Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Lady Godillot – 1

    Lady Godillot - 1

    La légende

    On connaît Lady Godiva, pas vraiment Lady Godillot
    Qui s’inspira de la diva pour faire fléchir son nobliau.
    À l’instar de la cavalière qui traversa la ville, nue,
    Celle-ci fut plus particulière car n’en serait jamais revenue.

    On dit que dans une ruelle, elle trouva chaussure à son pied
    Et la belle fut assez cruelle pour rompre d’avec son coéquipier
    De mari qui ne la voyant pas revenir de son voyage
    Divorça en lui renvoyant tout son trousseau de mariage.

    Il est dommage que la coutume ne soit plus suivie aujourd’hui
    Car j’aurais vu dans l’même costume Brigitte, sans le sauf-conduit
    De Manu, traverser Paris et poursuivre le rituel
    En montrant de quel gabarit sont ses attributs sexuels.

    Tableau « Lady Godiva » de Jules Lefebvre 1898.

  • Ichtyologie de la sirène

    Ichtyologie de la sirène

    Une sirène, est-ce une femme pourvue d’une queue de poisson
    Ou bien est-ce la greffe d’une femme transplantée sur un gros poisson ?
    Sans doute qu’à l’instar de Jonas un poisson a eu l’occasion
    De satisfaire l’envie tenace d’un sang humain en perfusion.

    Mais la meilleure théorie serait la collaboration
    De deux espèces animales pour un bénéfice commun.
    Des branchies hors-catégorie permettraient la respiration
    Et une silhouette optimale attirerait tout un chacun.

    La femme nourrit le poisson qui donc oxygène la femme
    Et c’est cette contribution qui satisfait les partenaires.
    Et la voix qui fait les passions provient de l’ouïe qui affame
    Le marin par l’attribution de ses branchies imaginaires.

    Illustration de Marisol Diaz.

  • Alix, chasseuse de sirènes

    Tous les matins, la jeune Alix, munie d’un filet papillon
    Et de sa fidèle grenouille, va librement chérir la mer
    Dont les vaguelettes prolixes s’infiltrant sous le cotillon
    Lui gonflent comme une quenouille sa robe en nacre d’outremer.

    Elle est chasseuse de sirènes – c’est du moins ce qu’elle prétend –
    Enrobée comme une baleine dans un scaphandre peu seyant.
    Elle va pourtant l’âme sereine tôt ou tard nous interprétant
    Un coup d’audace hors d’haleine où le rater en l’essayant.

    Mais une fois hors de portée, en revanche, quelle supercherie !
    Elle est enceinte jusqu’aux os et cache un joli embonpoint
    Qu’elle doit depuis longtemps porter, vu les rondeurs qu’elle chérit
    Et qui, flottant entre deux eaux, se délassent hors de son pourpoint.

    Sans doute aura-t-elle une fille qu’elle ramènera dans ses filets
    Comme une preuve irréfutable qu’elle sait pêcher sans hameçon
    Et qu’elle arrive à la cheville des plus grands pêcheurs profilés.
    Mais gare au drame indiscutable si jamais c’était un garçon !

    Illustrations de Rebecca Dautremer.

  • La lutte des sexes

    La lutte des sexes

    Bien sûr que l’homme soutient la femme ; bien sûr qu’elle aime être soutenue.
    Bien sûr face au moindre problème, la solidarité prévaut.
    Il serait toutefois infâme qu’elle soit toujours maintenue
    Dans ce statut comme l’emblème d’une place au second niveau.

    Évidemment Lui est costaud et s’en va partir à la traque
    Pour rapporter de quoi nourrir la progéniture à sa charge.
    Elle n’a plus qu’à faire le resto pour servir son héros patraque
    Et le soigner quitte à mourir pour une faute à sa décharge.

    Heureusement tout a changé et Madame a tout pris en main
    Afin de produire un bilan supérieur au patriarcat.
    Mais la balance reste inchangée, le bonus n’est pas pour demain
    Il faudra encore mille ans et beaucoup de volontariat.

    Les athlètes du monde entier se déshabillent pour le « Calendrier des Charités », et les photos feront battre votre cœur plus vite sur https:www.boredpanda.comathletes-charity-calendar-photoshoot-dominica-cuda .

  • La plus belle conquête humaine

    Au début, il faut bien le dire, l’homme et la femme sont opposés.
    Leur sexe penche différemment selon devoir ou bien désir.
    La femme apprendra à prédire le meilleur moment supposé
    Et, d’un autre tempérament, l’homme cherchera plutôt son plaisir.

    Alors la meilleure conquête serait quand chacun apprivoise
    L’autre par maintes stratégies mais sans les armes du vainqueur.
    Et s’ils ont la moindre requête, il faut, pour que chacun pavoise,
    Des concessions aux élégies de chaque partie selon son cœur.

    Les athlètes du monde entier se déshabillent pour le « Calendrier des Charités », et les photos feront battre votre cœur plus vite sur https:www.boredpanda.comathletes-charity-calendar-photoshoot-dominica-cuda .

  • Fête des belles-mères

    Fête des belles-mères

    Comme l’état a besoin de sous, il use de son savoir-faire
    Et instaure de nouvelles fêtes qui s’étendront aux beaux-parents.
    Pour les beaux-pères, comme on s’en fout, n’importe quoi fera l’affaire ;
    Une vieille croute un peu surfaite ou un gadget accaparant.

    Pour les belle-mères, un cadeau vache avec défaut dissimulé ;
    Un couteau qui ne coupe pas, un puzzle auquel il manque une pièce,
    Des douceurs sur lesquelles on crache tout le venin accumulé
    Afin de hâter leurs trépas avec plus ou moins de hardiesse.

    Illustration d’Andrei Popov.

  • Au fil des ondes libertines

    Franchement ce n’est pas ma faute si les bonnes femmes font trempette
    Entièrement nues sous mes fenêtres ou bien juste à proximité.
    Sans doute attendent-elles que sursautent les gens, sans tambour ni trompette,
    Venus promener en bon maître leurs chiens en toute légitimité.

    N’ayant pas de chien, je compense en prenant l’opportunité
    De passer par là par hasard surtout s’il se met à souffler.
    Qu’elle est belle ma récompense de voir en toute impunité
    Les filles courir l’air hagard après leurs habits, essoufflées !

