Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Chili Girl

    Chili Girl

    Chili-Girl aimait pimenter les soirées de ses invités
    Qu’elle triait sur le volet selon leur goût pour le piquant.
    De ses lèvres condimentées d’un soupçon d’agressivité,
    Elle embrassait à la volée de baisers les plus urticants.

    Moi, qui adorait les piments rouges ou vert ou paprikas,
    J’ai apprécié le goût poivré de sa peau rehaussée de Cayenne
    Nous avons joints nos sentiments dans cet arôme délicat
    Des échanges aux fluides enfiévrés bien supérieurs à la moyenne.

    Photo de Svetlana Mandrikova.

  • La clef des songes

    Un inventaire à la Prévert, un catalogue à la Magritte
    Et les images s’affranchissent de leur futile identité.
    L’œuf redevient l’acacia vert, le melon, de neige hypocrite
    Et les orages se rafraîchissent dans un grand verre de vérité.

    Magritte était-il complotiste lorsqu’il dénonçait l’étiquette
    Que l’homme posait sur un objet que son vocable démentait ?
    Prévert était-il anarchiste dans ses poèmes où, en cachette,
    L’irrationnel était sujet à dire ce qui le tourmentait ?

    Magritte a raison ; les images ont autant de mots que de langues
    Et la bougie, dans un plat, fond sans se retrouver sur nos têtes.
    Les mots-valises rendent hommage par un effet de boomerang
    À l’illogisme le plus profond dont j’aime me faire l’interprète.

    Tableau de René Magritte.

  • Ève au tricot

    Ève au tricot

    Une fois la pomme croquée, Ève se découvrit les seins nus
    Et s’empressa de les cacher oui mais avec quoi et comment ?
    Une peau de bête troquée au premier animal venu
    Lui fit une robe harnachée qui lui suffit sur le moment.

    Mais plus Adam l’ensemençait, plus elle pondait à perdre haleine
    Et plus sa poitrine à l’étroit prenait une place outrancière.
    En même temps, elle commençait, goûtant au travail de la laine,
    Maille à l’envers, maille à l’endroit, à se tricoter des brassières.

    De bonnet A en bonnet B, de bonnet C en bonnet D,
    Elle tricota, détricota, jusqu’au gabarit « vache à lait ».
    Mais ils ne sont jamais tombés, au contraire ont tant débordé
    Qu’elle en dépassa son quota de tonte sur ses agnelets.

    Eva Herzigova photographiée par Tim Walker sur https:anneofcarversville.comstyle-photos2016821tim-walker-captures-breasts-overload-in-portrait-of-a-lady-for-love-fw-2016 .

  • Mozambique en mosaïques

    Soleil de feu, mer mosaïque en vaguelettes virginales ;
    L’aigue-marine du ciel d’azur au littoral omniprésent ;
    Tous ces reflets du Mozambique dans les images subliminales
    Parlent à mon cœur dans l’embrasure de la fenêtre du présent.

    Toutes ces couleurs dithyrambiques de la nature originelle ;
    La faune et la flore imbriquées dans les rapports les plus divers ;
    Tous ces éclats du Mozambique dans ses ethnies traditionnelles
    Réveillent mon âme étriquée et lui ouvre son univers.

    Tableaux de Natalia Shatrova.

  • Les goûts et les couleurs

    Puisqu’on peut se marier transgenre, s’aimer parfois dans la douleur,
    Je m’attends à voir sans complexe montrer sa liberté pubienne.
    Puisqu’il faut ignorer les genres, mettons notre peau en couleurs
    Selon les valeurs multisexes, hétéros, homos, bis, lesbiennes.

    Les hétéros resteraient roses, sans changer vraiment leurs arrières ;
    Les homos et gays, tous en jaunes, toutes races unies, blanches ou noiraudes ;
    Les bis, selon qu’ils font la chose, rose devant, violet derrière ;
    Et les lesbiennes en amazones maquillées de vert émeraude.

    Photo d’Alessandro Michele.

  • Juste avant l’aube

    Juste avant l’aube

    Juste avant que l’aube n’aborde, les oiseaux crèvent le silence,
    Chacun sur sa branche scellé pour célébrer le Soleil-Roi.
    Comme un orchestre qui s’accorde, les becs testent avec vigilance
    Leur organe afin d’exceller à Lui garantir Son octroi.

    C’est ce moment qu’elle préfère, blottie dans ses draps de satin
    Pour se concentrer à inviter ce qui composera sa journée.
    Elle prépare ses affaires sereinement dans ce matin,
    Voire les ennuis à éviter, pour bien commencer sa tournée.

