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  • À cheval sur quels principes ?

    Être à cheval sur mes principes, tout ça, c’est bien beau mais lesquels ?
    Tout ce que je croyais acquis croule sans justificatif.
    L’absolutisme s’émancipe et je découvre les séquelles
    Des débordements prérequis par le pouvoir exécutif.

    J’ai beau me tenir à carreau et louvoyer entre les gênes,
    Trop de gens se laissent embarquer dans une indicible oppression.
    L’astrologie et les tarots me semblent bien plus homogènes
    Qu’une pandémie démarquée par des chiffres en rétrogression.

    Entre les guerres mondiales du vingtième siècle puis, les guerres économiques, les guerres saintes et aujourd’hui la guerre épidémiologique, pas besoin de longs discours pour s’apercevoir que les expériences et les bonnes résolutions n’ont pas servi à grand-chose et qu’il ne faut pas se voiler la face mais admettre que le monde entier joue à un Monopoly gigantesque où il ne restera qu’un seul vainqueur – si toutefois il en reste un.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La dérègle du jeu

    Les chemins de l’imaginaire libèrent des inhibitions
    Permettant de vaincre ses peurs et de chasser tous ses démons.
    Ce qui semble extraordinaire devient alors invitation
    À voyager à toute vapeur parmi les vallées et les monts.

    Quand le pion a suivi les règles et parvient à destination,
    Il est promu fier cavalier, évêque, tour ou même reine.
    Il s’envole alors comme l’aigle et parvient avec obstination
    Et l’aide de ses alliés à sortir le taureau de l’arène.

    Aujourd’hui, cela fait exactement onze ans que je suis tombé de quinze mètres dans les calanques à Marseille et que je suis entré dans un nouveau monde extraordinaire par la petite porte de la souffrance ; le prix du passage était cher à payer.
    Et me voici dans mon nouvel univers, nouveau pays, nouvelle langue – toujours pas maîtrisée -, nouvelle femme – toujours pas martyrisée- et nouveau destin. Comme quoi, les chemins imprévisibles de l’imaginaire font vraiment changer de dimension.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk.

  • L’autre Patte-en-rond

    Or, Patte-en-rond avait un frère qui vivait dans l’autre maison
    Mais était resté timoré envers le peuple des rongeurs.
    Car si l’un et l’autre bâfrèrent les souriceaux en fumaison,
    Désormais l’autre l’a ignoré et en demeure tout songeur.

    Patte-en-velours, car c’est son nom, ne s’intéresse qu’aux fleurettes
    Dont il s’empiffre goulûment aussitôt qu’elles sont en bouquet.
    Nul besoin de fleurs de renom, il aime bien les pâquerettes
    Et toutes les plantes à tégument qui lui font les meilleurs banquets.

    Il laisse toujours la dernière, on ne sait pas, c’est un mystère.
    Peut-être pour se rappeler l’odeur de son dernier festin.
    Il attend, de cette manière, que les graines héréditaires
    Germent et viennent renouveler les fleurs pour un autre destin.

    Tableaux de Galina Y. Chuvilyaeva.

  • Les canards bleus, rouges et verts

    Prendre son bain est salutaire avec ses canards en plastique ;
    Pourtant les plaisirs solitaires ne semblent pas si romantiques !
    Elle s’est éprise d’un canard, bleu comme le bleu de ses yeux,
    Et depuis elle prend son panard et lui, cancane à qui mieux mieux.

    Après une année de bonheur, son canard bleu s’est fait la malle ;
    Elle a pris pour se consoler sa rougissante progéniture.
    Si ces canards lui font l’honneur d’une jouissance animale
    Ensemble ils iront convoler d’amours rubis et d’aventures.

    Elle en a vu des bleus, des rouges, et puis de toutes les couleurs ;
    Tout ce qui vit, tout ce qui bouge, tous palmipèdes de malheur.
    Le dernier en date, un colvert, lui a brisé son cœur ouvert
    Elle, d’un seul coup de revolver, a rompu et s’est mise au vert.

    Tableaux de Jahar Dasgupta.

  • Des livres et moi

    Quand j’entendis le mot « culture », il rimait avec « revolver »
    Tant la pensée individuelle faisait peur à nos dictateurs.
    Aujourd’hui la même dictature ferme à visage découvert
    La moisson intellectuelle des libraires et des éditeurs.

    Alors entrons en résistance par des librairies clandestines
    Et les rats de bibliothèque seront compagnons du devoir.
    Livrons en toutes circonstances ce levain qui nous prédestine
    À suivre de manière intrinsèque notre propre conception du pouvoir.

    Aujourd’hui on ferme les librairies classifiées « non indispensable » car la culture et l’information pendant le confinement sont nuisibles à la santé. Du coup, il reste Amazon et les sites de vente de livres sur internet qui peuvent vendre librement et sans payer le moindre impôt.
    Quant à moi, je suis passé au numérique depuis 10 ans – ce qui m’a permis de déménager quelques 30.000 livres et BDs plus facilement en Suisse – en plus de mes abonnements Applebooks, Kindle et Izneo… eh oui, j’ai trahi le livre-papier mais j’en conserve encore deux bibliothèques pleines.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • L’envol de la liberté

    Ma liberté s’est envolée ; on a volé ma liberté !
    J’avais tellement l’habitude de la savoir hors des limites
    Que j’ai le cœur bien désolé de voir mes espoirs déserter
    La fausse illusion de quiétude qui, aujourd’hui, n’est plus qu’un mythe.

    Désormais on place la guerre prioritaire sur l’amour ;
    Désormais on nous fait survivre à genoux plutôt que debout.
    Cette liberté qui naguère s’est édifiée au fil des jours
    N’est plus et ce qui va s’ensuivre ne me laisse aux lèvres que dégoût.

