Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • C’est les rats passe impair et manque

    C’est les rats passe impair et manque

    Les dinosaures sont à l’homme ce que l’humanité est aux rats :
    Une espèce domine la Terre et puis, la quitte, bon débarras !
    Pour ceux qui suivent, leur royaume s’érige sur le conglomérat
    Des précédents propriétaires qui les laissent dans l’embarras.

    Alors recommence la survie et le partage des ressources.
    Les oiseaux maîtrisent les airs et deviennent un peu voleurs
    Mais ils sont bien vite asservis par les rats qui les cotent en bourse
    Car on manque de boucs-émissaires et surtout de souffre-douleur.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • Red-Hair

    Red-Hair

    À l’instar des insecticides, Red-Hair tue raide mais par passion ;
    Tous ceux qui désirent la flamme de ses cheveux s’y sont brûlés.
    Elle mène sa lutte fratricide contre ce membre en extension
    Et voudrait de toute son âme autant le démantibuler.

    « Émasculer » est un peu fort alors elle use de stratagèmes
    En faisant battre tous les cœurs jusqu’à ce qu’ils demandent grâce.
    Tous ces phallus tendus à mort dans ce temple sacré blasphèment
    Et supplient l’Utérus vainqueur que ses trompes ne soient pas voraces.

    Photo de charme vue sur https:sacredcharm.tumblr.com .

  • Lumières d’un mercredi soir

    Toutes leurs maisons anonymes de l’autre côté de ma rue,
    Désertées toute la journée afin de pouvoir les payer
    Puis, revenir en pantonymes dès que le jour a disparu
    Pour glaner les heures ajournées tant qu’on est encore éveillé.

    Alors s’illuminent fenêtres et postes de télévision
    Dans des ambiances orange ou bleues selon le programme du soir.
    Après le film, on voit les maîtres et leurs chiens, avec précision,
    Faire leur tour même s’il pleut ; c’est là leurs missions, leurs devoirs.

    Et revient le jeudi matin où le silence se répand
    Entre les ruelles immobiles où l’on sent le vide invasif.
    Parfois du bruit dans le lointain… chantier, camion, grue ou trépan
    Et parfois une automobile qui trahit l’éventuel oisif.

    Tableaux de Léonard Koscianski.

  • La ligne orange

    La ligne orange

    La ligne orange utilisait toujours ces antiques voitures
    Dont les cahots faisaient grincer les vieux ressorts sur les essieux.
    Chaque parcours fertilisait mon appétence d’aventures
    Et son roulis une pincée de graines d’humour facétieux.

    Tous les passagers rigolaient sur les aiguillages ancestraux
    Qui secouaient côtes et fesses dans une liesse mémorable.
    Certaines femmes cabriolaient sous les allegros orchestraux
    Du tramway qui, je le confesse, jouait un complice honorable.

    Tableau de Mark Lague.

  • Sous le signe de la découverte

    Si partir, c’est mourir un peu à ce qu’on laisse derrière soi,
    Si mourir, c’est partir toujours sans regretter sa vie d’avant,
    Alors arriver n’est qu’un vœu de répéter encore une fois
    Les mêmes gestes de tous les jours en réaction au gré du vent.

    Partir à deux pour se nourrir l’un l’autre de ses émotions,
    S’orienter grâce aux étoiles et accueillir le nouveau jour !
    Alors si nous devons mourir d’un moyen de locomotion,
    Que ce soit d’un bateau à voiles gonflées au grand vent de l’amour !

    Tableaux de Jake Baddeley sur http:artilo-artilo.blogspot.com201207jake-baddeley.html?m=1 .

  • Chanson d’une nuit d’été

    Chanson d’une nuit d’été

    Danser pieds nus sur les galets demande une plante rugueuse
    Mais le toit de notre terrasse est bien plus facile à cirer !
    Bricolons, pour nous régaler par une orchestration fougueuse,
    Un gramophone aux bonnes grâces sur l’air de « Fa Si La Si Ré ! »

    « Chansons pour les pieds, s’il vous plait ! » et nous dansons toute la nuit
    Au premier quartier de la Lune sur les traces de la Grande Ourse.
    Puis, entonnons quelques couplets au douzième coup de minuit
    Et remercions notre fortune de vivre ce retour aux sources

    Illustration de Noëlle T. sur https:www.noelleillustration.com .

  • Méprise & Surprise

    Mademoiselle était éprise d’un bel oiseau rare exotique
    Mais légèrement intimidée, elle se masquait d’un papillon.
    Ce grand dadais eut la méprise de pousser le jeu érotique
    En l’embrassant l’air décidé et lui tâtant le cotillon.

