Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Le désir Vert

    Le désir Vert

    J’ai perçu le désir du Vert que l’Univers m’avait planté
    Profondément au fond du cœur comme une ultime sauvegarde.
    Ce don lentement s’est ouvert quand la Nature fut supplantée
    Par la bêtise et la rancœur que l’homme a semées par mégarde.

    Un sixième sens naturel a réveillé mes autres sens
    Qui se sont mis à écouter, voir, goûter, toucher et sentir
    Tout l’environnement culturel chargé de rayons et d’essences,
    Toutes ces saveurs égouttées que le vent me fait pressentir.

    Je vous transmets ces quelques vers qui agiront comme bouture
    Dans le cœur de celles et ceux qui se perçoivent volontaires.
    Si vous sentez l’appel du Vert et en respirez sa mouture
    Alors estimez-vous chanceux d’être les enfants de la Terre.

    Tableau « Dora Maar 1937 » de Pablo Picasso.

  • Les femmes-serpents

    Le serpent, animal rusé, – et séduisant probablement –
    A dû se montrer convainquant pour tromper la première femme.
    Dommage qu’il fut accusé par Dieu irrémédiablement
    Condamné comme un délinquant à ramper dans un corps infâme.

    Tâchons de nous imaginer son apparence féerique ;
    Et s’il était l’équivalence de l’homme face à sa compagne,
    Il devait donc avoisiner la beauté fantasmagorique
    D’une divine ressemblance envers une Vénus de cocagne.

    Le serpent, Lilith, Lucifer, combien d’autres beautés cachées
    Se sont-elles aussi rebellées envers leur père créateur ?
    Combien d’êtres luminifères ont ainsi l’histoire entachée
    Par leur ambition querellée avec un Dieu imprécateur ?

    Je les rencontre dans mes rêves et les plus extraordinaires.
    Je côtoie des femmes-serpents aux corps oblongs et lumineux.
    Mais les occurrences trop brèves de ces contacts préliminaires
    Me laissent toujours en suspens de mes fantasmes libidineux.

    Tableaux de Gustav Klimt.

  • La pondeuse songeuse

    La pondeuse songeuse

    Tous les matins, elle doit peser les œufs de nouvelle couvée
    Que les oiseaux ont rapportés du paradis des deux autruches.
    Ces volatiles ont soupesé l’idée d’un éden retrouvé
    Sur les nuages transportés par le vent comme des baudruches.

    Alors elle met en balance à bout de bras les œufs livrés
    En se servant du contrepoids de ses deux seins homologués.
    Mais pour avoir l’équivalence, les deux oiseaux un peu givrés
    L’influencent de tous leurs poids ; du coup, la mesure est boguée.

    La coquetière, alors songeuse, annonce approximativement
    Une mesure qu’elle ébauche d’une manière assez adroite
    Car elle fournit à la pondeuse un prix alternativement,
    Les jours pairs l’avantage à gauche et pour les jours impairs, à droite.

    Tableau de Sophie Wilkins sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201204sophie-wilkins-canadian-magic-realism.html .

  • Les oiseaux coiffeurs

    À tire-d’aile, à tire-peigne, les petits oiseaux sont sereins
    Pour vous déstresser la coiffure et vous décrêper le chignon.
    J’ai demandé que me les peigne un camarade des serins,
    Peintre-animalier à l’allure d’un pin coiffé comme un pignon.

    Il m’a peint toute une famille posée sur mon double portrait
    Dont les cheveux à la siamoise offrent un perchoir sylviculteur.
    Avec des couettes en ramilles, je ressemble alors trait pour trait
    À une femme qu’apprivoisent des oiseaux capilliculteurs.

    Tableaux de Sophie Wilkins sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201204sophie-wilkins-canadian-magic-realism.html .

  • C’était il y a près de cinquante ans, et je n’ai plus jamais revu l’indigo

    C'était il y a près de cinquante ans, et je n'ai plus jamais revu l'indigo

    Je les ai perçus dans un songe ; deux personnages indigo
    Semblants issus de mon futur et, pourquoi pas, ma descendance.
    Mon rêve n’était pas un mensonge car ils m’ont décrit tout de go
    Une adorable progéniture et une corne d’abondance.

    C’était il y a cinquante ans et je ne les ai jamais revus ;
    J’ai eu deux enfants indigo mais pas la corne d’abondance.
    Mais n’en suis pas mécontent car mes gamins, sauf imprévu,
    Réaliseront leur ego et leur totale indépendance.

    Quant à moi, je guette la Lune et tous les pieds des arcs-en-ciel,
    Je paie mes dettes, je m’enrichis d’une vie simple et culturelle.
    Je n’ai pas trouvé la fortune mais ce n’est pas mon essentiel
    Je ne cherche pas les chichis, juste une existence naturelle.

    Tableau de Syd Mills sur https:www.redbubble.comfrpeopleVetyrshop .

  • Le chat bleu de nuit

    Le chat bleu de nuit

    Quand cafés et bars sont fermés et que Vincent va se coucher
    Son chat commence sa tournée à la recherche d’aventures.
    Mais pas une chatte à confirmer et le matou mal embouché
    Miaule et s’en va se retourner dans l’ombre de la devanture.

    Deux silhouettes se découpent sur les pavés impressionnés
    Deux Mistigris en bleu de nuit, aux longues queues démesurées.
    Alors le minou, vent en poupe, vire de bord, affectionné
    Par quatre phares braqués sur lui entre les volets lasurés.

    Dans l’ombre bleue, notre minet minaude minette à son goût.
    Dans la rue sombre, deux siamoises ouvrent grand leurs yeux de velours.
    En terrasse de l’estaminet, nos trois félins crient leur bagou,
    Les unes en musiques viennoises et le mâle en chansons d’amour.

    Tableau de Studio under the moon.

  • Les sœurs Tempérance

    J’ai cru la tempérance unique comme les trois autres vertus
    Mais en fait elles sont jumelles, ce qui doit expliquer cela.
    Souvent vêtues d’une tunique, elles puisent et elles s’évertuent
    À filtrer eaux mâles et femelles, eaux d’ici et eaux d’au-delà.

