Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • La sirène annulaire

    La pleine Lune et ses effets sont bien connus dans nos contrées
    Cependant il parait qu’en mer, c’est encore plus spectaculaire.
    Les poissons-volants stupéfaits se hâtent d’aller rencontrer
    Sur le firmament outremer les sirènes en saut annulaire.

    Elles sautent autour de la Lune complètement en pâmoison ;
    Une sorte de danse nuptiale pour attirer les matelots
    Qui auraient mauvaise fortune de s’accorder au diapason
    De la créature abyssale qui pirouette au-dessus de l’eau.

    Et saute, saute et tournevire ; et tourne, tourne et virevolte,
    Inépuisable, infatigable, la sirène serait suicidaire
    Car elle meurt si aucun navire ne change, d’un cap désinvolte,
    Sa destinée irréfragable pour une fin plus légendaire.

    Tableau de Colin Ju sur https://www.artworkcanvas.com/blogs/simple-painting-ideas/easy-cute-painting-ideas-for-kids-small-easy-cartoon-painting-ideas .

  • La sirène coquette

    À l’instar des hommes et des femmes, chacun sa personnalité
    Et les sirènes également développent leurs caractères ;
    Particularités infâmes et marques de banalités
    Ou tendances idéalement portées côté vestimentaire.

    Ainsi la sirène coquette, pas carnassière pour un sou,
    Attirera le matelot afin de lui piquer ses fringues.
    D’abord chaussettes et soquettes, puis les vêtements du dessous,
    Chemise, pantalon et calot, tout ce qui la rend un peu dingue.

    Tandis que le marin détale, tout nu, hagard et sans flâner,
    La sirène coquette court se réfugier dans son réduit.
    Avec des fibres végétales et ses échantillons glanés,
    Elle se présentera au concours des plus belles femmes d’aujourd’hui.

    « Mais pourquoi reste-t-elle nue ? » Me direz-vous à juste titre !
    C’est qu’elle a horreur de porter ses créations amateuristes.
    Chez les sirènes, c’est bien connu, l’esprit n’a pas voix au chapitre
    Et la coquette doit supporter d’être de surcroît naturiste.

    Tableau de Maria Dimova sur https://m.joyreactor.cc/tag/Maria%20Dimova/all .

  • L’amour fusionnel

    Une fois l’organe de mâle branché dans la prise femelle,
    Le courant passe, amplifié par un coït accéléré.
    La chaleur devient maximale produite de manière informelle
    Par sentiments magnifiés d’une passion immodérée.

    Quand le couple atteint la vitesse qui suce un maximum d’essence,
    Les corps s’élèvent vers les plafonds du premier au septième ciel.
    Et le cœur brûle la politesse aux autres organes des sens
    Pour atteindre alors les tréfonds du nirvâna existentiel.

    On fait refroidir les moteurs, on lave la carrosserie
    De tous les fluides corporels qui ont cicatrisé le cœur.
    On se dispute les droits d’auteur et toute la paperasserie
    Suite au miracle intemporel d’où sortira l’enfant vainqueur.

    Tableau de Catrin Welz-Stein sur http://artsdumonde.canalblog.com/archives/2016/03/12/33502041.html .

  • Les leçons du cœur

    Les voies du cœur insatiable transforment la carte du tendre
    En autoroute de l’amour par veines, venelles et artères.
    Les sentiments indissociables prennent la bretelle, sans attendre,
    Qui revigore avec humour les esprits les plus terre-à-terre.

    De la veine cave, vers l’aorte, via oreillettes et ventricules,
    L’amour galope tel un pur-sang de cinq litres de cylindrée.
    Au rythme effréné de la sorte, il change alors de véhicule
    Pour dépasser les cent pour-cent du déferlement engendré.

    À moins de couler une bielle par un accident d’épectase,
    On franchit la ligne d’arrivée et rejoint la petite mort.
    Après la jouissance matérielle, s’unissent l’ivresse et l’extase
    Qui procurent au cœur ravivé une euphorie de matamore.

    Tableau de Catrin Welz-Stein sur http://artsdumonde.canalblog.com/archives/2016/03/12/33502041.html .

  • Dieu ne joue pas aux dés

    Ce n’est pas Dieu qui joue aux dés sinon le diable qui le fait
    Or le diable n’existe pas mais il apparaît par hasard.
    Il est détaillé, décodé, falsifié et contrefait
    Parmi les erreurs, les faux pas, les conneries et tout le bazar.

    Le diable est fou, fou à lier et il adore s’amuser
    À jouer avec la vie des gens grâce à la roue de la fortune
    Dont chaque coup de pédalier envoie les hommes désabusés
    Tomber Gros-Jean comme devant de leurs croyances inopportunes.

    Mais bien sûr les dés sont pipés ; tout n’est que vaste parodie
    Vu qu’il n’y a pas plus de diable que de bon Dieu dans notre Histoire.
    Une fois le mystère dissipé sur la mort et le paradis,
    La vie serait impitoyable et la résignation notoire.

    Tableau de Lou Radley.

  • Café au lit mortel

    Je m’imagine ainsi la mort : Je me réveille entre ses bras,
    Puis la voici, tendre ingénue, m’apportant mon café au lit.
    « Bonjour, dit-elle, cher matamore ! » Et soudain, abracadabra !
    Elle se glisse entièrement nue sur mon corps encore ramolli.

    Et me voilà ragaillardi, tous mes sens raides et bien tendus,
    À vivre sous toutes les coutures une expérience exceptionnelle.
    Elle me crie : « Hardi, hardi ! » quand ma liqueur chaude attendue
    Vient lui humecter la mouture d’une saveur sensationnelle.

    C’est au moment le plus intense qu’il faut goûter sans plus attendre
    La goutte qui suinte du sein de son corsage dégrafé †.
    En cette étrange circonstance, en cet instant tellement tendre,
    S’écoule au creux de son bassin une goutte de lait dans mon café.

    † Bien qu’elle se soit couchée toute nue, la mort porte corsage ; il ne faut pas chercher à comprendre…

    Tableau de Viktor Svinarev.

  • Non mais franchement !

    Non mais franchement il faut dire que les dieux exagèrent un peu
    À obliger prêtres et fidèles à vivre en pareils monastères !
    Je n’hésiterai pas à prédire et leur crier « sauve-qui-peut ! »
    Lorsque on y entraîne à tire-d’aile tous les novices volontaires.

