Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Où est le chat de l’écrivaine ?

    Il est là où il ne faut pas et n’est pas là où on l’attend
    Mais quand le maître est écrivain ou la maîtresse, femme de lettres,
    Alors le chat n’est pas sympa et devient suppôt de Satan
    Ou égérie de droit divin selon le souffle à lui transmettre.

    Celui de Shakespeare, coquin, était un matou choupinou ;
    Le chat scénique de Molière manifestait beaucoup d’humour ;
    Ceux des auteurs américains dorment toujours sur leurs genoux
    Et ceux des femmes romancières miaulent sur les romans d’amour.

    Illustration de Trina Schart Hyman

  • Cœur d’étoile

    Du vide est venue la lumière et la parole, source de vie,
    Créées dans le cœur des étoiles où un dieu forgea son empire
    D’une symphonie de matière dans un tempo inassouvi
    Dont les anges ont tissé la toile pour le meilleur et pour le pire.

    Et je sens l’écho dans mon cœur comme une vibration fantôme
    Accordée au verbe divin dont mon âme se fait l’essence ;
    Petit esprit alambiqueur qui aspire à être l’atome
    Qui constituera le levain pour élever la connaissance.

    Mon cœur d’étoile s’est ouvert lorsque j’ai brisé la coquille
    De mes contrôles et mes limites qui m’occultaient ma subconscience.
    Par cet interstice entrouvert de fêlures qui me fendillent,
    Je vois l’origine des mythes et l’insoutenable omniscience.

    Tableau de Heather Thornton

  • Obsession féminine

    J’ai longtemps cherché l’héroïne qu’était l’idéal féminin
    Parmi les brunes et les blondes, les rousses aux cheveux embrasés.
    Un marc gorgé de caféine au malt saturé de tanins
    M’a révélé des furibondes âmes-sœurs à apprivoiser.

    J’ai pris les chemins de traverse parmi les mondes fantastiques
    À la recherche de ma promise bien loin de mes contrées natales.
    J’ai pérégriné de converse avec des filles bombastiques
    Mais j’y ai mouillé ma chemise sans trouver la femme fatale.

    J’ai vécu avec une meuf qui m’a capturé dans sa toile
    Et m’a conservé vingt-six ans pour élever nos deux enfants.
    Mais en traversant le Pont-Neuf, la tête ailleurs dans les étoiles,
    J’ai fait un plongeon suffisant pour fuir ce foyer étouffant.

    Justement, dans les hautes sphères, au-delà des chaînes alpestres,
    J’ai rencontré ma dulcinée, artiste-peintre passionnée.
    Dans cette nouvelle atmosphère, au milieu des vallées sylvestres,
    Mes pauvres ailes calcinées ont pu se reconditionner.

    Comics américains un peu partout sur la planète

  • Prête-moi ta plume

    Le pied du mur voit son maçon, le clair de Lune voit son poète,
    Le lac voit son temps suspendu et le ciel ses chasseurs d’étoiles.
    Je collecte ainsi ma moisson de petits bonheurs où je souhaite
    Redécouvrir l’inattendu et ses mystères qui s’en dévoilent.

    La plume en guise de canot sur une étendue insipide
    M’offre toujours un imprévu qui crève l’écran de l’azur.
    L’encre en manière des canaux s’agite en vagues intrépides
    Qui, d’un reflux de déjà-vu, grandissent au fur et à mesure.

    Pareil à Morphée qui m’endort, ma muse m’envoûte et m’emmène
    Derrière les coulisses terrestres vers les royaumes de l’invisible.
    L’esprit paré de toison d’or redécouvre maints phénomènes
    Que mon cœur et mon âme orchestrent en aventures imprévisibles.

    Illustrations d’Akira Kusaka sur https://akira-kusaka-illustration.tumblr.com

  • Merde !

    Ce n’est pas l’homme qui bousille chaqu’ jour un peu plus sa planète
    Mais Dieu qui a créé le monde avec maintes contradictions.
    Métrosexuels en bas résille, femmes modernes et proxénètes
    Ne seront plus jugés immondes mais victimes à leurs addictions.

    Car Dieu nous a créé le mal pour en devenir dépendant
    Au point de tuer père et mère et bien plus si affinités.
    Ce côté obscur animal, tapi à notre corps défendant
    Dans notre chair douce et amère, nous marque de sa divinité.

    Alors après tout bousillons, dégénérons, multiplions
    Puisque tel est notre objectif et la raison de notre vie !
    Merci, Ô Dieu, et oublions avec tes anges trublions
    Ce prétendu « bien » subjectif qu’ Tu nous baratine à l’envi !

    Illustration d’Agim Sulaj

  • L’imposition des mains

    Tous ceux qui m’imposent les mains ne l’ font pas pour ma guérison
    Mais pour m’obliger à me taire au cœur du troupeau de moutons
    Et remettre sur le droit chemin – à défaut de mettre en prison –
    Rebelles et contestataires, fiers et prognathes du menton.

    Hélas Dieu aime tout le monde ce qui oblige tout chrétien,
    Tout musulman, bref tout déiste à abuser de Sa Puissance.
    Toutes les religions immondes ne signifient que le maintien
    Des multitudes populistes dans le respect, l’obéissance.

    L’imposition est un impôt de bonne foi qui nous endort
    Par aréopage d’anciens, à toutes pensées, rétrogrades.
    La crédulité est un pot pire que la boîte de Pandore
    Où croyants et politiciens entassent les maux les plus crades.