    On voit souvent ces ingénues se baigner nues à tempérance
    Quand ont établi l’équilibre entre toutes les eaux sus-citées.
    Quand les eaux sont redevenues sauvages et fraîches à outrance
    Elles sortent vite à l’air libre toutes fébriles et excitées.

    Elles ne tempèrent pas que l’eau car très grande est leur mandature ;
    Elles veillent à la diversité de toutes les espèces vivantes.
    Des vers de terre un peu ballots qui font du bien à la nature
    Jusqu’à la multiplicité de toutes créatures volantes.

    Tableaux de Chie Yoshii sur https:www.chieyoshii.com .

  • Les oiseaux de couleur

    En habit bleu d’oiseaux de nuit, elle recherche la quiétude
    Avant que se lève le jour en ce printemps annonciateur.
    Dès que le premier rayon luit, elle goûte à la plénitude
    Du Soleil qui souhaite un bonjour au potentiel fécondateur.

    En habit vert d’oiseaux d’espoir, elle consulte les tarots
    Pour deviner la tessiture que revêtira son été.
    Elle écarte tout désespoir et fait une mise au carreau
    De ses desseins de fioriture avec ses cartes annotées.

    En habit rouge d’oiseaux diurnes, elle s’occupe d’animaux
    En leur offrant pour nourriture l’amour des premiers jours d’automne.
    Le sommeil des bêtes nocturnes est apaisé à demi-mots
    Sous la douce température de bras où elles se pelotonnent.

    Aux habits blancs d’oiseaux d’hiver, elle préfère l’incarnât
    Pour se détacher de la neige lorsqu’elle parcourt la forêt.
    Du manteau nacré recouvert, elle assure l’assistanat
    Aux volatiles dont le manège sème leurs plumes phosphorées.

    Tableaux de Chie Yoshii sur https:www.chieyoshii.com .

  • Les vraies couleurs

    Les vraies couleurs

    Les vraies couleurs de Marianne dénotent fort du bleu-blanc-rouge ;
    Sa peau, sans genre, teintée de rose, se dissocie du billet vert
    Dont apparaissent en filigrane des pots-de-vin dès qu’elle bouge
    Qui lui donnent un teint blanc morose complètement piqué des vers.

    Comme elle joue la transparence depuis les plus récents suffrages,
    Des bourrelets sont apparus avec rhumatismes et douleurs.
    Pauvres mamelles de la France fors labourage et pâturage ;
    Toutes nos valeurs disparues en voient de toutes les couleurs !

    Tableau de Jon Swartz & Swartz Brothers Art.

  • Et nous ne formerons qu’une seule chair

    L’amour à deux, l’amour à trois, c’est fusionnel et intensif ;
    Partager l’emprise des sens, c’est multiplier le plaisir.
    Le sexe sera sacré roi et deviendra plus expansif
    Avec l’ultime quintessence des membres unis par le désir.

    Fini l’homosexualité, transgenre et de toutes autres sortes !
    Les amoureux seront unis d’une seule chair physiquement.
    Songez à l’éventualité de nous fusionner par cohortes ;
    Toute l’humanité prémunie pour se connaître bibliquement.

    Tableaux de Paco Pomet sur https:www.thisiscolossal.com201608new-surreal-oil-paintings-by-paco-pomet .

  • La sirène dans sa coquille

    La sirène dans sa coquille

    Tout est compris dans la coquille dont la sirène a hérité
    Avec ses cornes et ses pistons comme un vieil avion-cargo.
    Bien calée entre ses béquilles, cette conque a bien mérité
    Son titre de Grand Baryton décerné par les escargots.

    Tout est bouclé quand elle s’endort, bien verrouillé, cadenassé
    Car la concurrence est pléthore, elle est d’un véritable ennui.
    Sans bruit, le coquillage d’or se détend comme la panacée
    Qui berce stators et rotors pour passer une bonne nuit.

    Au réveil, un grand tintamarre ; le colimaçon se réveille !
    Ça grince dans les engrenages et les courroies et les patins.
    Les autres sirènes en ont marre ; cependant bien qu’elles surveillent
    Tous les alentours à la nage, c’est le ramdam tous les matins.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Rêves de sirène

    Rêves de sirène

    À quoi peut rêver la sirène toujours en quête d’un marin
    Qui l’emmènera sur les mers à la rencontre du Mikado ?
    Parfois elle s’imagine reine qui épouse son mandarin
    Ou dans un envol éphémère avec des ailes sur le dos.

    Mais cette nuit, c’est une baleine avec des maisons sur la tête
    Qui lui propose une croisière merveilleuse en un tournemain.
    Elle court, elle court à perdre haleine, elle rêve d’être une alouette
    Qui attrape au vol la rosière et se marie après-demain.

    Mais voici qu’un feu d’artifice annonce son bouquet final
    Et les eaux d’ombres mais translucides s’agitent – c’est déjà le jour –
    Puis font trembler tout l’édifice par un fort soleil matinal.
    Queue, ailes et jambes lucides vont décider à qui le tour…

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • La chasse à la licorne

    La chasse à la licorne

    Sacrée voleuse, la licorne qui capte toutes nos pensées
    Et qui répète aux alentours tous nos petits secrets d’amour !
    Sacrément géniale, la corne en équilibre compensé
    Par l’alignement des contours de ses torsades à double tour !

    Le roi et la reine en colère dirent que ça ne peut plus durer
    Et qu’il est temps de mettre un terme à cette fichue télépathe.
    Alors les chasseurs épaulèrent leurs armes pour la capturer
    Sans lui transpercer l’épiderme juste lui ligoter les pattes.

    Taïaut Taïaut, au fond des bois on voit courir l’ardente meute
    Et les cavaliers d’aventure élevés au rang de milice.
    Tandis que la bête aux abois voit fondre sur elle l’émeute,
    Voici, descendant sa monture, la princesse en robe de lys.

