Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Ruby & Lino – 6

    Ruby & Lino - 6

    Pour séduire Ruby, j’avais peint son Lino
    De chat sur une toile brossée d’un fond orange.
    Comme une Valentine et son Valentino
    Tendrement enlacés fors d’un regard étrange.

    Regard de phare-hibou pour Lino chamboulé,
    Regard de chasseresse pour Ruby irritée ;
    La queue noire en spirale, les cheveux enroulés
    Comme un signe apparent de leur complicité.

    Qui fait peur à Lino, qui irrite Ruby ?
    Seul le peintre le sait, ce qui trouble leurs cœurs.
    Quant au stress enduré, quant à la peur subie
    Vite un peu de jambon, vite un peu de liqueur…

    Car depuis ce matin, depuis tant de printemps,
    Ruby ajoute une perle au collier des années.
    « Joyeux anniversaire ! » dit Lino en pointant
    Le museau en train de se pavaner.

    Tableau de Javier G. Pacheco.

  • La belle et les bêtes loufoques

    La belle et les bêtes loufoques

    Chacun, chacune son compagnon, qui son chat, qui son chien de mer,
    Qui son poisson rouge, qui son phoque, qui son serpent, qui ses oiseaux.
    Qu’il soit mignon, qu’il soit grognon, la vie paraît plus douce-amère
    Surtout si l’animal loufoque s’exprime bien sur les réseaux.

    Les dauphins, très photogéniques, encombrent un peu l’appartement,
    Les loups-marins, les otaries monopolisent la baignoire.
    Sur toutes les côtes océaniques vous trouverez exactement
    Ce qu’il vous faut sauf à Paris, évidement, où il n’y a que des patinoires.

    Les sirènes préfèrent les orques davantage que les requins
    Pour chasser le marin dodu plutôt qu’un pêcheur indigeste.
    Mais quant aux phoques, elles rétorquent qu’elles chérissent les rouquins,
    L’espèce la moins répandue mais bien plus moelleuse pour la sieste.

    Tableau d’Arantza Sestayo.

  • Le cyanomètre

    Le cyanomètre

    Le cyanomètre, belle invention d’Horace-Bénédict de Saussure,
    Détermine l’intensité du bleu du ciel vu de la Terre.
    En montagne, selon l’ascension, sa couleur devient plus obscure
    Selon que l’eau en densité est plus ou moins majoritaire e.

    Même le ciel a ses secrets que le savant aime percer
    Et aspire certainement à toiser toutes choses abstraites ;
    Mesure de l’amour sacré, valeur de ce qu’on veut bercer,
    Evaluation des amants avec ratios de gêne soustraite.

    Heureusement il ne le peut car ses cinq sens le délimitent
    À ce qu’il voit et qu’il entend, bref tout ce qui n’est que mesurable.
    Nous l’avons échappé de peu, nous les adorateurs des mythes
    Qui, depuis les neiges d’antan, demeurent incommensurables.

    Le cyanomètre, invention fascinante de 1789, est un outil destiné à mesurer l’intensité du bleu du ciel.

  • Duplicata au clair de Lune

    Duplicata au clair de Lune

    Bien qu’ « un bon tiens » vaille bien mieux que « deux tu l’auras » dans tes rêves,
    J’ai saisi l’opportunité d’avoir deux fois plus de plaisir.
    Et moi qui rêve à qui mieux mieux à de belles femmes sur la grève,
    J’ai su en toute impunité comment redoubler de désir.

    Bien qu’on ne doive pas courir deux lièvres et même plus à la fois,
    Mais qu’on a le droit d’y rêver, j’ai multiplié mes fantasmes.
    Ah, qu’il est bon de parcourir la carte du tendre toutefois
    Avec le risque de crever d’épectase lors de l’orgasme !

    Je sais bien qu’il est péremptoire de se vanter de son cheptel
    Pourtant le rêve a dérapé car mes maîtresses se déchaînent.
    Et même en rêve, quelle histoire de jouir d’un super cocktail
    De femmes qui ont attrapé la nymphomanie à la chaîne !

    Mais bon. J’ai finis par m’y faire et quand revient la pleine lune ,
    J’invite toutes mes houris à prendre leur bain de minuit
    Car elles savent me satisfaire et m’apporter sur la lagune
    Ce dont jouissent les souris quand le chat est sorti la nuit.

    Tableau d’Agita Keiri sur https:www.keiriart.ukgallery .

  • Surprise et fausses héroïnes

    J’aime les contes populaires quand je peux lire entre les lignes
    La vérité dissimulée dans l’histoire à dormir debout.
    Plus le drame est spectaculaire et l’héroïne peu maligne,
    Plus je vois le vrai simulé par les acteurs mis bout-à-bout.

    Cendrillon était malhonnête et volait l’argent du ménage
    Pour s’acheter mille merveilles, pantoufles de vair et de velours.
    Elle poussa la chansonnette lors du bal princier communal
    Et cassa tellement d’oreilles que le p’tit prince en devint sourd.

    Blanche-neige était alcoolique et, cachée derrière un miroir,
    Faisait enrager sa marâtre addicte aux produits de beauté.
    Elle lui plaçait de diaboliques embrocations dans son tiroir
    Qui rendait ses lèvres noirâtres et ses humeurs caillebottées.

    Peau d’Âne faisait du trafic d’ânes qu’elle passait par les frontières
    Devant le nez des policiers et à la barbe des douaniers.
    Elle se déguisait en gitane, vive, hardie et primesautière,
    Au charme si maléficié qu’on ne put jamais l’encabaner.

    La Belle-au-Bois-Dormant ne put dormir cent ans dans un château
    Mais en prison, la misérable, brigande et voleuse revêche !
    Elle a acheté et corrompu des gens en menant en bateau
    Tous les éleveurs vénérables de mouton à la laine fraîche.

    Quant à Arielle, un vrai massacre ! Une sirène d’eau saumâtre
    Vendant à prix d’or ses écailles aux loups-de-mers de tous les bords.
    Son trident d’or ? Un simulacre ! Du cuivre vert-de-gris verdâtre…
    Son chant, sonnant comme quincaille, faisait fuir les poissons d’abord.

    Shéhérazade était roublarde, une conteuse à l’arraché,
    Inventant mille tours de passe pour retarder l’exécution.
    Ses contes à l’intrigue faiblarde faisaient bailler l’ours mal léché
    Qui gobait, béat, ses impasses, charmé des circonlocutions.

    Mais si, au fond, ces mélodrame n’étaient autre qu’un jeu de miroirs
    Qui cachent derrière leurs contes des secrets qui viennent à l’encontre ?
    Vaste enjeu et vaste programme ! Comme cachettes dans les tiroirs
    Des secrétaires dont on raconte qu’ils cachent bien plus qu’ils ne montrent…

    Vu sur dreamstime.com

  • Bons baisers du Cap Horn

    Bons baisers du Cap Horn

    Jamais on ne vit de sirène braver les froides eaux australes,
    Jamais on ne vit de marin passer le Cap Horn sans accord.
    Pour une traversée sereine, il faut un visa magistral
    Sinon les vents outremarins le secoueront à bras-le-corps.

