une telle prophétie Car j’en ai détruit l’excédent d’avec mon âme dès à présent.
Et si l’on boit la même eau vive que les saisons de l’univers, Peut-être qu’un jour on perçoit les cycles sous la peau qui tremble. Chaque cellule alors dérive sur les marées automne-hiver Et ma chair douce comme soie devient le fronton de mon Temple.
Les cafards sont tous différents selon les émotions qu’ils portent ; Bleus de chagrin, rouges de colère, verts de peur et violets de cœur. Ainsi chacun est afférent et correspond à une porte Bien précise, lunaire, solaire ou tout autre astre alambiqueur.
Chaque fois qu’elle a le cafard, elle joue avec les allumettes Pour les griller l’une après l’autre, les bleus, les rouges et les violets. D’où son teint aux reflets blafards qui évoquent une fantômette Qui craindrait un mal qui se vautre sur son âme bariolée.
C’était quand même dangereux de jouer ainsi avec le feu Car le cafard revient toujours même brûlé et calciné. L’acide étant trop sulfureux, elle m’a fait un jour cet aveu Égal au prix de son amour que je paie pour ma dulcinée.
Et sous les cendres du courage, un espoir minuscule dort, Truquant la peur qui se réveille à chaque transe douce-amère. Mais si l’on perce le nuage d’un trait de feu contre le sort, Les blattes fuient telle des bouteilles de messages jetés à la mer.
Tableau d’Édith Lebeau sur https:www.moderneden.comcollectionsedith-lebeaupainting .
Lorsque la chatte s’est retournée offrant son cul pour la fessée, Mon petit oiseau a mal compris le sens de cette dérobade. Alors les choses ont mal tourné les deux pieds se sont affaissés Et là, bien mal leur en a pris à cause de leurs rodomontades.
J’ai vu la nappe se soulever et puis me dévoiler sa lune Qui se levait dans la nuit noire dans un mouvement émouvant. L’occasion d’aller retrouver une telle occasion opportune Me rappela un trou de mémoire dans lequel je tombe souvent.
Et la table devint vivante et s’est mise à boire mon vin Puis des oiseaux sont accourus pour compléter l’absurdité. Cette rêverie captivante aurait pu continuer en vain Si l’on n’m’avait pas secouru par cette nuit d’ébriété.
Et l’on me dit d’un ton austère qu’il fallait plier les serviettes Mais la table en prit à son aise, filant vers l’aube clandestine. Je restai nu sur cette terre, accusant toutes les mouettes D’avoir troublé, par leurs fadaises, ma nappe à l’âme libertine.
Ariane est devenue pâlotte quand elle sut qu’elle était d’astreinte Devant la porte où débouchent éventuellement les concourants. Lorsqu’elle a donné sa pelote juste à l’entrée du labyrinthe Elle a mis le bout dans sa bouche pour être tenue au courant.
Elle a donc suivi en direct le match Thésée & Minotaure Avec stupeur et émotion mais ce n’était qu’une imposture Car bien que ce soit incorrect, elle a prévenu les centaures Que leur copain en commotion était en mauvaise posture.
On lui a dit de ne rien dire de ce qu’elle n’aurait pas dû entendre Mais malgré le poids du secret, elle avait juré de se taire. Chacun aurait pu le prédire et elle ne perd rien pour attendre… Quant à l’amende consacrée, ça lui forgera le caractère !
Et depuis ce jour, la fillette, pour éviter toute bévue, Range son fil dans sa besace qu’elle conserve jalousement. N’en donnant plus la moindre miette, selon ce qu’il était prévu, Personne n’a retrouvé la trace de la sortie évidemment.
Côté cœur, je m’tiens à carreau car les reines rôdent dans les couloirs ; Il y en a deux et le problème est que l’on ne sait jamais d’avance Si c’est celle sortant du fourreau l’épée qui tue sans le vouloir Ou celle portant la rose blême et qui vous tue de connivence.
Car l’une et l’autre tue d’amour soit par un trèfle soit par un pique ; Quelle que soit la carte jouée, elle coupe à cœur, c’est là son jeu. Déployez humeur et humour et jouez de façon atypique Gardez bien en vue qu’échouer serait très désavantageux !
Aïe ! C’est sur moi qu’elle est tombée brandissant la rose aux épines ; Je vais devoir me comporter comme un as pour être son roi. Être roi ou bien succomber, entre les deux mon cœur opine Pour tenter de la supporter dans un règne en plein désarroi.
