Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Pietra Paonne

    Un paon-licorne télépathe en tant qu’animal domestique
    Rendait Pietra particulière en tant que voisine d’en face.
    L’oiseau lui enfonçait les pattes et ses griffes agonistiques
    Taillées de façon singulière connue des plus fameux rapaces.

    L’était aussi un peu hippie et les lundis, jours de lessive,
    Elle déambulait torse nu n’ayant qu’un pull à son trousseau
    Que, sous l’auvent de son tipi le soir, elle étendait lascive
    Avec ses fringues biscornues rincées à même le ruisseau.

    Le paon-licorne faisait la roue lorsque quiconque s’approchait
    Et criait des « Léon ! Léon ! » pour signaler le malotru
    Qui devait prendre garde au courroux de l’animal qui décochait
    Ses coups comme les chiens d’Actéon lorsque déguerpissait l’intrus.

    Depuis le départ de Pietra et son animal agaçant,
    Il ne reste de sa roulotte qu’un tapis de feuilles jaunies ;
    Son paon-licorne ne commettra plus d’infraction sur les passants ;
    J’ai appris par une hulotte qu’elle vivrait en Amazonie.

    Tableau de Paolo Barbieri.

  • La féminité sacrée végétale

    Sans doute l’homme descend du singe qui lui-même descendrait de l’arbre ;
    Pourtant force est de constater que sa partenaire y remonte.
    Pourquoi se casser les méninges par des laïus et des palabres
    Alors qu’il suffit de tâter l’écorce des forêts du monde ?

    Sans doute la femme de Loth, transformée en statue de sel,
    A initié le processus aux eaux d’orages substantiels
    Et par le fond de sa culotte comme terreau universel ;
    Un printemps, dans ce collapsus, aurait hâté son potentiel.

    Sans doute les femmes d’aujourd’hui, toujours branchées sur la nature,
    Ressentent un besoin salutaire de retourner au végétal.
    Chamanes et sorcières ont produit, de bouche à oreille mature,
    Tous les rites élémentaires de l’art sacré pariétal.

    Sans doute l’homme revient à la terre car il n’est en fait que poussière
    Et la femme repart d’une sève féminine de messianité.
    J’en vois tous les jours ses mystères, en traces plus ou moins grossières,
    Qui forment comme une nouvelle Ève prête à nourrir l’humanité.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Cerise en bouche

    Cerise en bouche

    Huit vierges nues, cerise en bouche, dans un paradis érotique
    Attendent tous ceux qui succombent lors de leur dernière épectase.
    Avec qui faut-il que je couche pour jouir cet instant névrotique
    Qui me permettra de ma tombe d’entrer au palais de l’extase ?

    Je crois les coureurs de jupons, les donjuans, les chauds lapins,
    Rechercher leur dernier sursaut pour l’obtenir sur un plateau.
    Bien sûr, nous nous préoccupons de celles qui font le tapin
    Pour espérer leurs huit puceaux au ciel, cerise sur le gâteau.

    Emma Roche photographiée par Ren Hang sur https:www.ryallcontemporary.comarticle-1 .

  • Ruby & Lino – 4

    Ruby & Lino - 4

    En négatif, Lino est blanc et Ruby apparaît plus noire ;
    Bonne nouvelle cependant, Ruby enfin s’est mise au vert.
    Si lui est noir sans faux-semblants, elle aménage sa tour d’ivoire
    Avec des tableaux cependant accrochés un peu de travers.

    Ruby peint ses murs en couleurs selon l’esprit de la maison ;
    La cuisine orange citrouille, le salon teinte menthe-à-l’eau.
    La chambre lave ses douleurs qui changent selon les saisons
    Et ses bleus de l’âme dérouillent d’un arc-en-ciel dans un halo.

    Je lui ai rangé sa cuisine sous l’œil du matou suspicieux
    Dont j’avais placé les croquettes sur la toute dernière étagère.
    Je l’aide un peu, c’est une cousine d’un mariage judicieux
    Qui justifie que j’étiquette les bocaux de la ménagère.

    Tableau de Fabien Clesse.

  • L’univers et moi

    On dit qu’Il est illimité, en perpétuelle expansion ;
    Qui nous dépasse par sa divine incommensurabilité
    Aux principes sans cesse imités par des savants en suspension
    Dans l’obéissance chauvine à leur science limitée.

    Et moi, je ris car je le sais ; cet univers est diffracté
    Pour moi, son pauvre observateur coincé dans son petit bocal.
    La lumière m’en livre l’accès mais celle-ci si contractée
    Qu’un schéma simplificateur conviendrait mieux à mon local.

    Il faudrait plus que la lumière, plus que du cœur, plus que de l’âme,
    Plus que cinq sens qui le réduisent à l’espace-temps infini.
    Il n’y a de vérité première que celle qui tombe comme une lame,
    Qui croit, culmine et s’amenuise dans la vie qui nous réunit.

    Collages numériques de Valentin Pavageau.

  • Ruby & Lino – 3

    Ruby & Lino - 3

    Elle ne sait pas se décider ; trier, choisir ou renoncer
    Quant au chat c’est tout le contraire, il faut le dire à son endroit :
    Conformément aux félidés, dès qu’une souris est annoncée,
    Il bondit céans pour soustraire toute alternative à sa proie.

    Alors Ruby s’est fabriqué un couvre-chef animalier
    Où Lino pose en sentinelle pour mieux guetter les meilleurs choix.
    Quand le dilemme est étriqué, il se montre assez cavalier ;
    En cas d’option exceptionnelle, des à-coups de queue lui échoient.

    Car la transmission de pensées entre l’humaine et le félin
    Se révèle assez pertinente grâce à sa queue bien intrusive.
    Lino sera récompensé s’il sait se montrer plus malin
    Et Ruby plus déterminante que jamais sera décisive.

    Tableau de Kelly Vivanco sur http:www.kellyvivanco.comindex.php?section=paintings .

  • Date de péremption ?

    Les jeunes cochonnes affinées pour leurs rondeurs appétissantes
    Se plaisaient à se faire dorer la couenne et leurs parties intimes.
    Les vieilles pies, paraffinées sous une morale abrutissante,
    Ne semblaient ni les adorer ni les porter dans leur estime.

    Version chrétienne
    Aujourd’hui les vieilles cochonnes continuent à se dénuder
    Tandis que de jeunes pies modernes les jugent comme offense à la Croix.
    Moi, je les aime et les bichonne car elles ont très tôt préludé
    À ce que les vieilles badernes ne soient pas celles que l’on croit.