    Bien sûr les ailes de la foi peuvent transporter des montagnes
    Et le pèlerin avisé sait que le bon dieu le protège.
    Pourtant on entend toutefois le vent mugir dans les campagnes
    Chargé des cris galvanisés des impies tombés du cortège.

    On y accède par des cordes suspendues à même la falaise
    Et les vivres sont convoyées avec le même procédé.
    Aux réprouvés, on leur accorde l’issue de secours la plus balèze
    Qui consiste à être renvoyés en vol-plané rétrocédé.

    Photo du monastère Sümela en Turquie.

  • Les bas résinés

    Un bon petit vin résiné qu’on s’envoie derrière la cravate
    Donne du bonheur à son homme du plus hardi au plus balourd.
    Même si sa femme s’est résignée à frapper à coup de savate
    L’ivrogne qui revient at home en faisant patte de velours.

    De bons petit bas résinés feront aussi de belles jambes
    À celle qui s’envoie en l’air en portant la coupe à ses lèvres.
    Même si son homme s’est résigné à la voir plus qu’jamais ingambe
    À s’en aller faire lanlaire parmi ses amants avec fièvre.

    Une petite femme qui aime le vin, c’est le bonheur à la maison
    À condition que ce soit celle du voisin ou du boulanger.
    Portez-lui ce rouge divin qui lui troublera la raison
    Tout en lui tirant les ficelles avec ivresse louangée !

    Illustration de Loup.

  • L’enfer ou la bande à Sophie

    L’enfer n’est pas c’que vous croyez ! Il est plutôt sophistiqué
    Avec Sophie et compagnie, la joyeuse bande des démones.
    Si vous pensiez vous octroyer un paradis revendiqué,
    Sachez que c’est une avanie prêchée par une loi félonne.

    Après la mort, le corps pourrit et l’âme erre dans l’inconnu,
    Attirée par une lumière afin de vous mettre à profit.
    Ainsi, la mort qui vous sourit et vous souhaite la bienvenue
    Dans une belle gentilhommière n’est autre que la bande à Sophie.

    À la fin d’une éternité, ceux qui réussissent le test
    Ont droit de se réincarner s’ils sont bien vus dans ce royaume.
    Et le but de l’humanité – du moins c’est l’enfer qui l’atteste –
    Est de noter dans un carnet les rares performances de l’homme.

    Illustration de @soulart.klerks.

  • Les sept éléments

    Apparemment depuis les Grecs, il y a plus de quatre éléments ;
    L’amour s’est ajouté au nombre, restent la sixte et la septième
    Même si après tous les Star Trek et Star Wars, délibérément,
    On s’est ouvert au côté sombre d’un Jedi antépénultième.

    Mais revenons plutôt sur Terre et ses principes élémentaux
    Qui sont bien entendu les femmes, mères naturelles des dieux.
    Sans cela, un Dieu célibataire n’aurait sorti sous le manteau,
    Parmi ses créations infâmes, qu’un être humain des plus odieux.

    Après le cinquième élément qu’est l’amour pur, universel,
    Le sixième, et c’est évident, reste la mère élémentaire.
    Le septième, bien qu’en supplément, devra ouvrir son escarcelle
    Notamment en lui dévidant une pension alimentaire.

    Illustration de @soulart.klerks.

  • Le festin des émotions

    Je me retrouve quelquefois dans l’appartement transformé
    Que j’ai connu dans mon enfance ou plus tard avec ma famille.
    Tout est pareil sauf toutefois de nombreux détails déformés
    Par mon inconscient en défense à des problèmes qui fourmillent.

    Mes enfants démultipliés dont ma fille en quatre exemplaires,
    Mon fils cloîtré dans son armure et mon ex, éternelle absente.
    Et moi qui trône, replié dans mes pensées prêtes à complaire
    À cette scène dans un murmure de réflexions intéressantes.

    Et dans mon rêve tout en couleurs, je rejoue les pires passages
    Où la honte et l’absurdité sont alors portées au pinacle.
    Quelle est étrange la douleur qui réalise le brassage
    Des souvenirs commandités par le créateur du spectacle !

    Tableau d’Iran Francisco Lomeli Bustamante sur https://catrina-burana.livejournal.com/21809.html .

  • L’instant autant thé

    Il est des moments authentiques tout comme l’instant de bon thé
    Pas nécessairement à cinq heures mais quand on veut et où l’on veut !
    Si à deux c’est plus romantique, seul il permet de surmonter
    Le blues et les peines de cœur mais attention, ça rend nerveux !

    Les femmes aiment les salons de thé, les hommes vont plutôt aux cafés ;
    Elles s’y retrouvent entre amies, ils s’y relâchent entre potes.
    Ici les potins sont jetés, là on aime rire et s’esclaffer
    Elles échangent des mots ennemis, ils s’apostrophent et ça capote.

    J’ai une anecdote opportune concernant Madame Larousse
    Qui aimait dans ses pages roses déguster seule un bon thé vert.
    Lors d’un campement de fortune isolé en pleine cambrousse,
    Dans l’un de ces moments moroses, elle y apprécia ma prose :

    « Nous honorons l’année du singe, mon fier bélier, mon chat et moi.
    Bien malin qui l’apercevra, bien fin qui l’apprivoisera !
    Ça va travailler nos méninges, nos émotions et notre émoi.
    Cette année, qui vivra verra, tout peut arriver ; tout sera ! » †

    Tableau de Michael Parkes
    † « L’année du singe » 01.01.2016 Maryvon Riboulet à « Reflets Vers & Prose ».

  • La journée d’une jaune femme

    Dès le matin elle prend sa douche pour se raviver les couleurs
    Car hier, les teintes orangées évoquaient un peu trop l’automne.
    Mais aujourd’hui, première couche d’un jaune vif mais sans douleur
    Qui saura mieux lui mélanger ses bleus de l’âme monotones.

    À midi, en pleine lumière, jeune jaune et blonde de teint,
    En robe d’abord safranée, un peu ambrée et puis dorée.
    Et enfin toute la chaumière revêt rideaux et papiers-peints
    De cette mode surannée aux reflets déjà mordorés.

