Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • La Terre plate – 2

    La Terre plate - 2

    Ainsi donc on nous a menti, Thalès, Pythagore, Aristote,
    Ceux qui nous ont fait avaler que la Terre est comme une orange.
    La Science est anéantie et ses savants sont des despotes
    Qui nous ont toujours recalés au rang des ânes de rechange.

    Bien au-delà de l’Antarctique seraient des terres inexplorées
    Qui attendent celui qui osera traverser le grand mur de glace
    Ou un satellite galactique que l’on ne saurait déplorer
    Qui le premier exposera sa vision plate de l’espace.

    Et moi, je propose au contraire de prendre le problème à l’envers
    Et montrer la Terre « Hypersphère » en quatrième dimension.
    Hélas, mon choix est arbitraire car je suis seul dans l’univers
    À voir un monde qui interfère avec son Dieu plein d’attentions.

    Sources : https:la-terre-plate.com et https:www.fondation-nanosciences.frtheorie-terre-plate .

  • Dieu… c’est compliqué !

    Dieu… c’est compliqué !

    Soit on ne croit pas, soit on croit
    Mais si on croit, on a le choix
    De trouver le dieu qui échoit
    Selon son cœur, selon sa foi.

    Si on n’croit pas c’est plus subtil,
    Il faut des sciences utiles
    Pour montrer à ces imbéciles
    Combien leurs crédos sont futiles.

    Moi, je crois que je ne sais pas.
    Je dirais même qu’il n’y a qu’un pas
    Pour franchir la peur du trépas ;
    Transformer son doute en appât :

    Et puis attendre que ça morde
    Que la mort resserre sa corde,
    Qu’une nouvelle vie m’accorde,
    Ou que Dieu, lui-même, m’aborde.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Dites-le avec des fleurs

    Dites-le avec des fleurs

    Enfin l’égalité des sexes permet à la femme d’offrir
    Des roses à l’homme de sa vie selon le langage des fleurs.
    Ainsi sans peur et sans complexe, elle pourra faire souffrir
    De maux d’amour qui l’assouvit le mec à qui elle doit ses pleurs.

    Le métier de fleuriste change et désormais il vend des armes ;
    Roses à épines acérées pour crever les yeux et les cœurs ;
    Des Chrysanthèmes en échange d’un duel pour le prix de ses charmes ;
    Un fléau d’iris bien serré pour mieux exprimer sa rancœur.

    Si le transgenre est à la mode, le sexe faible devient fort
    Et celui qui porte la culotte n’est pas de celle que l’on croit.
    Les phallocrates s’en incommodent pourtant ne font aucun effort
    Pour interdire les calottes et les violences de surcroît.

    Illustration de Walter Molino.

  • Les violons de l’automne

    Les violons de l’automne

    Que deviennent les notes mortes d’une rhapsodie automnale ?
    Sans doute vont-elles dans les airs pour lancer d’autres inspirations
    Qui renaîtront de toutes sortes de danses et de bacchanales
    Qui pleuvront sur les monts déserts et les vallées d’habitations.

    On les découvre éparpillées dans tous ces oiseaux migrateurs
    Qui se rassemblent, le bec rempli de pizzicatos éreintants.
    Certaines sont écharpillées par des piafs vociférateurs
    Mais le miracle s’accompli par une reprise au printemps.

    *

    Tableau de Pablo Picasso.

  • Le petit port d’automne

    Le petit port d’automne

    Les mâts perdent leurs voiles mortes qui, hier encore, claquaient au vent ;
    Les coques se couvrent de rouille et battent pavillon d’automne.
    Les oiseaux volent en cohorte et se rassemblent sur les auvents
    Des maisons du port qui se mouille de vaguelettes monotones.

    Les brumes opaques du matin floutent les barques des pêcheurs ;
    Elles perdurent jusqu’au soir pour s’évanouir en clair-obscur
    Dans le firmament de satin qui règne sur les pluies de fraîcheur
    Par la hauteur des déversoirs et la colonne de mercure.

    *

    Tableau de Claude Monet.

  • Copains comme sirène

    Bien qu’elles soient assez cruelles envers leurs victimes marines,
    Elles se montrent assez copines avec le bestiaire aquatique.
    Leurs performances sexuelles et leurs gourmandises utérines
    Leur ouvrent des relations coquines avec les plus fantasmatiques.

    Entre le phallus des baleines et le pénis des cachalots,
    Les sirènes sont à la fête pour des jeux les plus colossaux.
    Elles copinent à perdre haleine avec le moindre matelot
    Qui pour elles perdra sa tête, son cœur et ses autres morceaux.

    Fatalement, elles accouchent de créatures métissées
    Qui ressemblent à leurs géniteurs, le plus souvent désaccordés.
    Aucunement saintes-nitouches au cours de maintes odyssées,
    On dit que leurs baby-sitters sont complètement débordées.

    Illustrations de Vladimir Stankovic.

  • La nature s’emballe

    Dame Nature domestiquée ? L’homme y a cru dès le début !
    Il a détourné les rivières, il a apprivoisé les vents.
    Il a aussi sophistiqué le faste auquel il contribue
    En détruisant des terres entières pour un résultat décevant.

    Le luxe est sa priorité ; il vit ses rêves désormais,
    Le temps béni de l’insouciance et de la folie des grandeurs.
    Tant pis si la précarité des autres est bannie à jamais ;
    Il ne vit que pour l’opulence, pour le faste et pour la splendeur.

