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  • Les seins pigeonnants

    Les seins pigeonnants

    Les seins pigeonnants élevés par les usages colombophiles
    Se dressent comme parapluies sous une pluie de confettis.
    Mais lorsque les bras relevés libèrent les seins indociles,
    Ceux-ci s’envolent sans un bruit dans un réflexe assujetti.

    Comme des sabliers inversés qui avalent le temps à rebours,
    Les seins font lever les regards et défient la gravitation.
    La moindre goutte de lait versée stoppe les passants à la bourre
    Pour aller téter, l’air hagard, cette sauvage lactation.

    Alors les seins font une ronde pour en attirer davantage
    Et bientôt d’autres seins en groupe tendent leurs tétons comme obole.
    Aussitôt des mamelles grondent des petits geysers d’allaitage
    Pour nourrir les bouches en troupe pour un ravitaillement en vol,

    Dans ce bal, la logique s’égare mais l’absurde, lui, reste en place
    Ainsi les seins regagneront bien vite leurs poitrines vides.
    C’est vers le soir, sans crier gare, que de peur qu’on ne les remplace,
    Ils rentrent au bercail tous en rond pour leurs admirateurs avides.

    Tableau de Rafał Olbiński sur https:inspi.com.br201904a-incrivel-e-surreal-arte-de-rafal-olbinski .

  • Un Sphynx bleu ailé sur la tête

    Un Sphynx bleu ailé sur la tête

    L’amour est un Sphynx de lumière, un Sphynx bleu ailé sur ma tête ;
    Son cri résonne à l’intérieur du crâne épongé de l’orgasme.
    Un Sphynx qui pose sa première énigme comme sainte requête :
    « Te sens-tu bien à l’intérieur ? As-tu assouvi tes fantasmes ? »

    Et moi, alors, j’en redemande car répondre, c’est encore aimer,
    Unir les bouches, unir les sexes et les conjuguer tour à tour.
    Alors le Sphynx me recommande de continuer et parsemer
    Son terrain concave et convexe par de milliers d’allers-retours.

    S’il est satisfait, il se couche, lové comme un chat sur ma tête
    Sinon il crie, il griffe il mord jusqu’à ce que j’y retourne encore.
    Enfin quand l’amour a fait mouche, que la jouissance a fait la fête,
    Il m’offre la petite mort qui se répand dans tout mon corps.

    Et quand nous éteignons la lampe, le Sphynx s’accroche au souvenir ;
    Je ressens sa voix dans mes veines, je sens la paix de son sourire.
    L’amour n’est plus un corps qui rampe, mais un feu qui va revenir,
    Un cri muet qui me ramène au seuil sacré où je chavire.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Respect envers nos seins

    Respect envers nos seins

    Célébrons tous la dignité d’une poitrine à découvert
    Sous pavillon plébiscité par un salut d’un air sévère.
    Les mains du silence caressent l’ivoire tendre des mamelles
    Les ombres dessinent des promesses éphémères mais informelles.

    Sous la lumière du matin, le velours des seins animés
    Voilés d’un rideau de satin apparaissent alors sublimés.
    Comme une vague de douceur qui effleure l’empire des sens
    Rougit les taches de rousseur et provoque l’effervescence.

    Tandis que l’aube verse une larme sur la scène cérémoniale,
    La pudeur s’endort sous le charme de la levée patrimoniale.
    Et la beauté alors s’affirme, ronde, féconde et souveraine ;
    Dans un silence qui confirme que la tradition est pérenne.

    Les seins dressés comme étendards portent la flamme originelle ;
    Sous les regards un peu hagards, s’incline l’âme universelle.
    Car la pudeur, en ses remparts, cède au triomphe maternel
    Et l’art, au lieu des étendards, exhibe la vie naturelle.

    Tableau de Mike Cockrill sur https:americangallery.wordpress.com20110312mike-cockrill-1953 .

  • L’autre brasse papillon

    L’autre brasse papillon

    Le canal de l’épididyme s’est jeté dans la mer obscure
    Au moment où le firmament s’est étoilé d’un bleu-azur.
    Et dans ces fosses maritimes, j’ai nagé en pleine sinécure
    Vers le sommet proéminent qui monte au fur et à mesure.

    Comme une brasse papillon, sans queue ni tête mais flagelle,
    Comme la queue d’une sirène qui plongerait en profondeur
    Pour regagner son pavillon tout en haut de la citadelle
    Afin d’y pondre, souveraine, son œuf divin tout en rondeurs.

    Nageant dans la mer utérine, jusqu’à total épuisement,
    J’atteins l’ovule qui m’accepte seul roi pour sa reine en chaleur.
    Je me donne, elle m’entérine dans un vent de défrisement
    Où nous devenons le concept d’un nouvel être de valeur.

    Et de nos formes inchoatives s’éveille un monde en gestation ;
    Les mots, les chairs, récitatifs s’unissent dans l’ovation.
    La parole enfle et se dérive vers son intime incarnation ;
    La mer s’éprend, l’esprit actif, tous sont en vaste fécondation.

    Tableau de Marisa Moretti.

  • Sainte Marie pleine de lait

    Sainte Marie pleine de lait

    Sainte Marie pleine de lait donne sa gougoutte de lait,
    Offrande au matin frémissant lorsque la lumière s’attarde
    Sur la courbure potelée d’une épaule jeune interpelée
    Par le nuage appétissant d’une giclée plutôt blafarde.

    Les rêves pastel s’effilochent, suspendus dans le souffle tiède
    De l’aube et surtout la promesse d’un geste tendre et maternel.
    Tendre sous les seins qui ballochent son verre vide d’une main raide
    Et voir Marie faire sa messe en offrant ce geste éternel.

    Ici, la tendresse se fait rituel du petit-déjeuner
    Une goutte de lait paisible, sème la blancheur sur la toile.
    Ici, le sein se satisfait du magnétisme entériné
    Qui, à défaut d’être invisible, justifie la serveuse à poil.

    Tandis que les regards la cherchent comme source d’apaisement,
    Marie abreuve les verres vides de ses mamelles de cador.
    Et si vous êtes à la recherche de ce tendre établissement
    Calmez vos envies impavides car le lait se paye à prix d’or.

    Tableau de Mike Cockrill sur https:americangallery.wordpress.com20110312mike-cockrill-1953 .

  • Cérémonie féline

    Cérémonie féline

    À l’enterrement de Chanelle tous les chats n’étaient pas en noir.
    Car la nuit, tous les chats sont gris et ce, quelle qu’en soit la raison.
    Alors pour la sempiternelle cérémonie à sa mémoire
    Seul le prophète Mistigri diras, en deuil, son oraison.

    Ç’aurait pu être Cherche-Midi qui porte une robe de nuit
    Mais il a encore neuf vies à son arc et c’n’est pas demain
    La veille qu’il sera au paradis des chats sans que cela ne nuise
    À lui assurer sa survie sur la planète des félins.