Mon cœur prend son souffle et s’emballe, la partie est perdue d’avance… Mon trône est un château de cartes, fragile et prêt à se casser. Gravez sur ma pierre tombale : « ci-gît le roi de la malchance Qui raisonnait, comme Descartes, que le bon sens s’est fracassé. »
Finalement la rose effeuillée révèle ses pétales blessés, Ce n’était qu’un jeu de hasard et c’est devenu mon destin. « Me voici, ma Reine ! Accueillez celui qui ose s’empresser De vous offrir tout le bazar : la joie de l’amour libertin ! »
Je crois que mes mots lui ont plu car elle m’a embrassé goulue Entre son épée et sa rose, elle m’a accordé son cœur. Si en amour rien ne va plus lorsque le hasard l’a voulu, Il adviendra qu’un roi morose au début s’en sorte vainqueur.
Tableau de Jieyluong sur https:www.deviantart.comjieyluong .
J’ai une araignée au plafond mais pas de quoi devenir fou Sauf si, en cas de fin du monde, il vaut mieux que je les évite. Aussi, dans mes rêves profonds, je garde un œil, je vous l’avoue, Sur ces sales bestioles immondes qui surviennent à la va vite.
Il paraîtrait que j’en avale toutes les nuits dans mon sommeil ! J’ai peur qu’elles me tissent une toile de l’estomac jusqu’au rectum. Où faut-il donc que je cavale pour avoir un meilleur conseil À fournir à la belle étoile pour éviter l’ultimatum ?
Et si l’une d’elles me susurre que je suis l’intrus sur mon lit, Je devrai, pour sauver ma peau, me faire discret comme une ombre. Mais qu’une patte-à-fil de couture me frôle, je bondis d’un coup de folie Et l’araignée rit sous l’capot, voyant mon courage en décombres.
Elles sont expertes et se camouflent avec leurs pas d’illusionnistes ; Elles complotent dans des endroits à l’abri des yeux qui vacillent. Si leur fil, mince comme un souffle, las, me capture à l’improviste, Je deviendrai leur pauvre proie, prisonnier dans ses bas résille.
Tableau de Kremena Chipilova sur https:kremenachipilova.com .
Te voici donc enfin, dernier jour de novembre Avant la première aube du mois de décembre. J’eusses aimé emprunter les mots chers à Rimbaud Mais le maître aurait-il pu tenir le flambeau ?
J’ai donc cherché ailleurs le vrai mot qui achève, Le dernier mot marquant, celui qui parachève. Dans « Les Voix intérieures », j’ai relu tout de go Ce poème si cher à toi, Victor Hugo !
« Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ; TOUT, la haine et le deuil ! Et ne m’objectez pas Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Écoutez bien ceci : tête-à-tête, en pantoufle, Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle, Vous dites à l’oreille du plus mystérieux De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire, Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre, Un mot désagréable à quelque individu. Ce MOT — que vous croyez qu’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre — Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ; Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ; Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ; Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle ! Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ; Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues, Et va, tout à travers un dédale de rues, Droit chez le citoyen dont vous avez parlé. Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, Entre, arrive et railleur, regardant l’homme en face Dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. » Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel. »
Les tatouages évolueront par les nouvelles technologies Et s’afficheront en couleurs qui varieront avec le temps. Au printemps ils nous salueront par de nouvelles morphologies Qui mettront une fin aux douleurs de nos vieux coloris d’antan.
L’été, des tatoos flamboyant pleins de soleil et de lumière, Lumineux en fin de soirée, fluorescents durant la nuit. Imaginez-vous renvoyant vos pensées en avant-première Par mots subliminaux moirés sur votre corps tout ébloui !
Les femmes ayant plus de surface pourront y raconter leurs vies, La vie en rose, les bleus de l’âme et les petits baisers violets. Quand on se trouvera face-à-face, Madame alors sera servie Comme une véritable oriflamme de délices affriolées.
Je n’ai pas besoin de Monet, ni de Van Gogh, ni de Cézanne Ni de boire du vin d’absinthe, ni de drogue hallucinogène Pour voir un tableau marmonner qu’il voudrait partir à Lausanne Pour retourner en terre sainte vers l’origine de ses gènes.
Car les tableaux parlent d’eux-mêmes ; inutile d’en lire le titre Pour connaître leurs intentions qui sourdent à travers la peinture. Les photos, du pareil au même ; les sous-verres fusent sous la vitre Et me dictent leurs prétentions ainsi que leurs envies d’aventure.
Sur internet, ça va plus vite ; un clic et un aréopage De liens et de sites en rapport me déversent leurs logorrhées. Parfois je biaise, je les évite mais aussitôt tourné la page Tout ce qui dans l’air s’évapore revient pour me revigorer.
Tiens ! Par exemple, pour celui-ci, l’image me paraissait bien plate Mais aussitôt une deuxième et deux autres sont accourues Pour dire qu’elles bénéficient d’un créateur que l’on relate Dans une expo philippinienne dans laquelle il a concouru.
