Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Adieu août, bonjour septembre

    Adieu août, bonjour septembre

    L’août est passé mais la cigale n’ayant pu chanter tout l’été,
    Se trouve encore plus dépourvue lorsque l’automne s’installa.
    Pas plus à Montmartre ou Pigalle de concert de variétés
    Que de bal musette imprévu, de festival ou de gala.

    Sitôt qu’un rayon de soleil pointe son nez à l’horizon,
    La cigale descend de son arbre pour striduler à la sauvette.
    Aussitôt un grand vent balaye les rues en signe de trahison
    Et les passants restent de marbre aux inaudibles chansonnettes.

    Voilà, l’échéance est passée, l’huissier des fourmis compassé ;
    Tout est embarqué et saisi, la cigale tremblante est transie ;
    En prison, elle vocifère, à ses pieds on lui met six fers ;
    La fourmi n’est qu’une usurière et la cigale roturière.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • Marianne sens dessus-dessous

    Marianne sens dessus-dessous

    Non pas sans dessus ni dessous bien qu’elle soit née sans-culotte
    Mais Marianne reconnaît chez elle un plus profond désordre.
    C’est donc bien sens dessus-dessous que la République pilote
    Le pays qui s’abandonnait sous les coups des forces de l’ordre.

    À trop exposer sa peau lisse aux gaz et aux balles aveuglantes,
    Les organes contestataires auraient besoin de garde-fous.
    Malheureusement la police qui nous apparaît si cinglante
    Est aux ordres des ministères, eux-mêmes soumis à un fou.

    Marianne a les jambes cassées, bras en écharpe, un doigt en moins ;
    Elle a aussi perdu un œil qu’elle dissimule sous un bandeau.
    Son crâne a été fracassé sous les yeux de plusieurs témoins
    Dont on a regretté le deuil, du coup Marianne a bon dos.

    Tableau de Handiedan.

  • Tu veux ou tu veux pas ?

    Tu veux ou tu veux pas ?

    Refrain :
    Tu veux ou tu veux pas ? Tu veux, c’est bien, si tu veux pas, tant pis !
    Si tu veux pas, j’en ferai pas une maladie
    Oui, mais voilà, réponds-moi non ou bien oui ;
    C’est comme ci ou comme ça ou tu veux ou tu veux pas !

    L’avis des autres c’est démagogique
    C’est comme ma politique.
    Y a du mauvais et du bon !
    L’avis de la France démocratique
    Se heurte à l’aristocratique
    Véto Valois & Bourbons !

    au refrain

    L’avis de la droite est pragmatique
    Mais la gauche est sarcastique
    Et le centre sans opinion !
    L’avis des extrêmes fanatiques
    Est toujours automatique
    Pour prêcher la rébellion !

    au refrain
    Ma vie serait gérontocratique
    Si ma Brigitte fantomatique
    Abaissait son caleçon !
    Ma vie serait moins névropathique
    Si les gilets jaunes pathétiques
    Se montraient gentils garçons !

    au refrain

    Ma vie, c’est beau c’est technocratique ;
    Mes ministres la compliquent
    Même à tort ou à raison !
    Ma vie, serait plus phallocratique
    Si les suffragettes domestiques
    Demeuraient à la maison !

    au refrain

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La sirène vous salue bien – 2

    La sirène vous salue bien - 2

    Quand la sirène vous dit adieu, quelque chose n’a pas marché ;
    Elle ne vous trouve pas à son goût, trop vieux, trop mou ou trop coriace.
    Mais vous pouvez remercier Dieu de vous avoir juste mâché
    Et rejeté avec dégoût avant que ses dents ne vous souillassent.

    Quand la sirène fait sa bégueule, on y perd beaucoup en caresses
    Mais le fait de le raconter vaut mieux que d’y être resté.
    Ne faites pas la fine gueule si vous n’êtes pas au palmarès ;
    L’épreuve est dure à surmonter mais la vie en est infestée.

    Il m’est arrivé une fois qu’une sirène me rabroue
    De notre aventure interlope aux préliminaires salivants.
    J’en reste ravi toutefois car j’en suis sorti peu ou prou
    Débarrassé d’une salope, cœur brisé mais toujours vivant.

    Tableau de Katerina Strokach.

  • La sirène vous salue bien – 1

    La sirène vous salue bien - 1

    Quand la sirène vous salue, elle ne passe pas inaperçue ;
    En effet, le cœur sur la main, elle vous en transmet sa chaleur.
    Mais pour cela, il aurait fallu que vous valdinguiez par-dessus
    La passerelle à mi-chemin du bateau pour votre malheur.

    Admettons que ce soit le cas ; vous vous noyez et – patatras –
    Voici qu’une jolie sirène vous dit bonjour à sa façon.
    Eh bien, soyez heureux mon gars car elle vous reconnaîtra
    Et vous donnera, d’un port de reine, la gratitude des poissons.

    Si vous avez un jour ouvert une fausse boîte à sardines
    Contenant cinq ou six sirènes et vous êtes montré homme probe,
    Vous serez à jamais couvert par l’assurance, non anodine,
    Consentie sur toutes carènes qui naviguent tout autour du globe.

    Illustration de Camilla Ceccatelli sur https:www.facebook.comCamillaCeccatelliIllustrazioni .

  • La civilisation Pastèque

    La civilisation Pastèque

    Mes chromosomes amérindiens ont réveillé mon subconscient
    Cette nuit en me révélant mes origines guatémaltèques.
    Notamment le syndrome indien du songe induit et préconscient
    Des souvenirs me rappelant ma vie dans les villes pastèques.

    J’habitais une ville ouverte creusée dans un melon géant
    Qu’un héros avait rapporté du royaume des dieux anciens,
    Cernée d’une muraille verte, garnie de jardins bienséants
    Dont les fruits étaient exportés par des bateaux costariciens.

    Puis sont venus conquistadors et conquérants de toutes espèces
    Qui ont bu nos vins de renom, violé nos femmes et nos pastèques,
    Accumulé tout un tas d’or volé au nom de la papesse
    Et ont écorché notre nom en nous appelant les Aztèques.

    Tableau d’Anzhelika Iagodina.