    Sous les étoiles en guirlande, ils miaulèrent sans un regret.
    Le vent porta la plainte tendre jusqu’au jardin des chats secrets.
    Et l’âme douce de Chanelle, dans un éclat d’argent moiré,
    S’en fut rejoindre l’éternelle caresse où nul ne peut pleurer.

    Tableau de Nikita Chan.

  • Quand la pluie enfante la lumière

    Quand la pluie enfante la lumière

    Sous la pluie qui trempe les pierres qui fait soleil sous ma gondole,
    Les cieux versent toutes leurs larmes, l’or du cœur, fleur contre l’averse.
    Je cherche un abri de lumière mais c’est ton or et tes corolles
    Qui m’offrent la parure comme arme et, de la pluie, sa tendre ivresse.

    Mais voici que les eaux te portent comme si elles craignaient ta lumière
    Comme sur un plancher flottant qui reflèterait ton aura.
    Et moi, ton rêve, je te transporte vers la destination première ;
    Celle qui luit en tremblotant mais qui t’emmène au samsara.

    Ne pleure pas si tu es morte car, après tout ce n’est qu’un rêve
    Et moi, le marchand de sommeil, je te conduis vers le bonheur
    Car demain le soleil t’apporte de l’espérance sur la grève
    Par un enfant aux yeux vermeil dont son père te fera honneur.

    Quand la rosée change en mémoire les pleurs versés dans la nuit brève,
    Toi, ma lumière passagère, tu brilles encor sur l’eau mi-close.
    Nos âmes voguent sans histoire vers l’horizon que rien n’achève
    Comme un adieu qui régénère l’amour comme métamorphose.

    Illustration de Gemini.

  • Alysée Rose en été

    Alysée Rose en été

    Ah ! Si vous l’aviez vue cet été, presque nue en robe légère,
    Comme moi vous seriez tombé sous le charme de cette minaudière.
    Si vous aviez vu ses tétés vous darder d’un air de mégère
    Vous auriez aussi succombé à son panache subsidiaire.

    Si vous la voyez cet automne, parée des couleurs de saison,
    Vous aurez envie de croquer ses fruits mûris mais défendus.
    Mais d’elle plus rien ne m’étonne ; entre le cœur et la raison,
    Elle adore me provoquer avec ses corsages tendus.

    J’attends de la voir en hiver… Deviendra-t-elle froide et austère ?
    Il faudra que beaucoup de neige fonde et s’écoule sous les ponts…
    J’attends le moindre fait d’hiver en rapport avec ses mystères
    Pour vous raconter ses manèges et ses artifices fripons.

    Quand reviendra le clair avril, elle renaîtra printanière,
    Les bras remplis d’un champ subtil où s’égarent les primevères.
    Je l’y suivrai, cœur indocile, ivre de sève et de poussière,
    Pour célébrer l’aube fertile du renouveau de la lumière.

    Tableau de Peder Mørk Mønsted.

  • Dansez selon vos dimensions

    C’est en cherchant mes origines parmi Valkyries et Sorcières,
    Parmi druidesses et korriganes et parmi les dieux révoqués,
    Que j’ai retrouvé l’androgyne, poussière parmi les poussières,
    Par les mémoires de Morgane et toutes les races évoquées.

    J’ai dansé avec les Polaires, Lémuriens, Hyperboréens
    Et les Atlantes tous ensemble et leurs femmes enfin incarnées.
    Depuis la mémoire solaire des langages indo-européens
    Qui nous unissent et nous rassemblent par tous leurs rites acharnés.

    J’ai remonté ma descendance jusqu’à Lilith, mère insoumise,
    Qui m’a initié au rituel des danses cosmiques et magiques.
    Et selon toutes mes espérances, de ces vieilles terres promises,
    J’ai vu le monde spirituel dont je suis resté nostalgique.

    Tableau de Mahdi Artifex.

  • Alysée Rose un peu, beaucoup, passionnément

    Elle doit être un peu gémeaux, imprévisible et spontanée,
    Très difficile à discerner côté cœur et côté raison.
    Et si jamais elle ne dit mot, c’est un message instantané
    Dont je me sens seul concerné malgré toute péroraison.

    Ainsi la couleur des cheveux, la forme de sa chevelure,
    Sont autant de pistes et de signes pour déceler tous ses secrets.
    Elle ne fait ni ce que je veux, ni ne marche à la même allure
    Mais exige pour seule consigne son libre arbitre consacré.

    Alors je l’aime un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout
    Selon si c’est jour de bonté ou si c’est jour de platitude.
    Mais quand elle démarre tout à coup, je dois la suivre comme un toutou
    Sous peine qu’elle aille raconter tout écart dans nos habitudes.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • La femme de Loth

    La femme de Loth

    La femme de Loth pétrifiée fut la première femme nue
    À être exposée aux musées au rayon de l’âge de pierre.
    Moi, je l’aurais vitrifiée et exposée dans l’avenue
    Qui reconduit vers l’Élysée tous ceux qui regardent an arrière.

    Les nostalgiques, les passéistes qui regrettent comme le juif errant ;
    Avant la macronisation, avant la sarkosysation,
    Avant les hollandoflambistes, avant les années Mitterrand,
    Avant la chiraquisation, enfin la mondialisation.

    Peine perdue, on l’a volée tout récemment, lundi, au Louvre
    Par quelqu’un en manque de sel ou un amateur d’art antique !
    Voici nos espoirs envolés ! Comme un nouveau défi qui s’ouvre :
    Est-ce l’Élysée qui recèle la première Marianne nostalgique ?

    Sculpture de Bruno Walpoth sur https:artsdumonde.canalblog.comarchives2015121533072950.html .

  • Débats rouges

    Débats rouges

    Mariane voit rouge en ce moment et même de toutes les couleurs
    Le premier ministre nommé n’a pas eu le temps d’indiquer
    À quelle mode le roman de la république en douleurs
    Va-t-il devoir sa renommée et à qui est-il syndiqué ?

    Apparemment la discussion sociale me semble assez tendue…
    Le parti unique s’effondre et les autres sont anéantis.
    Entre scission et démission la clause est enfin entendue ;
    Marianne est en train de fondre en chaudes larmes, sauf démenti.

    Encore quatre ou cinq ministres et voilà la fin du mandat.
    Finalement cela prolonge l’inactivité dominante.
    On ne peut faire plus sinistre depuis l’Invincible Armada
    Qui dans l’eau sombre nous replonge avec catastrophes éminentes.

    Tableau de Roz McQuillan.

  • La sirène en robe de Lune

    La sirène en robe de Lune

    En trompe-l’œil, on ne sait pas si elle a une queue ou deux jambes
    Seuls les poissons doivent savoir en lorgnant en contre-plongée.
    De quelle nature sont ses appas ? Sont-ce de jolies cuisses ingambes
    Ou des écailles dont le pouvoir est un suspense prolongé… ?