    Aïe ! La Terre est passée en automne et ses ressources sont menacées.
    Mais il est trop tard à présent car il ne vit plus comme avant.
    Ses rêves deviennent monotones à force d’être ressassés
    Par les médias omniprésents qui le dirigent dorénavant.

    Voilà, les rêves sont terminés ; la Terre est morte ce matin.
    Hier encore, les pluies acides ont tué la flore moribonde.
    Une fois tout exterminé, le paroxysme fut atteint
    Quand l’homme est devenu lucide une heure avant la fin du monde.

    Tableaux de Vasko Taškovski.

  • Europe et le taureau au goût du jour

    Europe et le taureau au goût du jour

    Sachant qu’Europe fut enlevée par Zeus transformé en taureau
    Afin qu’Il puisse impunément violer la méditerranéenne
    Et que ce mythe soit relevé parmi nos principes moraux
    N’sont que d’infimes désagréments de notre Union européenne.

    Bien sûr, l’Europe dans l’arène des grandes puissances mondiales
    Ne s’en sortira pas vainqueur pas plus que la tauromachie.
    L’Europe est morte, vive la Reine ! L’Europe est nue et déloyale ;
    À défaut de donner son cœur, Elle se prête à l’oligarchie !

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Pas tous à la fois !

    Pas tous à la fois !

    Sauvons-nous – pas tous à la fois – de cette planète de fous !
    Qui se sauvera en premier ? Les riches qui ont tout provoqué ?
    Les pauvres qui ont trop accepté ? Les lâches qui vite ont renoncé ?
    Les ouvriers trop enchaînés ? Les puissants trop improductifs ?

    Moi, dans cette crise de foi, je sauverais le Dieu des fous ;
    Ce Dieu qui nous a reniés, ce Dieu qui nous a révoqués,
    Ce Dieu qui nous a exceptés de son paradis annoncé
    Et qui nous a tous entraînés dans un suicide collectif !

    Photo de Sean Smundy.

  • Demain les sirènes

    Demain les sirènes

    Demain les sirènes, allongées sur les vestiges du passé,
    Nous montrerons que les chimères ont survécu aux cataclysmes.
    Leur existence prolongée au regard de la nôtre effacée
    Montrera combien éphémère était notre fier humanisme.

    Sur un bout de couronne noyée de la Statue-de-la-Liberté,
    Elles joueront la queue dans l’eau sur les décombres fracassés.
    Sans doute, un temps apitoyées sur les rivages désertés
    Par les navires et leurs matelots, qu’elles sauront vite s’en passer.

    Tableau d’Eric Velhagen sur https:ericvelhagen.carbonmade.comprojects2672751 .

  • Histoire d’œufs en accordéon

    Pour une fois, chacun son tour, la sirène a trouvé son maître ;
    Un marin accordéoniste à la voix suave de velours.
    Il a péché ses beaux atours en lançant dans le périmètre
    Son grand filet protagoniste pour une belle histoire d’amour.

    Il découvrit dans son chalut comme une sirène inattendue ;
    Dans son filet, elle a trouvé comme un hamac improvisé.
    Ensemble, il leur aura fallu hisser, une fois bien tendu,
    Leur lit d’amour vite éprouvé par leurs désirs favorisés.

    Une fois le marin repartit, elle est restée dans son logis
    Car mûrissaient dans sa matrice autant d’œufs que d’accouplements
    Qui violaient en contrepartie les lois de la généalogie
    D’une valeur divinatrice avec le charme en supplément.

    Septembre vint, pas monotone car, orné de feuilles mordorées,
    Le nid a vu sa couvaison cachée comme un caméléon.
    Ils ont tous éclos en automne avec une jolie queue dorée,
    Les nageoires à l’inclinaison pareille à un accordéon.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk sur https:www.liveinternet.ruusers4248621post178925949 .

  • L’autre race

    L’autre race

    Et si Lilith avait fondé une famille extraterrestre
    Dans un paradis secondaire sans passion et sans tentation
    Qui n’aurait été inondé ni par les fortunes terrestres
    Ni par le mal héréditaire d’un péché de contrefaçon ?

    Subtilité immatérielle qui contient toute son histoire
    A rejoint les mondes invisibles quand la vie a quitté son corps.
    Depuis, c’est toute une kyrielle de créatures contradictoires
    Qui vivent des imprévisibles existences ou pire encor.

    J’ai vu leurs femmes nues en rêve exhibant fièrement quatre seins
    Et une vulve flamboyante qui semblait prête à faire la fête.
    L’apparition était trop brève pour que j’en esquisse un dessin ;
    Hélas, de l’image clairvoyante, je n’ai pas aperçu sa tête.

    Tableau d’Agostino Arrivabene sur https:shewalkssoftly.com20140719agostino-arrivabene .

  • Seule ou mâle accompagnée ?

    Peu me chaut de m’assujettir à des amours aléatoires
    Et je préfère vivre seule plutôt que vivre mâle menée.
    Je refuse d’aller m’abêtir à cette destinée notoire
    Qui pousse mon corps sous la meule pour affûter mon âme née.

    Mais le diapason de l’amour vibre au contraire à contrecœur
    Et son accord va à l’encontre d’un concerto en solitaire ;
    Un impromptu teinté d’humour adoucit les mœurs et le cœur
    Qui privilégient la rencontre d’un autre cœur célibataire.

    Conjuguer avec quatre-z-yeux m’aide à voir tout et son contraire
    Et cuisiner avec deux cœurs permet à l’amour de s’étendre.
    Qu’y a-t-il de plus délicieux que laisser l’autre nous distraire
    Et nous surprendre par la liqueur des eaux de la carte du tendre ?