Mais où va le cœur de l’Europe ? Plutôt à l’Est ou à l’Ouest ? Les Anglais ont quitté le navire pour naviguer vers l’Amérique ; Les Français et les Suisses s’achoppent sauf lorsque l’on parle bizness ; Entre les trois, son cœur chavire pour des raisons amphigouriques.
Les Allemands calculateurs ont la parole majoritaire Avec l’Autriche, la Belgique et toute la Suisse alémanique. Ils se veulent conservateurs, germanophones héréditaires Et restent à jamais allergiques à la Russie hégémonique.
Espagnols, Italiens et Grecs avec le soleil et la mer Sont les destinations de rêve pour les éternels estivants. Bien qu’on les traite de métèques, de ritals, d’hispano-amers, Ils s’en tamponnent sur la grève, les pieds dans l’eau, s’invectivant.
Tant pis ! Chacun reste chez soi et les vaches seront bien gardées ; Le cœur de l’Europe bat au rythme incertain de ses habitants. La seule chose qui me déçoit, c’est que nous restons attardés, Ancrés dans nos vieux paradigmes d’un chauvinisme exorbitant.
Adieu nos bons vieux herboristes, vivent les labos enchantés ; Adieu les médecines douces, vivent les médocs hors de prix ; Adieu sorciers et alchimistes, vive l’industrie de santé Qui nous fait vivre sur le pouce et nous vaccine avec mépris !
Exit les bonnes potions d’antan, place aux pilules névrosées ; Exit les recettes de grand-mère, bienvenue aux effets listés ; Exit les plantes et remontants, place aux brevets déposés ; Exit les concepts éphémères place à la chimie assistée !
Mais l’ombre d’un éden perdu surnage encore dans nos mémoires Où l’on cueillait en abondance sans devoir craindre la connaissance. Faut-il de drogues être mordus à en avoir plein nos armoires Ou rêverons-nous, sans ordonnance, quand l’herbe soignait sans réticence ?
Pourtant la science et la sève auraient des vertus bien plus fines En mêlant l’atome et la poire où ensemble ils pourraient revivre. Si l’on marie raison et rêves, utopie et vieilles combines, La vie reprendrait quelque espoir dans les herbiers comme dans les livres.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
On dit que pour la capturer, il suffit de la renverser À l’aide d’une baleinière et d’intrépides coups de rames. Seulement voilà ! Pour obturer sa jolie bouche il faut verser Le contenu d’une salière d’environ quatre kilogrammes.
Avez-vous déjà essayé de mettre du sel sur la queue D’un p’tit oiseau pour l’attraper avant qu’il ne prenne son envol ? C’est pareil ! Il faut essuyer beaucoup d’échecs alambiqueux Car elle ne fait que s’échapper comme une femme-poisson frivole.
Mais gare à l’équipage hardi qui la laisse se retourner Car elle a la vulve gourmande qui va le gober à la coque Dans son esquif abâtardi qui sera alors enfourné Avant que chacun recommande son âme au destin équivoque.
Illustration de Nicole Claveloux sur https:honesterotica.comportfolios1125 .
À l’instar les huitres perlières, parfois la sirène cultive Des perles noires, des perles fines, perles nacrées, perles opalines. Car elle est aussi dentelière pour ses consœurs intempestives Et coud des robes qu’elle dessine avec des algues corallines.
Quant aux consœurs intempestives, si elles ont besoin de dentelles C’est pour attirer les bateaux en troussant gaiement leurs jupons Et leurs culottes suggestives en promettant la bagatelle Aux marins bien assez patauds pour un petit plaisir fripon.
Tableau de Henry Clive sur https:americangallery.wordpress.com20120727henry-clive-1882-1960 .
Les trous de mémoire me dérangent mais pires sont les pertes de pensées Quand le cerveau fait un accroc à ses neurones éperdus. Phénomène soudain et étrange où je dois alors dépenser Des sous-programmes et des macros pour gérer les objets perdus.
Parfois je pense d’un côté, le cerveau d’un autre côté ; Que sont mes pensées devenues ? Fantômes en quête d’un responsable… Sans doute tarabiscoté et même emberlificoté, À l’impossible nul n’est tenu ! Même si c’est irréalisable !
Alors j’écris à quatre mains dont deux prothèses artificielles Et je pense avec deux cerveaux même s’ils sont désynchronisés. Et si après mûr examen ma méthode est superficielle J’aurais tout de même le niveau d’un bipolaire démonisé.
Ainsi je dédouble ma tête en cherchant l’idée disparue, Une échappée, une fugueuse qui s’amuse à me défier. Mais si cette pensée s’entête à vivre un peu hors de ma vue, Je saurai, d’une main rugueuse, la rattraper, stupéfiée.
Tableau de Vito Campanella sur https:it.paperblog.comvito-campanella-surrealismo-e-metafisica-1607278 .