    Sinon assise sur la branche comme une maîtresse corbelle,
    L’une d’elles aime s’offrir au soleil et aux habitants du château.
    Personne ne sort, en revanche ; sans doute surveillés par leurs belles,
    Ils n’osent regarder ces merveilles comme cerise sur le gâteau.

    Comme je ne les vois que de dos, je me déguise en écureuil
    Pour aller leur conter fleurette ou partager quelques noisettes.
    Tandis que tirent les rideaux les vieilles chouettes d’un mauvais œil
    Qui vouent ces nymphes d’opérette aux gémonies sur les gazettes.

    Tableaux de Jean Bourdichon.

  • Les clefs du cœur

    Les clefs du cœur

    Pour ouvrir le cœur d’une femme, il n’y aurait qu’une seule clef ;
    Oui mais laquelle ? Nul ne le sait encore moins sa propriétaire.
    En essayer paraît infâme et elle y risque une raclée
    Ou pire après le premier essai, mariée d’un geste autoritaire.

    Mais il y a les collectionneuses qui ont plusieurs clefs à leur arc
    Et qui aiment les comparer et, s’il le faut, en même temps.
    Il y a aussi les soupçonneuses qui examinent et qui remarquent
    Si une clef s’est égarée dans un verrou compromettant.

    Puis les as de la cambriole usent de maints passe-partout,
    De rossignols, de pied-de-biche ou bien de pince monseigneur.
    Ils sont rois de la gaudriole et savent déverrouiller surtout
    Les cœurs logés entre les miches où ils pénètrent en grands seigneurs.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • Musicolorimétrie

    Mon cœur qui n’a pas de raison sait colorer ses émotions
    Avant que l’esprit les formate selon ce qu’on lui a appris ;
    Comme une couleur de saison qui déclinerait sa promotion
    Avec les subtils aromates d’un imprévu qui m’a surpris.

    Lundi est bleu, mardi est vert, mercredi jaune et jeudi rouge ;
    Joie et douleur en noir et blanc, vie et mort si complémentaires.
    La musique est un livre ouvert où les notes en triolet bougent
    Pour m’inviter sans faux-semblants à vivre un monde pigmentaire.

    Tableaux de Ricardo Maya.

  • Préliminaire à l’ouverture

    Préliminaire à l’ouverture

    Mettez votre cœur en musique et l’amour donnera le « La ».
    La carte du tendre devient la partition des sentiments
    Si Madame ôte sa tunique pour une tenue de gala
    Qui ne cache rien mais prévient une ouverture à son amant.

    Monsieur vous prête son archet et Madame entre en résonance
    Avec des mouvements presto, agitato, fortissimo
    Qui seront bientôt panachés d’accords qui semblent en dissonance
    Comme une explosion de cristaux secoués de bravissimo.

    Dernier partie, le tempo accélère à n’en plus finir
    Jusqu’à l’orgasme musical des deux interprètes duals.
    La jouissance à fleur de peau laisse à jamais le souvenir
    Du rituel dominical d’un concert sexo-spiritual.

    Tableau de Bogdan Prystrom.

  • Vision utopiste d’avenir

    Je vois le soleil qui rougeoie dans une aurore rouge sang ;
    Sans doute le vent de la plaine qui souffle un air de virulence.
    Les uns attisent un feu de joie, les autres jouent les innocents
    Et quand la coupe sera pleine, mourra le temps de l’opulence.

    Sans doute une propriété inconnue de l’économie
    Qui veut qu’une masse critique d’argent fasse exploser la Terre.
    Les comptes dont la sobriété validait leur physionomie
    Éclaboussent la politique d’une épidémie délétère.

    Je vois la Lune qui flamboie, la pleine Lune magnanime ;
    Sans doute le vent des montagnes qui se rencontrent en fin de compte.
    Billets, valeurs et chèques en bois s’envolent dans un flux unanime,
    Fuyant les pays de cocagne pour l’enfer à ce qu’on raconte.

    Finalement je m’en balance de tout ce monde chaotique
    Devenu trop mégalomane pour se réguler de lui-même.
    Après les cris vient le silence qui vient se coucher pathétique
    Sobre et cependant mélomane, paradoxal mais vrai dilemme.

    Tableaux d’Ed Emshwiller et de Valery Rybakow.

  • Belem Olympique

    Belem Olympique

    Sous le ciel d’azur de Marseille, les voiles blanches relevées,
    Le vieux-port de rouge enflammé, le drapeau hissé haut, épique.
    Dans la foule chacun grasseye, les enfants crient surélevés
    Pour applaudir et acclamer l’heur de l’odyssée olympique.

    Spectacle sublime et unique, moment admirable et magique
    Pour les amateurs d’émotions aux olympiades méridionales.
    Marianne arborant sa tunique bleu-blanc-rouge accueille nostalgique
    Le Belem faisant promotion de la marine nationale.

    Faste digne des pharaons pour une si petite flamme
    Qui vient perpétuer le rêve du baron Pierre de Coubertin.
    Par la route Napoléon, de Provence jusqu’à Paname,
    Remontent les porteurs sans trêve vers un succès quasi certain.

    Photo du Belem entrant dans le vieux-port de Marseille.

  • Celle qui fait des vagues

    Celle qui fait des vagues

    Elle fait des vagues et des ravages, celle dont la mer est amoureuse
    Et qui déferle son mal d’amour à coups de flux et de reflux.
    Elle joue de rêves et de mirages, celle dont la plage langoureuse
    Lui offre ses belles-de-jour cajolées de brises joufflues.

    Tout autour d’elle chacun s’émeut ; le Mistral effleure ses cheveux,
    Le soleil colore ses joues, la terre lui offre des fleurs.
    Le beau rivage, fort écumeux, lui accorde tout ce qu’elle veut
    Même le plus cher des bijoux promis par un vent persiffleur.

    Mais de l’amour, elle n’en a cure durant le temps de sa nymphose
    Et la Nature peut tout tenter, la fille n’est pas intéressée.
    Maudite soit la sinécure de la dure métamorphose
    Que l’on pratique pour contenter l’envie d’amour controversée !

    Tableau de Jana Brike.

  • Chroniques de la fin du monde – 6

    Le complot félin

    Depuis, je crois, la nuit des temps, les chats attendent leur moment
    Pour éliminer concurrence notamment des chiens et des hommes
    Et jouir du pouvoir imputant de vivre comme dans les romans,
    Comme un prince dans l’opulence, marquis de carabas en somme.