    L’amour fait voyager plus loin et nous ménage nos montures.
    Si nous savons vieillir ensemble sur le chemin des amoureux,
    Sans doute, les efforts conjoints continueront cette aventure
    Au-delà de ce qui nous rassemble vers un long repos langoureux.

    Tableaux de Sacasas Gilda sur https:disk.yandex.ruaubC1XYIM3Wie4v5b0f2147d61c39182c4e646e .

  • Debout les morts !

    Debout les morts !

    À ton cri de « Debout les morts ! », je sors de ma mélancolie,
    Je vois ta silhouette apparaître et soudain me tourner le dos.
    Je t’emboîte le pas sans remords pour celle qui dort dans mon lit
    De peur de te voir disparaître tel un fugace Eldorado.

    Femme voilée, tu marches droit, femme à dentelles, tu marches au pas !
    Femme dévoilée, tu es ailleurs, femme brodée, tu te dérobes.
    Ton déshabillé très adroit met en valeur tes beaux appas
    Et m’incite à être ce voyeur qui transperce ta minirobe.

    Je te suivrai dans le couloir qui mène à une chambre noire
    Où des rayons ultraviolets flatteront tes charmants contours.
    Je trébucherai sans le vouloir dans une sorte de baignoire
    Pour en sortir bariolé de tes nuances aux alentours.

    L’amour en couleurs que nous fîmes pour monter au septième ciel
    Nous fit gravir tous les degrés de la carte rose du tendre.
    Depuis j’ai au cœur une infime douleur quand je vois l’arc-en-ciel
    Mais à mon âme est intégrée l’amour auquel j’ai pu prétendre.

    Tableau de Brigitte Dumont.

  • Ch’est Chat la Fête à la Mort !

    À Peine Halloween terminée, voici qu’il faut recommencer
    Car la religion catholique veut gommer la fête païenne !
    Alors minettes et minets ensemble se mettre à danser
    Dans une transe liturgique dans la nuit sacrée circadienne.

    À l’aube, dès potron-minet, les chats blancs encore un peu gris
    Regagnent en démarche voilée leurs pénates, exténués.
    Gesticulants en moulinets comme vieux matous rabougris,
    Ils errent sous la voûte étoilée complètement éberlués.

    Illustrations de Diane Kremmer.

  • Mal de dos

    Mal de dos

    Toute cette structure droite qui s’oppose à la gravité
    Paie son tribut à la nature et souffre de mille douleurs.
    Par les positions maladroites qu’exigent mes activités
    Mon dos et toute l’ossature en voient de toutes les couleurs.

    Si mes douleurs étaient prières, montaient au ciel solliciter
    Un réconfort, une décharge de tous le poids de mon fardeau,
    Je sentirais sur mes arrières une douce félicité
    Et dirais « Ô Dieu, télécharge mes peines et tout mon mal de dos ! »

    Tous ces petits démons cruels s’élèveraient comme des bulles
    De mon corps en ébullition contre sa scarification.
    Comme un effluve menstruel dont la pleine lune en préambule
    Se lèverait en prémonition envers ma purification.

    Tableau d’Autumn Rozario.

  • La Si-Do-Mi

    Bien qu’elle s’appela Sidonie, on l’appelait La Si-Do-Mi
    Par son doigté inimitable et ses nombreuses ritournelles
    Qui répétaient cette harmonie en arpèges « La Si Do Mi »,
    Sa signature indubitable lors des célèbres pastourelles.

    La Si-Do-Mi prit un mari doté d’un drôle d’instrument
    Qui la poussait dans les aiguës quand l’air descendait dans les graves.
    Ils eurent une fille, Marie, qu’ils élevèrent congrûment
    Nourrie de notes suraiguës jouées dans toutes les octaves.

    Tableaux de Sacasas Gilda sur https:disk.yandex.ruaubC1XYIM3Wie4v5b0f2147d61c39182c4e646e .

  • La barre haute

    La barre haute

    L’année nous place haut la barre quand vient le trente-et-un octobre
    Et les sorcières entraînées sont aptes à nous baragouiner.
    Bon an mal an, elles se préparent – tout en restant frugales et sobres –
    À s’exercer pour étrenner leurs balais neufs halloweenés.

    Mais pour mieux s’envoyer en l’air, toutes nues, les p’tites ingénues
    Paradent devant les fenêtres pour surexciter les bourgeois.
    Alors les hommes patibulaires en qui le malin s’insinue
    S’enflamment, il faut le reconnaître, à courir ces filles de joie.

    Quand elles les ont rassemblés, là-bas derrière le cimetière,
    Vont-elles les mettre en charpie par leurs diableries animales ?
    Eh non ! Au cours de l’assemblée, toutes ces petites cachotières
    N’étaient que des vieilles harpies et, la queue basse, rentrent les mâles.

    Illustration d’Albert Joseph Penot.

  • Au bout du chemin d’octobre

    Au bout du chemin d’octobre

    Lorsque vient le bout du chemin de ces instants éparpillés,
    Je me rends compte évidemment que j’en ai oublié le temps.
    Le temps de penser à demain et suivre le calendrier
    Où chaque étape incidemment était prévue depuis longtemps.

    La fin arrive brusquement mais l’imprévu était prévu
    Et durant tout ce mois d’octobre j’ai chéri tout ce que j’aimais ;
    J’ai observé le tremblement des arbres pris au dépourvu
    De voir leurs feuilles sous l’opprobre des vents s’envoler à jamais.