    « Viens avec moi, belle Licorne, tu dois disparaître à jamais ! »
    Et elle l’entraine auprès des fées qui donnent l’invisibilité.
    Depuis ce jour, sa jolie corne peut déambuler désormais
    Parmi les chasseurs stupéfaits de leur soudaine cécité.

    Tableau d’Andrey Remnev sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104andrey-remnev-moscow.html?m=1 .

  • La chasse aux demoiselles en fleurs

    La chasse aux demoiselles en fleurs

    Je viens souvent les approcher car elles ne sont pas farouches,
    Ces jolies filles presque nues couchées là sous le cerisier.
    Tout mon cœur leur est accroché et, sans que je ne les effarouche,
    Elles me souhaitent la bienvenue en enlevant leurs chemisiers.

    Je peux leur mordiller le sein, ça les amuse et les fait rire ;
    Je peux leur tâtonner le ventre et peloter un peu plus bas ;
    Bien m’installer sur leur bassin et leur déclencher des sourires
    Jusqu’à en devenir le centre d’intérêt de tous leurs ébats.

    Vous me croirez si vous voulez mais j’aime les jeunes filles en fleurs
    Qui me caressent les moustaches et me chatouillent le menton.
    Et je m’endors tout enroulé entre leurs jambes que j’effleure
    En ronronnant car je m’attache à être leur petit chaton.

    Tableau d’Andrey Remnev sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104andrey-remnev-moscow.html?m=1 .

  • Subjectivité du regard

    Subjectivité du regard

    Un regard de braise suffit pour mettre le feu au fourreau,
    Consumer lentement la robe le plus voluptueusement.
    Quand le regard s’intensifie, la victime, aimant son bourreau,
    Espère que tout se dérobe jusqu’au dernier sous-vêtement…

    Sa robe partit en fumée par son désir de convoitise
    Qui l’attirait vers celui qui la déshabillait du regard.
    Le tissu ainsi consumé semblait stimuler le striptease
    Que menait le divin marquis à sa maîtresse, l’air hagard.

    Tandis que se désagrégeaient les bretelles qu’elle retenait,
    La robe devint transparente et fondit après un moment.
    Mais l’effeuillage s’abrégeait puisque plus rien ne retenait
    Le corps nu de la soupirante qui se jeta sur son amant.

    Tableau de Jan Bosschaert sur https:www.janbosschaert.befr-welkom.html .

  • Dimensions corporelles

    Dimensions corporelles

    La femme, en trigonométrie, bat l’homme de quatre ou cinq longueurs
    Par ses courbes ultra-parfaites sur lesquelles le regard paresse ;
    Par l’agréable symétrie de ses creux et de ses rondeurs
    Qui laissent, à la main satisfaite, les plus agréables caresses.

    Sans doute si l’on mesurait le rapport des rotondités
    Avec les creux de sa sveltesse rigoureusement irrésolus,
    Ces proportions évalueraient des dimensions commanditées
    Par l’art de la délicatesse envers la quête de l’absolu.

    Deux seins aux parfaits hémisphères, un bassin en forme de lune
    Et des yeux qui dénudent l’âme de l’homme qui vient s’y consacrer.
    Dernier point pour vous satisfaire ; sa topologie opportune
    Qui élève le corps de la femme aux mathématiques sacrées.

    Tableau de Jan Bosschaert sur https:www.janbosschaert.befr-welkom.html .

  • Dans un autre temps

    Dans un autre temps

    Était-ce une autre Terre ? Était-ce un autre temps ?
    Était-ce une autre Lune plongée dans le sommeil ?
    Était-ce une autre mère, une mère qui attend
    Pour toute autre fortune, un enfant du Soleil ?

    Peut-être sa mémoire est perdue à jamais ?
    Peut-être qu’un message est gravé quelque part  ?
    Peut-être des eaux noires profondes désormais
    Occultent le passage d’un liquide rempart.

    Sans doute une survivante telle une sentinelle,
    Sans doute le dernier humain à comparaître ?
    Éternel estivant à la vie éternelle
    Qu’un peuple a renié avant de disparaître.

    Illustration de Philippe Caza.

  • Mimétisme & féminisme

    Femme cougar, femme féline ne s’apparente pas au pelage
    Mais plus à son air pomponné ; c’est bien dommage car j’imagine
    Une femme panthère plutôt câline, spécialisée en pelotage
    Qui se mettrait à ronronner lors de nuits d’amours sauvagines.

    La femme girafe, au pied levé, me parait assez difficile
    À chevaucher pour la monter et atteindre le septième ciel.
    Sauf si elle est bien élevée, se plie en quatre, très docile
    Afin d’m’apprendre à surmonter tous mes vertiges potentiels.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Histoires de filles

    Histoires de filles

    Les histoires d’amour entre filles sont compliquées à raconter
    Surtout quand les deux favorites sont les jumelles du harem.
    Toutes les nuits elles s’habillent seins nus d’une manière effrontée
    Et le sultan donne le mérite à celle qui atteint son barème.

    Évidemment l’autre est jalouse et s’en va bouder dans son coin
    Tandis que l’une s’exécute dans les beaux quartiers de noblesse.
    Mais alors celle qui a le blues va tôt faire une mise au point
    Avec sa sœur qui lui dispute le palmarès de Miss Topless.

    Elles se crêpent le chignon et se mesurent les nichons
    Pour savoir quelle est la raison de la préférence du sultan.
    « Pourquoi trouve-t-il plus mignon les tiens des miens, ce cornichon ?
    Un honte sans comparaison car ce système est insultant ! »

    Tableau de Jan Bosschaert sur https:www.janbosschaert.befr-welkom.html .

  • Larousse en automne

    Les pages de mon dictionnaire, par l’automne assez desséchées,
    Ont demandé aux pages roses quelques rosées pour subsister.
    « Soumise aux vents tourbillonnaires », disent-elles par l’eau, alléchées
    « Notre texture se sclérose et l’encre ne peut résister ! »

    Madame Larousse n’est pas prêteuse, c’est sa nature fourmidable
    Et ne donne ses pages roses qu’à ses lectrices expansives.
    Elle répond, entremetteuse, d’une voix même intimidable
    « Que faisiez-vous, pages moroses des doigts imprégnés de salive ? »

    Alors les pages incriminées qui n’ont rien à se reprocher
    S’en vont quêter dans les noms propres une idée à lui répliquer.
    Certains sont vite éliminés, aucun n’est assez approché,
    Mais s’ils sont presque tous impropres, un seul est pile-poil appliqué.