    La liberté, relative à l’esprit, est plus une sensation qu’une réalité puisqu’elle se heurte à beaucoup de frontières, politiques, sociales, religieuses et aujourd’hui thérapeutiques.
    La liberté physique est encore plus stricte ; un accident, une maladie ou une infirmité réduisent son espace, les améliorations sont rares et inversement proportionnelles au temps.
    La liberté financière permet d’aller aussi loin que ce qu’on a gagné durant toute une vie de labeur et les occasions d’en profiter réduites sauf exception.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La Fée Florette – 2

    La Fée Florette - 2

    La Fée Florette, ainsi nommée pour le bouquet de ses cheveux,
    D’une fée-mère pour racine et le greffon d’un rameau lierre.
    Elle a bâti sa renommée en faisant tout ce qu’elle veut
    Tant la liberté la fascine d’une énergie particulière.

    Elle a vu des forêts alpines que sa vie était destinée
    À faire résonner les cœurs à l’accord de ses intentions
    Mêlées de roses et d’aubépines au parfum de méditerranée
    Qu’elle fixe aux accroche-cœurs de ses conquêtes sans prétention.

    Ne comptez pas l’observer nue quand elle court dans la forêt
    Ni entendre le son de sa voix quand elle se baigne dans l’étang.
    Seul un cœur pur, jeune, ingénu qui n’a pas été défloré
    Peut l’aborder à claire-voie sans anicroche, sans contretemps.

    Je l’ai croisée deux ou trois fois, amoureuse d’un feu follet
    Qui l’entraînait hors des frontières avec faste et ébourrifure.
    Puis, elle est revenue, ma foi, désenchantée et affolée
    Pour consacrer sa vie entière dorénavant à la coiffure.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Les fruits de ma licorne

    Dans ma licorne, tout est bon pour la nourriture de l’âme ;
    Les fruits de l’imagination produisent un vin millésimé.
    Mais il faut l’esprit vagabond, le cœur ouvert comme une femme
    Et le corps de résignation d’un homme neuf et sublimé.

    Or, l’habit ne fait pas le moine ; la corne n’est pas suffisante
    Pour pénétrer dans les mystères par une approche marginale.
    Qu’il est précieux, le patrimoine à l’hérédité divinisante
    Qui forme un cœur dépositaire des quatre vertus cardinales !

    Difficile de faire des choix dans le monde d’aujourd’hui. La pandémie du coronavirus, info ou intox ? L’ordre nouveau, complot ou simple peur du loup ? Et le trou d’ozone, a-t-il vraiment disparu ? Et les chemtrails qui répandent des microparticules dans l’atmosphère ?
    Quelle que soit sa décision, faut-il s’y accrocher ou écouter l’antithèse et s’y laisser séduire ? Peut-être la réponse réside-t-elle dans la capacité à se poser des questions continuellement ?

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les trésors de ma licorne

    Par le secret de la licorne et de la grande pyramide,
    Tout ce qui paraît chimérique ouvre une porte sur l’autre monde.
    Le monde austère des capricornes et du cancer, ce grand timide,
    Avec les lions d’Amérique et de la vierge vagabonde.

    Mais la licorne est télépathe, elle perçoit tout comme un devin,
    Comme un scorpion muni d’antennes qui fait des rappels de piqûre.
    Les pieds sur Terre à quatre pattes, elle coule d’un ruisseau divin
    Qui alimente ma fontaine d’une eau aux reflets d’Épicure.

    Pourquoi ce besoin de recourir à la magie ? Les chrétiens ont besoin de se raccrocher aux miracles, à la résurrection et au paradis ; les scientifiques ne jurent que par le monde merveilleux de la physique quantique ; d’autres ne rêvent que d’elfes, de fées et de sorcières et même le monde capitaliste croit à la magie de l’argent avec les millions du lotos, les palaces et le grand pouvoir de la jet-set. Moi, j’aime bien rêver à ma licorne.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les trésors de mon hibou

    Toutes les histoires à tiroirs renferment de précieux trésors
    Que je savoure car mon cœur carbure à l’imagination
    Qui lui renvoie comme un miroir ses émotions qui le dévorent
    Mais lui distillent la liqueur qui l’ouvre à la divination.

    Là, j’ai le tiroir aux légendes ; ici, le tiroir aux bonheurs ;
    Plus haut, le tiroir aux projets bâclés ; plus bas, le tiroir aux fantasmes.
    Avec un bouquet de lavandes, j’entretiens le tiroir du cœur
    Et dans celui qui ferme à clef, j’y enferme tous mes sarcasmes.

    En ces périodes de confinement, place à la seule richesse intérieure.
    Avant tout, pour le plaisir des yeux, des oreilles, de la bouche et du cœur, il faut une bonne histoire ; un bon texte pour une bonne chanson, un bon scénario pour un bon film, un bon tableau pour un joli poème. Donc beaucoup d’imagination et beaucoup de sources d’inspiration sinon ça devient une bouillie répétitive et stéréotypée. Cela étant, le talent revient à organiser et orchestrer les tiroirs de sa mémoire.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Mes boîtes à hiboux

    Au jour des morts, revient le chouette souvenir des chers disparus
    Dans les tiroirs de ma mémoire des moments de fraternité.
    Certains ne sont que silhouettes au bout du chemin parcouru
    Et d’autres ont signé le grimoire, mon livre d’or d’éternité.

    Des grandes boîtes en bois chêne aux petites boîtes racornies,
    J’ai conservé les bons moments et donné la clef au hibou
    Car cet oiseau nocturne enchaîne au fil de mes nuits d’insomnies
    Le film tiré des romans de leurs vies mises bout à bout.

