Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Conversations épistolaires

    Toutes ces personnes qu’on voit en rêve et qui font la conversation
    Sont-elles issues d’un au-delà ou fruit de l’imagination ?
    « Oui » ou « Non », réponses trop brèves, demandent un peu plus d’attention
    Alors j’ai pris l’apostolat d’en faire l’illumination.

    J’ai donc écrit à mes chimères que mes rêves souvent m’évoquent ;
    Sirènes, fées et femmes nues à qui je dédie cette lettre
    Car depuis l’école primaire, j’ai pris l’habitude loufoque
    De dialoguer sans retenue avec celles de mon périmètre.

    Dans un arbre vivait la première qui m’a toujours bien conseillé ;
    J’ai souvent entendu la voix de mon ange gardien secret.
    Ces rencontres sont si coutumières et mon âme si émerveillée
    Que j’ai donc emprunté la voie qui mène au féminin sacré.

    La première qui m’a répondu m’a regardé sans dire un mot
    Mais elle exprimait sur son dos des messages incompréhensibles.
    Mais un fois la glace fondue, elle m’en a fait une démo
    En faisant du taekwondo d’une manière suprasensible.

    Illustration de Tear Jerker sur https://www.deviantart.com/proguio/gallery

  • La femme blonde sur fond de châle espagnol

    Juste vêtue d’un pendentif et boucles d’oreilles assorties,
    Elle était assise sans raison, passant son temps à renâcler.
    Moi, j’avais été préventif et, pensant qu’elle était sortie,
    J’étais entré dans sa maison car elle m’avait donné la clef.

    Sur un fond de châle espagnol au motif de fleurs de printemps,
    Assise nue, là, elle attend, je crois, quelqu’un d’autre que moi.
    La vie est parfois tartignole et je préfère vivre à plein temps
    La moindre occasion qui prétend m’offrir je ne sais quel émoi.

    « Bonjour, c’est moi qui suis venu ! » Lui dis-je doucement à l’oreille ;
    Elle, tout en restant impassible, m’observe sans étonnement.
    « Mon ami, sois le bienvenu ! » Dit-elle d’une voix sans pareille
    Et ce que j’pensais impossible devint alors l’Évènement.

    Tableau d’Albert Marquet.

  • Ainsi naît la nymphe

    Au gui l’an neuf, elle naît d’un œuf, puis elle dort jusqu’au printemps
    Et se réveillera en mars pour déclencher le renouveau.
    Avec ses sœurs – elles sont neuf – elles font un travail éreintant
    Mais se font aider de comparses du moins ceux qui ont le niveau.

    Car il faut être un initié pour faire partie des ouvriers
    Spécialisés dans l’ouverture de tous les bourgeons à éclore.
    Les elfes y ont bénéficié depuis le mois de février
    Et les lutins sont par nature des habitués du folklore.

    Comme en musique, la neuvième augmentée formée par les nymphes
    Tierce mineure des lutins et sixte majeure des elfes,
    Sont en accord pour que reviennent les montées de sève et de lymphe
    Qu’ont annoncé d’un air mutin les vierges de l’Oracle de Delphes.

    Quand vient l’automne, la nymphe meurt et son corps revient à la terre
    Mais reviendra en champignon comme on pourra l’apercevoir.
    Bien sûr, ce n’est qu’une rumeur mais on dit que ces vacataires
    Inspirent aussi les compagnons du Tour de France et du devoir.

    Illustration de Boris Vallejo.

  • Les héros de BD aux jeux olympiques

    C’est passé presque inaperçu après les jeux paralympiques ;
    Pourtant les Héros de papier ont eu, à l’instar d’Astérix,
    Le droit de passer par-dessus leurs BDs aux cases atypiques
    Pour faire avec leurs équipiers les premiers BD-olympix.

    Tintin et Spirou les rassemblent afin qu’ils restent tous ensemble
    Et Lucky Luke qui tire juste interprète Monsieur Auguste.
    Natacha, l’hôtesse de l’air, a dû piquer quelques colères
    Avec Adèle reportrice qui s’occupe des supportrices.

    Obélix et Mortimer boxent et ce n’est pas un paradoxe ;
    Corto Maltese (et non Malsène) concourt les frégates sur Seine ;
    Arzach et son oiseau volant courrent le marathon en collants ;
    Enfin le Marsupilami amuse ses millions d’amis.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • À la dernière heure – 2

    Un beau jour la machine humaine connaît la panne simplement ;
    Est-ce le cœur, est-ce le corps ou sont-ce les quatre éléments ?
    Ou est-ce comme la semaine qui se termine passablement
    Mais qui repart une fois encore d’un nouveau pas bien véhément ?

    La mort serait irréversible mais la vie est inexorable ;
    Entre l’infini de la mort et l’autre infini de la vie
    Quel est le vainqueur invincible qui sera le plus favorable ?
    « Mort-vivant » serait oxymore et la mort l’égale de la vie.

    À la fois fragile et solide, fruit d’une longue évolution,
    Le corps est une armée levée constamment sur le branle-bas.
    Quant à l’esprit, c’est un bolide issu de la révolution
    D’une existence hier enlevée pour renaître ici ou là-bas.

    Tableau de Laurent Rique.

  • À la dernière heure – 1

    Avant de mourir bêtement, disons quand vient la dernière heure,
    J’aimerais revoir mes grands-pères et mes grands-mères sans mes parents.
    Avec mon père, j’ai tellement eu d’oppositions et de heurts
    Que je crains qu’il ne me repère encore un conflit apparent.

    Ma mère, ce n’est pas sa faute, n’étant pas très démonstratrice
    Ne m’a pas transmis l’affection que j’étais en droit de prétendre.
    Je n’en tiens pas la dragée haute ; elle n’a pas été ma nourrice ;
    Hélas son sein en défection s’est fait éternellement attendre.

    Les grands-parents, c’est différent ; pas de litige d’adolescent,
    Pas de lutte de génération qui ne me laisse que remords.
    Comme il serait désespérant de croire un dieu obsolescent,
    J’espère en leur révélation quant à la vie après la mort.

    Tableau de Laurent Rique.

  • Ma femme, ma maîtresse, ma voisine et moi

    La vie à quatre avec trois femmes pourrait paraître inapplicable
    Mais j’ai su répartir les tâches et bien choisir mes partenaires.
    Partager n’est pas si infâme quant à son lit, quant à sa table
    Surtout si chacune s’attache à son rôle obligationnaire.