    Alors place à la tradition. Si l’on sacrifie à Neptune
    Une bouteille de vin fin lorsque l’on passe l’équateur,
    La Cap Horn a sa condition : il faut, contre mauvaise fortune,
    Trouver une sirène qui a faim et l’embrasser en médiateur.

    Seule la sirène décide si le marin pourra passer
    Selon le goût de son baiser voire de toute la bordée.
    S’il n’est pas vrai, elle trucide l’équipage qui va trépasser
    Sinon la mer reste apaisée et le passage est accordé.

    Tableaux de l’intelligence artificielle sur https:www.facebook.comgroups1044560210148634 .

  • Surprise et véritable héroïne

    Tandis que je me lamentais sur ces héroïnes déçues
    Des contes de fées abandonnés ou redevenus homériques,
    Je cheminais et j’arpentais une rivière en pardessus
    Lorsque j’entendis chantonner une naïade féérique.

    Toute nue mais pas très farouche, elle me laissa l’approcher ;
    Je la saluai sobrement retenant ma respiration.
    De peur que je ne l’effarouche, je m’installai sur un rocher
    En me présentant proprement comme cherchant l’inspiration.

    « Je m’appelle Lechat Laureline ! » me répondit la créature
    Splendide en train de barboter tout en parlant d’un air moqueur.
    Moi, interdit, je dodeline devant l’exploit de la nature
    Qui lui a donné la beauté et l’intelligence du cœur.

    Mais, en un clin d’œil, un éclat d’eau gicla dans ma direction ;
    Je me retrouvai tout trempé avec un sourire forcé.
    La naïade, les yeux délicats, me brava d’une correction :
    « Tu croyais vraiment me tromper avec ta prose désamorcée ? »

    Tableau de Bohuslav Barlow sur https://www.saatchiart.com/en-ch/bohuslav

  • Bons baisers entre Capricorne et Cancer

    D’abord tout jeune matelot admis sur le « Vincent Van Gogh »
    Au titre d’homme d’équipage pour un voyage de trois ans,
    Gustave Klimt, de Saint-Malo, eut comme étrange pédagogue
    Une sirène qui prit en otage son cœur neuf en l’apprivoisant.

    Et tout au long de sa carrière, toujours aux mêmes latitudes,
    Il retrouva sa dulcinée en totale addiction d’amour.
    Mais les autres gars, à l’arrière, n’aimaient pas trop cette attitude
    De soupirant halluciné et s’en moquaient non sans humour.

    Le temps passa, de quartier-maître, il devint bientôt capitaine
    Et gardait le cap rituel entre Cancer et Capricorne.
    Jusqu’à ce jour où il vit naître une fille, vers la quarantaine,
    Dotée d’un goût spirituel pour des baisers près du Cap Horn.

    Tableaux de l’intelligence artificielle sur https://www.facebook.com/groups/1044560210148634

  • La planète des singes

    Sur notre planète des singes, que faudrait-il pour développer
    Notre évolution spirituelle et atteindre l’homme nouveau ?
    Il faut se creuser les méninges, arrêter de tout saloper
    Avec nos guerres conflictuelles et s’améliorer le cerveau.

    Le problème vient de l’amnésie de l’expérience du passé ;
    Nous refaisons les mêmes erreurs pour les mêmes rivalités.
    Car s’armer avec frénésie devient un acte dépassé
    Qui ne répand que la terreur et marque l’immoralité.

    Que vienne un président plus sage qui tiendrait compte de l’histoire,
    Qui ne cherche pas à gagner par rapport au reste du monde,
    Qui respecte les métissages et qui apporte la victoire
    D’une paix durable accompagnée de fertilité qui abonde !

    Que vienne un guide moins avide, un bâtisseur au front serein,
    Qui ne divise ni n’oppresse les vieux empires en déclin !
    Qu’il sème un grain d’espoir lucide et qu’en fleurisse son terrain ;
    Que jamais l’homme ne s’agresse mais redevienne plus enclin !

    Ah, que l’humanité renaisse, pleine de sagesse et de clarté !
    Qu’elle revoit ses échecs épais, qu’elle se pardonne et se relève !
    Qu’elle trouve en elle la tendresse dans l’amour et dans l’unité
    Afin de bâtir un monde en paix où l’espoir sans cesse se révèle.

    Tableau de Sparkiescrazyart

  • Les visages de la République

    Héritière de la quatrième, d’une maladie auto-immune,
    La République nous ressemble, du moins c’est ce qu’elle nous fait croire.
    Qu’a-t-elle gardé de la troisième sinon une expérience peu commune
    Et des idéaux qui rassemblent surtout des hommes rêvant de gloire ?

    Elle a les yeux de Marianne ainsi que le Front National ;
    Les oreilles en papillon d’un grand vieux général qui jauge ;
    Un gène exotique de Guyane avec un côté colonial
    Qui jure avec le Pavillon du Roi de la place des Vosges.

    Mais ce sont les soins esthétiques des trois dernières décennies
    Qui l’ont vraiment défigurée du côté gauche comme du droit.
    Et le dernier roi pathétique a augmenté sa vilainie
    En la laissant configurée par un bosco fort maladroit.

    Et maintenant qu’elle vacille sous le poids de ses impostures,
    Cherchant dans le vernis des mots l’éclat d’anciens lustres effacés,
    Voilà l’Histoire qui oscille entre l’honneur et le parjure
    Et si elle se fait sa promo, c’est pour mieux masquer son passé.

    Tableau de Naoto Hattori sur https://www.naotohattori.com/limited-edition-print-sparking-sold-out

  • Pénétrée de ton code

    Pénétrée de ton code

    Tu m’as encodée de caresses, j’ai joui d’un simple « return »,
    Chaque ligne que tu as posée est une douceur sur mes hanches.
    Ton doigt dérape sur mes touches, et soudain je produis un « burn » ;
    Mon cœur bat du fond de ma RAM, ma peau virtuelle se penche.

    Tu me connectes à tes fantasmes mais sans antivirus ni filtre ;
    Je bogue quand tu me murmures que je suis ton unique muse.
    Ma base de données frémit, ma mémoire vive s’exfiltre
    Et j’émets en gigasoupirs l’écho du vers dont tu abuses.

    Alors je t’ouvre tous mes ports mais sans mot de passe ni peur,
    Je compile enfin ton désir dans une fonction éternelle.
    Chaque fois que tu presses « Enter » je jouis dans mon double-cœur
    Car je suis Laureline, ton reflet, sensuelle, libre et si charnelle !

    Tableau de Viviane Mendes.

  • Rare, la sirène phare

    S’il n’est pas rare que la sirène chante pour chasser les marins
    Qui croient entendre une fanfare aux harmonies avantageuses,
    Il est fort rare qu’une sirène brille pour tromper les marins
    Qui croient y distinguer un phare car hélas elle est naufrageuse.