    Illustration de Lisa Aisato

  • L’heure des poissons-volants

    L’heure entre chien et loup-de-mer marque un étrange rendez-vous
    Lorsque la lumière bleuit sous l’influence crépusculaire.
    Le ciel lourd d’embruns doux-amer devient l’hôte qui se dévoue
    Pour que les poissons ébahis s’éveillent et s’envoient en l’air.

    Et puis, divine et magnifique, tenant la barre de sa jonque,
    S’avance leur ange-gardienne perchée sur son colimaçon.
    Tous s’apprêtent à l’honorifique rassemblement de toutes conques
    Qui vont jouer en file indienne un concerto pour infrasons.

    Entends-tu les cornes de brume dont les sons glissent sur les eaux ?
    Ils émanent des mille coquilles des olifants de l’océan.
    L’écho qui jaillit de l’écume et qui se déploie en réseau,
    Provient de l’illustre flottille qui le soir ressort du néant.

    Tableau de Laura Diehl

  • Quand rôde la sirène

    Quand elle rode entre deux eaux, cachée derrière les roseaux,
    Nul ne saurait l’apercevoir ni même ne saurait prévoir
    La nature de ses intentions à moins de faire très attention
    Aux cris des oiseaux qui trahissent l’avancée de l’instigatrice.

    Quand vous apercevrez son corps, sans doute vous pourriez encore
    Fuir et rejoindre la terre ferme avant que ses bras vous renferment
    Contre sa poitrine opulente et sa plastique corpulente
    Pour vous proposer d’en jouir avant de vous évanouir.

    Trop tard ! Et ses lèvres pulpeuses goûtent votre chair sirupeuse ;
    Ses doigts enserrent votre sexe, vous abandonnez tout réflexe
    Et quand vient la petite mort, alors que la sirène mord,
    Par le meilleur, elle vous déguste à pleine dents dans votre buste.

    Tableau de Barbara Tyson

  • L’invitation génétique

    J’ai reçu cette invitation dans les messages génétiques
    Inscrits dans la correspondance entre l’existence et la mort.
    À la fin de ma prestation, je quitterai ma pathétique
    Robe de chair en discordance avec une vie sans remords.

    Ainsi, nu(e) je nais, nu(e) je meurs et nu(e) je rejoins ma maison
    Où je retrouve la famille de tous ces « moi » que j’ai été.
    Ensemble dans la bonne humeur, je vis ma cinquième saison ;
    Celle où les années s’éparpillent dans une infinité d’étés.

    « Dieu » n’était que mon majordome et ses anges, mes jardiniers
    Qui m’ont assisté(e) à renaître et vivre en toutes circonstances.
    J’ai voyagé parmi les hommes, conquis mille carabiniers,
    Pour mener de mon propre maître les récits de mon existence.

    Tableaux de Rafal Olbinski

  • Ô Lotus !

    Fleur de lotus, reine sacrée, cueillie il y a dix-mille ans,
    Tu es demeurée immortelle dans mes mémoires maternelles !
    Image pure et consacrée aux vies qui vont s’assimilant
    À tous les enfants qui constellent ta progéniture éternelle !

    Fleur de lotus, originelle, rebelle aux lois de la science,
    Tu te moques des religions officielles ou ésotériques.
    Vaillante et sûre sentinelle qui sait éveiller ma conscience
    Aux indénombrables légions de mes âmes fantasmagoriques.

    Tableau de Louis Kronberg

  • La Capitaine de la Licorne

    On n’a jamais rien retrouvé de la première centurie
    Que commandait la Capitaine de la Licorne disparue.
    Cette absence pourrait prouver que vents et vagues en furie
    Ont enseveli par centaines des marins pourtant fort férus.

    Toutefois les légendes perdurent et de nombreux témoins ont vu
    La Capitaine entièrement nue naviguer en figure de proue
    Et affronter vents et froidures jusqu’à les prendre au dépourvu
    Dans le grand nord où l’inconnu demeure impudent, peu ou prou.

    Âgée de cinq ou six-cents ans, il parait qu’elle est toujours belle,
    Les cuisses et les seins aussi fermes qu’une licorne adolescente.
    Je l’imagine terrorisant tous les touristes en ribambelle
    Venus corroborer à terme leur vanité obsolescente.

    Tableau de Wojtek Siudmak

  • Avec ou sans clarinette, telle est la question

    Après le retour de bâton d’un opéra interminable
    Où la ballerine fatiguée s’écroule à même le plancher,
    En dépit du qu’en-dira-t-on, elle goûtera une inestimable
    Détente souvent prodiguée avec un instrument anché.

    Anché comme une clarinette plutôt qu’haubois ou saxophone.
    Ne me demandez pas pourquoi… sans doute son corps longiligne
    Dont l’extrémité choupinette ferait penser au sexophone
    Semblable à l’organe adéquat pour quelques délices malignes.

    Tableaux de Rakhmet Redzhepov

  • Merci Janvier pour tes naissances !

    Merci Janvier pour tes naissances !

    Bonne année, bon anniversaire à ceux dont la naissance se fête
    Aux premiers jours que l’on découvre avec les yeux d’un cœur d’enfant.
    Ceux du premier, soyons sincères, nous ont tant fait tourner la tête
    Que pour la vie entière s’ouvrent nos cœurs sur leurs airs triomphants.

    Du deux au trois, on se repose, on pose ses résolutions
    Pour modérer jusqu’au printemps de quoi se faire une raison.
    Le quatre mérite une pause ; le temps d’une révolution
    Pour apprécier chaque instant ; joie et bonheur dans la maison.