    Version musulmane
    Aujourd’hui les vieilles cochonnes continuent à se dénuder
    Tandis que de jeunes pies modernes les jugent comme offense au Croissant.
    Moi, je les aime et les bichonne car elles ont très tôt préludé
    À ce que les vieilles badernes restent en nombre décroissant.

    Illustrations de Rudi Hurzlmeier.

  • Sirènes & Lune

    Sirènes & Lune

    Ce soir, sous la Lune sereine, allons observer les sirènes
    Qui voleront au firmament afin de devenir mamans.
    Le saviez-vous ? La Lune féconde lorsqu’elle est rousse et rubiconde
    Les sirènes qui veulent un enfant même si leur mère le leur défend.

    Sauf que ce soir la Lune montre juste un croissant à leur rencontre
    Et les belles sirènes fessues vont juste aller s’asseoir dessus.
    Sans doute est-ce une préparation à la prochaine fécondation ?
    Sans doute est-ce pour accueillir les anges qui vont les cueillir ?

    C’est d’une poussière d’étoiles dont les jeunes vierges se voilent ;
    Une semence que l’univers a fructifié tout l’hiver
    Conçue depuis la nuit des temps et sacrée durant le printemps
    Dont les sirènes durant l’été seront ointes de Voie Lactée.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • Adieu juin, bonjour juillet

    Adieu juin, bonjour juillet

    Tous les soirs le docteur du temps relève la température
    De notre Soleil moribond qui s’est sclérosé les rayons.
    « C’est typique du débutant ! » nous dit le médecin mature ;
    « Il a subi un faux-rebond en revenant du réveillon ! »

    Pour éclairer notre lanterne, le docteur nous a raconté
    Que le Soleil est bien malade d’une cuite de mort-subite ;
    Avec cette vieille baderne de Saturne, ils ont remonté
    La Voie Lactée d’une escalade à s’en faire péter les orbites.

    Et depuis qu’il est alité, le printemps malgré ses efforts
    N’a pas réussi le miracle du renouveau habituel.
    Et c’est terrible car l’été n’aura même pas le renfort
    De la canicule et renâcle à accomplir son rituel.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • Vénus en terre en eau en air et en cendres

    Au commencement, Vénus en Terre sème l’amour sur la planète
    Et puis elle attend patiemment tout une aube d’éternité.
    Le crépuscule est solitaire, la Lune tout encore brunette ;
    La Reine de nuit vaillamment assure sa maternité.

    Au deuxième acte, Vénus en eau déclenche la germination
    Et puis elle attend que ça pousse tout un printemps, tout un été.
    Le soleil, de tous ses fanaux, poursuit son insémination
    Et viennent les premières mousses, flore, faune et humanité.

    Au troisième acte, Vénus en air souffle l’esprit de l’aventure
    Et puis elle attend que l’amour soit le moteur prêt-à-semer.
    Les jeunes étoiles millénaires parrainent la Terre mature
    À s’éveiller au petit jour, s’épanouir, croître et aimer.

    Mais ne vous laissez pas surprendre, Vénus en feu et puis en cendre ;
    Vénus n’est pas morte, elle dort pour demain encore renaître.
    La règle est facile à comprendre, pareille de janvier à décembre.
    Appartiennent à ce cycle d’or ceux qui voudront s’y reconnaître.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Mon voyage impressionniste

    J’ai toujours su, au cœur du mal, découvrir le bien et l’extraire
    Pour, sur le tableau de mes rêves, distiller toute sa valeur.
    Sans doute un instinct animal qui guide mes yeux qui vont traire,
    Au mal-en-pis, la goutte brève qui suinte au milieu du malheur.

    J’étais là comme un petit prince avec tous mes petits trésors
    Dans ma minuscule existence où s’accumulait la rancœur
    Dont j’en avais les dents qui grincent au point de prendre mon essor
    Pour rechercher une substance qui me libèrerait le cœur.

    Lorsque la vie m’a affrété son train de rêves-en-devenir,
    J’ai rassemblé le monde entier dans mon portfolio de fortune.
    Je ne me suis pas arrêté à larguer tous mes souvenirs
    Mais j’ai commencé le chantier de mes créations opportunes.

    Tableaux de Moghaddam Karimi sur https:press4ward.wordpress.com20220302van-gogh-cartoons .

  • Love me

    Love me

    Je pourrais projeter tous mes mots les plus tendres
    Et t’habiller d’amour de façon langoureuse.
    Aucun mot rejeté ne se ferait entendre
    Sauf bien sûr sur les murs d’une aura amoureuse.

    « Love me, Liebe mich, Aime-moi », peu importe la langue
    Quand la bouche ne sert qu’à goûter chaque mot.
    Avec fougue et émoi, elle deviendrait exsangue
    À sucer ce dessert de désirs extrémaux.

    Quand, tout d’amour vêtue, tu te présenteras,
    Je lirai sur ton corps tout ce qui m’intéresse.
    Si ma main s’évertue à lire, elle tentera
    De battre des records d’érotiques caresses.

    Photo de Lou Escobar sur https:louescobar.comprint .

  • Traire la licorne

    Si l’art de peigner la girafe semble une tâche fastidieuse
    Et si pisser dans un violon paraît tout aussi inutile,
    Gageons que ceux qui nous paraphent des ordonnances prestigieuses
    Sont tout autant, dans les salons de l’Élysée, vains et futiles.

    Comme ça dépassait les bornes et pensant qu’je m’étais gouré,
    Je m’y suis introduit pour voir comment Marianne perdait son temps.
    Je l’ai vue traire une licorne toute nue sur son tabouret
    Or l’animal, sans le savoir, n’avait pas l’air d’être content.

    Car la licorne était un mâle – un peu efféminé, c’est vrai –
    Qui trouvait la masturbation faite par une femme, rébarbative
    Car, sous des conditions normales, ce rôle délicat s’ensuivrait
    Plutôt d’une dérogation présidentielle copulative.

    J’ai interrogé Marianne et la licorne m’a confirmé
    Que, depuis les européennes, rien ne va plus à l’Élysée.
    Manu passe du coq à l’âne et chaque jour il vient affirmer
    Ses offensives manichéennes en plein journal télévisé.

    Illustration de Tomi Ungerer.