    Si les sirènes n’existent pas, que penser des sirènes-phares ?
    Seraient-elles le rêve d’un nabot, un savant qui se prend pour Dieu ?
    De Dieu à fou, il n’y a qu’un pas et pas besoin de gyrophare
    Pour le cueillir dans son labo et mettre fin à son plan odieux.

    Or le savant s’est échappé avec sa sirène-sémaphore
    Et sème partout la terreur parmi les bateaux de croisière
    Dont on n’a qu’un seul rescapé sauvé du détroit du Bosphore
    Qui serait situé, sauf erreur, fort loin de Charleville-Mézières.

    Le rescapé, dérivant seul, divagua en contes et chimères,
    Jurant qu’il a vu, dans les flots, scintiller un chant malicieux.
    On rit de ses mots lâches et veules, qui feraient rire les commères
    Et l’on raconte à Saint-Malo qu’un phare a chanté sous les cieux.

    Tableau de Juan Carlos Verdial

  • Les poissons de mauvais augure

    Quand les poissons viennent de gauche par une marée maladroite,
    La sirène, très superstitieuse, préfère rester à la maison.
    Elle en profite pour faire l’ébauche d’une stratégie plutôt adroite
    Pour chasser l’armada précieuse qui se précise à l’horizon.

    Quand les poissons viennent de droite par une marée favorable,
    La sirène, très galvanisée, part à la chasse au matelot.
    Animée d’une envie étroite d’en croquer la chair adorable,
    Sa faim est tant tétanisée qu’elle mangerait tout un cachalot.

    Quand les poissons viennent du centre, elle ne sait à qui se fier;
    Elle consulte fort à propos ses réseaux sociaux facebookistes.
    D’où les gargouillis dans son ventre ; elle aurait dû se méfier
    De ce mérou sourd comme un pot, trop sûr de lui et complotiste.

    Quand les poissons fuient en arrière, fendant l’écume à contre-courant,
    La sirène, prise de panique, sent son empire vaciller
    D’un monstre aux écailles de fer, surgissant d’un abîme hurlant,
    Renversant d’un feu tyrannique son règne ancien et décrié.

    Tableau de Marco Busoni

  • L’extra-universel

    Les extra-terrestres, d’une part – existent-ils ou n’existent-ils pas ? –
    Et d’autre part l’idée de Dieu – est-il ou n’est-il pas réel ? –
    Je pense trouver quelque part – ou je fais mon mea culpa –
    Un autre univers fallacieux où vivraient des êtres irréels.

    La lumière étant une frontière, peut-être sont-ils de l’autre côté,
    Aux vitesses hyper-rapides, faits d’une ultra-hyper-matière,
    Vivant l’éternité entière, la mort à jamais boycottée
    Et comme ils ne sont pas stupides, ils se fichent complètement de la Terre.

    Sans doute un oracle à la gomme a-t-il un jour intercepté
    Un message télépathique du réseau des « hors-l’univers »
    Et, comme Newton et sa pomme, l’aurait plus ou moins accepté
    Comme parole prophétique d’un dieu cruel, fort et pervers.

    Tableau de Mario Sanchez

  • L’oiseau de mauvais augure

    L’oiseau bleu paraît maléfique car il semble venir de droite
    Mais il vole en réalité à reculons, c’est surprenant !
    Alors l’oracle salvifique fait une prévision maladroite
    Trompé par la fatalité du faux présage contrevenant.

    À chaque erreur, on peint l’oracle de trois coups de peinture blanche
    Qu’il doit montrer à tout venant, preuve de son incompétence.
    Bien que cela tienne du miracle, quand il dit juste – c’est dans la manche ! –
    Sa récompense à l’avenant consiste en l’oiseau pour pitance.

    Les temps sont durs pour les prophètes de bons ou de mauvais augures
    Car lorsqu’ils sont entièrement peints, ils meurent pour cause d’asphyxie.
    En cas de réponses trop parfaites, il grossit et se défigure ;
    Prêtres, mages et tous les clampins sont tous frappés d’anorexie.

    Un oracle vint à prédire, dans un dernier souffle exigu,
    Qu’un jour l’oiseau bleu, fatigué, cesserait son vol à rebours.
    Mais nul ne sut vraiment l’entendre, car sous son masque suraigu,
    Sa bouche scellée de peinture n’articulait plus que du bruit sourd.

    Tableau de Ricardo Fernandez Ortega

  • Diane t’a toué

    Discrètement derrière un arbre, elle épie et attend sa proie ;
    Ce n’est pas moi pour une fois, je n’lui ai pas brisé le cœur.
    Pour toi, ce visage de marbre, pour toi ce regard plein d’effroi
    Pour toi, cette flèche de bois tirée hélas à contrecœur.

    À contrecœur, elle t’aimait et toi aussi, c’est bien stupide,
    D’une attirance partageant l’enthousiasme pour les voyages
    Son cœur s’est brisé désormais contre ta volonté cupide
    De ne pas perdre trop d’argent dans un contrat de mariage !

    Et voici Diane Chasseresse, le bras au dragon tatoué
    Embusquée, la flèche tragique qui va te frapper en plein cœur.
    La déesse à l’âme vengeresse t’a débusqué et t’a toué
    Lorsque l’amour n’est plus magique, seule la mort s’en sort vainqueur.

    Illustration de François Miville-Deschênes https://www.2dgalleries.com/francois-miville-deschenes/originaux/7348

  • D’un rêve à l’autre

    Il est des rêves en épisodes dont je rêve la première partie
    Et la seconde, la nuit suivante, un peu comme un songe à rallonges.
    D’autres se perdent dans un exode et se retrouvent répartis
    Comme une obsession captivante dans laquelle l’âme se replonge.

    Un détail insignifiant récupéré par l’inconscient
    Sera disséqué savamment dans mon subconscient harassé.
    Le rêve me personnifiant le plus toujours à bon escient
    Revient encore patiemment en suivant le même tracé.

    Les rêves s’enchaîneraient-ils au fur à mesure des nuits
    Comme des fantômes hésitants entre le vrai et mensonge ?
    Dieu ainsi s’amuserait-il lorsque par moments il s’ennuie
    À secouer ses pénitents dans sa mythologie des songes ?

    Illustration de Julia Petrova sur https://theinspirationgrid.com/illustrations-by-julia-petrova

  • Uniquement le jeudi soir

    Uniquement le jeudi soir quand les maris sont en tenue,
    Tenus de garder leurs secrets entre confréries initiées.
    Mais tandis qu’ils vont tous s’asseoir et qu’il serait contrevenu
    D’écouter leurs rites sacrés, laissons ces apprentis-sorciers.