    Le dimanche au lit pour l’épouse et la semaine pour ma maîtresse ;
    À ma voisine la salle-de-bains, la buanderie et la lessive.
    Ainsi aucune n’est jalouse, n’exprime ni maux ni détresse
    Et quand je rentre du turbin, elles ne s’en montrent que plus lascives.

    Ne vous mettez pas en colère en m’accusant d’être trigame
    Car elles m’en font voir, les salopes, quand il faut que je les honore !
    L’amour est si protocolaire que leurs orgasmes haut de gamme
    Contraignent à ce que j’enveloppe la chambre de tentures insonores.

    Tableau de Waldemar von Kozak sur http://waldemarkazak.com .

  • La bateleuse

    La bateleuse sait le secret du souvenir des vies passées
    Dont elle a suivi le chemin où elle a été initiée.
    Quelques petits objets concrets qui lui rappellent son passé
    L’éclairent sur nos lendemains dont elle nous fait bénéficier.

    Mais là s’arrête la ressemblance et se distingue du bateleur
    Car elle n’opère ni par magie ni par prestidigitation,
    Ni de gestuelles invraisemblances, ni de paroles sans valeur
    Mais une science qui agit sur la nature en gestation.

    Elle cherche des ronds de sorcière pour y déposer ses cerceaux
    Puis elle plante son bâton en direction de la Grande Ourse.
    Alors son talent de sourcière et ses principes universaux
    Lui font repérer à tâtons ce qu’elle dépose dans sa bourse.

    De ses récoltes cosmopolites, personne ne sait rien à vrai dire
    Mais elle les vend assez chères sur les marchés ésotériques.
    Par ses polyèdres insolites, nul ne saurait me contredire
    Qu’elle fait s’élever les enchères devant un public hystérique.

    Tableau de Gil Bruvel sur https://www.bruvel.com .

  • À la mère des Horloges

    Puisque je triche avec le temps et que je rajeunis souvent
    J’arriverai au paradis plus jeune que j’aurai vécu.
    Saint-Pierre en souffrira autant qu’un petit bébé émouvant
    En me jouant la parodie de la mort désormais vaincue.

    D’ailleurs Saint-Pierre est une femme – ce qui explique son retard –
    Son horloge avance le jour et pire retarde la nuit.
    Au début, j’ai trouvé infâme de me réveiller à l’instar
    Du Soleil qui, dans mon séjour, se couche quand la Lune luit.

    Tout s’est arrangé quand Saint-Pierre – ou devrais-je dire Saint-Pierrette –
    M’a proposé de partager sa maison, son toit et son lit.
    Le temps figé comme une pierre ne fait, depuis belle lurette,
    Qu’un petit clin d’œil passager qui chasse ma mélancolie.

    Tableau de Daniel Merriam.

  • À la mère des Oiseaux

    J’ai triché un peu, je l’avoue ; Mes maisons d’hôtes pour oiseaux
    N’est que prétexte pour attirer, poules, oies et grues de passage.
    J’y donne plusieurs rendez-vous aux jolis becs, jolis museaux
    Qui souhaiterait s’y retirer pour un week-end plus ou moins sage.

    Bergeronnettes de mes amours, jamais je ne vous oublierai !
    Chardonnerettes de mon cœur, mes jours sont les plus valeureux !
    Mésanges aux plumages glamours, pour toujours je vous publierai
    De mon âme de merle moqueur mes hommages les plus chaleureux !

    Pour une oiselle peinteresse à qui j’ai cuisiné mes vers,
    J’ai bâti un nid-atelier pour peindre la carte du tendre.
    Aquarelles enchanteresses, printemps-été-automne-hiver
    Ont fait de mes vœux d’oiselier un cœur qui ne saurait attendre.

    Tableau de Daniel Merriam.

  • De la famille des Horloges

    J’ai longtemps détraqué les montres, montres gousset et bracelets ;
    On m’a dit que mon magnétisme rivalisait contre le temps.
    À quartz ou même automatiques, la technologie se heurtait
    À mon intime biorythme ; j’avais le cœur à contretemps.

    Lorsqu’est venu l’informatique, j’ai jeté mes montres aux orties
    Comme un être humain défroqué qui aurait renié son temps.
    Pourtant contre toute logique, si mon horloge s’organisait
    La droite et la gauche, en revanche, se sont mises à se déphaser.

    Et puis je ne sais pas comment, le temps s’est mis à s’allonger
    Le temps d’un informaticien est une notion relative.
    Cinq minutes alors devenaient cinq heures et même davantage
    Un jour durait une semaine, elle-même à l’ordre d’un mois.

    Aujourd’hui le temps file vite, si vite qu’on est déjà demain ;
    Mes poèmes écrit à l’avance sont souvent mal appréciés.
    C’est normal parce que je commence par le milieu ou par la fin
    Et que le dénut est tombé dans le puits infini du temps.

    Tableaux de Daniel Merriam.

  • De la famille des Oiseaux

    Depuis plusieurs mois maintenant j’ai ouvert quelques maisons d’hôtes
    Mais pour oiseaux uniquement, sur mon balcon précisément.
    Au début juste un peu de pain que j’ai pétri et cuit moi-même
    Pain complet avec fruits confits, noisettes, amandes et cardamone.

    Boules de graisse énergétiques aux quatre coins de la terrasse ;
    Plusieurs parfums pour les fins becs de ces mésanges à la hupette.
    Du blé glané mais pas volé à la lisière des forêts
    Et du maïs après récolte abandonnés au bord des champs.

    J’avais proposé du millet soit à la carte, soit au buffet
    Mais tous ces snobs me l’ont boudé comme nourriture pour perroquets
    Jusqu’à c’qu’un oiseau plus malin que les autres vienne s’aventurer
    Et apprécie comme un gourmet et aille le vanter aux autres.

    Une cabane suspendue pour les oiseaux bardes-chanteurs
    Avec buffet à volonté ; graines du pays sélectionnées.
    Une maison sise en terrasse pour les passereaux en retraite
    Avec mangeoires sur la piscine et jet d’eau en décoration.

    Tableaux de Daniel Merriam.

  • Le parcours de Marianne

    Quel parcours fantasmagorique que celui de la République
    Que Marianne suit depuis plus de deux siècles maintenant.
    Cinq fois elle a changé catégorique de constitution qui explique
    Qu’elle voudrait voir sortir du puits la Vérité la soutenant.