    Foin des Halloweens américains, nous avons-nous aussi notre jour des morts, le 2 novembre où nous allumons une bougie en ouvrant le livre aux souvenirs qui nous relie à ceux qui sont partis. Nous y mêlons nos propres histoires afin que nos descendants continuent de perpétrer ces souvenirs comme un fil de laine filé à chaque tour du rouet de la vie.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • À la fortune du pot

    Plutôt que fêter tous les saints et Halloweens américains,
    J’ai fait la grasse matinée puisque, après tout, c’est dimanche !
    Puisque ce jour de la Toussaint coïncide au jour dominicain,
    Je m’en vais me procrastiner sans même retrousser mes manches.

    De peur que je prenne racine et devienne plante d’appartement,
    Demain je quitterai mon pot mais en forme d’échappement.
    Après-demain je me vaccine des folies du gouvernement
    En ne payant plus mes impôts tant que dure le confinement.

    Octobre avait démarré sous le signe du confinement chez nos amis canadiens, il était juste que les français y consacrent leur mois de novembre. Enfin quand je dis « juste », c’est façon de parler. Chez nous en Suisse, le gouvernement fédéral pense que les citoyens responsables sauront prendre les bonnes décisions par eux-mêmes. Mais, ne voulant prendre aucun risque, il commence à prévoir l’annulation de Noël. Si ça se trouve, il nous annulera aussi la nouvelle année pour prolonger 2020, l’année zinzin.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Les souvenirs du scorpion

    Il pardonne mais il n’oublie pas ; tout, à jamais, reste gravé.
    Les souvenirs sont douloureux quand la mémoire est affectée.
    Sauf passer de vie à trépas, rien ne pourrait plus s’aggraver
    Qu’un rappel d’un vieil amoureux qu’il n’aurait jamais accepté.

    Tout est prétexte pour creuser profondément ses souvenirs.
    La moindre image, la moindre odeur et tout remonte à la surface.
    Tout est pesé et repesé, mieux vaut guérir que prévenir
    Car il possède un décodeur aux perpétuelles interfaces.

    Son réseau varie tout le temps, ses neurones se renouvellent,
    Ce qui paraissait impossible est naturellement résolu.
    On le croit mort mais entretemps, par un retour de manivelle,
    Le revoici, fort, impassible en quête d’un nouvel absolu.

    Tableaux de François Fressinier.

  • Triché !

    La coupe était empoisonnée, la reine de pique a triché !
    D’ailleurs elle s’est octroyée de droit de jouer avec le Roi.
    La perfidie a foisonné depuis longtemps dans le duché
    Depuis que l’évêque s’est noyé dans du vin de messe, à ce que l’on croit.

    On a retrouvé l’intrigante qui avait falsifié les cartes ;
    Elle avait noyé le poisson en rendant l’évêque foldingue.
    Cette démarche inélégante, la reine souhaite qu’on en départe ;
    Elle prendra la même boisson et on verra si elle valdingue.

    La reine épique est innocente et le venin venait d’ailleurs.
    L’évêque possédait la marotte de lorgner Neptune et Galatée.
    Du bout de sa lunette géante, comme d’un foudre ravitailleur,
    L’aurait servi à la poivrote un vin de messe frelaté.

    Tableaux de Daniel C. Chiriac.

  • Drôle de cirque

    Drôle de cirque en ce moment dans le spectacle permanent
    Qui se déroule au jour le jour d’un mauvais goût bien raffiné.
    On vit on ne sait plus comment sous le joug du gouvernement
    Qui propose encore un séjour entre quatre murs confinés.

    La nuit, j’entends les cavaliers qui galopent dans mes osselets
    Et poussent des cris de cigales qui troublent ma muse écrivaine.
    Tous ces échos festivaliers frappent mes rimes bosselées
    Qui me composent un madrigal au rythme de mes acouphènes.

    Dernier jour du mois avec des fins de confinement pour les uns et des débuts de confinement pour les autres mais rien en Suisse pour le moment.
    Drôle de cirque que ce ballet de restrictions, obligations et préventions et avec le port du masque, c’est Carnaval et Halloween toute l’année.

    Tableaux de Vito Campanella.

  • Halloween Sha là la

    Dans les nuits bleutées de l’orient, j’entends sourdre à travers les murs
    Les échos des tapis volants qui me racontent leurs histoires.
    Dans ces coloris luxuriants se mêlent éclats et murmures
    Des djinns courtois ou insolents avec défaites et victoires.

    Les mille-et-une nuits d’orient racontées par Shéhérazade, bien que marginales dans la littérature arabe, s’apparentent à nos contes de fées, de princesses, de dragons et de sorcières. Dieu sait combien de sorcières ont été poursuivies, torturées et brûlées par les chrétiens fanatiques des siècles précédents. À chaque religion, sa chasse aux sorcières. Défendre les sorcières, c’est prendre le risque d’être brûlé à son tour ; mais ne rien faire ne revient-il pas à prendre le même risque ?

    Tableaux de Layla Nowras.

  • Sacré lion !

    Quand le lion vient en automne pour se raviver les couleurs,
    Il porte son costume de rouille et sa couronne de saison.
    Mais il ne trompe plus personne ; pour atténuer ses douleurs,
    Il s’est mis au jus de citrouille qu’il siffle plus que de raison.

    Après avoir brillé tout l’été, le lion se trouverait-il dépourvu lorsque l’automne arrive ?
    Mais il n’existe pas d’intersaison en Afrique.
    Dommage, nous aurions eu un lion roux d’automne ; un lion blanc pour l’hiver ; écru au printemps et cuit en été. Et pour Halloween, demain, il aurait dévoré les enfants comme des friandises 12 ! Mais non, c’est pour rire !

    Photos d’Adrian Higgins.

