Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Lune noire

    Lune noire

    Lune nouvelle ou Lune noire m’a, cette nuit, ouvert les yeux
    Et je vois à travers l’espace comme je vois à travers le temps.
    Toutes les images de ma mémoire s’étalent sur un fond camaïeux
    Et je revois ce qui se passe de tous côtés, à chaque instant.

    Je vois vos pensées en couleurs, vos souvenirs en noir et blanc
    Et j’aperçois tous les possibles de toutes les alternatives.
    Le soleil noir de mes douleurs absorbe tout ce qui est ressemblant
    À des blessures impossibles prétendues illuminatives.

    Mais voir toutes ces dimensions et toutes ces informations
    Demande au mental trop d’efforts bien au-delà de son pouvoir.
    Cela parasite mon attention et brouille ma compréhension ;
    Finalement Dieu est trop fort pour que je puisse le concevoir.

    Tableau de Dan Casado sur https:www.dancasado.comindex.html .

  • La dandelionne

    La dandelionne

    La dandelionne sème à tous vents ses désirs de devenir star
    Au moyen de maints artifices que lui prodigue sa beauté.
    Elle s’offrira le plus souvent comme une promesse à l’instar
    Des femmes-objets au bénéfice des producteurs ravigotés.

    Les cheveux fous, la bouche en cœur, la jupe courte sur les cuisses,
    Un décolleté aguicheur et des yeux doux très prometteurs.
    Voyez son regard de vainqueur combiné afin qu’elle puisse
    Obtenir un rôle afficheur dans le lit de son bienfaiteur !

    Par la suite elle a pris de l’âge sous le faisceau des projecteurs
    Mais elle est devenue tigresse aux griffes longues et acérées.
    Elle a perdu son pucelage dans le lit de son protecteur
    Mais elle a gagné en finesse et en carrière accélérée.

    Tableau de Beth Conklin.

  • La voyante aux rayons X

    La voyante aux rayons X

    Cette voyante extralucide m’observe du bout de ses seins,
    Vision plongeante, gorge profonde où déverser mes souvenirs.
    Or, de plus en plus translucide, sa robe s’ouvre sur un bassin
    Où plus d’une main vagabonde ont dû chercher leur avenir.

    Mes pensées toutes déshabillées se cachent sous le dos des cartes
    Où je dois en retenir trois et les retourner une à une.
    D’une voix douce et babillée, j’entends un désir que j’écarte
    Mais elle m’enserre trop à l’étroit les mains sans retenue aucune.

    Mais la belle chiromancienne m’a déjà tout hypnotisé ;
    Mes yeux droit sur ses mamelons commencent depuis à loucher.
    Adieu ma vie platonicienne, bonjour ma vie érotisée
    Par une jolie Madelon qui m’offre à venir me coucher !

    Tableau de Dino Valls sur https:www.boumbang.comartistepeinture .

  • La direction vers l’illumination

    La direction vers l’illumination

    Au cours de mon chemin de vie, j’ai rencontré beaucoup d’oracles
    Qui m’ont montré le vrai chemin qui s’approche de la vérité.
    Le cœur battant, l’âme ravie, j’ai couru la voie du miracle
    Qui devait m’accorder demain mon salut pour l’éternité.

    La voie de l’illumination étant une route infinie,
    À mi-chemin, je reste encore un humain rempli de défauts.
    Aux trois-quarts de l’exploration, je vis toujours l’ignominie
    D’être limité dans mon corps sous l’expiation en porte-à-faux.

    J’ai donc arrêté de poursuivre le sentier vers la perfection.
    Je jette l’ancre et je m’arrime peu importe où dans l’univers.
    Qu’il est bon de choisir de suivre ses propres sens de perception !
    Qu’il est bon de le dire en rimes au fil de tous mes Reflets-Vers !

    Illustration de Kladderadatsch sur www.oneletterwords.comweblog?tag=goddess&page=5 .

  • L’instrument féminin

    L’instrument féminin

    La femme, magnifique instrument, produit les notes les plus exquises,
    Donne un plaisir à pénétrer l’ouverture en haut de son manche.
    Pour la surprendre, il faut crûment la faire jouir avec surprise
    Par un doigté interprété de main de maître, tous les dimanches.

    Mais il faut toute la semaine, la travailler, la travailler,
    La travailler et, sans relâche, entretenir sa résonance.
    Car l’instrumentiste est humaine et pourrait bien s’encanailler
    Si l’on renâcle trop à la tache et pratique trop l’abstinence.

    Jouez-en autant que le puisse le musicien qui est en vous ;
    Jouez tous les soirs sans attendre d’apprendre tout le concerto !
    Touchez l’ouïe entre les cuisses pour que l’organe se dévoue
    À lire la partition du tendre et vibrer en allegretto.

    Tableau de Salaam Muhammad.

  • Chasser l’ennui

    Chasser l’ennui

    Chasser le nu, chasser l’ennui, la vacuité de l’existence,
    Me demande imagination sans cesse en renouvellement.
    J’y passe mes jours et mes nuits, noires, blanches et persistantes
    En pensées d’évagination comme on ôte ses vêtements.

    Comme un alchimique corps nu se vêt de soie philosophale,
    Je redeviens cet empereur qui, en habits neufs, se pavane.
    Puis lève un regard biscornu ouvrant la bouche triomphale
    Proclamant d’un cri péroreur qu’il est le roi de la savane.

    Je ne sais plus si j’ai rêvé ou si cela s’est vraiment passé
    Mais peu importe, j’ai tout un lot d’idées à tricoter en vers.
    Tous ces souvenirs conservés sont lavés, séchés, repassés
    Et enfilés méli-mélo, maille à l’endroit, maille à l’envers.

    Tableau de Marius Pons de Vincent sur https:www.boumbang.comartistepeinture .

  • Les voitures vertes

    Les voitures vertes

    Quand les voitures électriques auront vidé leurs batteries,
    Elles reviendront à la nature, épaves au bord des sentiers
    Comme bornes kilométriques composées de quincaillerie
    Dont les pitoyables armatures nous sèmeront un triste chantier.