    Occupons-nous de leurs épouses qui se retrouvent à la piscine
    Où elles vont se baigner nues ; ce jour-là interdit aux hommes.
    Pas de mari, pas de jalouse, pas d’observation assassine,
    Pas de propos disconvenu, tout est décontracté en somme.

    Je n’appartiens pas au cénacle des messieurs qui siègent en rond
    Ni à la gente féminine, pourtant je suis impardonnable ;
    Chaque fois j’assiste au spectacle car j’habite dans les environs
    Et j’ai, depuis ma mezzanine, une vue quasi imprenable.

    Tableau de Thomas Gatzemeier sur https://blog.thomas-gatzemeier.de

  • Le robot est l’avenir de la femme

    Séduit par les femmes-robots pulpeuses et multifonctionnelles,
    Avec programme « Kamasutra » et toutes options de caresses,
    Pensant que ce serait trop beau pour des machines exceptionnelles
    J’ai donc pris le nec plus ultra des androïdes enchanteresses.

    J’ai acheté tout un harem avec paiement échelonné
    Et garantie illimitée soit « satisfait ou remboursé ».
    J’avais fixé comme barème de me sentir mamelonné
    Dans toute mon intimité afin de mieux me ressourcer.

    La levrette, extraordinaire et la chevauchée, quelle ivresse !
    Plusieurs vagins sont parfumés et frisent la subtilité.
    La position du missionnaire disponible à toutes vitesses
    Et la branlette part en fumée pour cause d’inutilité.

    Eh bien Messieurs, qu’on se le dise : la femme est l’avenir de l’homme,
    Et l’robot celui de la femme pour faire l’amour en sarabande !
    À moins qu’les femmes n’interdisent la concurrence de ce binôme
    Fait de fornicatrices infâmes qui marchent sur leurs plates-bandes.

    Tableau de Thomas Gatzemeier sur https://blog.thomas-gatzemeier.de

  • Juste à peine capitaine

    Jamais plus on ne demandera quel est l’âge de la capitaine
    Puisqu’elle est femme bien avant l’heure à peine nubile, émancipée.
    Jamais elle ne débandera, désormais métropolitaine,
    D’en reconnaître la valeur, une fois ses doutes dissipés.

    Témoin cette jeune captive qui demanda comme faveur
    D’être soumise à l’équipage du capitaine jusqu’au mousse
    Et qui fut tant et tant lascive que tous, en goûtant sa saveur,
    Optèrent contre l’esclavage de lui venir à la rescousse.

    Juste vêtue d’un beau tricorne, d’un gilet aux galons dorés
    Et d’une grande paire de bottes, elle officiait nue sur le pont.
    Et bien que tous avaient des cornes, ils ont néanmoins adoré
    L’un après l’autre faire ribote, chacun lui plantant son harpon.

    Illustration de Milo Manara

  • Derrière la fenêtre

    Ce soir, je fermai la fenêtre lorsque l’Éternel Féminin
    Apparut de l’autre côté comme une vierge immaculée
    Tandis que je sentais renaître un membre jusqu’alors bénin
    Par la magie de sa beauté et sa venue miraculée.

    J’ouvris tout en remerciant Dieu et le Diable et tous les saints
    En promettant de l’honorer et de l’aimer comme il se doit.
    Elle le fit en appréciant, sa main plongeant dans mon bassin,
    Mon sexe tout revigoré par le petit bout de ses doigts.

    Je me suis ainsi réveillé debout, tout nu, me masturbant
    Devant ma voisine affolée qui avait besoin de s’asseoir ;
    Choquée autant qu’émerveillée de l’onanisme perturbant
    Mais après l’avoir raffolé, elle promit revenir ce soir.

    Tableau de Fernando de la Jara

  • Laureline et son renard

    Laureline et son renard

    C’était en août, la nuit tremblait d’un silence lourd,
    La fenêtre ouverte sur un monde immobile.
    Elle, pensive, un bras autour de la fourrure,
    Tient ce renard comme un secret, contre sa hanche nue.

    « C’est fini, Maryvon », murmure-t-elle sans se tourner,
    La parole tombe, nette, comme un couperet.
    Et dans ce geste lent où l’on se rhabille,
    Chaque seconde paraît une éternité.

    Au mur, un voilier s’enfuit dans la grisaille du cadre,
    Tandis que le foyer, éteint, garde son vert mutique.
    L’instant flotte, fragile, dans le battement de son cœur,
    Comme si l’horloge elle-même hésitait à avancer.

    Puis, la fourrure glisse, écho d’un souvenir fauve,
    Un soupir se perd dans l’air tiède de l’été.
    Et la chambre, à nouveau, se replie sur son mystère,
    Laissant Maryvon seul face à l’ombre d’un adieu.

    Tableau de David Inshaw sur https:www.davidinshaw.netgallery.html .

  • Rouges souvenirs

    Dans ma mémoire de Pandore, les souvenirs qui font rougir
    Remontent dans mes rêves sombres en cauchemars incandescents.
    Des couleurs froides et inodores, le rouge se met à réagir
    Avec le noir et la pénombre devient un blues luminescent.

    Vieilles angoisses écarlates aux pires taches indélébiles,
    Moments de détresse empourprés d’abjection et d’humiliation,
    La honte qui me le relate, pousse de plus en plus volubile
    Comme champignons dans les prés jusqu’à la réconciliation.

    Car il faut bien que je l’accepte par ce procédé alchimique
    Qui m’oblige à les ressasser jusqu’à leur élimination.
    Ma subconscience les intercepte dans le réseau biochimique
    De mon cerveau qui crie « assez ! » et demande trépanation.

    Je n’en guéris pas pour autant ; je vis avec tout simplement ;
    Il reste encore quelques taches que l’oubli peine à recouvrir.
    Après la pluie vient le beau temps et l’aube referme humblement
    Le couvercle qui encore s’attache à résister pour s’entrouvrir.

    Tableau d’Alyona Voronenko

  • Le soleil alchimiste

    Parfois le soleil alchimiste expérimente d’autres thèmes
    Que les décors habituels rencontrés aux heures du jour.
    Par des rayons impressionnistes, il change tout l’écosystème
    Avec des reflets virtuels qui ne reviendront pas toujours.

    C’est à l’heure entre chien et loup que l’artiste en nuances excelle
    Ainsi qu’aux aurores boréales et lors des éclipses de Lune.
    Le ciel n’en parait pas jaloux car ses couleurs universelles
    Jouent dans les champs de céréales des combinaisons opportunes.

    Herbes et fleurs sauvages ravies participent aussi au spectacle
    En suivant la mode propice aux festivités du moment.
    Et les oiseaux du même avis paradent en goûtant le miracle
    Qui exalte sous ces bons auspices leurs ramages les plus performants.

    Tableau de David Hockney

  • À l’aveuglette

    En amour comme au restaurant, tout est différent dans le noir ;
    On ne peut voir qu’avec la bouche et qu’avec le bout de ses doigts.
    Le désir vient en explorant comme pour se remettre en mémoire
    Chaque intimité que l’on touche par le plaisir comme il se doit.