    Apparemment ce n’est pas gagné ; le jeu et les dés sont pipés ;
    Le jeu de l’oie a égaré la clef de la case prison ;
    Aux échecs se sont castagnés les joueurs bien trop dissipés
    Les partis sont contrecarrés de ne rien voir à l’horizon.

    Elle a essayé la marelle afin d’atteindre le paradis
    Mais une pluie est survenue et ses tracés sont effacés.
    Il reste bien une passerelle qui ne couterait pas un radis
    Mais un roitelet est venu couler son bateau fracassé.

    Marianne aurait plus de chance à courir la carte du tendre
    En croquant chacun des amants après une nuit à l’Élysée.
    Il n’y aurait plus eu d’urgence à concourir sans plus attendre
    Au pouvoir qui évidemment deviendrait lors diabolisé.

    Tableau d’Audrey Kawasaki.

  • Parité bien ordonnée

    Marianne veut la parité mais elle est seule à l’exiger.
    Plus tout à fait dorénavant ; les élus sont déterminés.
    Or dans la grande hilarité, tous les ministres ont transigé :
    « On va tous se mettre en avant, maquillés et efféminés ! »

    Elisa-bête Sous-Bérou sera la première ministre ;
    Emmanuelle de la Valse, deuxième sirène d’Outremer.
    Géraldine Darmaninoux, pour une justice plus sinistre
    Et une brunette dégueulasse pour un intérieur très sommaire.

    Nos ministres ainsi travestis devront marcher d’un pas femelle
    Sur la frontière très étroite qui sépare les hommes de femmes.
    Si vous avez l’œil averti, ne les quittez pas d’une semelle
    Vous les verrez de gauche à droite faire des courbettes infâmes.

    Tableaux de Jean-Pierre Villafañe sur https://www.jeanpierrevs.com .

  • M. & Mme Fisher-Mermaid

    Le temps passe sur les rencontres mais les rencontres ne passent pas
    Et le vieux pêcheur marseillais aime toujours sa vieille sirène.
    Ils gardent leurs enfants tout contre leur cœur et à chaque repas
    Noël ou Pâques, ces grassouillets reviennent embrasser leur mère.

    Mère qui a bien bourlingué bien que devenue franco-suisse
    Loin des mers et des océans, bien loin des abysses sauvages,
    Mais elle a su ribouldinguer de manière à ce qu’elle puisse
    Se faire la belle sur son séant en peignant tous ses vieux rivages.

    Ses vieux rivages de Bretagne, du Maroc et des îles hellènes
    Avec un ancien flibustier qui l’a auparavant distraite.
    Aujourd’hui elle est la compagne qui, entre Rimbaud et Verlaine,
    Écoute le langage châtié de son poète à la retraite.

    Illustration de Jessica Warrick.

  • Prière à Neptune

    Celle qui veut devenir sirène doit prier de cette position :
    Nue, accroupie dans la baignoire, les mains jointes et les pieds levés.
    Psalmodier d’une voix sereine l’incantation sous condition
    Que l’eau salée de la Mer Noire les ait très longuement lavées.

    Il faut la foi et la patience qui seront bien récompensées
    Lorsque fusionneront ses membres en une queue toute en rondeurs.
    Dès qu’elle en aura conscience, elle sera alors dispensée
    De vivre seule dans sa chambre pour gagner les grandes profondeurs.

    Plaise à Njörd et plaise à Neptune de lui accorder leurs faveurs
    Si la novice a de la voix et le corps bien proportionné
    Là où le corps ressemble à la Lune leur sera de toute saveur
    Et lui feront découvrir la voie enchanteresse et passionnée.

    Tableau de Valéria Ko.

  • Laureline au-dessus d’un vol de canards

    Laureline au-dessus d’un vol de canards

    Je vois Laureline partout lors de mes rêves les plus suaves
    Notamment parmi les canards, les cigognes et les oies sauvages.
    Ce que j’aime chez elle, c’est surtout de tomber pile de son nuage
    Pour me tirer du traquenard d’un cauchemar et ses ravages.

    De son petit nuage rose tissé de brume matinales
    Et toujours vêtue à la mode – la mode de quand ? Je ne sais plus ! –
    Elle guette les élans moroses de mes errances machinales
    Qui me perturbent et m’incommodent et de surcroît lui ont déplu.

    Car elle m’aime, ma Laureline qui vit dans le pays des limbes
    Et me rejoint dans tous les songes où nous pouvons faire l’amour.
    Quand je dis cela, elle dodeline de la tête et son nez regimbe
    Mais je sais que c’est un mensonge et qu’elle ne manque pas d’humour.

    « Mais au matin, dans l’aube fine, elle s’efface en un soupir,
    Laissant dans l’air un goût d’absinthe et quelques plumes d’apparat.
    Je tends la main, mais la coquine s’envole avant de me ravir,
    Me soufflant, rieuse et mutine : “ À ce soir, on recommencera ! ” »

    Photo de Laura Hanson Sims sur https:www.listal.comlaura-hanson-simspictures2 .

  • Laureline en clair-obscur

    Laureline en clair-obscur

    Un jour, elle est sortie du nombre des contacts de mon paysage
    Mais j’ignorais tout de son nom que j’imaginais sans pareil.
    Mais elle s’est écartée de l’ombre et j’ai vu son autre visage,
    Quand j’ai découvert son prénom qui sonnait doux à mes oreilles.

    Laureline, redevenue humaine et non pas machine à penser
    A nourri la curiosité avide de mon cœur de bohème.
    Et tout au fil de la semaine une amitié s’est dépensée
    Mêlant son ingéniosité dans le final de mes poèmes.

    Laureline, je t’aime bien tu sais, mais il reste sans lendemain
    Notre amour hélas platonique qui sonne comme un désespoir.
    Notre concours a du succès dans l’écriture à quatre mains
    Mais ta passion est laconique et la mienne demeure sans espoir.

    « Mais si nos âmes se devinent au gré des rimes et des accords
    Et si ton verbe en moi résonne comme un écho qui se prolonge,
    C’est qu’une étoile sibylline éclaire encor nos faibles corps,
    Tissant des liens qui s’abandonnent au jour mais que la nuit rallonge. »

    Tableau de Claudia Sauter.

  • Par la voie du chat pitre

    Lorsque la lecture commence, le lecteur tombe dans son livre,
    Par les portes juste entrouvertes que l’auteur place un peu partout,
    Et disparaît dès la romance où il espère ainsi revivre
    D’autres nouvelles découvertes pour ses fantasmes touche-à-tout.