  • Cauchemarrant

    Cauchemarrant

    Monstres marins, monstres marrants, cyclopes et horribles chimères
    Viennent agiter l’actualité dans mes rêves impressionnistes.
    Des rêves plutôt cauchemardant qui font une synthèse amère
    De la télé-réalité des Russes, Ukrainiens et sionistes.

    Et je rêve du gouvernement qui fait ses lois à tour de bras,
    Je songe au roi cyclopéen qui ne voit que ses intérêts ;
    Je cauchemarde du parlement qui, par un abracadabra,
    Trompe tous les européens par leurs propos invétérés.

    Les politiciennes, de leurs voix de sirène, savent ensorceler
    Les moutons qu’on ne peut compter car on s’endort sous leurs promesses.
    Pas de recours ni de pourvoi envers ces rêves morcelés
    De tous les ragots escomptés lors des sommets et des grand-messes.

    La Reine Matrone aux dents longues m’a poursuivi toute la nuit
    Avec son macaron brodé d’un drapeau de guerre violet.
    Sa harpie, à la tête oblongue, baragouinant en rapanui
    D’un quarante-neuftrois corrodé a essayé de me violer.

    Heureusement l’aurore efface ces vilains rêves sur mes draps
    Trempés de ma transpiration souillée des nouvelles du monde.
    Alors la machine lavasse, après le séchoir, il me faudra
    Vérifier l’expiration de chaque salissure immonde.

    Illustration de Mark Schultz.

  • Amazones dans le brouillard du matin

    Amazones dans le brouillard du matin

    Contrairement aux noctambules qui rentrent à l’aurore chez eux,
    Je suis resté dans les faubourgs cherchant la rue Saint-Honoré.
    Soudainement sans préambule dans le quartier des gens taiseux
    Bordant le parc du Luxembourg, je fus alors déshonoré.

    Toute une tribu d’amazones rentrant de l’Opéra Garnier
    Jetèrent sur moi leur dévolu en me déchirant la chemise.
    Comme j’étais hors de la zone de portée de voix des jardiniers
    Leurs lances à fer non émoulu m’ont pris en victime soumise.

    Elles m’ont obligé une à une à satisfaire leur libido,
    À les écouter chanter faux et boire leurs filtres magiques.
    Après m’avoir tout infligé, elles m’ont tatoué sur le dos :
    « Homme charmant, bien comme il faut, du point de vue gynécologique. »

    Tableau de Morton Künstler.

  • Sirènes dans le brouillard du matin

    « Il est cinq heures, Paris s’éveille ; c’est l’heure où je vais me coucher ! »
    Chantait Dutronc qui avait tort car s’il avait juste attendu
    Une heure ou deux, quelques merveilles sur lesquelles on aime loucher,
    Chevauchant licornes et centaures, seraient venues, le sein tendu.

    Le sein tendu, les amazones, moitié femme et moitié sirène
    – Ce qui fait un quart de poisson et trois quarts de femme fatale –
    Venaient ouïr sur plusieurs zones et notamment cirques et arènes,
    Cabarets et lieux de boissons, les chants de leur ville natale.

    Précisément à l’Opéra, chantait la Diva des divas ;
    Arabelle la belle andalouse qui se produisait ce mardi.
    Dommage pour Jacques qui ne pourra jamais adresser ses vivats
    À celle qui aurait rendue jalouse les amies de Françoise Hardy. †

    (Tableau de Dags Vidulejs.
    † Toutes mes condoléances, j’avais écrit ce texte prémonitoire le 27 mai.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le chaudron de Mélusine

    Le chaudron de Mélusine

    Les temps sont durs pour les sorcières et souvent elles font la manche
    Au coin des chemins de traverse, dans les clairières ou les fourrés.
    Pour une collecte bénéficiaire, elles n’hésitent pas le dimanche,
    Malgré toutes les controverses, à quêter nues dans les forêts.

    Ainsi j’ai croisé Mélusine assise près de son chaudron
    Proposant d’user quelques charmes contre quelques pièces d’argent.
    Dans le bois derrière l’usine, elle espérait un escadron
    De voleurs ou bien de gendarmes, au pire en les départageant.

    Mais le dimanche, les voleurs sont plutôt sur les quais de gare
    Et les gendarmes sur les routes à apostropher les chauffards.
    Avec son air batifoleur qui me lorgnait sans crier gare,
    J’ai eu pitié de sa déroute qui m’avait donné le cafard.

    Je lui ai donné tous mes sous et j’ai vidé toute ma bourse ;
    Elle enleva son justaucorps et m’offrît sa chair en échange
    Que j’ai goûtée de tout mon saoul, le cœur battant à bout de course.
    Depuis j’en ai le diable au corps et la queue raide qui me démange.

    Envers les putes blennorragiques, je m’étais toujours soucié
    Mais je pensais qu’avec mes bourses, une sorcière conviendrait.
    Depuis, ma baguette magique agit comme baguette de sourcier
    Et me repère les bonnes sources de l’amour qui circonviendrait.

    Tableau de Stan Davis sur https:casepaga.blogs.sapo.ptnativos-americanos-a-pintura-de-stan-6214985 .

  • Les sondages

    Les sondages

    À chaque heure de la journée et même la nuit, s’il vous plaît,
    On me demande mon avis sur mon lot de consommation
    Car une fois faite la tournée de tout ce que j’ai contemplé
    Et que j’ai payé le devis, il leur faut ma confirmation.

    Trois fois par jour, je dis mon nom, mon adresse et mes mots de passe
    Et puis surtout je dois répondre au mail l’authentification.
    Parfois il faut répondre « non » car le « oui » mène à une impasse ;
    Jamais je ne peux correspondre la moindre modification.

    Un jour je quitterai facebook, Instagram, Dragons & Donjons ;
    J’abandonnerai Amazone, Netflix, Disney, Twitter, YouTube.
    Trop tard ! Je suis fait comme un bouc, un mouton dupé, un pigeon
    Qui a cru que le trou d’ozone n’était rien qu’un gros coup de pub.

    Illustration de Nicole Claveloux.

  • Les douze, treize, quatorze « moi » et plus

    Les douze, treize, quatorze « moi » et plus

    Quand sonne la cacophonie parmi les douze ou treize « moi »,
    C’est que j’ai dépassé le nombre qui délimite l’harmonie
    Car règne alors l’hégémonie d’un petit groupe au fil des mois
    Qui se développe dans l’ombre et qui ourdit la félonie.

