Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • L’ascension sociale

    L’ascension sociale
    Entre l’ascension de mon âme et celle de l’ascenseur social,
    Il m’est force de constater que je doute un peu du projet.
    Le dieu des hommes me réclame à ma mort un « pass » paroissial
    Pour un paradis postdaté auquel je dois me déroger.

    Quant à l’État, son ascension n’est rien qu’une vaste utopie
    Car seuls quelques privilégiés uniquement y auront droit.
    Retraites, rentes et pensions relèvent de la microscopie
    Si tant est que des réfugiés ne les détournent à leur endroit.

    Depuis cinquante ans les médias formatent tous les prétendants
    À la vraie vie préfabriquée de loisirs stéréotypés.
    Du pain, des jeux, dans l’immédiat, puis à long terme dépendants
    D’intoxications trafiquées aux pandémies anticipées.

    Je ne crois pas aux transhumances de moutons mis en confiance
    Par un berger et sa houlette qui les emmène à l’abattoir.
    C’est pourquoi toute accoutumance éveille en moi la méfiance
    D’une instinctive « riboulette » qui me sied comme échappatoire.

    Tableau de John Pitre sur https:johnpitre.comproductsproducts-ascension-genesis-block-digital-fine-art-html?variant=41213702406321 .

  • La sirène écossaise

    Les sirènes ne sont pas prêteuses pourtant elles donnent de la voix
    Pour guider en guise de phare les bateaux perdus sur les eaux.
    Hélas ces folles entremetteuses les mènent plutôt vers des voies
    Où un naufrage sans fanfare sonne le glas des matelots.

    La mythologie écossaise parle de « Ceasg » dévouées
    Moitié-humaine, moitié-saumon, grandes prêtresses de la mer.
    Elles ne paraissent pas si mauvaises car elles accordent trois souhaits
    À qui de son mât d’artimon pourra capturer la chimère.

    Mais gare à qui tombe amoureux car il se perdra dans les flots
    Où elle entraîne sa victime vers les abysses opportunes.
    Le pauvre marin langoureux n’aura que le temps d’un sanglot,
    Même pas un regard ultime pour ses compagnons d’infortune.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Sirénade

    Sirénade

    Quand Sirénade vient bercer les matelots dans leur hamac,
    Ceux-ci plongent à poings fermés dans les bras palmés de Morphée
    Dont les dents viennent transpercer les rêves tendres qui s’estomaquent
    De d’être laissés enfermer, obligés de crier forfait.

    Gare à qui entendra le chant de Sirénade l’endormeuse
    Car il n’ se réveillera plus, prisonnier des pires mensonges.
    À l’heure du soleil couchant, faites attention à la charmeuse
    Car si sa chanson vous a plu, vous serez perdus dans ses songes.

    Je l’ai écoutée une fois et j’ai chuté longtemps, longtemps
    Comme une Alice poursuivant un lapin blanc dans les abysses.
    Je l’avais écrit toutefois à l’encre d’un petit remontant
    Qui m’a ramené droit devant le seuil des cauchemars propice.

    Tableau de Liselotte Eriksson.

  • Le pêcheur d’idées

    Le pêcheur d’idées

    L’idée qui n’atteint pas la norme de l’intention super-géniale
    Est immédiatement rejetée ; petite idée deviendra grande.
    Elle repart dans cette énorme mer des rêveries domaniales
    De mes consciences à végéter et qui fait mon sel de Guérande.

    Le soleil de l’inspiration éveille la salinité
    Des pensées particulièrement vives, brillantes et piquantes.
    Aussi, pas de désolation si je pêche une insanité ;
    Je la renvoie dans l’élément qui la rendra plus conséquente.

    Celle-ci ne faisait pas le poids quand je l’ai sortie du néant
    Et je l’ai laissée décanter dans l’alambic de ma raison.
    Aujourd’hui elle fait contrepoids avec les pensées des géants
    Et j’ai la joie d’en raconter sa maturation de saison.

    Tableau de Poly Bernatene.

  • La Valse des patineurs

    La Valse des patineurs

    En dix-huit-cent quatre-vingt-deux, l’hiver est très rude à Paris ;
    Par moins vingt-six au thermomètre, étangs et lacs, tous sont gelés.
    L’environnement brouillardeux agrée aux femmes et leurs maris
    Le seul sport qu’ils peuvent se permettre : un patinage ensorcelé.

    C’est un compositeur français qui, d’une valse, a reproduit
    Le pittoresque du tableau par la magie des instruments.
    Un jeu de violons agencé avec percussions a produit
    Par des clochettes et des grelots cet authentique document.

    Chaque fois que je mets le disque de vinyle noir sur la platine,
    J’observe la pointe de diamant sur la patinoire glisser
    Et les notes, bravant tous les risques, s’échapper de la sonatine
    Devenir valse impatiemment et faire des ronds hélicés.

    Illustration de Lorenzo Mattotti ;
    « Les Patineurs » est le nom d’une célèbre valse d’Émile Waldteufel composée en 1882

  • La main à la pâte

    La main à la pâte

    Quelles sont les mains qui ont pétri la glaise à modeler l’Adam ?
    Ce ne sont pas celles de Dieu ; Il crée avec plus de panache !
    Seul un as en géométrie comme Lilith, la première dame,
    A fait ce travail fastidieux hors de portée d’une ganache.

    Elle a mis la main à la pâte en flattant les muscles saillants
    Et en lui façonnant un sexe à la mesure de son vagin.
    Elle n’a pas traîné de la patte ; au contraire, tout en travaillant,
    Elle veilla à l’effet convexe obligatoire de son engin.

    Au moment d’insuffler l’esprit, elle a dû lui pomper le nœud
    Afin qu’une partie du mental descende dans les testicules.
    Quand tout fut fait, sans parti pris autre qu’un souhait libidineux,
    Elle fit son expérimental devoir pour voir s’il éjacule.

    Tableau d’Eva Gamayun.