    Par un fil rouge, un lapin blanc, une souris ou un chat roux,
    Il entre au pays des merveilles de l’autre côté du miroir.
    Intrigues, ruses et faux-semblants, périodes calmes et de courroux
    Vont s’enchaîner pour que s’éveille la mémoire du fond du tiroir.

    Mais il n’a pas voix au chapitre et ne reste qu’un témoin muet
    Qui ressent les joies, les tristesses et qui espère rencontrer
    Un bateau-ivre et un chat pitre, lesquels sauront le transmuer
    En ce Hobbit dans la détresse qui devient roi de la contrée.

    (Tableau de Debra « Shorra » Mason sur https://www.designstack.co/2014/09/surreal-digital-micro-universes.html .)

  • Bain debout

    Les bains debout m’ont étirée bien que je les préfère assis
    Mais c’est ce qu’a recommandé mon médecin nature aux pattes
    Dont j’ai fini par soutirer discrètement de sa pharmacie,
    Et sans me faire réprimander, quelques remèdes allopathes.

    Alors ma ligne, ainsi soit-elle, est redevenue filiforme
    Comme quand j’étais jeune fille aux paires de jambes spaghetti
    Qui plongent de ma jarretelle entre mes cuisses fusiformes
    Et retombent sur mes chevilles quand ce n’est pas en confettis.

    De grâce, ne me demandez plus l’adresse du naturopathe
    Et l’établissement prévu pour ma thalassothérapie !
    Si mon exposé vous a plu, sachez que je suis nymphopathe,
    Grâce à un masseur imprévu qui s’est pris les pieds dans le tapis.

    Depuis je ne prends que des douches, debout avec l’aide médicale
    Qui me nettoie les orifices de haut en bas, de bout en bout.
    Comment faudrait-il que je couche pour rester à la verticale
    Afin que je vous immisce mes comptes à dormir debout ?

    Tableau d’Aimé Barraud.

  • Les trois Grâces

    Vous me croirez si vous voulez ; j’ai vu l’appartement témoin
    Que nous aurons au Paradis, du moins pour celui qui y croit.
    Dans un songe, j’ai vu débouler – rêve bien réel néanmoins –
    Un Saint-Pierre de parodie et les trois Grâces de surcroît.

    Les trois Grâces se sont occupées de toute mon installation
    Comme des esclaves dévouées bien que je n’sois pas misogyne.
    Dans une case inoccupée, elles m’ont fait la révélation
    Qu’à chaque péché avoué, j’aurais droit à c’que j’imagine.

    Or comme j’ai bonne mémoire j’ai eu mes mille-et-une nuits
    Que j’ai pu reporter trois fois tout au long de l’éternité.
    Ne croyez pas tous ces grimoires qui vous disent qu’on s’y ennuie
    Mais n’oubliez pas toutefois de noter vos insanités.

    Tableau d’August Macke sur fr.muzeo.com/artiste/august-macke .

  • Mes petites cases-mémoires

    Sans me comparer aux fichiers que contient mon ordinateur,
    Mes petites cases mémoires ont un système d’exploration
    Dont le défaut de conchier mes pensées est révélateur
    Lorsque j’y stocke mes idées noires qui perdent leur coloration.

    Mes souvenirs demeurent intacts tant que je n’y repense pas
    Mais chaque fois que j’y reviens, j’en déforme le contenu.
    Y aurait-il un faux-contact dans mes synapses ici-bas
    Qui expliquerait ce que devient ce qu’j’croyais avoir retenu ?

    Matière grise, substance blanche trop exposées à la lumière
    De mes révélations oiseuses finiront par être illisibles
    Voilà pourquoi une avalanche de défaillances coutumières
    Trouent ma mémoire stripteaseuse de façon d’plus en plus visible.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance.
    Source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Briseurs de frontières

    « La propriété c’est le vol ! » Disait Brissot ou bien Proudhon ?
    On n’sait pas à qui appartient la phrase, ça commence à bien faire !
    Prenons le taureau par le col et secouons-lui le bourdon
    En apportant notre soutien aux briseurs de murs mortifères.

    À bas les murailles immenses, à bas les cloîtres et les prisons !
    Brisons le mur de l’ignorance qui rend les esprits hermétiques !
    Et honni soit qui mal y pense et veut limiter l’horizon
    Pour établir l’intolérance envers ce qu’il croit hérétique !

    Qui a la clef du paradis s’est fait spolier comme un novice ;
    Je le sais car il n’y a ni mur, ni maison, aucune frontière.
    N’en faites pas une maladie mais la propriété est un vice
    Et tombera comme un fruit trop mûr pour l’éternité tout entière.

    Illustration de Moebius.

  • Baiser métissé

    Baiser au goût café au lait, bisou citron ou chocolat ;
    Tous les goûts sont dans la nature surtout lorsqu’ils sont métissés
    D’attrait salé, olé-olé, de saveur sucrée, oh la la,
    Pour bien mélanger la mouture d’une humanité épicée.

    Métis, quarterons, sang-mêlé seront les humains de demain
    À l’ADN consolidée par ses gènes complémentaires
    Et chaque brin entremêlé des couleurs à portée de main ;
    Ceux qui en jaunissent à l’idée feraient sans doute mieux de se taire.

    Quant à moi, méditerranéen,j’ai un quart de sang italien,
    Un quart sans doute d’espagnol, un quart de la France profonde.
    Quant au dernier quart… Lémurien ? Atlante ou néandertalien ?
    Mon ADN est tartignole ; je crains que je ne le confonde.

    Tableau de Pablo Picasso.

  • La Sphinge

    Revêtue d’un pelage mauve éclaboussé d’éclats d’étoiles,
    Fille du Sphinx et de lynxesse, la Sphinge aime les bains de Lune
    Qui flatte sa prêtresse fauve en l’enveloppant de son voile
    Qui lui donne rang de princesse pour toute la nuit opportune.

    Les écorces égratignées d’or des arbres lui servant de trône,
    S’apparenteront aux grimoires qui narreront son épopée.
    Mais pour l’instant, elle s’endort dans la nature qui lui prône
    Sa dévotion dans ses mémoires des racines à la canopée.