    Quand la rouille aura corrodé et de moisi tout recouvert,
    Nos descendants étudieront toutes ces carcasses métalliques.
    À partir des tôles érodés des mécanismes à découvert
    Ils jugeront et maudiront l’usage de ces engins phalliques.

    L’électricité invisible ne pollue point en apparence
    Mais la produire nous demande trop d’efforts envers la planète.
    Demain la dépense nuisible entraîne déjà des carences
    Et la vie devient trop gourmande pour nourrir ses marionnettes.

    Non ce n’est pas derrière chez moi.

  • Sainte-Marie à la peau de fruits rouges

    Sainte-Marie à la peau de fruits rouges

    Peau d’orange et fleur d’oranger dans ses cheveux de mandarine
    Semblaient répéter à l’envi cette nuance voluptueuse.
    Agrume exotique étranger qui m’érotise les narines,
    Fond dans sa bouche comme une envie de ma liqueur spiritueuse.

    Retour aux années soixante-dix et ses couleurs psychédéliques
    Avec ses teintes dominantes sur les papiers-peints de ma chambre.
    Ces belles dames de jadis parfois un brin machiavéliques
    Transmettaient leur contaminante adoration de tous leurs membres.

    Deux petits seins de pamplemousse aux mamelons rouge cerise
    Omniprésents et obsédants sur une musique planante
    Qui se balancent et se trémoussent d’une cadence qui favorise
    Le désir d’un zeste excédent d’une laitance rémanente.

    Sainte-Marie est amarante et rougit de toute façon
    Quand on la prie comme une sainte ou qu’on la prend pour une déesse.
    Elle trouva l’idée trop marrante et s’empourpra comme un poisson
    Après s’être retrouvée enceinte avec une certaine prouesse.

    Tableau de Il Pistrice alias Francesca Protopapa sur https:www.boumbang.comil-pistrice .

  • L’amour flambé de Sainte-Marie

    L’amour flambé de Sainte-Marie

    D’une légère commotion courroucée mais à feu très doux,
    Faites-lui chauffer la colère et le sang lui monte à la tête
    Jusqu’à provoquer l’émotion qui fait dresser ses cheveux roux
    Comme avant l’éruption solaire, le calme précédent la tempête.

    Voyez la peau qui devient blanche en conséquence du traumatisme,
    Les seins saupoudrés de farine et les mamelons frémissants.
    Ce n’est pas tous les jours dimanche et pour pousser le romantisme
    Pétrissez bien fort la poitrine avec gestes concupiscents.

    Il ne reste plus qu’à flamber la partenaire préparée
    À passer à la casserole, bien sautée de tous les côtés.
    De nos conquêtes enjambées, nous nous serons bien égarés
    Dans les fantasmes les plus drôles avec un vin aligoté.

    Sainte-Marie est une flambeuse qui dépense toute sa colère ;
    Quand vient le jour de l’Assomption, elle devient réactionnaire.
    Ce soir sous la Lune gibbeuse, elle aura la teinte lunaire
    Nous en aurons la présomption par ses nombreux coups de tonnerre.

    Tableau d’Eric Pedersen sur https:www.boumbang.comartistepeinture .

  • Belles fleurs – 2

    Belles fleurs - 2

    Tout en couleurs, tout en boutons sont les bouquets que je préfère,
    Juste posés entre les seins comme parure naturelle.
    Aspect velouté et coton que j’embrasse fort et que j’enserre,
    Fleurs cueillies autour du bassin, textures exotiques corporelles.

    Juste une douche de rosée une fois ou plusieurs fois par jour ;
    Compter les gouttes écoulées sur les mamelons turgescents.
    Sur un visage couperosé, afficher un parfum d’amour
    Qui s’évapore encagoulé d’une chevelure rouge sang.

    Juste une touffe de verdure qui souligne son bouton de rose
    Et la femme devient soliflore pour accueillir la fleur du mâle.
    Et pour que la gerbe perdure, il faut que celui qui l’arrose
    Ne la cueille et ne la déflore qu’à l’heure la plus optimale.

    Photo de Mikhail Shestakov sur https:vk.comclub3889576 .

  • Belles fleurs – 1

    Belles fleurs - 1

    La femme ne se frappe pas, ni ne se secoue, ni ne s’agite
    Par, telle un cocktail délicat, respect à sa sacralité.
    Quand mon cœur devant ses appas tremble, chavire et prends du gîte,
    J’y vois là le certificat d’une plante de qualité.

    Quelle fleur s’accorde le mieux avec la forme du visage ;
    Entre l’odeur et la couleur ou la robe en forme évasée ?
    Un toucher subtil, harmonieux, les courbes aux jolis paysages,
    L’enchantement où la douleur restera à jamais déphasée ?

    Coquelicot, la joie de vivre, l’acacia pour son élégance,
    Des fleurs de Lys pour la noblesse, l’angélique pour l’inspiration.
    Des œillets pour la femme libre, une anémone pour la confiance,
    Bleuets pour la délicatesse, camélia pour l’admiration.

    Photo de Mikhail Shestakov sur https:vk.comclub3889576 .

  • Dimanche, jour du poisson

    Après tout, les premiers chrétiens, lors des persécutions romaines,
    Symbole de reconnaissance, portaient le signe du poisson.
    Encore aujourd’hui l’entretien de cette tradition humaine
    Me pousse depuis ma naissance à m’accrocher à l’hameçon.

    J’ai longtemps recherché quel ordre serait le plus spirituel…
    Une carpe pour le silence ? Un saumon à contrecourant ?
    Pourtant je ne puis en démordre ; le poisson rouge naturel
    Est l’élu dont la rutilance au sang est le plus concourant.

    Aussi chrétiens, mes très chers frères, je vous propose d’ôter la croix
    Qui représente la souffrance par un poisson dans son bocal.
    L’eau bénite qui vous est si chère pourra être puisée de surcroît
    Directement en délivrance dans son bathysphère local.