    Illustration de Edwin Georgi.

  • L’impudique maîtresse

    L’impudique maîtresse

    J’entends le présent sonner creux des résonances du passé
    Et le futur, sourd à ma quête, rendre son immonde silence.
    Le temps se montre langoureux comme une femme compassée
    Dont j’aime faire la conquête mais qui me répond d’insolence.

    Le temps, infernale maîtresse, régit toute mon existence.
    Impudique et inconvenante, d’une humeur toujours spontanée.
    Tantôt alliée, tantôt traîtresse, je ne compte plus les instances
    Où elle se montre impertinente sur le nombre de mes années

    Tableau de Marcin Mikołajczak.

  • À la mode de Vincent

    À la mode de Vincent

    Comment son œil impressionniste verrait-il ce monde en folie
    Sous la couleur de l’épouvante, sous la douleur de l’oppression ?
    Et dans le cadre sécessionniste qui combat la mélancolie,
    Comment peindrait-il l’éprouvante violence de la répression ?

    Les terrasses des cafés éteintes ne seraient que l’ombre d’elles-mêmes
    Sous la nuit étoilée lugubre, confiné dans sa chambre en Arles.
    Les champs de blé en demi-teinte, iris, tournesols, chrysanthèmes,
    Ressortiraient bien insalubres de sa peinture qui nous parle.

    Photo de Shusaku1977.

  • L’esprit de Mona Lisa

    L’esprit de Mona Lisa

    Par l’esprit de Mona Lisa guidant la main de Léonard
    L’inspiration devient boussole et dirige le sens de mes vers.
    L’art me délivre ses visas sur mon passeport goguenard
    Qui me sourit et me console pendant mes longues nuits d’hiver.

    Je trempe dans le clair-obscur de son sourire mystérieux
    Cette encre d’abord invisible qui se révèle sympathique.
    Alors la plume me procure comme un désir impérieux
    Qui touche la corde sensible de mon audience pathétique.

    Photo de fabiogis50.

  • La peinture hygiénique

    La peinture hygiénique

    À l’instar de l’autoradio et du baladeur MP3,
    La mode est à l’art transporté ; tous les goûts vont dans la nature.
    Car les grands maîtres primordiaux, dans les musées, sont à l’étroit
    Mais savent me réconforter à pied, à cheval, en voiture.

    Avec Van Gogh, j’aime dormir dans les blés à la belle étoile ;
    Avec Monet, j’aime plonger dans les couleurs complémentaires ;
    Avec Renoir, le souvenir des bals musettes se dévoile
    Et Picasso vient prolonger mes voyages autour de la Terre.

    Photo de Shusaku Takaoka sur https:voyage-onirique.com20190928shusaku-takaoka .

  • Les souvenirs de l’au-delà

    Les rêves absurdes m’interpellent plus que les autres que j’oublie. ;
    Sans doute lèvent-ils un voile sur une autre éventualité ?
    Tout simplement, ils me rappellent un souvenir que je publie
    Issu du cœur d’une autre étoile dans une autre réalité.

    Les femmes fantasmagoriques que je rencontre m’ont aimé
    Et nos enfants sont devenus mes anges-gardiens attitrés.
    Dans mes poèmes métaphoriques, j’en ai par milliers essaimés
    Grâce aux décisions soutenues que leurs mères ont su m’arbitrer.

    Tantôt brune ou bien blondinette selon la couleur de la Lune,
    Tantôt châtain ou bien rouquine, encore amoureusement vôtre.
    Toujours jolies et choupinettes, donnent à mon âme sa fortune
    D’une valeur des plus coquines que j’emporte d’une vie à l’autre.

    Tableaux de Neil Gaiman.

  • Un monde fou, fou, fou

    Dès l’instant où il vient de naître, il ne voit que dans sa fenêtre
    Un monde surdimensionné, impossible à ambitionner.
    Famille, école et camarades lui tissent une mascarade
    Qui fait le décor de l’enfance dans cet univers sans défense.

    Lorsqu’il quitte l’adolescence tout lui paraît obsolescence.
    Le monde adulte périmé le laisse un moment déprimé.
    D’une mentalité guerrière, il commence alors sa carrière
    Dans l’univers économique d’une existence tragi-comique.

    Quand sonne l’heure de la retraite, il veut tout faire d’une traite :
    Voyager, découvrir le monde, fuir la société moribonde.
    Mais si l’expérience a fleuri, il ne vit que de ronfleries…
    Comprendra-t-il sans doute à tort son but au-delà de la mort ?