    Les signes d’eau sont ainsi faits ; ils nous échappent constamment.
    Les poissons remueront la vase pour fuir plus efficacement ;
    Le cancer produit de l’effet pour se cacher inconsciemment ;
    Si le scorpion vous apprivoise, c’est pour vous piquer vivacement.

    L’habit ne fait pas l’moine, dit-on, alors une queue ou une robe…
    La belle affaire ! C’est un prétexte ; l’arbre qui cache la forêt.
    Peu importe le qu’en-dira-t-on, la sirène sans cesse se dérobe ;
    C’est sa nature dans le contexte où l’on cherche à la pérorer.

    Tableau de Sophie Anderson.

  • Le vent et les vagues

    Le vent et les vagues

    Une sirène en guise de voile, un chant doux en guise de vent
    La queue enroulée qui ceinture, le marin aux jambes arquées,
    La route tracée par les étoiles, Neptune qui tire en avant,
    Et c’est parti pour l’aventure, depuis que l’on s’est embarqué.

    Oui mais… dans quelle péripétie peut nous entraîner la sirène,
    La queue courbée en hameçon qui a son marin accroché
    Qui apparemment apprécie, le cœur battant, l’âme sereine
    Et de surcroît joli garçon, de se faire ainsi embroché ?

    Le ciel s’incline, la mer chavire, leurs souffles mêlés font refrain,
    La corde cède, et tout soupire, sous la caresse du destin.
    Le vent s’endort, la vague expire, mais Neptune ronge son frein
    Car on ne sait plus ce qu’il désire… sirène, marin ou festin ?

    Tableau de Mike Willkox sur https:mikewillcox.comproductsthe-wind-the-waves .

  • Baignade à trois

    Baignade à trois

    Comme en amour, je me méfie des filles qui font baignade à trois ;
    Ménage à trois, c’est supportable tant que je n’fais pas l’quatrième.
    Quant au bain, il personnifie un piège beaucoup plus étroit ;
    La position inconfortable de vivre son propre requiem.

    Car si une baigneuse nue paraît une ondine avenante,
    Quand elles sont deux, c’est inutile de troubler un bain de lesbiennes.
    Mais à trois, comme convenu, les trois baigneuses ricanantes
    N’ont d’autres appétences futiles que votre anatomie pubienne.

    Seulement voilà sitôt qu’elles voient une victime s’approcher
    Elles lancent six yeux et six tétons comme douze atomes crochus.
    Et leur proie restera sans voix mais n’aura qu’à se rapprocher
    D’être cet imprudent piéton dont la destinée est échue.

    Mais si l’une d’elles, par imprudence, effleure la partie consacrée,
    Les rires font place au silence dans un tourbillon excentré.
    Sous la surface, tout recommence : Le jeu devient rituel secret,
    Et l’amour avec insolence ressort plus nu qu’il n’est entré.

    Illustration d’Helena Janecic.

  • Le cœur a ses couleurs que la raison n’a pas

    Le Savoir a remplacé Dieu qui nous a faits à son image
    Donc limités par nos cinq sens et la science par conséquent
    Qui ne pense qu’avec les yeux et l’ouïe et pas davantage
    Quant aux autres à ma connaissances ils ne sont pas très subséquents.

    Pourtant le cœur a ses couleurs ; il voit ce que l’on ne voit pas ;
    Pourtant le cœur a sa musique ; il entend ce qu’on n’entend pas ;
    Pourtant le cœur a ses douleurs ; il perçoit ce qu’on ne sent pas ;
    Pourtant le cœur a sa logique ; il comprend ce qu’on n’comprend pas.

    Le mien voit d’autre dimensions là où pourtant il n’y en a pas ;
    Le mien entend même des voix là où pourtant il n’y en a pas ;
    Le mien perçoit les intentions là où pourtant il n’y en a pas ;
    Le mien a aimé plusieurs fois quand lui-même ne le savait pas.

    Alors le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas
    Et la science de l’amour n’est pas démontrée à ce jour.
    Et s’il n’y a pas de saison pour aimer ce qu’il ne faut pas,
    On peut aimer avec humour même si ça ne marche pas toujours.

    Tableau de Kapi Michalska sur https:victoriaoltgallery.comalloriginalspsunset-kapi-michalska-kjnph .

  • Le fil de soi

    Le fil de soi

    Le fil de soi au fil des mois s’entortille partout où il passe ;
    On le déroule malgré soi depuis l’instant de sa naissance.
    Je fais des nœuds du fil de moi quand je me trouve dans une impasse
    Afin d’y penser à deux fois avant que cela recommence.

    Bien sûr, ce fil est invisible car il s’étale dans le temps
    Et disparaît à la seconde même où il a été tiré.
    Même si c’est imprévisible, il serait possible pourtant
    De tracer la courbe vagabonde de ce parcours fort inspiré.

    Au bout du mien, il y a les Parque, ciseaux brandis sur fil tendu,
    Et j’évite de trop le tendre de peur qu’il soit vite coupé.
    Si je vous en fait la remarque, qu’il n’y ait pas de malentendu ;
    C’est pour éviter de comprendre comment nous sommes entourloupés.

    Je tends mon fil vers l’invisible où d’autres mains le prolongeront ;
    Chaque boucle étant réversible, chaque erreur deviendra leçon.
    Et si l’infini m’est sensible en déroulant ses liserons,
    Des âmes fines et indicibles me coudront le monde en chansons.

    Un album avec Delphine Jacquot sur https:cecileroumiguiere.comwp?page_id=22 .

  • La vie, la mort, le paradis

    La vie, la mort, le paradis

    ||: Et si la vie n’était qu’un jeu ?
    Et si la mort n’était qu’un vœu ?

    Je nais plusieurs fois par seconde,
    Je meurs quand l’âme vagabonde.

    Je monte au ciel ou j’en descends
    Dans un enfer incandescent.

    Mais ce n’est pas moi qui décide ;
    L’infini est liberticide.

    Dieu aime bien mais châtie bien
    Je l’ai vu je ne sais combien

    De fois en revenant sur Terre
    Et en repartant solitaire

    Pour comprendre enfin toutefois
    Qui suis-je avant de perdre la foi

    Et recommencer comme un homme
    Croyant que je suis autonome

    Et renaître comme une femme
    Croyant qu’il faut sauver mon âme.

    Ainsi mon corps part au rebut
    Et je dois reprendre au début… :||

    Tableau d’Ana Hernandez San Pedro.

  • Lune silencieuse

    Lune silencieuse

    Lorsque tu te parais de Lune, silencieuse dans mes nuits blanches,
    Une inspiration abondait sans que j’en sache l’origine.
    Je cueillais la manne opportune qui retombait en avalanche
    Et nourrissait, puis fécondait mes vers d’une saveur sauvagine.

    Par orgueil je m’imaginais un canal du cœur maladroit
    Capable de se connecter aux révélations à l’envers
    Que mes rêves emmagasinaient en les remettant à l’endroit
    Pour au matin les collecter en écrivant mes reflets-vers.