  • Le vélo de Penrose

    Le vélo de Penrose

    Dévalant l’escalier d’Escher avec le cycle de Penrose
    Dans les limites du réel au pays de l’absurdité,
    J’ai osé mon vœu le plus cher : redécouvrir le pot-aux-roses
    Qui se cachait dans les ruelles pavées de l’intrépidité.

    Avec l’audace et l’assurance de mon vélo aux roues carrées,
    Tous les mystères de l’illogique s’ouvrent à mon effarement
    Qui m’aurait pressé d’ignorance afin de mieux contrecarrer
    Ma soif d’instants psychologiques, tel ce moment d’égarement.

    J’aime échapper à la logique de la bêtise monotone
    Qui entrave toute tentative pour en soulever le couvercle.
    Par l’art épistémologique, j’expérimente et je tâtonne
    Vers la science imaginative de la quadrature du cercle.

    Tableau de Mister Ham.

  • L’instant fraîcheur

    L’instant fraîcheur

    Carpe diem, l’instant fraîcheur, c’est le bien être maintenant ;
    La chaleur coupée d’une brise, le soleil juste après l’averse ;
    Le flotteur rouge du pêcheur qui annonce un coup imminent ;
    L’imprévisible belle surprise de deux filles nues qui conversent.

    L’instant fraîcheur pour les deux filles, nager nues dans l’impunité ;
    Sentir le soleil sur la peau ou goûter l’ombre des arbustes ;
    Aucun regard qui les fusille sur l’impudique nudité ;
    Un daiquiri bien à propos ce soir au bar de la flibuste.

    L’instant fraîcheur, c’est le présent vers un futur inattendu
    Apprécier chaque seconde de l’opportunité de vivre ;
    Sentir son être omniprésent sans le moindre malentendu ;
    Goûter son âme vagabonde et jouir plutôt que survivre.

    Tableau de Jean Gabriel Domergue.

  • Le rêve fantasmagorique

    Le rêve fantasmagorique

    Une fois encore, ma nuit blanche s’est colorée d’imaginaire
    Et mon lit devint la fourrure d’un tigre azur rayé d’orange
    Qui a causé une avalanche d’étoiles bleues préliminaires
    À l’ouverture de la serrure du portail de mes rêves étranges.

    Une fois la porte franchie, je suis la femelle et le mâle ;
    Je suis le tigre qui protège et la rêveuse qui s’abandonne
    Du réel, nous sommes affranchis et notre nature animale
    Nous fait sentir un florilège de fragrances de belladones.

    Enivrés d’hallucinogènes sans inhibition ni douleur,
    Nous voyageons empoisonnés vers une mort avantageuse
    Dans un paradis indigène où l’on respire les couleurs
    Qui absorbées et vont foisonner avec nos illusions songeuses.

    Mais le paradis comme la mort connaît une fin génératrice
    Et au réveil j’ai dans le cœur le tigre qui sommeille encore
    Mais qui pareil au matamore sera l’âme révélatrice
    Qui fera de moi le vainqueur sa jamais regrets m’édulcorent.

    Illustration d’Em Niwa.

  • Séléné, Hercule et le lion de Némée

    Séléné, Hercule et le lion de Némée

    Ma nouvelle mythologie, une fois revue et corrigée,
    Rétablira la vérité dans tous les contes farfelus.
    Les héros loin de leurs logis ne seront donc plus obligés
    De subir les rites hérités par des dieux aux mœurs dissolues.

    Au cours de ses tournées, Hercule, qui vivait de petits travaux,
    Eut envie d’un bain de minuit sous une Lune baptismale.
    Séléné, déesse noctambule, en l’observant se dit : « Bravo !
    Je vais m’attirer des ennuis mais j’aurai séduit ce beau mâle ! »

    Elle aurait envoyé le lion, lui faire peur et le rabattre
    Entre ses bras, puis Séléné l’aurait protégé et charmé ;
    Ou bien le héros trublion se serait mis à la combattre,
    Mais elle l’aurait morigéné et par la suite désarmé.

    Hélas le lion s’assoupit et tous ses plans tombèrent à l’eau ;
    Comme ils étaient fondamentaux, Séléné demeura frustrée.
    Alors ronflant comme une toupie, Hercule tua le lion ballot,
    Se fit de sa peau un manteau et partit ailleurs s’illustrer.

    Tableau d’Antoinette Kelly sur https:www.saatchiart.comaccountartworks328760 .

  • La chrysalide

    La chrysalide

    À l’instar de la chrysalide avant de devenir papillon,
    Les fées font la métamorphose dont elles se consacrent avec zèle.
    De leurs seules petites mains valides, elles tissent le cotillon
    Qui leur permettra la nymphose qui leur génèrera des ailes.

    Si les filles naissent dans les roses, les fées naissent dans un cocon
    Après n’avoir été qu’une ombre durant toute une année entière.
    Une existence assez morose avec un train de vie abscons
    Mais elles feront partie du nombre d’enchanteresses forestières.

    Après quatre lunes d’attente, le cocon enfin se fissure ;
    La jeune fée déploie ses ailes encore humides de rosée
    Sous la fulgurance battante des étoiles qui la conçurent
    Et voient la jeune demoiselle tout à fait métamorphosée.

    Tableau de Josie Wren sur https:www.etsy.comcashopJosieWren .

  • La verge et le serpent

    La verge et le serpent

    Sans doute Ève demeura de pierre la première fois que le serpent
    Voulut s’introduire céans dans son petit jardin secret ;
    Son œil unique sans paupière, son crâne chauve s’extirpant
    De l’entrejambe malséant qu’Adam voulait lui consacrer.

    Si je tentais la métaphore entre Ève et le serpent retors,
    J’opterai pour la connaissance du rôle du sexe et de l’amour.
    Brandissant comme un sémaphore un engin faquin et butor,
    Adam connut la jouissance et Ève, trompée, fit la moue.

    Évidemment tout est voilé, maquillé et dissimulé
    Et le pauvre serpent bandant fut obligé de débander.
    Je peux maintenant dévoiler qu’Ève avait sciemment simulé
    Pour qu’Adam devînt dépendant de son phallus pour commander.

    Sculpture d’Armelle Colombier sur https:www.artmajeur.comarmellecolombier .