    (Tableaux de Hülya Özdemir sur https:hulyaozdemir.tumblr.compost150724394748take-me-home-where-i-belong
    Poisson – en grec ICHTUS ou IΧΘΥΣ – est l’acronyme de « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur »
    I : Ἰησοῦς ; Iêsoûs : Jésus
    Χ : Χριστoς ; Khristòs : Christ
    Θ : Θεοῦ ; Theoû : de Dieu
    Υ : Υἱoς ; Huiòs : Fils
    Σ : Σωτήρ ; Sôter : Sauveur
    Sources : https:www.ssvp.frtemoignagesle-poisson-symbole-des-chretiens-a-travers-le-monde .)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La sirène et son marin

    Acte I
    Du bâtiment d’un jeune marin, s’appropria Dame Sirène
    Tandis qu’il partait pratiquer la pêche à pied dans la lagune.
    Lorsqu’il aperçut son tarin qui dépassait de la carène,
    L’homme se mit à critiquer et à exprimer sa rancune.
    Acte II
    Mais la Sirène a plus d’appas que le marin de hameçons
    Et plus d’attraits dans ses filets que lui d’appâts dans son chalut.
    Et le coup de foudre frappa si fort dans le cœur du garçon
    Qu’ils ont aussitôt enfilé une bague au doigt, fraîche émoulue.
    Acte III
    Les années passent et il s’ennuie de sa Bretagne et sa maison
    Mais la Sirène ne se résout pas à le lâcher tout de suite.
    Il pense à s’enfuir cette nuit ; il faut s’en faire une raison.
    La liberté contre un bisou, c’est de la détention gratuite !
    Épilogue

    Elle a cédé évidemment et l’a suivi au Finistère
    Il est devenu gardien de phare et elle, bien sûr, sonne l’alarme
    Lorsqu’un bateau incidemment risque de s’échouer à terre.
    Finalement, c’est en fanfare que ma chute tombe sous le charme.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk.

  • Labyrinthes de désillusions

    Labyrinthes de désillusions

    Chaque jour, quelque chose change dans mon petit appartement.
    Les portes et les murs s’arrondissent et les carreaux sont de guingois.
    Les feux verts passent à l’orange et ralentissent mes mouvements
    Ou bien c’est moi qui rapetisse ou qui divague, l’air pantois.

    Rien ne va plus dans cette époque où les gens marchent sur la tête,
    Changent de genre ou nient leurs sexes selon qui actionne les manettes.
    Les microbes staphylocoques et les virus sont à la fête
    Pour nous inviter sans complexe à devenir des marionnettes.

    Le vingtième siècle avait un sens et le nôtre en possède un autre ;
    L’école m’a préformaté avec des crédos démodés.
    J’évolue depuis ma naissance dans des mirages où je me vautre
    Jusqu’à comprendre qu’on m’a maté dans une cage pas si dorée.

    Tableau de Dino Valls sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201201dino-valls-1959-spanish-surrealist.html .

  • Au pied levé

    Au pied levé

    Au pied levé, rapidement, je jette un œil aux alentours.
    Le monde tourne au ralenti et le soleil est en vacances.
    Mais on nous ment avidement, on prépare à notre retour
    Des resserrements garantis bluffant avec grandiloquence.

    Comment ne pas croire aux complots et leurs tissus qui sont issus
    De tant de mensonges proférés par nos plus grands protagonistes ?
    Gens qui se rencontrent à huis clos pour des ententes préconçues
    À nous traiter de pestiférés dans des conflits antagonistes.

    Les chemtrails et Terre plate, les américains sur la Lune,
    Les attentats dans les infos, les pandémies et les piqûres,
    Les états jouent Ponce Pilate et s’en lavent leurs mains opportunes
    En noyant le vrai et le faux sous une robe en clair-obscur.

    Tableau de Andrey Remnev sur https:haskerj.wordpress.com20170225beautiful-nature-and-remarkable-people-the-art-of-andrey-remnevamp .

  • L’ambassadeur rougissant

    L’ambassadeur rougissant

    Une sirène défroquée ayant perdu sa queue sacrée
    À la suite d’amours douteuses avec un noble au beau parcours,
    Se trouva dès lors révoquée du Club-Neptune consacré
    À déguster la chair goûteuse des capitaines au long cours.

    On nomma un ambassadeur, un poisson commode diplomate
    Pour tâcher de lui expliquer ses devoirs et ses origines.
    Nanti d’un bocal-baladeur – il fallait bien qu’il s’acclimate –
    Il lui pria de rappliquer à la demande de ses frangines.

    Mais la belle garde le bocal emprisonné, au bout du compte,
    Sur une malle dans l’appartement où elle couche avec son prince.
    Confus, gêné dans le local, notre poisson, rouge de honte,
    Tourne le dos obstinément tant qu’on entend ses dents qui grincent.

    Tableau d’Olga Tuleninova.

  • Le Grand Prince du Danemark

    Le Grand Prince du Danemark

    Tout à l’envers chez ce Monarque, un Petit Prince devenu grand.
    Non pas le jeune héros illustre du conte de Saint-Exupéry
    Mais le Prince du Danemark connu pour ses penchants flagrants
    Notamment les milieux lacustres et les poissons de Sibérie.

    Le vendredi évidemment domine toute la semaine
    Par son marché à la criée et ses célèbres poissonnières.
    Il en est une, pertinemment, véritable prouesse humaine,
    Qui livre sa pêche triée selon sa taille chaponnière.

    À chaque fois, on agrandit, on taille portes et fenêtres
    Pour faire passer le léviathan frais pêché du lac Baïkal.
    Dans son habit en organdi, le Prince, il faut le reconnaître,
    Lui accomplit un épatant saut périlleux bien amical.

    Tableau de Handrej Dugin.

  • Rousse floue

    Rousse floue

    La Terre projette son ombre, ainsi la Lune devient rousse ;
    Un phénomène naturel du masculin au féminin.
    Les illusions dans la pénombre s’amusent à nous donner la frousse
    Par des effets surnaturels des rêves fous aux plus bénins.