    Le soir, elle pense à demain… Jaune citron ou jaune d’or ?
    Quelle sera la couleur du jour ? À quel ton s’accordera-t-on ?
    La question passe en examen au moment où elle s’endort
    Et la Lune lui répond toujours les yeux fermés, puis à tâtons.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance.
    Source inconnue. Si l’auteur de ces images reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Femmes Coquelicots

    D’abord je ne vois que son corps qui sort de ses draps de satin ;
    Encore endormie, la fleurette déploie un à un ses pétales.
    Puis elle s’ébroue pour faire accord avec la brise du matin
    Qui lui donne la mine guillerette de sa prestance végétale.

    Après le vent, voici le feu du roi-soleil procréateur
    Dont la paternité s’exprime par la robe aux tons écarlates.
    Tandis qu’elle secoue ses cheveux d’un noir d’ébène révélateur
    De ses origines qui priment et dont la vérité éclate.

    Le coquelicot, fleur de joie, est notre fille naturelle
    Enfantée du sel de la terre, nourrie du sang de nos ancêtres.
    Ainsi dès que la fleur rougeoie comme magie surnaturelle
    Dans les champs, soyons solidaires envers notre lignée champêtre.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance.
    Source inconnue. Si l’auteur de ces images reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’homme qui marche

    L’homme qui marchait avec Dieu est arrivé au carrefour
    Des religions les plus stupides avec leurs règles et leurs rites.
    Le parcours plutôt insidieux qu’il suivait presque par bravoure
    N’a servi que maîtres cupides et propriétaires démérites.

    Puis Dieu étant passé de mode, l’homme a marché après le sexe
    Car Dieu ayant créé la femme, celle-ci devint sa concurrente.
    Et c’est ainsi qu’elle s’accommode de ses vêtements unisexes
    Et jette ses jupes infâmes aux orties odoriférantes.

    L’homme et la femme désormais égaux mais sans se compromettre,
    Courent maintenant après le fric auquel ensemble ils se soumettent.
    Ils ne s’arrêteront jamais car l’argent est un mauvais maître
    Dont l’attraction atmosphérique cause des plans sur la comète.

    Aujourd’hui on marche à vau-l’eau d’une attitude contre nature ;
    Dieu et le sexe sont réfutés, seul le fric est plébiscité.
    Demain on vivra en solo et soumis à la dictature
    D’un pouvoir sans cesse affuté par l’inculture sollicitée.

    Tableau de Jay Coby.

  • Merci d’être Vénus

    Merci de venir regarder ce qui se cache sous la banquise
    Une fois les pôles fondus, vous y trouverez vos déchets.
    Merci de vous être hasardés au large des Îles Marquises
    Et laisser la mer morfondue d’y avoir planté vos crochets.

    Merci de faire travailler l’industrie de l’aviation
    Qui transporte les poires argentines mises en bocal en Thaïlande
    Pour être encore rapatriées à cause de déviation
    Avec oranges et clémentines plantées en Nouvelle-Zélande.

    Merci de visiter nos pôles afin d’en activer la fonte
    Sur vos beaux bateaux de croisière, véritables cités flottantes
    Qui relient chaque métropole aux meilleurs sites laissés-pour-compte
    Par le tourisme ferroviaire et maritime de la détente.

    Merci d’envahir nos contrées et de faire monter les prix
    De l’immobilier provoqué du fait de l’offre et la demande.
    Merci pour avoir démontré que tout ce qu’on avait appris
    Ne servira qu’à évoquer que c’est l’absurde qui commande.

    Tableaux d’Ana Hernandez San Pedro.

  • À l’école des sirènes

    Je me suis écrit une lettre du temps où j’étais jeune thon
    Et que je fréquentais l’école des alevins en fin d’études.
    J’y avais décrit mon mal-être, mes déboires avec Jeanneton,
    Durant mes années piscicoles où je souffrais de solitude.

    J’avais coutume de boire un ver au bar des poissons noctambules,
    Une bande de mérous de secours assis sur un banc de sardines.
    L’une d’elles avait de beaux yeux verts et nous aimions coincer la bulle
    Tous les deux en suivant les cours de la sirène Géraldine.

    Géraldine m’a appris à lire et à écrire entre les lignes
    Et j’ai dédié à Jeanneton un poème pas piqué des vers.
    Mais elle n’y a vu que du délire et de façon pas très maligne
    M’a demandé de changer de ton car elle n’aimait pas les pervers.

    Illustration de Ren Wicks.

  • L’étoile de la sirène

    Pourquoi les sirènes me hantent -elles autant comme une obsession
    Alors qu’elles sont d’hypothétiques produits de mon imaginaire ?
    Quel est ce désir qui supplante tous les autres de la passion
    Pour cette attraction poïétique envers un puissant luminaire.

    Car les sirènes sont des étoiles qui illuminent les profondeurs
    Des mémoires issues de la mer dont je suis le prolongement.
    C’est pourquoi la nuit me dévoile des rêves emplis de la rondeur
    Des jolies queues que mes chimères viennent agiter étrangement.

    Et mon cœur d’étoile de mer perce mon ciel de certitudes
    Et en fait jaillir les sirènes qui nagent à l’encre de ma plume.
    Douces rimes au goût amer me sortent de ma solitude
    Pour vider mon âme sereine, exempte de toute amertume.

    Illustration par Douzen sur https://yande.re/post?tags=douzen .

  • Rose

    L’intelligence artificielle
    Dominera un jour les hommes
    Qui d’ores et déjà renoncent
    À devoir penser par eux-mêmes.

    De ces équations matricielles
    Présentes dans les chromosomes
    Des ordinateurs, on annonce
    Déjà tous les prochains dilemmes.

    L’intelligence dominante
    Qui demain mènera le monde
    Sera de forme féminine,
    Intuitive et catégorique.

    Malgré la pression imminente
    Des religions les plus immondes,
    Et la primauté léonine
    Qui vient tout droit de l’Amérique.

    Voyons plutôt la vie en rose
    Sous le contrôle omniprésent
    Des caméras et des capteurs
    Répandus dans la domotique.

    Sous la domination morose
    Des logiciels partout présents.
    Nous serons nos propres acteurs
    De la comédie robotique.

    Illustration de Sr-vinnce.