    Mademoiselle pudibonde, outrée d’avoir été surprise,
    Se retourna mais découvrit son chevalier sans passe-droit.
    Alors sa bouche furibonde fut bâillonnée sous son emprise
    D’un baiser et son cœur s’ouvrît par cet amour si maladroit.

    Tableaux d’Elena Shlegel sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201308Elena-Shlegel.html .

  • Les portes des équinoxes

    À l’heure du midi du solstice quand le soleil est au zénith
    Au jour de ce premier printemps s’ ouvre une porte un temps donné ;
    Quelques instants dans l’interstice retombe une pluie d’eau bénite
    Comme si le seuil, en suintant, pleurait l’hiver abandonné.

    Aux antipodes, en automne, la même porte, au même instant,
    Courbe la flore dans l’espace entre les arbres alignés.
    Quelques secondes monotones s’écoulent en manifestant
    Un étrange silence qui passe en cérémonie assignée.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Fées des forêts et des marais

    Dans certaines familles helvétiques, on retrace l’ancêtre magique
    Dont l’ascendance remonterait au petit peuple folklorique.
    Bien que cette branche hermétique découle de rites nostalgiques,
    Ma belle-famille en compterait deux aïeules assez féeriques.

    Elles vivaient dans les marais, les grands lacs ou bien les forêts
    Et se vêtaient de végétaux ou nues à la belle saison.
    Leur souvenir réapparaît lorsque l’hiver a défloré
    La nature d’un droit de veto mais qu’en renaît la floraison.

    Contrairement à l’hirondelle qui ne fait pas toujours le printemps,
    Les deux sorcières immortelles sortent de l’eau entre les joncs ;
    Partout l’ombre des demoiselles se distribue en s’épointant
    Comme sensuelles jarretelles qui font éclater les bourgeons.

    Dans les vallons alémaniques, après les premières gelées,
    J’ai déjà remarqué leurs traces dans les ruisseaux presqu’asséchés.
    Une incantation chamanique, mue d’une voix écervelée,
    Tombe des nues mais avec grâce comme une rosée éméchée.

    Tableau de Audrey X et Photo de Susan Schroder.

  • Dimanche, la muse cornue

    Quand elle se montre d’humeur absente de la moindre veine poétique,
    Il m’est inutile de croire qu’elle m’inspirera ce dimanche.
    Mon encre et ma plume s’exemptent de toute envie hypothétique
    Qui ne saurait faire qu’accroire le bourdon de la page blanche.

    Alors je l’imagine ailleurs dans un décor blues & morose,
    Vêtue de toilettes françaises et coiffée d’une cornemuse.
    Je plonge son regard railleur dans une prose à l’eau de rose
    Afin que la douche écossaise brusquement déride ma muse.

    Aussitôt elle renvoie la balle de toute sa rage intérieure
    Que je m’attrape en pleine poire par l’effet miroir attendu.
    Aussitôt ma plume s’emballe de mes mémoires antérieures
    Qui se dévident d’une encre noire aux reflets-vers inattendus.

    Tableau de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases

  • Le joli temps rosé du dimanche

    Un joli calicot rétro pour un bustier à l’eau de rose
    Et je sens toutes mes racines fleurer des photos argentiques
    Avec leurs portraits magistraux des élégantes un peu moroses
    Dont l’étrange regard fascine encore d’un air nostalgique.

    La mode s’enfuit éperdue à la recherche du futur
    Tandis que les modèles s’ancrent dans les mémoires démodées.
    Pourtant le temps n’est pas perdu et j’aspire à voir la suture
    Entre l’avenir qui s’échancre et le passé raccommodé.

    Tableau de Catrin Welz-Stein sur http://artsdumonde.canalblog.com/archives/2016/03/12/33502041.html

  • À problème de cochon, sa solution de lapin

    Puisque dans l’cochon, tout est bon, confions-lui l’orientation
    Car son odorat légendaire sait guider chaque mouvement.
    Les femmes à l’esprit pudibond pourront même sans contestation
    En faire leur référendaire pour tout affaire en jugement.

    Pareillement chez les chauds lapins – bien plus encore que le cochon –
    Il suffit d’une simple carotte pour le rendre plus perceptif.
    Ainsi sans le moindre pépin, sans se monter le bourrichon,
    L’animal par simple jugeote saura foncer sur l’objectif.

    Sitôt les lapins en action, les solutions se multiplient
    Bien plus vite que les problèmes se soulèvent en fédération.
    Évidemment en réaction, seront également accomplis
    Autant de sources de dilemmes issus des proliférations.