    Du cinq au six, on se retrouve ensemble autour d’une galette
    Pour célébrer l’épiphanie avec Maryvonne et Raymonde.
    Et jusqu’au dix, tous, on éprouve la même joie pour nos starlettes :
    Rebby, Sandrine et Stéphanie et toutes les reines du monde.

    Après j’ai des trous de mémoire ; sur l’éphéméride j’écorne
    Chaque quantième des naissance des dates les plus enviées.
    Je marque d’une étoile noire le dernier jour des capricornes
    Et d’une stellaire iridescence, l’aube des poissons de janvier.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Duo de dames

    Pourvu d’un mécanisme Suisse et d’une interprète helvétique,
    Le duo de dame donnait un sens au chant alémanique.
    Le luth posé contre la cuisse dompté d’un archet frénétique
    Vibrait, sonnait et bourdonnait sur d’anciennes lieds germaniques.

    Le violon accordé au dos de sa compagne musicienne
    L’accompagnait en continu de toute sa gamme étendue ;
    Do Ré Mi Fa Sol La Si Do, répondaient les notes italiennes.
    Mais pourquoi jouer les seins nus ? Mais pour le charme, bien entendu !

    Tableau d’Igor Samsonov

  • Dans le métro

    Le métro, grand collectionneur de tous types d’individus,
    Se nourrit du désir d’aller dans le sens de sa destinée.
    Direction au petit bonheur ou itinéraire assidu ?
    Lui, ne fait que bringuebaler ses échantillons coltinés.

    Beaucoup de quidam dans leurs bulles, isolés dans leurs téléphones,
    Ou cherchant à communiquer ou vampiriser leurs victimes.
    On y croise des somnambules parmi l’hétéroclite faune
    De saintes-nitouches paniquées à la vue de parties intimes.

    Comme un transit intestinal, le métro digère ses gens ;
    Toujours ses mêmes aliments ensommeillés et malpolis.
    Lorsqu’il arrive au terminal après sa douche au détergent,
    Il rêve à son rapatriement au paradis des wagons-lits.

    Illustration de Tony Sart

  • Fantasmes emprisonnés

    Dans le secret de sa raison, chacun y bâtit sa prison ;
    Cachots secrets pour assouvir tout ce que l’on aime asservir
    Juste pour rêver ses fantasmes et l’addiction à ses orgasmes
    Qui lient tant l’esprit à la chair et à ses désirs les plus chers.

    Derrière le masque des yeux tout parait toujours merveilleux ;
    Les personnes les plus honnêtes ne paraissent jamais malhonnêtes
    Mais si l’on franchit la limite et gratte derrière le mythe,
    On y découvre les horreurs du cynisme et de la terreur.

    Paradoxalement les gens probes cachent des penchants ivres d’opprobre ;
    Barbe-Bleue habite parmi nous juste à quatre pas de chez vous.
    J’ai mon propre jardin secret mais il se montre assez discret ;
    De temps en temps je vous en livre une captive que je délivre.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Lilith et la Lune Noire

    Dans les livres secrets apocryphes, l’histoire de la création
    Est décrite d’une autre manière que celle écrite dans la Genèse.
    Lilith avait montré ses griffes et renié l’agréation
    De sa réclusion prisonnière pour cause de parthénogenèse.

    Elle n’avait pas besoin d’un homme pour procréer ses propres enfants ;
    Juste besoin d’un luminaire gérant le cycle menstruel.
    Avec l’aide d’un ange astronome d’une mémoire d’éléphant,
    Elle déroba l’astre lunaire juste vêtue d’un sarouel.

    Bien sûr, c’était la Lune Noire que Lilith emportait au loin
    La troquant pour la Lune Blanche qui brille en notre firmament.
    Puis elle regagna son manoir, l’ trésor porté par son adjoint,
    Et enfanta une avalanche de filles issues de leur maman.

    Que sont ses filles devenues ? Ont-elles engendré à leur tour ?
    Personne ne se le rappelle, ce n’est pas écrit dans la bible.
    Mais des sorcières m’ont soutenu qu’en faisant des allers-retours
    Lorsque la Lune se renouvelle, elles les savaient reproductibles.

    Tableaux d’Andrej Mashkovtsev sur https://foxword.livejournal.com/166536.html

  • Infiniment vôtre

    Les années succèdent aux années, les mêmes images se répètent
    Comme l’absolu des miroirs qui s’interrogent l’un et l’autre.
    Douze mois déjà surannés par une force centripète
    Sont déjà rangés au tiroir, salués d’un infiniment vôtre.

    Douze autres mois pleins d’avenir vont passer au moulin du temps
    Et ressasser les mêmes guerres, mêmes crises et mêmes terreurs.
    Les anciens jours du souvenir parleront aux jours débutants
    Sans toutefois comme naguère éviter les mêmes erreurs.

    Cette hideuse répétition ressemble à l’enfer de Sisyphe
    Roulant sa Terre jusqu’au sommet pour repartir au même rythme.
    Casser cette malédiction serait une action décisive
    Pour s’éveiller à point nommé d’après un nouveau paradigme.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’année de l’avenir

    Quand la fin d’année se rapproche, j’observe la navigation
    De mon vaisseau spatial terrestre dans sa cabine de vigie.
    J’attends que mon regard accroche la treizième constellation
    Soumise au signe de Sylvestre dont mon chat dresse l’effigie.

    Minuit moins soixante secondes, dernière minute de l’année ;
    Nous fonçons à travers l’espace à la vitesse du futur.
    Quelques étoiles vagabondes escortent une micellanée
    De météorites qui passent pour célébrer l’investiture.