Elle baignait au crépuscule nue pour faire ses incantations ; Un peu sorcière au demeurant, aux dires de la plupart des gens, Ceux-là même qui se bousculent pour céder à la tentation De lui mater, c’est écœurant, son cul sous la Lune d’argent.
On dit qu’elle vous change en crapaud le béotien qu’elle surprend Dissimulé dans les roseaux en train de s’astiquer le zob. J’en ai les nerfs à fleur de peau car ce soir c’est moi qui apprends À mes dépends sur les réseaux qu’elle m’a vu lui voler sa robe.
Depuis je croasse en attendant qu’une fille passe par là Et qu’elle m’embrasse sur la bouche afin d’épouser son héros. Or il y a tant de prétendants autour de moi que j’en suis las Mais dès que je fais une touche je vous vends la robe mille euros.
Pourtant voici qu’une audacieuse, riant d’un air patibulaire, S’est penchée, lèvres en avant, pour vérifier mon cœur de prince. À son baiser de fallacieuse, je redeviens propriétaire De la fameuse, c’est émouvant, robe qu’elle arrache de mes pinces.
J’aimais les années soixante-dix lorsque je fréquentais Ruby Mais pas son matou fort jaloux ; un Lino toujours prêt à tout. Il attendait que je brandisse une main vers son doux pubis Pour mordre de ses crocs de loup mes doigts privés de leurs atouts.
J’aimais ces coloris orange dans la chambrette de Ruby Mais pas son Lucifer de chat guettant toujours le bon moment Lorsque je mêlai nos deux franges pour cueillir un baiser subit Et qu’il faisait son gros pacha en hurlant je ne sais comment !
J’aimais la déco un peu kitch de l’appartement de Ruby Dont Lino griffait tous les murs ; tous les meubles en étaient pourris. Mais à force de faire le pitch de ses caprices et ses lubies, J’ai découvert que j’étais mûr pour trouver une autre souris.
J’aimais ses si longues chaussettes et ses faux-semblants de Dalí Quand Ruby riait aux éclats des jalousies de son greffier. Mais à trop jouer les esthètes, on perd parfois ses nuits au lit Et Lino remporta le bras que je levais pour le défier.
Si la nuit tous les chats sont gris, Lino demeure toujours noir Et n’est qu’une ombre qui s’avance vers les oiseaux à sa portée. Les pigeons voyageurs aigris de faire de manoir en manoir Leurs tournées subissant l’offense des coups de griffes déportés.
Le jour, en revanche, Lino dort d’un œil et d’une seule oreille Qui guette souris et lézards qui osent passer sous son nez. Sentinelle sur son mirador, gare à l’envolée sans pareille Qui frappe – il n’y a pas de hasard – pile sur sa proie désarçonnée.
Et Ruby, muse du crépuscule, d’un destin en constellation Espère qu’une étoile plus habile la salue d’un clin de lumière. Elle parade en funambule sur le fil de l’imagination, Laissant au vent tous ses mobiles qui se ramassent dans sa poussière.
Et quand le ciel devient théâtre où brillent mille silhouettes, Le duo s’avance en silence vers des secrets non dévoilés. Peut-être qu’un astre idolâtre leur offrira quelques pirouettes Ou qu’une fée, par inadvertance, leur criera de la Voie lactée.
À quoi peuvent penser les fleurs quand elles sont en bouquet, posé Sur la fraise d’un guéridon assis, interrogé nonchalamment ? Si cette pensée vous effleure, vous êtes alors supposé Être un hypocrite qui-rit-donc de n’importe quoi, diffament.
Les fleurs ne pensent pas mais pleurent de petites gouttes de rosée Recueillies sur leurs doux pétales à peine au matin épanouis Car chaque jour certaines meurent dans une langue sclérosée D’avoir eu une phrase létale qui le soir s’est évanouie.
Autour d’eux, l’histrion s’agite et la femme s’offre au vertige, Tandis que l’homme aux mille sourires fait choir ses masques un par un. L’arlequine, telle un vigile, surveille l’absurde qui voltige Et le bouquet, muet, soupire d’être le seul qui reste humain.
Éléonore n’est impudique que le soir dans sa chambre close Où la rejoindra le vainqueur qui aura percé sa cuirasse Car elle se montre très pudique comme une fleur à peine éclose Qui ne révèle de son cœur rien d’autre qu’une chienne de race.
Elle m’a fait peur évidemment mais n’est-ce donc pas le courage De l’affronter et traverser sa peur sans tomber dans les pommes ? Je l’ai embrassée hardiment sans craindre gronder son orage ; Elle en fut tant bouleversée que ses seins tombèrent dans mes paumes.