    Tableaux d’Aleksei Bordusov aka Aec Interesni Kazki.

  • Changement d’air

    L’expression « Vivre avec son temps » dite à l’encontre de nos parents
    Nous servait à les critiquer pour imposer nos idées neuves.
    Nous désirions notre content d’un monde moderne et transparent ;
    Un paradis sophistiqué où chacun y ferait ses preuves.

    Cette expression s’est retournée comme une pierre qu’on a jetée
    Dans le petit jardin secret que nous cultivions en pionniers.
    Le sommeil nous a détournés d’un temps qui nous a rejetés
    Avec des lois et des décrets pour nous maintenir prisonniers.

    Tableaux de René Magritte.

  • La confiance aveugle

    « Fermez les yeux, ouvrez la bouche ! » nous clamait la publicité
    Afin de nous mettre en confiance et nous faire boire ses paroles.
    Peu à peu, tout ce qui nous touche nous est dicté, plébiscité
    Par nos proches sans méfiance qui le répètent à tour de rôle.

    Aujourd’hui l’état a gagné, nous sommes tous assujettis
    Tout le monde sauf un petit nombre qui résiste à l’envahisseur.
    Quant à ceux qui ont regagné le cocon des reconvertis,
    Ils ne se sont que parqués dans l’ombre de leurs maîtres asservisseurs.

    Photos de Tim Tadder.

  • Le songe d’une nuit de pleine Lune

    Le songe d’une nuit de pleine Lune

    Quand la pleine Lune paraît, s’extériorise à l’évidence
    L’envie d’enfant s’épanouir surtout lors des nuits estivales.
    Et lorsque l’astre disparaît, se manifeste en coïncidence
    Le besoin de s’évanouir dans l’ombre de cet intervalle.

    Moi qui suis né à mi-juillet, il semblerait par déduction
    Que ce soit la Lune d’octobre avec son halo transparent.
    Je vous en fiche mon billet qu’il y ait délit de séduction
    Envers des étoiles moins sobres qui auraient ébloui mes parents.

    Illustration de Franklin Booth.

  • L’amant de la sirène

    L’amant de la sirène

    Besoin d’amour, de protection, envie d’étreintes et de soutien
    Ont apporté à la sirène un culte plus que de raison ;
    Par son appétit d’affection, sécurité et entretien
    Elle a troqué sa vie sereine pour s’attacher à la maison.

    Et quelles attaches, mes amis ! Une pieuvre aux huit tentacules
    Qui la protègent et qui l’étreignent de ses ventouses à coussinets.
    Et si jamais un ennemi montre son nez, il l’émascule
    Afin que la belle s’astreigne à lui donner des poulpinets.

    (Tableau de Frank Brunner.
    Il ne semble pas qu’il existe un nom particulier pour parler du petit de la pieuvre. On peut utiliser l’expression « bébés pieuvres » ou faire un barbarisme comme moi avec « poulpinets ».)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Chat échaudé

    Chat échaudé

    Prêt à remplacer les humains par son esprit de conquérant,
    Minet s’amuse en attendant en dépit de nos sentiments.
    Un coup de griffe sur la main si tu te montres belligérant
    Ou un ronron surabondant si tu fais preuve de compliment.

    Il te pelotera le ventre en te prenant pour sa maman ;
    Il te mordillera l’oreille pour se sentir de ta portée ;
    Il occupera tout le centre de ta vie pour de longs moments
    Et il n’aura pas la pareille d’empoiler tes prêt-à-porter !

    Photo de Mario Sorrenti.

  • Cette infime frontière

    Cette infime frontière

    Touchez cette infime frontière par sa tension superficielle
    Entre le monde du dessus et l’antimonde du dessous !
    Passez de l’air à la matière juste à la porte interstitielle
    Et vous ne serez pas déçus d’en jouir de tout votre saoul !

    Bien sûr, nous sommes nés de la mer ; bien sûr, le liquide amniotique ;
    Bien sûr, l’élément de la vie ; bien sûr, l’essence de la Terre.
    J’aime la sensation douce-amère d’hériter pour tout viatique
    Cette fortune en indivis dont nous ne sommes que locataires !

    Photo de Mario Sorrenti.

  • Pavillon d’automne

    Pavillon d’automne

    Le soleil, bas sur l’horizon, courbe l’espace et la lumière,
    Raccourcit les heures du jour, prolonge celles de la nuit.
    Qu’elle est humide sa prison bien enfermé dans sa chaumière !
    Qu’il est silencieux le séjour, qu’il est monotone l’ennui !