    Et c’est ce bon vieux La Fontaine et sa « cigale et la fourmi »
    Qu’elles vont proposer à Larousse espérant la faire fléchir.
    Elles arrivent par centaines mais la Madame s’est endormie
    Ses pages roses sont toutes rousses, rien ne pourra les rafraîchir.

    Tableau de Jan Bosschaert sur https:www.janbosschaert.befr-welkom.html .

  • Le moulin de la reine

    Le moulin de la reine

    Au temps où régnaient les moulins, où l’on faisait tourner les reines,
    Quand les vents sifflaient dans les champs et les rois sur les cotillons,
    Les ailes viraient sous les câlins, les belles en prenaient de la graine,
    L’amour passait effarouchant dans les chambrées en tourbillons.

    Au temps du moulin de la reine, les meuniers moulaient la farine
    Quand les vents soufflaient dans les cours, virevoltaient les concubines,
    Au bal musette, souveraines pirouettaient les ballerines
    Et tout le monde faisait des tours avec Pierrot et Colombine.

    Quand la Reine était au moulin, selon la direction du vent,
    Tous les princes à chaque carrefour faisaient tourniquer les princesses
    Dont les mitrons, jeunes poulains, juste épicés auparavant,
    Sortaient comme une brioche au four après leurs neuf mois de grossesse.

    Tableau « Queen’s Mill 1881 » de Paul Gauguin.

  • La retraite aux flambeaux

    Doucement la marche nocturne
    Dodeline de tous ses lampions
    Qui percent la nuit taciturne
    Brandis par nos meilleurs champions.

    Cet événement symbolique
    Rappelle la Révolution
    Qui proclamait la république
    Et sa nouvelle constitution.

    Et l’on vit la population
    Franchir les barrières sociales,
    Former la Nouvelle Nation
    Où les classes seraient égales.

    Sans doute dans chaque lanterne
    Brille un cœur révolutionnaire,
    Nonobstant les vieilles badernes
    Monarchiques et réactionnaires.

    Et puisque la femme, la première
    Représente l’avenir de l’homme,
    Laissons-lui porter la lumière
    Et célébrer notre binôme.

    Si la colombe de la paix
    Participe à l’événement
    Nous pourrons fermer le clapet
    Aux belligérants du moment.

    Tableaux d’Andrey Remnev sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104andrey-remnev-moscow.html?m=1 .

  • Cauchemarrants

    Tous les cauchemars correspondent à une autre réalité ;
    En avoir peur ne change rien ni ne tombe en catatonie.
    Par ailleurs les monstres répondent qu’ils vont, avec ponctualité,
    Peupler les rêves des terriens pour chasser la monotonie.

    Prenez cette harpie, par exemple, qui paraît nuire à ce rêveur ;
    Eh bien, Mesdames et Messieurs, ce n’est que de la poudre aux yeux !
    C’est juste un ange qui contemple les idées noires avec ferveur
    Et les renvoie vers d’autres cieux rejoindre en enfer leurs aïeux.

    Dites-vous bien qu’un mauvais rêve, ce n’est qu’un démon qui s’enfuit.
    Une fois qu’il en est libéré, le cœur s’affranchit d’ennemis.
    Et plus l’angoisse sera brève, plus le bien-être qui s’ensuit
    Sera à reconsidérer en allant pêcher entre amies.

    Tableaux d’Oda Iselin Sonderland sur https:www.coeval-magazine.comcoevaloda-iselin .

  • La couleur du féminin sacré

    Essayons de mettre en couleurs la femme en tout bien tout honneur ;
    Toutes ses odeurs corporelles et sa texture personnelle ;
    Ce qu’elle a subi de douleurs, ce qu’elle a connu de bonheur
    De ses amitiés naturelles à ses amours exceptionnelles.

    Ajoutons en télépathie la teinte de ses sentiments ;
    Tous ses souvenirs de l’enfance et ses émotions les plus fortes.
    Pigmentons-en ses réparties colorées des pressentiments
    De son intuition en nuances à son cœur qui nous réconforte.

    Alors l’image qui apparaît, bien au-delà de la vision,
    Nous dévoile un être suprême d’immaculés reflets nacrés.
    L’impudicité disparaît ; nos sens entrent en collision
    Par la magie la plus extrême du ton du féminin sacré.

    Tableaux de Viktoria Lapteva.

  • La chevauchée de Lady Godiva

    La chevauchée de Lady Godiva

    Quelle était belle la chevauchée qu’aucun œil n’a su percevoir
    Mais qui sut pourtant bravement désarçonner l’autorité !
    Comme une femme débauchée, oser se montrer par devoir
    Entièrement nue crânement et marquer la postérité.

    On dit que les gens par pudeur, mais respectueux par honneur,
    Fermèrent portes et volets et restèrent au fond, reculés.
    Seuls les enfants dont la candeur espérait un peu de bonheur
    Purent par des regards volés témoigner de l’immaculée.

    La nudité devient une arme quand elle est brandie par l’audace
    Un peu comme la vérité lorsqu’elle est dite avec courage.
    Aujourd’hui contre les gendarmes et la police face-à-face,
    Il faudrait, sa témérité, exprimer dans notre entourage.