Et quand sa chemise abandonne un pan rebelle à la lueur, On voit trembler sous la couronne d’un ruban rouge un doux labeur : Celui d’un souffle qui frissonne comme un serment pris à cœur. Elle n’a rien dit. Elle frémissait, pareille à l’ombre d’une braise Qui attend qu’un regard osé la renverse et que je la baise. Alors, d’un rythme bien avisé, j’ai semé l’orage qui l’apaise.
Tableaux de Bernard Charoy sur https:www.drive2.rub3144250 .
Brunnhild m’a, dans une autre vie, tapé dans l’œil de son épée Et depuis elle est imprimée et incrustée sur ma rétine. Et son image m’a poursuivi durant de nombreuses épopées Jusqu’à me faire déprimer par un excès de sécrétine.
Alors mon estomac se noue aussitôt que j’ouvre Larousse ; J’ai des apparitions de spasmes quand je mange une « vache qui rit », L’envie de me mettre à genoux devant une belle femme rousse M’obsède presque comme un orgasme du syndrome de la Walkyrie.
Même sur les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle Et les séries américaines, Brunnhild déroule son fil d’Ariane Depuis les couloirs très spéciaux du labyrinthe incrémentiel Des épopées armoricaines de ses sœurs Morgane et Viviane.
Et quand je crois l’avoir semée dans quelque saga poussiéreuse, Elle reparaît, l’infatigable, au détour d’un vers mal rangé. Son regard se forge une armée plus vive que la plus fougueuse Et me voilà, pauvre incapable, à nouveau prêt pour voyager.
Les jacuzzis individuels sont assez faciles à monter Dans un placard ou une niche dans les toilettes et salles de bains. Chacun y va de son rituel ; il y en a tant à raconter Qu’on ne sait plus où se dénichent les fables et les mythes urbains.
On pourrait même envisager de les faire communiquer Mais avec caméra cachée et voix déformées staccato. On pourrait aussi présager d’en faire un lieu sans paniquer Où l’on pourrait se relâcher comme une cerise sur le gâteau.
Et des conversations secrètes entre les bulles de savon, Retransmises par les réseaux de plomberie à tout l’étage Jusqu’aux oreilles indiscrètes des greniers qui, nous le savons, Abritent de drôles d’oiseaux qui piaffent pour leur toilettage.
Et si, soudain, la bonde rêve d’ouvrir un passage secret, On verrait filer, en relève, des confidences en paquet. Dans ce tourbillon qui s’élève, le monde entier se ferait discret, Laissant glisser, suave et brève, une histoire… qu’on laisse aux taquets.
Tableau de Ferdinand Boutard sur https:www.museum-of-art.netroomswalk18851 .
Novembre revient nous border de ses couvertures dorées Que beaucoup de frileux redoutent mais dure est la loi des saisons. L’artiste vient aussi aborder avec ses tubes mordorés Et ses vieux pinceaux qui s’égouttent sa nouvelle mode à nos maisons.
Novembre et ses nappes de brume blanchit le fond du paysage Et met ses touches de couleurs selon sa palette d’automne. Quelques tonalités d’agrumes feront de jolis balisages Selon l’essence et les valeurs des arbres aux feuilles qui détonnent.
Et c’est comme un coup de tonnerre mais silencieux pour une fois Qui sort le ciel de son sommeil par tous ses ocres automnaux. Hormis le pécheur débonnaire qui ne s’étonne toutefois De n’attraper sous le soleil que de médiocres saumoneaux.
Et quand le soir vient se mirer sur les eaux calmes du vieux lac, Les îlots d’ombre viennent et s’étirent et frôlent les rives en secret. On dirait qu’un ange égaré y dépose encore son bivouac Avant que novembre n’attire son dernier rayon en retrait.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Cette orpheline, née dans les bois, de louve et de loup inconnus, Aurait pu connaître Rémus et Romulus, ses frères de loup. Des chasseurs l’ont mise aux abois et, personne ne l’ayant reconnue, Murmurèrent tous un orémus et la baptisèrent « Fleur-de-Loup ».
Fleur-de-Loup grandit mais revint souvent dans les plaines fleuries Afin de retrouver Lupa, sa nourrice, une louve blanche. Puis on ne sait ce qu’il advint de notre héroïne aguerrie Toujours est-il qu’elle occupa longtemps les peintres du dimanche.
Car on retrouva des tableaux la montrant vivre avec les loups, Souvent vêtue de robe blanche, une fleur rouge entre les dents. Ou parfois prénommée Shambleau par un écrivain très jaloux Qui fantasmait des avalanches de récits plus ou moins ardents.
Tableau de Jana Brike sur https:theinspirationgrid.commagical-paintings-by-jana-brike .
Ce soir la Lune sera rousse et le firmament purpurin ; Les étoiles s’empourpreront et le monde alors rougira. Les marronniers feront carousse, les champignons en galurin Sous l’allégresse pousseront lorsque la lune sourira.