  • Cartographies

    Une fois passé l’âge tendre, sa carte érotique se dessine
    Sur le visage, dans le cou, les bras, les jambes et les mains.
    Ah, laissez-moi encore entendre les microsillons sur les lignes
    Qui racontent les contrecoups des amours d’hier et de demain !

    Au corps se creusent des rides du temps qui enregistrent comme une photo les événements de la vie. Une ride, c’est un peu comme une blessure sur un champ de bataille ou un galon remporté sur une victoire. Les pattes d’oie rient comme un soleil de bonheur et les cicatrices témoignent comme un monument la bonification des marques du temps.

    Tableaux d’Emilio Pettoruti sur http:www.midcenturia.com201105emilio-pettoruti-paintings.html .

  • La censure

    Il suffit d’un petit bout de sein pour que nous soyons censurés
    Comme si le pervers mamelon faisait déborder la pudeur.
    Je ne sais vraiment quels desseins recherchent ces gens triturés
    Mais leurs faux scrupules félons dissimulent leur propre laideur.

    Que voit vraiment celui qui censure ? Le sein ou son propre trouble face à celui-ci ?
    L’homme cache le corps de la femme sous prétexte qu’elle l’incite au péché comme si l’homme – si fragile – était incapable de résister à ses propres instincts.
    Et l’innocence de l’enfance ? Quel poids la société lui fait-elle jouer ?
    Finalement, tout est question de masque pour se protéger des faiblesses de l’humanité.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Comme une mouche au plafond

    Quand elle descend du plafond, la vérité paraît infâme ;
    Lorsqu’elle sort du puits sans fond, elle est nue tout comme une femme.
    Tout est question de point de vue et mon poème, pris à l’envers,
    Me prend un peu au dépourvu malgré ses rimes et ses vers.

    Le Nu appelle à la beauté, la Pornographie appelle au sexe. Entre le Nu et la Pornographie, il y a juste la pensée et l’intention. L’un voit de l’art, l’autre de la perversion.
    Toujours est-il que plus le temps passe et plus la censure se resserre.
    Alors le Nu ? Évolution, perversion, révolution ou dégradation ? C’est pourtant notre marque de fabrique !

    Photos de Sam Thies.

  • À l’heure du coucou

    Dès l’heure du soleil levant jusqu’à ce que l’astre se couche,
    Selon les phases qui m’incombent, la vie me paraît naturelle.
    Me lever quand souffle le vent, boire quand la pluie vient à ma bouche,
    Faire l’amour quand la nuit tombe avec une femme surnaturelle.

    Par nos cinq sens, nous percevons l’espace, la matière et ses propriétés mais pas le temps. Pas la moindre petite horloge dans le cerveau malgré le battement régulier du cœur et le souffle de la respiration ; sinon l’observation du soleil et de la lune pour compter les jours, les mois, les saisons et les années.
    Voilà la véritable différence entre les hommes et les femmes ; tandis que les hommes ont perdu leur horloge interne, les femmes l’ont conservée.
    Et moi, depuis le changement d’heure, je me lève une heure plus tôt, déjeune à onze heures et dîne à 18 heures ; mon subconscient est resté à l’heure d’été.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein.

  • Tout ça pour ça !

    Depuis cent ans que l’ours polaire voit reculer son horizon,
    Il subit les raids temporaires de l’homme comme une trahison.
    Les changements d’heure solaire n’entraînent pas sa guérison
    Car les deux décalages horaires resserrent un peu plus sa prison.

    Mais l’ours ne se met pas en colère ; ses soucis d’alimentation
    Ne lui nourrissent ni les molaires et ni des lèvres et ni des dents.
    La controverse est corollaire des suites de l’émigration
    Et des voyages similaires qu’ont livrés les enfants d’Adam.

    L’ours polaire se fiche un peu du changement d’heure. D’abord parce que le cercle polaire entre dans la période hivernale des dix mois de nuits et ensuite, une heure de plus ou de moins ne freinera pas la fonte des glaces.
    Quant à nous qui voyons nos libertés et nos acquis fondre jour après jour par l’échauffement viral, nous ne pouvons qu’être solidaires.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • L’heure bleue

    Aurore d’été vient en avance tandis qu’Aube d’hiver recule ;
    Les filles ennemies de Saturne me titillent deux fois par an.
    Mon cœur avoue sa préférence à l’heure bleue du crépuscule
    Lorsque leurs caresses nocturnes rendent mes rêves transparents.

    Contrairement à ce que les médias ont publié en 2019, ce qui devrait changer pour le changement d’heure, ne changera plus ; la crise du coronavirus a perturbé les horloges, le leurre a troublé l’heure.
    Aujourd’hui, à la même heure, ce n’est plus la même heure qu’hier ; comme quoi, chacun voit midi à sa porte alors qu’il faut le chercher à quatorze heures.
    Personnellement, je préfère de loin l’heure d’hiver qui est plus en accord avec le soleil.

    Tableaux de Aïtch sur https:www.behance.netgallery9699283The-Blue-Period .

  • Les femmenotes

    Lorsque j’entends siffler le vent et claquer sa cape de brume,
    Je sais, perchées sur un rocher, où se dressent les femmenotes ;
    Au crépuscule ou au levant, selon l’ocre du ciel d’agrumes,
    Là où nul ne peut s’approcher, elles composent en kichenottes.

    Il paraît que dans la savane ; oubliée par un écossais,
    Un lion jouait de la cornemuse avec un doigté fabuleux.
    Une femmenote en caravane un jour l’a sorti du fossé
    Pour composer avec sa muse son concerto pour violon bleu.

    Souvent dans les châteaux hantés, les femmenotes accompagnent
    Les voix des fantômes égarés au cœur resté à Varsovie.
    Professionnelles et patentées, elles enchantent les campagnes
    Par leurs symphonies bigarrées au chœur des revenants ravis.