  • La peur de l’inconnu

    La peur de l’inconnu

    Qu’est-ce qui se cache dans le noir sinon ce que je ne peux voir ?
    Qu’est-ce que dissimule l’inconnu sinon un monstre biscornu ?
    Qu’est-ce qui se dit dans le silence sinon un manque de vigilance ?
    Qu’est-ce qui se passera demain sinon le bout de mon chemin ?

    Toutes ces craintes de l’enfance ont consolidé mes défenses ;
    L’inconnu est plein d’imprévus qui s’alignent à perte de vue ;
    Tout ce que je ne peux comprendre n’est pas toujours bon à entendre ;
    Demain sera un autre jour, un beau jour pour mourir d’amour.

    Tous les démons sont inventés, le pot-aux-roses est éventé ;
    Les ogres et le croque-mitaine sont d’une bêtise incertaine ;
    Les crises et les guerres immondes créées par les grands de ce monde ;
    Pour finir, la peur de la mort, conçue par un dieu sans remords.

    Illustration de Lorenzo Mattotti.

  • Le cœur en balance

    Le cœur en balance

    Lorsque ton cœur est en balance comme un pendule qui oscille,
    Ne laisse pas agir le temps comme conseiller de ta vie.
    Sans doute en d’autres circonstances il peut se révéler docile
    Mais en amour c’est important de ne pas quêter son avis.

    Boire ou conduire, il faut choisir entre déboires et désirs
    Or essayer les deux chemins que font les deux cartes du tendre
    Permet de goûter à loisir et comparer tous les plaisirs
    Mais gare aux traquenards humains qui tôt ou tard se font attendre.

    L’instinct, la raison et le cœur se font ensemble du corps-à-corps
    Et lorsque le train se présente on peut hésiter à le prendre.
    Un coup d’audace sera vainqueur de ce dilemme en désaccord ;
    Seule une petite voix séduisante connait la voie à entreprendre.

    Le seul problème que je connais pour entendre la petite voix
    C’est qu’elle ne retentit alors qu’en cas d’une extrême souffrance.
    C’est bonnet blanc et blanc bonnet, le paradoxe dans le choix ;
    Le bonheur n’est pas indolore jusqu’à l’ultime délivrance.

    Tableau de Michael Whelan sur https:www.michaelwhelan.com .

  • Aux jumelles Coquelicot

    Dans la famille Coquelicot, mes filles de joie préférées
    Ne sont pas celle que vous croyez mais deux jolies fées délurées
    D’esprit vif, elles viennent illico fleurir nos champs et proférer
    Un bel été à s’octroyer au rouge sang peinturluré.

    Rouge sang car il faut le dire, la fécondité des jumelles
    Est telle que la Terre entière rougit d’un air concupiscent.
    Et la Nature est en délire de les voir brandir leurs mamelles
    Pour aller nourrir sans frontières nos talus d’un lait rougissant.

    Les filles de joie nous disent adieu, l’été est bientôt terminé ;
    Demain, les sœurs colchiques iront colorer de mauve nos prés.
    Quand s’abaissera l’astre radieux dans un ciel indéterminé,
    Tous ensemble nous remercierons nos si jolies fleurs empourprées.

    Illustration de Rococo Revivalis.

  • Le pendule du cœur

    À la recherche de l’amour ? Mettez votre cœur en pendule
    Et regarder-le osciller, observez bien le mouvement ;
    S’il reste neutre comme un poids lourd ou qu’un va-et-vient se module,
    L’instant est inapproprié pour obtenir un dénouement.

    Mais s’il commence à balancer en petit cercles qui s’agrandissent,
    Il trace alors une spirale qui va délivrer sa surprise.
    Lors il est temps de se lancer afin que les sens d’attendrissent
    Dans la direction sidérale juste au moment du lâcher prise.

    Après il suffirait d’attendre le prince charmant désigné
    Mais cela peut prendre du temps et pour le cœur, c’est dévastant.
    L’entrée de la carte du tendre a le temps de se résigner
    Si jamais l’amour débutant ne se réveille pas à temps.

    Tableaux de Michael Whelan sur https:www.michaelwhelan.com .

  • Des sœurs Coquelicot

    Les quatre sœurs Coquelicot accusent un retard cette année ;
    Hiver pourri, printemps pourri et été tardif plaident coupables.
    Même les pays tropicaux dénoncent des saisons surannées
    Et des pluies qui ont trop nourri les sols d’un mode irrattrapable.

    Les coquelicots en juillet et les fraises des bois en août ?
    Les quatre sœurs sont-elles folles ou complètement déréglées ?
    Si quelqu’ange pouvait appuyer sur un bouton alors sans doute
    Verrions-nous les fleurs dont raffolent nos vaches qu’on entend meugler.

    Mais cette année, c’est Saint-Médard à qui les sœurs ont confié
    L’arrosage prédéterminé à inonder tout ce qui bouge.
    Il faudrait renvoyer dare-dare cet ange à l’esprit liquéfié
    Déterminé à nous miner nos champs des belles vagues rouges.

    Puisqu’un vilain temps a violé les quatre sœurs désespérées,
    Dieu n’a pas besoin de prière pour jeter l’opprobre en pâture.
    Il est temps de patafioler tous ces touristes invétérés
    Et leurs avions de misère pour reconquérir la Nature !

    Illustrations de Rococo Revivalis.

  • Gare à la censure !

    Au grand jamais rien ne sera au grand jamais plus comme avant !
    On ne saurait montrer un sein devant un public timoré.
    Aujourd’hui personne n’osera montrer – car détail aggravant –
    Une femme nue au bassin ouvert sur c’qu’on veut ignorer.

    Finis les seins nus sur les plages et le naturisme sauvage !
    Terminés les jolis nénés quand une femme veut allaiter !
    Finalement le Nouvel Âge nous a soumis à l’esclavage
    De la pruderie aliénée à une morale regrettée.

    Or, les réseaux sociaux sanctionnent les photos d’hommes et femmes nus,
    Mais ce n’est pas pour préserver nos enfants de la perversion
    Mais afin que la Pub fonctionne par le commerce entretenu
    Pour les Grands Comptes et réservée à l’argent que nous leur versions.

    Photo de Christian Tagliavini sur https:www.christiantagliavini.com1406?lang=it .

  • Marianne vient en buvant

    Marianne vient en buvant

    L’Oracle de Delphes me rappelle la Pythie qui vient en mangeant,
    Tandis que l’Élysée m’interpelle par ses déboires dérangeants
    Notamment par ses bains de foule quand Marianne vient en buvant
    Avec son Manu qui nous saoule en se prétendant adjuvant.