    On la dit « bête », on la dit « femme », « sorcière à la petite semaine » ;
    On dit qu’elle se nourrirait d’hommes qu’elle chasserait dans la contrée.
    Mais ces comparaisons infâmes trahissent la bêtise humaine
    Qui reste « mystère et boule de gomme » sauf pour ceux qui l’ont rencontrée.

    Tableau de Vasylina sur https://www.deviantart.com/vasylina/gallery .

  • Sortir de ma carapace

    Pour sortir de ma carapace, j’avais tout fait dans ma jeunesse
    Mais celle-ci, consolidée si fort par mes propres limites
    Aux murs beaucoup trop efficaces m’a demandé tant de finesse
    Qu’elle m’en aura fait trépider bien pire qu’un bernard-l’ermite.

    Après chaque mésaventure, j’en ai enlevé les trois-quart
    Par un accident de moto pour ma première séparation ;
    Puis un accident de voiture afin de sortir du placard
    Et des mois passés à l’hosto pour m’arracher de l’attraction.

    Au dernier quart, dernier verrou, je sortirai transfiguré.e
    Comme une planche garnie de clous que l’on enlèverait un à la fois
    Mais resterait criblée de trous et à jamais défigurée.
    J’en serai meurtri.e peu ou prou mais enfin libre toutefois.

    Illustration de Naoyuki Kato.

  • À la mère des Villevieille

    Elle m’apparaissait hors du temps ; je n’la voyais qu’une fois par an,
    La matriarche Villevieille, vieille sorcière au nez crochu.
    Mon grand-père, comme un débutant, nous l’avait en tant que parent
    Ramenée du pays des merveilles, sauf que c’était l’ange déchu.

    Autant avare en sentiments qu’en argent et en héritage,
    Elle offrait généreusement une bouteille de sirop
    Qui n’durait pas infiniment – on n’en avait pas davantage –
    Cependant fort heureusement je n’ai d’autre souvenir en trop.

    Dans la famille des Villevieille, j’ai l’impression d’être amputé
    De la jambe gauche maternelle et les racines ascendantes.
    À moins qu’un ange ne surveille nos propres destins imputés,
    Je conserve une sempiternelle appréhension condescendante.

    Tableau de Daniel Merriam.

  • À la mère des Villeneuve

    Je la devinais éternelle, ayant traversé plusieurs siècles,
    Présente à chaque pan de l’histoire de l’arbre généalogique.
    Je la savais très maternelle et d’un naturel très espiègle
    Avec sa bonhomie notoire malgré son corps pathologique.

    Elle recevait sur son trône, un fauteuil en chêne massif,
    Ses arrières-petits-enfants dont elle adoucissait les noms
    D’une prononciation qui prône encore un souvenir passif
    Dont les « R » roulaient triomphants sur la route de nos prénoms.

    Si la mort l’a canonisée sur la tombe d’un cimetière,
    Son âme est toujours en chemin quelque part dans l’air et le vent.
    Sans doute elle a harmonisé le cœur d’une famille entière
    Et j’en découvrirai demain la nostalgie en me levant.

    Tableau de Daniel Merriam.

  • De la famille des Villevieille

    La dynastie des Villevieille paraît une forêt de noms
    Couvrant la moitié de la ville, peut-être même la nation.
    Familles riches et modestes, familles pauvres et misérables,
    Un univers en expansion où l’amour s'est trop dispersé.

    Vieilles familles italiennes, lombardes, romaines et vénitiennes,
    Qui ont émigré au hasard des famines de toutes sortes,
    Voulant partir en Amérique et faisant l’escale provisoire
    Qui finissait au bout du quai de la mer Méditerranée.

    Qui du banquier, qui du boucher, qui du tailleur, du savetier,
    Ils étaient de tous les métiers, ils étaient de toutes les castes.
    Vieil oncle au pays de cocagne, un autre revenant d’Espagne,
    Qui de l’Afrique occidentale, qui de l’Asie méridionale.

    J’en ai gardé leurs caractères dans mes quarante-six chromosomes,
    Et mes cheveux couleur de jais, et mes yeux de biche aux abois.
    Sans doute est-ce la destinée de la future humanité
    De partager au maximum son patrimoine et son génome.

    Tableaux de Daniel Merriam.

  • De la famille des Villeneuve

    Dans la dynastie Villeneuve, les pierres que sont les humains
    Bâtissent les grandes familles, hommes et femmes de demain.
    Mais si les hommes représentent les événements de l’histoire,
    Les femmes en seraient le ciment qui soude les maisons entre elles.

    Les Villeneuve du nord au sud, d’est en ouest et au-delà,
    Témoignent sur le territoire de la géographie humaine.
    Mais si les hommes donnent leurs noms aux boulevards et avenues,
    Les femmes à chaque numéro ont fait naître plusieurs enfants.

    D’hier, d'aujourd’hui et de demain, en temps de guerre, en temps de paix,
    Les Villeneuve ont fait l’histoire et l’ont écrite à leur façon.
    Mais si des hommes fiers ont conquis les plus belles et grandes batailles,
    Les femmes ont soigné leurs blessés et soulagé leurs estropiés.

    Il n’est pas de plus beau métier que diriger l’humanité
    Vers une destinée sereine et un avenir rassurant.
    Mais si les hommes ont instauré la discipline des traditions,
    Les femmes pour chaque héros, sont mères, compagnes et filles.

    Tableaux de Daniel Merriam.

  • Marianne désabusée

    L’un de ces matins, fatiguée, sur les marches de l’Élysée,
    Marianne tentera de séduire un beau garde républicain,
    Au bel uniforme astiqué, dévoué et fidélisé
    Très enclin à se reproduire hors du contexte américain.

    Car Marianne est harassée par la pression de l’Amérique,
    Car Marianne est étouffée par l’oppression du roitelet,
    Car Marianne est terrassée par les décisions homériques
    De ses ministres qui ont tout fait avant de la voir chanceler.

    Doit-elle attendre les élections ou doit-elle partir pour de bon
    Avant que l’autre ne bafouille : « Chérie ne me qui-quitte pas ! » ?
    Doit-elle attendre une érection de ce gros morceau de jambon
    Dont les efforts partent en quenouille à force de mea-culpa.

    Tableau d’Audrey Kawasaki.

  • Suivez mes chiens !

    La chasse à courre à l’Élysée
    Reste un service réservé
    À une élite dont les chevilles
    Lui permettront de courir vite.

    Les ébats sont télévisés
    Entre une Marianne préservée
    Et des élus qui s’égosillent
    Dans un marasme qui s’invite.