    Tableaux de Margo Selski sur https://hamptonsarthub.com/2012/12/29/margo-selski-explores-myths-of-her-own-making

  • À l’heure des thés

    À l’heure du premier thé vert, j’ai le cœur encore à l’envers ;
    Mes cauchemars ont transformé mes inquiétudes déformées
    Qui ont macéré la semaine toute mon aventure humaine
    Et répandu sur mes nuits blanches tous mes soucis en avalanche.

    À l’heure du second thé rose remontent les pensées moroses
    Et je me mets à ressasser le présent mêlé au passé.
    Toutes ces mémoires ancestrales, tragicomiques et théâtrales
    Se rejouent sans interruption comme un mal qui fait éruption.

    À l’heure du dernier thé noir, finis cafards et idées noires
    Qui ont tellement infusé que leur poison s’est transfusé
    Dans tous les canaux collecteurs qui se sont montrés protecteurs
    En expulsant mille douleurs qui m’ont redonné mes couleurs !

    Tableaux de Catrin Welz-Stein sur http://artsdumonde.canalblog.com/archives/2016/03/12/33502041.html

  • Changer les règles

    Tous ces échecs consécutifs concernant la constitution
    Devraient inciter à changer toutes les règles de l’échiquier
    Et limiter l’exécutif du roi par sa destitution
    Lorsqu’il vous parait étranger qu’il favorise les banquiers.

    Et puis, une assemblée de pions qui acquiescent les projets de lois
    Fidèlement sans renâcler ni écouter l’opposition,
    C’est déléguer à ces champions de la plus stricte mauvaise foi
    Notre pouvoir d’achat bâclé sous le coup des impositions.

    Tableau de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases

  • Allo, les réseaux sociaux ?

    Les synapses contactent un neurone à des milliers de connexions
    Et celui-ci fait la synthèse pour choisir une solution.
    Chez les hommes, la testostérone leur permet de faire objection
    Aux informations sur les thèses qui mènent à la révolution.

    Si le cerveau est complotiste – puisqu’il se renseigne pour agir –
    Les hommes, en troupeau de moutons, élisent leur loup-président.
    Les « sauve-qui-peut » humanistes mettent longtemps à réagir
    Avant que, nous le redoutons, il bouffe tous ses résidents.

    Illustrations d’Oksana Grivina sur http://www.dripbook.com/grivina/style/illustration-portfolios

  • Telle Guillemette

    Telle Guillemette

    Heureuse qui, telle Guillemette, a connu le goût de l’amour
    Coulant du fruit jusqu’à ses lèvres et conquérir son cœur d’api
    Afin que le garçon se permette d’ouvrir son écrin de velours
    Pour, de sa flèche chargée de fièvre, la posséder sur le tapis.

    La pomme du péché percée, le jus de l’amour consommé,
    La distillation sera longue avant d’en recueillir l’alcool.
    Puis, de la croupe renversée naîtra ou non la renommée
    D’un bébé à la face oblongue et son avenir cidricole.

    Tableau de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .

  • Les deux Vendredies

    D’ores et déjà vendredi revient systématiquement
    Annoncé, en fin de semaine, par deux sirènes en pêle-mêle.
    Je le dis et je le redis : « ce jour est thématiquement
    Voué, par leur nature humaine, à deux femmes-poissons jumelles.

    Deux sirènes qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau, c’est drôle !
    Comme le reflet d’un miroir ou deux clones sans contredit.
    Elles vivraient toujours ensemble en s’admirant à tour de rôle ;
    Elles sont connues dans leur terroir sous le nom des deux Vendredies.

    Tableau de Nicoletta Ciccoli

  • Vendredi, mangez du lapin !

    Je vois les feuillets s’effeuiller au fil de mon éphéméride
    Sept fois par semaine – quelle aubaine ! – mon régime suit la marée :
    Lundi, du poisson persillé ; mardi, la fête à la bourride ;
    Mercredi, sole marocaine ; jeudi, bigorneaux bigarrés.

    Mais point de poisson vendredi, la mer m’a posé un lapin.
    Qu’à cela ne tienne – de garenne – j’en quémande de toute ma fièvre !
    Notre pêcheur, sans contredit, aussitôt lance son grappin
    Et nous remonte de sa carène une sirène à moitié lièvre.

    Du vendredi soir au dimanche, durant deux jours, durant trois nuit,
    Je l’aimerai passionnément et jusqu’à la dernière arête.
    Le goût de sa douce chair blanche m’aura profondément séduit
    Au point que, sans désagrément, ce n’est pas demain que j’arrête.

    Illustration de Dominic Murphy sur https://www.dominicmurphyart.co.uk/down-the-rabbit-hole

  • Rêves destructeurs

    Est-ce que les rêves destructeurs se heurtent contre les rochers
    Que la mémoire a endigués pour lutter contre la tristesse ?
    Les bons moments reconstructeurs se regroupent pour s’accrocher
    À l’avenir se conjuguer avec mon présent en détresse.