    L’homme projette ses désirs, ainsi la femme devient floue ;
    Elle acquiert la propriété d’une beauté au bon vouloir ;
    À la fois l’objet de plaisir derrière son masque de loup
    Et l’être en copropriété qui sait partager le pouvoir.

    Dieu a fait naître Adam myope afin que son épouse trouble
    Vienne lui causer des soucis par un excès de connaissance.
    Ève n’est donc ni une salope ni une perfide agent double.
    Tout ça sent un peu le roussi noirci par un python d’essence !

    Photo de Mikhail Shestakov sur https:vk.comclub3889576 .

  • Doucher la rose

    Se doucher avec une fleur pour ressentir la pluie qui tombe
    Sur les pétales doucement et sur la peau également.
    Sentir le duvet qui effleure les parties intimes qui se bombent
    Une fois à rebroussement, une fois par égarement.

    Devenir rose aux deux boutons épanouis et turgescents,
    Attoucher le pistil sacré, les doigts fins comme étamines,
    Une femme-fleur aux tétons enfants ou bien adulescents
    Où tout autre âge consacré à sécréter sa dopamine.

    Photos de Mikhail Shestakov sur https:vk.comclub3889576 .

  • Sombrero !

    Sombrero !

    En attendant le sombre héros qui va la sortir de son trou,
    Mademoiselle Capucine se sent comme folle à lier.
    Elle ressent, sous le sombrero monter d’un étrange courroux,
    L’impression de prendre racine en espérant son cavalier.

    Déjà le vingtième printemps, toujours personne à l’horizon.
    L’ombrelle se garnit de fustets, de lierre et rosier défloré.
    Finalement pour ses vingt ans, elle connaîtra la floraison
    Par un noble de haute futaie, prince des chênes des forêts.

    Tiens ! Voici le Prince Charmant de la dynastie des Chênaie
    Qui s’achemine en marcottant et poussant de ses radicelles.
    Galant, il brandit un sarment de fleurs de lys et de genêts
    Qu’il agite en tournicotant devant la frêle jouvencelle.

    Madame Capucine attend son mille-et-unième arbrisseau
    Dont elle a enfanté le gland durant la dernière saison.
    Monsieur le Chêne, le cœur battant de l’eau dont on fait les ruisseaux,
    Lève la tête au vent cinglant et fait de l’ombre à l’horizon. »

    Tableau de Steven Kenney.

  • À l’encre de tes lèvres

    Rouge baiser couleur cerise ou rose-sang d’où proviens-tu ?
    Du fond d’un cœur de jalousie qui demande à mordre à souhait.
    Celui dont son âme est éprise et dont son corps, t’en souviens-tu,
    Est marqué avec frénésie de vos ébats désavoués.

    Gare à ses lèvres écarlates qui ont goûté à ta liqueur
    Et qui ont bu jusqu’à la lie le calice de ton amour !
    Et gare à ses dents scélérates qui vont se planter dans ton cœur
    Se rassemblant pour l’hallali dès la fin du compte à rebours !

    Tableaux de Beth Conklin.

  • Asie mutée

    Asie mutée

    Azimutée sous son chapeau, l’air ni japonais ni nippon
    Ne porte que deux simples voiles, un rouge, un vert, et voilà tout.
    La pluie retombe sur le capot et la rigole fait un pont
    Qui mouille, arrose et puis dévoile, un sein et un joli tattoo.

    Mais la japonaise est coquine et plaque sa voilette rouge
    Pour dissimuler son secret à la vue des passants curieux.
    La nipponne est aussi coquine, ses deux petites fesses bougent
    Et elle s’enfuit sous les regrets des badauds déçus et furieux.

    Chapeau pointu et voile vert ont virevolté dans les airs
    Tandis que s’échappait cul nu, l’orientale Cendrillon.
    Mais j’ai pu y lire à l’envers le nom d’un chapelier disert
    Qui m’a parlé d’une inconnue au sein tatoué d’un papillon.

    Armé d’un filet papillon, je la recherche avidement
    En me référant aux empreintes de ses pieds à proximité.
    Elles m’emmènent vers un pavillon où je retrouve évidemment
    Ma fugitive dont les étreintes ne me laisseront azimuté.

    Tableau d’Igor Medvedev sur http:touchofcolorr.blogspot.com201511igor-medvedev.html .

  • Interférences optiques

    Interférences optiques

    Entre les lignes comme un store que j’écarte pour voir à travers,
    Entre les mots chromatisés par une rémanence hypnotique,
    Entre les pages dont le score affiche l’âge de l’Univers,
    Entre les lettres stigmatisées par leur message prophétique.

    À chaque fois que j’ouvre un livre, j’en entrouvre aussi la frontière
    D’une mémoire partagée entre innombrables créateurs.
    J’apporte ce que mon cœur délivre, j’en récolte toute la matière
    Je n’ suis plus simple passager mais l’un des membres procréateurs.

    Partir ou non à l’aventure, partir ou non à la rencontre,
    Tout dépend de ses dimensions, longueur, profondeur et hauteur.
    L’œil attiré par la lecture évite d’aller à l’encontre
    Mais plutôt percer l’intention que m’envoie le cœur de l’auteur.

    Tableau de Beth Conklin.

  • Jusqu’ici tout va bien !

    La chatte perchée, haut là là, entre deux p’tits péchés sucrés,
    Quand la vie ne tient qu’à un fil je n’ai pas honte d’en abuser !
    Mon petit minou, troulala, ne comprend rien au feu sacré
    Du Beaujolais que je m’enfile à voir son air désabusé.

    Mais le lundi, jour de lessive, il faut attendre que ça sèche
    Et comme je n’ai rien à me mettre, je bois un vin aligoté
    Le mardi, je suis dépressive alors je mange et je pourlèche
    Sur mon fil assise sans maître avec la chatte ligotée.

