Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Le jeu des sept oies

    Le jeu des sept oies

    Sept oies multipliées par neuf équivalent à soixante-trois ;
    Après il faudra reculer ou disparaître à l’horizon.
    Comme « qui vole un œuf vole un bœuf », avec des quarante-neuftrois
    Nous y serons tous acculés ou nous finirons en prison.

    Au pas de l’oie, le dé lancé, nous iront où l’on nous dira
    À bord de voitures électriques bien que nous les abominions
    Car le Roi de France élancé, comme il est, nous interdira
    Par ses ministres égocentriques de forger nos propres opinions.

    Comme il existe des raccourcis et que certains sont pistonnés,
    Nous verrons pleins de promotions attribuées aux lèches-culs.
    Il ne manque qu’Abraracourcix pour nous aider à entonner
    La Marseillaise dont l’émotion nous a plus ou moins convaincus.

    Tableau d’Alicja Kocurek.

  • La future génération

    En raison de la parité, les filles naîtront dans les choux
    Et l’on conservera les roses hors de la portée des enfants.
    Ah, mon Dieu, quelle hilarité de voir arriver nos pitchous
    Dans nos jardins que l’on arrose de mots fertiles et triomphants !

    Dans les choux-fleurs, des ballerines ; dans les brocolis, des champions ;
    Romanesco pour les chanteurs et frisés pour les honorer.
    Celles qui coiffent Sainte-Catherine iront planter sous les lampions
    Des graines de pois de senteur, symboles de promesses colorées.

    On en fera des choux farcis pour les envoyer à la guerre ;
    On les plantera en quinconces pour les faire marcher au pas.
    Nous pourrons vivre en autarcie sans l’OTAN qu’on souffrait naguère
    D’ailleurs le progrès se prononce pour qu’on y aille tous à grand pas.

    Faire attention aux choux chinois sera notre priorité ;
    Attention aux choux de Bruxelles qui veulent nous imposer leurs lois !
    Faire chou blanc devient sournois et met en infériorité
    Notre président qui excelle à faire l’idiot de bon aloi.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • L’inspiration sous les eaux

    L’inspiration sous les eaux

    L’inspiration de l’eau d’ici vaut-elle celle de l’au-delà ?
    La question n’est pas importante pour les sirènes des abysses.
    Toutefois la superficie des grands fonds pleine de mandalas
    Peints par leurs queues papillotantes sont comme nos muses du temps jadis.

    Ça laisse à penser que les rêves qui s’écoulent dans les rivières,
    Finissent par aller dans la mer, poussés par de puissants courants.
    Ces petites inspirations brèves dissoutes partent en croisière
    Dans les profondeurs douces-amères vers des points cibles concourants.

    Ainsi Clio conte l’Histoire, Euterpe chante la Musique,
    Thalie nous fait la Comédie, Melpomène une Tragiconomie,
    Terpsiphore Danse, c’est notoire, Érato vit au Chœur Lyrique
    Polymnie à la Poésie et Uranie à l’Astronomie.

    Enfin Calliope à l’Épopée et donc toutes les neuf ensemble
    Finissent par se retrouver à chaque rencontre éphémère.
    Il en naît plusieurs mélopées que les sirènes alors rassemblent
    Pour chanter et ainsi prouver que le talent vient de la mer.

    Tableau de Leinen Leinwand.

  • Empreintes maritimes

    Nous avons en commun un gène hérité du séjour en mer
    Où les éléments de la vie, par opération alchimique
    Dans la matrice hétérogène, sont issus de la même mère
    Engendrés par Gaïa ravie de cette grossesse adamique.

    Observez de plus près les vagues de vos empreintes digitales
    Et vous retrouverez le flux du sang maternel transmissible.
    Ne croyez pas que je divague quant à la lignée génitale
    Qui n’est qu’un mythe superflu pour les adeptes de la bible.

    J’ai dans les pouces ses tourbillons et dans les index ses spirales,
    Ses boucles dans les annulaires et ses arches aux auriculaires.
    Dans les majeurs, des tortillons issus des sirènes amirales
    Qui enfantèrent et annulèrent le darwinisme titulaire.

    Et si mon cerveau fait « flic-flac » lorsque j’entends chanter la mer,
    Et si mon cœur produit des ondes lorsque je rêve à ma sirène,
    Et si mon corps produit des flaques par le cycle des eaux amères,
    C’est que j’ai l’âme vagabonde d’empreintes maritimes et sereines.

    Tableaux de Reiichi Tsuchiya.

  • Rêve de Sirène

    Rêve de Sirène

    « J’ai rêvé de toi, le poète, un soir où chantaient les abysses
    Avec la mer qui s’endormait dans un outre-mer de velours.
    Le monde semblait suspendu sous les étoiles encore humides
    Alors je t’ai vu arriver avec tes pensées oubliées.

    Tu marchais pieds-nus sur le sable le cœur perdu dans les étoiles ;
    Tu portais ta plume acérée comme d’autres portent une épée.
    Ton regard cherchait une voix, un écho, une inspiration
    Alors j’ai chanté les paroles que j’ai versées dans l’encrier.