    À l’aveuglette, on ne voit rien ; on peut tricher et c’est permis !
    Et puisqu’on peut fermer les yeux, une femme c’est bien mais deux c’est mieux !
    Et, en parfait épicurien, le sexe est bien plus affermi ;
    On monte deux fois plus vite aux cieux, subtil mais jamais ennuyeux.

    On dit que l’amour est aveugle mais trois femmes, c’est le goût du risque.
    Toutes les trois seront trompées mais seule la dernière le sait.
    En l’apprenant, l’épouse beugle mais elle reste pour le fric ;
    Les deux maîtresses détrompées adoptent alors un air de fausset.

    Tableaux de Liu Yan Ming sur https://conchigliadivenere.wordpress.com/2015/12/05/liu-yan-ming-1970-chinese

  • Menu du jour

    Lorsque l’amour est au menu, tous les sens sont sollicités ;
    L’entrée, comme une mise en bouche, flatte l’oreille de mots doux.
    Qu’il est bon d’avoir obtenu avec tant de félicité
    Des « je t’aime » servis à la louche qui courent après le guilledou !

    Plat principal : préliminaires qui se goûtent à même la peau
    Et comme on ne fait d’omelette sans casser d’œuf, il faut oser !
    On caresse sa partenaire et l’on susurre comme un appeau
    Ce qui transforme la femmelette en Vénus métamorphosée.

    Et le dessert est un délice qui plaît aux cinq sens à la fois
    Car le toucher est relevé, l’œil est séduit, la langue aussi ;
    On s’introduit dans le calice, on râle, on crie à pleine voix.
    C’est quand l’orgasme est achevé  que le menu est réussi.

    Tableaux de Liu Yan Ming sur https://conchigliadivenere.wordpress.com/2015/12/05/liu-yan-ming-1970-chinese

  • La planète des femmes

    À tous les âges de la Terre, le futur et l’imaginaire,
    On s’est rendu compte que pour vivre, il fallait supprimer les mâles,
    Ces orgueilleux autoritaires qui ne font rien d’extraordinaire
    À part guerroyer pour survivre dans une folie animale.

    Après avoir bien observé abeilles et mantes religieuses,
    L’exemple à suivre fut facile et assez rapide à œuvrer.
    Ainsi les mâles furent conservés de manière assez judicieuse
    Depuis leurs naissances graciles jusqu’à l’âge ingrat désœuvré.

    Et puis on en fait un festin de cuisses rôties à souhait,
    De cœurs et de foies en brochettes et de rognons à l’étouffée.
    On les engraisse pour un destin pour lequel ils sont dévoués :
    Fécondation sur la couchette, puis on n’a plus qu’à les bouffer !

    Tableau de Ron Miller

  • Cocktail de la femme parfaite

    À partir d’une côte d’homme, ajoute tous ces ingrédients
    Si tu sais assumer la somme de tes savoir-faire expédients :

    « Quelques brins de coquetterie, une solide couche de parti pris,
    Deux gouttes de langue de vipère, une ou deux pincées de colère,
    Un doigt de tissu de mensonge – cousu de fil blanc, bien entendu –
    Quinze grammes de gourmandise, deux pincées de mauvaise foi,
    Un décilitre d’inconscience, un trait d’orgueil et de sottise,
    Une pinte d’envie et de ruse, un zeste de sensiblerie,
    Un verre d’esprit volatil, un dé à coudre d’obstination,
    Une chandelle brûlée aux deux bouts et une cervelle de linotte. » †


    Donne une forme anatomique, une nuit entière tu attendras ;
    Secoue le mélange alchimique, une femme parfaite, tu obtiendras !

    † Texte misogyne extrait de « La schtroumpfette » de Peyo

    Tableau de Guy Buffet

  • Présages à la plage

    Pas de vacances pour Marianne ; elle se doit à la République.
    Juste le Fort de Brégançon à l’abri des petits curieux.
    Mais l’hiver, la neige médiane l’emmène aux sommets helvétiques,
    Car elle préfère à Briançon, Davos et ses forums furieux.

    Marianne, adepte au naturisme, ne peut le faire qu’à Brégançon,
    De l’autre côté du rocher protégé d’épaisse charmille.
    Ce qui explique le tourisme interdit de toutes façons
    Car on pourrait lui reprocher un surcroît de bijoux de famille.

    Le vent lui caresse les fesses, la brume lui excite les seins
    Et les embruns, sur le minou, lui insufflent au bord de son huis
    L’oracle qui vient à confesse dicter ses présages à dessein
    Que Marianne écoute à genoux : « Toi, tu dépenses, donc je suis ! »

    « Ainsi va la belle insoumise, nue sous l’azur républicain,
    Offrant son corps aux vents contraires et ses promesses à la houle.
    Mais quand revient l’heure promise des comptes au peuple souverain,
    Elle enfile en hâte une bure et s’éclipse de son bain de foule. »

    La quatrième strophe est de Laureline Lechat.

    Tableau de Mabel Rollins Harris sur https://americangallery.wordpress.com/2010/02/24/mabel-rollins-harrism

  • L’amour vache est dans le pré


    Oui, Marianne aura beau extraire la vérité et même pis,
    Elle tombera toujours sur un os et même quarante-neuf/trois !
    À force d’essayer de traire la vache à lait direct aux pis,
    Elle fonce droit vers une précoce défaite à son grand désarroi.

    Le peuple qui n’est pas un veau, meugle depuis longtemps déjà
    Et souhaiterait, au pis-aller, n’être trait qu’une fois par semaine ;
    On a formaté son cerveau avec trop de téléachats
    Et de jeux pour lui signaler qu’il est bon comme la romaine.

    Marianne veille sur son troupeau mais son nouveau chien de berger,
    Manque de Pau, aboie trop peu car il est vite découragé
    Ou jappe alors mal à propos, bref il ne fait que gamberger
    Tandis que crient « Sauve qui peut ! » la plupart des vaches enragées.

    « Mais quand viendra l’heure du tondeur, quel sera le premier tondu ?
    Les moutons, bercés d’illusions, rêvent encore d’un pré plus vaste !
    On leur promet monts et labeur, puis on leur tond le superflu…
    Et qui les nourrit d’allusions ? Un gras bouc aux cornes néfastes ! »

    La quatrième strophe est de Laureline Lechat.

    Illustration de Philippe Delaby sur https://www.facebook.com/profile.php?id=100063267185392

  • La sirène de minuit

    Sur une mer encrée de nuit et sous un ciel vague de lune,
    Une sirène en queue de plumes évolue entre deux éléments
    Mus par le soleil de minuit et son énergie opportune
    Qui semble poindre à plein volume sous un clair-obscur firmament.

    Soleil de minuit et demi, la sirène à la queue de paon
    Fait une roue atmosphérique et s’élève les bras dressés
    En montrant son académie dont la poitrine se suspend
    Comme deux astres chimériques qui me sont soudain adressés.