    Aux feuilles arquées en pavillon comme une oreille qui entend
    Le temps interrompre son vol et le vent souffler sa berceuse.
    Dormez chenilles et papillons en chrysalides jusqu’au printemps
    Avec quelques rêves frivoles durant la saison paresseuse !

    Photo de BillSmith2315.

  • Mélancolies

    Je pédale comme un p’tit vélo qui ne sait jamais s’arrêter
    Mais tourne en circonlocutions sur mes chemins imaginaires.
    Lorsque mon cœur bat à vau-l’eau, le corps en est bien maltraité
    Et cherche une bifurcation vers des lieux extraordinaires.

    L’amour plane comme un p’tit avion dans le grand vide de mon crâne
    Tellement j’ai du vague à l’âme et des trous d’air dans ma mémoire.
    Heureusement, une évasion entre les plis de sa membrane
    Me permet de nourrir la flamme qui en éclaire son grand trou noir.

    Tableaux de Rafael Silveira.

  • Milady confiture

    Milady confiture

    Entre ses bains de confiture et de salades de fruits frais
    Dont elle badigeonnait sa peau, ses parties intimes arrondies,
    Elle m’en donnait pour nourriture le jus pressé qu’elle m’offrait
    Quand je venais bien à propos rendre visite à Milady.

    Elle me faisait goûter son lait, sa peau de pêche, son abricot,
    Les mûres de ses mamelons qui s’écoulaient dans son calice.
    J’opérais comme elle le voulait ces préliminaires amicaux
    Puis, elle m’enlevait mon pantalon et là, mes amis, quel délice !

    Tableau d’Alonsa Guevara.

  • Itinéraires tendres

    L’amour et ses itinéraires pourraient vous sembler compliqués
    Mais quand sa monture vous entraîne, laisser-vous porter sur son dos.
    Le cœur se montre téméraire quand le chemin est étriqué
    Pour atteindre la future reine qui vous choisira en cadeau.

    À pied, à cheval, en voiture, l’amour aveugle vous conduit
    Par les passages escarpés des montagnes de la passion.
    Appréciez la bonne aventure lorsque l’ardeur vous introduit
    Dans des liens qui vont vous happer vers d’exotiques occupations.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Ecce homo animalis

    Ecce homo animalis

    Certains humains ont conservé leurs racines animalières ;
    Les hommes-boucs, les hommes-cerfs, les Hommes-lions et les centaures.
    Vous les entendriez converser lors de leurs assemblées plénières
    Quand la pleine Lune est de concert avec Andromède son mentor.

    On les appelaient « fils du diable » dans ces années d’obscurantisme
    Où l’on vous brûlaient les sorcières, les gitanes et les métèques.
    Je suis un cas irrémédiable d’homme affecté de romantisme
    Qui ne craint que les souricières, moi, l’homme-rat-de-bibliothèque.

    Tableau de Mark Liam Smith sur https:supersonicart.compost189218467287mark-liam-smith-paintings-sensational-and .

  • La danse de la vie et de la mort

    Si la mort m’invite à danser, je danserai avec la mort.
    Si la vie m’invite à valser, je valserai avec la vie.
    Dans ma vie, tout est cadencé entre la joie et les remords
    Alors pourquoi ne pas calecer avec une mortelle envie ?

    Bien sûr, une valse à mille temps me tuerait d’une mort trop lente
    Et une pole-dance jusqu’à minuit brûlerait ma chandelle aux deux bouts.
    Mais si la mort vient en chantant, séduisante et affriolante,
    J’espère mille-et-une nuits de danses à dormir debout.

    Tableaux de Mark Liam Smith sur https:supersonicart.compost189218467287mark-liam-smith-paintings-sensational-and .

  • La veuve d’automne

    La veuve d’automne

    Quand je la vois porter le deuil des arbres qui perdent leurs feuilles
    Que le vent couche dans leurs lits en couleur de mélancolie,
    Je pense à la veuve d’automne et sa complainte monotone
    Qui va pleurer d’un pluie froide sur les troncs dénudés et roides.

    Mais quels baisers de compassion, quelles paroles d’incantation
    Sifflent entre les branches honnies, pleurent sur les feuilles jaunies !
    Et quels vents d’amour les emportent et les entassent devant la porte
    De l’hiver veuf et solitaire qui déjà engourdit la Terre !