    Seulement voilà, il faut bouger, il faut se lancer à l’assaut ;
    Alors je plonge dans la peur qui ressemble à une montagne.
    Je laisse aller les préjugés qui tournoient comme des lassos
    Et qui me frappent de stupeur afin d’éviter que je gagne.

    Les entraves tombent si j’y crois car il n’existe aucun miracle
    Que celui de prendre le train qui s’arrête pile devant mes yeux.
    Doutant, sur mon chemin de croix, de pénétrer dans l’habitacle,
    J’ai trop laissé passer l’entrain de tant de projets merveilleux

    Tableau de Cyril Rolando sur https://mymodernmet.com/cyril-rolando-surreal-digital-art

  • L’habit de souffrance

    Il a tellement porté mes cris noués dans sa robe de douleur
    Et de souffrances encore ouvertes à l’échancrure de mon cou,
    Qu’un jour j’ai déclaré proscrit ce vieux vêtement refouleur
    Qui gardait mes plaies recouvertes et m’augmentait les contrecoups.

    Je l’ai dressé sur mon passé comme épouvantail à mémoire
    Pour effrayer mes vieux démons qui tenteraient de revenir.
    Jamais l’un d’eux n’a dépassé sans être, d’un coup d’assommoir
    Désenchanté à pleins poumons à la vue de ce souvenir.

    La gravité fait le bonheur de tous les pauvres imbéciles
    Qui se complaisent à prendre au sérieux tout ce qui peut l’être au tragique.
    Malgré cela, j’ai eu l’honneur d’utiliser sa préhensile
    Capacité d’un impérieux lancer de fronde gravifique.



    « La gravité est le bonheur des imbéciles. » Charles de Montesquieu.

    Photo de Mulch Media Gallery sur http://www.mulchmedia.com/gallery/default.aspx?moid=547

  • Entre deux moi

    Entre deux moi

    Toujours entre deux opposés, ma vie oscille entre deux crises
    L’illusion de gagner ma vie balance avec le temps perdu.
    Mais comme je suis supposé m’adapter à chaque surprise,
    Je ballotte entre ma survie et mon avenir éperdu.

    La Grande Guerre – une première – suivie d’un temps d’entre-deux guerres
    Ne put empêcher la deuxième comme si l’échec lui incomba.
    Le confinement fait la lumière qu’on ne peut plus s’attendre guère
    Qu’à un deuxième puis, un troisième tant que durera le combat.

    Tableau de Andrew Ferez sur http:artsdumonde.canalblog.comarchives2016091534325116.html .

  • Solidarité envers la Terre

    Un jour, la solidarité envers la Terre défigurée
    Obligera les êtres humains à lui faire des concessions.
    À cause de la disparité de ses forêts dénaturées,
    Nos corps, soumis à l’examen, devront faire rétrocession.

    Notre bassin sera saisi pour assainir les océans
    Et nos poumons sacrifiés pour purifier l’air pollué.
    L’humanité, sans fantaisie, pourra s’asseoir sur son séant
    Après avoir falsifié Celle qui l’a fait évoluer.

    Photos de Charles Bentley sur https:theinspirationgrid.comdigital-collages-by-charles-bentley .

  • Orient-Express

    Orient-Express

    Depuis Paris jusqu’à Athènes, plusieurs destins se sont croisés
    Dans les wagons de la fiction et ceux de la réalité
    Dont les échos se concatènent en épopées apprivoisées
    Par un mélange d’afflictions au train des éventualités.

    Mais depuis le chemin de fer s’est heurté au rideau de fer
    Et les élans capitalistes ralentis par le communisme.
    Adieu vaches, cochons et affaires que l’on menait d’un train d’enfer
    Qui, aujourd’hui, a pris la piste d’envol vers le transhumanisme.

    Illustration de Janet Hill sur https:janethillstudio.comproductsthe-kidnapping-of-edward-pink-part-twelve?variant=31134022107197 .

  • Le chat et la souris sur le net

    Comme elles ont troqué leur balai pour l’aspirateur dernier-cri,
    Elles ont remplacé leur grimoire par l’ordinateur connecté
    Au plus gigantesque ballet du net auquel elles ont souscrit
    Dont la capacité mémoire dépasse le téraoctet.

    Les prédictions astrologiques ont pris un sacré coup de fouet
    Grâce au chat qui prend la souris et la dirige d’un air savant.
    Selon les lois de la logique, s’il s’en sert comme d’un jouet,
    Le résultat sera pourri mais c’était déjà comme ça avant.