  • Comme tout le monde

    Comme tout le monde

    Une fois n’est pas coutume, je vais faire comme tout le monde
    Et promener Amsterdam sur le chemin vicinal.
    J’ai mis mon plus beau costume pour ne pas qu’on me confonde
    Avec un simple quidam baladant son animal.

    C’est même plutôt Amsterdam qui me sort de ma tanière ;
    Il n’aime pas que je reste, le nez dans mes formulaires.
    Poliment, il dir : « Madame, ne faites pas de manières.
    Passez votre grosse veste et sortons donc prendre l’air ! »

    J’ai déjà changé trois maîtres et leurs chiens en souriceaux,
    Puis transformé deux commères en grenouilles pipelettes.
    Ils pourront tous s’en remettre rejetés dans le ruisseau
    Après un séjour sommaire dans le ventre d’une belette.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le moi végétatif

    Le moi végétatif

    Tandis que je virevolte en pensées éphémères,
    Que l’esprit dévergonde la raison et le cœur,
    Une autre vie tapie dans les basses atmosphères
    Dirige mon navire comme un fier remorqueur.

    L’estomac, le premier, assure l’intendance ;
    Le foie, le contrôleur, vérifie la valeur ;
    L’intestin intervient et entre dans la danse
    Puis absorbe la manne comme expert-avaleur.

    Lorsque je broie du noir, mes intestins aussi ;
    Lorsqu’il y a de la joie, j’en pète d’enthousiasme ;
    Lorsque je fais l’amour, le ventre s’associe
    À ce que le plaisir délivre ses fantasmes.

    Illustration de Balbusso Twins sur https:www.behance.netbalbusso .

  • Le feu intérieur

    Le feu intérieur

    Que ne fais-je feu de tout bois de toutes connaissances acquises ?
    Tout ce que je crois être « mes pensées » ne sont qu’un brasier d’instructions.
    Par ailleurs tout ce que je crois n’est qu’une sélection requise
    Pour être mieux récompensé selon mauvaise ou bonne action.

    Je rêve d’autre carburant pour alimenter mon moteur ;
    J’ambitionne d’autres essences pour faire évoluer mon cœur ;
    J’aspire à être comburant d’un nouvel espoir promoteur
    Qui m’ouvrira bien d’autres sens pour cesser d’être chroniqueur !

    C’est pourquoi je prends des chemins qui ne me mènent nulle part ;
    C’est pourquoi je ne lis de livres que ceux qui m’ouvrent mille portes.
    Je ne crains pas les lendemains, je ne défends aucun rempart
    Et la seule chose qui me délivre c’est qu’un jour l’inconnu m’emporte.

    Illustration de Balbusso Twins sur https:www.behance.netbalbusso .

  • Ésotérisme et érotisme

    Ésotérisme et érotisme

    L’ésotérisme m’intéresse par toutes ses parties cachées
    Qui se dévoilent à l’initié même si elles sont illégitimes.
    L’érotisme est l’enchanteresse sciences des arts attachés
    À laisser le sexe officier à des réunions plus intimes.

    L’ésotérisme est la doctrine de l’occultisme conservé
    Par une réunion d’adeptes des sciences conceptuelles.
    L’érotisme dévoile la poitrine et les organes réservés
    À des personnes qui acceptent l’art des pratiques sexuelles.

    Autant les deux notions diffèrent comme deux droites parallèles,
    Autant elles ont des points communs qui convergent à l’infini.
    Quand la quadrature s’affaire autour du cercle des mamelles,
    Le résultat est opportun contre toute misogynie.

    Tableau d’Olivier Ledroit.

  • Les peurs de l’enfance

    Les peurs de l’enfance

    Sans doute suis-je formaté par toutes les peurs de l’enfance
    Qui m’ont longtemps paralysé avant de trouver le courage
    D’affronter et de colmater les blessures de mes défenses
    Et, bien plus tard, d’analyser la faute de mon entourage.

    Mais voilà « on » m’a éprouvé ; autant mes parents que l’école
    Pour faire sortir le papillon de sa chrysalide, vainqueur.
    Mais tout cela reste à prouver en ce qui concerne le protocole
    Que je soupçonne un tatillon inadapté selon mon cœur.

    Chaque peur rentrée dans ma chair m’aura laissé des cicatrices
    Que j’aurai beau soigner longtemps mais qui laisseront leurs souvenirs.
    Je forme le vœu le plus cher que cette ligne directrice
    N’ai pas de rôle répercutant chez mes enfants à l’avenir.

    Illustration de Balbusso Twins sur https:www.behance.netbalbusso .

  • La chasse au Dahu

    La chasse au Dahu

    C’est lors d’une chasse au Dahu que mon père a connu ma mère :
    Cherchant la bête aux courtes pattes, courant comme deux niquedouilles
    Et mettant et tant de chahut pour faire peur à la chimère
    Qu’à la fin elle se carapate et nos chasseurs rentrent bredouilles.

    Comme ils sont un peu fatigués et que la pleine Lune est douce,
    Sous un arbre tous les deux s’asseyent profitant de l’intimité.
    L’amourette s’étant instiguée, d’abord s’embrassent leurs frimousses,
    Puis de leurs quatre mains s’essayent à trouver plus d’affinités.

    Mais voici que dans leurs ébats, ils roulent ensemble des quatre fers
    Et d’autres chasseurs les repèrent croyant la bête à leur portée.
    Bref pour couper court aux débats, les deux amants nus comme un ver
    Sont contraint par Monsieur l’Maire à un mariage vite emporté.

    Sources Wikipedia : Le dahu est un animal imaginaire sauvage décrit comme vivant dans les zones montagneuses, environnement qui aurait influé sur son évolution physique au fil des générations. Son aspect caractéristique réside dans le fait qu’il a deux pattes latérales plus courtes que les deux autres, afin de bien se tenir dans les pentes montagneuses.

  • La bibliothécaire des étoiles

    La bibliothécaire des étoiles

    Si l’absolu est recensé, si l’infini est dénombré,
    Alors le diable est démasqué, lui qui se cache dans les détails.
    Sans doute n’étions nous pas censés avoir la mémoire encombrée
    De chaque élément débusqué que cache cet épouvantail.