    Prestidigitatrice de charme et à la partition musquée,
    La dernière des femmenotes possède plus d’un tour dans son sac.
    Elle vous fera tirer des larmes tellement l’émotion brusquée
    Vous saisira jusqu’à la glotte par d’anciennes chansons cosaques.

    Tableaux de Michael Cheval.

  • Les femmelettres

    Elles vendaient des omelettes supposées guérir tous les maux
    Et s’appelaient « Les femmelettres » tout simplement, sans jeu de mots.
    À l’encre d’œufs de cygnes blancs qui aussi fournissaient leurs plumes,
    Elles écrivaient des contes troublants répartis en plusieurs volumes.

    Les femmelettres naissent en automne pendant la récolte des feuilles
    Par une parthénogenèse de millefeuilles mis en abyme.
    Ça reste au début monotone mais assez vite, passé le seuil
    De la surprise, elles se complaisent en secrets issus des abîmes.

    Les histoires à dormir debout que nous écrivent les femmelettres
    Résultent de préparations colorées du plus bel effet.
    La nuit, elles élèvent des loups, vêtues de chaperons champêtres,
    Pour de nocturnes narrations qui font les beaux contes de fées.

    Entre l’école parisienne et les écoles anglo-saxonnes,
    Les femmelettres ont préféré l’école des ponts-et-chaussées.
    Par suite d’une grand-mère autrichienne qui, vraie fille ou fausse garçonne,
    Composait sur l’Île de Ré ses chansons d’une voix de fausset.

    Tableaux de Michael Cheval.

  • L’arbre de Babel

    De ma vieille souche française, ou de Navarre à Dieu ne plaise,
    Je porte un fruit européen aux pépins méditerranéens.
    Dopée aux greffons italiens et même néandertaliens,
    Ma descendance assurément mutera démesurément.

    Au dix-neuvième siècle toutes les races émigrées aux Amériques ont formé les peuples Brésiliens, Étasuniens mêlés au sang indien.
    Au vingt-et-unième siècle les migrants par millions renouvellent ce mélange.
    Je ne sais pas encore comment seront nos descendants du 22ème siècle mais ce sera certainement une surprise physique, psychologique et spirituelle… si la Terre tourne toujours évidemment.

    Collage de Michael Waraksa et tableau d’Alison O’Donoghue.

  • Résignation et résiliation

    Pauvre frêle rose, ainsi donc abandonnée au caniveau
    Mais amour et compétition imposent leur résignation ;
    Pauvre soldat de Cupidon qui n’a pas atteint le niveau,
    Impitoyable reddition qu’entraîne la résiliation.

    Pourtant tu étais la plus belle des roses de la roseraie,
    Pourtant tu étais destinée à fleurir ceux qui sont épris
    Mais l’amour se montre rebelle envers celui qui oserait
    Croire au cœur de sa dulcinée lorsqu’elle n’a que du mépris.

    Plusieurs fois dans la vie, nous nous retrouvons rejetés, abandonnés par la compétition.
    Comme un Icare blessé qui se serait trop rapproché d’un soleil impitoyable.
    N’empêche que dans notre société, nous sommes souvent transformés en soldats et expédiés au front comme chair à canon économique. Alors la bonne nouvelle lorsque nous nous trouvons éjectés, c’est que NOUS SOMMES SORTIS DU TROUPEAU.

    Photos de Barbara Florczyk sur https:designyoutrust.com201712beautiful-flower-photography-by-the-polish-photographer-barbara-florczyk .

  • La force du tigre

    Corps de tigre au cœur de lionne mais l’esprit d’un oiseau chanteur,
    Je parcours jungle et Reflets Vers à la recherche de mon âme.
    Et tandis que je papillonne dans ces paysages enchanteurs
    Où le monde tourne à l’envers, j’y trouve et découvre ma femme.

    Chacun voit midi à sa porte. Chacun possède sa vision « subjective » du monde et certains d’entre nous tentent de l’imposer aux autres. Si j’étais philosophe avec de l’expérience et si je comparais ma propre vision à celle des autres, j’en déduirais une vision « objective » à suivre quitte à me retourner sur moi-même voire à retourner ma veste. Mais je sais aussi que, quand je chevauche un tigre, il m’est difficile d’en descendre.

    Tableau de Henri Rousseau.

  • Gare à la sorcière !

    Au soleil, elle se baignait nue pour la couleur de ses cheveux
    Puis, sous une eau de pluie, rincée pour la pureté de sa peau.
    Je ne sais ce qu’elle est devenue, elle fait toujours ce qu’elle veut
    Depuis qu’elle m’a évincé en me transformant en crapaud.

    Croyez-vous à la magie noire et aux philtres magiques et aux malédictions ?
    Aujourd’hui, j’assiste à une chasse aux sorcières sous la houlette du coronavirus qui mute plus vite que l’ombre d’une nouvelle vague.
    Un combat de sorciers ; d’un côté des gouvernements qui se cachent derrière des sortilèges, répressions et confinements ; de l’autre des mages comme Raoult et Perronne qui contrattaquent ; au milieu l’élixir diabolique du vaccin bientôt obligatoire.
    En Suisse, on étudie la légitimité d’un passeport COVID…

    Tableaux de Aïtch.

  • Détente et détente

    Maître-yoga incontesté, le léopard vit la détente
    D’une douce méditation achetée au prix de la vie.
    Nul besoin de manifester auprès de ses proies compétentes
    Ses désirs en délectation au gré des goûts et des envies.

    Sportif de très haut niveau en saut en longueur comme en hauteur, le léopard est la preuve incarnée que repos et action ont un point commun : la détente.
    Aussi, lorsque vous voyez votre ado préféré jouer aux Gaston Lagaffe, méfiez-vous de sa détente… sauf si son animal totem s’apparente au paresseux.
    Quant à moi, je me sens tout à fait Léopard avec détente au premier et second degrés.