    Ils garderont quelques humaines pour leur gratouiller le menton,
    Servir du poisson à toute heure et des croquettes à satiété.
    Ensuite au fil de la semaine, on verra matous et chatons
    Dormir au chaud dans les demeures et ronronner en société.

    Quand la nuit tous les chats sont gris, ils déambulent en noir et blanc
    Et se déguisent en croque-mort pour croquer Monsieur et Madame.
    Gare aux noctambules aigris qui rentrent chez eux en tremblant,
    Ils connaîtront un mauvais sort et une messe à Notre-Dame.

    Une fois leurs maîtres partis, évidemment les matous dansent
    Et quand leur race s’éteindra, fort aise les chats chanteront.
    Les souris au garden-party seront alors nombreuses et denses
    Pour leur servir entre les draps de concubines sans chaperon.

    Tableaux de GiveMeMood sur https:www.redbubble.compeopleGiveMeMoodexplore?page=1&sortOrder=recent .

  • Chroniques de la fin du monde – 5

    Après-demain les chiens

    Les chiens aboient, rien ne se passe… où sont passées les caravanes ?
    Au cimetière des vacances tuées par l’aéronautique
    Ou bien échappées dans l’espace, envoyées depuis La Havane,
    Avec toute une extravagance de prétentions astronautiques.

    Comment d’esclave de son chien à promener soir et matin
    Est-on parvenu à opter pour des animaux virtuels ?
    Mais n’en déplaise aux optichiens, le visuel n’a pas atteint
    Les beaux toutous à adopter mais le délire spirituel.

    Car on n’attache plus son chien au premier arbre sur la route
    Mais on le laisse aux petits soins des colis perdus dans la soute.
    Bergers allemands, autrichiens et setters anglais en déroute
    Se retrouvent dans le besoin de nouveaux maîtres dans le doute.

    Un jour un chien s’est rebellé, un autre chien a aboyé,
    Un vent de révolte a soufflé dans les chenils du monde entier.
    Truffes et derrières entremélés de reniflements plaidoyés
    Vous ont, humains, époustouflés afin que vous vous repentiez.

    Tableaux de GiveMeMood sur https:www.redbubble.compeopleGiveMeMoodexplore?page=1&sortOrder=recent .

  • La force de l’ordre

    La force de l’ordre

    Force immuable reste à la loi qui pare l’agressivité
    Des bêtes fauves affamées qui luttent pour rester en vie.
    Et le héros de bon aloi laisse son impulsivité
    Faire des gestes malfamés mais tolérés à mon avis.

    Mais vis-à-vis des prédateurs bien plus dangereux qu’un lion,
    La force de l’ordre défend le prédateur de ses victimes.
    Évidemment le spectateur qui voit la foule des trublions
    Manifester pour leurs enfants, les considère illégitimes.

    La force a du mal à comprendre que le lion a du mérite
    À vivre dans une réserve pour éviter qu’il n’en ressorte.
    La force devrait sans doute apprendre que la grandeur dont elle hérite
    Vient de l’État qui se préserve le bon droit dont il s’ réconforte.

    Illustration de Lorenzo Mattotti.

  • L’Escadrille du Mauvais Temps

    L’Escadrille du Mauvais Temps

    Les chemtrails, en réalité, sont produits par des avions
    Pilotés dans tous les pays par « l’Escadrille du Mauvais Temps »
    Mère Nature est alitée – depuis longtemps nous le savions –
    La Terre en est tout ébahie et le Soleil incompétent.

    Mais que s’est-il passé là-haut qui expliquerait cette anarchie ?
    Saint-Médard a-t-il renversé l’ordre des saisons établies ?
    Qui donc a semé le chaos et bousculé la hiérarchie ?
    Éole a-t-il tergiversé avec Zeus sur son établi ?

    Mais il faut bien que le tourisme devienne plus proliférant
    Et qu’on arrose les moutons qui viendront chercher le soleil
    Où ils feront du naturisme, les pieds dans l’eau, indifférents
    D’être conduits par des gloutons avides de blé et d’oseille.

    S’il pleut du lundi au dimanche, c’est que l’état a besoin d’eau
    Mise en bouteilles pour la revendre aux pays chauds. Quel subterfuge !
    Ceux qui se retroussent les manches dans ce business Eldorado
    Disent en se caressant le ventre : « Macache, après moi le déluge ! »

    Tableau de Hannah Silivonchyk.

  • Les jambes de la sirène

    Les jambes de la sirène
    Tous les avis sont partagés quant aux jambes de la sirène ;
    Andersen, au prix de sa voix, se la métamorphose ingambe ;
    Le cinéma la fait nager d’une queue conforme et sereine
    Qui, dès qu’elle emprunte la voie terrestre, elle se transforme en jambes.

    Sans doute les deux ont raison ce qui éclaire notre lanterne.
    Si les sirènes sont parmi nous ; certaines d’entre elles sont muettes ;
    Si d’autres restent à la maison, dans leur baignoire, elles se prosternent
    Tout en se méfiant des minous qui s’en pourlèchent la luette.

    Je n’en ai rencontré aucune, ni de muette ni de mutante ;
    Évidemment loin de la mer, le contact est plus hasardeux.
    Afin de combler mes lacunes, si l’une de vous est partante,
    Venez chez moi, chère chimère, j’ai l’eau courante et parle pour deux.

    Tableau de Hannah Silivonchyk.

  • Bernadette l’ermite

    Combien Bernadette s’ennuie toute seulette dans sa conque !
    Hélas les marins sont partis sans qu’elle ait su les retenir.
    Bien tristement quand vient la nuit, elle n’a toujours pas vu quiconque
    Lui donnerait de la répartie et qui pourrait lui convenir.

    Elle a transmis mille messages par poissons-postiers voyageurs
    Chargés d’adresser ses dépêches à quelque nouvelle amitié.
    Mais le quotidien ramassage n’a eu aucun effet majeur
    Sans doute en raison de la pêche inopinée des chalutiers.

    Un jour Bernadette, centenaire, regrettera d’avoir mangé
    Le prince charmant envoyé la sauver de sa solitude.
    Neptune, ce Dieu débonnaire, s’était avec lui arrangé
    Et avait su l’apitoyer comme il en avait l’habitude.