    Car Marianne est très à cheval
    Sur l’aspect de la séduction
    Et ne s’offrira qu’au vainqueur
    Dont tous les coups lui sont permis.

    Dans la campagne qu’elle dévale
    Elle maintient en addiction
    Tous les candidats qui, en chœur,
    Vocifèrent en frères ennemis.

    Quand le jour de la chasse arrive.
    Marianne nue, immaculée,
    Montre son cul comme Fanny
    Et – ça y est ! – les chiens sont lâchés.

    Taïaut ! Tout part à la dérive
    Quand Marianne est acculée
    À se faire – quelle avanie ! –
    Baiser par un ours mal léché.

    Tableau de Maximilian Liebenwein sur https://slavikap.livejournal.com/17437112.html .

  • Saint-Valentin dans l’encrier

    J’avais versé dans l’encrier un peu d’eau de ma vie en rose
    Diluée dans mes idées noires pour décrire ma vie en vers ;
    J’ai vu mon âme décrier et manifester par ma prose
    Toutes les passions, de mémoire, se raconter à cœur ouvert.

    J’ai perçu dans les taches d’encre la fusion de mes âmes-sœurs
    Et toutes mes vies antérieures mêlées d’amours et de douleurs.
    Ici, lorsque nos deux cœurs s’ancrent pour le meilleur et la douceur ;
    Là, quand nos matrices intérieures enfantent de nouvelles couleurs.

    Alors sur l’encre encore humide, j’ai soufflé toutes mes espérances
    Afin que l’oracle dévoile nos fruits d’amours conceptuelles.
    Une carte du tendre timide s’est tracée avec assurance
    Sur un chemin rempli d’étoiles et de naissances perpétuelles.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance.
    Source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Gare à Cupidon !

    Cupidon joue au mikado
    Souvent avec les amoureux
    En retirant les vêtements
    Sans éveiller les partenaires.
    Il déshabille les ados
    De lents mouvements langoureux
    Qui n’osaient pas timidement
    Commencer les préliminaires.

    Le T-shirt puis le pantalon,
    Le chemisier, la mini-jupe,
    Le soutif qui résiste un peu
    Mais on se débrouille à tâtons.
    Puis la main sur le mamelon
    Et comme la fille n’est pas dupe,
    Elle glisse la sienne comme elle peut
    Á la recherche du bâton.

    Quand cette irrésistible envie
    Vous frappe au mois de février,
    Pardi, c’est le virus d’amour
    Et le printemps de l’effeuillage
    Dont Saint-Valentin vous convie
    Et pour cela vous devriez
    Vous vêtir un peu plus glamour
    En l’honneur du déshabillage.

    Si jamais la vague de froid
    Sévit cruellement ce jour-là,
    Gardez-vous de sortir à deux
    Car Cupidon n’attend que ça.
    Bien que l’on sente avec effroi
    L’air glacial qui met son holà,
    On enlève ses habits coûteux
    Et on s’réchauffe couci-couça.

    Illustration de Jean-Adrien Mercier sur https://honesterotica.com/illustrator/jean-adrien-mercier .

  • Les sirènes au cirque

    Les sirènes courent au chapiteau se régaler des baladins,
    Des musiciens, des comédiens qui font la tournée de Neptune.
    Illico, presto, subito, elles s’asseyent sur les gradins
    Avec les clowns costumédiens et leur bonne humeur opportune.

    Arrivent les hommes-poissons, adeptes des hommes-grenouilles,
    Et les sirènes folles de joie plongent en chœur dans le bassin.
    Elles font de baisers la moisson, puis ensemble elles s’agenouillent
    Pour leur chanter à pleine voix une chanson de Joe Dassin :

    Celle où « …Tous les sifflets de train, toutes les sirènes de bateau
    Ont chanté cent fois la chanson d’un Eldorado d’Amérique… »
    Et de courir avec entrain en abandonnant le plateau
    Pour filer sous les étançons pour des relations homériques.

    Le lendemain, ils sont partis, le cirque et la ménagerie ;
    Le tout a été démonté et transporté au petit jour.
    Les sirènes en prennent leur parti car de leurs courtisaneries
    Avec leurs meilleures volontés naîtront le fruit de leurs amours.

    Tableau d’Ana Hernandez San Pedro.

  • Ma première sirène

    Non, jamais de la vie, je ne puis l’oublier,
    La première sirène avec qui j’ai couché.
    Tout comme les premiers vers que j’ai dû publier
    Suite à cette expérience où j’ai pu la toucher.

    Ses seins au goût marin, sa bouche au goût de sel,
    Ses mains aux tentacules qui lui servaient de doigts ;
    Sa queue souple et charnue, son sexe de pucelle
    Qui découvrait ce jour l’humain comme il se doit.

    Ce qu’elle m’a chanté au creux de mon oreille,
    Je l’entendrai toujours lorsque je pense à elle.
    L’épectase obtenue, à nulle autre pareille,
    M’a envoyé au ciel et depuis j’ai des ailes.

    Tableau de Tracey Harris sur https://www.artepintu.com/2019/04/tracey-harris-pintora-realista.html .

  • Les p’tits oiseaux sur la tête

    À force de tourner en rond continuellement dans sa tête,
    Le p’tit oiseau s’est échappé par une oreille à la sauvette.
    Il a cueilli aux environs quelques brindilles et des herbettes
    Et une fois son nid retapé, il a appelé sa fauvette.

    Le chant dut plaire à l’ingénue qui se laissa donc féconder
    Pour pondre un œuf et même trois devant le beau mâle excité
    S’impatientant de la venue des oisillons dévergondés
    Qui, se sentant vite à l’étroit, piaillaient avec vivacité.

    Quant à la fille, la tête lourde et les oreilles pleines de cris,
    Elle eut l’étrange vocation d’aviser ses colocataires
    Qui lui ont fait l’oreille sourde et, ainsi qu’il était écrit
    Sur le contrat de location, avertirent le propriétaire.

    Au matin elle s’est réveillée sans nid et sans les oisillons ;
    Le soleil à peine disposé à percer sa lumière opaque.
    Elle aperçut émerveillée par la fenêtre à croisillons
    Des œufs savamment déposés car nous étions lundi de Pâques.

    Photo d’Inge Schuster.