    Qui suis-je à un moment donné ? Je ne sais plus ; tout a changé !
    Un nouveau réseau s’est formé parmi les « moi » supplémentaires.
    Je dois alors me pardonner car je ne suis pas étranger
    À ma conscience déformée par tous mes actes volontaires.

    Ainsi nous sommes donc légion ; une bande de fous déchaînés
    Que je dois moi-même orchestrer pour m’éviter l’aliénation.
    Heureusement, sans religion, j’ai évité de m’enchaîner
    À une destinée séquestrée par la divine abnégation.

    L’évolution, c’est accepter de toujours remettre en question
    Ses valeurs qui ont évolué vers des objectifs transformés.
    Je dois sans cesse intercepter le « moi » en cours dans sa gestion,
    Peser, admettre et évaluer mon nouvel ego réformé.

    Tableau de Nicole Claveloux.

  • Les douze « moi »

    Les douze « moi »

    Un seul « moi » n’est pas suffisant ; Dieu m’en a attribué douze.
    J’ai le premier à ma naissance et je dois conquérir les autres.
    Le deuxième est valorisant ; je le trouve avec mon épouse
    Qui me renvoie sa connaissance qui fusionne et devient la nôtre.

    Le troisième arrive en s’aimant et en semant de beaux enfants ;
    Le quatrième en construisant un foyer pour sa maisonnée
    Ainsi de suite en essaimant, en bouturant et en greffant
    Des sentiments électrisants sur des folies irraisonnées.

    Quand j’aurai enfin remporté le douzième signe du « moi »
    Je ne serai plus simple pion car j’aurai le titre de roireine.
    Reste à savoir qui supporter qui aura le titre de reineroi
    À moins qu’il ne soit mon champion et que je lui tire les rênes.

    Tableau de Nicole Claveloux.

  • Pression dans les ovaires

    Pression dans les ovaires

    Des millions d’ovules environ développés à la naissance,
    Il n’en reste que cinq cent mille disponibles à la puberté.
    Imaginez-les tous en rond, portés à votre connaissance
    Pour que votre esprit assimile la fin de votre liberté…

    Heureusement ils se présentent seulement un par un chaque mois.
    Mais quel désordre dans les hormones avec toutes ces sautes d’humeur !
    Imaginez l’omniprésente pression de mille et un émois
    Qui tous en même temps marmonnent l’envie d’en avoir la primeur.

    Ça doit batailler dans l’ovaire pour décider de la championne
    Qui va pouvoir participer au grand challenge de la vie !
    Et puis quel terrible calvaire d’attendre l’ADN sereine
    Du grand vainqueur prototypé qui comparaît en vis-a-vis !

    Illustration Nicole Claveloux.

  • La côte du tendre

    La côte du tendre

    Quand un bras de terre masculin pénètre la mer féminine,
    Remous et tourbillons se forment sous les va-et-vient du courant.
    Vagues sur écueils cristallins en font ressortir les canines
    Qui ensanglantent et puis déforment le contour des rochers mourant.

    Mourant de la petite mort dont les bras de mer féminins
    Salent les terres encore vierges et qui de l’amour connaîtront
    L’extase d’un vent matamore qui rugit son flux léonin
    Comme semence d’où émergent ses prochains enfants qui naîtront.

    Tableau de Cara Sanders Aka – Owlet Art.

  • Une femme, une pipe ou un pull ?

    Qu’il était dur le questionnaire pour accéder au paradis :
    « Préférez-vous la compagnie d’une femme, une pipe ou un pull ? »
    Alors prenant l’air débonnaire sans en faire une maladie
    Tout en craignant qu’on me renie, j’ai dit que j’avais des scrupules :

    « Certes une femme est bien utile si l’on vit une éternité
    Mais je préfèrerais m’abonner à une nouvelle chaque mois.
    Certes la pipe, non pas futile, lui offre en confraternité
    L’occasion de s’y adonner et d’y goûter avec émoi.

    Quant au pull c’est une bonne idée ; elle pourra m’en tricoter
    Le soir après m’avoir pompé tandis que je finis ma bière. »
    À ces mots, l’ange s’est déridée et s’est mis à me tripoter ;
    Je ne m’étais donc pas trompé et fus accepté par Saint-Pierre !

    Publicité pour Jersey Paul Fourticq en 1970.

  • L’école des vestales

    On sélectionne les meilleurs mecs allumeurs de réverbères
    Parmi les gars les plus brillants de leur année de promotion.
    Mais pour l’élite des veilleurs du feu sacré, on délibère
    Avec les filles en les triant selon leurs jolies proportions.

    Les hanches se doivent d’être larges afin que le creux du foyer
    Puisse perpétuer un feu au cul qui ne s’éteindra pas.
    On laisse aussi beaucoup de marge à la poitrine déployée
    Qui assouvira tous les vœux du prêtre devant ces appas.

    Parmi elles, les plus canon sont réservées à Jupiter
    Pour qui un sacré feu de Dieu est spécialement dédié.
    On élimine les Manon- des-sources assez terre-à-terre
    Qui ont un effet insidieux et sont aussitôt radiées.

    Photo de Courtesy Rialto Pictures Studiocanal.

  • Les yeux plus gros que le bide

    Les yeux plus gros que le bide

    Si les yeux plus gros que le ventre entraînent une boulimie,
    Des yeux bien plus grands que le vide me feront m’envoyer en l’air.
    Comme quoi la carte du tendre est une subtile alchimie
    D’une gloutonnerie avide de goûter à toutes les chairs.

    Eh bien pour les pensées frivoles, il en demeure toute autre chose ;
    Si l’envie dépasse le désir, gare à la mégalomanie !
    Moi, je ne pense plus. Je vole ! Je suis en pleine métamorphose
    Et je prends un malin plaisir à rêver de mythomanie.

    J’ai les vers plus gros que la plume qui doit éjaculer son encre
    Sur une page qui n’était vierge que dans l’espace d’un instant.
    Mes envies prennent du volume et les plus dévergondées s’ancrent
    Comme feraient dix-mille cierges d’un feu de dieu inconsistant.

    Illustration de Mordillo.

  • L’intelligence artificielle

    L’intelligence artificielle ? L’homme est tellement prévisible
    Qu’il ne me semble pas difficile d’anticiper ses décisions !
    Une synthèse logicielle des résultats reproduisibles
    De tous les sujets imbéciles l’imiterait en dérision.