    Mais Bernadette est trop gourmande et après l’amour consommé
    A croqué son marin tout cru et tout est parti en quenouille.
    Malgré la divine réprimande et son repentir consumé,
    Elle s’est entichée – qui l’eut cru – d’un serpent et d’une grenouille.

    Illustrations de Quentin Grébant.

  • Lecture intime

    Lecture intime

    J’aime lire les parties intimes des histoires où se met à nu
    L’esprit pervers de l’héroïne qui joue à son corps défendant.
    J’adore ces moments ultimes où se fait baiser l’ingénue
    Qui finira sous l’égoïne de l’amant, bourreau cependant.

    Malheureusement il faut le dire, ce qui pimente le roman
    C’est le méchant évidemment à qui se prêtent nos fantasmes.
    L’état peut tout nous interdire mais quand on lit, c’est le moment
    Ou l’immoral s’en va damant le pion aux mœurs avec sarcasme.

    Dans les livres, les femmes sont nues de corps, d’esprit, d’âme et de cœur ;
    Si dans la vie elles sont complexes, dans les contes elles sont transparentes.
    Avec un rythme soutenu qui laisse à la fin le vainqueur
    Et sa partenaire perplexes d’une candeur désespérante.

    Tableau d’Albert Marquet.

  • L’ascension des vierges

    Comme une fois n’est pas coutume, jeudi verra son ascension
    De jeunes vierges encore pucelles directement au paradis.
    Avec moins que rien de costume puisqu’elles vont prendre pension
    À l’hôtel où l’on dépucelle les houris pour pas un radis.

    Car les saints sont en pénurie depuis qu’une minorité
    Pique les vierges à la douzaine et font ainsi grimper les prix.
    Aussi, sortez des écuries les pouliches sans maturité
    Durant une petite quinzaine de jours pour plaire au Saint-Esprit !

    Tableaux de Harry Holland sur https:kissforfarewell.tumblr.compost38991380154showslow-flying-nudes-paintings-by-harry .

  • Aventure en jaune sur fond azur

    Aventure en jaune sur fond azur

    L’histoire commence sans parole avec un rayon de citron
    Issu de l’aurore qui perce les ténèbres lapis-lazuli.
    Nicole, Charlotte ou Carole – plus tard, nous la reconnaîtrons –
    Vient prendre un bain où se dispersent quelques effluves de patchouli.

    Comme elle sait que je l’observe tous les matins de mon balcon
    Tentant en vain de reconnaître laquelle est celle des trois sœurs
    Dont la beauté vient de conserve avec une voix de falcon
    Chanter l’aubade à sa fenêtre pour me charmer de sa douceur.

    Hélas notre aventure en jaune qui se répète chaque jour
    Ne m’a pas permis de comprendre et c’est là ma faute commise.
    Alors je salue l’amazone qui chante avec tant de bravoure
    Mais dont je n’ai pas dû apprendre l’identité qui m’est promise.

    J’ai reçu des lunettes bleues, postées de la maison d’en face,
    Et je les porte ce matin au moment de la sérénade.
    Et je découvre – sacré bleu ! Que Cupidon me satisfasse ! –
    Ce n’est aucune des trois catins… mais leur mère qui fait sa parade.

    Tableau de Fabien Clesse.

  • Entrechattes

    La chatte, femelle animale, feint de jouer avec sa proie
    Par des assauts préliminaires en serrant sa queue dans ses griffes.
    Sans doute est-ce l’organe mâle, frétillant comme une lamproie,
    Dont le réflexe originaire date du premier escogriffe.

    Toujours est-il qu’elle l’attrape et la manœuvre en va-et-vient
    Comme un jouet qu’elle vient ficher dans sa mâchoire irrémissible.
    Pris au piège dans la chausse-trappe, la queue s’échappe et puis revient
    Comme un vulgaire godemichet d’une addiction irrésistible.

    Tableaux de Fabien Clesse.

  • Madame Seguin

    Madame Seguin

    Madame Seguin joue de malchance et de malheur avec ses chèvres
    Dont un libre arbitre jaloux leur fait grignoter le licou
    Pour aller avec nonchalance gambader avec tant de fièvre
    Qu’elles en oublient la peur du loup qui les trouve parfaites à son goût.

    Monsieur Seguin, vieux solitaire, vit en ermite dans la montagne
    D’un peu de pêche et de cueillette mais surtout de zoophilie.
    Pour ses besoins alimentaires et son appétence de compagnes,
    Il court, guilleret guillerette, avec chevrettes dans son lit.

    Madame Seguin se désespère de ne jamais avoir d’enfant ;
    Malgré ses tenues attirantes, son mari préfère ses bêtes.
    Alors elle cherche un autre père plus membré et plus triomphant
    Qui donnera à sa soupirante des marmots braillant à tue-tête.

    Tableau de John Tarahteeff sur https:www.artsy.netartistjohn-tarahteeff .

  • Jouer avec la nourriture

    Enfant, j’étais très inventif quoiqu’en douta mon géniteur
    Qui ne voyait dans mes projets qu’inepties et billevesées.
    Sans doute un désir intensif de mettre un tigre dans le moteur
    Que mon enfance a prorogé dans ma vie d’adulte avisé.

    La pâtisserie fut le tremplin de mes plus grandes découvertes ;
    Le chocolat m’offrait les pierres et le sucre donnait le ciment.
    J’y ai consacré à temps plein une carrière grande ouverte
    Qui met de l’art dans la soupière et du talent dans les piments.

    Je n’y connaissais rien en femmes mais j’approfondissais leurs bouches
    En appareillant un bateau de friandises vers Cythère.
    J’écartais les produits infâmes industriels plus ou moins louches
    Pour, cerise sur le gâteau, du bio cultivé sur mes terres.

    Car aujourd’hui dans ma cuisine, je joue avec mes ingrédients ;
    Mes légumes forment un train de rêve ; mes aromates, le carburant.
    Et j’y transporte ma voisine avec un vin l’expédiant
    Vers ma salle-à-manger sans trêve encore mieux qu’au restaurant.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Shiva rose des vents

    Shiva, rose des vents, sur la crête des vagues
    Oriente navires et oiseaux migrateurs ;
    Huit bras objectivants, aux doigts ornés de bagues,
    Afin que ne chavirent nefs et navigateurs.

    Shiva, à tour de bras tels huit vilebrequins
    Règle la circulation et les flux de tempêtes
    Où un marin sombra qu’elle sauva des requins
    Par gesticulations de coudées centripètes.