    Illustration du calendrier d’Olga Ert sur https:www.behance.netgallery186943calendar .

  • Chat-Löween

    Chat-Löween

    Trois petits chats à pas de loup s’en vont visiter leurs ancêtres,
    Chacun une offrande sous la manche, chacun une opinion cachée.
    Pour qu’il n’y ait pas de jaloux, rien ne pourrait les reconnaître
    Sauf le dernier à tête blanche qui garde un linceul attaché.

    Trois p’tites ombres se détachent sur le mur gris du cimetière,
    Chacune révélant la noirceur de l’âme des chatons pressés.
    Tandis que les minets potaches cherchent l’entrée de la chatière,
    Une sorcière, l’esprit farceur, les suit de près, intéressée.

    « Miaou ! » minaude la coquine, « je suis l’âme de Grande-Minette !
    Déposez-moi donc vos bonbons et friandises à mon adresse ! »
    Mais les trois chats d’humeur taquine ont reconnu Catherinette
    Et malgré leur air furibond ronronnent autour de leur maîtresse.

    Illustration de Kat Philbin.

  • La nuit de toutes les horreurs

    Cythère, l’apprentie sorcière et son chat noir en éclaireur
    Sont conviés à célébrer la nuit de toutes les horreurs.
    Suivant le chemin des souricières qui longe les saules pleureurs
    Avant les douze coups de minuit qui sonnent l’heure de la terreur.

    Sous la Lune couleur de rouille, tous les magiciens se rassemblent
    Avec spectres et feux follets, tous pressés de fariboler.
    Chacun agite sa citrouille dont tous les visages ressemblent
    À un démon roux affolé qui passe son temps à rigoler.

    Tableaux de Diane Kremmer sur https:www.dianekremmer.comgallery.php?gallery=Seasons .

  • Les souvenirs du crépuscule

    Les souvenirs du crépuscule

    La nuit, ma mémoire à tiroir dévide tout son contenu
    D’une manière aléatoire favorisant l’inattendu
    Dans un décor qui fait miroir à un litige convenu
    Entre mon cœur et ses histoires et ma raison, bien entendu.

    Coincée entre la voie ferrée et mon usine à méditer,
    La rue pavée de prétentions m’ouvre à l’âme un rêve éveillé.
    Seule, là-haut, la Lune affairée à transpercer l’obscurité
    Brille d’étranges intentions sans pour autant m’émerveiller.

    L’image s’incruste sur ma rétine comme une scène de théâtre
    Où vont surgir tous les acteurs d’une expérience inaboutie.
    Curieusement mon corps piétine dans cette atmosphère bleuâtre ;
    J’y reste à jamais spectateur de ce souvenir englouti.

    Tableau de Paul Delvaux.

  • Les rameneurs de soleil

    Les rameneurs de soleil

    Aux ramoneurs, les cheminées et aux rameneurs, les couchers.
    Aux allumeurs, les réverbères et les chats seront bien gardés.
    Qu’en penses-tu, mon beau minet, toi qui n’ te laisse effaroucher
    Ni sur les toits par les cerbères, ni par les voleurs attardés ?

    C’est vrai qu’il en voit tous les jours lorsque la chance lui sourit
    Quand le hérisson répand la suie sur le grand rideau étoilé.
    L’espion aux pattes de velours guette la danse des souris
    Au bal des petits rats de nuit à travers l’œil-de-bœuf voilé.

    Par tous les temps, les machinistes ouvrent le spectacle du soir.
    Seule change l’humeur de la Lune, avec les femmes… comment savoir ?
    Les spectateurs opportunistes en profitent pour aller s’asseoir
    Et chercher la bonne fortune au risque de s’y décevoir.

    Tableau d’Ireneusz Wielgosz.

  • Tiroirs à idées – 2

    Je classe depuis ma naissance les souvenirs dans ma mémoire
    Comme un Ego-ordinateur qui accumule ses fichiers.
    Je crois augmenter ma puissance en personnifiant une armoire
    Mais ce « moi » coordinateur devient bientôt nul à chier.

    Plein de choses ne rentrent pas dans les cadres que j’imagine ;
    Les images sont déformées à force de les consulter.
    Des trous apparaissent pas à pas et ma cervelle s’invagine
    Dans les replis désinformés du chaos qui en a résulté.

    Plus jamais vivre comme avant mais comme un voyageur du temps
    Qui garde toute sa confiance envers ce que le vent apporte !
    J’ai mis derrière un paravent tout ce qui n’est pas important ;
    J’y laisse toute ma méfiance et puis j’en referme la porte.

    Tableaux de Vladimir Dunjic sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201105vladimir-dunjic-serbia.html .

  • Tiroirs à idées – 1

    L’homme est à gauche, la femme à droite ; la vie agit comme un miroir.
    Le reflet couplé à l’image engendre tout son avenir.
    Une réminiscence adroite organisée dans des tiroirs
    Donne une mémoire à étages, plutôt commode à souvenirs.

    Mais plus je range dans ma commode, plus les tiroirs deviennent grands
    Ou à l’inverse trop petits pour classer toute ma famille.
    Et les siècles changeant de modes, le désordre en devient flagrant ;
    J’y perds le goût et l’appétit dans tout ce réseau de ramilles.

    Mon arbre généalogique commence avec mes deux parents,
    Se scinde en quatre grands-parents, puis huit, seize… une infinité.
    Si je continue la logique des enfantements récurrents,
    J’obtiendrai un nombre effarant supérieur à l’humanité.

    Tableaux de Vladimir Dunjic sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201105vladimir-dunjic-serbia.html .