    Car tout l’univers n’est qu’un leurre inventé pour nous faire peur ;
    Si tout est incommensurable, c’est faute à un vide impassible.
    Mais nous allons voir tout à l’heure qu’il est un ange développeur
    Qui a fait un incomparable travail prétendu impossible.

    La bibliothécaire des étoiles a tout enregistré pour nous
    Même si ce n’est pas toujours le meilleur côté de nous-mêmes.
    Après la mort tout se dévoile et les mystères se dénouent ;
    Alors en attendant ce jour, je vis avec celle qui m’aime.

    Illustration d’Evgenia Lumfur.

  • L’amour au violoncelle

    Sans doute la Saint-Valentin fait jouer pianos et violons,
    Contrebasses et Bandonéons dans les clubs jusqu’au petit jour.
    Mais loin du tango argentin, loin de Daphné et Apollon,
    Loin des lumières et des néons se nichent les mélodies d’amour.

    Valentine lance l’ouverture de toute sa virtuosité
    Pour inviter son partenaire devant sa partition du tendre.
    D’abord avec désinvolture, puis avec somptuosité,
    Tout en laissant l’imaginaire pour un impromptu à attendre.

    Valentin réplique à l’invite en gravissant son chevalet
    D’une main ferme mais précise tout en maniant son archet.
    Et tandis que ses doigts lévitent sur le manche au rythme exhalé,
    Il la rejoint à la reprise de ses aiguës très haut perchés.

    Tableaux de Lena Sotskoval et de Cardici.

  • La tribu à son point d’eau

    Il est cinq heures, Paris s’éveille, les boulevards sont animés ;
    Chacun s’affaire autour du zinc, café, croissant ou petit blanc.
    La tribu parle et s’émerveille sur le journal frais imprimé
    Et ça commente en multilingue le dernier fait divers troublant.

    Il est midi, Paris déjeune et les terrasses sont bondées ;
    Chacun s’attable en petit groupe en se calant le popotin.
    Les vieux, les adultes et les jeunes, vertueux ou dévergondés,
    Ravivent le moral des troupes par les meilleurs petits potins.

    Il est cinq heures, Paris regagne ses hôtels, ses appartements ;
    Chacun vient boire un dernier verre et chacun paye sa tournée.
    On joue aux cartes, on perd, on gagne, on se détend ouvertement ;
    La tribu rentre, l’air sévère et c’est la fin de la journée.

    Tableaux de Michel Delacroix.

  • Le radeau des médusés

    Le radeau des médusés
    À force d’avoir inondé la France sous le flot des impôts,
    Tout ce qui devait arriver est tombé en pluies diluviennes.
    Les pots-de-vins vilipendés et les bakchichs sous le chapeau
    Ont fait éclater les rivets et nous coulons quoi qu’il advienne.

    La France était insubmersible comme le Titanic d’Europe ;
    Ses « fluctuat nec mergitur » ne l’ont pas sauvée du désastre.
    Et nous errons tel une cible pour tous les requins interlopes
    Qui viennent se repaitre à leur tour d’une bonne conjonction des astres.

    J’ai fait ce rêve hypothétique mais allez donc savoir pourquoi !
    Sans doute un mélange insidieux des mots de notre président,
    Ce capitaine pathétique qui mène avec je-ne-sais-quoi
    Notre embarcation ainsi Dieu – ou le diable – ; ce n’est pas évident !

    Tableau de Nicole Claveloux.

  • L’arlésienne parisienne

    L’arlésienne parisienne

    À l’instar d’Ève et de Lilith, deux femmes pour la république
    Ont été données à la France ; l’une pure et l’autre de sang-mêlé.
    Marianne en principe facilite toutes les affaires publiques
    Et l’autre provoque à outrance par ses fastes et ses démêlés.

    Car l’autre on ne la voit jamais, c’est l’arlésienne parisienne
    Qui se faufile dans les couloirs et saute sur celui qu’elle guette.
    Notre président désormais pourrait avouer qu’il a fait sienne
    Cette Lilith qui dit vouloir mener la France à la baguette.

    Car notre pauvre président est innocent de ses forfaits
    Qu’on lui souffle sur l’oreiller toutes ses nuits voluptueuses.
    Nous le savions, c’est évident. Ce premier de la classe ne fait
    Qu’obéir tout ensommeillé à son égérie présomptueuse.

    Collage de Laura Heine.

  • Les femmes-papillons

    Les femmes-papillons
    À l’instar des belles sirènes réinsérées chez les poissons,
    Leurs cousines harpies et chimères ont choisi d’autres pavillons :
    Aigles royaux, autruches-reines jusqu’aux étourneaux sans façon
    Et une existence éphémère pour les femelles-papillons.

    Car elle ne vivent pas longtemps, leur vénusté est à ce prix
    Mais elles font tourner la tête mille fois plus que les sirènes.
    Elles naissent au début du printemps et meurent une fois leur cœur épris
    D’un aviateur dont l’épithète est celle d’une mort sereine.

    Sachez que s’envoyer en l’air avec l’une comporte des risques
    Ainsi vous tomberez de haut ou bien vous aurez le vertige
    Car elle vous fait faire tralalaire au septième ciel fantastique
    Et vous lâche en plein rodéo ainsi que son orgasme l’exige.

    Photo de Mariana Goldfarb sur https:revistaquem.globo.comQUEM-Newsnoticia201712provocante-mariana-goldfarb-aparece-sem-roupa-em-novo-post.html .

  • La fatigue de la sirène

    La fatigue de la sirène

    Au bout de neuf mois la sirène vient à bout de sa gestation
    Et puis met bas si l’on peut dire de bas en haut avec des fleurs.
    Si l’on voit ses petites reines naitre aux parcs d’acclimatation,
    On les voit, elles, s’interdire de naître ailleurs que dans des pleurs.

    De grosses larmes de crocodile sont pleurées durant leur grossesse
    Car la fatigue les attriste et les désole à gros sanglots.
    Tout porte à croire que leurs idylles avec des matelots sans cesse
    Les rendent plutôt égocentristes à se lamenter par les flots.