    Mercredi je vais à la plage braver les tabous de la loi
    Mais les chiens policiers surveillent tous les écarts de ma conduite.
    Tant pis ! Je retourne au village vers un abri de bon aloi
    Où j’avale le jus de la treille et trois gâteaux qui m’ont séduite.

    Déjà dimanche, le temps excelle et mon maillot a rétréci ;
    Trop de lavages ont resserrés la taille, les fesses et les bonnets !
    Demain je m’habille en XL d’une couleur que j’apprécie ;
    Bordeaux ou rosé macéré d’un vin de pays Bourbonnais.

    Illustrations de Ronald West.

  • Ici et déjà ailleurs

    Ici et déjà ailleurs

    L’attente dure un temps infini qui s’étend comme un élastique
    Qui tire, s’étire et se distend jusqu’au point de désespérance.
    Ne sera-t-elle jamais finie, cette impatience sarcastique
    Où le temps ouvre chaque instant vers un nouveau chemin d’errance ?

    Avant de partir, elle est ailleurs, avant l’heure, elle est déjà dehors
    Les yeux fermés sur l’intérieur mais grands ouverts à l’extérieur.
    Dans ce labyrinthe railleur qui la renferme et la ressort
    Depuis ses doutes antérieurs vers ses dilemmes postérieurs.

    Tout tourne en rond dans son bocal derrière ses vitres de verre,
    Frontière dure et translucide comme une prison de cristal.
    Mais voici que l’heure locale va mettre fin à son calvaire
    Et la fille, devenue lucide, s’est échappée de l’hôpital.

    Tableau d’Igor Medvedev sur http:touchofcolorr.blogspot.com201511igor-medvedev.html .

  • Dans les circonvolutions de la Lune

    Dans les circonvolutions de la Lune

    Après l’heure entre chien et loup, vient l’heure de la Lune dorée
    Où elle vient lui confier ses confessions de la journée ;
    Les émois de son cœur jaloux, les embarras subodorés
    Entre ses doutes fortifiés et ses certitudes retournées.

    Enfermée dans le labyrinthe de toutes ses circonlocutions
    Qui se perdent en digressions dans tous ses détours hors-sujet,
    Elle s’échappe de son étreinte en découvrant la solution
    Lorsqu’elle prend la direction sans précision mais au jugé.

    Évidemment la Lune bouge et pour la suivre, il faut sortir
    Et la belle poursuit ses rêves à la recherche de Pierrot.
    Sous la luminescence rouge, la brune se laisse assortir
    D’une lumière rousse brève dont le halo fait le fiérot.

    Tableau d’Igor Medvedev sur http:touchofcolorr.blogspot.com201511igor-medvedev.html .

  • De la fougue et de la retenue

    De la fougue et de la retenue

    Qu’est-ce qui fait courir la centaure à toute berzingue et au galop
    Et qu’est-ce qui lui retient sa fougue sinon un singe facétieux ?
    Peut-être bien le Minotaure qui l’attire en son bungalow
    Après avoir subi le joug d’un labyrinthe pernicieux !

    D’accord pour l’élan amoureux ; tous deux sont mi-homme, mi-bête
    Et vont sans doute réussir à pondre une chimère inédite.
    Ou bien un monstre savoureux ce qui explique, sans queue ni tête,
    L’ange qui préfère raccourcir une procréation maudite.

    Mais le singe est un mariole et le centaure, caractériel ;
    L’un use de plaisanteries, l’autre n’a pas le sens de l’humour.
    Moralité, la gaudriole n’est pas un acte sensoriel
    Qui réduira l’effronterie sauf si produite avec amour.

    Tableau de Steven Kenny sur https:www.kaifineart.comstevenkenny?m=1 .

  • Malice se réveille

    Malice au pays se réveille sans lapin blanc et sans surprise
    Sauf celle d’un essaim d’oiseaux égarés, sans doute en retard.
    Du coin de l’œil, elle surveille ces nuées d’ailes incomprises
    Car elles perturbent son réseau – trouble qui la met en pétard !

    « Au nom des ondes telluriques et des énergies magnétiques
    Réalignez-vous, volatiles, à mon panache chromatique ! »
    Et sous la force colérique, dardée par deux bras ascétiques,
    On vit l’escadrille imbécile retrouver le nord noétique.

    Tableaux de Beth Conklin.

  • L’hommage papillon

    L’hommage papillon

    Dans la famille des Sylphides, après une enfance anonyme,
    À la fin de la puberté, sonne le temps de la nymphose ;
    Chacun sort de sa chrysalide et tous se regroupent unanimes,
    Puis s’envolent vers la liberté pour fêter leur métamorphose

    Pour rendre hommage aux papillons, les fées se mettent à danser
    Imitant leurs battements d’ailes de leurs chevelures dorées.
    Et tournent, tournent en tourbillons leurs jolis corps nus élancés
    Qui renvoient comme une chandelle leurs fluides au fond de la forêt.

    Et l’effet papillon produit par le fait des lépidoptères,
    Un égrégore Dieu des vents qui ondule en forme de huit.
    Ce sera tout pour aujourd’hui car demain autour de la Terre
    Les nuées au soleil levant transmettront la bourrasque induite.

    Tableau de Steven Kenny sur https:www.kaifineart.comstevenkenny?m=1 .

  • Reflet d’espoir

    Reflet d’espoir

    Mon beau miroir qui me renvoie, après avoir bien réfléchi,
    Mon joli teint suivant son tain et qui m’efface mes points noirs,
    N’est pas menteur – puisque sans voix – ni imitateur défraîchi ;
    Juste un ami de bon matin qui m’accompagne jusqu’au soir.

    Il ne retourne que des reflets de l’air du temps purifié ;
    Il ne réverbère que vertu cachée dans les ombres moroses.
    S’il vous reproduit un pamphlet, bien fou qui pourrait s’y fier
    Car il s’applique, il s’évertue à vous faire voir la vie en rose.

    Comme un ami qui ne dit rien mais qui me suit fidèlement,
    Jamais ne me contredira ni trahira mes émotions.
    Ô que ne sois-tu ivoirien, mais doté individuellement
    De parole qui me prédira mon avenir sans inversion !