    Photos de Benoît Bussard.

  • Les femmes nues ont des épines

    Les femmes nues ont des épines comme la fleur à peine éclose
    Qui s’épanouit au matin pour un petit bonheur futile.
    Comme la rose et l’aubépine qui fleurissaient les maisons closes
    Lorsque les robes de satin glissaient sur le sol, inutiles.

    La beauté serait-elle un masque derrière lequel se cache le cœur d’une femme ?
    La laideur ou les épines pourraient alors également dissimuler l’âme…
    Il est tentant de déshabiller une femme pour en découvrir le cœur,
    Il est risqué d’écarter les épines pour en dénuder l’âme.
    En amour, qui s’y frotte s’y pique !

    Tableau de Lora Vysotskaya.

  • Le blues de la Terre

    Terre dont nous avions héritée, Tu incarnais la perfection,
    La vie et la pensée humaine, l’amour et la beauté de l’âme.
    Tout ça, nous l’avions mérité avec ou sans circonspection
    Jusqu’à ce que l’argent amène autant d’opprobre que de blâmes.

    Jusqu’à présent toutes les guerres ont décimé l’humanité et les familles éparpillées…
    Mais aujourd’hui, c’est le progrès qui ravage les océans, les mers, la faune et les forêts.
    Toutes les erreurs de naguère reproduites à l’unanimité, toutes les ressources pillées,
    Laisseront la place aux regrets qui retourneront au néant et à la terre déshonorée.
    Pauvre Jules Verne, visionnaire qui n’a rien vu venir…

    Tableaux de Shiori Matsumoto.

  • Née dans les genêts, nue et ingénue

    Elle a poussé dans les genêts naturellement au soleil ;
    Preuve que les filles ne naissent pas dans les roses forcément.
    J’en oubliais mon déjeuner dans ses effluves que balaye
    Un vent de charme et de jeunesse qui me captaient comme un aimant.

    Plus tard, son acné juvénile s’épanouit en mille fleurs
    Qui lui parsemaient le visage semblable au masque de beauté
    Qui décore les campaniles quand au village sonnent les heures
    Des soirs aux exquis paysages qui conservent leur primauté.

    Son maquillage, couleur du temps, où défilaient ces paysages,
    Faisait penser à un voyage qui jamais ne s’arrêterait.
    Son curieux regard déroutant illuminait tout son visage
    Et ses cheveux, comme un feuillage qui jamais ne déparerait.

    Photos de Marta Bevacqua.

  • Vol au-dessus du temps qui passe

    Plutôt que des années qui m’effraient, je chevaucherai mon effraie
    Pour voir le chemin parcouru, combien de temps j’aurai couru.
    Plutôt que ressasser le passé que je ne peux plus surpasser,
    Je retiendrai les bons moments qui ont marqué l’événement.

    Plutôt que des années de regrets qui constitueront mes secrets,
    Je reprendrai les jours de honte, je sais que mon cœur les surmonte ;
    Je revivrai tous mes échecs, les imprévus tant intrinsèques,
    Pour les transformer en victoire et réécrire mon histoire.

    Plutôt que des années de péché où Dieu ne s’est pas empêché
    De me glisser des chausse-trappes et tous les malheurs qui me frappent ;
    Au fond du cœur j’ai un mantra car il est dit dans mon contrat :
    « Plus la vie et les années passent et moins tout cela ne me tracasse. »

    Tableaux de Lucy Campbell.

  • Dans l’eau trouble de mon bain

    Laver le cœur, l’âme et l’esprit dans un bain en quadrichromie
    Me permettrait d’évacuer mes fantasmes et mes stupeurs.
    J’y verrais ce que j’ai appris et tout ce que j’aurais omis
    Qui pourrait réévaluer colères, joies, tristesses et peurs.

    Aujourd’hui, science sait reconnaître la forme d’un rêve à partir d’images du cerveau ;
    Demain, elle saura explorer la mémoire et nous n’aurons plus rien à cacher ;
    Déjà, les scanners des aéroports nous déshabillent et nous montrent nus ;
    Lorsqu’une puce implantée nous servira de monnaie d’échange tout en signalant où nous sommes, il faudra être propre à l’intérieur comme à l’extérieur.

    Tableau de Frida Kahlo.

  • Le son du corps

    Dans ce manège qui tourne en rond sans jamais arrêter sa course,
    Un jour retentira l’arrêt du cheval fougueux qui me porte.
    Ejecté dans les environs de l’attraction de la Grande Ourse
    Viendra le temps de me séparer de ce qui aujourd’hui m’importe.

    Depuis l’enfance suivie de l’adolescence jusqu’à l’adulte et après la vieillesse, le corps subit de nombreuses mutations. Ce serait drôle de reprendre notre corps à chaque étape et faire un bout de chemin avec. Ce n’est pas que ça me préoccupe mais, histoire de réparer mes échecs et mes blessures, je me verrais bien revenir avant chaque accident de ma route pour récupérer mes points. Ça fait plein de choses à faire après sa mort…

    Tableaux de Shiori Matsumoto.

  • Le réveil-matou

    Juste avant l’aube, il fanfaronne et met tout son cœur à la tâche
    D’une manière inadéquate pour nous hâter vers la cuisine.
    Toute la journée, il ronronne et tique-taque des moustaches
    Après avoir gobé ses boîtes puis, va dormir chez la voisine.

    Il n’y a pas que les matous qui donnent l’heure, les toutous aussi. À Sennhof, petit village où chiens et chats vivent au paradis, tous les matins, midis et soirs, nous voyons défiler sur les berges de la Töss tous les chiens du village, une bonne centaine, et même un chat en voiturette. Quant à notre chat, Cherche-Midi, il ne sort pas mais commence dès quatre heures du matin à réclamer sa nourriture en faisant tout le bruit possible en jouant ou en griffant les meubles.