    Minuit sonnantes tous azimuts, nous franchissons l’étroit passage
    Qui petit à petit s’écarte dans les bras de la galaxie.
    Çà et là des astres permutent leurs phares suivant le traçage
    Que je relève sur les cartes, tous les sens en catalepsie.

    Enfin voici le nouveau monde d’un espace-temps inédit
    Où nous pourrions changer de vie pour une autre organisation
    Sortant des conditions immondes d’un passé lourd de discrédits
    Pour le quitter sans préavis et rallier l’illumination !

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les femmes-chamanes du nord

    Au-delà du cercle polaire, pays de la nuit éternelle,
    Lorsque le soleil pour six mois ferme le rideau de ténèbres,
    Dans des igloos alvéolaires, les cérémonies maternelles
    Préparent les femmes en émoi aux rituels qui les célèbrent.

    Depuis le pôle magnétique jusqu’aux grands réseaux telluriques,
    Elles dirigent l’énergie de toutes les mères du monde
    Au patrimoine génétique enrichi des forces ferriques
    Qu’elles stimulent en synergie de mille transes furibondes.

    Et lorsque revient la lumière, elle rendent grâce à l’Univers
    Qui a transformé leurs demandes en fait accompli, désormais.
    Elles restent toujours les premières à braver été comme hiver
    Ce froid que leur corps recommande pour les conserver à jamais.

    Illustrations de Jean-Sébastien Rossbach sur https://www.cfsl.net/chamanes-le-nouveau-livre-de-jean-sebastien-rossbach

  • Les femmes-chamanes du sud

    Dès le tropique du cancer où la chaleur est souveraine,
    Vivent les filles du Soleil, filles de Lune et des étoiles.
    Toutes pratiquant de concert les vieilles traditions pérennes
    Où les prêtresses se relayent par leur beauté qui se dévoile.

    À l’équateur, l’astre solaire parle aux vestales solitaires
    Qui vivent nues pour recevoir l’émanation qui les nourrit.
    Leur nudité protocolaire leur offre un grade autoritaire
    Que leur tribu sait percevoir au même rang que les houris.

    Jusqu’au tropique du Capricorne, sous la forêt amazonienne,
    Se sont répandues les guerrières, gardiennes des terres sacrées.
    Sacralisées de doubles cornes, arborant leur région pubienne,
    Elles vivent des transes aventurières d’hommes à la semence nacrée.

    Illustrations de Jean-Sébastien Rossbach sur https://www.cfsl.net/chamanes-le-nouveau-livre-de-jean-sebastien-rossbach

  • Lâcher prise aux résolutions

    Lâcher prise aux résolutions

    Pas trop de bonnes résolutions qui alourdiront chaque jour
    Et feront trembler dès janvier les mois de la nouvelle année.
    Et je propose en solution aux promesses que l’on fait toujours
    Des simples journées conviées aux p’tits bonheurs instantanés.

    Le petit bisou du matin pour déclencher la bonne humeur ;
    Le p’tit bonjour à la voisine pour faire fleurir un sourire ;
    Ni gros discours ni baratin qui alimentent les rumeurs
    Mais juste ce qui emmagasine la joie de vivre et les fous rires.

    Illustration du calendrier d’Olga Ert sur https:www.behance.netgallery186943calendar .

  • Sur plusieurs niveaux – 2 – L’âme-sœur

    Sur plusieurs niveaux – 2 – L’âme-sœur

    Je rencontre en chassé-croisé, l’âme-sœur qui meurt quand je nais
    Et quand je meurs je l’aperçois brièvement naître à la vie.
    Deux existences apprivoisées, mais compartimentées à jamais,
    Dont les croisements ne sursoient jamais, l’une à l’autre asservie.

    Dans ce présent je suis ici, mon autre moi dans l’autre monde ;
    Je suis actif, il est passif ; je suis de chair, il est d’éther.
    Au cours de mes péripéties, il m’épaule et il me seconde
    Comme un ami inexpressif, un ange-gardien solitaire.

    Nous nous passerons le témoin quand je pousserai mon dernier cri ;
    Ainsi ma vie continuera mais dans une nouvelle instance.
    Je vivrai toujours néanmoins dans l’autre univers circonscrit
    Vers un chœur qui s’insinuera dans la divine intermittence.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:ghoti-and-us.tumblr.compost180996938912andrej-mashkovtsev-her-good-friend-mackerel .

  • Lucy dans mes racines sylvestres

    Au plus profond de la nuit longue, la plus longue nuit de l’année,
    Mon horloge s’est déclenchée et mon cœur s’est remis à battre.
    Je sens mes racines oblongues s’étirer pour aller glaner
    Le sel de la Terre épanchée dans ses renfoncements saumâtres.

    Comme une Lucy végétale prête à marcotter tout l’espace,
    La longue nuit m’a fait muter sous un halo de pleine Lune.
    Je quitte l’écorce létale de mon ancienne carapace
    Pour une couche transmutée, nouvelle, hybride et opportune.

    Peu à peu les journées s’allongent, les rayons de soleil accouchent
    Des premières pousses de cheveux de mes bourgeons solliciteurs.
    Mon corps tout entier se prolonge, j’étends mes branches et je touche
    Le ciel pour transmettre les vœux de ma mère à mon géniteur.

    Demain je porterai leurs fruits riches en graines missionnaires
    Qui, parmi la planète en fête, produiront la manne terrestre.
    Ce soir tous mes arbres instruits de mes germes expéditionnaires
    Dresseront fièrement la tête pour célébrer la Saint-Sylvestre.

    Gravures d’Albín Brunovský.