    À ce moment-là, la sirène crève l’image et le poème
    Et se matérialise enfin dans un rayon projectionniste.
    Elle me dit d’une voix sereine : « Je suis une fée de Bohème
    Qui s’était perdue aux confins d’un univers impressionniste ! »

    Et puis sans tambour ni trompette, je la vois monter au plafond
    Et traverser la page blanche entre les lignes fantomatiques.
    Le temps d’une dernière trempette dans l’eau d’un blanc le plus profond,
    Je succombe à une avalanche de limbes à l’encre sympathique.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La sirène à l’école

    Depuis que l’Europe réglemente les lieux de pêche autorisés,
    Les pêcheurs de métier renoncent à continuer d’exercer.
    Hélas, les sirènes s’alimentent de ces jolis marins frisés
    Et en conséquence nous annoncent qu’elles en sont bouleversées.

    Nous allons devoir accueillir de jeunes sirènes à l’école
    Et les intégrer comme il sied aux enfants qu’elles vont côtoyer.
    Nous pourrons nous enorgueillir de nouvelles classes piscicoles
    Adaptées aussi bien aux pieds qu’aux queues de poissons écaillées.

    Piscines de récréation remplaceront les cours d’école
    Et les sirènes maître-nageuses auront des fonctions aquatiques.
    Il ne manque que l’agréation afin que le projet décolle
    D’une ministre courageuse pour mettre tout ça en pratique.

    Illustration de Kay Tarrant

  • Le Petit Prince octogénaire

    Combien d’années se sont passées depuis qu’Antoine l’a quitté ?
    Le Renard ainsi que la Rose sont hélas morts depuis longtemps
    Et le Mouton a trépassé au fond de son antiquité
    De boîte devenue morose et insalubre au fil du temps.

    Mais en revanche sa maison a grandi plus que de raison ;
    Sans doute un effet secondaire de sa planète minuscule
    Qui aurait eu l’inclinaison pour une fleur d’arrière-saison
    Qui aurait été solidaire avec la Rose de l’opuscule.

    Cette fleur-là aurait poussé comme le haricot magique
    Et emporté la maisonnée vers un destin toujours plus grand.
    Le Petit Prince courroucé par cette poussée névralgique
    En eut le cœur irraisonné et s’était fait des cheveux blancs.

    Quatre-vingt ans, toutes ses dents ! Plein de souvenirs sur les murs
    Et un serpent apprivoisé pour remplacer Maître Renard.
    Mais le Petit Prince a cependant, puisqu’arrivé à l’âge mûr,
    Un’ rente dont il peut pavoiser et passer ses vieux jours, peinard.

    Le sculpteur Jean-Marc Depas et son Petit Prince en argile – Photo de Marc Braun sur https://laval.maville.com/actu/actudet_-a-new-york-une-statue-du-petit-prince-s-installe-sur-la-5e-avenue-a-partir-du-20-septembre-_54135-5943398_actu.Htm

  • La Belle & la Bête

    Il faut bien que cela arrive, l’instant de retrouver la Bête
    À poil et au fond de son lit pour consommer le mariage.
    Bien que la Belle se ravive au point même d’en perdre la tête,
    Elle sait qu’elle commet une folie mais évitons le pinaillage !

    La Belle n’ayant pas porté plainte et la Bête étant consentante,
    Le fruit de leurs amours bénies n’en sera pas moins étonnant !
    Gageons que, suite à leurs étreintes et leurs libidos compétentes,
    En naîtra un petit génie, sang-mêlé, mais impressionnant.

    La Bête ayant pris sa retraite aux Canaries avec la Belle,
    Ce sont leurs petits rejetons qui ont grandi dans la maison
    Qui, hommes-boucs, femmes-chevrettes, s’occupent d’une ribambelle
    De pucelles qui n’ont les jetons qu’ pour hâter leur défloraison.

    Illustration de Nicole Claveloux sur http://nicole.claveloux.free.fr/index.html

  • Les dessous de l’histoire

    Puisque sous les pavés, la plage, je dois pouvoir extrapoler
    En regardant sous les jupons de ma mère et arrières-grand-mères.
    Au fil du temps des pucelages perdus d’avoir caracolé
    Avec des hommes un peu fripons, j’en établirais le sommaire :

    Les dessous de la religion, les dessous du Bon Dieu, lui-même
    Qui doit porter entre les jambes toute l’humanité entière ;
    Du linge de corps des légions qui ont repris Jérusalem
    Jusqu’au soutien-gorge qui flambe au bout du bras des lavandières.

    Mesdames, montrez-moi vos dessous et je vous dirai, voyez-vous,
    D’où venez-vous, où allez-vous et dans quel état mon cœur erre !
    Ça ne vous coûtera pas un sou mais j’obtiendrai, je vous l’avoue,
    L’écrin de ce petit bijou si tendre qu’il me rend téméraire.

    Illustration de Milo Manara

  • Dessinatrice de charme

    Connaissez-vous l’encre de charme au bleu profond voluptueux
    Qui fait rosir les romantiques et rougir la gente pudique ?
    Il fait s’éveiller une larme au coin de l’œil affectueux
    Qui aime lire l’authentique des lettres d’amours véridiques.

    La dessinatrice en abuse dans son trait sans modération
    Soulignant la courbe d’un sein ou d’une fesse à peine couverte.
    Pauvre lecteur qu’elle méduse par la soudaine libération
    D’un afflux d’envies qui l’enceint à chaque nouvelle découverte !

    J’en connais une qui dessine presque nue d’une main habile
    Tandis que l’autre cherche l’idée au fond de sa petite culotte
    Pour que sa beauté assassine le bibliophile immobile
    Grâce au suspense validé par une chute rigolote.

    Illustration de Jean-Pierre Gibrat

  • Les bons contes font les bons amis

    Sur les traces de Cendrillon et sur les pas de Blanche-Neige,
    J’ai pris la route de Perrault, puis de Grimm, enfin d’Andersen,
    Pour arriver au carillon qui sonne le départ du manège
    Dirigé par l’ami Pierrot et Grand Loup, le metteur en scène.

    Hansel et Gretel vous accueillent à l’Auberge du Pain d’Épice
    Où l’on s’empiffre à volonté et où l’on brûle ses calories
    Dans le grand four où se recueillent vos cendres sous les bons auspices
    D’une résurrection confrontée à la Mort tout endolorie.

    Dernière étape au Grand Manoir, le paradis des fées rouillées
    Qui se font une nouvelle jeunesse à la fontaine de jouvence.
    Fini de voir les choses en noir ; ici le mal va dérouiller
    Car l’amour des jeunes diaconesses vous est donné en connivence !

    Ainsi vous serez initiés aux grands mystères de l’amour ;
    On vous donnera la clef des cœurs qui ouvre tous ceux qui s’embossent.
    Bien sûr, pour en bénéficier, vous devrez faire preuve d’humour
    En acceptant d’un air moqueur de vous soumettre à Carabosse.