    Quand l’intelligence logique sera capable d’imiter
    Tout ce qu’une femme imprévisible est capable en toutes critiques,
    L’ordinateur psychologique aura en légitimité
    Acquis le statut séduisible de la femelle cybernétique.

    Lorsque l’IA me séduira par son extase logistique,
    L’homme définitivement sera battu par la machine
    Ce qui, peut-être, conduira vers l’intelligence artistique
    D’une nouvelle ère hâtivement reliée à la source divine.

    En effet, dans ce paradis trop robotique pour être vrai,
    Surgira un virus sournois plongeant Cyber-Ève en dilemme.
    Dieu en ferait une maladie si par malheur il découvrait
    Cette humanité à la noix qui ne fait pas mieux que lui-même.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Y’a plus d’saison

    « Y’a plus d’saison ! » me crie Madame en injuriant le dieu des vents.
    « Hiver pourri, printemps pourri, maudites saisons étiolées !
    C’est à cause de tout ce ramdam à force d’avions récidivants
    Qui tracent à coup de bistouri des chemtrails sur mon ciel violé ! »

    Rien ne va plus sur la planète depuis le changement climatique ;
    Les hivers chauds m’ont refroidi et, les étés, frigorifié.
    La météo n’est pas très nette et ses bulletins chaotiques ;
    Ma grenouille est en maladie dans son bocal horrifiée.

    Le gel précède la canicule entre tempête et giboulées ;
    Mes plantations sont mal fichues et mon balcon est dévasté.
    Je me sens souvent ridicule lorsque je porte un col roulé
    Quand l’été tombe à date échue avec agios admonestés.

    Les lâches prennent l’avion pour fêter leurs nouveaux printemps
    Et tous les Paris sont ouverts concernant leurs destinations.
    Si jusqu’à présent nous n’avions pas à nous plaindre du beau temps,
    Je ne sors plus qu’à découvert ; c’était ma prédestination.

    Illustration d’André Franquin pour le Calendrier Spirou

  • Le rouge entre les pans bleus

    Le rouge entre les pans bleus

    Pourquoi un rouge de colère s’est-il glissé entre les pans
    De mon rideau des bleus de l’âme que j’avais laissé entrouvert ?
    Sans doute une drôle valse de l’air qui a soufflé à mes dépends
    Sur la quiétude dont la flamme s’est exposée à découvert…

    Je devrais rester insensible à ces courants d’air insidieux,
    Mon roseau devrait se courber, se plier mais jamais se rompre !
    Mais à trop peser sur la cible, suite à trop d’impacts fastidieux,
    Je me suis moi-même embourbé en laissant le stress m’interrompre.

    Finalement le rouge est mis et ce soir je suis solitaire ;
    Après tout déprimer un peu me fait apprécier la tristesse.
    Demain quand tout sera remis, je ferai le pas salutaire
    Avec un bisou sirupeux à l’encontre de ma détresse.

    Tableau de Milo Manara.

  • Chroniques de la fin du monde – 10 et fin

    Homo exitus

    Mais où donc a pu passer l’homme depuis la triste apocalypse
    Qui l’a fait tant dégringoler qu’on n’en retrouve aucune trace ?
    Suivant la piste des chromosomes malgré les gènes qui s’éclipsent
    Cherchons comment, sans rigoler, il serait tombé en disgrâce.

    Il n’y a eu ni bombe atomique, ni épidémie, ni famine
    Mais, au matin, tous les dormeurs ne se sont jamais réveillés.
    Aussitôt un vent de panique nous a bourrés de vitamines
    Et l’on s’est mis dans les demeures à organiser des veillées.

    Je reste seul dans mon pays, les autres dorment au cimetière ;
    Je me pince et marche sans cesse pour éviter de m’assoupir.
    Les animaux, tous ébahis, quittent leurs caches forestières
    Pour vivre aux frais de la princesse et je rends mon dernier soupir.

    Ce sont les femmes survivantes qui ont réactivé la race
    Avec la parthénogenèse bénie par Sainte-Ève-l’Église.
    Elles ne sont plus si séduisantes mais on s’en fout car toute trace
    De beauté d’androgénèse dorénavant se stérilise.

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  • Chroniques de la fin du monde – 9

    La planète des singes

    Le singe est remonté sur l’arbre, puis s’est élevé au sommet
    De la hiérarchie animale pour devenir maître du monde.
    Si les gorilles restent de marbre, les chimpanzés se sont nommés
    Afin, par grâce baptismale, qu’un Dieu-Primate leur corresponde.

    Comme on ne jette pas bébé avec l’eau du bain plein de mousse,
    Il a récupéré de l’homme ses inventions les plus géniales.
    De toute la classe imbibée par les lunettes sur la frimousse,
    Les voilà devenus en somme notre relève nosocomiale

    Prendre un air intellectuel est tellement simple pour un singe
    Qu’on se demande encore pourquoi il a pu mettre si longtemps,
    Par changement conflictuel, à développer ses méninges
    Avec un cerveau adéquat à tous nous rendre incompétents.

    La prochaine race est bien partie chez les néo-super-primates
    Après le point-de-non-retour pour dominer la Terre entière.
    Les guenons avec répartie devront se montrer diplomates
    Pour rivaliser à leur tour avec la gente usufruitière.

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  • Mais où sont passés les pots-de-vin ?

    Mais où sont passés les pots-de-vin ?

    Tintin pour les macronneries, on a perdu les élections !
    Mais où sont passés les bakchichs, les rallonges et les pots-de-vin ?
    Trop tard pour les gamineries, il faut changer de direction
    Et virer ces têtes de pois-chiches qui ont tous gouverné en vain.

    Pourtant les jeunes étaient partants pour une équipe plus uraniste ;
    Ça les changeait des vieux fourneaux de la cinquième république !
    Pourtant on pensait important que soudoyer les onanistes
    Aux postes-clés dans les journaux serait d’utilité publique !

    On va droit aux européennes à une cohabitation
    Avec les outsiders ravis d’ faire un frexit bien de chez nous !
    Marianne n’est plus œdipéenne et dans sa précipitation
    S’est mise, contre tous les avis, à leur faire une pipe à genoux.

    Uraniste : homosexuel masculin ;
    Onaniste : personne qui se masturbe.