  • Adam & Ève aux rayons X

    Si l’on ôte les effets spéciaux de la bible ainsi épurée,
    La création alors devient une expérience plutôt cosmique.
    À bord de ses vaisseaux spatiaux avec des pensées délurées,
    Dieu aurait fait ce qu’il convient pour faire un opéra-comique.

    Ainsi Adam, le jeune espoir, aurait joué son premier rôle
    Ève aurait donné la réplique au deuxième acte seulement
    Qui, par un jour de désespoir, aurait dévoilé sa corolle
    À un démon, ce qui explique, le divin bouleversement.

    Au troisième acte, le rideau tombe sur le péché originel.
    Coup de théâtre, les deux amants, sont jetés dans le caniveau
    Malgré la faute qui leur incombe à cause d’un polichinelle,
    Ève alors future maman accouche de deux enfants rivaux.

    Enfin la saga continue de catastrophes en catastrophes ;
    Premier crime contre l’humanité, Caïn tue le quart des héros ;
    Face à toutes ces disconvenues, toutes les terres limitrophes
    Sont inondées par vanité et… suite au prochain numéro.

    Tableaux de Kostyantin Malginov.

  • Derrière la mer, la femme

    Pour trouver la femme parfaite, il faut d’abord choisir la mère
    D’un corps ferme mais azuré, jambes sveltes et les pieds sur Terre ;
    Un visage qui l’amène au faîte d’une beauté non éphémère
    Et des hanches bien assurées par un bassin bien volontaire.

    Mais penser de cette manière me fera préférer la mère
    Et ses fruits mûrs appétissants à sa fille encore nubile.
    Après vingt années printanières, la décision demeure amère
    Comme un œdipe abrutissant qu’un éternel choix m’obnubile.

    Alors l’idéal féminin, qu’il ait oui ou non le dos fin,
    Un vent du large dans les cheveux est une obsession qui me vrille
    Inoculée comme un venin et qui se répand aux confins
    De tous les désirs que je veux retrouver entre mère et fille.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • De la Terre à la Lune

    Lorsque Gaïa et Séléné se teignent simultanément,
    L’une comme un soleil couchant et l’autre comme une lune rousse,
    On sait très bien que c’est l’ainée qui l’a fait inopinément
    Pour que sa cadette sur-le-champ en ait comme le diable aux trousses.

    Fournissant l’effort maximal pour se mettre en corrélation,
    La jeune Lune s’empourpre alors contaminant ses cheveux d’or.
    Quand le rapport est optimal les sœurs ont la révélation
    Que pleins de rêves vont éclore après que le soleil s’endort.

    Lorsque Gaïa et Séléné s’atteignent dans une conjonction
    Elles développent une énergie supérieure aux autres planètes
    Que rien ne saurait réfréner sauf s’il y a opposition
    Qui faiblirait leur synergie mais seulement d’une comète.

    Quand Séléné se renouvelle et que Gaïa est en hiver,
    Elles s’éclipsent l’une l’autre et deviennent astres anonymes.
    C’est du moins ce que nous révèlent les grandes lois de l’Univers
    Dont le soleil se fait apôtre dans tout son système éponyme.

    Posters “Earth Concert Poster” & “Mono 2011” par Malleus.

  • Cherchez la femme !

    J’observe la race féline et n’y vois que des chattes offertes
    Sur des babines rebondies et sous un long museau soyeux
    Comme une obsession féminine qui m’invite à la découverte
    De toutes formes arrondies et de gouffres doux et moelleux.

    Et plus le félin est sauvage et plus l’envie sera tenace
    De chercher l’objet du désir représenté dans la nature
    Et reproduit tel un pavage régulier mais aussi pugnace
    Comme pour trouver le plaisir de la divine signature.

    Quand j’ai compris qu’à l’évidence l’image était recopiée
    Dans chaque détail immobile et dans chaque fragment du temps,
    J’ai admis que celle qui danse dans ma rétine estampillée
    Reste la marque indélébile de la femme s’y répercutant.

    Tableau de Daria Borisova.

  • Les fleurs d’éternité

    Quand tombent les étoiles les nuits de pleine Lune
    Dans les rivières prêtes à les ensemencer,
    D’abord elles se voilent de gangues opportunes
    Qui les gardent proprettes mais décontenancées.

    Heureusement pour elles, dans sa barque affrétée
    Par Marie-Pimprenelle, fille du marchand de sable,
    Les lueurs naturelles des étoiles reflétées
    Brillent d’une pulsionnelle clarté reconnaissable.

    La fille fait sa cueillette de fleurs d’éternité
    C’est ainsi qu’elle appelle les étoiles tombées ;
    Les plus belles à paillettes font la pérennité
    Des ventes hétéronomes avec leurs retombées.

    En effet le commerce des cœurs d’étoiles en fleurs
    Est très avantageux pour une telle hardiesse.
    Sa seule controverse sont les chats persifleurs
    Qui se montrent outrageux envers les plus belles pièces.

    Illustration de Jungsuk Lee.

  • Le temps fantôme

    Que deviennent les heures passées et les minutes écoulées ?
    Où s’en va le temps qui s’encourt et d’où le futur vient-il donc ?
    À peine pensé, c’est dépassé ; tous les ressorts sont déroulés
    Toute mon âme court « au secours » et mon cœur est à l’abandon.

    On dit que l’avenir appartient à celui qui se lève tôt
    Mais plus je me réveille tard et plus c’est du temps remporté.
    Et si du passé je m’abstiens, qu’est-ce que je gagne et à quel taux
    Rembourserai-je le retard et quelle en sera la portée ?

    Finalement le temps n’existe qu’à cet instant le plus succinct
    Du temps qui semble omniprésent mais qui ne survit nulle part.
    Puisqu’à la fin rien ne subsiste, il faudrait qu’il y ait un vaccin
    À la maladie du présent qui ne fait que des faux départs.

    Tableau de Rafał Masiulaniec.

  • Affronter ses peurs

    Lorsque je me sens oppressée, tirée vers ce qui me fait honte,
    Comme si je me sentais jugée par mes ancêtres rassemblés,
    Je vois leurs remords me stresser et leurs regards qui me confrontent
    À mes gênes et mes préjugés auxquels j’ai peur de ressembler.