    Quand Shiva fait l’amour au cœur des océans,
    Ses ébats sont tornades, ouragans et tornades.
    Shiva en désamour ouvre un gouffre béant
    Et, nichée dans le fond, pleure à la cantonade.

    Tableau de William Mortensen.

  • Le Grand Chaperon Rouge

    Charles Perrault voulut écrire la suite du Petit Chaperon
    Avec une fille plus pubère et un loup bien plus authentique.
    Sitôt les enfants le proscrire malgré le rôle du bûcheron
    Car il ressemblait à Cerbère surgi d’un enfer psychotique.

    Parmi les adultes, en revanche, on apprécia l’animal
    Ainsi que la fille rebelle, sexy, pulpeuse et dévoyée.
    Il paraît même que le dimanche, dans les bois on voit tous ces mâles
    Courir à poil après la belle, hurlant à gorge déployée.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Marmitonne

    Marmitonne

    N’en déplaise à l’art culinaire, faute de goût n’est pas coutume
    Quand il faut remonter l’histoire avec ses anciens aliments
    Et ses légumes originaires malgré leurs saveurs d’amertume
    Mais qui apportent au répertoire ses véritables éléments.

    Carottes jaunes, rouges ou vertes plutôt qu’orange sont de retour
    Depuis les panais tous en rond aux topinambours pour l’humour.
    Sur nos papilles, redécouvertes font bon ménage et beaux atours ;
    Potirons et potimarrons font les mariages d’amour.

    Quant aux batteries de cuisine, celles-ci n’ont pas à rougir
    Mais à rosir de tous leurs cuivres et briller de tous leurs étains.
    Des recettes de Mélusine aux décoctions qui font rugir,
    Aux fumets, je m’en vais les suivre dans les palais gréco-latins.

    Tableau de Paolo Barbieri.

  • Le vilain petit canard – 3

    Le vilain petit canard

    Pauvre et vilain petit canard, né au sein de la basse-cour
    Parmi les dindons de la farce, les mères poules et les bécasses.
    Sous le regard froid goguenard de ta famille, tous les jours,
    Tu ressens ton manque de force et de réparties plus loquaces !

    Tu n’as pas voulu revêtir l’habit de la pensée unique,
    Tu préfères vivre au naturel et exprimer ton libre arbitre !
    Tu n’as pas su t’assujettir à ce que l’état communique
    Dont le flux pseudo culturel ne te donne pas voix au chapitre !

    Sans doute, jugements indignes, de volailles trop bien formatées
    Qui ont oublié la valeur de l’amour et la tolérance…
    Et bien que tu sois un beau cygne, ta différence est constatée
    Et si ça manque de chaleur, ça fortifie ton endurance !

    Illustration de Leonid Vladimirsky.

  • Chroniques de la fin du monde – 4

    Les dents de la mer salée et des eaux douces

    Les dents de la mer affûtées et les quenottes des eaux douces
    Sont les plus heureuses créatures en ce vingt-et-unième siècle.
    Hélas les requins réfutés sous prétexte qu’ils sèment la frousse,
    Doivent gagner leur nourriture au moyen de ruses espiègles.

    Discrètement ils accompagnent les grands navires de croisière
    En guettant tous les imprudents qui se penchent un peu trop du bord.
    Ce sont leurs plus belles compagnes qui font la manne carnassière
    Comme un apéro préludant, les femmes et les enfants d’abord.

    Ailleurs, à l’intérieur des terres, les crocodiles ont bonne mine
    Grâce aux voyages ésotéristes des pédophiles gominés
    Au fil du Nil alimentaire, du fait de gamins et gamines
    Que leur abandonnent les touristes après qu’ils en ont terminé.

    Quand les bateaux vont de conserve pourvus de leurs cages à étages,
    Les sauriens en suivent l’étrave en guettant l’heure d’attaquer :
    Il suffit d’attendre qu’on serve les noctambules entre deux âges
    Qui débarquent et que l’on chourave avant qu’ils aient atteint le quai.

    Tableaux de GiveMeMood sur https:www.redbubble.compeopleGiveMeMoodexplore?page=1&sortOrder=recent .

  • Chroniques de la fin du monde – 3

    Au quatrième top, il sera exactement trop tard

    Après les oiseaux, les hiboux rejoignent les rangs des coucous
    Et toutes sortes de volatiles qu’on a réduit en esclavage :
    « Assez de nous tirer les poux et surtout nous tordre le cou !
    Désormais, Vous, humains futiles, cessez donc vos rites sauvages ! »

    Ils volettent entre les horloges en sens inverse des aiguilles
    Pour saboter pertinemment notre folle course du temps.
    À tort on leur fait des éloges quand on les voit en escadrilles
    Tous œuvrer impertinemment à sonner l’heure à contretemps.

    Après les douze coups de minuit, ça devient la cacophonie ;
    D’abord un coup, puis deux, puis trois, et on passe à quarante-trois.
    Le temps, tout au long de la nuit, en état de catatonie
    Voit l’heure se sentir à l’étroit et à l’envers et à l’endroit.

    Pour s’attaquer au numérique, ils développent des virus
    Qui s’attaquent aux cristaux de quartz et leur faisant pipi dessus.
    Si ça vous parait chimérique, sachez qu’il y a des oiseaux russes
    Qui jouent aux Jedi dans Star Wars contre Poutine, le Sith déçu.

    Tableaux de GiveMeMood sur https:www.redbubble.compeopleGiveMeMoodexplore?page=1&sortOrder=recent .

  • Marianne au bain

    Marianne dans sa salle-de-bains aimer s’échapper du turbin
    Et s’imagine être marquise qui ferait fondre les banquises.
    D’abord avec un pédiluve qu’elle fait chauffer comme une étuve,
    Puis aimera faire couler l’eau jusqu’au niveau de ses lolos.

    Car Marianne n’est pas nette ; elle ne fait rien pour la planète.
    Elle aime inviter à manger tous les présidents étrangers
    En servant les plats les plus chers afin de faire bonne chère
    Car plus la note sera salée, plus les Français pourront râler.

    À force de chercher l’ivresse du pouvoir la France est pauvresse
    Mais rien n’est trop beau pour son charme du moment qu’elle vend ses armes.
    Il paraît que ce serait un homme, qu’elle n’a pas les bons chromosomes,
    Mais bon… quelle que soit sa bannière, elle nous baise de toutes manières.