    Les banquiers ne prêtent qu’aux riches et Manu n’aide que les nantis ;
    Je ne l’accuse pas de triche juste peut-être d’avoir menti.
    Il laisse aux autres le proverbe : « Aide-toi, le ciel t’aidera ! »
    En affirmant d’une voix acerbe que le profit excèdera.

    Finalement il a raison ; la crise profite aux Crésus.
    Et ceux qui n’ont pas de maison ont bien mal choisi leur cursus,
    Finalement il n’a pas tort de gouverner en faux jeton ;
    Ainsi, il reste le mentor autant des loups que des moutons.

    Illustration de Garry Walton.

  • Qui veut aller un plus loin…

    Un Roitelet cherche monture pour voyager encore plus loin ;
    La précédente, beaucoup trop jeune, roulait à voile et à vapeur.
    Je ne sais pas si d’aventure il est bête à manger du foin
    Mais j’ai entendu qu’il déjeune avec des gens à faire peur.

    Va-t-il opter pour un ministre tout électrique mais affilié
    Avec l’extrême maladroite ou une union mal dégauchie
    Qui ne soit pas aussi sinistre que les précédents résiliés
    Qui, passés par la porte étroite, sont aujourd’hui bien défraîchis ?

    Pour une politique immonde qui détruise bien le pays,
    Il va choisir un spécimen de bonne race et folichon.
    Afin qu’il puisse permettre au monde d’envahir le peuple ébahi,
    Il faudra que ce phénomène et lui soient copains comme cochon.

    Le petit roitelet français aurait donc reçu tour à tour
    Le Nouveau Tronc Impopulaire et la Droite Sempiternelle
    Qu’il a sondés sourcils froncés avec plusieurs allers-retours
    Montrant sa croupe populaire à Nicolas et Pimprenelle.

    Tableaux de Władimir Golub sur https:bialczynski.pl20140708bialoruska-wizja-slowianskiej-baji-wladimir-golub .

  • Femmes ou sirènes ?

    Femmes ou sirènes ?

    Le choix deviendrait cornélien si toutefois je devais suivre
    Les jolies femmes sur la plage ou les sirènes sur les vagues.
    Si ce dilemme machiavélien n’arrête pas de me poursuivre,
    C’est que, concernant l’accouplage, mon cœur tergiverse et divague.

    Faire l’amour à une sirène qui vous fait mourir d’épectase,
    Vaut-il faire mille fois l’amour suivi de mille petites morts ?
    La jouissance, certes sereine, ichtyologique donne l’extase
    Mais si les femmes ont de l’humour, les sirènes n’ont que des remords.

    J’ai opté pour suivre une humaine qui sait nager comme un poisson
    Et dont le jeu de jambes au lit exige des coups de queues ardents.
    Et tout au long de la semaine, nous ne cessons de faire moisson
    De fruits d’amour à la folie qui croquent si bien sous la dent.

    Tableau de Paul Delvaux.

  • Poisson-chat & chien-de-mer

    Les poissons-chats, les chiens de mer font les compagnons agréables
    Pour une sirène isolée dans la vacuité abyssale.
    Entre deux marins victimaires, le temps paraît interminable
    D’où l’envie de se consoler avec ses racines caudales.

    À l’instar des gens de la ville et leurs animaux domestiques,
    Elles s’attachent aux alevins selon leurs couleurs, leur splendeur.
    Des poissons-chats plutôt serviles aux chiens de mer humoristiques,
    Un ami c’est comme du bon vin, ça réanime les profondeurs !

    Tableaux de Diego Fernandez.

  • La nymphe de la forêt – 2

    La nymphe de la forêt - 2

    Une autre fois, dans le silence de la profondeur des forêts,
    J’aperçus quelques feux follets qui se rassemblaient sous un chêne.
    Elle était là, en vigilance, dans une lueur phosphorée
    Dont des flammèches batifolaient au bout d’un bâton halogène.

    D’un geste du sceptre sacré elle m’intima d’avancer
    Tandis qu’un cercle se refermait tout autour du trône royal.
    Voyant que j’étais consacré à un rituel annoncé
    Je saluai et affirmai tout mon respect le plus loyal.

    Comme elle ne prononçait mot, je lui récitai des poèmes,
    Dont « La cigale et la fourmi », puis « Le corbeau et le renard ».
    À l’écoute de ces animaux et leurs existences bohèmes,
    Soudain la nymphe s’endormit dans un sourire goguenard.

    Tableau de Renate Logina.

  • Vérité ou mensonge ?

    La vérité parfois dérange et n’est pas toujours bonne à dire ;
    Elle met les faits à la lumière et ne cache rien des secrets.
    La véracité nue se range parmi ce dont on peut médire
    Car l’objectivité première est sans doute un peu trop sacrée.

    Elle a besoin de tempérance et de prudence dans sa tâche
    Elle se revêt et se trouble donc, obligée de s’absenter.
    Serait-ce de l’intolérance que de la désirer sans tache
    Car une vérité trop pure serait nocive à la santé.

    Le mensonge s’habille de tampons qui font office d’ambassadeurs
    Afin de complaire à tout le monde et chercher à nous ébahir.
    Cette fourberie correspond à un costume dont la fadeur
    Dissimule ses défauts immondes pour tromper, duper et trahir.

    Si la justice peut mentir pour sauver tous les intérêts
    De tous ceux qui l’ont établie et s’en servent comme rempart,
    Alors on voit s’appesantir l’injustice qui va se terrer
    Jusqu’à ce que soit rétablie la vérité… hélas trop tard.

    Tableaux de Dongni Hou.

  • La nymphe de la forêt – 1

    La nymphe de la forêt - 1

    Des chants d’oiseaux synchronisés en canon comme une chorale
    Retentissaient dans les fourrés dans la profondeur d’un sous-bois.
    Un contrechant harmonisé à la mélodie pastorale
    Langoureuse et énamourée guidait l’ensemble à vive voix.

    Sans doute absorbée par le chœur et ne m’entendant pas venir,
    Une nymphette forestière jouait d’une harpe celtique.
    Les forts battements de mon cœur semblaient se joindre et soutenir
    La symphonie primesautière aux sonorités emphatiques.