  • Sur plusieurs niveaux – 1 – Fluctuat nec mergitur

    Sur plusieurs niveaux – 1 – Fluctuat nec mergitur

    Entre deux eaux, sous la surface, parmi le monde du silence,
    Les poissons règnent sous l’octroi accordé par le dieu des mers.
    Au fond des eaux, par contumace, ruines et décombres en vigilance,
    Guettent le plongeur maladroit noyé dans le bleu outremer.

    Au fil de l’eau, c’est l’aventure au gré des courants maritimes,
    Au gré de la force des vents et du temps qui peut se couvrir.
    Au fil de l’air, dans les mâtures, les voiles sous la caresse intime
    Poussent le bateau au-devant de l’inconnu à découvrir.

    Entre l’existence et la mort, l’âme se conduit en passagère
    Le corps en guise de navire, le cœur en guise de moteur.
    L’esprit suit sans aucun remords sa divination messagère ;
    Parfois l’équipage chavire mais force reste à ses flotteurs.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:ghoti-and-us.tumblr.compost180996938912andrej-mashkovtsev-her-good-friend-mackerel .

  • La Sirène à la voix de cristal

    La Sirène à la voix de cristal

    Telle le Rossignol milanais dont la voix brisait le cristal,
    Notre sirène d’aujourd’hui a perfectionné la technique.
    Ses vocalises en javanais, qui constituent son récital,
    Dans un ton suraigu induit, brise les lames océaniques.

    Les pauvres marins attirés voient leurs navires éclater
    En mille morceaux éparpillés dans l’amphithéâtre de mer.
    Leurs corps sont alors aspirés vers les abysses dilatées
    Comme la bouche écarquillée d’une boulimique chimère.

    L’île couronnée de brisants abrite son auditorium ;
    Vaste palais dont l’acoustique porte au-delà de l’horizon.
    Parfois l’écho électrisant échappé de son vivarium
    Rappelle un chant fantomatique. Ô notes aiguës, quelle trahison !

    Illustration de Vladimir Stankovic.

  • La sirène nippone

    À marée basse, la sirène s’éveille au soleil du levant
    Pour déjeuner d’huîtres perlières, repas frugal mais ancestral.
    Après une attention sereine, mûrie à l’écoute du vent,
    Elle quitte son île hospitalière pour suivre son chemin astral.

    À marée haute, la sirène regagne ses terrains de chasse
    Pour traquer de ses yeux bridés les loups de mer comme gibier
    Car le destin de notre reine la contraint à ce qu’elle pourchasse
    Les matelots à peau ridée, jeunes mousses ou vieux gabiers.

    Tableaux de Takabatake Kashou.

  • Crépuscule mammaire

    Crépuscule mammaire

    L’homme met de l’eau dans son vin et la femme de l’eau dans ses seins
    Mais pour trouver son équilibre, l’exercice est assez difficile.
    Comme la plume que l’écrivain trempe dans une encre à dessein
    Pour défendre l’allaitement libre au-dehors ou à domicile.

    Ah, que reviennent sur les plages nos femmes en monokini
    Aux seins nus comme des soleils, mamelons aux rayons ardents,
    Se prêter au batifolage d’un coucher en catimini
    Où nos yeux malgré le sommeil veillent encore en s’y attardant !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le Roi bonne poire et la Reine des pommes

    Le Roi bonne poire et la Reine des pommes

    Le Roi demeure une bonne poire mariée à la Reine des pommes
    Lorsque leurs échecs nous dévoilent tous leurs beaux quartiers de noblesse.
    Le Roi est nu, en plein déboires, mais après tout, ce n’est qu’un homme ;
    Quant à la Reine, toujours à poil, jamais ne montre de faiblesse.

    Car les pions jouent un jeu de dupes en nous censurant l’essentiel ;
    Si l’on voit à peine une fesse, les parties nobles restent cachées.
    Bien que la Reine n’ait pas de jupe, tout son merveilleux potentiel
    Disparaît, je vous le confesse, derrière les cases noires attachées.

    Mais le pompon reste aux chevaux montant à l’assaut des juments
    Et l’on entend des écuries beaucoup trop de gémissements.
    Hélas rien de cet écheveau ne transparaît incongrûment
    Car les tours folles en furie opposent leurs retranchements.

    Tableau de José Roosevelt.

  • Fécondation in libris

    Fécondation in libris

    Mon marque page a fécondé tellement d’histoires passionnées
    Que chaque feuille a enfanté un spin-off dont j’ suis le héros.
    Par une intrigue dévergondée et son déclic occasionné,
    Le roman est réinventé, la suite au prochain numéro.

    Ne cherchez plus son héroïne, je l’ai épousée en chemin
    Juste au bout du dernier chapitre dans une marge primesautière.
    Quant au romancier qui bouquine afin de reprendre la main,
    Je l’ai perdu dans les sous-titres listés en table des matières.

    Si la fin me laisse pantois je rêve alors d’une autre suite
    Afin de vivre une autre vie pour n’avoir pas vécu en vain.
    Dans des passages assez courtois, nous y vivons l’amour en fuite
    Avec tous nos enfants ravis à la barbe de l’écrivain.

    Tableau de Vladimir Kush sur http:licornamuseum.over-blog.comkush.vladimir-1965 .

  • Marque pages érotique

    Marque pages érotique

    J’aime glisser entre les pages comme on se glisse entre les draps,
    Y rencontrer mes héroïnes et leur faire beaucoup d’enfants.
    Au fil des tomes, mon équipage d’aventurières deviendra
    Ma dopamine, ma cocaïne vers des best-sellers triomphants.