    Tableaux de Jacek Yerka et Remedios Varo.

  • Là où ira l’éléphant

    Quand le dernier éléphant viendra sonner à ma porte
    Pour que je l’emmène ailleurs vers une autre destinée,
    Je vous jure, mes enfants, je l’embarque et je l’emporte
    Loin des chasseurs pinailleurs qui veulent l’exterminer.

    Quand elle aura exterminé quelques six milliards d’humains et qu’elle aura vidé la planète de toute sa vie parasite, la nouvelle race vivra dans son hôtel de luxe avec vue imprenable au clair de l’ancienne Terre. Pour ces nouveaux privilégiés, ce n’est qu’une question de temps et d’argent, ils en ont les moyens. Quant à nous, nous ne sommes pas encore morts…
    Cette impression me vient de très nombreux scénarios de films et de séries américaines contemporains comme si on voulait éduquer et conditionner nos enfants au monde de demain.

    Illustrations de Quint Buchholz.

  • L’étoile errante

    De peur qu’elle ne se compromette avec sa fougue étincelante,
    La déesse se fit comète et vécu d’étoiles filantes.
    Au fil du temps, elle revient contempler le soleil, son frère
    Afin de voir ce que devient sa prépondérance solaire.

    Depuis ce mois d’octobre, j’ai changé ma « méthode » d’expression. Je laisse le soin à Maryvon Riboulet d’écrire un poème en vers à partir d’une image inspirante et à Raymond Verdilhan celui d’exprimer ma pensée du moment en prose. Cette réflexion n’est ni à prendre au sérieux ni une idée révolutionnaire mais juste une manière de rester libre et parler en toute franchise (avec mes erreurs et mes vérités) afin de ne pas attraper « la grosse tête ».

    Tableaux de Remedios Varo.

  • Vérité impudique

    Si aujourd’hui la vérité est enfermée dans une cage,
    C’est pour cacher sa nudité qui oppose encore un blocage.
    Et le gardien des bonnes mœurs l’empêche de se révéler
    Derrière de fausses rumeurs qui par la presse sont corrélées.

    Alors le coronavirus ? Vraie menace, ou intoxication ? Peu importe ; c’était l’arbre qui cachait la forêt et, aujourd’hui, la peur ayant conditionné l’humanité, les gouvernements nous oppressent, nous confinent, ferment les lieux de rencontre, imposent des amendes aux contrevenants et finissent par devenir une dictature. Le coronavirus est la première bataille que nous avons perdue. Mais nous n’avons peut-être pas perdu la guerre.

    Illustration de Leslie Ditto.

  • Fleurs d’automne

    Les fleurs d’automne paraissent tristes dans leurs coloris mordorés ;
    Le soleil a diminué l’ensemencement de lumière.
    Alors elles se font artistes en exposant leurs cœurs dorés
    Dès le matin dans des nuées de brouillard au pied des chaumières.

    Beaux dahlias, jolis colchiques, belles gentianes, fières impatiences,
    Asters vivaces, robustes hélianthes, viennent pour un dernier baptême.
    L’automne devient nostalgique rêvant à des jours d’insouciance
    Dans cette saison conciliante qui voit fleurir ses chrysanthèmes.

    Elles sont belles, elles sont tristes, les fleurs d’automne dans la lumière tamisée des jours qui raccourcissent.
    Chaudes couleurs, un peu flétries, qui sèment encore du bonheur dans la grisaille des matins et des soirs éphémères.
    Pourtant, malgré le renouveau du printemps et la magnificence de l’été, l’automne sait se montrer artiste par sa palette de couleurs mordorées.

    Tableaux de Maria Pace-Wynters.

  • Rencontre au réverbère

    « Jeune homme, avez-vous vu mon chien ? » Dit-elle, d’une voix autoritaire,
    À ce garçon éberlué, debout au pied du réverbère.
    Lui, étudiant théologien, les yeux au ciel, l’air solitaire,
    Attendait, pour la saluer, la fille aînée de la mégère.

    Une fois sa mère repartie, la fille accourt porter secours
    À l’amoureux qui l’attendait, le cœur transi de solitude.
    Heureusement, en contrepartie, plus fort il lui fera la cour ;
    Quant à elle, elle, pour s’amender, lui permettra une folitude…

    …Puis, il a plu. Quelle bévue ! Il a sorti le parapluie.
    Elle, mouillée, déshabillée, s’est rhabillée et s’est blottie.
    Lui, entendu, à tout prévu, la main caressant sous la pluie
    Son petit sexe écarquillé, bien au chaud, pas si mal loti.

    Ça leur a plu ; alors depuis, lorsqu’il pleuvra, ils sortiront
    Sans parapluie, n’ayant pas peur de se mouiller, ont pactisé :
    Ils aiment l’amour sous la pluie et même ils s’y asserviront.
    Ils auront plein d’enfants de cœur puisque, en principe, baptisés.

    Illustrations de Pascal Campion.

  • La rencontre

    Toute vêtue d’habits de nuit d’or et d’étoiles scintillantes,
    Elle aperçut sortir de l’ombre, sur l’arbre un oiseau fabuleux.
    Il se tenait devant son huis avec ses plumes émoustillantes
    De mi-lumière en mi-pénombre par son ramage nébuleux.

    Par cette étrange ressemblance du lapis-lazuli des robes,
    Une amitié unit leurs cœurs d’amours et d’ors émoustillés.
    Pourtant malgré la vraisemblance, la réalité se dérobe
    Et au matin du jour moqueur, le paon n’est qu’un rêve oublié.