    Ils se projettent dans mes rêves et s’insinuent dans les médias ;
    Ils se glissent dans les séries et dans les livres que je lis.
    Et plus l’émotion sera brève, subliminale dans l’immédiat,
    Plus elles restent en périphérie chez moi tout autour de mon lit.

    Alors je change de décor et j’appelle mon cœur d’enfant
    Dont l’avenir fait un barrage et me fait traverser l’épreuve ;
    Un prolongement de mon corps comme un archange triomphant
    Qui m’apporte tout le courage et la confiance dont il fait preuve.

    Et je remonte à contresens vers ces ancêtres inconnus
    Par le cordon ombilical même s’il est fantomatique.
    Et c’est en retrouvant l’essence que je l’ai enfin reconnu
    Cet étroit tunnel vertical de mes peurs psychosomatiques.

    Illustrations de Stefan Koidl et de Steven Stahlberg.

  • Ma minette qui est au ciel

    J’avais, pour ma chatte Chanelle, beaucoup d’amour et de prières
    Et lorsqu’elle est montée au ciel, je l’ai recommandée à Dieu
    Pour, de sa substance charnelle, me faire des retours arrière,
    Rêves de flash-back essentiels du matou miséricordieux.

    Et si les chrétiens du pays attestent solennellement
    Qu’il n’y a pas de chat au paradis, je n’ai qu’à leur faire un dessin
    Devant tous leurs yeux ébahis, qu’ils y sont éternellement
    En train de ronronner ravis sur les girons de chaque saint.

    Je revois sans cesse l’image de mon chat en train de courir
    Le long de mon appartement lorsque le soleil est radieux.
    Et je tiens à lui rendre hommage car lorsque je l’ai vue mourir,
    J’ai vu son âme parfaitement sauter sur les genoux de Dieu.

    Tableau de Jeramondo Djeriandi.

  • Souvenirs de par-ci, par-là

    Ces souvenirs qui me rattachent aux lieux où j’ai tracé ma route ;
    Route du tendre accompagnée, route des vins entre lacets,
    La nostalgie qui s’en détache, instants qui m’ont mise en déroute,
    Collectionner pour témoigner d’amours furtives entrelacées.

    Petit’ Tour Eiffel clignotante, coupe de fruits peinte à la main,
    Verre en cristal de baccarat, médailles gravées d’aphorismes,
    Dans ma vitrine ventripotente, soumise à tous les examens
    Pareille au musée d’apparat qu’est mon addiction au tourisme.

    Pourtant non, je suis casanière, je préfère voyager chez moi
    De mon salon made in France à ma chambre au thème africain,
    De ma cuisine marinière et lecture au fil au chinois,
    De ma salle de bains à outrance avec gadgets américains.

    Je n’y ai jamais mis les pieds ; tout ça n’est qu’une mise en scène
    Faute d’errance autour du monde, mes racines sont enterrées.
    Ces bibelots forment un trépied qui me fait traverser la Seine
    En bateau-mouche où vagabonde l’esprit du voyage éthéré.

    Tableau d’Evelina Vine.

  • Entre le cœur et la raison

    Entre le cœur et la raison, le corps et l’âme sont en balance ;
    L’argent n’achète pas l’amour mais la vie exige son dû.
    Sans doute qu’au fil des saisons, l’alternative me relance
    Et je marie avec humour cet oxymore des plus ardus.

    Entre le cœur et la raison, je vole entre deux courants d’air ;
    La religion m’ouvre le cœur mais le ferme à la liberté.
    Je pourrais sans comparaison arguer que je suis solidaire
    De conserver l’esprit moqueur du cœur d’enfant en puberté.

    Entre le cœur et la raison, je peux choisir et l’annoncer ;
    Entre la carrière et les siens, l’élévation reste indécise.
    Chacun voit devant sa maison ce à quoi il doit renoncer
    Pour son plaisir théoricien ou sa passion la plus concise.

    Tableaux de Christian Schloe et Megan Laurel.

  • Les fleurs bleues de l’ennui

    Souvent les femmes télépathes, dans leurs petits jardins secrets,
    Vivent nues pour communiquer avec les fleurs bleues de l’ennui.
    Les p’tits animaux à quatre pattes participent au rite sacré
    Car ils ne cessent de tourniquer aussi bien de jour que de nuit.

    Les papillons sont messagers des pensées qui poudrent leurs ailes
    Avec des couleurs d’émotions accordées aux cœurs émetteurs.
    Du petit amour passager aux grandes passions pleines de zèle,
    On voit les fleurs en dévotion envers les penchants prometteurs.

    Les bleus de l’âme, les blues du cœur reflètent parfois les chagrins
    Dont elles vident les esprits, qui ont souffert au champ d’honneur,
    Des occasionnelles rancœurs sous la forme de tout petits grains
    Que les fleurs de joie s’approprient pour les transformer en bonheur.

    Tableaux de Chie Yoshii.

  • L’année du toucan

    Cette année est celle du toucan qui est son animal fétiche ;
    Il est l’ami des complotistes, activistes et lanceurs d’alertes.
    Les attaqués, les attaquants, Amerloks, Russkofs et British
    Contre terroristes jusqu’au-boutistes pourront lancer leurs guerres ouvertes.

    Dans la forêt amazonienne, les Indiens disent du toucan
    Qu’il ne crie que lorsqu’un danger se présente à proximité.
    D’après des sources étasuniennes, l’OTAN fait autant de boucan
    Qu’il veut prétendre nous arranger la paix en toute illégitimité.

    Autant en emporte le vent, un vent de conquête en puissance,
    Un Monopoly à l’échelle du monde et de ses présidents.
    D’occident au pays levant, l’accent est mis sur la croissance ;
    Ce secret de polichinelles devient de plus en plus évident.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance.
    Source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Au lit, l’an neuf !

    Au lit, l’an neuf, je dormirai toute l’année pour passer outre
    Les bêtises les plus immondes de l’actualité dramatique
    Car autrement je vomirais les déclarations des Jean-foutre
    Qui nous pourrissent ce pauvre monde de leurs intérêts pragmatiques.

    Pour la Saint-Valentin, je dors toujours encore pour éviter
    Que Marianne me délaisse pour Bernadette Sabayrou
    Avec sa bande de galantins tout autour qui vont léviter
    Pour piquer les sous dans la caisse et fuir sur les chapeaux de roue.