    Heureusement les futurs pères n’ont pas à s’en intéresser
    Dans le vivier où sont parqués les derniers mâles fécondateurs
    Il arrive que l’on repère des naissances ainsi harassées
    Aux pluies torrentielles remarquées lorsqu’on traverse l’équateur.

    Tableau de Mihail Zablodski.

  • La vérité qui n’est pas bonne à voir

    La vérité qui n’est pas bonne à voir

    Imaginez un appareil qui puisse capter la lumière
    Émise depuis le Big-Bang jusqu’aux confins de l’univers !
    L’engin, à nul autre pareil, révèlerait en avant-première
    Le monde sorti de sa gangue jusqu’à ses moindres faits divers.

    Je réobserverais l’histoire de cro-magnon jusqu’à Jésus ;
    J’inspecterais les morts suspectes de César à Napoléon ;
    Je rendrais les mystères notoires et dénouerais les décousus
    Mais ma démarche circonspecte m’attirerait le feu des néons.

    En effet, tous les criminels qui ont érigé leur empire,
    Auraient peur que mes prédictions mettent au grand jour tous leurs faux-pas.
    Et le péché originel, pour le meilleur et pour le pire,
    Ôterait toute malédiction puisqu’un faux-dieu n’existe pas.

    Les riches craignant pour leur or auraient de mauvaises intentions ;
    Les religions redouteraient l’abandon de tous ses fidèles.
    Tous désireraient me voir mort et détruiraient mon invention
    Aussi j’espère, vous goûterez que j’en détruise le modèle.

    Tableau de Nizam Khan.

  • La véritable genèse

    La véritable genèse

    Un autre Dieu, d’un autre temps, d’une autre création semblable,
    N’avait doté son paradis que d’humaines hermaphrodites.
    Elles batifolaient, voletant autour de l’arbre assimilable
    À un savoir de parodie que seule la bêtise accrédite.

    Que croyez-vous qu’il arriva ? Bien sûr le malin s’inséra
    Pour semer le mal dans les cœurs et provoquer le sacrilège.
    Mais personne ne se motiva à écouter le scélérat
    Qui repartit à contrecœur pestant contre ce florilège.

    Mais alors le Dieu s’ennuya ; pas la moindre note fautive,
    Personne à menacer d’enfer ni même de mort éternelle.
    Sans doute un démon l’aiguilla à faire une autre tentative
    En opérant juste un transfert sur la perfection maternelle.

    Les hermaphrodites furent des anges et Dieu fit l’homme à son image :
    Fourbe, faux et machiavélique, bouffi d’ambition et d’orgueil.
    Sitôt que le nouvel échange fut fait il y eut tant de dommages
    Que, de Dieu et toute sa clique, on put en écrire un recueil.

    Tableaux de Bruce Kendall.

  • Approche

    Comme je zoome avec le cœur, je zoome aussi avec les yeux
    Et ses pupilles intégrales s’ouvrent sur le monde de l’âme.
    J’y entre de plain-pied, vainqueur de ses deux remparts orgueilleux,
    Ses deux défenses palpébrales qui n’osent me jeter un blâme.

    C’est au plus près de la frontière que l’iris révèle sa clef
    Et j’accède à son subconscient complètement hypnotisé.
    Moi qui voulais son âme entière, je me trouve alors encerclé
    De tous ses désirs impatients d’un avenir érotisé.

    Tableaux de Gustav Klimt

  • Capricornette

    Capricornette

    J’aim’ fair’ sauter Capricornette sur un lit ou un canapé ;
    Tout dépend du goût recherché et du croquant à savourer.
    Je ne raconte pas de sornettes mais quand la sauce a attrapé,
    Le plaisir est plus haut perché et l’extase plus énamourée.

    Capricornette sait être tendre et résistante à la cuisson
    Et jamais ne tourne au vinaigre du moment qu’il y a du vin.
    En effet, elle ne peut attendre – et ensemble nous en jouissons –
    D’ouvrir une bouteille « Nègre de nègre » et jouir de l’instant divin.

    « Nègre de nègre » est un vin d’Espagne dont je vous en recommande un verre avant de faire la chose.

  • La femme est une île

    Je le sais, la femme est une île protégée par mille coraux
    Qui sont frontières infranchissables pour un pirate trop zélé.
    D’ailleurs sa beauté juvénile attire tant de jeunes héros,
    Qu’elle se doit d’être insaisissable sous peine d’être dépucelée.

    Comme l’arbre cache la forêt, souvent la femme cache son cœur
    Sous des artifices mondains et des tonnes de bavardage.
    Mais plus elle va élaborer ses trucs épiques et moqueurs
    Et plus une nuée de gandins se lanceront à l’abordage.

    Moi qui ne suis que voyageur, je navigue entre ces pucelles
    En traçant la cartographie de leurs reliefs démantelés.
    Leurs pires récifs ravageurs m’ont souvent ruiné la nacelle
    À cause d’une topographie particulièrement dentelée.

    Mon atlas s’est constitué de mes précieuses découvertes ;
    Je le publie au jour le jour comme un poème visionnaire.
    Pourtant chaque île est située dans une page toujours ouverte
    Où mon cœur vient rêver d’amour lors d’un fantasme embryonnaire.

    Tableaux de Jean-Michel Bihorel sur https://www.artstation.com/jmbihorel

  • Tarzane et King-Kong

    Tarzan et Sheeta, je comprends ; Sheeta avait du sex-appeal,
    Elle ne lui prenait pas la tête et se montrait plutôt ingambe.
    Tarzane et King-Kong, ça m’apprend que ce qui les femmes horripile,
    Ce n’est pas le poil de la bête mais ce qu’il y a entre les jambes.

    Gros ou petits, lorsqu’il étrille les mamelons de sa compagne,
    L’animal sait sans commentaire faire jouir la belle alitée.
    Quand vient l’orgasme, gare au gorille, son cri résonne jusqu’aux montagnes !
    Le rut est certes rudimentaire mais de première qualité.