    Photo de Cecil Beaton.

  • Grande fille

    Finie l’heure des enfantillages, désormais elle est amoureuse.
    Mais pour de vrai évidemment, les précédents ne comptent pas.
    Tous ses efforts en maquillage et toutes ses pauses langoureuses
    Ont ferré concomitamment quelques jeunes coqs de combat.

    Se faire belle est une science aussi précise que primordiale
    Et mettre son corps en valeur, le meilleur signe de richesse.
    Sans doute qu’un peu d’insouciance favorise l’entente cordiale…
    Moins qu’un petit haut enjôleur et une jupe ras-les-fesses !

    Un dernier coup d’œil au miroir. Chercher le détail outrageux
    Qui sera l’avertissement de l’appas le plus désarmant.
    Soudain elle retire d’un tiroir un string bien plus avantageux
    Le meilleur l’investissement pour pécho le prince charmant.

    Tableaux d’Igor Medvedev sur http:touchofcolorr.blogspot.com201511igor-medvedev.html .

  • Petite fille

    Avec le chat comme complice qui jamais ne la trahira,
    Elle a volé quelques affaires dans la penderie de maman.
    Être petite, quel supplice ! Mais rien ne la contrariera
    À aiguiser son savoir-faire à grandir prématurément.

    Sous la direction des poupées, elle continue ses essayages :
    Robe de dentelles transparente, suggestive voire polissonne ?
    Les cheveux ? Faut-il les couper ? Peut-être un peu de maquillage
    Pour que sa frimousse s’apparente à celle d’une grande personne.

    Le minet désapprobateur fait mine de se désintéresser
    Aux derniers échos de la mode du petit mannequin en herbe.
    Mais faute d’autre admirateur et s’il veut être caressé
    Il faudra qu’il s’en accommode et miaule en la trouvant superbe.

    Tableaux d’Igor Medvedev sur http:touchofcolorr.blogspot.com201511igor-medvedev.html .

  • Seconde peau

    Seconde peau

    Nouvelle mode pour demain en habits de brumes opaques
    Comme à travers un bain de lait où ne pointe que le visage.
    Seconde peau au bout des mains, couleurs, motifs en multipack,
    Finis les moches, les beaux, les laids, voici venu l’égalisage.

    Nous serons nus mais peu importe ! Grâce à cette seconde peau
    Qui nous protègera du froid, de la pluie et la canicule,
    Chacun voit midi à sa porte et peut revêtir à propos
    Ses vraies couleurs avec effroi sans redouter le ridicule.

    Vert à écailles « Crocodile », robe tachetée « Léopard »,
    Tous ornements hétérogènes seront disponibles sur devis.
    Quant à la jouissance tactile, vous sentirez de toutes parts
    Toutes vos zones érogènes se multiplier à l’envi.

    Photo d’Alexey Kartashov.

  • Ce qu’on nous cache- 2

    Ce qu’on nous cache- 2

    Tout ce qu’on cache par pudeur et qu’on enterre à contrecœur
    Finira-t-il par se savoir quand le moment sera venu ?
    Quand se dégagera la lourdeur des bourrages de crânes moqueurs,
    Nos maîtres auront-ils le devoir de se confesser sans retenue ?

    Mais l’arbre cache la forêt et derrière chaque problème
    Se cachent les bénéficiaires car le malheur rapporte gros.
    Si la planète déflorée provoque en nous tant de dilemmes,
    Elle est la manne nourricière des profiteurs et des escrocs.

    Mais pour comprendre la structure de sept milliard d’individus,
    Il faudrait un cerveau géant presque aussi grand que l’univers.
    Et dans ce bouillon de culture où tout le monde est confondu
    Il faudrait, le cas échéant, recommencer tout à l’envers.

    Tableau d’Andrey Remnev sur https:haskerj.wordpress.com20170225beautiful-nature-and-remarkable-people-the-art-of-andrey-remnevamp .

  • Ce qu’on nous cache- 1

    Ce qu’on nous cache- 1

    Enfoncé dans le Saint des Saints, profondément entre les seins,
    L’information la plus cruciale n’est expliquée qu’aux initiés.
    Quel est le pouvoir des vaccins ? Sont-ils puissants ou bien succincts
    Pourquoi la protection sociale a-t-elle autant de policiers ?

    Les politiciens devenus plus forts que les scientifiques,
    Les journalistes chloroformés sous des chiffres soporifiques,
    Les vaches maigres revenues du réchauffement climatique
    Et les cervelles déformées par le matraquage médiatique.

    Moi, j’ai planté dans mon jardin quelques graines d’intelligence
    Que j’oriente à la lumière et que j’arrose au quotidien.
    J’enlève les faits anodins qui ne demandent pas d’urgence
    Et si la vérité première donne ses fruits, je verrai bien.

    Tableau d’Andrey Remnev sur https:haskerj.wordpress.com20170225beautiful-nature-and-remarkable-people-the-art-of-andrey-remnevamp .

  • Jumping Fish

    Jumping Fish

    Tout l’ monde l’appelle « Jumping Fish », prince des mers et océans
    Qu’il traverse en poisson volant avec les oiseaux migrateurs.
    Les bateaux, il s’en contrefiche avec leurs moteurs malséants
    Qu’il dépasse en batifolant à la stupeur des navigateurs.

    Cent fois il a failli mourir dans des tempêtes délétères
    Mais il revient en slalomant entre les vagues agitées.
    Cent fois on l’a vu parcourir le tour du monde en solitaire
    Et puis disparaître au moment où l’on veut le féliciter.

    Jumping Fish n’est plus revenu ; personne ne sait s’il est mort.
    Peut-être a-t-il trouvé l’amour… enfin, rien ne le contredit.
    Mais alors qu’est donc devenu ce cavalier blond matamore
    Qui chevauchait avec humour un poisson nommé « Vendredi » ?

    Tableau d’Owen William Weber.