    Lorsqu’elle me vit, elle se figea ; aussitôt le chant s’arrêtant
    Tous les oiseaux d’une envolée se dispersèrent à tire-d’aile.
    Son regard sombre me fustigea, puis elle s’enfuit, pirouettant,
    Et je restai inconsolé tandis qu’il ne restait rien d’elle.

    Tableau de David Hakobian.

  • L’enfant-phare et la femme-bombarde

    Un enfant-phare, à peine né, avait la queue illuminée
    Mais pas celle que vous croyez car de la race des centaures.
    Toutefois sans se surmener, ni se faire discriminer
    Il va, ce fanal, déployer et peu à peu, l’idée s’instaure…

    L’idée de faire une fanfare. Oui mais tout seul, c’est la galère
    Et faire le centaure-orchestre, c’est fatiguant pour les sabots !
    Et l’on vit alors l’enfant-phare, par des recherches épistolaires,
    Trouver d’ici la Saint-Sylvestre un gars qui trouverait ça beau.

    Par Saint-Nougaro, c’est un’ meuf qui a répondu à l’annonce,
    À la poitrine en cornemuse avec des cuisses en grosse caisse !
    Ensemble, ils vont nous faire un bœuf et un pot-pourri qui défoncent
    Cadencés d’aiguës qui s’amusent avec des basses qui encaissent !

    Avec une femme-bombarde et un enfant-phare centaure,
    Que revivent les scarabées ainsi que les pierres roulantes !
    Qu’Assurancetourix le barde leur serve même de mentor
    Et la Castafiore, bouche-bée, leur prête sa voix roucoulante !

    Tableaux de Władimir Golub sur https:bialczynski.pl20140708bialoruska-wizja-slowianskiej-baji-wladimir-golub .

  • L’Hippo-centaure

    L’Hippo-centaure

    On dit que quand les Espagnols ont débarqué en Amérique
    Avec leurs casques et leurs armures, montés sur chevaux harnachés,
    En voyant tous ces branquignols, les indigènes hystériques
    Les prirent pour des créatures d’un même corps tout attaché.

    Monstres à deux têtes et quatre pattes, coiffés et cuirassés de fer,
    Tels des barbares extra-terrestres aussi nombreux que les étoiles.
    Pas besoin d’être psychopathe pour comprendre que c’est de l’enfer
    Qu’ont surgi ces chimères équestres qui mirent tout le monde à poil.

    L’hippo-centaure est remonté vers le nord et s’est dispersé
    Entre les montagnes et les plaines après plusieurs siècles d’efforts.
    Deux races se sont affrontées ; la gente indienne renversée
    A dû se dire « La coupe est pleine, l’homme blanc est beaucoup trop fort ! »

    Tableau de Władimir Golub sur https:bialczynski.pl20140708bialoruska-wizja-slowianskiej-baji-wladimir-golub .

  • Auprès de ma blonde

    Chez les centaures, on a le choix : soit épouser une centauresse
    Soit plutôt une femelle humaine qui aime les câlins équestres.
    Si cette décision m’échoit, je prendrai alors pour maîtresse
    Une pouliche à la semaine à l’essai deux ou trois trimestres.

    Eh bien, les gars, je vous le dis ; j’ai opté pour la femme blanche
    Qui sait bien écarter les jambes et me monter à l’encolure.
    Elle me chevauche du lundi sans s’essouffler jusqu’au dimanche
    Et comme je suis plutôt ingambe, on fait l’amour à toute allure !

    Tableaux de Władimir Golub sur https:bialczynski.pl20140708bialoruska-wizja-slowianskiej-baji-wladimir-golub.

  • La vie en rose

    La vie en rose

    Dans l’obscurité incolore de mes nuits blanches les plus profondes,
    Les secondes se décolorent et les minutes se confondent.
    Dans ce néant survient un songe d’abord comme un rêve éveillé
    Dont les méandres se prolongent vers un voyage ensommeillé.

    Alors je vois la vie en rose dans un monde exempt de douleurs,
    Lentement tout devient morose, aligné aux mêmes couleurs.
    Pour aller à la découverte de sensations inattendues,
    J’imagine une femme verte, entièrement nue, les seins tendus.

    Rose et vert sont complémentaires et nous le sommes également
    Car, sans nuance supplémentaire, nous pourrons idéalement
    Vivre nos amours bicolore avec deux teintes seulement
    Mais qui resteront indolore à mon réveil finalement.

    De l’encrier de ma mémoire qui s’est vidée au petit jour,
    Je plonge alors ma plume noire et le miracle revient toujours ;
    Tous les souvenirs effacés de mes intimes rêveries
    S’écrivent en vers interfacés d’épistolaires grivoiseries.

    Tableau de John Holcomb sur https:www.rebeccahossack.comartistsjohn-holcomb .

  • Aventures semi-précieuses

    Femme améthyste sur fond topaze et l’aventure recommence ;
    Ma nuit se colore d’extase et je plonge en pleine romance.
    Un ange écarte sa voilette d’un souffle empreint de jouissance
    Et nos amours seront violettes de toute notre concupiscence.

    Femme onyx sur fond émeraude qui s’empourpre et devient courtoise,
    Puis l’aventure continue dans un camaïeu de turquoises.
    Ma dulcinée semi-précieuse fête avec moi nos noces d’or ;
    Nos amours seront facétieuses jusqu’à l’instant où je m’endors.

    Tableaux de John Holcomb.

  • Rencontre instantanée

    Rencontre instantanée

    Vous connaissez certainement les images subliminales
    Qui n’apparaissent qu’une fraction de microseconde à vos yeux
    Qui ne voient pas l’évènement ; cependant seule l’encéphale
    A enregistré son action dans son subconscient fallacieux.

    Le marchand de rêves a glissé dans les miens la femme parfaite
    Que je connais sans l’avoir vue mais dont ma conscience résonne.
    Entre mes lobes, elle a plissé sa photographie stupéfaite
    Comme un origami prévu pour que mon âme l’arraisonne.

    Lorsque je rencontre une femme dont la silhouette coïncide
    Avec le modèle caché dans les replis de mon cortex,
    Mon cœur subit un choc infâme, un coup de foudre extralucide,
    Auquel il cherche à s’attacher comme attiré par un vortex.