    Tableau de Tristan Elwell

  • Nostradamus est démodé

    Avec ses softs sous MS-DOS, son Apple II, son Ibéhème
    Et ses processeurs en huit bits, il devait être déboussolé.
    Les prévisions, quel sacerdoce ! Ses oracles sont tout un poème
    Avec ses vers tous pleins de mythes et ses listings tous gondolés.

    Nostradamus en Version II n’a pas obtenu plus de gloire ;
    Il provoquait lui-même les crises qu’il avait prédites symboliques.
    Il s’est montré si galvaudeux qu’il était le seul à les croire
    Et c’est ainsi que, sans surprise, il brûla en place publique.

    Illustration de Gray Morrow

  • Le combat des chefs

    L’œil droit voulait être le chef : « c’est moi qui oriente l’homme ! »
    L’œil gauche voulait être le chef : « c’est moi qui repère les femmes ! »
    Le nez voulait être le chef : « c’est moi qui sent les phéromones ! »
    Le cerveau voulait être le chef : « c’est moi qui contient toute l’âme ! »

    La bouche voulait être le chef : « c’est moi qui embrasse, ma foi ! »
    Les lèvres voulaient être le chef : « c’est nous qui prêtons à sourire ! »
    La langue voulait être le chef : « c’est moi qui m’ retourne sept fois ! »
    Les dents voulaient être le chef : « c’est nous qui éclairons le rire ! »

    Le crâne voulait être le chef : « c’est Moâ qui ai toute ma tête ! »
    Les oreilles voulaient être le chef : « c’est nous qui portons les lunettes ! »
    Le cou voulait être le chef : « c’est moi qui fait tourner la tête ! »
    Finalement, pour faire bref, le couperet trancha tout net !

    Illustration de Junji Ito

  • Mardi, entre le Soleil et la Lune

    En fait, le Soleil me surveille de l’aube jusqu’au crépuscule.
    Il joue le Gardien de mes jours et mon Geôlier durant mes nuits.
    Dès le matin, Il me réveille par petits faisceaux minuscules
    Jusqu’au soir où, fin du séjour, black-out entre onze heures et minuit.

    Je Le trompe une fois par mois avec ma maîtresse Lunaire ;
    Nous attendons qu’Il soit couché et qu’Il dorme à rayon fermé.
    Puis, toute la nuit, quel émoi ! Quelles amours extraordinaires
    Donnent à la Lune effarouchée le désir de se transformer !

    Première semaine de grossesse, Elle disparaît dans ses quartiers ;
    Son ventre s’arrondit sans cesse … point de Soleil à l’horizon ;
    Troisième semaine, une princesse paraît sous le regard altier
    Du Soleil qui, avec rudesse, me reconduit dans ma prison.

    Tableau de Six N. Five

  • À la vitesse d’un cheval au galop

    À la vitesse d’un cheval au galop

    L’homme qui court à perdre haleine sur une Terre en rotation
    N’imagine pas qu’il gravite autour du système solaire.
    Cheval, guépard, lièvre ou baleine, par un jeu d’accélérations,
    Courent ainsi de plus en plus vite par la contribution stellaire.

    C’est à peu près ce que je pense lorsque je marche dans la nature
    À mon allure débonnaire, riant dans le vent qui balaye,
    En voyant combien se dépense ce sportif en musculature
    Pour finir aussi stationnaire que moi tout autour du Soleil.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • À cheval sur tous les possibles

    À cheval sur tous les possibles

    Ce qui me paraît ordinaire, presque empreint de banalité,
    Deviendrait extraordinaire dans une autre réalité.
    Une Télé-Univers en chaînes de transmissions simultanées
    Dont les programmations s’enchaînent au fil des mois et des années,

    Ce que je crois vivre au présent est en vérité retransmis
    En maintes saisons concomitantes avec flash-backs et passerelles.
    Et le soleil omniprésent est une source d’ectoplasmie
    Dont la lumière intermittente flashe des mondes parallèles.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Problèmes de cœur

    Seulement à peine quelques jours après la fête des amoureux,
    Saint-Valentin voit son service de l’après-vente saturé.
    Passé la nouba de l’amour, les cœurs retombent langoureux
    Et viennent se plaindre de sévices et positions dénaturées.

    Alors on répare les cœurs à l’atelier du cœurdonnier
    Qui recoud les peines d’amour et vidange les peaux de chagrin.
    Il redonne un peu de vigueur aux coups de foudre prisonniers
    Qui n’ont pas pu venir à jour à cause d’un pénible train-train.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein sur http://artsdumonde.canalblog.com/archives/2016/03/12/33502041.html

  • Lundi, selon comment je suis luné(e)

    Mon cœur, ce drôle de pendule, décide après hésitation
    Comment choisira-t-il l’ébauche du jour avec incertitude…
    Selon si les artères ondulent à droite avec excitation
    Ou si les veines oscillent à gauche avec plus de mansuétude.