    (Tableau de Jeffrey Chong Wang.
    Lady Godiva fit souvent appel à son mari, comte de Mercie, qui refusait obstinément de diminuer les taxes dont souffraient les citoyens. Las de son insistance, celui-ci prétendit accéder à sa demande si elle se montrait à cheval, nue. Sa femme osa traverser la ville entièrement nue et le mari supprima les impôts.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La révolution mondiale

    La révolution mondiale

    Quand la révolution mondiale autorisera les rencontres
    Entre toutes les positions, des modérées aux extrémistes,
    Quand la distanciation sociale ne se mettra plus à l’encontre
    Des partis en opposition, des uniformes et des nudistes,

    Alors je croirai qu’une fille nue parle avec un militaire,
    Je croirai qu’un politicien montre l’exemple à la maison,
    Que le marteau et la faucille n’étaient qu’un symbole libertaire
    Et que tous les statisticiens finalement avaient raison.

    La fille parlera de guerre et le militaire d’amour ;
    Le président sur son vélo descendra les Champs-Élysées ;
    Les communistes de naguère seront les champions de l’humour ;
    La science ira à vau-l’eau et Dieu sera pulvérisé.

    Mosaïque dans le sanatorium du Comité exécutif central de toute la Russie d’Anatoly Gankevich.

  • Une sirène dans son nid

    Une sirène dans son nid

    Qu’une cigogne fasse son nid tout en haut du faîte d’un arbre
    Et me fasse le pied de grue, tout cela me parait bien normal.
    Mais qu’une sirène, quelle ironie, fasse pareil et reste de marbre
    Me semble à la fois incongru et du genre paranormal.

    Mais voilà ; ce n’est pas un nid mais une bibliothèque basse
    Où la sirène lisait un texte indiqué dans son répertoire.
    Un cyclone sans cérémonie l’a envoyée jusqu’en Alsace
    Et malgré l’absurde du contexte, elle a voulu finir l’histoire.

    Puis elle attendra un marin pour la raccompagner chez elle
    Mais en Alsace, les armateurs sont assez rares à démarcher.
    Heureusement, passe le Rhin ; une chance pour la demoiselle
    Qui trouvera plein d’amateurs de queues de poissons bon marché.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Le monde à l’envers

    Le monde à l’envers

    Et si le temps repartait à l’envers à partir de ce vendredi ?
    Demain jeudi, après-demain mercredi… jusqu’à samedi.
    Le temps renverserait l’univers comme si ç’avait été prédit
    De renvoyer le genre humain vers les poissons de paradis.

    Savez-vous que j’entends les morts ? Et pas que mon père et ma mère !
    Tous mes aïeux, mes ascendants qui n’étaient pas encore des hommes.
    Bien avant le temps de Gomorrhe, à l’époque de l’ère primaire ;
    Premiers amibes condescendants formant nos premiers chromosomes.

    Eh bien, Mesdames et Messieurs, ils nagent tout autour de nous !
    Notre petit bocal terrestre est semble-t-il un châtiment.
    Et tout là-haut, dans d’autres cieux, qui sait si toutous et minous
    Ne voient la Terre sous séquestre en attendant son jugement ?

    Tableau de Samy Charnine.

  • La noctambule

    La noctambule

    Quand vient la nuit caniculaire, quand tout est noir et invisible,
    Mademoiselle se déshabille et reste nue jusqu’au matin
    Sans se montrer spectaculaire et sans aucune pensée nuisible,
    Elle se douche, se démaquille, s’endort dans ses draps de satin.

    Mais voici qu’un voleur l’enlève pour demander une rançon
    Et enferme dans une malle la douce et tendre créature.
    On ne sait pas si elle rêve, personne ne lui fait un pinçon,
    Tandis que le larron l’emballe et la glisse dans sa voiture.

    Le voleur est une voleuse et conduit nue dans son auto ;
    Mademoiselle est somnambule, elle aurait pu le dire plus tôt !
    Les flics connaissent la cavaleuse et la ramènent à son château
    Et recouchent la noctambule, puis disparaissent incognito.

    Tableau de Jan Bosschaert sur https:www.janbosschaert.befr-welkom.html .

  • Gare à l’appel de la louve !

    Gare à l’appel de la louve !

    Dès ce soir sous la Lune rousse, méfiez-vous des loups garous
    Et particulièrement des louves qui, en cohorte, se rassemblent.
    Non seulement elles vous détroussent et vous violentent en plein courroux
    Mais neuf mois après elles couvent un rejeton qui vous ressemble.

    Vous les verrez nues sur la lande à quatre pattes, le cul en l’air,
    Hurler afin de se rallier aux autres pour tenter l’aventure.
    Fuyez avant que ces chalandes à belle croupe populaire
    Réveille en vous le cavalier émerveillé par sa monture !

    S’il est ferré, le mâle est pris, puis connaîtra la jouissance
    Et presque mort rentrera nu, épuisé de s’être accouplé.
    Puis un beau jour le malappris devra verser sans réticence
    Quasiment tous ses revenus à la mère de ses quintuplés.

    Tableau de Jan Bosschaert sur https:www.janbosschaert.befr-welkom.html .

  • Dé-nu-ée de tout talent

    Dé-nu-ée de tout talent

    Si d’autres naissent avec un don et développent leurs talents,
    Moi, je suis née et reste nue sans le moindre autre art que mon corps.
    Mais étendue sur l’édredon à chaque rendez-vous galant,
    Je vous affirme sans retenue : que je sais battre tous les records.

    Oui, bien que j’en sois dépourvue, je suscite le génie des autres ;
    Le peintre qui me prend pour modèle passera à la postérité,
    L’amant doué ou mal pourvu devient de l’Amour son apôtre
    Et le sculpteur qui me modèle aura plus de dextérité.

    Le poète manque d’inspiration ? Me voici, sa muse authentique !
    Et nue comme sa page blanche, son encre vient me féconder.
    Rapidement sa narration devient profonde et romantique
    Jusqu’à provoquer l’avalanche d’admirations dévergondées.

    Tableau de Jan Bosschaert sur https:www.janbosschaert.befr-welkom.html .

  • Récolte temporaire

    Récolte temporaire

    L’eau de la Terre minérale mêlée aux sels de toutes sortes
    Distille le sang dont s’abreuve le premier palier de la vie.
    Vie organique et végétale que Soleil et pluies nous exhortent
    À récolter et voir la preuve par le fruit mûr qui nous ravit.