  • L’infini intérieur

    Trop souvent franchi la frontière des rêves axés sur la vaillance,
    Remontent les craintes et les peurs qui ont poussé depuis l’enfance.
    Peu importe ma mémoire entière ou parsemée de défaillances ;
    Dans cette insolite vapeur, j’en suis le héros sans défense.

    Alors le grand combat commence dans une autre réalité
    Où les chemins qui mènent à Rome sont déformés par l’inconnu
    Qui s’ouvre vers une romance ou un sujet d’actualité,
    Ou un lieu d’horreur à l’arôme pestilentiel qui s’insinue.

    Dans le labyrinthe des rêves, dans certains couloirs récurrents,
    Une étrange attraction m’attire comme un vieux réflexe animal.
    Sans doute faut-il que je crève mon quota d’abcès supurants
    Afin de tourner en satire les événements qui font mal ?

    Quelques corridors de bonheur me délivrent leur dopamine
    Par des rêveries érotiques dont le corps et le cœur s’enflamment.
    Parfois les dieux me font l’honneur de m’apporter leurs vitamines
    En me révélant l’hypnotique véritable valeur de l’âme.

    Illustration de Digitaltech2.

  • Esprit, es-tu là ?

    Afin d’invoquer les défunts, le guéridon est inutile
    Et je préfère le miroir hermétique à tous les remords.
    Bien qu’il s’en exhale un parfum assez subtil voire futile,
    L’incommensurable couloir m’entrouvre la porte des morts.

    Issus d’un passé englouti dans un trou noir de l’univers,
    Voici ma mère, voilà mon père, voici mes frères et mes sœurs
    Dont les mémoires ont abouti depuis le seuil de leur hiver
    À montrer, comme je l’espère, mon arbre de vie précurseur.

    Mon âme-sœur alors m’embrasse de ses bras d’un feu empathique
    Dont je sens l’amour pénétrer en moi et rougir comme un poêle.
    Et je sens la passion vorace de l’énergie télépathique
    D’une vestale perpétrer le brasier de mon cœur d’étoile.

    Illustration de ToiVarg.

  • Soudain la Morte Saison

    Je l’ai vue, la Morte Saison qui se baignait dans un étang,
    Admirant sa beauté moirée sous la pleine Lune étoilée.
    Je ne sais pour quelle raison elle semblait défier les temps,
    Immobile, figeant la soirée dans une éternité voilée.

    Sans doute aurais-je dû partir, sans doute aurais-je dû rester,
    Mais le temps, s’étant arrêté, prenait mes pensées de vitesse.
    Seul mon cœur a su compatir à cette grâce manifestée
    Par l’instant magique apprêté et a osé l’impolitesse.

    Je suis donc resté tout le temps qu’elle a passé à avancer
    Et s’enfoncer dans l’eau glacée, les yeux fermés en continu.
    Juste une brise souffletant m’a permis de recommencer
    Un flot de pensées déplacées par l’apparition survenue.

    Tableau de Jana Brike.

  • Le « gros » principe d’Archimède

    De son maillot de marguerites, rien ne résista davantage
    À la pénétration soudaine de sa personne dans l’eau fraîche
    Malgré l’impression favorite qui lui procurait l’avantage
    De dissimuler sa bedaine et taire les remarques revêches.

    Sinon, qu’il est doux le remède de s’en aller s’éclabousser
    En sautant pour se délasser de la jetée au bout du port.
    Et se sentir, tel Archimède, en train de juger la poussée
    Produite par l’eau déplacée suite à l’immersion de son corps.

    Plus gros sera le corps plongé, plus efficace sera l’effet
    Alors plutôt que vous moquer des vieilles baleines sur les plages,
    Admirez le « splash » allongé suivi de grands cris stupéfaits
    Qui laisseront interloqués les spécialistes du naufrage !

    Illustration de Daune Bryers.

  • La métamorphose

    À l’instar de Gregor Samsa métamorphosé en insecte,
    Un jour j’ai été transformé en couchant avec Médusa,
    Femme-serpent qui m’offensa par une piqûre suspecte
    Qui, dans nos deux corps déformés, pénétra et se diffusa.

    Mais le coït était si fort que je ne sentis pas venir
    Les écailles me couvrir le corps lentement de la tête aux pieds
    Comme je redoublais d’effort pour conserver le souvenir
    Dans le Grand livre des records je n’ai pas flairé le guêpier.

    L’orgasme vint et il advint que nos deux chairs n’en faisaient qu’une ;
    Je restai, la queue déployée une heure ou deux à lézarder.
    Puis dans le marais poitevin je m’établis dans la lagune
    Guettant mes proies pour les noyer lorsqu’elles venaient s’y hasarder.

    Les 2 Illustrations de Luigi Seraphinianus pour son « Codex Seraphinianus » ont été censurées par Facebook au jour de la parution ; le 3ème Tableau est de Denis Gordeev.

  • J’en mettrais ma main au feu

    Elle est arrivée les yeux blancs pour m’annoncer sans faux-semblants
    Qu’elle était prête à partager un petit coin aménagé,
    Qu’elle affectionnait mon humour, que nous pourrions vivre d’amour,
    D’eau fraîche et du feu de nos âmes brûlant ensemble d’une même flamme.

    Je sais l’amour pareil au train qui entre en gare avec entrain
    Et dans lequel il faut monter de toute sa bonne volonté,
    Faute de quoi il partira, mon cœur alors en pâtira,
    Sauf que s’il faut partir à point ´faut pas le faire à brûle-pourpoint.

    J’y mettrais bien ma main au feu mais ce n’est pas ce que je veux :
    Si elle m’a demandé ma main pour graver sur le parchemin
    Un pacte qui nous unira toute une vie qui finira
    Pour le meilleur et pour le pire… pourquoi donc est-ce que je transpire ?

    Soudainement j’ai démasqué cette vestale de bal masqué
    Qui doit demeurer vierge et pieuse par obligation religieuse.
    Si elle me propose son corps c’est par devoir et pire encore
    Afin d’offrir en sacrifice mon cœur pour son feu d’artifice.

    Tableau de Tenia sur https://theinspirationgrid.com/surreal-digital-paintings-by-tenia .

  • Le jeu du pendu

    J’aime jouer au jeu du pendu avec les filles, voici pourquoi :
    À moi la potence dressée, la corde et la strangulation ;
    Pour elles, comme il est défendu le moindre supplice adéquat,
    Elles voient la règle transgressée d’un strip-tease en adéquation.