  • Poisson confort

    Poisson confort

    Fausse sirène, fausse baleine mais qui s’enfuit à perdre haleine,
    Elle chevauche les poissons ma foi, d’une drôle de façon.
    Le croiriez-vous ? Son popotin perche trois oiseaux diablotins
    Car sa monture batifolant n’est autre qu’un poisson-volant.

    Alors elle surfe sur les vagues tandis que les trois piafs divaguent
    En se racontant les potins et bien sûr les plus cabotins.
    Elle, de peur qu’elle ne s’affaisse, les mains bien calées sur les fesses
    Et la poitrine bien collée, elle se plaît à caracoler.

    Apprenez qu’un poisson commode est le véhicule à la mode,
    Écologique et naturel et dans ce cas, conjoncturel.
    Mais la sirène, même fausse, s’en moque bien, elle se gausse ;
    Elle, partisane du moindre effort, ne voit que son petit confort.

    Tableau de Lisa G. sur http:www.kathievezzani.comblogi-adore-lisa-g .

  • Dans le mur

    Dans le mur

    Est-ce que les murs ont des oreilles ? Est-ce que les fenêtres ont des yeux ?
    Est-ce que les portes ont une langue ? Les soupiraux ont-ils du nez ?
    Cette sensation s’appareille à ce visage sourcilleux
    Peint avec l’expression exsangue d’une maison abandonnée.

    Est-ce que vous croyez aux fantômes qui hanteraient les vieux châteaux
    Pour impressionner dans la pierre toutes leurs souffrances endurées ?
    Quand les murs portent ce symptôme, on entend siffler des linteaux
    Leurs voix sorties hors des frontières des caves aux souterrains murés.

    Vieilles phobies où êtes-vous, vous qui avez hanté mes nuits,
    Monstres et obscures chimères qui me faisaient peur dans le noir ?
    Vous m’avez fait devenir fou et je me rends compte aujourd’hui
    Que vos ectoplasmes éphémères s’exhalent des murs de ma mémoire.

    Tableau de Beth Conklin.

  • Dans les murs

    Mon passé gravé dans le marbre est fixé pour l’éternité
    Et les briques de ma mémoire s’empilent dans les murs du temps,
    Et tous ces murs constituent l’arbre de toutes mes fraternités
    Des races blanches, jaunes et noires et mes prochains gènes mutants.

    Mais où sont passés tous ces murs ? Dans le grand trou noir du passé ?
    Quatorze ou quinze milliards d’années de murs et briques empilées…
    Et mon présent, déjà trop mûr, me semble alors outrepassé,
    Inexorablement condamné dans un néant à compiler.

    Tableaux de Beth Conklin.

  • Windows Memory

    Windows Memory

    Mes rêves sont des cadres vides où les images du passé
    S’y retrouvent encadrées selon la forme et l’aspect du châssis.
    Portraits de cauchemars livides, heureusement fort espacés,
    Des couples vus dans leur salon ou à travers un chien-assis.

    Mais je ne m’y verrai jamais car ma mémoire photographique
    Ne retient sur sa pellicule que d’autres gens éparpillés.
    Sauf les femmes qui me charmaient de leurs beautés pornographiques
    Qui, de manière ridicule, s’y retrouvent trop habillées.

    Les tableaux les plus érotiques s’y retrouvent disséminés
    Et apparaissent ou disparaissent selon le pouvoir du rêveur
    Qui mène ses jeux névrotiques dans les couloirs efféminés
    De la mémoire où les caresses ont gardé le plus de ferveur.

    Tableau de Beth Conklin.

  • Femmes à leur fenêtre

    Entre deux manières de vivre, participer ou observer,
    Parfois le choix est implicite jusqu’à ce qu’il devienne explicite.
    Comme on dévorerait un livre, où tout demeurerait conservé,
    On guette, on prie, on sollicite une inestimable visite.

    Et l’on vit par procuration à profiter de chaque instant
    Qu’une relation amoureuse apporte et enregistrera.
    Demain, après maturation, dans un éloignement distant,
    Épier l’attente langoureuse que la fenêtre montrera.

    Tableaux de Sharon Sprung.

  • Marie dans l’Ô

    Marie dans l’Ô

    Marie dans l’eau se souvenait d’une vie avant la naissance
    Où elle n’était qu’une spirale aux bras lovés en galaxie.
    Marie dans l’Ô qui revenait comme une onde de connaissance
    De la matrice minérale de la Terre en catalepsie.

    Marie recouvrait ses racines, le corps à moitié immergé,
    Laissant son côté animal se reconnecter à sa mère.
    Marie regagnait l’origine, le corps à moitié émergé
    Par l’âme infinitésimale reliée à son père univers.

    L’eau dans Marie coulait de source dans les entrailles de la Terre
    Après que la planète née a été fécondée de comètes.
    L’Ô dans Marie est la ressource dont elle n’est que locataire ;
    Une alliance qui lui est donnée pour, qu’aux siens, elle la transmette.

    Tableau de Gnevol.

  • L’inventaire de survie

    À chaque étape son jouet à chaque étape de sa vie.
    Chaque petit trésor gagné va dans la mémoire aux secrets.
    Un petit cœur bien enjoué emmagasine pour sa survie
    Chaque témoin accompagné de ses émois les plus sacrés.

    Un petit caillou de silex, une boule de billard en ivoire,
    Un petit coffret bleu nacré et une poupée enfançonne.
    La moindre perte me rend perplexe comme si son absence dérisoire
    M’ôtait son moment consacré à acquérir de ma personne.

    Tableaux de Hiroshi Furuyoshi.

  • Quand l’Août chasse Juillet

    Quand l’Août chasse Juillet

    La pluie et le vent combinés à la canicule de juillet ;
    Pas un seul petit recoin d’ombre lorsque le soleil règne en maître.
    Les juillettistes débinés se sont partout éparpillés
    Et petit à petit le nombre d’âmes s’écourte au kilomètre.