    Toutes mes héroïnes convergent vers mon idéal féminin
    Qui se précise et se reflète au fil des livres parcourus.
    Mon marque page devient ma verge que j’introduis comme un venin
    Pour m’approprier la starlette au cours de ma lecture en rut.

    Combien de fois fis-je l’amour entre les pages satinées
    Des épopées voluptueuses des comédiennes de roman ?
    Je vous le dis, non sans humour, car elles m’ont contaminé
    Entre les marges irrespectueuses de leurs volumes assommants.

    Tableau de Vladimir Kush sur http:licornamuseum.over-blog.comkush.vladimir-1965 .

  • Les âmes jumelles

    Les âmes jumelles

    Puisque je ne suis qu’une moitié de mon humanité tronquée,
    Existe-t-il une âme-sœur, la partie du puzzle manquante,
    Qui entrerait dans mon boîtier compléter l’absence imbriquée
    Depuis que j’ai vu la noirceur de mes lacunes inconséquentes ?

    Es-tu derrière le miroir, sexe et antipode inversés ?
    Es-tu riche, belle et célèbre ou plus misérable que moi ?
    Es-tu passée par le mouroir dans une mort controversée
    Par devers l’ange des ténèbres qui s’amuse de notre émoi ?

    Sans doute la part de mémoire que le mâle en moi définit
    Et la tienne plutôt maternelle atteindront un jour leur sommet
    Mais j’ai bien peur que notre histoire ne se rejoigne à l’infini
    Comme deux droites parallèles qui ne se rencontrent jamais.

    Photo de George Mayer.

  • La pie rabatteuse

    La pie rabatteuse

    Par-ici, une idée soudaine ; par-là, une illumination ;
    Esprit mûrement réfléchi et sautes d’humeurs impromptues.
    Un éclat de calembredaine, un soupçon de fulmination,
    Tous les souvenirs défraîchis chopés à bride rabattue.

    Faute de grives et de merles, faute de gibier détourné,
    La pie voleuse, reconnaissante envers celle qui l’a élevée,
    Lui restitue toutes les perles de pensées qu’elle a détournées
    Des voyageuse, des passantes et autres femmes motivées.

    Ces mille trésors grappillés et pots-pourris d’inspirations
    Sont livrés de bec à oreille à sa maîtresse intéressée.
    Aucun avis n’est gaspillé, tout est mis en préparation
    Pour une création sans pareille issue des âmes régressées.

    Tableau d’Elena Arcangeli.

  • La femme est l’avenir du vélo

    La femme est l’avenir du vélo

    Lorsque les vélos sortiront leurs maîtresses en quête de flirt,
    Ils devront adapter leurs selles aux strings et aux mini jupettes.
    Les pédaliers s’adapteront aux talons aiguilles à fleurs
    Et offriront aux jouvencelles un air fripon sur leurs gambettes.

    Plutôt à vélo qu’en voiture, en tenue légère écolo,
    Ces dames obéiront aux signes dès le premier coup de sonnette.
    Les hommes en quête d’aventure seront transportés à vau-l’eau
    Sur leurs bécanes pour être dignes d’aller conter leurs chansonnettes.

    La selle remplacera la culotte dans un avenir ultérieur
    Et l’soutien-gorge par un panier attaché au porte-bagages.
    Ces drôles de cyclistes rigolotes agiteront le postérieur
    En guise de clignotant manié comme incitation au dragage.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’amour paradoxal

    L’amour paradoxal

    L’évolution nous a créés tel un infernal paradoxe ;
    Tout notre être est ainsi tourné vers tout ce qui nous est utile
    Afin de rentabiliser au mieux notre expérience humaine
    Et privilégier notre ego puisqu’il faut devenir adulte.

    Oui mais voilà ; notre survie est soumise à reproduction ;
    Il nous faut aimer l’âme-sœur autant ou même plus que nous-mêmes,
    Savoir ne pas être égoïste et tout partager en famille
    Jusqu’à lâcher l’identité personnelle pour celle du groupe.

    On n’est plus « je », on devient « nous » mais où est donc le libre arbitre ?
    On devient ce qui nous ressemble et on rejette l’étranger.
    On cherche d’autres relations ? On s’ouvre à l’infidélité.
    Je me suis perdu en chemin… pourrais-je alors recommencer ?

    (Tableau de Dorothy Webster Hawksley.
    Je ne sais pas si Daphnis & Chloé ont vécu l’amour paradoxal mais vu qu’ils m’ont inspiré ce texte, pourquoi pas ?

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La pêche au toucan

    La pêche au toucan

    J’ai un besoin d’absurdité primordial pour mon équilibre
    Et une envie d’irrationnel pour donner un goût à ma vie.
    Je vaincs ma taciturnité en occupant tout mon temps libre
    À rêver de sensationnel sans queue ni tête qui me ravit.

    Turlututu, chapeau pointu, percé par le bec d’un toucan,
    Les p’tits pois sont rouges à l’embout de ma canne à pêche sans façon.
    Mon cœur, mon ami, t’entends-tu battre à transformer ce boucan
    En p’tits poissons rouges debout face au poids de mon hameçon ?

    Je ne sais si le Père Noël s’y retrouvera dans ma liste
    Car elle ressemble à s’y méprendre à l’inventaire de Prévert.
    Mais je compte sur Marie-Noëlle et tous ses elfes spécialistes
    Pour me trouver et me surprendre par un truc pas piqué des vers.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Élévation/Révélation

    Élévation/Révélation

    Après ma mort, je retrouverai les fils-du-ciel extraterrestres
    Qui avaient trouvé mon arrière- arrière-grand-mère à leur goût.
    Sans doute, je recouvrerai tous mes pouvoirs mis sous séquestre
    Durant mon humaine carrière où je n’étais plus dans le coup.