    La transformation digestive qui fait de nous des alchimistes
    Convertit le sang de la Terre en éléments pour notre corps.
    Nos actions les plus suggestives carburent aux sources optimistes
    De la richesse qu’elle enterre et qui, jusqu’ici, dure encore.

    Combien de temps cet équilibre va-t-il s’étendre ou s’arrêter ?
    Je crois que la Terre s’en moque ; elle fait juste une expérience.
    Elle a créé ses enfants libres de vivre en paix ou s’apprêter
    Demain à battre la breloque du genre humain sans prévoyance.

    Tableau de Daniel Blignaut.

  • Froide fatalité !

    Froide fatalité !

    Si la météorologie augure un brulant avenir
    Et que la science promet un réchauffement de folie,
    Elle, elle use de l’astrologie et des tarots pour voir venir
    Un peu de fraîcheur au sommet de sa boule de cristal polie.

    Fatalité caniculaire ! Il faudrait un tour de magie
    Ou invoquer un démon froid en lui offrant en sacrifice
    Son cul bien perpendiculaire au risque de blennorragie
    Pour qu’il lui fasse avec effroi l’amour au prix d’un maléfice.

    Elle l’a invoqué trois fois, il l’a baisée à chaque fois
    Et la température monte avec un feu au cul des dieux !
    Ce n’est pas un manque de foi mais là, elle reste sans voix
    Et elle commence à avoir honte de son acte miséricordieux.

    Tableau de Harold Forster.

  • Le coup de la lapine

    Le coup de la lapine

    On ne voit bien qu’avec le cœur la vraie valeur à l’intérieur
    Et l’essentiel est invisible aux yeux qui vivent au présent.
    L’absence pèse à contrecœur, imperceptible à l’extérieur,
    Et plus la souffrance est sensible, plus l’absent est omniprésent.

    Un seul lapin vient à manquer et tout le reste est fourvoyé ;
    L’amour n’est pas qu’une carotte, il est la terre, l’air et l’eau.
    Il est aussi le feu flanqué de deux êtres au cœur du foyer
    Où naîtra au fond de la grotte un lapereau nommé Angello.

    Mais pour l’instant son cœur est froid ou ses lapins pas assez chauds ;
    Ils ont dû rester au bistrot soigner leurs cirrhose du foie.
    Alors elle pleure avec effroi les larmes d’un cœur d’artichaut
    Qui s’amourache toujours trop à courir deux lièvres à la fois.

    (Tableau de Ryohei Hase.
    « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de Saint-Exupéry.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Autoportrait de mon arbre généalogique

    Si j’ouvrais toutes les paires d’yeux qui ont éclairé ma lignée,
    Chacune verrait une partie du puzzle de l’infinité.
    Sans doute montrerait-il Dieu en train d’essayer d’aligner
    Tout le matériel imparti pour procréer l’humanité.

    Chaque fille, chaque mère, chaque grand-mère, chacune des milliards de bouches
    Prononcerait à tour de rôle les légendes de la nuit des temps.
    Sans doute chaque moment éphémère où elles ont gémi sur la couche
    Pour avoir offert leurs corolles à un Roméo promettant.

    Les conduits en colimaçon des labyrinthes des oreilles
    Détermineraient une carte familière à qui sait l’entendre.
    Sans doute les filles et les garçons, avec une ardeur sans pareille,
    En ont suivi chaque pancarte filant sur la route du tendre.

    Tableau de Dan Casado.

  • Sur le départ

    Sur le départ

    Juste avant de mourir j’aimerais retenir
    Mon prochain véhicule et choisir sa couleur,
    Que la peur de la mort ne soit qu’un souvenir
    Et puis nourrir la Terre de mon corps de douleurs.

    Juste avant de quitter mon existence brève,
    J’aimerais emporter un fragment d’intuition
    Que je retrouverais dans le cours de mes rêves
    Et qui serait l’atout pour mes compétitions.

    Juste avant de partir je voudrais revenir
    Sur mes actes manqués et mes erreurs passées ;
    Enterrer le passé, préparer l’avenir
    Et oublier la mort à jamais compassée.

    Tableau d’Igor Medvedev sur http:touchofcolorr.blogspot.com201511igor-medvedev.html .

  • Le club des belles perdrix – 2

    Le club des belles perdrix – 2

    L’été, le club des belles perdrix marie les plaisirs de la mer,
    Entre-deux-mers et vin des sables, Bordeaux, Cassis et vins de Corse.
    Sous le soleil d’Alexandrie, se déshabillent les mémères ;
    Leur nudité indispensable s’accorde au vin et le renforce.

    Le vin, divin et naturel, s’accorde avec le naturisme ;
    Un grand cru se déguste nu pour le gouter de tout son corps.
    Ce phénomène culturel fait l’apogée du féminisme
    Et ceux qui s’en sont abstenus, tant pis s’ils ne sont pas d’accord !

    Au pied du verre, chaleur oblige, les maillots alors se dérobent
    Et les tanins donnent à la peau une couleur rouge et cuivrée
    La tenue d’Ève est de prestige car le vin fait tomber les robes
    Et moi, je tire mon chapeau devant ces parties enivrées.

    Tableau de Ronald West.

  • Le club des belles perdrix – 1

    Le club des belles perdrix - 1

    La Perdrix royale au sang bleu et à la couronne d’argent
    Se vêt d’étoile sur les ailes de plumes turquoise assorties.
    Mais ce n’est pas en cordon-bleu cuisiné à la Tour d’argent
    Mais entre dames et demoiselles que la perdrix est de sortie.

    Un phallocrate gastronome prétendait qu’une candidate
    Ferait une convive infâme pour savourer un mets divin
    Car appréciant moins qu’un homme
    à goûter les chairs délicates.
    Il interdit son club aux femmes qui ne savent pas goûter le vin.

    Maria Croci et ses amies créèrent « La belle perdrix »,
    Un club de vingt gastronofemmes
    pour boucher un coin aux messieurs.
    Je ne sais s’ils furent ennemis ou compétiteurs attendris
    Mais j’aurais aimé être une femme
    pour voir la tête de ces prétentieux.