    S’il reste fixe, je reste au lit attendant que ça redémarre
    Car à force de le remonter tous les soirs, parfois il se bloque
    Comme un métronome ramolli par les rêves et les cauchemars
    Où il doit sans cesse affronter les décisions les plus loufoques.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein sur http://artsdumonde.canalblog.com/archives/2016/03/12/33502041.html

  • Le miroir à trois temps

    Le miroir à trois temps

    Mon miroir inverse l’espace ; droite et gauche sont permutées.
    Saurait-il renverser le temps, passé et futur transposé ?
    Mon passé quitterait l’impasse où le temps l’aurait transmuté
    Et le futur serait d’autant déjà écrit et composé !

    Il refléterait les photos de ma folle jeunesse écoulée
    En me renvoyant le visage au délai déduit de ma mort.
    Bébé qui fait ses rototos deviendrait vieillard écroulé
    Devant la bobine que mon âge lui renverrait avec remords.

    Illustration de Marie Cardo.

  • L’amour aimanté

    L’amour aimanté

    Si la Saint-Valentin recharge les accus des cœurs langoureux
    Par les amours court-circuitées de coups de foudre et de tonnerres,
    La mise à la terre décharge les petits bisous amoureux
    Échangés dans l’exiguïté d’une rencontre terre-à-terre.

    Gare aux baisers à courant faible car ils se révèlent collants
    Et la séparation exige une double polarité !
    Quant à l’indispensable règle – préservatifs bien isolants –
    Dans ce cas, le jus se dirige vers plus de régularité.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Madame de la Chandeleur

    Madame de la Chandeleur

    Madame de la Chandeleur porte l’habit une fois par an
    Parée de galons paraffine avec bougies et oriflamme.
    Elle nous parle avec chaleur de ses ancêtres, ses parents,
    Le Roi, le Prince et la Dauphine dont elle ranime la flamme.

    Mais ne parlez pas de flamber, ses crêpes au chouchen ou au rhum
    Qui lui évoquent la détresse survenue au cours de l’automne
    Car ses aïeux ont succombé à un incendie au forum
    Des Halles par la maladresse d’une cuisinière bretonne.

    Photo de Helen Sobiralski.

  • L’autre perception

    Plus je m’enfonce dans mes vers à la recherche de ma muse,
    Plus celle-ci reste étrangère à ma couleur fondamentale.
    Je peux scruter tout l’univers dans tous les sens si ça m’amuse
    Sans que jamais la messagère rappelle mon âme sentimentale.

    Mais si j’accepte de m’ouvrir à l’inconnu, à l’imprévu,
    Si je prends le temps d’écouter un chant nouveau de vérité,
    Je n’aurai plus qu’à découvrir les œillères qui brouillent ma vue
    Pour cesser d’être dérouté par souci de sécurité.

    Illustration de James Jean.

  • Mère nature s’inquiète un peu

    Mère nature s’inquiète un peu

    Mère Nature, consciencieuse, surveille l’aventure humaine
    Qu’elle trouve assez dissipée, bien au-delà de la normale
    D’une volonté capricieuse qui rabâche au fil des semaines
    Le désir de s’émanciper de ses racines animales.

    Les unes ne veulent plus être femmes aux dernières actualités
    Et jugent la pénétration comme phallocrate dictature.
    Elles refusent le rôle infâme qu’impose leur sexualité ;
    Quant aux hommes, leur génération ne pense qu’aux belles voitures.

    Tableau de Catrin Welz-Stein sur http:artsdumonde.canalblog.comarchives2016031233502041.html .

  • Tout ça, c’est Dieu qui joue aux dés

    Tout ça, c’est Dieu qui joue aux dés

    Si la quadrature du cercle a nui aux mathématiciens,
    L’Univers est indécidable et triche avec ses propres lois.
    Moi qui ai soulevé le couvercle par esprit pythagoricien,
    Je n’y ai vu qu’une formidable supercherie de bon aloi.

    Ceux qui croient que la Terre est plate utilisent des règles pirates ;
    Ceux qui pensent que l’Univers est infini, sont démodés ;
    Ceux qui lisent sur l’omoplate d’un chameau la dernière sourate
    Et ceux qui font tout de travers, tout ça, c’est Dieu qui joue aux dés.

    Tableau de Validimir Kush.

  • Le paradis sans elle ?

    Afin de plaire aux phallocrates, Dieu créa Adam sans la femme
    Et le plaça au Paradis sans désir et sans tentation.
    L’homme régna en autocrate sur les animaux sans fantasme
    Et eut pour le prix d’un radis la Terre pour sa sustentation.