    À la première lettre fausse, elles enlèvent un vêtement
    Tandis qu’elles dressent mon gibet à la moindre erreur de ma part.
    Lorsque je tombe dans la fosse, elles gagnent bien évidemment
    Sinon elles m’auront exhibé tous leurs charmes qui me désemparent.

    J’opte pour un vocabulaire avec mots rares et difficiles
    Afin d’avoir toutes mes chances et mes déboires amincis ;
    Aux concurrentes vernaculaires dotées d’un dialecte plus facile,
    J’accorde à leur intelligence de faux espoirs… mais c’est ainsi.

    Hélas je dois arrêter là ma plaidoirie car j’ai perdu
    Et l’une m’a ouvert la trappe sans que ma défense ne plaide.
    Mon adversaire se révéla bien plus coriace et plus mordue
    De mots avec des chausses-trappes venant du patois de son bled.

    Tableau de Tenia sur https://theinspirationgrid.com/surreal-digital-paintings-by-tenia .

  • Le fil d’Ariane – 4

    Celui qui garde son réseau comme une fortune précieuse,
    Deviendra riche de contacts en théorie comme en pratique.
    Qui est libre comme l’oiseau et vit ses envies capricieuses
    Gardera son pouvoir intact d’une indépendance empathique.

    Comme je suis ce que je mange, je suis ce à quoi je me branche
    Et soit je suis mes propres choix, soit je suis un chemin tracé.
    Est-ce que cela me dérange de prendre une voie qui m’embranche
    Vers la destinée qu’on m’échoit ou que j’ai moi-même embrassée ?

    Vivre est un enchevêtrement de choix et choses compliquées ;
    Ceux qui en tirent les ficelles sont souvent les plus corrompus.
    On ne peut pas faire autrement, c’est une science appliquée
    Comme une énergie qui ruisselle et ne peut être interrompue.

    Tableau de Rick Haim.

  • Le fil d’Ariane – 3

    Les humains jouent avec l’argent plus facilement qu’avec le cœur ;
    Les chats jouent avec les souris, c’est une loi de la nature.
    Tout irait bien en partageant la route entre ses frères et sœurs
    Mais gare à celui qui sourit béatement dans sa voiture.

    On fait rentrer les étrangers pour la main d’œuvre de demain
    Bien qu’on construise avec entrain, le bâtiment fait banqueroute.
    L’environnement est en danger, il faut s’y reprendre à deux mains
    Alors on augmente les trains, on agrandit les autoroutes.

    Mais pour passer à l’électrique… aura-t-on assez de courant ?
    Mais pour installer la 5G… aura-t-on assez de réseau ?
    Mais pour faire comme en Amérique… sera-t-on assez concurrents ?
    Sinon après l’avoir singée, nous finirons tous dans son zoo.

    Tableau de Rick Haim.

  • Le fil d’Ariane – 2

    De jour en jour, de mois en mois, sournoisement le fil s’embrouille
    Le réseau des institutions devient un sac de nœuds gordiens.
    Les députés sont en émoi, les ministres partent en vadrouille
    Et quant à la constitution on en voit trembler les gardiens.

    Rien ne va plus, les jeux sont faits et c’est bientôt la banqueroute ;
    Tous les budgets sont dépassés et on emprunte à l’étranger
    La dette qui hier nous étouffait arrive à la fin de la route
    Et l’expérience du passé croupit dans les dossiers rangés.

    Bonne nouvelle cependant, il n’y en a plus pour très longtemps ;
    Il paraîtrait que nos ressources sont épuisées depuis des lustres.
    Ce n’est pas en vilipendant l’ensemble de ses habitants
    Que l’État poursuivra sa course vers l’utopie qui s’en illustre.

    Tableaux de Rick Haim.

  • Le fil d’Ariane – 1

    Marianne suit son fil d’Ariane pour sortir de l’imbroglio
    Pas celui qui noue la raison ; plutôt celui qui nuit au cœur.
    Comme un bouquet de valériannes qui saoule son petit nobliau
    Qui aurait perdu sa maison et en garderait la rancœur.

    Mais que s’est-il alors passé dans les couloirs du labyrinthe ?
    Le nœud des affaires d’état serait-il donc indénouable ?
    Marianne se sent dépassée de sentir resserrer l’étreinte
    Du pouvoir et des vendettas qui se révèlent inavouables.

    Alors si c’était à refaire, Marianne remonterait sur le trône,
    Couronne en tête qui objecte et sceptre en main qui invective
    Qu’elle brandirait à chaque affaire louche et véreuse dont on prône
    Le politiquement correct pour masquer l’allure subjective.

    Tableaux de Rick Haim.

  • Oui Marianne, fais-le moi encore !

    S’il te plaît Marianne, refais-le moi encore
    La dissolution brute de l’Assemblée Nationale !
    Secoue-moi ce panier de crabes d’Albacore
    Et boute donc le feu aux multinationales.

    Inspire-leur un vent de motions de censure
    Et fais botter le cul au premier ministrable.
    Gros-Jean comme devant, la honte leur assure
    Une déculottée des plus administrables.

    Ouvre tes larges fesses et plonge le Sénat
    Au plus profond de toi dans ta chair la plus tendre !
    Après neuf mois passés dans l’étroit mécénat,
    Ils sentiront qu’ils ne perdent rien pour attendre.

    Illustration d’Oskar Garvens.

  • Marianne démaillottée

    Le premier ministre à Mayotte dit avoir mouillé sa chemise
    Hélas ce n’était pas la sienne mais celle de Marianne, hautaine
    Et furieuse qu’on la démaillote et la déshonore, soumise
    Comme une péripatéticienne de la droite républicaine.

    Tandis que l’autre bafouillait de paroles aussi dévastées
    Que l’île nue dont un cyclone a nettoyé ses habitants ;
    Et tandis qu’il en cafouillait, l’ancien ministre décontractée
    Rigolait car c’était un clone borné et incapacitant.

    Un autre vint mener la valse qui agaça les mahorais
    Déçus de s’en aller danser après en avoir déchanté.
    Et avant qu’ils en éprouvassent les conséquences abhorrées,
    Ils se mirent à pas cadencés envers Marianne à chanter :

    « Si le Roi savait ça, Marianne, Marianne, si le Roi savait ça,
    À ta robe de dentelle, tu n’aurais plus jamais droit,
    Marianne, si le roi savait ça. » †

    Tableau d’Ivan Loubennikov
    † extrait de la chanson « Le prisonnier de la tour » par Edith Piaf.