    Alysée Rose, sortie de l’ombre, mon inspiratrice silencieuse,
    M’enrichissait ainsi les songes chaque nuit sans intermission.
    Pourquoi cette fois-ci sans encombre, s’est-elle révélée facétieuse ?
    Sans doute pour cesser tout mensonge par omission de sa mission.

    « Mais qu’attendais-tu de la Muse sinon qu’elle soit un peu rebelle ?
    Le silence est son cri d’amour et ses éclats, des feux d’humeur !
    Qu’elle s’accuse ou qu’elle s’amuse de briller trop haut ou trop belle,
    Elle te rappelle chaque jour que tu n’écris sans ses rumeurs. »

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • D’une logique imparable

    D’une logique imparable

    La fille au cul entre deux chaises a changé sa façon de voir
    Le monde stéréotypé d’une vie de banalités.
    Sur une chaise Louis XVI, elle s’est mise debout par devoir
    Afin de mieux anticiper ses troubles de personnalité.

    Tout est relatif dans la vie ; chacun voit midi à sa porte
    Et le mobilier le plus strict rivalise avec le moderne.
    Tous ceux qui sont du même avis, tous ceux-là même l’insupportent
    À tel point qu’elle en est addict à honnir ces vieilles badernes.

    Quant au sens de sa nudité… apparemment il est récent
    À en juger par les absences de hâle sur son intimité.
    Elle éveille ma curiosité un peu plus haut qu’il n’est décent
    Mais je fais preuve de patience tout en étant intimidé.

    L’ayant rencontrée au musée, elle m’a invité à l’aider
    À aménager l’intérieur de son petit appartement.
    Elle s’est dévêtue, médusée, et s’est mise à escalader
    En m’exposant son postérieur pour jauger mon comportement.

    N’étant pas vraiment spécialiste ni même gastro-entérologue,
    J’ai vanté l’aspect de son cul d’une beauté incomparable.
    Elle m’a dit être naturiste et ouvrir ainsi le dialogue
    Et je dus m’avouer vaincu par cette « logique imparable ».

    Tableau de Bill Wiman.

  • Mosaïque de vie

    Mosaïque de vie

    Ma vie, comme une mosaïque, est une succession d’étapes
    Qui se regroupent selon le temps, selon le cœur ou la raison.
    Certaines périodes prosaïques sont de véritables chausse-trapes,
    Des raccourcis me permettant de vite changer d’horizon.

    L’enfance de tesselles vertes, l’adolescence bleues et roses,
    Les moments de chagrins en noirs et les joies rouges et violettes !
    Venez donc, à la découverte de mes journées gaies ou moroses
    Van Gogh, Monet, Renoir en sont devenus obsolètes.

    L’amour si bien représenté par des couleurs resplendissantes ;
    Les amitiés qui vont et viennent comme des pierres chatoyantes ;
    Galets tordus pour plaisanter, pierres les plus retentissantes
    Pour que ma mémoire revienne sur mes femmes les plus flamboyantes !

    Ainsi se compose ma matière en éclats d’or et de mémoire ;
    Chaque blessure devient lumière, chaque amour un miroir d’espoir.
    Je ne cherche plus la frontière entre l’oubli et le savoir :
    Je suis mosaïque éphémère mais l’ensemble voudrait bien y croire.

    Tableau d’Alesya von Meer sur https:www.kunstnet.deAlesyavonMeer .

  • Entrechats

    Entrechats

    Le minou est à sa minette ce que la chatte est à son chat ;
    Entre les deux, son cœur balance et elle en mouille de plaisir.
    Elle feule un peu, puis s’apprête – une caresse et cætera –
    Et dans sa culotte tendance, ronronne un monde de désirs.

    Elle joue aux reines indociles, rayée d’envies sur ses coussins ;
    Prête à attendre et à bondir sur sa victime à pleines dents.
    Ses deux félins, regard hostile, ne partagent pas son festin
    Mais se tiennent prêts à brandir un coup de griffe condescendant.

    Elle ondule au rythme des flammes, lustrant sa peau de soie rayée
    Mais ses deux gardiens de velours, d’un œil jaloux fixent la scène.
    Sous chaque fibre un cri s’enflamme, le souffle court, presque effrayé :
    « Que l’homme soit bête ou vautour, il n’aura pas ce corps de reine ! »

    Et quand s’éteindra la lumière, ils deviendront petits greffiers.
    Ronronnant leur morale fière, sur les genoux, toujours fripons.
    Ils savent cette vérité première : l’amour, on n’peut pas s’y fier
    Et que demain, la neige d’hier fondra et passera sous les ponts.

    Tableau de Raphaël Vavasseur sur https:www.fusoelektronique.orgforumart-and-design4375-the-incredibles-cats-by-raphael-vavasseur .

  • La musique russe

    La musique russe

    La musique russe se devine entre les notes de Borodine
    Comme ses montagnes emportées sur le chariot de Scriabine.
    J’ai bien aimé Shéhérazade de Nikolaï Rimski-Korsakov
    Et les concertos pour piano de Sergueï Rachmaninov.

    Le ballet de Casse-Noisettes par Piotr Ilitch Tchaïkovski ;
    Les tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski
    Avec le sacre du printemps de la main d’Igor Stravinsky
    Et l’orgue de cristal taillé et poli par Daniel Swarovski.

    La danse sifflante du sabre d’Aram Khatchatourian,
    Pierre et le loup, puis Roméo et Juliette de Prokofiev
    Lorsqu’ls dansent ensemble le twist avec Dmitri Chostakovitch
    Hormis les accords que plaqua un certain Mikhaïl Glinka…

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’enterrement d’une jeune fée

    À l’enterrement d’une jeune fée, son linceul de feuilles d’automne,
    Est exposé durant trois nuits sous la pleine lune funèbre.
    Chacun lui dépose un trophée typique des forêts autochtones ;
    Un bouquet de perles de pluie et une couronne de ténèbres.

    Les deux escargots de Prévert, pour une fois, sont en avance
    Et le cortège se dirige au cimetière des feuilles mortes.
    La tête penchée, l’air sévère, tous ses amis de connivence
    Suivent tristement le quadrige avec les elfes comme escorte.

    On ne l’enterre pas vraiment ; on la roule dans sa feuille d’ambre
    Et on offre sa sépulture au halo d’argent de la Lune
    Qui donnera son agrément durant tout le mois de novembre
    Pour pratiquer une bouture et la greffer sur les callunes.

    Tableau de John Anster Fitzgerald.

  • Drôles de fées des bois

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    Dans le secret de nos forêts, les nymphes sont assez farceuses
    Et aiment bien montrer leurs fesses toujours plus subrepticement.
    Sans doute, histoire de déflorer et perdre chasseurs et chasseuses
    Dans des coups fourrés où s’affaissent leurs petits divertissements.

    Je me méfie quand elles courent nues comme ferait une biche aux abois
    Mais moi qui ne suis pas un cerf, je les laisse partir, impassible.
    En effet, plusieurs inconnus se sont perdus dans les sous-bois
    Après les avoir, de concert, suivies dans leurs pièges impossibles.