    Tarzan peut partir la queue basse, malheureux d’un sexe trop fin ;
    Bien qu’il soit seigneur de la jungle, les quolibets sont cancaniers.
    Je ne sais pas ce qui se passe quand Sheeta reste sur sa faim
    Mais quand leurs rapports restent humbles, il lui reste les bananiers.

    Illustration de Jay Anacleto.

  • Alléluia

    Alléluia ! L’entêtement, ça sert d’autorité en soi
    Pour pratiquer et enseigner les meilleurs coups de pied au culte.
    Et pour une femme, les vêtements sacerdotaux en pure soie
    Sont nécessaires pour imprégner les cerveaux lents les plus incultes.

    Une vierge Marie plus sexy et, par centaines de fidèles,
    On ferait la queue à la messe et bien plus au confessionnal !
    Le Christ mourrait d’apoplexie, pauvre petit polichinelle,
    En voyant sa mère à confesse en décolleté méridional.

    Et j’aimerais au Paradis être accueilli par Sainte-Pierrette
    Plutôt qu’un Saint-Pierre rabougris, grognon, pinailleur et stupide.
    Nul n’en fera une maladie si l’on s’baptise à la Clairette †
    Et si on change en Pinot gris l’eau bénite qui est insipide.

    † Clairette de Die évidemment

    Photo d’April Gloria

  • La véritable amante religieuse

    Ceux pour qui la femme n’est qu’un sexe se réjouiront de la mutante :
    L’amante aux quatre fers en l’air qui s’écartent dès que l’on s’en sert.
    La position vous rend perplexe ? Elle n’est pourtant pas débutante
    Et connaît ce qui va vous plaire car au début, elle est sincère.

    Après c’est la petite mort ; l’homme est épuisé de l’effort,
    Puis lentement les sécrétions vaginales et surtout létales
    Tueront sans le moindre remords l’amant qui s’croyait le plus fort
    Tandis qu’alors à discrétion digère la femme fatale.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Surréalisme- 4

    Surréalisme- 4

    Des meilleurs comédiens aux plus beaux paysages
    Jouent l’éternel spectacle des reflets sur les ondes.
    Le Soleil, jeune premier, à l’éternel visage ;
    La Lune et sa beauté fascinante et profonde.

    Poussés par la chaleur de son astre solaire,
    Les vents et courants d’air vocalisent leurs chants.
    Happés par la valeur de l’énergie lunaire,
    La Terre enfantera les plus belles fleurs des champs.

    Par les quatre éléments qui constatent le monde,
    La planète transfigure sa nature en folie
    J’aime au bol capturer la peinture vagabonde
    Qui à chaque moment peint sa paréidolie.

    Tableau d’Oleg Shupliak sur https:twistedsifter.com20210421-surreal-portraits-by-oleg-shupliak .

  • Surréalisme- 3

    Surréalisme- 3

    La lecture suppose des rituels abstraits.
    Nul besoin de décor ou d’exquis extérieurs.
    Dès que j’ouvre mon livre, apparaît le portrait
    Du conteur qui m’entraîne vers son propre intérieur.

    Il m’invite à sa table et parfois dans son lit.
    Bien sûr pas tout de suite mais au fil de ses pages
    Un entrain monte et chasse toute mélancolie
    Et je sens en mon cœur l’amour qui se propage.

    J’ai rêvé bien souvent des enfants qu’il m’a faits
    Au cours de nos nuits blanches à dévorer des tomes
    D’intrigues amoureuses ou de crimes parfaits
    Qui s’enfuient au matin de mes pages fantômes.

    Tableau d’Oleg Shupliak sur https:twistedsifter.com20210421-surreal-portraits-by-oleg-shupliak .

  • Surréalisme- 2

    J’étais déjà trop vieux quand j’ai repris la mer
    À l’assaut des krakens et des poissons moqueurs.
    J’ai affronté Neptune et ses pires chimères
    Et j’ai repris le goût le plus cher à mon cœur.

    Sans doute rajeuni par la voix des sirènes,
    J’ai rajeuni sans doute en chantant à tue-tête.
    Si les vagues ont frappé trop souvent ma carène
    J’en ai repris des forces et du poil de la bête.

    Je suis rentré plus jeune que j’en étais parti ;
    Le goût de l’aventure est source de jouvence.
    Aujourd’hui j’en écris les meilleures réparties
    Dont l’océan et moi étions de connivence.

    Tableaux d’Oleg Shupliak sur https:twistedsifter.com20210421-surreal-portraits-by-oleg-shupliak .

  • Surréalisme- 1

    Sur les pas de Vincent, j’ai quitté Amsterdam
    Et j’ai longé la côte jusqu’aux chutes du Rhin.
    J’ai peint tout un carnet avec de jolies dames
    Aux gorges aussi profondes que leurs chutes de rein.

    J’ai remonté le fleuve jusqu’à ses sources en Suisse,
    Puis remonté les Alpes, le Jura et les Vosges ;
    Pris la route des vins aussi loin que je puisse
    Et descendu au sud par le massif des Bauges.

    Les couchers de Provence sur les champs de lavande
    M’ont énivré de tons, d’odeurs et de couleurs.
    Je les ai absorbés, en ai fait ma provende
    Et immortalisés dans mes pires douleurs.

    Tableaux d’Oleg Shupliak sur https:twistedsifter.com20210421-surreal-portraits-by-oleg-shupliak .

  • Cauchemars à tous les étages

    Cauchemars à tous les étages

    La première chambre voit passer les beaux représentants du peuple
    Qui parleront en notre nom et mentiront à bon escient
    Puis à pas dansé, pas chassé, poussés par la justice aveugle,
    Ils restent en place ou bien sinon ils connaissent un sort disgraciant.

    La deuxième chambre est réservée à la classe du corps d’état ;
    Vieux députés à la retraite, anciens maires qui se la prolongent,
    Vieux sénateurs à conserver, vieux pairs et bis repetita
    En espérant que soit soustraites les bonnes siestes qui se rallongent.