    Collage de Smallditch.

  • Chop Suey

    Chop Suey

    L’odeur du chou chinois et du thé au jasmin,
    Mêlés de glutamate, de poulet ou de bœuf,
    Attirait les minois et le flot des humains
    Comme des automates et notamment les meufs.

    Moi, j’y mangeais souvent porc ou canard laqués
    Avec ces saugrenues malheureuses baguettes
    Enfin, cet émouvant gobelet de saké
    Et sa chinoise nue qui montait à la tête.

    Revenons aux clientes assises face à face
    Comme deux complotistes se donnant rendez-vous.
    Dans la salle bruyante, elles parlent à voix basse
    Mais à quoi ça consiste ? Tout le monde s’en fout.

    Tableau d’Edward Hopper.

  • Ô Tournesol !

    Tournesol, ma fleur de l’aurore, j’aime te voir dès le matin
    Guetter le rayon de soleil qui va enflammer tes pétales
    Dont les drapeaux unicolores flottent sous l’azur de satin
    Teinté de rose et de vermeil par les nuages qui s’étalent.

    Tournesol, ma fleur du midi, déployée en pleine lumière
    Pour des agapes d’énergies, de chaleur et bénédiction.
    À cœur ouvert, plein d’appétit pour cette manne coutumière
    Qui les raccorde en synergie d’une naturelle addiction.

    Tournesol, ma fleur du coucher, qui guette le dernier rayon vert
    Comme éternelle sentinelle qui attend les renforts à l’aube.
    Toute la nuit tu vas loucher sur les étoiles de l’univers
    Qui font la course sempiternelle dans le zodiaque autour du globe.

    Tableaux de José Roosevelt & Rob Gonsalves.

  • Sortir du cadre

    L’herbe du bon vieux temps passé semble plus verte, riche et plus grasse
    Et le temps présent, compassé, en garde toujours une trace.
    Il faut savoir choisir sa voie, des rails solides et sans danger
    Ou bien crier à pleine voix : « Je me tiens prêt à tout changer ! »

    Aussitôt sorti du cocon, l’inconnu paraît une montagne
    Et j’aperçois de mon balcon l’ampleur du pays de cocagne.
    Avec un doigt d’esprit pionnier et deux mesures de courage,
    Je cesse d’être prisonnier du temps et de son esclavage.

    Puis, à l’automne de ma vie, je fais un bilan mitigé
    Et je compare le devis à tout ce que j’ai érigé.
    Qu’ai-je gagné à être libre et d’être une pierre qui roule ?
    Peut-être un meilleur équilibre après être sorti du moule…

    Picasso revu par Abby Park sur http:abbydee.comportfolio-itemspicasso-self-portrait .

  • Cauchemar vert

    Cauchemar vert

    Tous les démons de l’an deux-mille font trembler même les philosophes
    Depuis les vagues de terrorisme aux grands exodes planétaires.
    Et le virus qu’on assimile à la plus grande catastrophe
    Devient aujourd’hui l’aphorisme brandi aux quatre coins de la Terre.

    Or, pour combattre l’invisible, l’homme se doit d’être aussi sage
    Que les naïfs et les crédules des habits neufs de l’empereur.
    Quand on joue la corde sensible à propos de l’ultime passage,
    Toute l’humanité s’adule à qui maitrise la terreur.

    Illustration de Henri Lievens.

  • Les clefs de l’évasion fiscale

    Celui qui maîtrise les clefs de notre liberté sacrée
    Nous enferme dans l’addiction de protection universelle.
    Et l’on accepte d’être bouclé et que sa vie soit consacrée
    À subir toutes restrictions pour conserver son escarcelle.

    Nous sommes devenus esclaves de l’argent et sa dépendance
    Sans pouvoir s’extraire du bocal qui nous a tous assujettis.
    Et s’il existait une enclave pour vivre en toute indépendance,
    Oserions-nous y faire une escale et fonctionner en autarcie ?

    Illustrations d’Otfried Preussler sur http:book-graphics.blogspot.com201304otfried-preussler-illustrator-nika-goltz.html .

  • Un amour de poisson

    Un amour de poisson

    Heureux comme un poisson dans l’eau, oui mais comment se faire aimer
    D’une sirène sans se noyer et sans sortir de son bocal ?
    Placez dans sa bouche un hublot et le poisson s’y enfermer
    Pour se laisser ainsi choyer par un petit plaisir buccal.