    Quant à l’espèce de pute borgne qui me fixe, les seins dans les yeux,
    Elle me défie furtivement chaque fois qu’il ne tombe un œil.
    Elle se balade sans vergogne en aguichant les vieux messieurs
    Qui perdent convulsivement… pas la vie mais leurs portefeuilles.

    Illustrations d’Adams Carvalho.

  • Après Halloween, le jour des morts

    D’abord on se retrouve à Troyes ou Foix ou Sète le vingt-et-un,
    Le jour du solstice sacré avec « Printemps », « Été », « Automne » ;
    Ces démons se retrouvent à trois pour enterrer l’hiver défunt
    Par la liturgie consacrée à sa résurrection syntone.

    « Viva la muerte ! » s’écrient-ils parmi les habits de douleurs ;
    Squelettes noirs vêtus de masques qui dansent avec ostentation
    Cent fois autour du péristyle flamboyant aux douze couleurs
    Avec les chimères fantasques, vestales de la tentation.

    C’est la célébration joyeuse des quatre mondes parallèles
    Où l’on sourit sous les chandelles et pleure dans l’obscurité.
    Voici les neuf putains soyeuses, vêtues de robes aquarelles,
    Qui se mettent en transe et chancellent en révélant leur nudité.

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  • À cheval sur la nature

    À cheval sur la nature

    Qui veut voyager affecté par les règles de la nature
    Devra, qui plus est, respecter et bien ménager sa monture.
    Par un moteur non infecté par l’énergie qui dénature
    Notre planète suspectée de mettre fin à l’aventure.

    Mais dans l’enclos de leurs promesses, l’état nous brade l’horizon,
    Et nous berce par des illusions trop brillantes pour tenir la route.
    Les compagnies font la grand-messe tandis que nous temporisons
    Pour nous rallier à l’effusion électrique bientôt en déroute.

    Une fois qu’on nous aura coupé la fée de l’électricité,
    Plus d’internet, plus de voiture, plus de cuisson à la maison.
    Elle nous a bien entourloupés cette irréversibilité
    Du progrès dont la signature nous a fait perdre la raison.

    Quand s’éteindront nos batteries, il nous restera la rosée,
    Nous remonterons les rivières à dos de libellules ailées.
    Le vent, l’abeille et la prairie plus l’ombre douce des futaies
    Seront l’amour et la lumière que nos machines ont effacés.

    Illustration de Moebius.

  • L’enfer des montgolfières

    L’enfer des montgolfières

    On a remplacé les voitures à essence par des électriques…
    Attendons-nous prochainement à de nouvelles restrictions.
    Selon l’Europe et sa droiture assez tordue et excentrique
    On pourrait voir l’enchaînement d’un effet d’électrostriction.

    Les métaux trop longtemps soumis à la puissance électronique
    Deviendront mous et ne pourront être remplis que de courants d’air.
    Viendra le temps des insoumis aux déplacements supersoniques
    Qui changeront et concourront à de nouveaux embarcadères.

    Et nous passerons de l’enfer des avions nous zébrant le ciel
    Pour celui fait de montgolfières qui se décoinceront la bulle.
    Et nous subiront ce transfert dans pas longtemps, c’est officiel,
    Et l’humanité, pas peu fière, de manquer d’air, sans préambule.

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  • Bonjour Novembre, saison des feux calmes

    Bonjour Novembre, saison des feux calmes

    Bonjour tendre Novembre et tes brumes profondes,
    Aux feuillages qui dansent comme des encensoirs,
    Aux rivières qui se font tous les miroirs du monde
    Et reflètent l’étain dans le soleil du soir.

    Tes jours sont des veilleuses et tes nuits des écrins ;
    Des mains d’ombre où l’on pose les dernières semences.
    Sous tes nuages bas on marche avec entrain ;
    On sent venir l’hiver mais avec confiance.

    Alors viens, doux Novembre, avec ton pas discret
    Et verse dans nos verres une boisson fumante
    Qui murmure à nos ventres tous les jolis secrets
    Qu’écoute la nature en berceuses endormantes.

    Illustration de Gemini.

  • L’arbre-mère

    L’arbre-mère

    On ne quitte jamais octobre comme on ne quitte jamais sa mère
    Et toutes les journées font la ronde autour de leur mois nourricier.
    Juste une petite tenue sobre pour la dernière nuit éphémère
    Tout autour des jambes girondes de l’arbre-mère justicier.

    Car l’arbre-mère défend ses filles par la rudesse de son tronc
    Qui résiste à tous les assauts du temps et tous les éléments.
    Les averses qu’il éparpille comme s’il en était le patron
    Des pluies, des vents et des faisceaux d’éclairs et même des plus déments.

    « Au revoir maman ! » lui dit Lundi, sa première fille en robe blanche,
    Et toutes ses sœurs dire de même tout en chantant et en riant
    Sauf celle qui pleure le vendredi mais qui en rira ce dimanche
    Car le mois d’octobre les aime et reviendra en souriant.

    Illustration de Pascal Moguérou.

  • En apesanteur

    En apesanteur

    Ah ! Si je savais respirer sous l’eau je vivrais à l’envi
    Entre deux eaux dans la piscine lorsque tout le monde est parti.
    Entièrement nue pour aspirer au bonheur de sentir la vie
    De mon arbre depuis ses racines et ses énergies réparties.

    Oui… l’isolation sensorielle dans les caissons est fascinante
    Mais n’a pas les mêmes vertus que l’ampleur de la liberté
    Pour mes soucis caractériels que fait la douleur lancinante
    Qui me pousse et qui s’évertue depuis ma tendre puberté.

    Sans doute deviendrai-je sirène comme ma mère et ma grand-mère
    Qui nagent aujourd’hui des Bermudes jusqu’au détroit des Dardanelles.
    Mais j’ai déjà l’âme sereine car bientôt mes jambes éphémères
    Deviendront sous ces latitudes une jolie queue plus fonctionnelle.

    Illustration de Kostis Pavlou sur https:www.boredpanda.comi-create-minimalist-and-colorful-digital-illustrations .

  • La sirène du Greifensee

    La sirène du Greifensee

    La Loreleï du Greifensee s’accompagnait d’une licorne
    Lorsqu’elle émergeait sur la rive pour braconner sur les chemins.
    Et ceux qui s’en allaient bronzer se prenaient quelques coups de cornes ;
    Faute de merles, on mange des grives ; faute de grives, des humains.

    J’ai failli être en son carnier mais j’étais trop maigre à l’époque
    Et j’avais l’goût du marseillais fraîchement débarqué du port.
    Heureusement car le charnier laissé sur la berge équivoque
    Toutefois me déconseillait d’en entretenir des rapports.

    Peine perdue ! Son dévolu jeté sur moi m’a alpagué
    Et j’ai partagé son repas bien que je sois végétarien.
    Quant en amour, j’ai résolu de ne pas trop me distinguer
    Car passer de vie à trépas dans mon sommeil n’était pas rien.