    Et Marianne court en crabe avec ses lois et ses réformes
    Qui font sans cesse la navette car l’antichambre est encombrée.
    Comme le téléphone arabe, il arrive qu’elles se transforment
    Ou, à Perpète-les-Olivettes, dans l’inconnu, s’en vont sombrer.

    Tableau de Nicole Claveloux.

  • Ouvrez la cage aux donzelles

    Ouvrez la cage aux donzelles

    « La cage aux femmes infidèles sera ouverte début août.
    Profitez donc de l’occasion qui ne durera pas longtemps !
    Venez voler à tire d’aile ces belles oiselles et, dans le doute,
    Prenez-en deux en prévision d’une longue attente jusqu’au printemps.

    Dès que les lauriers seront coupés et que vous n’irez plus au bois,
    Vous donnerez plusieurs enfants à ces maîtresses conviviales.
    L’état sera entourloupé car vous aurez à chaque fois
    Donné un coup vif triomphant aux allocations familiales ! »

    J’ai fait ce rêve cette nuit hors de toute réalité
    Me demandant de quel démon ma muse s’est acoquinée…
    Je n’sais pas vous mais ça me nuit de revoir l’actualité
    Me souffler ces vers rodomonts qui font tout pour m’embobiner !

    Tableau de Jane Graverol sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202404jane-graverol.html .

  • La sirène et son lion

    D’une sirène et d’un lion, un jour l’amour se déclara
    Ce qui ne fut pas chose aisée ; la mer est loin de la savane.
    Pourtant elle trouva son champion et lui adora sa Clara
    Qui lui accorda un baiser et depuis lors ils se pavanent.

    C’est un marin un peu hardi qui captura dans ses filets
    Une sirène dans les anchois qu’il avait pêché dans la Manche.
    Il la revendit un mardi en mettant un entrefilet
    Dans le journal de premier choix : celui qui paraît le dimanche.

    L’acheteur – un caravanier – l’emprisonna dans un bocal
    Et traversa le Sahara avec toute sa méharée
    Mais un orage printanier par un microclimat local
    Brouilla les chevaux du haras et les dromadaires égarés.

    C’est ainsi que la caravane poursuivie par les éléphants
    Perdit l’assurance sereine pour un destin plus douloureux.
    Donc arriva dans la savane un lion qui voulait des enfants
    Qui lors aperçut la sirène et en tomba fou amoureux.

    Sculptures de Paul Smith sur https:paulsmithsculptures.co.ukarchive .

  • Dans les roseaux la Vouivre

    Dans les roseaux la Vouivre

    Bien loin du marais poitevin où d’ordinaire elle demeure,
    La Vouivre a remonté la Loire et a traversé les montagnes,
    Puis suivi la route des vins jusqu’à ce que le soleil meure
    Afin de franchir sans déboire la frontière vers l’Allemagne.

    En voyageant jusqu’en Bavière, le pays où les lacs sont verts,
    Elle est retournée par les gorges pour s’y reposer à l’abri.
    Suivant les torrents, les rivières où les courants coulent à l’envers,
    À l’heure où le soleil s’égorge dans les eaux brunes assombries.

    Sans doute les Lorelei du Rhin, celles qui chantent en germanique,
    L’ont guidée afin qu’elle puisse continuer par les réseaux
    Des lacs sombres et souterrains issus des Alpes alémaniques.
    Et c’est ainsi qu’enfin en Suisse, je l’aperçus dans les roseaux.

    Tableau de Louis Chalon.

  • Nostalgie d’une nuit sans Lune

    Nostalgie d’une nuit sans Lune

    Lune nouvelle, je renouvelle toutes mes pensées du moment,
    Et les questions existentielles, et les problèmes récurrents,
    Et les idées qui machiavellent et qui m’en font tout un roman,
    Dans cette nuit providentielle qui les emporte dans le courant.

    Pas de quartier aux vagues à l’âme et aux pires ennemis du cœur !
    Dans cette nuit noire alchimique, se dissolvent tous les tourments
    Sans doute absorbés par les flammes qui scintillent toutes en chœur
    Dans le vortex astronomique des étoiles du firmament.

    Le temps s’étire et se dilue dans un nouvel espace à vivre ;
    De nouveaux rêves s’organisent encore plus beaux que ceux d’avant.
    L’aube vient et me dépollue, le soleil point et me délivre ;
    Un nouveau jour me galvanise et je vais mieux dorénavant.

    J’en oublie toujours l’ascension de mes pensées les plus secrètes
    Qui vont s’enrichir de valeurs qui les affineront peut-être
    Et révèleront l’intention qui crée le bien qu’elle sécrète
    Autour de moi avec chaleur et compassion de tout mon être.

    Illustration de Leon Carre.

  • Nostalgie d’une nuit de pleine Lune

    Nostalgie d’une nuit de pleine Lune

    Entre le blues d’une journée et la Lune rousse qui saigne,
    Je prends un bain de nostalgie dans leurs couleurs complémentaires.
    Le spleen me propose sa tournée et je suis à la bonne enseigne
    Entre les verres de névralgie qui, l’âme vide, désaltèrent.

    Et c’est l’ivresse du couchant qui a raison de ma tristesse
    Avec la Lune qui remonte comme un réverbère halogène.
    Le spleen est moins effarouchant et la nuit vient avec tendresse
    M’illuminer par un acompte d’étoiles hallucinogènes.

    L’obscurité tel un buvard absorbe l’encre de mes craintes
    Qui disparaissent dans le trou noir de l’ange collecteur des peurs.
    Et dans le silence bavard riche d’invisibles empreintes,
    Je vide toutes les mémoires de cette journée de labeur.

    Puis viendra l’ascension des rêves qui purge tous mes souvenirs
    Qui passent à travers l’écumoire des contes les plus incroyables.
    L’image apparaitra trop brève, celle qui révèle mon avenir
    Vite effacé de ma mémoire par une aurore impitoyable.

    Illustration de Beidak.