    Je sais pouvoir coincer la bulle à bon escient quand je le peux
    Et en embrasser la quiétude sans finir en queue de poisson.
    Béni soit ce conciliabule où j’ai pu me détendre un peu ;
    J’avoue en avoir l’habitude et en abuser sans façon.

    Tableau de Tanya Shatseva.

  • En poisson-lune

    En poisson-lune

    Quand vient l’hiver, les poissons-lune sortent groupés en vol de nuit
    D’un pôle à l’autre, en rase-mottes sur le méridien de Greenwich.
    Un gentilhomme de fortune, moitié anglais, moitié inuit,
    Vend du thé à la bergamote sur la banquise et des sandwichs.

    Jeune berger mais bipolaire, les moutons l’ont tant fatigué
    Qu’il a voulu prendre le large et, la mer de glace, contempler.
    Neiges éternelles ou polaires, il n’y a qu’un mile à naviguer,
    Ainsi, attelé à sa barge, un banc de poissons, s’il vous plaît.

    Illustration de José Francese.

  • Tripartition

    Tripartition

    Je les aime en tripartition les sœurs jumelles aux dents nacrées !
    Je les ai toutes trois épousées devant un maire au grand sourire
    Qui a vu l’équipartition des fluides de l’amour sacré
    Nous unir sans nous jalouser pour le meilleur et pour le rire.

    Ne me demandez pas leurs noms, je les confonds dans mon grand lit !
    Surtout si j’éteins la lumière, ouvre la bouche, ferme les yeux.
    D’abord elle susurrent en canon un chant doux comme stimuli
    Et je ne sais, de la première à la dernière, qui chante le mieux.

    Tableau « Verano, 2014 » de Santiago Galeas.

  • À l’encontre

    Derrière l’horizon de la mer se dresse le mur exotique
    Qui laisse passer à sens unique les riches vers les paradis.
    Mais à l’inverse, qu’il est amer l’exode en retour chaotique
    Quand le qualificatif ethnique le marque comme une maladie.

    Les perles noires dans leurs écrins pâlissent au soleil d’occident ;
    Les traditions et les costumes se heurtent à l’intégration.
    Seul le vent porte les chagrins des tragédies et accidents
    De ceux qui, à titre posthume, ont réussi leur migration.

    Tableaux de Stéphanie Ledoux sur https:positivr.frstephanie-ledoux-dessins-portraits-monde .

  • Vénus folle-à-lier

    Vénus folle-à-lier

    Vénus, elle-même, s’est installée, entièrement nue et sans complexe,
    Les fesses ouvertes et avenantes et les mamelons rubiconds.
    Je l’aperçois bringuebaler dans l’appartement en duplex
    Dont la terrasse est attenante en vis-à-vis de mon balcon

    Je lui proposai de monter boire un verre en sa compagnie
    Avec un whisky vingt ans d’âge que je gardais dans l’escalier.
    Mais d’un surcroît de volonté lorsqu’enfin je la rejoignis
    Elle me déclara sans ambages : « Je suis la Vénus folle-à-lier ! »

    Tableau d’Andrei Protsouk.

  • Artemisia au cœur bleu-et-or

    Artemisia au cœur bleu-et-or

    Noblesse de cœur bleu-et-or, pureté d’une âme d’azur
    S’accordent au lapis-lazuli de sa cape en plumes de paon.
    Projetée par un météore lequel, au fur et à mesure,
    Marque sa trace d’un brûlis évoquant la queue du serpent.

    Ainsi m’apparut la déesse Artemisia aux cheveux roux
    Le jour où je l’ai invoquée pour lutter contre mes harpies.
    Bien m’en a pris car sa prouesse amplifiée par son courroux
    Chassa les démons révoqués en les réduisant en charpie.

    Source: minimumpoliteness-deactivated20.

  • Du blues mouillé à l’eau de rose

    Du blues mouillé à l’eau de rose

    Rêves érotiques à l’eau de rose, vous ne m’avez jamais lassé !
    Amours enluminées de blues, vous demeurez mes préférées !
    Emmenez-moi d’un cœur morose sur mes désirs entrelacés
    Vers une conscience jalouse de mes fantasmes révérés.

    Stimulez mon rythme cardiaque, augmentez ma respiration
    Par des apparitions fugaces de femmes aux regards langoureux
    De tous les signes du zodiaque qui suscitent des transpirations
    Telles qui embueront la glace de nos coups de foudre amoureux !

    Photo de Remi Rebillard.