    (Tableau de Donna Young.
    À la suite de la décision de Camille Cerf du Club des Cent de n’admettre aucune femme dans les réunions hebdomadaires, Maria Croci (1874-1965) et ses amies ont créé La belle Perdrix en 1928. Selon Gaston Derys cet ostracisme reposait sur l’idée que «la femme [était] moins capable que l’homme d’apprécier une chair (sic) délicate, de goûter un grand vin» https:fr.wikipedia.orgwikiClub_des_belles_perdrix?wprov=sfti1 .)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • À chaque maison son chat

    Les chats noirs, par superstition, se cachent des gens trop crédules
    Et vont reprendre des couleurs, d’un air matois, indifférent,
    En allant prendre position à la fenêtre du vestibule
    Pour mater leurs souffre-douleurs ; oiseaux, souris et chiens errants.

    Ils surveillent autant leurs maisons que le respect de leurs pitances
    Car l’aliment rythme le temps et règne sur leurs digestions.
    Peuvent varier les saisons, les journées en concomitance,
    Rien ne remettra pour autant leurs habitudes en question.

    Chat sur le toit donne le temps, chat souvent varie en automne
    Selon la patte sur l’oreille ou la queue dressée en antenne.
    Chat sur le toit, c’est important pour parer des jours monotones
    Aux pluies soudaines sans pareille qui vous maintiennent en quarantaine.

    Tableaux de Marta Orlowska sur https:www.behance.netgallery4262059Surreal-Storybook-Ladies .

  • Rêverie en bleu et rose

    L’histoire qui toujours recommence avec le lever du soleil
    Est comme l’eau de la rivière ; tout dépend de la pluie d’hier.
    Et s’il a plu une romance, un conte au pays des merveilles,
    Alors nous sommes à la lisière d’un moment clef intermédiaire.

    Mais la belle n’est pas réveillée et reste à rêver au passé ;
    Sans doute croit-elle que sa journée sera conforme aux précédentes ?
    Elle se rendort sur l’oreiller et continue à rêvasser
    Et l’heure continue de tourner dans une torpeur obsédante.

    Peu à peu les limbes s’écartent et la léthargie se dissipe ;
    Elle se redresse mais à grand peine dans les images éparpillées
    Pareilles à un château de carte dont les figures anticipent
    Une révélation soudaine sur la fille déshabillée.

    Mais voici que son ventre rond frémit lorsqu’elle se relève.
    Bien sûr ! Notre reine est enceinte et vient d’entendre le prénom
    Qui fait écho en son giron à sa rêverie qui s’achève
    Et lui a révélé l’empreinte d’un grand chevalier de renom.

    Tableaux de Daniel Ludwig sur https:poramoralarte-exposito.blogspot.com201808daniel-ludwig_20.html?m=1 .

  • Quand le chat danse, les souris s’en vont

    Quand le chat danse, les souris s’en vont

    Lorsque le chat mène la danse, toutes les souris disparaissent
    Car elles ne sont qu’amuse-gueule quand les matous sont sur leur faim.
    Pour les chats riches, l’abondance, la gourmandise et la paresse
    Restent tant que les souris veules traversent des crises sans fin.

    Car le chat connaît la musique, c’est toujours les mêmes combines ;
    Mieux vaut une mauvaise guerre pour lancer la hausse des prix.
    Comme les souris sont amnésiques, elles continuent, courent et turbinent
    Encore bien plus vite que naguère et comme on le leur a appris.

    Les danses s’arrêtent en été pour que s’amusent les cigales
    À voyager pour leurs vacances avec ou sans parcimonie.
    À la rentrée, fort hébétées par des mesures inégales,
    Elles découvrent l’extravagance des fourmis nanties dans leur nid.

    Tableau de Jorge Mascarenhas.

  • Les potiches à leurs places et les vaches seront bien gardées

    Soyez belle et taisez-vous donc, vous, la fine fleur du palais
    Qui n’avez le droit de régner que par le charme et la beauté !
    Faites taire ces faux-bourdons qui forment un étrange ballet
    Autour de vos grâces, imprégnés comme une bande d’empotés !

    Si belle que soit la vérité, elle ne peut être révélée.
    Si elle bouscule l’ordre établi, cachez-la sous un paravent !
    Dans un vase d’austérité, elle sera bien mieux recélée
    Et quand la rose aura faibli, tout redeviendra comme avant.

    Tableaux de Michael Cheval.

  • L’Ouvre-Nuit d’équinoxe

    L’Ouvre-Nuit d’équinoxe

    Si le char mené par Hélios déroule le jour sur le ciel,
    L’Ouvre-Nuit ferme le crépuscule et déploie son rideau de toile.
    Oiseau sacré, plutôt véloce, même parfois circonstanciel
    Lorsque l’heure d’hiver bouscule le bal estival des étoiles.

    D’ailes en nuages qui moutonnent en queue de météore battant,
    L’Oiseau-Minuit, son autre nom, se voit bien mieux sur la banquise.
    L’aurore boréale d’automne et l’aurore australe de printemps
    Lui ont consacré son renom auprès des fées qu’il a conquises.

    Ouvre-Nuit, tous les soirs j’attends ta traversée silencieuse
    Qui assombrit les heures bleues comme un peintre en période obscure.
    Je guette l’embrasement latent des planètes capricieuses
    Jupiter, l’astre fabuleux, et puis Mars, Vénus et Mercure.

    Tableau de Hanna Silivonchyk sur https:www.liveinternet.ruusers4248621post178925949 .

  • L’exposition finale de Septembre

    L’exposition finale de Septembre

    Septembre a fait fructifier les feuilles qu’Août avait semées
    Et les restitue au centuple pour les teindre en Octobre rouille.
    Septembre aura sanctifié l’été aujourd’hui clairsemé
    Dont les souvenirs se décuplent, se ramifient et puis s’embrouillent.