  • Adama, l’alternative

    C’eût été drôle, plutôt qu’un homme pétri de glaise passe-partout,
    Que la Terre enfante et accouche d’une femme belle et stupéfaite.
    Qu’à la naissance, Dieu la nomme « Adama » et ça change tout
    Car la genèse alors débouche sur une histoire plutôt parfaite.

    La femme peut très bien vivre seule ; Dieu est soumis à contrition
    Et la supplie d’être une mère pour lui faire des petits-enfants.
    Ne voulant pas d’un mari veule, elle pose alors ses conditions :
    Son rôle sera éphémère ; de tout abus, on lui défend.

    Quelque chose à dû mal tourner car Dieu a tout recommencé
    Et c’est dommage. En tant que mâle élevé juste pour baiser,
    J’aurais passé tant de journées à vivre une vie romancée,
    Forniquer comme un animal et mourir d’amour embrasé !

    Photo d’Erinthul.

  • Une peau de banane dans la création

    « Une feuille de vigne ? Tu plaisantes mon cher ! »
    Dit Ève à son mari offrant son cache-sexe.
    « J’ai besoin d’un ensemble pour recouvrir ma chair
    Même s’il n’y a personne pour m’filer des complexes ! »

    Trois feuilles de bananier firent un bikini
    Et Ève railla le string que portait son mari.
    « Je trouve que ça te fait une bosse bien rikiki
    Et ton petit oiseau toise comme un canari ! »

    Comme elle s’en allait dodelinant des fesses,
    Dieu se pointa et vit la callipyge honteuse.
    « Qu’avez-vous fait tous deux ? Venez donc à confesse
    Et expliquez-moi donc cette mode douteuse ! »

    « Bjork nue à Woodstock » photographiée par Laura Levine en 1991.

  • La mantelle

    A priori, une mantelle serait la femelle du manteau
    Mais vu le nombre de mamelles en tant qu’appas ornementaux,
    On doit avoir l’air un peu bête lorsque l’on sort placidement
    Et qu’un enfant s’approche et tète les gros boutons avidement.

    Pourtant la version mâle existe avec phallus dodelinant ;
    Ce sont des manteaux de fourrure confectionnés en queues de vison.
    Si le ridicule persiste avec ces sexes proéminents,
    Personne pourtant n’en a cure ni n’en rigole à l’horizon.

    Pour les transgenres, c’est banal. Pas plus d’organe génitaux
    Que de caractères secondaires qui serviraient de fanfreluches !
    À moins d’un patchwork fait d’anals et trous-du-culs incognitos
    Pour servir de référendaire aux transsexuels et aux greluches.

    Création de Barbara Picci sur https:barbarapicci.com20180126cose-brutte-3abito-mammellare .

  • Dans la peau de ses amants

    Après avoir mangé la tête de son amant de la semaine,
    Tanne l’amante religieuse la peau du visage en extase.
    Puis elle repart à la conquête d’une autre relation humaine
    Pour continuer sa prestigieuse gabardine en cuir d’épectase.

    Après dix-huit mois de labeur, la quantité est suffisante
    Et l’élégante sort de l’ombre dans son manteau de confection.
    Ça ferme le clapet des flambeurs et tous ces dragueurs qui plaisantent
    Car ils pourraient être du nombre de la prochaine collection.

    Sachez, Messieurs, que ce modèle ne convient qu’aux femmes fatales
    Car il disconvient aux mesures de tous les pires Don Juan
    Mais fait de plus en plus de fidèles chez les starlettes qui s’étalent
    Partout sur la Côte-d’Azur de Saint-Tropez à Golfe-Juan.

    Vêtement en peau humaine synthétique d’Olivier Goulet sur http:goulet.free.frindex.html .

  • Le langage du sein

    Devant une femme, l’homme louche par un désir concupiscent
    Qui lui rappelle le souvenir de l’instinct de reproduction.
    Pour commencer la mise en bouche, les seins sont durs et turgescents
    Afin de lui laisser venir le temps d’avoir une érection.

    Devant un homme la femme voit tout ce qu’elle peut espérer ;
    Comment changer son avenir et le rendre plus triomphant.
    Elle sait que ses seins lui renvoient l’image de la mère inspirée
    Qui le mènera à subvenir à sa famille et ses enfants.

    J’aime ce langage mammaire ainsi que son vocabulaire
    Qui dans ma bouche parle et me plait comme la langue de Vénus
    Qui ne possède pour grammaire qu’un mode le plus populaire
    Qui consiste à téter son lait quand elle m’en réserve en bonus.

    Tableau de Karol Bak.

  • Mais qu’attend donc la Reine noire ?

    Contrairement à la Reine Blanche qui se déplace dans tous les sens,
    De long en large, en diagonale, en marche avant, en marche arrière,
    La Reine Noire se retranche dans sa chambre en toute innocence ;
    Une réaction hormonale lui fait office de barrière.

    Alors elle charge son serpent de représenter ses couleurs
    Et d’en apporter la noirceur en se glissant entre les cases.
    Il en explore tous les arpents et sème des cris de douleurs
    En mordant les vilains farceurs de l’équipe blanche en extase.

    Une fois maté l’adversaire, il vient chercher sa récompense
    Après l’avoir bien aguichée de sa longue queue extensible.
    La Reine – serait-il nécessaire de dire « honni qui mal y pense ! » –
    L’enfonce comme godemichet dans sa chair tendre et si sensible.

    Tableau de Yoshitaka Amano.

  • Ohé ! Madame Météo ?

    Lorsque Madame Météo dévoile un peu de sa personne,
    Il lui en tombe des lambeaux, gouttes de pluie, grêle et flocons.
    Quand son jupon n’est pas très haut, la brume alors se pelotonne
    Et s’allument alors les flambeaux bien à l’abri dans leurs cocons.

    Madame Météo s’égaye souvent le soir au crépuscule
    Et revêt sa robe enflammée de couleurs orange, rouge et or.
    Parfois je la vois qui balaye à coups de vents qui me bousculent
    Les feuilles et spores réclamés par la charte des météores.