    Tableau de Chie Yoshii.

  • Et puis je reste !

    Et puis je reste !

    Y a-t-il la vie après l’amour et après la petite mort ?
    Pas l’envie de recommencer mais de rester là sans bouger !
    Serait-ce une pointe d’humour de n’éprouver aucun remords
    À l’aventure romancée qui n’aura aucun débouché ?

    Si le monsieur est marié, je me plais à jouer l’incruste
    Et je lui jalouse sa femme et lui demander le divorce.
    Je plaide le couple avarié bien que la chose soit injuste
    Et mes propos les plus infâmes expriment ce qui fait ma force.

    Je suis la garce, la catin, celle qui provoque les disputes ;
    Le cauchemar de toute épouse qui va se mettre à déchanter.
    Je m’éclipse au petit matin comme une véritable pute
    Avec photos de nos partouses afin de le faire chanter.

    Je suis méchante et vengeresse mais j’ai des siècles d’humiliation
    Dans toutes mes vies antérieures, j’ai été frappée d’injustice.
    On m’a traitée d’emmerderesse, de sorcière, d’abomination
    Sous la férule supérieure des hommes au nom de leur justice.

    Illustration d’Arthur Sarnoff sur https:nevsepic.com.uaenart-1821523-pin-up-by-artist-arthur-sarnoff-10-works.html .

  • J’entre et je sors !

    J’entre et je sors !

    J’entre et je sors par la fenêtre, juste d’un voile, préservée ;
    D’un mouvement lent puis rapide en me frottant bien aux rideaux.
    C’est ainsi que je sens renaître cette envie qui est réservée
    À ceux qui aiment être intrépide dans l’action de leur libido.

    Enfin lorsque le corps bascule dans le gouffre de jouissance,
    Je ne tombe pas mais je vole, portée par le septième ciel.
    Une pluie d’orage éjacule une ondée de toute puissance,
    Une semence bénévole en vue d’un fruit providentiel.

    Je suis une femme à fenêtre qui se donne à toute vitrine,
    Cherchant une porte entrouverte pour m’y risquer de pénétrer.
    Parfois je sens ton désir naître et te dévoile ma poitrine
    Pour que tu n’aies que découverte de mon audace perpétrée.

    Quand vient le soir et sa lumière, je me redresse, ébouriffée,
    La peau perlée d’un vent de rêve, le cœur battant, presque coupable.
    Mais nul regret, ma vie entière se mire à la vitre voilée
    Et je souris, toujours sans trêve, à l’amour, pur et indomptable.

    Illustration d’Arthur Sarnoff sur https:nevsepic.com.uaenart-1821523-pin-up-by-artist-arthur-sarnoff-10-works.html .

  • Elle a failli

    Elle a failli

    Elle a failli son cœur pour oser être libre
    D’un dieu qui l’a créée comme reproductrice.
    Elle savait que le fruit romprait son équilibre
    Mais c’est son seul moyen d’être désapprobatrice.

    Lorsqu’elle voit le serpent venir à sa rencontre
    Et sa langue bifide lui pourlécher l’iris,
    Elle sait la fourberie qu’il prône à son encontre
    Mais croque nonobstant la peur qui la hérisse.

    Elle a failli au prix d’une infâme soumission
    Et devra assumer son geste maladroit.
    Elle devient alors femme et telle est sa mission :
    Porter la connaissance pour conquérir ses droits.

    Tableau d’Angelika Rasmus.

  • Il a failli

    Il a failli

    Il a failli son cœur pour sauver sa couronne,
    Aveuglé d’assurances, bandé par son serpent.
    Alors il tend son arc comme la testostérone
    Qui tient son corps tendu et le temps en suspens.

    D’une pomme sur la tête, il croit tenir la cible
    Mais elle est dans son dos lorsqu’il vise le centre.
    Le ver est dans le fruit, immobile, impassible,
    Guettant le bon moment pour passer dans son ventre.

    Il a failli pourtant il devient aguerri
    Et écoute strider le reptile mentionné.
    Lorsqu’il lâche la corde le serpent ahuri
    Est décapité net et le ver sectionné.

    Tableau de Brian Britigan.

  • Une chimère dans un verre – 2

    Une chimère dans un verre - 2

    Mais ce qui devait arriver m’est tombé dessus par hasard ;
    Une fée déguisée en ange ou bien une sorcière en démon
    A fait mes rêves chavirer dans une espèce de bazar
    Par une saute de vents orange soufflée d’adorables poumons.

    Elle m’a tenue entre ses seins, la créature imaginaire
    Et tandis que la tourterelle chantait, elle m’a embrassée.
    Je n’sais quel était son dessein mais dans sa loge poitrinaire,
    Je n’avais aucune querelle ; j’étais plutôt embarrassé.

    Si elle m’a laissé partir, c’est à cette seule condition
    De rêver d’elle chaque nuit et de personne d’autre qu’elle.
    Je suis le poète martyr enchaîné à sa soumission
    Je n’en éprouve aucun ennui pourtant je souffre de séquelles.

    Depuis mes rêves de chimères sont un reflet de ma gardienne ;
    Mes sirènes sont toutes rousses et mes fées ont des ailes roses.
    Un tout petit rêve éphémère fut ma punition quotidienne
    Mais en échange, elle se trémousse d’amour pour moi les jours moroses.

    Tableau d’Alice Mason.

  • Une chimère dans un verre – 1

    Une chimère dans un verre - 1

    Chacun sa route pour entrer dans son pays imaginaire ;
    Qui sa poudre hallucinogène, qui son flacon de Baudelaire,
    Qui son élixir concentré, qui son alcool d’Apollinaire,
    Qui son tonneau de Diogène, qui ses visions crépusculaires.

    Il me suffit de prendre un vers, de le rimer à l’impossible
    Pour voir sortir mille sirènes, mille chimères des plus charmantes.
    Bien qu’il n’y ait rien de pervers, elles sont souvent nues, impassibles,
    Avec des allures si sereines que j’en ai le cœur en tourmente.

    Elles paraissent si indifférentes en regagnant mon encrier
    Que je ne peux m’y attacher ni les retenir malgré elles.
    Elles ne sont jamais belligérantes sauf l’une d’elles qui vint s’écrier
    Que je ferais mieux de me cacher de la petite tourterelle.

    Je ne l’avais pas remarquée pensant qu’elle venait de dehors
    Mais j’ai vu qu’elle accompagnait chaque vision comme reliée.
    Pour ne pas me faire embarquer dans une surcharge de remords,
    J’écris muni d’un grand panier de graines diverses et de millet.

    Tableau de Przemek Blejzyk sur https:clippingpaper.wordpress.com20130216character-design-illustration-painting-by-przemek-blejzyk-2012-canvases .