    Juillet, saison de nonchalance sous la chaleur insupportable ;
    On cherche dans l’estivation toute fraîcheur avec envie.
    Juillet, ah les belles vacances et vivent les décapotables !
    On n’manque pas de motivation pour tous les plaisirs de la vie.

    Lundi, premier août, c’est la fête ! Juillet s’en va sous les pétards !
    Mais cette année la sécheresse interdit les feux d’artifice.
    Nous n’entendrons pas à tue-tête les explosions et les fêtards
    Qui mettent les grenouilles en détresse planquées dans le moindre orifice.

    Illustration du calendrier d’Olga Ert sur https:www.behance.netgallery186943calendar .

  • L’imaginaire

    Juste une phrase de l’histoire me donne le fil conducteur
    Pour partir dans l’imaginaire qui marie lettres aux papillons.
    Car les papillons, c’est notoire, butinent lectrices et lecteurs
    Quand ce fil extraordinaires brille de reflets vermillon.

    Avec un morceau de musique, c’est un autre chemin qui s’ouvre
    Où j’avance les yeux bandés en ouvrant grand mes pavillons.
    Toute ma mémoire amnésique retrouve dans les chênes rouvres
    Toute la nature achalandée aux gazouillis des oisillons.

    Tableaux de Jane Lasenby.

  • Madame de la Rosée

    Madame de la Rosée

    Tantôt elle sème à tous vents et tantôt sème à toutes pluies
    Selon son humeur attristée, joyeuse ou simplement changeante.
    Si parfois elle rit souvent de bon cœur au soleil qui luit,
    Elle s’éplore aussi, contristée de larmes amères et astringentes.

    Mais la nature sait épancher toute l’eau chargée d’émotions
    Qui remontent dans l’atmosphère pour se dissoudre dans l’aurore.
    Tandis que la Terre retranchée absorbe l’onde en décoction,
    Jus de rosée pour satisfaire toutes les rivières et sa flore.

    Parfois je l’ai vue se lever, secouer sa robe de douleurs
    Et ses sentiments déferler comme une cascade de pleurs.
    Puis je l’ai vue se relever et vite reprendre des couleurs
    Après avoir laissé perler ses gouttelettes sur les fleurs.

    Tableau de Steven Kenny sur http:www.stevenkenny.comhome.html .

  • Nature circulaire

    Nature circulaire

    Tous les jours la pluie hygiénique de mon petit nuage en cœur
    Me lave de toutes mes peines et les draine en terre assouvie
    Et puis les eaux biogéniques des sols poreux à contrecœur
    Me remontent comme une veine pour un nouveau cycle de vie.

    Et moi, étape intermédiaire, je capte l’énergie d’en haut,
    La nourriture qui vient d’en bas, l’amour qui circule dans l’air.
    Tous sont la question subsidiaire au concours de la météo
    Dont le gagnant est le combat de la nature circulaire.

    Telle est la magie de la vie pour qui la vit et qui l’observe
    Même si tout n’est que science ou divine relativité.
    Juste sa beauté me ravit et je n’ai aucune réserve
    Quant au rôle que ma conscience exerce sur son activité.

    Tableau de Beth Conklin.

  • Couleurs de femmes – 2

    Certains voient l’âme au fond des yeux ; moi, je la vois dans les nuances
    Qu’une femme affiche sur son front comme un panneau indicateur.
    Un troisième œil, fort délicieux, qui dégage son influence
    Et dont le cœur ose l’affront de son rôle amplificateur.

    Le chapeau révèle tant de choses qu’un roman n’y suffirait pas
    À raconter ce qui se passe entre les oreilles et les yeux.
    Et soudain se métamorphosent envoûtement, charme et appas
    Par une plume qui dépasse ou un p’tit oiseau audacieux.

    Nu-tête, épaules dégagées, l’âme et le cœur, tous deux, débordent ;
    Le regard devient magnétique et la bouche un peu frémissante.
    Ainsi, la femme apanagée dévoile à celui qui l’aborde
    Le contenu signalétique d’une âme par trop resplendissante.

    Tableaux d’Arnaud Bauville.

  • Couleurs de femmes – 1

    Paupières lapis-lazuli pour effacer mes bleus de l’âme ;
    Rouge cerise sur les lèvres pour me mettre le cœur en bouche ;
    Un peu d’ambre et de patchouli, un petit chapeau haut de gamme ;
    Un bijou trouvé chez l’orfèvre, à la fin de l’envoi, je touche.

    L’air mélancolique et morose, mes joues se jouent de leurs couleurs ;
    La tête ailleurs me désespère et tourne en rond sans faux-semblants.
    Pensées dorées à l’eau de rose cachent leurs peines et leurs douleurs
    Jusqu’à ce qu’elles me repèrent un beau musclé en habit blanc.

    Le vert-galant est élégant, tête bronzée, cheveux dorés ;
    Un beau parleur qui fait des vers et qui me charme de sa prose.
    Ferais-je un rêve extravagant ? Pincez-moi ! J’ai peur d’adorer
    Ce beau chevalier aux yeux verts qui me fait voir la vie en rose.

    Tableaux d’Arnaud Bauville.

  • Le jeu des lois

    Le jeu des lois

    Au jeu des lois, on joue, on triche avec l’argent facilement ;
    De pots de vins en corruptions dans d’autres comptabilités.
    Quand on met en prison les riches, ils en sortent légalement
    Avec juste une interruption de leurs éligibilités.

    Au jeu des lois, première règle : les pions jouent chacun à leur tour ;
    On lance le dé du suffrage et on avance selon le score.
    Parfois les lois deviennent espiègles et font sans cesse des retours
    Avec ratures de déchiffrages si les vieux ne sont pas d’accord.

    Au jeu des lois, naît chaque loi, qui vit mais qui ne meurt jamais
    Ou alors elle est transformée par des annexes compliquées.
    Sauf un décret de bon aloi qui nous dirait que désormais
    Toute la charte est réformée sans qu’on ne nous l’ait expliqué.

    Tableau de Hanna Silivonchyk sur https:www.liveinternet.ruusers4248621post178925949 .