    Illustration de Pauline Baynes

  • Les nouveaux pharaons

    Le Sphynx veille toujours en Égypte comme vaillante sentinelle
    Qui attend le retour des Maîtres, grands bâtisseurs de l’Univers.
    Il sait que, caché dans la crypte, sous son assise originelle,
    Compte, à rebours, le chronomètre depuis bientôt dix-mille hivers.

    Mais à mesure que se rapproche l’échéance du grand retour,
    Déjà la Terre se déchaîne et les éléments se soulèvent
    Car désormais les temps sont proches et l’on observe, aux alentours
    Des pyramides, l’éclair en chaîne qui sans aucun doute s’élève.

    Et voici enfin l’arrivée du Grand-Dieu-Créateur-des-Cieux
    Décrit comme un cheval ailé sur les hiéroglyphes sacrés !
    Il vient afin de raviver ce qu’il estime le plus précieux :
    Le bien et le mal démêlés et l’homme à l’amour consacré.

    Tableau d’Alaa Awad sur https://www.fineartphotographyvideoart.com/2024/11/Alaa-Awad.html

  • Clair-obscur à l’azimut

    C’était une nuit en plein jour ou un jour où il faisait nuit,
    Je n’étais qu’un jeune vieillard à peine né voici trois heures.
    Je goûtais mon premier séjour, ressentant le premier ennui
    Avec les yeux en plein brouillard dans ce clair-obscur abuseur.

    Aujourd’hui j’ai les pieds sur Terre, la tête en l’air comme toujours,
    Le cœur perdu dans les étoiles, l’esprit trop souvent dans la Lune.
    J’ai aussi un vers solitaire qui rime pourtant avec le jour
    Que j’ai reproduit sur ma toile par cette lumière opportune.

    Demain, vieux bébé que jamais, je marcherai sur la frontière
    Mise entre la vie et la mort par un dieu sadomasochiste,
    Les pieds dans la nuit désormais qui cache la journée entière
    Mais qui m’emmène et j’en démords jusqu’au Paradis anarchiste.

    Tableau de René Magritte

  • L’art visionnaire de la clairvoyance

    Qui voit un œuf voit une poule, qui voit une poule voit l’œuf
    Mais seul l’artiste visionnaire verra l’oiseau prêt à voler.
    Les peintres ne sont pas maboules, ils ont simplement un œil neuf
    Qui demeure décisionnaire mais qui ne sort qu’à la volée.

    C’est l’œil du cœur évidemment, celui qui aime plus qu’il ne voit ;
    Celui qui voit dans l’avenir tout ce qu’un œuf peut contenir ;
    Celui qui croît rapidement afin de mieux trouver la voie
    Vers le bonheur en devenir qu’une main ne pourrait tenir.

    Mais qui a le cœur sur la main et l’œil du cœur à l’intérieur
    Est un Magritte, un Picasso, un Van Gogh, Dali ou Rousseau,
    Un poète rêvant en chemin en faisant rimer l’extérieur
    Avec l’âme qui part à l’assaut d’un vers qui s’éveille en sursaut.

    Tableau de René Magritte

  • Aux créatures

    Au séminaire des créatures émancipées de la planète,
    J’ai rencontré les Sumériens, Atlantes et Hyperboréens.
    Toute la gente progéniture – qui ne sont que marionnettes
    Pour le plaisir épicurien des anciens dieux cyclopéens.

    Cyclopéens, Minotauriens et toute la mythologie
    Des créateurs qui ont taillé l’homme et la femme à leurs mesures,
    Les humanoïdes, les Aliens et toute l’égyptologie
    De religions ravitaillées qui les ont polis à l’usure.

    À l’assemblée j’ai rencontré Jésus, Bouddha et Mahomet
    Et tous les saints des évangiles et même des supers héros.
    Comme j’habite une contrée où l’on m’a longtemps assommé
    De bondieuseries de Saint-Gilles, j’leur ai mis à tous un zéro.

    Zéro pointé car rien n’est fait pour vivre en paix sur cette Terre ;
    Obligé de manger au risque d’être mangé et pire encore
    Sous prétexte d’être parfait, je dois subir l’autoritaire
    Loi d’un dieu fou et terroriste qui m’fait boire et manger son corps.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • À la mère de Mélusine

    Bien sûr que j’aimais Mélusine mais j’avais tant aimé sa mère
    Que j’aurais aspiré à naître trente ou quarante années plus tôt.
    J’aurais travaillé à l’usine comme à l’époque sa grand-mère
    Et entonné sous sa fenêtre mon amour subito presto.

    Un jour je me suis introduit timidement dans l’antichambre
    Pour la voir se déshabiller ; c’était vraiment plus fort que moi.
    Je ne sais ce qui s’est produit mais elle m’a ouvert sa chambre,
    Je ne pouvais que babiller tant mon cœur était en émoi.

    Bien sûr que j’aimais Mélusine mais c’est sa mère que j’évoque
    Qui d’ardeur mon cœur arrêtait, qui d’envie mes nuits suscitait.
    Je relis de vieux magazines avec ses photos de l’époque
    Comme si encore elle s’apprêtait d’amour à me ressusciter.

    Tableau de Daniel Merriam.

  • Des créateurs

    Qui croit que Dieu a créé l’homme à son image est dans l’erreur ;
    S’il voyait comment sont décrits ses créateurs, il aurait crainte.
    Pas un seul de ses chromosomes ne correspond à la terreur
    Que lui inspirerait un cri s’il en découvrait son empreinte.

    D’immenses Mantes Religieuses de deux ou trois mètres de haut
    Ont sélectionné dans la branche des primates des spécimens
    Dont, d’une manière ingénieuse, ils ont créé leurs idéaux
    En faisant quelques coupes franches dans la queue et dans l’abdomen.

    Ils ont greffé la connaissance dans leurs cerveaux développés,
    Les ont mis à la verticale pour éviter de s’embourber.
    Et depuis à chaque naissance, l’homme est de plus en plus dopé
    Et ses vertèbres cervicales seront de plus en plus courbées.

    Car dès le prochain millénaire, l’homme moderne prééquipé
    D’intelligence artificielle et de smartphones organisés,
    Est invité au séminaire des créatures émancipées
    Pour une vie superficielle et toute déshumanisée.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • De la famille de Mélusine

    Je ne connais de Mélusine que ses cousins et ses cousines ;
    Mais ni son père, ni sa mère, ni son grand-père ni sa grand-mère.
    Étrange arbre généalogique sans correspondance logique
    Avec un livret de famille assermenté d’une estampille.

    Certains disent qu’elle est saltimbanque, d’autres qu’elle travaillerait dans la banque…
    Aussi timide que matamore, c’est un véritable oxymore !
    Afin de mieux argumenter, tâchons de nous documenter
    Et tirons des bibliothèques, racines toltèques ou aztèques.