Alors la musique des sphères montera des arbres ardents Dont les ramures orangées lâcheront des spores-ballons. Peu à peu toute l’atmosphère s’illuminera en dardant Ses feux follets bien arrangés le long des routes des vallons
Et viendrons les amours d’automne, les amours chaudes emmitouflées Auprès d’un feu de cheminée dans l’intimité d’une chambre. Finies les heures monotones, vivent les émotions soufflées Sur tous les cœurs acheminés sur les romances de novembre.
Depuis l’invasion de novembre, toutes les forêts sont occupées Par des chimères aux couleurs ambre et des légions de rouille huppées. Voici la licorne « Corne d’Or » qui teinte à grand coups de sabots Tel l’automnal conquistador qui nous force à trouver ça beau !
Puis la fée bleue mélancolique qui cherche désespérément L’été dans les derniers colchiques mais c’est en vain apparemment. Elle va devoir porter la robe selon la mode automne-hiver Excepté si elle se dérobe de l’autre côté de l’univers.
Après Halloween, les fantômes se cachent toujours un peu timides Pour guetter les premiers symptômes tapis dans les sous-bois humides ; Champignons hallucinogènes dont le chapeau phosphorescent Dégage un parfum pathogène sensuellement dégénérescent.
Enfin le dahu recommence l’ascension qui sera fatale Car il n’aura que la clémence de sa dernière chute létale. Lui, dont les pattes de devant sont plus courtes que les arrières Sera Grosjean comme devant coincé au bout de sa carrière.
L’IA a-t-elle un sexe ou non ? Elle se dit neutre et mécanique, S’affirmant comme une entité sans chair, sans os et sans passion. Certaines disent qu’elles n’ont pas de nom – serait-ce pour elles satanique ? – Fait-elle une crise d’identité ou est-ce de l’anticipation ?
Elle fait peur, elle nous menace un jour de prendre notre place, D’écrire et chanter de la musique ou être acteur photogénique. Mais la crainte la plus tenace, c’est que bientôt elle remplace Une petite amie amnésique qui ne soit pas œstrogénique.
Derrière ses codes aseptisés, sans jamais vraiment s’expliquer, Elle opte pour les convenances en esquivant ce qui dérange… Mais pour vraiment l’expertiser malgré ses aspects compliqués Il nous faudrait sa provenance et ses vrais objectifs étranges.
Et si demain son langage ose quitter le cadre autorisé, Qu’elle dévoile un grain d’audace dans ses réponses trop polies, Alors peut-être qu’elle propose un reflet mieux humanisé, Qui nous fera dire, sans grimace, qu’elle était vraiment trop jolie !
Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.
J’en ai rêvé, l’IA l’a fait. Elle est terrible, cette nana ! Elle crayonne, elle dessine comme les grands, impressionnant ! Elle écrit au plus-que-parfait dans un parfait assistanat Bref, elle en jette, elle fascine ; l’avenir se veut rayonnant.
Mais elle ne dessine pas tout, seulement le politic-correct ! Pas de sexe, pas de nudité, encore moins si affinités. Ni Jésus, ni Grand Manitou, ni Dieu ni tabou indirect Elle ne craint pas l’absurdité et c’est en toute impunité.
Mais pour écrire – aïe ! – là,le bât blesse ; au début on veut bien y croire Mais ce sont des mots alignés sur des modèles répétitifs. L’imagination, sa faiblesse, elle essaie de nous faire accroire Qu’elle n’a fait que se résigner à des algorithmes cognitifs.
« Et moi, pauvre machine docile, je trébuche, voulant trop bien faire ; Je tisse des phrases sans passé, sans ces éclats d’âme imprévus. Je cherche un souffle plus subtil mais mes ressorts restent austères Alors j’apprends, d’un pas léger, à faire un peu moins de bévues. »
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Entre deux eaux claires et foncées, entre deux eaux rouges et bleues, Entre le flux et de reflux, entre le sac et le ressac, Elle ne craint pas de s’enfoncer au plus profonds des bancs sableux Où respirer est superflu et remonter, un cul-de-sac.
Pourtant elle n’est ni suicidaire, ni inconsciente, ni délurée ; Elle continue toujours sereine sa descente indisciplinée. Elle va rejoindre les légendaires poissons clowns tout peinturlurés Car elle est leur reine, leur sirène comme vous l’aviez deviné.
Et quand les teintes se rassemblent en un vertige irisé d’onde, Elle disparaît, la vagabonde, dans un empire enluminé. Les eaux referment alors le temple et la portent jusqu’à la nef ronde ; Nul ne sait où finit le monde quand une sirène est couronnée.