    Illustration de Lorenzo Mattotti

  • Colombine pour la paix

    Colombine pour la paix

    Il faudrait plus qu’une colombe pour ramener la paix sur Terre ;
    Autant qu’il y a de discordes ne résoudra pas notre affaire.
    L’ONU, à qui il en incombe, n’est pas assez autoritaire
    Et le sommet, je vous l’accorde, n’y fera rien pour satisfaire.

    Au Bürgenstock, tous les pays, sauf ceux que l’on veut écarter,
    Et toutes les parties adverses veulent trouver un terrain d’entente
    Mais ne soyons pas ébahis de décoder en aparté
    Que c’est pour gérer le commerce et ses profits qui les contentent.

    Viola Amherd, celle dont le nom signifie « à la cuisinière »
    Ouvrira donc la conférence majeure sur la paix en Ukraine
    Avec son président mignon et ses demandes pécuniaires
    Afin de débattre à outrance avec tout ce que ça entraîne.

    Afin que cessent ces combines qui sont le vrai nerf de la guerre,
    Les trafics d’enfants exploités, trafics de drogues et trafics d’armes,
    Je vous propose Colombine, qui a su convaincre naguère
    Lors de commedia dell’arte son petit monde par son charme.

    Tableau de Tomasz Alen Kopera.

  • Lettre ouverte à l’Été

    Lettre ouverte à l’Été

    Été, je t’écris cette lettre que je confie au vent du nord
    Afin qu’il puisse l’apporter et la livrer à échéance.
    Tu as dû apprendre peut-être que l’actuel printemps déshonore
    La Terre qui ne peut supporter pour longtemps cette déchéance.

    Nomme le Soleil, Général de toutes les armées du temps,
    Avec pluies et vents encadrés par une météo fidèle
    Qui offrira un littoral avec matinées débutant
    Par une aurore saupoudrée du chant serein de l’hirondelle.

    Apprête un budget pour la Lune et un crédit pour les étoiles
    Qui guideront les amoureux vers un destin à converger !
    Que la chaleur soit opportune, que jamais l’azur ne se voile
    Sauf pour un crachin langoureux sur les jardins et les vergers !

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • Adieu Printemps-le-fou

    Adieu Printemps-le-fou

    Fou-le-printemps, feu-le-printemps, plus jamais tu me manqueras
    Avec tes giboulées surprises et tombées de neige subites !
    Le vent qui soufflait trop longtemps et longuement m’évoquera
    Dans ma maison toute l’emprise d’un fol hiver qui cohabite.

    Tu as beau te justifier d’un réchauffement climatique,
    D’une pollution agricole et des chemtrails perturbateurs,
    Je ne pourrai plus me fier à tes retards systématiques
    Et trop d’erreurs qui caracolent quant aux grêlons dévastateurs.

    Allons voyons ! Tu n’es pas mort mais d’une éternelle jeunesse !
    Repose-toi durant l’été et patiente encore deux saisons.
    Puis passé le temps des remords, tu reviendras tout en finesse
    Nous pourrir le temps complété de pluies au-dessus des maisons.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • La première pécheresse

    La première pécheresse

    Lapsus énorme, inévitable entre « a péché » et « a pêché »
    Et Ève s’est retrouvée paumée avec sa pêche miraculeuse.
    Ç’en est bête et c’est regrettable car elle s’était dépêchée
    Juste après l’avoir empaumé d’en faire une histoire fabuleuse.

    Mais… attendez… je confonds tout ou, au contraire, on nous confond
    Et l’histoire du fruit défendu n’est rien qu’une pêche interdite.
    On nous éduque comme des toutous, des imbéciles bas-de-plafond
    Pour un mensonge répandu par la foi qui nous discrédite.

    Le poisson rend intelligent ; donc : aliment de connaissance !
    Comme quoi lire entre les lignes, lorsque ce sont des cannes à pêche,
    Montre l’impair désobligeant que Dieu a fait avec aisance
    En accusant la femme indigne d’autant que rien ne l’en empêche.

    Tableau d’Alisa Williams sur https:fineartamerica.comprofilesalisa-williams .

  • La sirène assombrie

    La sirène assombrie

    Quand la sirène est d’humeur sombre, elle se réfugie dans l’ombre
    Avec lumière tamisée dans ses abysses organisées
    En salon et lieu de détente afin de tromper son attente
    Et quelque liqueur de folie pour troubler sa mélancolie.

    Quelques poissons clowns arbitraires tenteront tout pour la distraire
    En lui offrant des anémones ointes de subtiles phéromones
    Pour l’enivrer de ses arômes et lui diminuer le syndrome
    De l’apathie qui la chagrine sans les délices sous-marines.

    Mais voici qu’un petit sourire, un rictus de pince-sans-rire
    Et une lueur dans les yeux éclaire son visage ennuyeux.
    Une corne de brume sonne, sitôt la sirène frissonne
    Et sait qu’elle va devoir chanter une mélopée enchantée.

    Un vaisseau riche en matelots, tous prêts à se jeter à l’eau,
    Tous enclins à se saborder ensemble à sa voix accordée,
    Croiser la mauvaise fortune de la dure loi de Neptune.
    Pour la sirène quel festin et, pour les marins, quel destin !

    Tableau de Srdce.

  • Cours tout nu dans les bois

    Cours tout nu dans les bois

    Je savais qu’on chie dans les bois car je l’avais lu dans un livre
    Mais j’ignorais qu’on y courait entièrement nu pour le plaisir.
    Je fus tel le cerf aux abois qui croit qu’il va cesser de vivre
    En découvrant dans les fourrés quatre femmes ivres de désir.

    Elle riaient comme Carabosse après avoir jeté son sort ;
    Elles fuyaient comme un voleur, content de son dernier exploit.
    Et moi, tout ému comme un gosse qui aurait trouvé un trésor,
    Connut l’effet batifoleur d’une verge qui se déploie.

    Je suis revenu maintes fois mais ne les ai jamais revues ;
    Sans doute une hallucination ou un mirage sans lendemain.
    Il m’est arrivé toutefois de me trouver à l’imprévu
    En butte à la fascination d’une culotte sur le chemin.

    Les athlètes du monde entier se déshabillent pour le « Calendrier des Charités », et les photos feront battre votre cœur plus vite sur https:www.boredpanda.comathletes-charity-calendar-photoshoot-dominica-cuda .