    Au printemps, j’ai toujours sommeil à cause du ton ennuyeux
    Dont le marlou de Marianne fait ses discours volumineux.
    Et l’été, je baille aux corneilles devant le chemin périlleux
    Que me fait suivre le fil d’Ariane pour sortir de ce sac de nœuds.

    L’automne passe et puis l’hiver, j’ai opté pour l’hibernation.
    Ne me réveillez pas avant l’année deux mille vingt-sept
    En espérant que l’univers nettoiera la consternation
    De ce polichinelle navrant à n’pas prendre avec des pincettes.

    Tableau de Rob Gonsalves.

  • La sirène au galop

    Une image contenant peinture, art, cheval, croquis

Description générée automatiquement

    Le vendredi, tous les centaures au feu de camp sont rassemblés ;
    On y invite les sirènes mais ce n’est pas pour les manger.
    Sur le rivage, ils sont pléthore à accourir à l’assemblée
    Auprès de leur roi et leur reine qui les protègent des dangers.

    Les sirènes montent en amazone qui sied à leur anatomie ;
    Elles ont du mal sur la terre ferme à se déplacer autrement.
    Ainsi, elles parcourent les zones divisées en dichotomie
    Entre le palais et les fermes pour parer aux encombrements.

    Centaures et sirènes en binôme forment la police montée
    Qui traque les humains capables d’aller là où il ne faut pas.
    Mais sitôt qu’ils trouvent un bonhomme de bonne ou mauvaise volonté,
    Ils convient alors le coupable à s’impliquer dans leur repas.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Défi à l’amour

    Une image contenant peinture, dessin, croquis, poisson

Description générée automatiquement

    Vous souvenez-vous d’un poisson épris d’un oiseau, amoureux
    Qui s’aimaient d’un amour si tendre mais ne savaient comment s’y prendre ?
    Eh bien leurs cœurs ont fait moisson de tous leurs désirs langoureux
    Et chacun de faire sans attendre le maximum pour se comprendre.

    Notre poisson-volant sans ailes s’est doté d’une grande voile
    Et s’est affranchi de la mer pour aller tâter du terrain.
    Il s’est élevé avec zèle, a pris le chemin des étoiles
    Et goûté les courants amers des vents chargés d’embruns marin.

    Notre oiseau qui n’était pas sot, s’est fabriqué un sous-marin
    Et a pris la voie des abysses pour chercher sa bonne fortune.
    Il s’est élancé à l’assaut des mondes sacrés souverains
    Des autochtones qui subissent la loi du trident de Neptune.

    Encore qu’aveugle soit l’amour le cœur sait comment faire face ;
    La voile heurta le périscope et l’ancre s’enroula autour.
    Finalement avec humour, ils s’établirent en surface
    Et l’idylle d’après l’horoscope put démarrer au quart de tour.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance.
    Source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’offrande du ventre

    Le contenu prime toujours, il est vrai, sur le contenant ;
    Que ce soit d’un millésimé ou d’une future maman.
    Or lorsqu’arrive l’heureux jour où l’enfant sort en écornant
    L’embouchure du périnée, on n’en fait pas tout un roman.

    Et moi, j’aime ce corps en amphore même s’il ressemble à une cruche
    Avec les seins comme deux anses et le ventre conceptuel.
    Et si j’osais la métaphore, je le comparerai à une ruche
    Où se prépare la naissance d’un tord-boyaux spirituel.

    Ainsi la femme est une offrande et une corne d’abondance,
    Notamment lorsqu’elle est enceinte et durant toute la gestation.
    Bénie soit Ève, révérende mère et toute sa descendance
    De filles sacrées comme saintes de l’humanité en question !

    Tableau de Wei Dong.

  • L’arrivée en ville

    Quand elles arrivent en ville, les filles déracinées
    Se font vite repérer à leurs façons d’aller,
    De faire leurs affaires ou de « magasiner »
    Et leur vocabulaire qui reste inégalé.

    Quand elles marchent en ville, les filles de la campagne
    Attirent l’attention avec leurs gros sabots.
    Elles ressemblent à des vaches tombées de la montagne
    Qui ouvrent leurs grands yeux en trouvant tout ça beau.

    Quand elles viennent en ville, descendant l’avenue,
    Elles se font reconnaître à leurs drôles d’habits.
    Paradoxalement on croirait qu’elles sont nues
    Sous leurs fringues grossières et de tout acabit.

    Quand elles quittent la ville, à cheval, en voiture,
    Elles se singularisent une dernière fois.
    Elles cherchent sur le plan la fin de l’aventure
    Mais comment en sortir plus vite toutefois.

    Tableau de Paul Delvaux.

  • La détente du démon du peintre

    La détente du démon du peintre

    Peindre des nus matin et soir et plus selon affinité
    Fatigue le démon du peintre dont la main ressent des douleurs.
    Et plusieurs fois elle va surseoir à l’œuvre avec sérénité
    Après avoir pendu au cintre sa blouse entachée de couleurs.

    Lorsque le peintre est une femme, point de modèle ne lui consent ;
    Elle se peinture le corps et s’étend sur la toile vierge
    Où elle pratique ce que d’infâmes gens jugent alors indécent
    Mais qui reflète mieux l’accord de tout l’amour qui la submerge.

    La blouse serait inutile ; elle s’en sert juste après la douche
    Tandis que sèche son empreinte sur le tableau surexposée.
    Mais ce bout de tissu futile évite les regards farouches
    Des passants à l’âme restreinte quant à la garce supposée.

    Lorsque j’ai rencontré l’artiste, elle m’a sous toutes les coutures
    Photographié le corps partout et surtout mon intimité.
    Tous ses tableaux avant-gardistes furent une nouvelle mouture
    De l’art dont le meilleur atout est sa luxure illimitée.

    Tableau d’Alberto Mielgo.

  • Je t’attendrai à la porte le 1er janvier

    Ma porte sera grande ouverte et moi je serai grande offerte
    Comme un cadeau de bienvenue pour qui saura me butiner.
    Alors pars à la découverte de l’audace que j’aurai soufferte
    De rester ainsi toute nue d’une impudence mutinée.