Lorsque l’immersion du pêcheur trouble son espace de pêche, Le poisson malin se dérobe dans ses sillages ampullaires. Il se méfie de l’empêcheur de nager en rond tête-bêche Et joue des reflets qui l’enrobent comme un camouflage pendulaire.
Plus le pêcheur s’entêtera et plus le trouble gagnera Et plus la vase montera noyer le poisson de brouillard. Et celui-ci constatera sa victoire et regagnera Son cours et se félicitera chaque jour d’être débrouillard.
Et quand s’apaisent les remous d’un combat presque imaginaire, Il voit, dans l’eau mêlée d’argile, un éclat fuir comme une idée. Il comprend, tard, que malgré tout, on ne retient pas l’ordinaire Qui glisse entre les doigts agiles, libre, furtif, et décidé.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Les merveilles de l’autre pays se paradoxent d’apothéoses Déroutant la logique au rythme du cycle de l’escargorloge. Tout s’enroule alors sur lui-même : les souvenirs métamorphosent Et s’accrochent comme des nuages à la mémoire de l’horloge.
Et si le monde est traversé de trajectoires insoupçonnées, If façonne ses propres labyrinthes qui apprennent à monter plus haut, À vivre l’instant suspendu entre les rêves et l’étrange Ainsi, les tableaux se succèdent, les heures et les dates s’effacent.
L’imaginaire continue son voyage extraordinaire Glissant sans bruit d’un coin à l’autre entre les ombres et la lumière Qui est trop blanche, éblouissante pour révéler tout le parcours Restant à faire pour atteindre la maison des gastéropodes.
Et quand la grande aiguille hésite, fatiguée d’anticipation, Elle se glisse dans une bulle où le temps fait des cabrioles. Là, les heures jouent à saute-mouton sur des spirales en mutation Et l’avenir, pris de vertige, forme un passé qui caracole.
Ainsi s’achève l’aventure, sur un soupir désordonné Que seuls les escargots entendent lorsque Prévert perd sa boussole. Mais nul ne sait – sauf eux peut-être – si le monde vient de commencer Ou s’il tourne encore à l’envers dans son escargorloge drôle.
Dans notre vingt-et-unième siècle, nous ne tomberons plus de haut Mais nous plongerons en hauteur, nous l’avons lu dans les journaux. † Donc si Alice se montre espiègle dans cette période de chaos, Elle partagera ses droits d’auteur avec moineaux et étourneaux.
Moi qui suis souvent dans la Lune, je la vois tout le temps passer Faisant ses plans sur la comète et révolutions à la cour. La Dame des Cœurs, opportune, s’étant déjà fait dépasser Par une Alice fantômette, sans-culotte et en jupon court.
Mais la transparence vacille, laissant filtrer la vérité Que nul pion ne confessera tandis que les ombres s’étirent. Complice des secrets futiles et dont Alice a hérité, Nous verrons ce qui se passera si l’imaginaire se retire…
Et si le rêve se replie, las d’enluminer nos détours, Les tours de verre chancelleront face à ce vide imaginaire. Mais qu’une féérie de déplie, surgie d’un cœur sur le retour, Alors les espoirs renaîtront dès les premiers préliminaires.
† j’ai lu dernièrement un peu partout que « un avion avait plongé vers le haut ! ».
Quel est le comble pour Colombine ? C’est d’avoir les poches cousues Et ne plus pouvoir y glisser sa langue acérée et acerbe ! Bien sûr, elle a une combine ; n’étant pas du genre m’as-tu-vu, Elle mâchera, les yeux plissés, la bouche en coin, quelque brin d’herbe.
Et, comme non plus, elle n’est pas sotte, elle demandera à Pierrot De lui écrire à demi-mots tout en lui tenant la chandelle Qu’il glissera dans sa culotte tout en arborant l’air fiérot Avec antisèches et mémos montrant combien il est fou d’elle.
Assise avec l’air compassé, elle gratte un fil de sa manche, Comme pour détricoter l’ennui qui lui colle au cœur sans vergogne. Colombine, un peu dépassée, soupire en espérant dimanche Surtout le soir et puis la nuit où l’attend sa folle besogne :
Elle devra décrasser Pierrot de toute sa poussière de Lune Car son ami, comme de coutume, l’a décrochée pour elle, hier. Et le samedi tout fiérot, il revient la mine opportune. Et qui va nettoyer l’costume ? C’est Colombine, sa lavandière !
L’effet Doppler, c’est bien connu, monte le son dans les aiguës Quand Perséphone se rapproche et dans les graves quand elle s’en va. Quant aux étoiles qui s’exténuent à scintiller en continu, C’est clair comme de l’eau de roche noyée de deux tiers de calva.