    Illustration de Kykolnik.

  • Sauve qui peut

    Sauve qui peut

    À l’instar de ces nouveaux sexes, les sans-genre et les non-binaires,
    Je revendique l’appartenance au groupe des a-politique,
    Ni de la gauche trop complexe pas assez révolutionnaire,
    Ni de la droite d’appartenance à l’ère paléolithique.

    Sauve qui peut du genre humain qui scie sa propre destinée
    En consommant tout à crédit pour mieux se gaver aujourd’hui !
    Hélas, quel que soit le chemin à prendre, celui-ci est miné
    Par ceux qui jettent le discrédit sur ce qu’eux-mêmes auront produit.

    Si je pouvais être non-humain, serais-je chat ou bien limace ?
    Pet de lapin pour me glisser dans une graine à ensemencer
    Et revenir l’après-demain d’une apocalypse efficace
    Qui aura la page lissée de l’Histoire à recommencer !

    Illustration de Rebecca Dautremer.

  • Inter-Saison

    Inter-Saison

    Les saisons en télescopage prennent la Nature à rebours
    Et je m’attends un de ces jours à voir de nouveaux phénomènes
    Devant tout un aréopage, météorologues balourds
    Qui mésestiment, comme toujours, ce qui échappe à leurs domaines.

    Pourquoi pas une pluie à l’envers qui remonte du sol aux nuages
    Ou bien une neige bien brûlante par vents de mauvaises nouvelles ;
    Des fronts chauds qui viendraient d’Anvers et rencontreraient de suaves
    Courants d’air froid de Thaïlande suivis d’un vol de caravelles ?

    Eh bien nous devons nous attendre à une nouvelle période
    Glaciaire ou bien caniculaire provenant de Montevideo.
    C’est ce qu’il m’a semblé entendre dans ma vieille radio à triodes
    En écoutant la circulaire du dernier bulletin météo.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • De la fraie des poissons

    De la fraie des poissons

    Ce vendredi, fin de semaine, tous les poissons suivent la fraie ;
    Ce grand départ pour remonter fleuves, rivières et torrents.
    Auguste et sacré phénomène qui, toutes chroniques, défraie
    Car on dit qu’ils vont affronter ceux qui se croient au restaurant.

    D’abord le phoque en pleine mer qui en fait son économat
    Et puis l’ours posté à l’affût sur les cascades et les rochers.
    Pour certains la course éphémère s’arrête au fond de l’estomac
    D’autres par le savoir infus voient les lieux de ponte approcher.

    Heureux comme un poisson dans l’eau ? Point d’orgasme pour notre saumon !
    Sur l’œuf pondu dans la frayère par sa femelle l’encavant,
    Le mâle répand à vau-l’eau, sans état d’esprit rodomont,
    Une laitance dans la rivière et meurt Gros-Jean comme devant.

    Tableau de Lily Greenwood sur https:www.saatchiart.comlilygreenwood .

  • Adieu mai, bonjour juin

    Adieu mai, bonjour juin

    Le joli mois de mai passé, je fais mes comptes avec le temps ;
    Peu de soleil distribué mais beaucoup de pluie à la place,
    Quant au vent, il s’est surpassé et nous a gâché le printemps,
    Enfin nos fenêtres en buée ont pris l’apparence de glace.

    Bien sûr, j’ai contrebalancé mon espace de circonstance ;
    Pour les coquelicots absents, j’ai sorti mon nuancier rouge
    Et mis des touches garancées tout autour du lac de Constance
    Sur mes paysages à l’accent d’giboulées qui chantent et qui bougent,

    Qui dansent sous l’air des lampions et mes guirlandes accrochées
    Aux branches des arbres sans fleurs mais décorés de gueules-de-loup.
    J’espère de juin le champion dont je ne saurai reprocher
    D’ouvrir un été persifleur qui rendrait le printemps jaloux.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • La sirène novice – 2

    La sirène novice - 2

    depuis son aventure
    Avec un matelot,
    pucelle et lui puceau.
    Juste un cri de couleur
    au cours de l’emboîture
    Mais ils étaient dans l’eau,
    ils étaient un peu sots.

    Comme l’amour vous met
    souvent en appétit,
    La sirène l’invite
    dans le milieu ambiant
    À partager ses mets
    et par son apathie
    Impossible qu’il évite
    d’en être l’ingrédient.

    Le deuxième marin,
    un peu gras toutefois ;
    Le quatrième maigre
    mais le goût est exquis.
    Avec du romarin,
    elle a grillé le foie
    Flambé d’un alcool aigre
    – il vendait du whisky.

    Elle a l’air maigrichonne
    mais l’appétit d’un loup,
    Loup de mer affamé
    toujours insatiable.
    On dit qu’elle vous bichonne
    à se mettre à genoux
    L’homme au thym parfumé,
    cuisiné à la diable.

    Tableau de Mark Ryden.

  • Dialogue entre Père et Mère

    Dialogue entre Père et Mère

    Elle semblait soutenir le ciel de ses deux mains frêles et dressées
    Comme pour remplacer Atlas parti se reposer céans.
    Elle avait l’air circonstanciel d’être occupée à redresser
    Les luttes entre classes et sous-classes, autant dire un travail de géant.

    Elle paraissait évaluer par mesure et estimation
    Le poids du regard appuyé d’un dieu perché sur l’au-delà
    Pour l’aider à distribuer l’abondance à destination
    De sa prêtresse appropriée disposée dans son mandala.

    Photo de William Mortensen.

  • À Dieu, le Soleil

    À Dieu, le Soleil

    Le Dieu Soleil, parfois jaloux de la lumière de Vénus,
    Ou timide devant la Lune qui le fait rougir tous les soirs,
    S’enfuit au loin à pas de loup pour rejoindre son terminus
    Dans une nuit noire opportune qui lui donne lieu à surseoir.