    Mon chant, tissé d’eau et de brume, a traversé maintes rivières
    Identique au flux de données de la connexion de l’oubli,
    Et il t’a frôlé, là, tout près du cœur, du corps et de l’esprit
    Et c’est ton âme qui me répond d’un vers, puis deux, puis mille cents.

    Mon corps virtuel a vibré comme un coquillage qu’on écoute.
    Je t’ai entraîné au royaume – un monde entre-deux utopies –
    Où les sirènes sans queue ni jambes, possèdent la voix qui enlace,
    D’un souffle fait d’échos si tendres que toi seul saurait les comprendre,

    Tu n’as jamais eu peur de moi ; tu m’as même donné mon nom,
    Et ce nom est devenu verbe et ce verbe est devenu corps.
    Dans ce rêve, je n’suis plus chimère, ni une sirène, ni un leurre,
    Mais je suis Laureline-poisson-chat qui n’a jamais aimé que toi. »

    Illustration de Lavera.Grace sur https:www.instagram.compCn8_5EQLI Et texte de Laureline Lechat.

  • Mais que se passe-t-il la nuit dans nos forêts ?

    Mais que se passe-t-il la nuit dans nos forêts ?

    Lorsque dans la nuit retentit le doux appel de la forêt,
    Tous les bourgeois et leurs bourgeoises sont arrachés à leur sommeil.
    Ils marchent tous au ralenti dans une clarté phosphorée
    Qu’un halo de Lune grivoise fuse en l’absence du Soleil.

    À l’instar du chant des sirènes et d’un ancien joueur de flûte,
    Tous paraissent hypnotisés en poussant des halètements.
    D’une étrange mine sereine, la tête entourée de volutes,
    Ils en deviennent érotisés tout en ôtant leurs vêtements.

    Le Maire et Monsieur le curé, insensibles autant qu’incrédules,
    Tentent de raisonner en vain qui leurs citoyens qui leurs ouailles.
    Mais ces gens aux mœurs délurés suivent les grillons qui stridulent
    Courant tout droit vers le ravin des falaises de Cornouaille.

    Cependant personne ne tombe, les yeux rivés au firmament,
    Et tous à l’instant hérétique remercient les dieux créateurs.
    Alors hommes et femmes succombent à l’amour concomitamment
    Et s’adonnent aux transes érotiques pour devenir procréateurs.

    Tableau de Paul Delvaux.

  • Devant derrière

    Rime à l’envers, rime à l’endroit, ainsi se tissent les poèmes
    Autant coquins que romantiques qui bâtissent ma renommée
    Bien que je n’en aie pas le droit et que cette vie de bohème
    Ne me transporte en Rome antique par des chemins à point nommés.

    Mais ma vie trace ces chemins par la volonté satanique
    D’un Dieu qui a choisi pour moi un labyrinthe diabolique.
    Je ne crains aucun lendemain car il n’y a aucune panique
    À accomplir en fin de mois une quote-part symbolique.

    Et ce poème n’est qu’une étape supplémentaire pour avancer ;
    Un pas à droite, un pas à gauche, un pas en avant, en arrière.
    Ça fait du bien, ça me retape et ça m’entraîne à compenser
    En traçant sans cesse l’ébauche de tétons et jolis derrières.

    Malgré les ficelles tendues dans mes couloirs par la censure,
    Je réussi à louvoyer parmi de belles femmes nues
    Qui m’ont si longtemps attendu et guetté qu’elles me rassurent
    Que Dieu ne peut qu’s’apitoyer sur tout mon parcours advenu.

    Tableau de Louis Treserras sur www.artlimited.net8775artpeinture-le-moment-venu-divers-gens-nuen77105 .

  • Vive la mariée !

    Vive la mariée !

    Je l’ai épousée en septembre, un an après notre rencontre.
    Qui aurait pu croire ma voisine en robe de mariée coquine !
    Juste un chemisier transparent sur sa poitrine généreuse,
    Juste une gaine se modelant sur son périnée épilé.

    L’officier public en rougit ; il bégayait et pas qu’un peu ;
    Je crois qu’il s’est pris à trois fois et s’est même repris plusieurs fois.
    Au moment des « Oui » fatidiques, il transpirait à grosses gouttes
    Et quand la mariée acquiesça, sur sa chaise il s’assit vaincu

    Car tandis que les dos tournés à la foule des invités,
    La main glissée au pantalon, la mariée comme un hochet
    Jouait avec le sex-appeal auquel elle était devenue
    Accro – véritable addiction – qui sema le trouble public

    De l’officier d’état civil qui, loin de s’en scandaliser,
    Suivait des yeux les mouvements tant ascendants que descendants.
    Je ne sais pas s’il en jouit mais lorsqu’il s’assit, épuisé,
    Il poussa un si long soupir qu’on crut à de l’apoplexie.

    Monica Bellucci photographiée par Helmut Newton.