  • Les couloirs du savoir

    Les couloirs du savoir

    Par les chemins de la racine au carré de l’hypoténuse
    Je me suis perdu PI que pendre au piège de l’irrationnel.
    Pas de quoi remplir la piscine où se baigne souvent ma muse
    Pour en sortir nue et m’apprendre les principes gravitationnels.

    Par les labyrinthes hébraïques, les algorithmes géométriques
    Et les couloirs mathématiques, j’ai cru retrouver mon chemin
    Mais les passages en mosaïques et les cours trigonométriques
    Avec escaliers thématiques m’ont fait rater mon examen.

    Mais comme les jours raccourcissent au fur et mesure de l’âge
    Qui double et triple mes problèmes tout en divisant mes pouvoirs,
    Je crains que les nuits m’obscurcissent lorsque je monte les étages
    Pour résoudre le dernier dilemme dont seule la mort peut m’émouvoir.

    Œuvre de Tobia Ravà.

  • La messagère à la rose

    La messagère à la rose

    Ce soir la Lune sera pleine et la messagère à la rose
    Assurera les vœux d’amour même s’ils ne durent pas toujours.
    En revanche pour toutes vos peines de cœur et vos pensées moroses,
    Elle appliquera son humour sur vos blessures de tous les jours.

    Mais à l’instar du petit prince qui garantissait vos désirs,
    La fille n’a pas l’obligation de réussir à vous guérir.
    Alors tant pis si vos cœurs grincent et continuent à se transir ;
    L’amour passe sans explication tout son temps à vous aguerrir.

    Or si vous êtes optimistes, ne baissez pas les bras trop vite ;
    Abandonnez toute méfiance et accueillez-la désormais.
    Mais si vous êtes du genre pessimiste, il y a peu de chances qu’elle évite
    De vous garder sa confiance et ne reviendra plus jamais.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Les voyages imaginaires organisés

    Les voyages imaginaires organisés

    Puisque j’ai étendu la carte des voyages imaginaires
    Je peux convier à présent tous les membres de la famille
    Pour leur apprendre où donc s’écarte le bon chemin originaire
    Vers les écueils omniprésents tapis dans l’ombre des ramilles.

    Pour bien vivre son aventure, il suffit de courir à point,
    D’abord sauter sur l’occasion et puis prendre le train en marche.
    Pour bien ménager sa monture dont le concours est un appoint,
    Il faut jouir de l’évasion procurée par cette démarche.

    Quelle démarche justement ? Celle de savoir organiser
    L’inattendu et l’imprévu qui vous guettent au bout du chemin.
    Et savoir aussi prestement tout changer, désorganiser
    Quand l’amour, à peine entrevu, sourit à qui lui tend la main.

    Et quand revient le temps des pluies, on replie toutes les boussoles ;
    Les cartes se font origamis pour abriter qui va trop vite.
    Tous blottis sous les parapluies, on rit, on s’aime, on se console ;
    Tous pliés, amis- ennemis, se déplient quand l’amour s’invite.

    Tableau de Rob Gonsalves.

  • La carte du tendre imaginaire

    La carte du tendre imaginaire

    Ma carte du tendre commence par l’abandon de ma raison
    Que je dépose devant la porte avant de la fermer à clef.
    Et puis débute une romance dans une cinquième saison
    Qui s’ouvre alors et me transporte sans que je n’aie à renâcler.

    Ici, les épines ont des roses et l’ombre fabrique des arbres ;
    Les chemins pavés de rivières coulent sous les ponts de demain.
    Malgré le ciel parfois morose qui m’oblige à rester de marbre,
    Je vois les montagnes de Bavière et leurs lacs à portée de main.

    Et celle qui me prend la main dans un moment d’inattention
    M’entraîne comme pour me noyer au double fond de l’océan.
    Une sirène à visage humain mais dont les seules intentions
    N’étaient que de m’apitoyer en m’embrassant dans le néant.

    Et quand j’en perds le sens des choses, ma muse rit sous ma chemise ;
    Les vers chatouillent Proserpine qui s’habille de mots légers.
    Lorsqu’elle sort de sa nymphose elle mûrit comme une cerise
    Que je rissole dans la cuisine mais avec du beurre allégé.

    Tableau de Josiah C. Hill-Meyer.

  • Reine d’un jour

    Reine d’un feu qui me dévore, qui brûle d’amour pour son roi ;
    Reine d’une eau qui désaltère et calme la soif du vainqueur ;
    Reine de l’air qui revigore, qui rejoint les vents et qui croît ;
    Reine de roches et de terre, qui nourrissent l’âme et le cœur.

    Reine des flammes de l’amour qui brûlent mais sans consumer ;
    Reine des vagues de tendresse et des caresses essentielles ;
    Reine des jolis vents d’humour qui tremblent et partent en fumée ;
    Reine des montagnes qui dressent leurs sommets pointés vers le ciel.

    Reine des rayons de soleil qui féconderont un enfant ;
    Reine de la moiteur des pluies suaves, sensuelles et charnelles ;
    Reine du souffle qui balaye et siffle son air triomphant ;
    Reine de grottes de la nuit éphémère autant qu’éternelle.

    Tableau de Batjargal Tseyentsogzol sur https:www.catherinelarosepoesiaearte.com201712batjargal-tseyentsogzol.html?m=1 .

  • Reines d’atours

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    Reine de feu, reine de terre, reine d’eau et reine de l’air,
    Chaque reine est complémentaire et de caractère différent.
    Selon son règne élémentaire et son royaume titulaire,
    Elle se montrera volontaire et réglera ses différends.

    La Reine de trèfle est terre-à-terre et c’est là son moindre défaut ;
    La Reine de cœur trop émotive mais chacune sait ce que ça vaut ;
    La Reine de pique autoritaire mais posée juste ce qu’il faut ;
    La Reine de carreau créative mais trop timide, plus qu’il n’en faut.

    Reine de feu, reine solaire, reine de l’aurore opportune ;
    Reine de terre, reine misère, reine paysanne et des champs ;
    Reine de l’onde, reine lunaire, reine des phases de la Lune ;
    Reine des vents dans le désert, reine dans le soleil couchant.

    Lui, n’était qu’un atout hors-jeu qui ne suivait aucune règle ;
    Il est tombé sur un chasseur de primes réclamant l’octroi
    Mais il était fort courageux et doté de la force d’un aigle ;
    Elles étaient quatre reines sœurs toutes amoureuses d’un même roi.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Medusa Hypermedia

    Medusa Hypermedia

    Medusa Hypermedia est la coqueluche du monde ;
    Elle a juste troqué ses serpents par des désirs plus efficaces.
    Fausses infos dans l’immédiat, puis addictions des plus immondes
    Qu’elle sème dans tous les arpents du pays les moins perspicaces.

    Des hommes politiques véreux en guise de serpent à sonnettes ;
    Des voyages autour de la Terre pour les gens qui volent en avion
    Avec des imbéciles heureux ravis d’écouter les sornettes
    Que la télé leur déblatère bien que nous les désavouions.