    Alors Vénus se montrant nue, le Soleil va se rhabiller ;
    La Lune découvrant sa fesse cachée, il ferme alors les yeux.
    Ainsi les astres, sans retenue, se moquent de le voir ciller
    Et de s’en aller à confesse auprès du Grand Maître des Lieux :

    « J’ai souillé Vénus d’adultère et Mars en rougit de colère,
    J’ai fait un enfant à la Lune dont la grossesse se subodore,
    Je suis infidèle à la Terre et la frappe de mes vents solaires
    Et j’ai osé voler Neptune en lui cachant son anneau d’or. »

    Or l’Univers n’est pas content qu’on le fasse tourner en bourrique ;
    Parmi tous les astres harmonieux, le Soleil joue les trouble-fête.
    « Si tu baises autant de planètes, c’est normal car tu es lubrique
    Alors continue de ton mieux, elles n’en seront que satisfaites ! »

    Tableau d’Osbert Alphonse.

  • Labyrinthe cortical

    Le temps qu’une idée, née du centre, atteigne la périphérie,
    La première pensée primitive a grandi le long des couloirs.
    Si peu qu’une paroi s’éventre et la voici en hystérie
    Errant dans la sphère afflictive de la mémoire, sans le vouloir.

    Parfois une pensée se perd alors que, chargée de mission,
    Elle s’égare dans les sous-sols après une folie à poursuivre.
    Alors que je me désespère, elle sort par télétransmission
    À point nommé, comme une boussole qui montre le chemin à suivre.

    Ce labyrinthe est magicien en dédales de rêves éveillés,
    Où le petit enfant en moi apprend tout au long de sa route.
    Qu’il soit psychosomaticien ou simplement émerveillé,
    Il vit et rit au fil des mois de tout ce qui le met en déroute.

    Et c’est là le but de ma vie : explorer tout mon univers ;
    Créer des corridors nouveaux vers des issues qui se devinent.
    Ne tenir compte d’aucun avis et me connaître par les vers
    Qui découlent de mon cerveau à l’encre d’essence divine.

    Tableau de snugsomeone sur https:www.deviantart.comsnugsomeonegallery?page=4 .

  • Outrage aux bonnes moeurs

    Outrage aux bonnes moeurs

    En hommage à la bonne sœur qui, l’hiver par temps pas très chaud,
    Fit fondre avec tant de douceur le pénis gelé du manchot †,
    La môme délurée mais probe devant le gosse embarrassé
    Abrita des pans de sa robe son feu par le vent harassé.

    Qu’elle ne porta pas de culotte n’était pas vraiment impudique
    Car devant la flamme pâlotte, lorsqu’elle lui ouvrit sa boutique,
    Le garçon ne profita pas d’y réchauffer ses doigts transis
    En les plongeant dans les appas de la fille par courtoisie.

    Est-ce un outrage aux bonnes mœurs de dévoiler l’intimité
    Pour proposer de bonne humeur et en toute légitimité
    Un peu de sa chaleur humaine à son prochain pour un quart d’heure
    Sans que les chaînes de l’hymen crient « Attentat à la pudeur ! » ?

    (Tableau de Poulbot sur https:www.montmartre-secret.com201611poulbot.immoralite-et-proces.html
    † « Gloire à la bonne soeur qui, par temps pas très chaud,
    Dégela dans sa main le pénis du manchot – Don Juan » Georges Brassens.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Les oiselles dansantes

    Les oiselles dansantes

    Éole, jaloux de Neptune et de ses sirènes charmantes,
    Voulut des chimères à son goût à partir d’oiseaux présumés.
    D’une poitrine fort opportune afin qu’elles soient toutes avenantes
    Mais devant se tenir debout sur pattes palmées et plumées.

    Ainsi fut fait, Zeus copula avec une superbe autruche
    Qui lui pondit huit œufs divins après avoir tant convolé.
    Lorsque la mère stipula qu’étaient nées les petites perruches,
    Elles furent livrées mais il advint qu’elles ne sauraient jamais voler.

    Éole refusa sa commande fors le devis très explicite :
    « Un joli buste féminin sur des pattes et un corps d’oiseau. »
    Elles n’ont pas d’ailes, à sa demande, mais des seins au galbe implicite
    Conformes au modèle bénin des harpies vues dans les réseaux.

    « Que veux-tu que je fasse d’elles ? » Implora Éole à son Roi.
    « Cherche leur point prédominant ! » Souffla Zeus ironiquement.
    « Mais enfin, vois ! Elles n’ont pas d’ailes ! » S’écria-t-il à son endroit.
    « Eh bien qu’elles dansent maintenant ! » Conclut Zeus laconiquement.

    Tableau de Hans Thoma.

  • Sans maillot

    Sans maillot

    S’emmailloter aux premiers jours de son arrivée sur la Terre
    N’est pas une partie de rire car il faut bien se protéger.
    Sans maillot lors d’un long séjour dans un paradis salutaire
    C’est presque comme reconquérir sa propre existence allégée.

    Renoncer aux progrès pondus par notre civilisation
    Demande beaucoup de volonté mais reste encore réalisable.
    L’irréversibilité due aux causes de mondialisation
    Nous aura désorientés et nous en sommes responsables.

    En attendant il faut choisir quelles sont nos priorités :
    L’argent, le travail, la carrière ou la famille et la santé.
    Préférence pour les loisirs ? Primeur à la sécurité ?
    Quand le temps passé est derrière, le futur peut s’épouvanter.

    Illustration de Raúl Soria.

  • Née par moi-même

    Née par moi-même

    Lilith n’a pas été créée par Dieu mais de sa propre essence ;
    Le jour où Dieu se reposa, il fit un rêve annonciateur.
    Il rêva de l’être agréé par la divine connaissance
    Et ce golem se proposa de lui-même co-fécondateur.

    Lilith se créa donc elle-même, née d’une sainte rêverie ;
    Ce fut assez extraordinaire pour ne pas dire diffamatoire
    Car ce fut le premier problème – une divine connerie –
    Dieu et tous les anges opinèrent : comment résoudre cette histoire ?

    Ce fut Lilith qui répondit : « Ne vous tracassez pas pour moi !
    Je vais devenir invisible dans le royaume des mystères ! »
    Et tout son être se fondit dans le décor en moins d’un mois
    Et depuis ses imprévisibles sautes d’humeur secoue la Terre…

    Mais ceci est une autre histoire… Tableau de Park Inju.

  • Prototype Ève

    Prototype Ève

    Laissons la naissance d’Adam provisoirement de côté
    Et attardons-nous davantage sur le prototype initial.
    Car ce n’est qu’en rétrogradant d’une genèse traficotée
    Que nous comprendrons l’avantage de ce programme assez spécial.