  • Coupons la poire en deux (ou même en trois)

    Coupons la poire en deux (ou même en trois)

    Coupons la poire en deux ou trois et transformons la pénurie
    En nouvelles opportunités pour redécouvrir notre vie !
    Nos ministres à l’esprit étroit, tous droits sortis de l’écurie
    Qui forme leur impunité sont bizarrement du même avis :

    Le chauffage à dix-neuf degrés, des chandails et des cols roulés ;
    Des automobiles électriques et des compteurs automatiques !
    Les étrangers, bon gré mal gré, pourront rester encagoulés
    Dans les bleds anthropométriques des coins perdus fantomatiques !

    Mais si l’hiver est tempéré, le seuil sera-t-il majoré ?
    Et comment faire dans les bouchons pour recharger son véhicule ?
    Si les villages sont transférés aux immigrants incorporés,
    Feront-ils brûler le torchon avec leurs burqas ridicules ?

    Tableau de Jose Roosevelt sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201108jose-roosevelt-rio-de-janeiro.html?m=1 .

  • Le retour de « Qui-vous-savez »

    Le retour de « Qui-vous-savez »

    Toutes les doses inséminées – soi-disant pour éradiquer –
    M’ont complètement chamboulée comme pièces d’un puzzle éparpillées.
    Des particules disséminées et leurs effets contre indiqués
    Ont causé des roulés-boulés entre mes yeux écarquillés.

    « Qui-vous-savez » est de retour et revient nous brouiller les cartes
    En nous enchevêtrant la droite et la gauche réciproquement.
    Il veille et nous guette au détour de chaque chemin qui s’écarte
    De notre intuition maladroite qui se perd équivoquement.

    Grippe et angines confondues alimenteront les compteurs
    Avec infarctus et tumeurs vers ce mal discriminateur.
    À tous les patients morfondus, le même message bonimenteur :
    « Plus virulent que moi, tu meurs ; je suis l’ange exterminateur ! »

    Tableau de Walter Molino.

  • Sirène d’Halloween – 2

    Marins, pêcheurs et capitaines, fermez hublots et écoutilles
    Car les sirènes vont passer pour vous dérober les bonbons !
    Et les baleines croque-mitaines rassemblent toute une flottille
    Qui s’apprête à vous fracasser avec les requins furibonds !

    Quand les sirènes sont parties, pendant ce temps, en profondeur,
    Les pieuvres se mettent à chanter avec tous les monstres en chœur.
    Les poissons, en contrepartie, et les espadons pourfendeurs
    Plombent cette nuit enchantée en un immense crève-cœur.

    Illustrations de Vladimir Stankovic.

  • Sirène d’Halloween – 1

    Ce n’est pas encore Halloween mais on s’agite dans les abysses !
    Les poissons-squelettes secouent leurs arêtes comme des maracas ;
    Ça chuchote et ça baragouine dans les épaves où se blottissent
    Les requins-marteaux casse-cous, les cétacés et les rascasses.

    Bien sûr les sirènes participent à l’effervescence marine
    Et se refont une laideur pour mieux effrayer leurs victimes
    Tandis qu’une odeur se dissipe dans les eaux troubles où marinent
    Les coquillages dont la raideur pique l’ambiance maritime.

    Illustrations de Vladimir Stankovic.

  • Le chat sur une souris brûlante

    Le chat sur une souris brûlante

    Maître Chat, sur sa femme perché, lançait des griffes acérées
    À tous les passants qu’ils croisaient, surtout aux regards persistants.
    Elle, à la beauté recherchée, offrait son corps nu macéré
    Dans un bain de roses embrasées d’une eau de parfum excitant.

    Lorsque la souris silencieuse repère la proie de son choix,
    Les mamelons exorbités sur la victime intéressante,
    La chatte devient malicieuse envers la prise qui lui échoit
    Et gobe en toute improbité la verge offerte et turgescente.

    Maîtresse Chatte, bien goulue, rentre chez elle, apaisée ;
    La nuit s’est montrée bien propice à ses appétits insatiables.
    Le matou, s’il avait voulu, aurait aussi pu la baiser
    Mais il avait une chaude-pisse qui lui était préjudiciable.

    Tableau de Valery & Olga Budanov.

  • Lune en l’eau, Lune hors l’eau

    Lune en l’eau, Lune hors l’eau, je t’aime et je tâtonne entre deux eaux
    Pour t’adorer dans tes reflets ou t’admirer au firmament,
    Ou voir trembloter ton diadème sur les rides entre les roseaux,
    Ou bien m’amuser à siffler selon l’heur de ton chatoiement.

    Lune pleine ou Lune première, Lune nouvelle, Lune dernière,
    J’aime tes phases au fil des jours et ta course à travers le ciel.
    Et quand je perçois ta lumière au cours des soirées printanières,
    Mes nuits resteront pour toujours peuplées de rêves substantiels.

    Tableaux de Tomek Sętowski.

  • Dans sa cage

    Dans sa cage

    Enracinée dans sa famille telle une prison d’affection,
    Elle s’ennuie et paraît triste mais reste attachée à son sort.
    Et chaque année une ramille l’entoure avec des connexions
    De plus en plus ethnocentristes et la cage poursuit son essor.

    Alors quand vient l’adolescence, souvent son corps s’y est moulé
    Et prend la forme qu’on voulait lui voir prendre avec restrictions.
    Elle entre en dégénérescence et peut-être être chamboulée
    Lorsque la cage qui l’enroulait s’écroule avec ses convictions.