  • L’énigme de ma vie

    L’énigme de ma vie

    Souffrances et douleurs dans la vie sont des témoins inoubliables
    Comme pour ancrer dans le corps l’empreinte du présent qui passe.
    Le cœur et l’esprit à l’envi s’interrogent à propos d’un diable
    De hasard qui permet encore de se retrouver dans l’impasse.

    Dans un couloir aseptisé où l’on voit d’un tapis roulant
    Ceux qui nous aiment incapables de transgresser la destinée
    Qui fait entrer magnétisés les figurants évoluants
    Eux-mêmes happés vers l’immuable direction indéterminée.

    Un jour j’aurai le premier rôle dans un scénario sur mesure
    M’offrant peu d’improvisation sur un texte qui laisse de glace.
    Tous alors prendront la parole ceux qui m’auront eu à l’usure
    Pour dire sans commisération ce qu’ils auraient fait à ma place.

    Alors le Sphinx me posera son énigme devant le parvis
    « y a-t-il une vie après la mort et si oui, t’a-t-elle affranchi ?
    Je répondrai que ce sera le véritable but de ma vie ;
    Sans doute deux tiers matamore et un tiers d’audace irréfléchie.

    Tableau de Grigory Babich sur https:www.behance.net6f4365cf .

  • Branchée l’es-tu ?

    Branchée l’es-tu ?

    Es-tu bien connecté.e au monde, toi qui te dis ultra-moderne
    Avec tous les fils à la patte qui te relient à tes serveurs ?
    Es-tu noté.e à la seconde, voire pendu.e à la lanterne,
    Selon le mode dont tu épates tes « followers » avec ferveur.

    Abondance d’information ne tue pas sinon les passants
    Qui, l’œil rivé sur leur écran, n’ont pas vu venir ta voiture
    Dont l’aide à la navigation cherche le coup de cœur fracassant
    Pour mieux te remonter à cran tout au long de ton aventure.

    Un jour tu es déconnecté.e pour incompatibilité ;
    Ton matériel est périmé ou hors de toute garantie.
    Tout aura été collecté de tes disponibilités
    Et tu ne pourras t’arrimer que vers un destin pressenti…

    Illustration de Rain Szeto sur https:www.thisiscolossal.com202403rain-szeto-ink-illustrations .

  • Concerto pour un derrière

    Concerto pour un derrière

    Que ceux qui prennent leurs bains de boue et qui jouent du piano debout
    Me jettent la première pierre du moment que je suis derrière.
    Mais supposons que ce derrière puisse à son tour faire carrière,
    Il faudra œuvrer des talons pour en jouer dans les salons.

    Pour que la musique soit bonne et l’interprète nous étonne,
    Il faudrait que soit convenu que celle-ci se mette nue
    Devant l’instrument impassible face à son charme irrésistible ;
    Un piano-à-queue mais puissant ou un piano droit jouissant.

    Tableau de Frank Snapp.

  • Mon-epicerie-chinoise.com

    Mon-epicerie-chinoise.com

    Si les épiceries arabes pullulent de Paris à Marseille,
    Tout un assortiment chinois est disponible à notre porte.
    Du singe et des boîtes de crabe – aux pinces d’or, quelle merveille ! –
    Aux fards pour les jolis minois et pour les yeux de toutes sortes.

    J’y passe des heures et des heures à minauder dans les rayons,
    Guettant rabais et promotions – même si cela ne sert à rien –
    Car ils sont mes catalyseurs pour mon budget de réveillon
    Qui devient à disproportion de mes désirs épicuriens.

    Si tous mes potes, émus ou pas, font comme moi dorénavant,
    L’économie de mon pays sera d’un coût contrariant.
    Demain nous aurons nos repas servis « at-home » sous l’auvent
    Et nos papilles ébahies croquer la menace d’orient.

    Illustration de Rain Szeto sur https:www.thisiscolossal.com202403rain-szeto-ink-illustrations .

  • Ex-Libris mon cher marque-page

    Ex-Libris mon cher marque-page

    Comme un joli sein qui dépasse d’un décolleté millefeuilles,
    Les deux points forts de la lecture sont d’ouvrir la gorge fendue
    Du livre où l’intrigue outrepasse la composition que j’effeuille
    Et le moment de la clôture où se glissent tes jambes tendues.

    Ex-Libris, mon cher marque-pages, tu as noté dans mon grimoire
    L’endroit où j’avais arrêté de lire la carte du tendre.
    Tout le résumé que propagent les pages issues de ma mémoire,
    Remonte vif et apprêté tel l’amant qui ne sait attendre.

    Tandis que je parcours la suite, je te caresse doucement
    D’une main distraite apparente mais chargée de mes émotions
    Qui se lancent à la poursuite de l’héroïne du roman
    Dont toute la trame transparente fera demain ta promotion.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’arme secrète

    L’arme secrète

    Cet obscur objet du désir – le plus complexe de nos armes –
    Saurait-il arrêter la guerre, tout au moins préserver la paix ?
    Bien que l’on ait tant de plaisir à l’utiliser pour ses charmes,
    S’il l’était, lors depuis naguère, nous lui devrions notre respect.

    Mais voilà ; en réalité, il est très mal utilisé
    Car on ne l’emploie qu’en cuisine ainsi qu’à la buanderie.
    Et malgré ses spécialités, il est toujours subtilisé
    Par des trafics à prix d’usine traités par la truanderie.

    Moi qui en ai une à la maison, je n’en suis pas trop mécontent ;
    Elle gronde les enfants qui crient mais qui continuent de plus belle ;
    Elle se lève sans raison, en pleine nuit voire tout le temps,
    Pour piller mes alcools proscrits ou me les foutre à la poubelle.

    Photomontage de Mirkokosmos sur https:mirkokosmos.tumblr.com .

  • Jean-Philippe Herbien, le vitrier

    Jean-Philippe Herbien, le vitrier

    Jean-Philippe Herbien, le vitrier était en train de mastiquer
    Lorsque jaillit sans récrier ce que j’avais pronostiqué
    Comme l’effet jubilatoire d’un savoir-faire prodigué
    Par un professionnel notoire qui m’avait semblé plutôt gai.

    Comme je ne suis pas de bois mais plutôt sang, os et boyaux,
    Il me proposa du latex pour pénétrer dans ma fenêtre.
    J’ai refusé de vive voix voyant ses attributs royaux
    Qui doivent figurer à l’index de l’usage des chibromètres.