    Les rêves plient et courbent la réalité un peu comme un ruban de Möbius qui crée des correspondances entre désirs, peurs, invraisemblance et situations vécues. Les souvenirs lointains et oubliés sont grossis à la loupe, les films et les romans s’immiscent dans le quotidien et les angoissent s’épanouissent. Pourquoi les rêves ? Peut-être pour réaliser d’autres possibilités requises.

    Tableau de Loetitia Pillault.

  • Récolte de petits bonheurs

    Fruits du printemps, fruits de l’été, fruits de l’automne, fruits de l’hiver,
    Ma connaissance est complétée par les échos de l’univers.
    Livres d’automne, tomes de saison, aux couvertures rouge et or ;
    Ma litanie à la maison, mon credo, mon confiteor.

    J’ai voyagé un peu partout tout autour de la Terre avec Prévert et d’autres, ainsi qu’ailleurs dans des pays d’absurdités et d’utopie. Les meilleures compagnies littéraires offrent des voyages organisés complets du début à la fin mais les plus mauvaises m’ont laissé en plan au premier chapitre – les erreurs de lecture sont fréquentes. Mais j’ai absorbé les plus belles images sans sortir le moindre smartphone.

    Tableaux de Mariusz Stawarski et Pawel Kuczynski.

  • La gravité

    Rien ne se perd, rien ne se crée mais tout est lié par l’attraction ;
    Les forces gravitationnelles entraînent des révolutions.
    Les catastrophes et les regrets qui nous frappent par effraction
    Donnent une force proportionnelle qui marque notre évolution.

    Le champ gravitationnel terrestre et la gravité d’une situation ont un point commun : Ils nous maintiennent les pieds sur Terre et nous font évoluer. Une épreuve de forte gravité est toujours l’occasion d’un changement lorsqu’elle est comprise et acceptée ; plus elle est grave, plus elle donnera de force pour rebondir. Quant à la mort, c’est un trou noir mystérieux…

    Tableaux de Remedios Varo.

  • Astuces et raccourcis

    Les astuces, indispensables pour me simplifier la vie,
    M’évitent de passer trop de temps à tourner dans mon quotidien.
    Mais la quantité innombrables qu’il faut retenir m’asservit
    L’intelligence à cœur battant durant mon rythme circadien.

    Toutes ces astuces et ces recettes de grands-mères assimilées au quotidien nous simplifient la vie mais… au cours d’une vie, ça fait beaucoup de choses à retenir… il faudrait une astuce pour les intégrer en réflexe.
    Découvrir et retenir des astuces est une adaptation de l’esprit, une intelligence. Je me demande s’il existe des astuces pour intégrer l’amour au cœur ?

    Tableau de Rafal Olbinski et illustration de Guy Billout.

  • La libération

    J’ouvre la cage de mon cœur qui s’envole comme un oiseau
    Dans les voies d’imagination vers des paysages inconnus.
    Et je libère ainsi la peur des chats tapis dans les réseaux
    Qui ourdissent des machinations pour dévorer mon âme nue.

    Les informations du monde ont tendance à m’enfermer dans une cage d’oppression.
    Le stress devient une prison qui empêche tout effort de création et d’imagination.
    Tant que j’accepte cela, je sombre petit à petit dans l’apathie et la cage se resserre.
    Mais dès que je cesse d’avoir peur, toute la création revient car elle n’a jamais été annihilée.

    Tableaux d’Andrey Remnev.

  • Complexité et difficulté de la connaissance

    Dès l’entrée de la connaissance, le parcours peut paraître obscur
    Et la progression se complique à chaque étape du chemin.
    Ainsi la vie dès la naissance n’évoque pas une sinécure
    Malgré tout ce qu’on nous explique pour faire de nous des humains.

    Alors que la religion appelle « péché originel » la volonté de l’homme et de la femme d’accéder à la connaissance, il me semble plus judicieux d’appeler ce passage de l’innocence vers la responsabilité : « conséquence du libre arbitre ». Le parcours est beaucoup plus difficile mais évolutif, positif et conscient. Il n’est ni une faute ni une solution de facilité.

    Illustrations de Marcin Bondarowicz et Pawel Kuczynski.

  • La Rose sauvage

    Les ornements dans les cheveux, une fleur posée sur l’oreille,
    Une croix, un symbole saint, tout cela me donne raison
    Mais je ne fais pas ce que je veux ; ma beauté nue n’est pas pareille
    Et si je veux montrer mes seins on me renvoie à la maison.

    D’une part, une minorité montante islamique tente d’imposer son voile ;
    D’autre part une majorité démagogique rejette les décolletés jugés impudiques ;
    Et puis, des gouvernements qui nous imposent le masque et le confinement…
    Quelle est la forêt que l’arbre coronavirus tente de nous cacher ?

    Tableau de Linas Cicėnas.

  • Selon ma reine

    Si j’étais roi, juste pour un jour, je prendrais une reine pour la nuit ;
    Le lendemain, monarque déchu, je devrais me sauvegarder.
    Je ne vous raconte pas l’amour que je devrais faire à minuit
    Pour, qu’à la dernière heure échue, elle ait envie de me garder.

    Si j’étais roi, juste pour un an, je prendrais une reine en leasing
    Pour l’amortir sur douze mois et pouvoir manger à ma faim.
    Tous les matins en déjeunant je l’aimerais dans le living
    Pour lui faire un enfant de moi, rentabilisé sur la fin.

    Si j’étais roi, mais pour toujours, je prendrais une reine éternelle
    Qui ne s’use pas quand on s’en sert mais qui jouerait de l’olifant.
    Évidemment, jour après jour, grandirait l’appétit charnel
    Qui nourrirait, jusqu’au dessert, l’espoir d’avoir beaucoup d’enfants.

    Tableaux d’Alexander Sigov.