  • Les couloirs de ma folie

    Les longs couloirs de ma conscience où s’aventurent mes pensées,
    Des plus raisonnables aux plus folles, n’ont pas été tous exploités.
    Au sous-sol de la subconscience, je m’y suis tellement dépensé
    Que mon GPS s’affole devant les dédales miroités.

    Mais en empruntant l’escalier surplombant la mélancolie,
    J’ai découvert un labyrinthe de changements imperceptibles.
    La raison décroît par paliers et se termine par la folie
    Pourtant renforcée d’une empreinte de vérité indéfectible.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Rame de nuit

    Rame de nuit

    Sur la ligne de Minuit, terminus Station-des-Rêves,
    Je croise d’invraisemblables créatures immortelles.
    Telle la Reine de la Nuit, dans une apparition brève
    Avec sa robe inviolable sur un porte-jarretelles.

    Au passage sur le pont, elle a ouvert la fenêtre
    Et s’est jetée dans le vide, larguant chacun de ses voiles.
    C’est en voyant son jupon que j’ai pu la reconnaître
    À sa culotte provide qui brillait comme une étoile.

    Editta Sherman dans le métro photographiée par Bill Cunningham.

  • Musicolor & gastrocolor

    Goûter la musique en couleur pigmentée de Blues et de Soul
    Demande à laisser mon oreille apprécier par elle-même.
    Faibles douceurs, fortes douleurs s’alternent alors de tout mon saoul
    Dès que mon ouïe appareille sur une musique que j’aime.

    Écouter le sucré-salé, percevoir l’acide et l’amer
    Demandent à ma bouche gourmande de darder toutes ses papilles
    Jusqu’à en avoir des céphalées par l’explosion rouge-outremer
    D’un piment en pâte d’amandes relevé d’un sang de morilles.

    Photos de Paul Kurucz.

  • Elle aime se faire demander en mariage

    Elle aime se faire demander en mariage

    Une fois qu’elle a ferré sa proie en lui promettant son minou,
    Elle attend le moment propice où sa victime pavoisée
    Après un long chemin de croix, Ira demander à genoux
    À tomber dans le précipice du mariage apprivoisé.

    Après un mariage consommé avec dépenses et fioritures,
    Elle divorce dans la foulée, plus indemnités de surcroît.
    Une fois l’argent consumé, elle repart à l’aventure
    Et bien avant l’heure écoulée, repère sa prochaine proie.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire embrasser

    Elle aime se faire embrasser

    À cause des papilles amoureuses et de ses lèvres sirupeuses,
    Elle a développé son goût du sucré-salé d’un baiser.
    Alors sa langue langoureuse plonge dans la bouche pulpeuse
    De l’homme dont elle a le bagou sans jamais en être apaisée.

    Un peu d’alcool pour s’enivrer, un peu d’audace pour se livrer
    À son adorable convive qu’elle veut goûter absolument.
    N’hésitant pas à délivrer, de sa toilette, sa peau cuivrée
    Elle offre ses cuisses fraîches et vives pour gober l’amant goulûment

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Le capitaine à la rose

    Rose hier, l’esprit du pionnier animait ma soif de conquêtes
    Et je courrais le cœur léger pour me construire une carrière.
    J’ai longtemps été prisonnier de ce cycle à perdre la tête
    Jusqu’au sort qui m’a allégé de la machine aventurière avant-courrière.

    Rose aujourd’hui, en équilibre sur une actualité stressante,
    Je navigue à vue sur un fleuve à la fois tranquille et houleux.
    Hélas le prix pour rester libre est d’une souffrance oppressante
    Et chaque jour est une épreuve vers un avenir nébuleux.

    Rose demain, j’aurai planté tous mes espoirs à récolter
    Dont mes enfants sauront goûter mes valeurs et mes traditions.
    J’espère qu’ils pourront supplanter mes penchants pour me révolter
    Lorsque je me mets à douter contre ce monde en perdition.

    Tableaux de Rafal Olbinski.

  • Le combat sans-tête

    Le sans-culotte perd la tête au cours de la révolution
    Car il œuvre de tout son cœur et d’une volonté aveugle.
    À corps perdu il fait la fête à ceux dont la résolution
    S’oppose, du fond de leur bunker, aux revendications du peuple.

    Les hommes se sont tous regroupés à l’invite des gilets jaunes
    Pour arguer de l’austérité imposée par des mythomanes.
    Ils se sont fait entrecouper les yeux, les mains par un cyclone
    Déclenché par l’autorité d’un roitelet mégalomane.