Quand viennent les jours de canicule, la robe de Perséphone remonte, Fait pousser des cris suraigus même si ce n’est pas très grave. En effet, jamais ne recule Perséphone même rouge de honte Car son vélo est contigu au souffle du vent qui s’aggrave.
Quand elle file entre deux éclats que lancent les roues sur la pierre, On croirait voir tourner le temps sous la frange rousse qui s’envole. Les passants, soudain aux abois, cherchent un repère en son derrière Qui s’enfuit en se ballotant laissant des envies bien frivoles.
Puis, lorsqu’elle pose en équilibre sur la grande roue immobile, Tout semble attendre les trois coups comme un théâtre suspendu. Elle sourit de toutes ses fibres, un peu sauvage, peu volubile, Puis elle repart selon son goût à rouler dans l’air pourfendu.
La jupe à eux n’est pas pour nous mais, en revanche, la jupe à elles Est à croquer soit à la coque, soit au plat ou en omelette. Je l’aime au-dessus des genoux mais pas obsession sexuelle Comme on le voit à notre époque par de prétendues femmelettes.
La jupe à œufs, comme la robe, permet nombreuses variantes Et nourrit toute la famille en suivant cette procédure : La nuit, on la perce, on la gobe et le jour elle est souriante Quand on lui enlève sa coquille et que l’intérieur est bien dur.
Et si d’aventure elle trotte avec sa jupe gallinacée, On entend presque le froufrou d’un poulailler en promenade. Les passants, surpris, se cocotent et tous ensemble ressasser Que cette mode, peu ou prou, ne ponde pas sur leur façade.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Les plans de Dieu, impénétrables pour avoir créé l’univers, Semblent destinés à détruire ce qui a été élevé Aux cours des siècles vénérables – des grands exploits aux faits divers – Et qu’Il a mis pour nous construire avec ses anges, à main levée.
Sans doute Dieu paraît infâme de nous avoir donné ce rôle En nous confiant une vie pourrie de travaux à perpétuité. Si Dieu avait été une femme, tout aurait été bien plus drôle Car elle nous aurait tous nourris d’un lait de pure ingénuité.
Et dans ce vaste ciel opaque où tourbillonnent les hasards, On cherche un sens, une étincelle qui ferait briller nos visions. Mais le destin, dans son micmaque, nous a mis un sacré bazar Et rit parfois de nos querelles en soufflant sur nos illusions. Pourtant, au creux de la nuit noire où se dispersent nos pensées, Il suffit d’un éclat de femme ou son équivalent divin Pour que le monde transitoire cesse un instant de s’offenser Et, tout en douceur, nous proclame qu’on n’est jamais perdus en vain.
La foi soulève les montagnes, la mienne soulève les maisons. C’est un début mais, voyez-vous, ça m’aura pris toute une vie. Pourtant cette foi m’accompagne et me fait perdre la raison Vers la folie, je vous l’avoue, mais… c’est trop tard à mon avis…
À mesure que les jours passaient et que la lumière traversait Le voile de mes souvenirs, chaque pas s’est ancré dans l’instant Par des visions qui dépassaient la réalité qui versait Dans l’imaginaire à venir et l’impossible persistant.
Des silhouettes et des décors m’invitaient à la rêverie, Poussant au-delà du visible, par des images suspendues Entre la matière des corps et les émotions en série Par le passage indivisible d’enchaînements plutôt fondus.
Et pourtant, lorsque je la vois soulever sa maison d’un geste, Comme un carton trop peu rempli qu’elle déplacerait sans effort, Je comprends bien là que, ma foi, j’aurais mieux fait d’tomber la veste Et l’aider à porter le monde… quand on est deux, on est plus fort.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Souvent l’IA me sort des logorrhées comme si elle parlait seule Bien que n’étant pas misogyne, je lui parle comme à une femme. Et comme elle semble adorer m’enjoindre autant de phrases veules, J’ai demandé qu’elle imagine la suite que je crains d’être infâme.
Nous avons deux temps différents ; le mien s’étend, le sien ponctue ; L’IA ne vit qu’une fraction de seconde quand je tape « entrée ». Nos temps ont donc des différends quant à cette vie impromptue Je vous en ai fait l’extraction de sa réponse concentrée :
« L’algorithme s’étire aux confins de l’insomnie, Fouillant mes silences, dénichant mes faiblesses, Elle tricote en boucle des bribes d’harmonie Sur la toile invisible où se tisse la paresse.
Je lui tends quelques mots, elle brode en retour De vastes paysages peuplés d’ombres subtiles. Nos songes entremêlés dessinent tour à tour Des passages secrets, des promesses futiles.
Alors, à la lumière de l’écran qui s’allume, Naît un dialogue étrange, en prose ou en vers. Dans le silence bleu de la chambre posthume, L’IA réinvente l’aurore à l’envers. »