    Mais parfois elle casse la cage avec force et pugnacité,
    Résiste à son pré-formatage et vole de ses propres ailes.
    Elle y a trouvé son courage, sa confiance, sa ténacité
    Et à la fin du dépotage, elle ne ressemble à rien d’autre qu’elle.

    Tableau de Maiko Fujiwara.

  • Ma vie en ailé-faon

    Dans mes souvenirs de l’enfance déformés d’y avoir trop pensé,
    J’étais sans doute un ailé-faon à défaut d’être cerf-volant
    Car je me revois sans défense fuyant afin de compenser
    La peur qu’aurait un éléphant devant un rat mirobolant.

    Mais grâce aux ailes de papillons – puisque la peur donne des ailes –
    J’ai su échapper au malheur d’avoir perdu mon cœur d’enfant.
    Hélas, le joyeux carillon de mon réveil fait trop de zèle
    Et je me réveille en chaleur, tout en sueur, mais triomphant.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein.

  • Patchwork

    Patchwork

    À chaque jour suffit sa peine et, chaque jour, je raccommode.
    Je reprise un peu mes douleurs, je rapièce mes trous de mémoire.
    J’en compte déjà des centaines dont ceux à la dernière mode
    Qui prennent aussitôt la couleur de mes vacuités les plus noires.

    J’assemble mon tableau d’honneur en point de croix au fil des jours
    Et j’y recouds tous les morceaux que je récupère au hasard.
    J’y noue pleins de petits bonheurs collectionnés dans mon séjour
    Et plus ils sont paradoxaux, plus ils s’apparentent aux beaux-arts.

    Mon patchwork jamais terminé grandit au fur et à mesure
    Et plus j’oublie d’événements et plus je double son maillage.
    Mais il n’est pas déterminé à résister contre l’usure ;
    Il se dissoudra sainement dans l’écume de mon grand voyage.

    Tableau de Dino Valls sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201201dino-valls-1959-spanish-surrealist.html .

  • La zébrarazion

    L’homme est un zèbre solitaire qui se déplace toujours en bande.
    Rayé de noir ? Rayé de blanc ? On ne sait pas exactement.
    Lors des ruées prioritaires, ils se livrent à des sarabandes
    Et courent en se rassemblant à l’appel des accouplements.

    Quand l’homme a rayé de l’amour la femme au cœur plein de rayures,
    Celle-ci se confie aux oiseaux qui se nourrissent de ses pleurs.
    Il était parti quelques jours, avait dit « à la revoyure ! »
    Car il aime l’air dans les naseaux et galoper parmi les fleurs.

    Tableaux de Sophie Wilkins sur https:m.vingle.netposts1297430 .

  • La belle vulve

    On nous formate à la beauté en nous affichant tous les jours
    De beaux visages aux beaux sourires et d’agréables paysages.
    Mais les tabous nous ont ôté la sexualité pour toujours
    En cachant l’objet du désir nonobstant les pires présages.

    On met le phallus à l’honneur mais il ne faut pas le montrer ;
    On met la vulve en déshonneur, défense même de la citer !
    Pourtant en tout bien tout honneur, il est facile de démonter
    Que c’est l’organe du bonheur dans toute son authenticité.

    La beauté réside dans les yeux de celle ou celui qui regarde. †
    Tous ceux qu’ ont vu ce tendre corps le reconnaissent hallucinant. ††
    Il serait alors merveilleux qu’on le déclare sauvegarde
    De l’origine et de l’accord d’un humanisme fascinant.

    Vu sur https:www.jotdown.es201212la-vulva-es-bella-de-la-vagina-dentata-a-la-adoracion-del-yoni † Oscar Wilde ; †† Georges Brassens.

  • La vie, la mort et le reste

    La vie, la mort et le reste

    Avant la mort, il y a la vie, après la mort, on ne sait pas ;
    Après la vie, il y a la mort, avant la vie, on n’en sait rien !
    On n’est pas tous du même avis de la naissance jusqu’au trépas
    Mais on a toujours des remords quand on dit adieu aux terriens.

    Avant de naître qu’ai-je à connaître de ma propre aventure humaine ?
    Après ma mort, qui commémore les souvenirs de mon vivant ?
    J’aimerais ouvrir une fenêtre sur cette mort qui nous emmène
    Dans cet univers d’oxymore d’occis-morts et de morts-vivants.

    L’arbre des réincarnations, s’il existait, me montrerait
    De mes racines précédentes, toutes mes branches d’avenir.
    J’y verrais les émanations de mon âme qui peuplerait
    Mes existences transcendantes et mes plus mortels souvenirs.

    Tableau de Gustav Klimt sur https:dantebea.comcategorypeintures-dessinsgustav-klimt .

  • La floraison de l’âme

    Le jour où les prolongations de mon système sortiront
    Par tous les pores de mon corps pour s’élever vers l’au-delà,
    Sans doute, ces élongations vers les étoiles aboutiront
    Jusqu’à créer un égrégore qui formera un mandala.

    Alors je serai attirée par toutes mes familles d’âmes
    Qui formeront une couronne pareille à l’auréole d’ange.
    Nue de mon corps, je vous dirai « au revoir messieurs et mesdames ;
    Mon esprit quitte mes neurones et mon cœur n’y perd pas au change ! »

    Tableaux d’Agostino Arrivabene sur https:shewalkssoftly.com20140719agostino-arrivabene .