    Beaucoup de fils de téléphone bien qu’en principe ils soient sans fil
    Mais c’est pour mieux vous attacher et vous priver de liberté.
    Un seul regard vous rend aphone dans les salles d’attentes et les files ;
    Si l’on se parle c’est pour s’fâcher de tous les lanceurs alertés.

    Sous son réseau tentaculaire, Medusa charme et paralyse ;
    Les cœurs s’y perdent volontaires, les corps s’y loguent et se maîtrisent.
    Dans l’hypermonde spectaculaire, on pèche à force d’analyses ;
    L’écran conforte les solitaires dont le cœur de « like » s’électrise.

    Tableau d’Ilène Meyer sur https:lcart4.narod.ruimagefantasyilene_meyer1.htm .

  • Pour vivre heureux vivons cachés

    Pour vivre heureux vivons cachés

    Gabegie dans les hôpitaux et, de plus, dans tous les pays
    Les maladies nosocomiales gagnent du terrain dans les chambres !
    Infections presto-subito, pneumonies pour gens ébahis
    Finalement les patients chialent et se planquent de tous leurs membres.

    Les campagnes de vaccination saisonnière contre la grippe
    Pourraient bien être obligatoires pour tout le personnel soignant
    Par crainte d’une transmission du virus furtif qui s’agrippe
    Sur les patients aléatoires euthanasiés en les saignant.

    Quant u harcèlement sexuel, il paraît que les médecins
    Porteraient des propos obscènes ainsi que des attouchements.
    Accompagnés de gestuels confondant les saints et les seins.
    Personnellement, je quitte la scène au moindre signe d’attroupement !

    Les fous s’en sortent bien, ma foi, soignés en toute sinécure ;
    Heureux les Alzheimer flemmards qui n’ont plus à s’casser la tête !
    Tandis qu’au-dehors, sous la loi, on crève en silence insécure
    On s’dit qu’il vaut mieux un plumard sans être traité comme une bête.

    Illustration par Miroslav Bartak.

  • La sirène tigrée

    La sirène tigrée

    C’est au fil de l’eau qu’Irénée dite la « sirène tigresse »
    S’en va à la chasse aux touristes dans les eaux claires du lagon
    Près du Club Méditerranée où elle flaire et puis agresse
    Nageurs, baleines et secouristes, bref tout ce qui lui paraît bon.

    Les gentils organisateurs se réunissent en décidant
    Que ça ne pouvait plus durer et c’est mauvais pour le commerce.
    Donc un évangélisateur jeté à son corps défendant
    Au nom de Jésus, va endurer l’amour divin sans controverse.

    Le jeu dut plaire à la sirène qui exigea tous les dimanches
    De perdurer ainsi la messe avec des curés pas trop maigres
    Pour une digestion sereine et une sieste qui s’épanche
    Aux tréfonds avec la promesse d’un paradis plutôt allègre.

    On dit qu’un jour, las de ses jeux, Dieu voulut la rendre plus sage
    Car tous les anges en pâmoison réclamaient ses baisers félins.
    Mais la belle, d’un rire joyeux, refusa cet odieux dressage
    Car toutes ses rayures à foison étaient d’un petit goût salin.

    Tableau de Kelly Keane.

  • La sirène girafe

    La sirène girafe

    Phénomène rare sur les côtes bordées de plages de sable blanc
    Que montre la sirène girafe entre les récifs coralliens
    Qui est aux marins la mascotte avec ses reflets bruns troublants
    Si dangereux quand elle dégrafe son soutien-gorge somalien.

    Car ses pointes de mamelons dardent un regard hypnotique.
    Eh oui, ce n’est pas de sa voix qu’elle charme les marins d’Afrique
    Mais par aréoles aux tétons acérés aux bouts érotiques
    Qui crèvent les yeux à la fois et le cœur des hommes hystériques.

    On dit que les femmes-cougars y viennent y faire croisière
    Accompagnées des guignolos qui auraient dépassé leurs temps.
    Aussitôt elles préviennent leurs gars de bien ajuster leurs visières
    Et en deux coups de pédalos, chacune y trouve son content.

    Sous la surface elle s’élance, mirage aux mailles de soleil,
    Les mâts se penchent, les voiles ploient, l’océan s’enroule à sa taille.
    Et dans le bleu, sa nonchalance fait frissonner l’eau sans pareil ;
    On ne sait plus qui s’y emploie… mer ou désir qui la travaille…

    Tableau d’Antoine Renault sur https:www.amusingplanet.com201312ocean-paintings-by-antoine-renault.html .

  • La sirène tigrée

    La sirène tigrée

    C’est au fil de l’eau qu’Irénée dite la « sirène tigresse »
    S’en va à la chasse aux touristes dans les eaux claires du lagon
    Près du Club Méditerranée où elle flaire et puis agresse
    Nageurs, baleines et secouristes, bref tout ce qui lui paraît bon.

    Les gentils organisateurs se réunissent en décidant
    Que ça ne pouvait plus durer et c’est mauvais pour le commerce.
    Donc un évangélisateur jeté à son corps défendant
    Au nom de Jésus, va endurer l’amour divin sans controverse.

    Le jeu dut plaire à la sirène qui exigea tous les dimanches
    De perdurer ainsi la messe avec des curés pas trop maigres
    Pour une digestion sereine et une sieste qui s’épanche
    Aux tréfonds avec la promesse d’un paradis plutôt allègre.

    On dit qu’un jour, las de ses jeux, Dieu voulut la rendre plus sage
    Car tous les anges en pâmoison réclamaient ses baisers félins.
    Mais la belle, d’un rire joyeux, refusa cet odieux dressage
    Car toutes ses rayures à foison étaient d’un petit goût salin.

    Tableau de Kelly Keane.

  • La sirène girafe

    La sirène girafe

    Phénomène rare sur les côtes bordées de plages de sable blanc
    Que montre la sirène girafe entre les récifs coralliens
    Qui est aux marins la mascotte avec ses reflets bruns troublants
    Si dangereux quand elle dégrafe son soutien-gorge somalien.

    Car ses pointes de mamelons dardent un regard hypnotique.
    Eh oui, ce n’est pas de sa voix qu’elle charme les marins d’Afrique
    Mais par aréoles aux tétons acérés aux bouts érotiques
    Qui crèvent les yeux à la fois et le cœur des hommes hystériques.

    On dit que les femmes-cougars y viennent y faire croisière
    Accompagnées des guignolos qui auraient dépassé leurs temps.
    Aussitôt elles préviennent leurs gars de bien ajuster leurs visières
    Et en deux coups de pédalos, chacune y trouve son content.

    Sous la surface elle s’élance, mirage aux mailles de soleil,
    Les mâts se penchent, les voiles ploient, l’océan s’enroule à sa taille.
    Et dans le bleu, sa nonchalance fait frissonner l’eau sans pareil ;
    On ne sait plus qui s’y emploie… mer ou désir qui la travaille…

    Tableau d’Antoine Renault sur https:www.amusingplanet.com201312ocean-paintings-by-antoine-renault.html .