    Madame Météo se couvre, se dénude au-delà des nues
    Selon les caprices du temps et de ses humeurs compliquées.
    Mais lorsqu’après l’orage s’ouvre son arc-en-ciel sans retenue,
    Son nom redevient percutant : « Solarisation Appliquée ».

    Tableau de Daniela Uhlig

  • Le quatrième totem

    Par le cordon ombilical qui relie la femme à sa mère,
    S’établit le réseau sacré indispensable à la survie.
    Sont transférés en vertical ses petits désirs éphémères
    Jusqu’au grand Amour consacré à prolonger sa propre vie.

    Ainsi la femme ne vieillit pas ; elle se transforme doucement
    Et devient l’antenne émettrice qui irradie dans sa famille.
    Quand elle passe de vie à trépas, il est un bouleversement
    Qui secoue chaque réceptrice chez ses filles et petites-filles.

    Elle est un kaléidoscope qui tourne à chaque génération
    Et produit de nouveaux visages encore plus beaux à chaque fois.
    J’observe par le télescope de toutes ses procréations,
    Et j’y découvre le balisage vers Dieu… s’il est toutefois.

    Illustration d’Eloy Bida

  • Ô Madame Météo !

    On dit qu’à la pointe du jour, on connaît la couleur du temps
    Qui monte du chant des oiseaux selon les caprices d’Éole.
    L’aube sous ses plus beaux atours se montre alors exécutant
    Ses prédictions par des réseaux qui se déploient en auréoles.

    Ainsi Madame Météo, qui fait la pluie et le beau temps,
    Distribue selon ses humeurs ses avant-goûts de météores
    Qui voilent d’effets vidéo ciels, mers et terres tout autant
    Afin que courent les rumeurs que répandent mille égrégores :

    Esprits des morts, esprits de vie qui danseront au crépuscule
    Dans le carnaval coloré d’un soleil couchant expiré.
    Esprits des poètes ravis de terminer leurs opuscules
    D’un trait de leur plume dorée à l’encre d’étoiles inspirées.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les trois totems

    Elle naît féline et tigresse, panthère, léoparde ou lionne ;
    Sa jeunesse est apprentissage pour surprendre et chasser le mâle.
    Elle pousse des cris d’allégresse pour appeler l’âme championne
    À favoriser le passage en maturité animale.

    À la puberté, elle est louve et développe ses instincts
    À se rapprocher de la horde afin d’en choisir son vainqueur.
    De tous les projets qu’elle couve, il en est un le plus distinct :
    Celui de l’amour qu’elle accorde selon les désirs de son cœur.

    Enfin elle deviendra ourse lorsqu’elle portera le germe
    Et que l’alchimie de son corps bénira sa féminité.
    Elle tient les cordons de la bourse et guette l’avenir de pied ferme
    Car elle est encore et encore le pilier de l’humanité.

    Illustrations d’Eloy Bida

  • Mettez-vous d’abord la culotte ou d’abord votre soutien-gorge ?

    En république démocratique, le peuple est fier de son programme
    Lorsque c’est lui qui l’établit après longues concertations.
    Il choisira pour la pratique un candidat très haut de gamme
    Qui forgera sur l’établi toutes ses sollicitations.

    Soit il nous semble que Marianne a mis sa culotte à l’envers
    Ou son soutif rempli de glace entre ses fesses à égoutter,
    Soit nous sommes pris pour des ânes car ce gouvernement pervers
    Décide tout à notre place plutôt que de nous écouter.

    Le programme est à la culotte un besoin de nous préserver
    Et le soutif doit soutenir toutes nos forces sur le ring.
    Alors pourquoi elle nous pilote là où – tout l’monde peut l’observer –
    Nous n’avons pour nous retenir de la catastrophe qu’un string.

    Tableau de Qu Xiangjian sur https://poramoralarte-exposito.blogspot.com/2015/09/qu-xiangjian.html?m=0&hl=es_419

  • La planète Terre-minus

    Vu qu’il n’a travaillé qu’un mois dans le désert… il y a longtemps,
    Monsieur Prince n’a pas cotisé pour suffisamment de trimestres.
    Bien que le renard, en émoi, fut à sa charge tout un printemps,
    Cela ne l’a pas favorisé durant son périple terrestre.

    L’entretien d’une fleur non plus – il en aurait fallu bien plus –
    Et , comme il s’en est séparé, sa rose compte pour des prunes.
    Sur sa planète, il n’a pas plu, donc il écope d’un malus
    Car elle n’était pas déclarée… encore heureux qu’il n’en eût qu’une.

    C’est pourquoi il a accepté d’allumer tous les réverbères
    Chaque soir selon la consigne pour se faire un petit pécule
    Et se satisfaire, excepté un renforcement des cerbères
    Sur la rente qu’on lui assigne, d’une pension bien ridicule.

    Illustration de Nicole Claveloux

  • Retour à la nature

    Retour à la nature

    Après la première explosion qui pulvérisa leurs habits,
    Les six apprentis alchimistes n’eurent que leurs yeux pour pleurer.
    Toutefois il y eut éclosion d’un groupe du même acabit
    Qui décida d’être nudiste ; l’idée les avait effleurés.

    Pour vivre heureux, restons cachés ; pour vivre nus, restons couverts
    Sous le couvert d’anonymat loin des regards indésirables.
    Alors ils se sont attachés à se tailler quelques couverts
    Une fois atteint le minima et faire popote honorable.

    Deux filles pour quatre garçons, les soirées furent orgiaques ;
    Les unes mettaient un point d’honneur à offrir tous leurs orifices,
    Tantôt montées en canasson à la hussarde ou en cosaque
    Par les uns donnant du bonheur, et r’partant sans cesse à l’office.

    Aujourd’hui après soixante ans, ils sembleraient encore verts
    Car ils continuent de s’aimer les uns les autres, c’est démentiel !
    Comme tout le monde s’entend, bientôt tous ces vieillards pervers
    Par trop plein d’amour consommé, iront directement au ciel.

    Photo de communauté Hippie à Matala en Crete en 1970 sur https:undergroundrockpress.tumblr.compost686070077134700544hippie-commune-in-matala-crete-in-1970 .