    Les femmes, elles, ont le plus souffert de voir leurs familles endeuillées
    Et pleuré leurs enfants tués par d’honteuses forces de l’ordre.
    Tandis que les gens vocifèrent contre les troupes hélitreuillées,
    Les femmes vont se substituer à l’ange de la miséricorde.

    Tableaux de Beth Conklin sur https:ilmondodimaryantony.blogspot.com201806beth-conklin-digital-art.html?m=1 .

  • Elle aime se faire larguer

    Elle aime se faire larguer

    L’amour, comme les allumettes, n’allume qu’une fois ses amourettes
    Et, dès les matines sonnantes, elle largue bien vite son étalon.
    De peur qu’elle ne se soumette à trop se faire conter fleurette,
    On voit la religieuse amante l’expédier d’un coup de talon.

    Pourtant, s’il revient à la charge, hélas pour lui, son compte est bon !
    Car si la donzelle pardonne, elle déteste les pleurnicheurs.
    Or, il faut dire à sa décharge que malgré son air pudibond,
    Si dans l’amour il y a maldonne, pas de pitié pour les tricheurs !

    Illustration de Robert McGinnis.

  • La transmission des fluides

    La transmission des fluides

    Puisque la maladie d’amour est contagieuse à cent pour-cent,
    Il suffirait de vacciner l’homme OU la femme uniquement
    Mais pour obtenir, de nos jours, la certification « pur-sang »
    Il faut traiter la dulcinée ET le mari publiquement.

    Et puis prémunir les enfants, les femmes enceintes également
    Et si jamais on s’est trompé, il faudra tout recommencer.
    Or, si jamais je m’en défends, j’suis étiqueté salement
    De criminel au cœur trempé de complotisme prononcé.

    Tableau de Jeanette Jarville sur https:www.jeanettejarville.comportfoliofigurative .

  • Coupe fleurie

    Coupe fleurie

    Des voyages les plus chevelus aux filles les plus enchanteresses,
    Seules les croisières aphrodisiaques offrent la touche magicienne
    Ou bien ces coiffeurs farfelus qui enchantent coiffes et tresses
    Par des coupes paradisiaques qui font rêver aux tahitiennes.

    Par le truchement des ciseaux qui naviguent cheveux au vent
    Et passent, sur le fil du rasoir, outre les épis rabotés
    En imitant les becs d’oiseaux qui chantent au soleil levant
    Et changent un visage dérisoire en une Reine de beauté.

    Tableau de Stéphanie Ledoux sur https:positivr.frstephanie-ledoux-dessins-portraits-monde .

  • L’humanité est dans le cloud

    L’humanité est dans le cloud

    Au vingt-et-unième siècle, où est passée l’humanité ?
    D’un cloud dématérialisé où l’on stocke nos aptitudes,
    Le futur s’est montré espiègle envers nos personnalités
    Sans que nous eûmes réalisé quelles seraient nos servitudes.

    Nous n’avons pas su connecter le progrès et l’intelligence ;
    La politique gère la santé, les médias dictent nos loisirs.
    Les promesses nous sont injectées avec tellement de diligence
    Que nous nous sentons exemptés de nos véritables désirs.

    Photo de @vermibus.

  • Elle aime se faire discrète

    Elle aime se faire discrète

    Quand le matin la surprend nue dans la chambre de son galant,
    En courant d’air, elle se transforme en quête de ses vêtements.
    D’une discrétion soutenue derrière de grands rideaux ballants,
    On aperçoit ses jolies formes frémir et bondir prestement.

    D’un geste sec, elle récupère chaussures robe et soutien-gorge
    Des mains de l’amant éconduit qui lui dit : « À demain, Chérie ! »
    Puis, fébrilement elle espère ne pas trop faire attendre Georges,
    Son mari qui rentre aujourd’hui et que la fortune renchérit.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire mettre en valeur

    Elle aime se faire mettre en valeur

    Elle danse sous le ciel étoilé, juste à la lueur des lampions,
    Comme une louve déguisée qui patiemment cherche sa proie.
    Quand son visage est dévoilé à celui qu’elle prend pour champion,
    Elle l’emporte, tous sens aiguisés, mais ce n’est pas pour ce qu’il croit.

    D’abord, elle lui propose un verre. « Allons chez moi, c’est préférable ! »
    Et jusqu’à ce que le mec soit mûr, elle le ressert plusieurs fois.
    Alors elle dit d’un ton sévère : « c’est moi ta femme, misérable !
    Et ma vengeance, mon amour, est un plat qui se mange froid ! »

    Illustration de Robert McGinnis.