    Septembre, un peintre nostalgique, Octobre un peintre impressionniste
    À ce jour je ne sais encore si l’élève dépasse le maître.
    Mais la nature léthargique choisit les vents ascensionnistes
    Pour emporter dans le décor tous ses morts pour un jour renaître.

    Depuis le vingt-deux Septembre jusqu’aux premières journées d’Octobre,
    La Terre a le cœur en balance, son équinoxe est équivoque.
    Les nuits commencent à s’étendre, le Soleil de plus en plus sobre
    S’en va briller d’équivalence aux antipodes qui le convoquent.

    Illustration du calendrier d’Olga Ert sur https:www.behance.netgallery186943calendar .

  • Mozart et la Sirène-de-la-Nuit

    Mozart et la Sirène-de-la-Nuit

    Une sirène dans une rose, – c’était une rose marine –
    Avec deux jambes apanagée, est née au début du printemps.
    Les petits poissons l’air morose du matin au soir lui serinent :
    « Comment feras-tu pour nager sans queue ni nageoire à plein temps ? »

    Alors elle se confie aux roses qui savent consoler ses pleurs
    Et lui conseillent d’être studieuse et de perfectionner son chant.
    Elles lui composent d’une prose écrite en langage des fleurs,
    Sur ondes longues et mélodieuses, un tube touchant et attachant.

    Et notre sirène taciturne enchaîne tant de vocalises
    Que la mer les transmet aux vents qui soufflent tout autour de la Terre.
    Mozart composant un nocturne fait tout aussitôt ses valises
    Pour suivre ce chant émouvant jusqu’au fin fond du Finistère.

    Arrivé en terre bretonne, il cherche dans les courants d’air
    La voix aux douces harmonies de l’aurore jusqu’à minuit.
    « Jolie sirène, tu chantonnes tant tes aiguës si légendaires
    Qu’à ma prochaine symphonie tu seras Sirène de Nuit ! »

    Illustration de Jasenski.

  • L’apprentie-sirène

    Pour devenir une sirène, elle apprend d’un aréopage
    De poissons rouges dans leur bocal toutes les ficelles de l’ouïe.
    Elle plonge la tête sereine, authentifiée sans dopage
    Par l’émérite du local : un poisson prénommé Louis.

    Une fois qu’elle a plongé la tête, elle se redresse toute droite
    Et tant que l’eau ne coulera, de grands progrès effectuera.
    Elle ne respire pas ; elle tète les poissons d’une bouche adroite
    Qui, bien plus tard, embrassera le beau marin… qu’elle tuera.

    Tableaux de Ken Wong et Belén Ortega.

  • Yin-yang fraîcheur-chaleur

    Yin-yang fraîcheur-chaleur

    Une femme nue dans l’escalier pour monter au septième ciel,
    C’est engageant pour l’ascension mais cela me pose une question.
    Est-ce un présage hospitalier ou un prétexte superficiel
    Ou bien encore une intention d’émettre cette suggestion :

    Avoir le cul entre deux chaises tiraille la femme de valeur
    Selon ces deux situations : un aspect froid ou aguicheur ?
    Pareille aux heures de fournaise selon les degrés de chaleur,
    On sent qu’il y a fluctuation dans sa recherche de fraîcheur.

    Photo de Kendall Jenner.

  • Madame Landru

    Madame Landru

    Madame Landru tue ses amants pour leur voler leurs vêtements.
    D’abord elle séduit ces couillons, puis elle les cuit au court-bouillon
    Après les avoir tous tondu afin que les crânes aient fondu.
    Mais elle garde les pieds et les mains… Pourquoi ? Vous le saurez demain…

    Après avoir passé la nuit à sécher sans le moindre ennui,
    Elle les pendouille sur les toits – sans la tête, ils ont l’air pantois.
    Le lendemain, de ses menottes, avec aiguilles, dés et pelotes,
    Elle faufile leurs paluches au bout des manches en peluche.

    Toujours vêtue de robe blanche, elle les expose tous les dimanches
    Et en profite pour repérer – c’est une artiste invétérée –
    Ses prochains modèles à chérir qui seront chefs-d’œuvre à périr
    D’une exécution prestigieuse par leur amante religieuse.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Le temple

    Par le petit bouton nacré que depuis longtemps je contemple,
    Je prononcerai le sésame pour ouvrir sa villosité.
    Par la porte humide et sacrée, je pénétrerai dans ton temple
    Et Dieu redeviendra la femme qu’ « Il » a d’ailleurs toujours été.

    Je le prierai de tous ses seins en les oignant de mes baisers
    Et puis je m’agenouillerai devant l’entrée du sanctuaire,
    Devant le seuil du Saint des Saints jusqu’à ce que soit apaisée
    Mon attirance énamourée aux allégresses somptuaires.

    Il y a longtemps, Dieu était vierge. Je ne sais qui l’a fécondée…
    « Sans doute », dirait Lapalisse, « qu’il devait être hermaphrodite… »
    Moi, j’y planterai bien mon cierge d’une manière dévergondée
    Non pas par esprit de malice mais pour goûter son eau bénite.

    Sculpture de Fidelma Massey sur http:www.fidelmamassey.combronzes .

  • La fille aux yeux de kaléidoscope

    La fille aux yeux de kaléidoscope

    Après toutes les religions qui lui ont montré le visage
    D’un Dieu catholique, islamique, protestant, hindou ou hébreux,
    Sa vision, devenue légion sur tous bons et mauvais présages,
    Devint kaléidoscopique au regard d’un beau ténébreux.

    Elle vous fait tourner la tête comme le jouet éponyme
    Qui qualifie sa clairvoyance et la déploie à l’infini.
    Posez lui n’importe quelle requête, elle vous répondra magnanime
    Soit qu’elle en voit la flamboyance, soit un bel embrouillamini.

    J’en avais entendu l’histoire dans une chanson féerique
    Dont quatre garçons dans le vent s’étaient fait les anecdotiers.
    Ce souvenir prémonitoire est devenu ésotérique
    Depuis que je l’ai vue devant la vitrine d’un miroitier.

    Photo de Mikhail Shestakov sur https:500px.compshestakovm?view=photos .