    Tableau de Fabien Clesse.

  • Ras la queue !

    Ras la queue !

    « Ras la queue ! » se dit la souris attrapée illico presto
    Par Mistigri, le chat gaillard qui la guettait sur le lino.
    « Dieu, quelle existence pourrie que devoir servir de resto
    À tous ces matous rondouillards pour leurs besoins intestinaux !

    Sauf que le chat est difficile, joueur et plein de cruauté
    Et ne tue que pour s’amuser ; c’est le plus fort, c’est le pacha.
    Notre vie serait moins facile au sein de la communauté
    Si les souris désabusées trouvaient comment tuer le chat.

    Pot de terre contre pot de fer, tel est le lot de la souris
    Qui, elle, n’a pas de religion pour devoir accepter son sort.
    Les humains, c’est une autre affaire ; la règle du jeu est pourrie
    Si les femmes-souris sont légion, les hommes-chats sont toujours plus forts.

    Illustration d’Ota Janecek.

  • L’ensemencement

    Du chariot, il y a longtemps, un ange a fait verser le lait
    De la Voie Lactée qui bouillait sans surveillance évidemment.
    Et Dieu, qui n’était pas content, a dû corriger sans délai
    Ce désastre qui barbouillait la Terre vierge incidemment.

    Prenant la Lune comme éponge, il a enlevé le plus gros ;
    La tache étant indélébile, il s’est mis à improviser.
    Enfin, avec un gros mensonge dans les documents intégraux,
    Et des paraphrases volubiles, il a tout désynchroniser.

    La coupe est pleine, il faut le dire ! Et depuis le Graal s’est vidé
    De la vérité tout entière et toute son interprétation.
    Mais de peur de me faire maudire par Dieu, je vais donc éviter
    D’en dire plus sur la manière dont s’est passée la création.

    Tableaux d’Oleg Shupliak sur https:arts.centerukOlegShupliak .

  • Le puits de lumière

    Il existe un puits de lumière ouvert sur l’espace infini
    Mais le voir me pose un problème car il faudrait alors trois yeux.
    Les dimensions, de la première à la troisième définies,
    Mettent en évidence un dilemme : l’accès à la porte des cieux.

    La quatrième dimension est en effet indispensable
    Pour percevoir le grand secret de l’univers et ses coulisses.
    Un troisième œil en extension aurait été affranchissable
    Pour connaître le sens sacré de Dieu et ses anges complices.

    La métaphore ésotérique qui, au-delà des yeux physiques,
    Donne la connaissance de soi, permettrait symboliquement
    De voir les substances éthériques, invisibles et métaphysiques
    Et remettrait à jour la foi en Dieu scientifiquement.

    Tableaux d’Oleg Shupliak sur https:arts.centerukOlegShupliak .

  • Satanica Patronica

    Satanica Patronica

    Pas besoin de poupée vaudou, tout est imprimé sur son corps ;
    Formules et incantations tatouées à même sa peau.
    Fourbe, elle commence à mots doux hypocrites encore et encore,
    Puis crie avec ostentation sur l’ensemble de ses suppôts.

    Lundi matin, Satanica envoûte tous les travailleurs
    Dont elle perturbe l’esprit depuis déjà dimanche soir.
    Gare aux fainéants indélicats qui voudraient s’en aller ailleurs ;
    Elle pique tant ces malappris qu’ils ne pourront sitôt s’asseoir.

    Satan a son âme vendue à l’État et au patronat
    Et use de mille tortures envers les nombreux employés
    En maintenant leurs nerfs tendus comme s’ils étaient au championnat
    Pour payer voiture, nourriture, la mutuelle et le loyer.

    On dit qu’elle vit à l’Élysée dans les sous-sols aménagés
    Afin de permettre aux ministres des licenciements d’une traite.
    Pour chaque renvoi réalisé, sa carrière est apanagée
    Par une prime sur le sinistre à cumuler sur sa retraite.

    Photo de Narikka photo.

  • De quoi il en retourne

    De quoi il en retourne

    Elle est toquée de coquillages, surtout les coquilles coniques
    À faire des appariements avec les parties de son corps.
    Avec la nacre, un maquillage, avec les coques c’est plus comique ;
    Sur son nez, elle jongle hardiment afin de battre des records.

    Eh bien, à peu de choses près, c’est ce qu’elle fait à l’Elysée,
    Notre Marianne nationale qui n’a vraiment rien d’autre à faire…
    La dissolution, c’est exprès afin, sans trop se formaliser,
    De faire les choses les plus banales puisque personne ne légifère.

    Sous l’œil de chouette du président, Marianne nous prend pour des cônes
    Qu’elle mène par le bout du nez de ses meilleures reparties.
    Les sénateurs, c’est évident, et les oligarques déconnent
    Quand ils se pensent fortunés par la progression des partis.

    À la vitesse de l’escargot qui tente de sortir du puits,
    Ils grimpent un peu dans les sondages mais en redescendent la nuit.
    Depuis qu’il y a un embargo, Marianne recherche leurs appuis
    Sadomaso, voire bondage, afin d’échapper à l’ennui.

    Tableau d’Ilya Zomb, peintre Ukrainien sur https:poramoralarte-exposito.blogspot.com201711ilya-zomb.html .

  • La sirène méduse

    La sirène méduse

    Environ une fois sur trois, naît une sirène-méduse ;
    Un corps de femme lumineux sur une queue effilochée.
    Ses tentacules qui, je crois, sont toxiques, si je ne m’abuse,
    Fouettent d’un effet prurigineux qui tente de s’en rapprocher.

    Imaginez donc des étreintes pareilles aux feuilles d’orties,
    Une caresse venimeuse qui brûle la peau jusqu’à l’os
    Et qui vous marque d’une empreinte, sur tout votre corps, assortie
    D’une fulguration amoureuse mais peut-être un peu trop véloce.

    Quoi qu’il en soit, nul n’oubliera ce coup de foudre conducteur
    Qui transmet une onde électrique aux bateaux qui voguent alentour.
    Quant au marin, il suppliera ses organes reproducteurs
    À arrêter d’avoir la trique en permanence tous les jours.

    Tableau de Prateep Kochabua.