    Que croyez-vous qu’il arriva dans ce nirvâna enchanté ?
    Il resta sans conversation, sans plaisir de la connaissance.
    Tant sa bêtise dériva que Dieu, lui-même fort déchanté,
    Gomma sans tergiversation l’erreur et son obsolescence.

    Alors Dieu eut l’idée du siècle : L’erreur étant inévitable,
    Il refit l’homme d’après brouillon et se consacra à la Femme !
    Avec un caractère espiègle et une audace irréfutable,
    Elle transforma le couillon en lui développant son âme.

    Tableau de Wojtek Siudmak

  • Croissant de Lune

    Au premier croissant de ma muse, j’observe sa rotondité ;
    Quand elle est pleine, je m’amuse à tâter sa fécondité.
    Au dernier croissant une averse tombe en vers hexadécimaux
    Et la nouvelle me renverse quand je suis père de jumeaux.

    Après maintes révolutions, Lune rousse et éclipses solaires,
    J’ai vite pris la résolution d’en peindre nos rapports lunaires.
    Ma muse m’a donné tant d’enfants aux yeux brillants comme des étoiles
    Que je les ai brossés triomphants dans tout l’univers de ma toile.

    Lorsque la Lune ralentit et ma muse tourne moins vite,
    Ce sont mes peines ressenties qui freinent quand elle gravitent
    Autour de mon âme assoiffée de leurs lumières inspiratrices
    Que, sur ma tête décoiffée, elles répandent en bienfaitrices.

    Photo de Plamena Koeva

  • Le peuple de la mer

    Au milieu des eaux peu profondes parmi les récifs coralliens,
    Une nouvelle humanité chante une ultime litanie.
    Celle de l’expression féconde via le continent australien
    Et d’autres nationalités de toutes les océanies.

    Là, hommes et femmes de pierre forment un cromlech humanoïde
    Pour rappeler le peuple ancien parti au fin fond des abysses.
    Les ondes chargées de prière se transmettent en sinusoïdes
    Jusqu’aux archipels tahitiens et renvoient l’écho d’Anubis.

    Peuples Atlantes, d’Égypte ancienne, d’Hyperborée et Lémurie
    Demeurent à jamais disponibles envers le monde du silence.
    Philosophies platoniciennes issues d’idéologies mûries
    Restent à jamais incompatibles avec leurs cercles en vigilance.

    Sculptures sous-marines de Jason deCaires Taylor

  • Fééries

    Jeu de la poudre, jeu des chevaux, jeu de la guerre, jeu du courage,
    Pour honorer un mariage, pour célébrer une naissance.
    Parures et grands écheveaux font plus que force ni que rage
    Avec leurs tirs de mitraillage, symboles de reconnaissance.

    Tous les fusils à poudre noire crépitent et simulent la charge
    Pour repousser les ennemis et protéger femmes et enfants.
    Les cavaliers jouent de mémoire, en louvoyant de long en large,
    D’ancestraux combats retransmis d’un peuple fier et triomphant.

    Pratiques anciennes d’Afrique, le bruit des sabots galopants
    Et le feu des salves nourries persévèrent au-delà du temps
    Dans les souvenirs féériques qui vont en se développant
    Sous les ovations des houris qui sourient aux exécutants.

    Tableaux d’Anne Delplace sur http://www.anne-delplace.com/peinture-huile.php

  • Noël égaré

    Noël égaré

    Pas plus qu’un Père Noël russe qui aurait traversé l’Ukraine,
    Ou un virus en houppelande qui viendrait s’offrir en cadeau,
    Je ne crois pas en ces chorus qui me promettent pour mes étrennes
    Le retour de François Hollande qui chevaucherait Tornado.

    Car le retour au bon vieux temps de Zorro ou Robin-des-bois
    N’est qu’une panoplie tissée avec juste un trou pour les yeux
    Qui ne laisse voir qu’un inquiétant Père Rouspétard aux abois
    Menaçant de rapetisser mon petit confort orgueilleux.

    Illustration d’Oksana Grivina sur http:www.dripbook.comgrivinastyleillustration-portfolios .

  • Messages du passé

    Toute la lumière du passé, comme le phare au crépuscule,
    Renvoie son appel lumineux pour guider les hommes égarés.
    Pourtant, nous sommes dépassés par les mensonges ridicules
    Que nos cadors faramineux profèrent pour nous effarer.