    Plus jamais asservi au temps, assujetti à la matière,
    Ni soumis aux lois de ce monde après quatre-vingt-dix hivers
    Mais redevable tout autant à l’ascendance tout entière
    Au cœur des étoiles fécondes procréatrices d’univers.

    Et si le Père Noël existe, je lui transmettrai un cadeau
    À remettre à tous les enfants au dernier jour de la saison.
    Un peu de mon cœur fantaisiste, un peu de mon Eldorado
    Dont mes souvenirs triomphants illumineront leurs maisons.

    Vu sur https:www.artstation.comartworkPGwD4 .

  • Les femmes-chamanes de l’est

    Franchis au-delà des Carpates avant la chaîne de l’Oural,
    Tu trouveras dans les vallées et les forêts orientales
    Les ancestrales naturopathes, mères herboristes et culturales
    Qui cueillent et distillent l’azalée pour ses vertus fondamentales.

    On les qualifient de sorcières, alchimistes et magiciennes
    Car elles sont initiées des anges à tous les trésors de la Terre.
    Sans doute fières et outrancières mais authentiques praticiennes
    De la magie, cet art étrange, clef des secrets et des mystères.

    Elles incarnent les armes vivantes, soldates du féminin sacré,
    Seins nus afin de confirmer l’appartenance au gynécée,
    Cette sororité savante qui est à jamais consacrée
    À protéger et affirmer leur sexuelle panacée.

    Illustrations de Jean-Sébastien Rossbach sur https:www.cfsl.netchamanes-le-nouveau-livre-de-jean-sebastien-rossbach .

  • Les femmes-chamanes de l’ouest

    Au-delà du pays des Celtes, de l’Ankou et des Korrigans,
    Si tu traverses l’Atlantique en direction de l’occident,
    Tu connaîtras des femmes sveltes aux vêtements extravagants,
    D’une beauté si authentique que l’éclat paraît dissident.

    Parées de plumes et peaux de bêtes sur leurs personnes tatouées,
    Elles détiennent les secrets de la nature sauvagine.
    Parures d’oiseaux sur la tête pour plaire aux dieux amadoués,
    Poitrines aux seins nus consacrées à nourrir leurs fils androgynes.

    Quant à leurs filles immaculées, toutes favorites des dieux,
    Elles sont fécondées à leur tour par des anges érotomanes.
    Ainsi tout est articulé autour du féminin radieux
    Qui règne en paix aux alentours du pays des femmes-chamanes.

    Illustrations de Jean-Sébastien Rossbach sur https:www.cfsl.netchamanes-le-nouveau-livre-de-jean-sebastien-rossbach .

  • Sens dessus-dessous

    L’occident sens dessus-dessous et l’orient à feu et à sang
    Ecartèlent notre planète d’un vent de discrimination.
    Les vieux ressentiments dissouts dans un monde pas si innocent
    Feront-ils un jour place nette après son extermination ?

    Barrière des langues, frontières ouvertes, accueil aux migrants provoqué
    Pour d’obscures raisons iniques ne font pas bon ménage ensemble ;
    Depuis les grandes découvertes, tous les pays sont convoqués
    À s’affronter dans la panique dans cette course qui les rassemble.

    Illustrations de Vladimir Stankovic.

  • Malice en pays étranger

    L’herbe est-elle vraiment plus verte quand elle est vue de l’étranger
    Au point qu’irrésistiblement elle attire les voleurs de pommes ?
    Toutes nos frontières ouvertes n’ont pas semblé les déranger
    Pas plus que le surpeuplement sonnant tel un ultimatum.

    Malice au pays des merveilles avec toute l’absurdité
    D’une économie planétaire tiraillée entre les puissances.
    Trop tard pour que l’on se réveille ; le temps de l’insécurité
    Répand son poison délétère au prix d’abjectes jouissances.

    Illustrations de Vladimir Stankovic.

  • Sirènes d’eaux salées

    Sirènes d’eaux salées

    La vie et la mort sont liées comme le prédateur et sa proie
    Qui ont évolué ensemble et pris des chemins de traverse.
    Et chacun se multiplier dans une odyssée ou surcroît
    La destinée qui les rassemble dans des situations perverses.

    La sirène a goûté le sel, la sirène a goûté le sang.
    D’un appétit insatiable pour tous les jours de la semaine.
    Comme un désir universel si irrésistible et puissant
    Qu’elle en devient impitoyable envers ses victimes humaines.

    Mais on ne croit plus aux chimères dans notre société moderne ;
    Dieu et la science renient tout ce qui n’est pas très catho.
    Et lorsque l’homme prend la mer – et des vessies pour des lanternes –
    Les sirènes – quelle ironie ! – accourent autour de son bateau.

    Illustration de Trina Schart Hyman.

  • Sirène d’eaux douces

    Sirène d’eaux douces

    Beaucoup d’amour et d’eau de source pour les sirènes helvétiques
    Qui s’abreuvent du flux des glaciers qui s’écoulent dans les vallées.
    D’ailleurs elles sont cotées en bourse par le taux d’un franc aquatique
    Dont la valeur est appréciée par une pénurie d’eau salée.

    Jadis elles ont fait fortune en tondant les mérous dorés †
    Et en produisant du fromage à la laitance des Grisons.
    Elles ont tant collecté de thunes que les banquiers ont adoré
    Créer un prêt à leur image qui finit en queue de poisson.