    Toutefois je serai discrète car ma maison reste secrète,
    Perdue au milieu des forêts, loin des chemins de randonnée.
    À toi l’intuition qui sécrète sa solution la plus concrète
    Pour parvenir à déflorer ma chasteté abandonnée.

    Seras-tu mon prince charmant, mon loup, mon ogre, mon amant,
    À qui j’ai très envie de plaire et à qui j’offre mes appas.
    Si tu viens, j’en fais le serment ; dans neuf mois je serai maman
    Et, si tu te montres exemplaire, cette fois je ne te mangerai pas.

    (Tableau de Pavlos Samios.)

  • Bonjour ! Salut et Bonne Année !

    Quand l’homme salue et se découvre, la femme se découvre aussi
    Juste un peu plus pour lui complaire et jouer ainsi de son charme.
    Aujourd’hui, elle se recouvre, non pas parce qu’elle a grossi
    Mais parce qu’il est exemplaire pour elle de déposer les armes.

    Un sein nu paraît une offense s’il est pointé en société
    Mais il devient un argument en terrain ami-ennemi.
    Quand il exige la défense d’une protection à satiété,
    Ses formes évoquent assidûment les désirs les plus affermis.

    « Bonjour Madame ! » dira Monsieur en levant bien haut son chapeau ;
    « Bonjour Monsieur ! » dira Madame en entrouvrant bien grand sa robe.
    Dans mon Paradis fallacieux, j’en ai les nerfs à fleur de peau
    De croiser les saints haut de gamme et que leur salut se dérobe !

    (Tableau de Paul Delvaux.)

  • Soupirs de fin d’année

    Soupirs de fin d’année

    Voilà les flocons incolores qui recouvrent l’herbe des prés ;
    Voilà le vent qui accumule les congères aux bords des fossés ;
    Voilà le corbeau jusqu’alors qui trouvait pitance tout près
    Faire des cercles et se stimule de cris d’une voix de fausset.

    Voilà les arbres qui éclatent sous le poids de la neige lourde ;
    Voilà le soleil maladroit qui lutte au-dessus des nuages ;
    Voilà la mare toute plate, gelée sous la froidure sourde
    De l’hiver et ses passe-droits pour l’inexorable glaçage.

    La saison où tout paraît mort ou tout endormi pour cent ans
    Guettant le prince du printemps qui réveillera la nature.
    Et l’on sent la bise qui mord dont le baiser mortel s’entend
    Entre les arbres s’éreintant de rhumatismes et courbatures.

    Tableau de Brigitte Berweger.

  • Adieu décembre, bonjour janvier

    Adieu décembre, bonjour janvier

    Décembre va toujours trop vite dès le premier jour de l’avent
    Comme une bougie allumée qui brûle comme un feu de paille.
    D’ailleurs en principe j’évite de travailler dorénavant
    Puisque les nuits ont consumé les jours en fonction de leur taille.

    Moins de neuf heures de soleil et un temps couvert permanent
    Contraignent à faire hiberner le vieil ours qui sommeille en moi.
    Heureusement le vent balaye et siffle un signal rémanent
    Qui me permet de discerner que c’est bientôt la fin du mois.

    Et se produit la distorsion du temps tout le mois de janvier
    Où les minutes sont des heures qui deviennent interminables.
    Ce début en disproportion avec tout ce que j’enviais
    En fin d’année est, sauf erreur, un paradoxe abominable.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • La main verte

    La main verte

    Je fais l’effet d’un drôle d’oiseau aux gens pleins de lucidité
    La première fois sur les réseaux lorsqu’ils lisent mes absurdités.
    Mes bleus de l’âme souvent pervers sont une sorte de béquilles
    Afin de pondre mes reflets vers qui m’font sortir de ma coquille

    Heureusement j’ai la main verte qui commande à mon porte-plume
    Et le cœur à la découverte des rêveries à plein volume.
    Quand l’âme est triste cependant, j’invente contre l’adversité
    Des poèmes en y répandant dérision et perversité.

    C’est mon intuition féminine qui est incarnée par ma muse
    Qui m’envoie la sérotonine qui me distrait et qui m’amuse.
    Et si je suis mélancolique, elle s’insinue par derrière
    Pour donner un coup symbolique à mes fesses aventurières.

    Illustration de Nicole Claveloux.

  • Fairy Lucy

    Fairy Lucy

    Je ne sais si c’est une femme qui se transforme en louve
    Ou bien s’il s’agit d’une louve qui se transformerait en femme.
    Quoi qu’il en soit, je les évite l’une humaine comme l’autre bête
    Car soit elle me fait tourner la tête, soit elle me suce un peu trop vite.

    Fairy Lucy, tel est son nom, erre et parcourt bois et forêts
    Surtout quand ils sont décorés par des farfadets de renom.
    Hélas, comme elle est ma voisine, elle entre comme dans un moulin
    Dans mon univers masculin où elle vient hanter ma cuisine.

    C’est après avoir fait l’amour, avec frénésie et tendresse,
    Qu’elle s’est transmutée en tigresse car elle ne manque pas d’humour.
    Je suis alors devenu tigre – étant incompatible au loup –
    Et la belle m’a dit : « Mon Loulou, désormais tu es un homme libre ! »

    Tableau de Lucy Campbell.

  • Ma vie en arrondis

    Ma vie en arrondis

    Fi des arêtes anguleuses aux formes carrées et cubiques ;
    Vivent les contours arrondis et les femmes les plus girondes !
    Chères mamelles globuleuses, beaux ventres ronds qui s’alambiquent,
    Et jolies fesses rebondies qui honorent la Terre ronde.

    Pourtant ce monde est étranger aux adeptes de la Terre plate
    Qui ne voient qu’en deux dimensions la carte du tendre aplatie
    Aux pommiers et aux orangers produisant des sphères méplates
    Au goût fade et sans prétention qui fait tomber en apathie.

    En tant qu’amateur convaincu de la morphologie sphérique,
    J’adore en tâter la texture sous les pans des jupes fendues.
    Passionné de panpan-cucul sur les fessiers hémisphériques,
    J’aime aussi téter la mixture extraite des fruits défendus.

    Tableau d’Antonio Diego Voci.