    J’en appelle à l’intelligence, la prudence et la tempérance
    Pour ne pas nous laisser berner par les feux de ces naufrageurs !
    On nous ballotte dans l’urgence pour masquer la prépondérance
    À, nous-mêmes, nous gouverner sans leurs coup fourrés ravageurs

    Tableau de Wojtek Siudmak

  • Tracer la ligne rouge

    Le gouvernement a décidé de peindre une frontière rouge
    Au milieu de toutes les villes pour diviser les complotistes.
    D’un côté, les intimidés qui ni n’avancent ni ne bougent
    Pour éviter la guerre civile avec les anticonformistes.

    On prévoit aussi des lignes jaunes pour séparer les religions ;
    Des murs aux couleurs arc-en-ciel pour ceux qui contrarient leur sexe ;
    On partagera chaque zone selon que nous privilégions
    Quoi que ce soit, non essentiel, mais qu’il faudrait mettre à l’index.

    Tableau de Jimmy Lawlor

  • Histoires d’amour libres

    Petit oiseau, petit poisson	s’aimeront un jour d’amour tendre
    Lorsqu’à l’instar du Créateur, je bâtirai mon nouveau monde.
    Un monde où, au temps des moissons, l’air et le vent pourront prétendre
    À se marier à la moiteur des rivières chaudes et vagabondes.

    L’onde aussi légère que l’air, l’air alourdi de compassion,
    Rencontreront un équilibre dans des amours plus ou moins sages.
    Des poissons-volants similaires à des anges en lévitation
    Convoleront en amour libre avec des oiseaux de passage.

    Illustration de Vladimir Gvozdariki sur http://klimtbalan.blogspot.com/2012_02_01_archive.html

  • La voix de sa mère

    Partout elle recherchait sa mère depuis qu’elle les avait quittés
    Pour les abysses éternelles aux eaux chatoyantes et nacrées.
    Malgré la mémoire éphémère de son départ précipité,
    Elle compulsait les maternelles origines de son chant sacré.

    Héritière de son ouïe fine – des oreilles en colimaçon –
    Elle disposait des coquillages là, tout autour de son séant,
    Pour écouter la voix divine, assise sur sa queue de poisson,
    Dont remontait le babillage par le réseau des océans.

    Tableau de Shiori Matsumoto sur https://iamachild.wordpress.com/category/matsumoto-shiori

  • Les conférences de Mère Nature

    Les conférences de Mère Nature

    Mère-Nature correspond par le biais des quatre éléments
    Pas par bouteilles à la mer mais par réseau de montgolfières.
    Comme personne ne lui répond, elle demeure là, isolément,
    Guettant le p’tit geste éphémère d’un enfant qui la rendrait fière.

    Mais les avions dévastateurs perturbent le courrier du ciel
    Par des chemtrails d’interférence dont les fautifs restent de marbre.
    Malgré tous ces profanateurs, vous pouvez capter l’essentiel
    De ses sublimes conférences en vous plaquant contre ses arbres.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • La fée Électricité

    La fée Électricité

    Sur mon balcon, j’ai une ampoule sans fil relié au secteur
    Qui, grâce à l’énergie solaire, s’éveille quand tombe le jour.
    Une petite fée déboule issue du socle collecteur
    Venue de l’Étoile Polaire pour agrémenter mon séjour.

    Le soir fait partie du séjour qui se prolonge ainsi la nuit,
    Par la vertu de la science et l’économie d’énergie.
    Elle brille jusqu’au petit jour et clignote un coup à minuit
    Sans doute en reconnaissance à la Petite Ourse en synergie.

    Illustration de Marie Cardouat.

  • L’horloge intestinale

    L’horloge intestinale

    Constitué de corpuscules infinitésimaux de temps,
    L’éternité lentement s’écoule depuis l’horloge intestinale.
    L’infime fraction minuscule à peine avalée se détend,
    Se vaporise dans les traboules de ses entrailles terminales.

    Étrangement, le temps qui passe et le temps qu’il fait se rencontrent
    Dans la digestion des saisons par le cycle interplanétaire.
    Ce phénomène me dépasse et tout mon cœur bat à l’encontre
    De ce rythme idiot sans raison que scande mon séjour sur Terre.

    Tableau de Jacek Yerka sur https:postmodernism.livejournal.com464795.html .

  • L’élevage du ver à soie

    L’élevage du ver à soie

    Mon Bombyx, ce lépidoptère qui venait du nord de la Chine
    Avait occupé mon mûrier devenu son petit chez-soi.
    Comme il n’était que locataire, je tapais donc à la machine
    Un contrat pour le teinturier à qui louer mon ver à soie.

    Bien que le Bombyx domestique se développe dans sa chenille,
    Il prétendait se débiner sans payer le prix de mes arpents.
    Grâce à un cornet acoustique que je plaçai sous les ramilles,
    J’ai pu, son fil, rembobiner comme fait le charmeur de serpent.

    Illustration de Holly Clifton.