    Comme elle doit être multitâche, Dieu l’a pourvue de quatre bras
    Mais finalement la vitrine ne convenait pas au jury.
    Pour que la masse se détache du centre, on équilibra
    Des contrepoids sur la poitrine et sur les hanches bien mûries.

    Pour le cerveau, ce fut complexe, Dieu fit plusieurs lots de neurones
    Pour attribuer à chacun une capacité désignée.
    Le plan complet rendait perplexes les ouvrières tâcheronnes
    Mais d’ennui il n’y en eut aucun et le projet fut consigné.

    Pour tester le mâle animal, un exemplaire fut vite fait ;
    Un pré-modèle simple et musclé, avec puissance de travail.
    Dieu mît un esprit minimal pour ne causer aucun effet
    Perturbateur à renâcler et Il fut fier de sa trouvaille.

    Tableau de Park Inju.

  • Voyage au cœur de la nuit verte

    Voyage au cœur de la nuit verte

    Mon train de rêves est de saison certaines nuits de pleine Lune
    Pour je ne sais quelle raison, sans doute le cœur en a une.
    Au printemps, il s’habille en vert et, durant toute une nuit blanche,
    Je me mets à penser en vers surtout si demain, c’est dimanche.

    Après-demain en wagon-lit, couleur intense de corail,
    Je fuirai la mélancolie et la tristesse de l’autorail
    Pour un compartiment discret avec une fille de valeur
    Qui me contera ses secrets, ses amourettes et ses malheurs.

    Enfin retour du noir et blanc ; ce soir la Lune se renouvelle
    Tandis que je rentre en tremblant sur un vol gris de caravelle.
    J’en ai vu de toutes les couleurs durant le cours de la semaine
    Mais j’ai échappé aux douleurs de cette routine inhumaine.

    Illustration de Shilun Ding.

  • Impossible n’est pas français

    Impossible n’est pas français

    Une nuit où il faisait jour, je m’étais endormi dans l’herbe
    Entre deux arbres centenaires ou millénaires, je ne sais plus.
    Or dans cet étrange séjour, j’ai entendu la voix acerbe
    Des feuilles révolutionnaires dont les bruissements m’ont déplu.

    Je m’éveillais, elle était là, mon âme-sœur imaginaire,
    Entre les troncs de ces vieux chênes qui l’entouraient et l’embrassaient.
    Elle chantait a capella une berceuse originaire
    Du pays où les rêves assènent qu’impossible n’est pas français.

    Alors je l’ai prise par la main, posé ma bouche sur ses lèvres
    En l’embrassant de toute mon âme pour matérialiser son être.
    Et nous voilà sur le chemin marchant enlacés avec fièvre
    Accrédités mari et femme par toutes nos amours à naître.

    Tableau d’Octavio Ocampo sur https:www.demotivateur.frart-photographieoctavio-ocampo-l-artiste-surrealiste-qui-realise-des-oeuvres-en-trompe-l-oeil-28432 .

  • Chroniques de la fin du monde – 2

    Et les oiseaux déchanteront

    Les descendants des dinosaures échapperont une fois de plus
    Au réchauffement climatique, le chaos et la fin du monde.
    Depuis Nabuchodonosor et tous les royaumes en surplus,
    Leur aventure fantastique a su se montrer furibonde.

    Petit à petit les oiseaux ne chantent plus car ils déchantent :
    « On nous remplace nos forêts par des éoliennes tueuses ! »
    Et l’on entend dans les roseaux monter une clameur méchante
    De l’insurrection instaurée par les autruches vertueuses.

    Ralliées par les poules pondeuses, les canes, les perdrix et les oies,
    Haute et basse-cour soutenues par les grands oiseaux migrateurs ;
    Chouettes et pintades frondeuses venues de Perpète-les-oies
    Se sont rassemblées en tenue de complotistes agitateurs.

    Et si vous prêtez attention aux quelques aubades restantes
    À proximité des quartiers et notamment les plus cossus,
    C’est pour noter leurs intentions quand sonnera l’heure pétante
    Afin que vous vous écartiez lorsqu’ils vous fonceront dessus.

    Tableaux de GiveMeMood sur https:www.redbubble.compeopleGiveMeMoodexplore?page=1&sortOrder=recent .

  • Chroniques de la fin du monde – 1

    Cheval te la raconter

    La plus noble conquête de l’homme depuis ce matin s’interroge :
    « Faut-il ou non aimer l’humain alors qu’on en a plein le dos ?
    Cessons cette vie en binôme et, afin que nul n’y déroge,
    Mettons-nous donc tous en chemin et partons pour l’Eldorado ! »

    Et l’on entendit retentir le formidable hénissement
    De l’Ange équestre, leur messie, pour les conduire en terre sainte.
    Ce serait quand même mentir de cacher l’enchérissement
    De la joie sans cesse épaissie quand ils sortirent de l’enceinte.

    De drôles de zèbres à cet instant se sont adressés au public
    Pour précher la bonne parole du peuple élu : les équidés.
    On les a vus manifestant contre l’ancienne loi biblique
    Qui passait à la casserole chevaux, ânes et camélidés.

    Alors surgirent les licornes sorties de leur anonymat
    Tout heureuses de s’échapper de là où elles étaient remises.
    Et toutes ces bêtes à cornes pourfendre leurs anciens primats
    En laissant pour seule rescapée la dernière écuyère soumise.

    Tableaux de GiveMeMood sur https:www.redbubble.compeopleGiveMeMoodexplore?page=1&sortOrder=recent .

  • Se paumer ou ne pas se paumer ?

    Se paumer ou ne pas se paumer ?
    Marianne, fière comme un coq, n’est pas une poule mouillée ;
    Si elle avait croqué la pomme – originelle, cela va de soi –
    Ou fait tomber l’œuf à la coque d’un Christophe Colomb cafouillé,
    L’aurait chassé d’un coup de gomme toute réprimande qui soit.

    Marianne a de qui tenir, elle est française par-dessus tout ;
    Elle sait mentir à bon escient et agir à contre-courant.
    Tout ce qui peut lui convenir ; prérogatives passe-partout,
    Science du pouvoir omniscient, capital et comptes-courants.

    Comment en est arrivée là notre Marianne chérie,
    Porteuse de l’Égalité, Liberté et fraternité ?
    Trop de faste et de tralalas de présidents ont enchéri,
    Par élections plébiscitées, son cœur des pires insanités.

    Tableau de Konstantin Kacev.