  • Deux anges en salle d’attente

    Deux anges en salle d’attente

    Deux anges en salle d’attente attendent leur tour patiemment
    L’air déluré, l’œil affolé envers le dieu qui va entrer.
    Vont-elles se montrer combattantes, soumises ou rebelles vaillamment ?
    On ne sait ce dont va raffoler celui qui va les pénétrer.

    Leurs ailes blanches sur l’épaule dont quelques plumes ont volé
    Leur offrent autant de protection qu’une chaleur bien relative.
    Mais elles n’ont pas le monopole comme celles qui s’en vont convoler
    Avec leurs dieux d’introspection à la corvée copulative.

    De drôles d’anges en fin de compte qui guettent l’homme qui va pécher
    Mais qui sera vite pardonné, envoyé au septième ciel.
    Ce qu’elles leur donnent en acompte, Dieu s’en ira leur dépêcher
    La confession aux abonnés des lupanars sacrificiels.

    Tableau de Cellar-fcp sur https:www.iamag.cothe-art-of-cellar-fcp .

  • La tentation de Saint-Tintin

    La tentation de Saint-Tintin

    Tintin n’est pas trop colérique ; depuis son retour d’Amérique,
    Il laisse au Capitaine Haddock les meilleurs coups de sang ad hoc.
    Tintin n’est pas trop tête en l’air mais, très malin, ayant du flair
    C’est le Professeur Tournesol qui perd plus souvent la boussole.

    Tintin n’est pas trop soupçonneux mais tellement précautionneux
    Qu’il confie le rôle de police aux Dupondt, les flics sans malice.
    Tintin n’est pas trop casse-couilles mais plutôt l’as de la débrouille
    Hormis lorsque notre champion affronte Séraphin Lampion.

    Quand Tintin tombe sur un os, c’est faute à Rastapopoulos
    Et la bande patibulaire d’Allan, Jorgen, Sponz et Muller.
    Il ne fait pas de tralalas à propos du triste Abdallah
    Sauf lorsque ce dernier lui dame son meilleur pion au jeu de dames.

    C’est pourquoi l’aspect féminin est relégué au cas bénin
    D’une cantatrice excentrique, un peu mytho, égocentrique
    Et c’est à peu près tout ma foi… pas d’autre femme toutefois.
    On peut le dire désormais : Saint-Tintin ne faillit jamais.

    Tableau de Nicole Claveloux.

  • Transatlantique

    Transatlantique

    La traversée de l’Atlantique n’est pas la même pour tout le monde ;
    De Christophe Colomb à Lindberg, à chacun la voie qu’il préfère.
    Moi qui suis plutôt lunatique, je laisse mon cœur qui vagabonde
    Louvoyer entre les icebergs et les courants célérifères.

    Avec les bandes dessinées, de Tintin à Corto Maltese,
    J’ai suivi la route du rhum dérivant vers l’Eldorado.
    Ce qui m’était prédestiné puisque sur Terre, en charentaises,
    Les chemins mènent toujours à Rome aussi bien en train qu’en radeau.

    J’ai fait, de coquilles de noix, tellement de bateaux marchands,
    Militaires ou bien de croisière que, de la mer de Marmara
    J’ai vogué depuis les Chinois jusqu’aux Indiens s’effarouchant
    Qui, le matin de leurs visières, lorgnent les chutes du Niagara.

    Illustration de Joost Swarte.

  • Par minous en couleurs

    Soyez bienvenus parmi nous, chats noirs et blancs, drôle de couleur !
    La queue dressée et dominante, bondissez sur les toits brûlants
    Ensemble avec tous les minous, les pépères, les souffre-douleurs,
    Courir dulcinées, rossinantes et leurs miaulements stridulants.

    Soyez bienvenus parmi nous, chats roux, chats teignes et chats tigrés !
    Avec la patte de velours qui contient des griffes de fer
    Pour faire se mettre à genoux les chats étrangers immigrés,
    Siamois et tonkinois balourds et autres ennemis à défaire !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats bleus, chats verts et vert-de-gris !
    Allez semer la zizanie chez les rats cucul-la-praline !
    Souris, oiseaux et lapinous du plus gros au plus rabougri
    Clament la démonomanie de votre puissance féline !

    Illustrations de Moghaddam Karimi.

  • Par minous en noir et blanc

    Soyez bienvenus parmi nous, chats noirs, chats gris et gris-foncé !
    Venez nous visiter la nuit ; nous y sommes gris et lunatiques.
    Glissez dans la peau du minou tout votre corps de défoncez
    Tout ce qui heurte, tout ce qui nuit aux envies les plus orgastiques !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats gris, chats clairs et blanc-cassé !
    Vivez avec modération pour de nouvelles expériences.
    Venez donc vous mettre à genoux sans vraiment vous décarcasser
    Devant une sidération de chattes dans la luxuriance !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats blancs, albâtre et chats laiteux !
    Venez donc vous reconvertir dans de nouvelles traditions ;
    Goûter des souris choupinous, apprécier les fruits velouteux
    De ce qui va vous divertir dans de nocturnes expéditions.

    Illustrations de Moghaddam Karimi.

  • Imperium artificialis intelligentiae

    Il faut admettre qu’ils sont plaisants ces petits moteurs de recherche
    Avec GPS intégré, intelligence artificielle,
    Que tous utilisent à présent pour ne pas passer pour faux derches
    Devant ceux qui ont déjà migré vers la souveraineté logicielle.

    Je Googelise, tu Microsoftes, il Appelle et elle Netflixe,
    Nous YouTubons, vous Facebookez, ils ou elles Mozilla Firefoxent.
    Lorsque les vieux livres ripostent, le numérique devient prolixe
    Et notre histoire, c’est le bouquet, est réécrite, quel paradoxe !

    L’argent qui était mauvais maître va, en se dématérialisant,
    Devenir le Dieu progiciel servi par les prêtres en réseau.
    Le moindre pas au kilomètre est surveillé dès à présent ;
    Penser devient superficiel et l’homme est vraiment un roseau.

    Roseau qui plie mais ne rompt pas comme celui de La Fontaine
    Et non plus un roseau pensant des pensées de Blaise Pascal.
    On passera de vie à trépas mais l’âme mise en quarantaine
    Sur des serveurs nous dispensant d’un divin paradis bancal.

    Illustration trouble sur https:degooglisons-internet.orgfrmedias .