  • Histoire d’eau

    Histoire d’eau

    Si l’histoire d’eau m’était contée, j’y verrais la carte du tendre
    Prendre les routes maritimes autour des îles de la passion
    Dont une romance escomptée ferait son entrée sans attendre
    Par un mariage légitime avec une femme-poisson.

    Vers le plus isolé du monde des atolls du nord Pacifique,
    Dans un lagon exceptionnel d’eau douce fraîche avec amour.
    Ma belle sirène, pas pudibonde pour deux sous, serait magnifique
    Avec un corps sensationnel, tout ce qu’il y a de plus glamour.

    On dit que l’île de Clipperton correspondrait à ma demande
    Et que les sirènes y abondent dans la lagune du comté.
    Mais d’après Darwin et Newton, la science hélas me recommande
    Que cette folie vagabonde ne soit plus jamais racontée.

    Tableau d’Elsid.

  • Le premier choix

    Comme la méchante sorcière qui empoisonna Blanche-Neige,
    Le serpent a pris la plus belle des pommes à proposer à Ève.
    La ruse était tellement grossière qu’Ève aurait dû voir le manège
    Et opposer un air rebelle envers ce futur mauvais rêve.

    On dit le serpent séduisant et le plus beau des animaux…
    Gageons le reptile aussi beau ou encore plus beau qu’une femme
    Aux vingt-huit bras reproduisant autant de fois, prestissimo,
    Le même fruit à la bimbo qui tombe dans le piège infâme :

    C’est tout vu ! Ève aura choisi la seule et unique pomme verte
    Avec les pépins du péché de la science qui l’accompagnent.
    Ève a manqué de courtoisie en refilant sa découverte
    À Adam qui s’est dépêché d’être aussi con que sa compagne.

    Tableau de Antoine Mansour.

  • La grotte aux oiseaux fantasques

    La grotte aux oiseaux fantasques

    Dans la grotte aux oiseaux fantasques, je manœuvre un petit bouton
    Qui ouvre la porte du temple qui mène au trésor fabuleux.
    À tire-d’aile, une bourrasque de soupirs et désirs gloutons
    S’échappe lorsque me contemple la Reine au regard globuleux.

    J’entre et je sors et puis reviens, intimidé et excité,
    Tandis que les murs se referment comme pour capturer leur proie.
    C’est l’effet de mon va-et-vient à même la convexité
    De la caverne qui à court terme l’a provoqué, du moins je crois.

    Prisonnier à vie de la Reine, j’ai un accès illimité
    À tous ses fantasmes et caprices pour le meilleur et pour le pire.
    Je souhaite cette fin sereine quand je serai à proximité,
    Comme une mort fornicatrice, au seuil de mon dernier soupir.

    Illustration de Jana Heidersdorf.

  • Trouchatou et Bitarat

    Trouchatou et Bitarat

    Au jeu du chat et la souris, changeons les genres – c’est à la mode !
    Laissons le souriceau pointer son museau au nez de la chatte.
    Il rentre, il ressort, il sourit ; le jeu lui plaît – c’est bien commode !
    Qu’il est agréable d’accointer cette partenaire délicate !

    Mais gare à la chatte échaudée à cause d’un rapport trop bref ;
    Un souriceau bien trop rapide pleurant dès sa première entrée.
    Elle risque alors d’échafauder une vengeance dont le grief
    Sera d’avaler l’intrépide museau pointu déconcentré.

    Malin celui qui, par derrière, tentera de la dérider ;
    Si la chatte est trop satisfaite, il y a risque de copinage.
    Le souriceau fera carrière mais sera tenu de résider
    Dans un enfer où la nymphette exigera libertinage.

    Tableau de Lorenzo Mattotti sur https:skysnail.livejournal.com708770.html .

  • La dame à la licorne interdite

    La dame à la licorne interdite

    Parmi les six tapisseries montrant la dame à la licorne,
    On y reconnaît nos cinq sens et en prime celui du désir.
    Suite à maintes tracasseries, il en est une qu’on écorne
    Sûrement par méconnaissance du sens ultime du plaisir.

    La septième dame à la licorne aurait dérangé la morale
    En dévoilant le sens ultime qui tend au suprême fantasme ;
    Tandis que le mâle se flagorne devant ses formes pectorales,
    Sa concupiscence lui intime l’intention d’atteindre l’orgasme.

    Sans doute la dame était farouche et la licorne également ;
    Une fois libérée de ses fringues elle aurait pris la clef des champs
    Laissant le peintre sur la touche, quittant la scène élégamment
    Pour mener à bien sa vie de dingue en allant courir à Longchamp.

    Tableau d’Eagle Zac.

  • La corde sensible

    La corde sensible

    Les voies de la carte du tendre font vibrer ma corde sensible
    Et il me plaît d’en explorer chacune de ses curiosités.
    Bien sûr, il n’faut jamais s’attendre à courir après l’impossible
    Mais il n’est rien à déplorer dans ses profondes pilosités.

    Comme je tâtais ardemment ses réponses émotionnelles,
    Je tentais de me projeter dans ses parties les plus intimes.
    D’un coup de chance évidemment, ses jouissances sensationnelles
    Étaient prévues pour objecter ma procédure légitime.

    Ni curieux, ni inconvenant, je ne suis qu’un explorateur
    Voulant découvrir les mystères de chaque grain de mélanine
    Qui fait rêver à l’avenant le poète et le narrateur
    Qui se prétendent magistères de la prospection féminine.

    Tableau de René Magritte.

  • Les réseaux vito-socio

    Les réseaux vito-socio

    « L’homme ne vit pas de pain seulement mais de la Parole de Dieu ! »
    Prêchait Jésus passionnément à titre de fils conducteur.
    Athée, juif, chrétien, musulman, chacun sait qu’il est fastidieux
    De vouloir vivre isolément sans quelques contacts abducteurs.

    On a tous besoin d’un réseau ; réseau d’amis de relations ;
    Réseau de services santé ; réseau de carrière et travail.
    Réseaux intimes, amoroso, affinités, corrélations
    Et pour les âmes impatientées, un dieu qui veille, vaille que vaille.

    Aujourd’hui nous sommes câblés, fibre-optique, wifi et 5G ;
    Les chiens guident leurs maîtres aveugles collés devant leurs téléphones.
    Mon humanité, accablée de voir tous ses enfants singer
    Un formatage qui guide le peuple vers cet avenir, me chiffonne.