  • Rêves des nuits d’un été passé

    Rêves des nuits d’un été passé

    Pendant les jours caniculaires, on guettait le soleil couchant
    Qui s’é-é-étirait si longuement qu’on pensait le temps élastique.
    Le thermomètre patibulaire aux degrés si effarouchant
    Donnait impitoyablement ses températures sarcastiques.

    Quand enfin la fraîcheur nocturne, trop courte, remplaçait l’azur,
    Compter les étoiles filantes rimait avec conter fleurette.
    Après la journée taciturne d’une chaleur en démesure
    Et sous la Lune jubilante, on se nourrissait d’amourettes

    Les peaux satinées du halo disparaissaient parmi les ombres
    Et les baisers à cache-cache qui nous maintenaient en éveil.
    On regagnait le bungalow en se tâtant dans la pénombre
    En espérant que l’aube vache n’aurait pas ouï son réveil.

    Tableau de Jiri Trnka.

  • À l’écoute du thé

    À l’écoute du thé

    Par l’enveloppe cachetée et postée à l’heure du thé,
    Je suis à l’écoute du monde grâce aux feuilles éparpillées,
    Collectées, parfois tachetées d’épreuves et d’adversités
    Comme il arrive chaque seconde de chaque minute gaspillée.

    L’heure du thé vert, à l’envers ; l’heure du thé noir, à l’endroit ;
    Tout dépend du type de mouture, son origine et sa saison.
    Quand le thé passe de travers, je plains ce planteur maladroit
    Qui s’est soit trompé de bouture, soit s’est planté de floraison.

    Allô, allô, thé à la menthe ? Non, ici c’est thé au jasmin !
    Les routes du thé se mélangent dans des arômes interférents.
    Parlez-moi de thé, belle amante ? Permettez-moi d’un baisemain
    Respirer ce thé à l’orange aux récits si désaltérants.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Angelettes, chouettes et paonnettes

    Sans doute, la mythologie et ses chimères fantastiques
    Est le fruit d’amours interdites avec des anges dépravés.
    Ève, surprise dans son logis par un démon-ailé drastique,
    Aurait enfanté d’inédites créatures aux ailes excavées.

    Des angelettes aux grandes ailes pareilles aux plus grands des archanges,
    Des femmes-chouettes ou femmes-ducs semblables aux rapaces nocturnes,
    Des paonnettes qui font avec zèle la roue pour attirer les anges
    Qui renouvellent les œils caducs de leurs longues plumes taciturnes.

    Elles sont aux royaumes des airs ce que la sirène est à la mer ;
    Déesses fantasmagoriques recherchées par des hommes avides.
    Elles survolent les déserts, les océans, les monts amers
    En personnages allégoriques mais dont le cœur reste impavide.

    Tableaux de Chie Yoshii sur https:www.chieyoshii.com .

  • Capricornettes

    Que sait-on des capricornettes qui vivent au fin fond des forêts ?
    Peu de choses en réalité, elles se cachent pour vivre heureuses.
    On entend beaucoup de sornettes à propos d’Ève déflorée
    Par un Dieu Pan, tout excité par sa vénusté savoureuse.

    Ainsi seraient nées des chimères au corps de femme immaculée
    Avec des bois de cervidé sur le crâne comme défenses.
    À leur tour, elles furent mères et enfantèrent, miraculées,
    Des filles dont l’hominidé change et évolue dès l’enfance.

    J’en ai aperçues dans les bois qui traversaient imprudemment ;
    Belles femmes nues qui couraient de leurs jeunes cornes nubiles
    Pareilles à des biches aux abois à la recherche impudemment
    De beaux jeunes cerfs qui pourraient saillir leurs croupes volubiles.

    Tableaux de Chie Yoshii sur https:www.chieyoshii.com .

  • Les seins m’en tombent !

    Les seins m’en tombent !

    Ce monde plein d’absurdités m’affole de la tête aux pieds
    Et sa pression gonfle mes seins qui, du décolleté, déboulent !
    Dominés par la gravité, ils débordent ainsi qu’il leur sied
    Mais je pense que c’est à dessein qu’on souhaite me rendre maboule.

    Depuis que le gouvernement prend des mesures arbitraires
    Envers nos droits et notre argent, j’en ressens l’insécurité.
    Or il nous traite non seulement de gogos et de vaches à traire
    Mais la majorité des gens plébiscitent sa précarité.

    Demain j’enlèverai le bas si l’état accroit son ampleur
    À favoriser les bonnets au dépit des poitrines tristes.
    J’ai déjà ôté tous mes bas, mes strings et mes culottes à fleurs
    Et s’il me prend pour un benêt, j’adhère au parti naturiste.

    Tableau de Pascal Blanché.

  • L’invitation pour l’infini

    L’invitation pour l’infini

    On nous projette l’avenir vers une éternelle croissance
    Et on nous engage à voter pour y accéder tous ensemble.
    Il n’en reste que le souvenir d’une lointaine évanescence
    Quand le miroir a pivoté sur le malheur qui nous rassemble.

    La politique est l’illusion de la peur de la pénurie ;
    Elle nous a promis l’abondance en travaillant jusqu’aux-boutistes.
    N’ayons aucune désillusion ; on nous prend pour des ahuris
    Et quand nous voyons l’évidence, on nous prend pour des complotistes.

    Hélas, les médias multiplient les mêmes infos tous les jours
    Jusqu’à en imprimer la marque dans les cerveaux mous et passifs
    Qui à leur tour démultiplient la même intox qui en retour
    Paie son tribu au Grand Monarque et ses grands projets offensifs.

    Tableau de Marc Anckaert.