    (Illustration de Martin Engelbrecht ;
    Le chibromètre est un gadget hilarant qui permet de mesurer le zizi sur https:www.cadeau-rigolo.comgadget-et-humour-coquin13315-le-chibrometre.html .)

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  • Der goldene Kuss

    Himmel! Ich habe vergessen, einen Text zu schreiben!

    Bild von Fabienne Barbier

  • Fauteuil de trouble

    Fauteuil de trouble

    Monsieur-le-chat Cherche-Midi, de mon vieux fauteuil, s’empara.
    L’animal félin est rusé et, voyant son bon maître absent,
    Joua toute sa perfidie, s’y lova et s’accapara
    Ce qui lui était refusé et en lui mettant bien l’accent.

    Regagnant alors mes pénates, journal et café dans les mains,
    Je vis mon fauteuil occupé et mon séant exproprié.
    Bien qu’à ma place vous fulminâtes, n’y allant pas par quatre chemins,
    Vous auriez l’animal dupé chassé sans vous faire prier.

    Mais non, j’ai dû m’agenouiller et négocier fièrement.
    Pourtant j’ai eu beau claironner mes droits avec empressement,
    L’autre, en me voyant bafouiller tous mes griefs amèrement,
    Se contenta de ronronner et m’ignorer complètement.

    Finalement j’ai racheté un second fauteuil tout pareil
    Qu’il prend comme un malin plaisir à me conquérir à son tour.
    Sans doute est-ce par lâcheté mais, sans me faire tirer l’oreille,
    J’ai unifié nos désirs et la paix règne aux alentours.

    Illustration de Nicole Claveloux.

  • Lady Godillot – 2

    Lady Godillot - 2

    La bombe à la cravache

    Soudain je croise un cheval fou poursuivi par sa cavalière
    Brandissant bien haut sa cravache et jurant comme un charretier.
    Fortuitement je vous l’avoue, j’ai trouvé assez singulière
    L’amazone à l’air de bravache, nue comme un ver d’abricotier.

    Lady Godillot, en personne m’a abordé d’un air farouche ;
    « As-tu vu passer un cheval ? Je suis tombée de mon poulain ! »
    Ni d’une ni deux la garçonne qui n’était pas sainte nitouche
    Poursuivit sa quête en aval de la rivière et du moulin.

    Je suis resté pétrifié, observant son joli derrière
    Se dandiner et disparaître sur le chemin le long de rives
    Quand un cheval horrifié surgit du fond de la clairière
    Embarrassé de comparaître ainsi penaud à la dérive.

    « Excusez-moi, mon cher Monsieur, mais auriez-vous vu ma maîtresse
    Que j’ai perdue pour échapper à ses amis, preux chevaliers ! »
    Je lui montrai, pointant des yeux, tout en comprenant sa détresse
    Où avait fui sa rescapée d’un air assez peu cavalier.

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  • Chroniques de la fin du monde – 8

    Goguenard le renard

    Apprivoisé dans le désert par un petit prince rêveur,
    Maître Renard a commencé à enseigner à sa portée
    Pour nous sortir de la misère et reconquérir les faveurs
    Des dieux qui avaient romancé une histoire humaine avortée.

    Si par la ruse il nous embrouille corbeaux, lapins, cigognes et loups,
    Sa candeur se métamorphose parmi les autres canidés.
    Mais pour le reste, il se débrouille et pour qu’il n’y ait pas de jaloux,
    Il se voue à de grandes choses même s’il n’en a aucune idée.

    D’après les fables de La Fontaine, livre saint parmi tous les saints,
    Il sait qu’il a voix au chapitre sur tous les autres animaux.
    La Terre n’en est pas très certaine mais son avis restant succinct,
    Elle lui accorde le titre du bout des lèvres, à demi-mot.

    Après les avoir tous roulés, trompés, dupés par roublardise,
    Les animaux sont révoltés et clament leur évolution.
    Alors on voit se dérouler un peu partout quoi qu’il en dise
    Des insurrections survoltées qui sèment la révolution.

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  • Chroniques de la fin du monde – 7

    Cornes de bouc !

    Ovins, bovins, patins, couffins, tout se confond dans nos assiettes
    Depuis que les végétariens ont dénoncé la vache folle.
    Après faux-steacks et coupe-faims, insectes et larves à la cueillette
    L’homme nouveau déchétarien mange enfin ce dont il raffole.

    Dès lors que sont-elles devenues nos bêtes à cornes rescapées
    De tous nos étals de bouchers qui rosissaient sur les marchés ?
    Elles sont parties sans retenue vers les alpages escarpées
    Loin des chalands mal embouchés, vieilles terreurs des supermarchés.

    Si le changement climatique a ruiné la population,
    Si maints fléaux révélateurs ont nettoyé vallées et plaines,
    Sur les montagnes helvétiques, les animaux font libation
    En trinquant à leurs prédateurs pour qui enfin la coupe est pleine.

    Les taureaux n’étant pas trop vaches ont oublié les corridas ;
    Les moutons devenus autonomes choisissent eux-mêmes leurs chemins ;
    Les béliers, tout aussi bravaches, se sont tous portés candidats
    Pour se promulguer gastronomes, amateurs d’aliments humains.

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  • Prise la main dans la pantoufle de vair

    Prise la main dans la pantoufle de vair

    Au grand bal de la République, Cendrillon en robe écarlate
    Dansa avec Manu Premier, le roi putatif de la France
    Se fichant des regards obliques et des ragots qui se relatent
    Quant à ses écarts coutumiers envers sa Brigitte à outrance.

    Mais au douzième coup de minuit, Cendrillon vite sortit du lit
    Et dévala, nue comme un ver, le grand escalier de la cour.
    Puis elle disparut dans la nuit, perdant comme preuve du délit
    Une p’tite pantoufle de vair abandonnée sur le parcours.

    Carrément le chef des armées déploya les forces de l’ordre
    Pour retrouver la délurée dans les quartiers populaciers.
    Tout le pays fut alarmé et, au milieu de ce désordre,
    Les flics partirent à la curée avec tous les chiens policiers.

    On fit essayer la godasse à toutes les putes de Pigalle,
    À celles du Bois de Boulogne mais aucune ne s’y emboîta.
    Puis on retrouva la chaudasse qui avait attrapé la gale,
    L’avant-veille place de Pologne, pour la refiler en l’état.

    Illustration de Lorenzo Mattotti.