    Tableau de Vava Venezia Dellert sur https:joseartgallery.comdeartistsvava-venezia-dellert .

  • Léontine à la friperie

    Léontine à la friperie

    Comme elle n’avait rien apporté ce jour-là à la friperie,
    Elle se retrouva vite à poil sans soutif et déculottée.
    Comme ce qui était à sa portée n’était que de la draperie
    Elle s’assit donc devant le poêle pour éviter de grelotter.

    Comme à cette bourse d’échange il n’y avait pas trop de femmes,
    Elle dut attendre jusqu’au soir pour trouver chaussure à son pied.
    Sans aucun habit de rechange pour sortir de ce piège infâme,
    Elle chercha le moindre accessoire mais ne trouva rien qui lui sied.

    Finalement juste une veste qui lui tombait à ras-les-fesses,
    Une paire de bottes jusqu’aux genoux, rien d’autre après mûr examen.
    Personne ne fit le moindre geste et Léontine, je le confesse,
    Demeura cul-nu parmi nous disant « On verra bien demain ! »

    Tableau de Carl Larsson.

  • Des papillons plein la tête

    Des papillons plein la tête

    Ce n’est pas une case en moins que doit déplorer mon cerveau
    Mais trop de cellules en surnombre aux fenêtres grandes ouvertes.
    Tous les papillons sont témoins de ces portes à tous les niveaux
    Qui claquent et qui plongent dans l’ombre mes chambres plus ou moins désertes.

    Ces battements de papillon qui font la pluie et le beau temps,
    Déclenchent violentes tempêtes lorsque souffle un vent de colère.
    Ce n’est pas que j’sois tatillon mais ça m’agace tout autant
    Lorsqu’une larve fait trempette ou niche au creux d’une molaire.

    On dit qu’ils ne vivent qu’un jour mais ce doit être alors de nuit
    Car au milieu de mes nuits blanches, je les entends batifoler.
    Je suis condamné pour toujours à reconnaître que ça me nuit
    Entre les plinthes et les planches de mon encéphale affolée.

    Finalement on est amis bien que je n’en connaisse aucun
    Alors qu’eux-mêmes n’ignorent rien de mes trous de mémoire vides.
    Des lépidoptères ennemis doivent grignoter tout un chacun
    Le moindre délire aérien dont ils sont particulièrement avides.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • Danse comme un oiseau

    Un petit couple de danseurs vient fréquemment sur mon balcon
    Pour danser mille pirouettes sur la piste de ma rambarde.
    Leurs petits muscles extenseurs s’élancent en mouvements abscons
    Et de multiples girouettes de galipettes furibardes.

    Ils n’ont d’autre public que moi mais ils sont tellement timides
    Qu’à la moindre démonstration de mon intérêt, ils se sauvent.
    Ils s’apprivoisent au fil des mois ; bientôt à la saison humide
    J’aurai une argumentation à les protéger des pluies fauves.

    En attendant, leurs bonnets rouges reviennent toujours matin et soir
    Pour se produire sur la terrasse ou dans un ballet aquatique.
    Silence ! Que personne ne bouge ! Allez doucement vous asseoir
    Les voici d’une humeur vorace dans leurs menuets drolatiques.

    Tableau de Lorenzo Mattotti.

  • Quand il y a du rire dans l’air

    Quand il y a du rire dans l’air

    Quand il y a quelque chose dans l’air, je suis la première à l’entendre
    Lorsque l’atmosphère prête à rire ou plutôt à se lamenter.
    Quant à me plaire ou me déplaire, ne sachant pas à quoi m’attendre
    Mieux vaut à l’imprévu sourire que subir sans parlementer.

    S’il y a de la rumba dans l’air, j’en ai les jambes qui l’attestent
    Et s’il y a de l’eau dans le gaz, j’en ai les oreilles qui sifflent.
    S’il y a de l’émeute populaire, j’en ai le bras qui manifeste
    Et s’il y a du blues dans le jazz, j’ai la java qui m’écornifle.

    Sans doute un jour, ces particules qui virevoltent à mots couverts,
    – Petits angelots sans parole, petits démons sur leurs séants –
    Accepteront que j’articule parmi leurs rangs mes Reflets Vers
    Qui suivront le cours des rigoles pour retourner à l’océan.

    Tableau de Jeramondo Djeriandi.

  • Lecture à deux voix

    J’aime lire un roman d’amour comme une romance à deux voix ;
    Rythmer la chanson de mes basses tandis qu’elle pousse ses aiguës.
    Glousser aux passages d’humour, pouffer quand ça devient grivois
    Et trembler quand l’action se passe avec émotions suraiguës.

    Bien sûr, le chapitre érotique réclame toute l’attention
    Et nous mimons, à chaque ligne, chaque prouesse des amants ;
    Lorsque l’héroïne exotique exprime toute la tension
    Des deux orgasmes qui s’alignent à la lettre, au même moment.

    Parfois on éteint la lumière pour, en aveugle comme il se doit,
    Lire en braille chaque aspérité sur le corps de l’autre lecteur.
    Cette lecture coutumière permet de suivre du bout des doigts
    Le style et la dextérité de nos organes reproducteurs.

    Tableaux de Lorenzo Mattotti sur https:skysnail.livejournal.com708770.html .

  • La jardinière fruitière

    Tous les goûts sont dans la nature tous fruits et légumes confondus
    Surtout lorsqu’ils sont mûrs et ronds comme des melons de Cavaillon.
    Bien cultivés, d’âge mature, et notamment les défendus
    Qui se cueillent sans le chaperon en écartant le cotillon.

    Bonne jardinière fruitière est experte en présentation ;
    Son étal doit être agréable et nous mettre l’eau à la bouche.
    En pomme sur la devantière, en poire pour la tentation
    Et pour la figue inavouable, prévoir de préparer sa couche.

    Saveur du soir, alcool de fruit qui raffermit bien la banane ;
    Parfum subtil, sirop sucré qui goutte d’un nectar blanchâtre ;
    J’aime jouir de l’usufruit que ma légué la tante Jeanne
    Celle dont Bécaud a consacré une chanson que j’idolâtre.

    Tableaux de Władimir Golub sur https:bialczynski.pl20140708bialoruska-wizja-slowianskiej-baji-wladimir-golub .