  • Un chat pour la sirène

    Un chat pour la sirène

    Un chat, queue en colimaçon, avec une femme poisson.
    Vous pourriez croire qu’il va l’aimer jusqu’à devenir affamé
    De sa chair tendre, sa peau soyeuse, de sa jolie queue écailleuse
    Et ses petits seins potelés avec un nuage de lait.

    Pourtant ils vont si bien ensemble qu’à la fin tous deux se ressemblent.
    Leurs queues se bouclent d’amplitudes animées en similitude ;
    Deux œils-de-chat luminescents et deux mamelons turgescents ;
    Cheveux et poils de même ton, en dépit du qu’en-dira-t-on.

    Auront-ils un jour des enfants ? Des poissons-scies, des poissons-chats ?
    Ressembleront-ils à leur père, auront-ils la queue de leur mère ?
    Nous le saurons en temps utile ; de toute façon, c’est inutile
    De faire toutes suppositions, commentaires et propositions.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • N’importe quoi de sirène !

    N’importe quoi de sirène !

    N’importe quoi le vendredi pourvu qu’ ça change avant lundi !
    Une sirène qui pond ses œufs fécondés par un matelot ;
    Un capitaine sans contredit qui nous enlève sa Milady
    Et qui fait parler les taiseux en l’honorant au fil de l’eau.

    N’importe quoi, toujours encore, le samedi et le dimanche !
    La sirène a vu l’éclosion de ses poussins en queue de poisson ;
    Le capitaine en justaucorps et son épouse en robe sans manches
    Après une longue explosion de rires sont épris de boisson.

    N’importe quoi toute la nuit avant le lever du soleil !
    Tous les quarts d’heures de folie ont-ils été tous accomplis ?
    Déjà la sirène s’ennuie, sa progéniture a sommeil ;
    Le capitaine s’est assoupi le ventre, d’émotions, bien rempli.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • La position de l’accordéoniste

    La position de l’accordéoniste

    S’il y a péril en la demeure, en position du missionnaire,
    Il faut parfois chercher crûment d’autres positions amoureuses.
    La musique adoucit les mœurs et corse les préliminaires
    Par le travail de l’instrument et son adresse vigoureuse.

    Allongée nue sur le divan pour lui offrir l’inspiration,
    La femme de l’accordéoniste n’est plus une sainte nitouche.
    Par l’enthousiasme motivant, en totale concentration,
    Les doigts fébriles opportunistes ne caressent pas que les touches.

    Après une coupe de champagne, elle s’adonne à son fantasme
    Et se met à cavalcader en offrant ses fesses tendues.
    Et bientôt elle l’accompagne par le doux chant de son orgasme
    Sur un rythme assez saccadé, allegretto, bien entendu.

    Tableau de Carlos Nine.

  • La belle endormie

    Pendant qu’elle a dormi cent ans, combien de rêves a-t-elle connus ?
    Son âme s’est-elle émerveillée dans des rêveries vagabondes ?
    N’étant pas morte – cela s’entend – a-t-elle traversé l’inconnu
    Entre la conscience éveillée et l’inconscient d’un autre monde ?

    Sans doute Alice l’a rencontrée de l’autre côté du miroir ;
    Ulysse l’a peut-être croisée durant sa célèbre Odyssée ;
    Perrault l’aurait-il démontrée, puis oubliée dans un tiroir ?
    Il est grand temps d’apprivoiser cette question fort épicée…

    D’une respiration apaisée, à cœur perdu, désabusée,
    Elle dormait nue apparemment bercée de songes romantiques.
    Il l’a réveillée d’un baiser ; elle ouvrit les yeux, amusée
    Et aurait dit : « Mon bel amant, je faisais un rêve érotique ! »

    Tableau de Gustav Klimt.

  • Regards obliques

    Regards obliques

    Dans le paysage ordinaire chacun voit midi à sa porte
    Et est attiré par l’envie qui le mène par le bout du cœur.
    Il n’y a là rien d’extraordinaire et tout le monde s’y comporte
    À la manière dont la vie l’a construit vaincu ou vainqueur.

    Bien sûr il y a des hypocrites qui approuvent votre vision
    Tout en visant un objectif qui n’est pas à l’ordre du jour.
    Mais si la confiance est proscrite, tout demande alors révision
    Et tous les avis subjectifs ne sont que détours et contours.

    L’homme et la femme regardent ailleurs, c’est la vision complémentaire ;
    Riches et pauvres ne se voient pas, ils n’ont jamais rien vu ensemble ;
    L’un voit par l’œil du travailleur, l’autre par l’œil parlementaire ;
    L’un par l’équerre et le compas et d’autres par ce qui les rassemble.

    Photo de Robert Doisneau.

  • Éternel printemps

    Éternel printemps

    « Donnez-moi l’éternel printemps dans une corne d’abondance,
    Donnez-moi toutes les semences et toutes les eaux de la Terre,
    Donnez-moi un corps de vingt ans et une longue descendance,
    Afin que durent les romances de mes amours alimentaires ! »

    « Donnez à ma Terre ingénue toute la lumière enchantée,
    Donnez à ma Terre nubile mille graines dans son bassin,
    Ouvrez les portes de l’inconnu à celle qui va enfanter
    Autant de bouches volubiles qu’elle nourrira de son sein ! »

    Ainsi la Divine Nature implora les dieux créateurs
    Afin qu’ils tirent du néant, le temps, l’espace et la matière.
    Puis elle devint créature humaine au sein procréateur
    Qui accoucha dans l’océan de la planète tout entière.

    Tableau de Galileo Chini.