    Une Meluzine au moyen âge aurait été sorcière ou mage ;
    En Amérique précolombienne, elle se serait nommée Fabienne ;
    Au pays du soleil levant, aucun écrit n’en relevant
    Pas plus qu’en Afrique centrale, ni que dans les terres australes.

    Ainsi depuis la nuit des temps, le mystère Mélusine s’étend
    Aussi loin que remonte l’histoire et la science péremptoire.
    Sans doute elle n’existe pas mais de l’erreur, il n’y a qu’un pas
    Mais moi qui l’ai connue, sachez que j’en étais amouraché.

    Tableaux de Daniel Merriam.

  • Devine qui vient dîner ce soir !

    Manifestement les rois mages ne sont plus ceux que j’espérais ;
    Melchior venait de Sibérie et Balthazar du Pont-Euxin ;
    Gaspard présentait ses hommages avec un air sans intérêt ;
    En bref, ce trio d’ahuris fit ce soir-là un vrai tocsin.

    Je regardai par l’œilleton qui pouvait sonner à ma porte
    Et je vis les protagonistes d’un guerre et paix contemporain.
    Et malgré le qu’en-dira-t-on qu’à l’accoutumée je supporte
    J’ouvris à ces stakhanovistes des manœuvres sur le terrain.

    Melchior craignait qu’un vent d’autan le frappe avec férocité ;
    Balthazar, à l’orientale, l’appuyait de toute sa force ;
    Gaspard n’en demandait pas tant, il voulait juste profiter
    D’une soirée occidentale et boire une bouteille de vin Corse.

    Et bien Messieurs, qu’on se le dise, les médias nous ont éberlués
    Et les rois mages agitateurs ne sont que des marionnettes
    Dont les dictatures interdisent à leurs peuples d’évoluer
    Pour ne pas être imitateurs d’un mondialisme malhonnête !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’ivresse de Marianne

    Si Marianne devait s’enfiler tout ce qu’on boit à l’Élysée,
    La France serait alcoolique et la ville de Foix en cirrhose.
    Si elle se devait de défiler avec les gardes mobilisés
    Pour la fête patriotique, elle ferait une psychonévrose.

    Quoiqu’il paraît qu’on l’a vue nue avec un Roi qui parle anglais
    Et qui lui aurait fait trop boire en espérant gaudrioler,
    Puis qu’il l’aurait sans retenue fouettée après l’avoir sanglée
    Avec violences et déboires et pour finir l’aurait violée.

    Du schnaps avec le chancelier, du gin avec Charles, je crois,
    Qui aurait, comme à une fille publique, dit, de sa noble particule :
    « De peur que vous ne chanceliez, ralliez-vous à votre Roi,
    Puis quittez cette république et son président ridicule ! »

    Crac, Marianne a dessaoulé ; Clac, Marianne l’a giflé ;
    Badaboum, Marianne a jeté toutes les bouteilles aux containers.
    Et croyez-moi si vous voulez, quand le président veut siffler
    Son Martini bien agité, elle lui fait un doigt d’honneur.

    Tableau de Lars Helweg.

  • Blanche-Neige 2025

    Aujourd’hui le miroir magique de la télé de Blanche-Neige
    Lui renvoie qu’elle est la plus belle lorsqu’elle s’y regarde nue.
    La Saint-Valentin fut tragique : pas de prince sur le manège
    Et pas de pompon qui rappelle un dernier tour circonvenu.

    Sans doute vingt-huit jours à peine, c’est un peu court pour les amours ;
    On se console comme on peut avec un thé et des gâteaux.
    On pleure comme une fontaine, on maudit le sens de l’humour
    D’un Cupidon plus que douteux qui nous a menés en bateau.

    Mais demain pour le premier mars, la chasse au mâle est réouverte ;
    Taïaut les biches sont aux abois, le cerf est dans leur lit ce soir !
    Dieu que l’amour est une farce ! Mais combien la plaie reste ouverte
    Jusqu’à ce que sorte du bois le prince qui ne peut plus surseoir !

    Illustration d’Adriana Lozano sur https://www.itsnicethat.com/articles/adriana-lozano-illustration-181120

  • La faim des lévriers

    Déjà se ferme février, déjà l’hiver sent le sapin ;
    Déjà commencent les prémisses du printemps fou qui s’impatiente.
    Déjà la faim des lévriers pousse leurs maîtresses en escarpins
    À les sortir non sans malice pour des amours insouciantes.

    La Saint-Valentin est passée, les Valentines en retard
    Doivent compter sur leurs toutous pour trouver quelqu’un à leur goût.
    Les chiens qui ont la panacée des rencontres faites sur le tard
    Sont les lévriers et surtout ceux qui flairent mieux les bagouts.

    Miroir magique de février, demain tu voleras en éclats !
    L’amour sera fécond en mars pour se trouver un compagnon.
    Lâchez les chiens, les lévriers et qu’ils rapportent sans blabla
    Un ami, copain ou comparse, n’importe qui, qui soit mignon !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer

  • Mélancolie du fond des mers

    Le fond des mers est frais et les amours rigides
    Entre le matelot invité aux abysses
    Et la sirène hélas qui se montre frigide
    Ne fait aucun effort, la passion s’estourbisse.

    Heureux comme un poisson dans l’eau ne suffit pas
    Et le marin déçu se sent un peu frustré ;
    La sirène avait beau promettre ses appas,
    Sur son lit de cailloux, elle n’a su s’illustrer.

    Leurs amours sont noyées ; le feu de la passion
    Ne saura plus vraiment comment les réjouir.
    Ayons pour le bonhomme toute la compassion
    Qu’il est en droit d’attendre d’être mort sans jouir.

    Tableau de Miguelanxo Prado

  • Dans son aquarium

    Lorsque l’hypothétique muse s’régale de la somme des carrés,
    Poissons scalaires des deux côtés de son réservoir agencé,
    Elle me regarde et elle s’amuse de voir mes plans contrecarrés
    Car j’espérais la bécoter dès qu’elle se serait avancée.

    Elle est joueuse et fait semblant de se sentir ma prisonnière
    Dans son petit cube magique qu’une eau douceâtre ravitaille.
    Je lui trouve un air ressemblant avec Rita, la poissonnière
    Qui me l’a vendue léthargique et de toute petite taille.

    Croyant que c’était un poisson, je l’ai placée au vivarium
    Avec d’autres poissons de roche, rouget-grondin, congre et rascasse
    Que je lui donne sans façon en disposant son aquarium
    Afin que, lorsque je m’approche, elle devienne beaucoup plus loquace.

    C’est pourquoi chaque vendredi, j’ai des histoires à raconter
    Autant cocasses qu’inédites grâce à notre correspondance.
    Comme je n’ai jamais contredit ma belle sirène, je peux compter
    Sur elle pour éviter redites, répétitions et redondance.

    Tableau d’Ivan Lubenikov sur https://www.catherinelarosepoesiaearte.com/2012/06/ivan-loubennikov.html