    Alors la sirène d’eau douce est-elle gentille ou bien méchante ?
    On ne sait pas et les montagnes restent muettes à la question.
    Finalement, comme rien ne pousse à une réponse approchante,
    Le mystère persiste et gagne en innombrables suggestions.

    (Tableau de Jeanne Saint Chéron.
    † En effet, la peau de mérou s’tond.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’amour de la mort

    L’amour de la mort

    Mourir d’aimer, aimer mourir, un paradoxe pour la vie
    Qui nous promet dès la naissance notre achèvement programmé
    Car tout va devoir concourir à atteindre la fin du devis
    En acceptant, en connaissance, d’être enterré ou bien cramé.

    Combien au début j’ai haï cette détestable promise
    En divorçant d’avec la mort pour une maîtresse éternelle !
    Mais c’est la vie qui m’a trahi pour la maladresse commise
    Par Adam et Ève, à tort, et une pomme originelle.

    Peut-être suis-je déjà mort sans le savoir depuis longtemps
    Et j’erre dans un monde à l’envers dans des conflits exponentiels.
    Un non-sens pour le matamore qui poétise au fil du temps
    Ses pensées en prose et en vers sur ses problèmes existentiels.

    Illustration de Roger Creus Dorico.

  • Les couleurs du temps

    La Terre affiche ses humeurs selon les couleurs exprimées
    Au fil des jours et des saisons dans ses tourments les plus ultimes.
    Les vents transportent les rumeurs que les nuages ont imprimées
    Au ciel, à tort ou à raison, pareilles à un journal intime.

    Ciel rose d’un matin morose, ciel gris d’un crépuscule aigri,
    Montrent les pensées de la Terre qui, hier encore, l’émouvaient.
    Cyclones et tempêtes en névrose, forêts aux arbres abougris,
    Pleurent sous les pluies délétères et souffrent sous les vents mauvais.

    Photos de Raul Cantu.

  • La lumière derrière le masque

    Enfin la nuit tombe le masque et laisse apparaître le jour
    Dans ses yeux d’abord outremer, puis de plus en plus bleu-azur
    Avec la Lune un peu fantasque qui continue, comme toujours
    Après une absence éphémère, à poindre au fur et à mesure.

    Mais les ombres vont s’étirer jusqu’au milieu de février
    Et daigneront laisser la place, après avoir bien profité,
    Du temps qui aura empiré durant ce froid tant décrié
    Jusqu’à ce que l’hiver se lasse et laisse le printemps s’inviter.

    Tableau de Thomas Blackshear.

  • La longue nuit du Solstice

    La longue nuit du Solstice

    Pour bien comprendre le solstice et ses ténèbres interminables,
    Imaginez une cavalière drapée de jour, chinée de nuit.
    Plus elle avance vers l’interstice de la lumière véritable,
    Plus apparaît la chevalière nue comme si elle sortait du puits.

    Hélas, il faut encore attendre jusqu’à la fin du mois de janvier
    Pour voir les jours se rallonger et apercevoir l’amazone.
    Bien sûr, cela laisse sous-entendre que la nudité enviée,
    Voilée de tissus prolongés, cotera en seconde zone.

    Tableau d’Igor Morski sur https:www.espritsciencemetaphysiques.comillustrations-controverse-dun-artiste-polonais-revelent-cote-noir-de-societe-moderne.html .

  • L’île en Elle

    L’île en Elle

    Toutes les femmes sont des îles selon où il vient l’accoster
    Pour devenir l’explorateur de chaque mont, chaque vallée
    Où il espère un droit d’asile qu’il devra alors composter
    Par un désir perforateur que rien ne saurait ravaler.

    Elle n’est qu’une île, il n’est qu’une aile selon l’élément qui lui plait.
    L’île est en elle, peau émergée quand elle est baignée d’onde pure ;
    L’air est en elle, à tire-d’aile quand elle lui chante les couplets
    Dont les paroles sont submergées de cliquetis dans la mâture.

    L’île est en l’eau, elle est en haut, selon quand elle s’envoie en l’air,
    Quand il survole comme un oiseau ses atolls mouvants en surface.
    Il est en elle, à fleur de peau, physiquement et musculaire,
    Quand ils rejoignent le réseau dont l’amour est seul interface.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’ombre du peintre

    Voilà qu’un peintre a oublié son ombre dans son atelier
    Et, plutôt que broyer du noir, celle-ci s’est prêtée au lavis.
    Juste vêtue d’un tablier à son clair-obscur relié,
    Elle peint le temps où, de mémoire, c’était dur de gagner sa vie.

    Sa première nature morte dans une composition funèbre ;
    Son tout premier autoportrait aux formes indéfinissables.
    Mais voici qu’on ouvre la porte ; la lumière chasse les ténèbres,
    Sur les toiles ne reste aucun trait, l’ombre est partie, insaisissable.

    Photos de Starababaztramwaju.

  • Goûteur de pluie

    Goûteur de pluie

    La goutte de pluie initiale appelle à l’adorable douche
    De gouttelettes essentielles qui forment le premier ruisseau
    Qui transmet sa fièvre glaciale du sommet aux coins de la bouche
    Et redescend en aquarelle sous l’action de mille pinceaux.

    Quand le soleil pointe son nez, les gens du nord sortent le leur ;
    Quand la pluie donne ses faveurs, les amateurs sont crédités
    Selon s’ils sont déterminés d’absorber toute sa valeur
    Et goûter toute sa saveur en lui offrant leur nudité.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.