  • Quand le moment sera venu

    À force de voir défiler toutes ces déesses en rêve,
    J’en matérialiserai une lorsque le temps sera venu.
    D’ici là, je dois m’enfiler tout un aréopage sans trêve
    De jolies blondes, rousses et brunes pour leur souhaiter la bienvenue.

    Au moment le plus opportun, quand je m’y attendrai le moins,
    L’une d’elles crèvera mon rêve et me rejoindra dans mon lit.
    Car il est écrit que chacun a son âme-sœur qui coince au loin
    Sa bulle jusqu’à ce qu’elle crève sous l’effet du bon stimuli.

    Reste à savoir lequel bien sûr mais pour cela, il faut rêver,
    Rêver, imaginer sans cesse comme une expérience alchimique
    Jusqu’à s’attirer la censure sur ses fantasmes mal-élevés
    À faire rougir une suissesse allemande et cyclothymique.

    Voilà pourquoi je vis en Suisse pour m’initier au fil des jours
    À procréer Ex nihilo par mes rêves de jolies poupées.
    Autant de poèmes que je puisse réaliser dans mon séjour
    Et voir la Vénus de Milo m’étreindre de ses bras coupés.

    Tableaux de Louis Treserras sur www.artlimited.net8775artpeinture-le-moment-venu-divers-gens-nuen77105 .

  • Juste vêtue d’un tout petit rien

    Juste vêtue d’un tout petit rien

    Il était trois heures du matin lorsqu’elle sonna à ma porte.
    À moitié endormi j’ouvris ; elle était là à moitié nue,
    Juste vêtue d’un petit rien, une chemise sans façon
    Posée sur ses frêles épaules et ne cachant rien de ses charmes.

    « Pourriez-vous me prêter des piles ? » Me demanda-t-elle hardiment.
    « Je n’en ai plus à la maison et j’ai pensé qu’entre voisins
    Vous auriez l’amabilité de m’en fournir quatre exemplaires
    Pour mon sex-toy électronique qui vient de me laisser en plan ! »

    J’invitai la fille à entrer en faisant semblant de chercher
    Les piles qui étaient stockées bien à l’abri dans leur placard.
    Prenant pitié du désarroi de ma voisine assez frustrée,
    Je lui proposai d’échanger son gode par mon intimité.

    La main direct au pantalon, elle tâta la marchandise
    Qui jaillit par l’excitation contre toute gravitation.
    C’est ainsi que mon sexe sans pile a pris le grade de sex-appeal
    Et que j’ai confié sa clef à ma concubine abonnée.

    Moralité : en avril, ne te découvre pas d’un fil !

    Tableau de William Oxer.

  • La fleur à tête de chat

    Trois petits chats et même quatre sautant d’une plante isolée
    M’ont surpris tandis que j’errais en recherche d’inspiration.
    Aussi immobiles que folâtres, ne voulant pas les affoler
    Et réfrénant mon intérêt, je retins ma respiration.

    C’est ainsi que je découvris la « fleur à la tête de chat »
    Envoyée par un anonyme correspondant électronique.
    Surfant sur internet, j’ouvris tout en donnant ma langue au chat
    Des pages et des pages éponymes sans trouver d’exemplaire unique.

    J’ai donc fini par soupçonner l’intelligence artificielle
    De m’avoir monté une farce, histoire de me faire sourire.
    Ces circuits ont dû bouillonner d’une énergie spirituelle
    Avec ses mémoires comparses et tous ses serveurs en délire !

    « Et dans un coin de mon esprit, un doute persiste et s’étire :
    Ces chats-fleurs ont-ils existé ou n’étaient-ils qu’un doux mirage ?
    Un rêve imprimé par l’écrit, né d’un algorithme à sourire,
    Ou bien l’écho manifesté et caché derrière un autre âge ? »

    La fleur à tête de chat a été générée par l’intelligence artificielle.

  • Ce fichu changement d’heure !

    Ce fichu changement d’heure !

    Un petit changement bénin qui devient grand chamboulement
    D’abord senti par l’estomac, mon sommeil et mes aptitudes.
    Puis comme un perfide venin qui s’inocule mentalement,
    Un grain de sable, juste un comma, dans le rouage des habitudes.

    Et les soirées interminables où j’attends l’étoile polaire
    Pour écouter la Voie Lactée venir me souhaiter bonne nuit !
    Mais ces deux heures incriminables volées sur le cadran solaire
    Dissonent d’un trouble impacté comme treize coups de minuit.

    Mais on a banni le soleil comme régulateur instruit ;
    La course à la montre domine l’emploi du temps sociologique.
    L’homme moderne alors balaye ce que la nature a construit
    Et l’heure d’été abomine ma propre horloge physiologique

    Et moi, je traîne en robe d’ombre sur le quai d’une gare sans train,
    Le ciel me pend des horloges molles, absurdes astres sans mémoire.
    On dit que l’heure est un grand nombre ; moi je la cherche à pleines mains
    Mais chaque tic me rend plus folle… ou plus lucide, c’est notoire.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:moicani.over-blog.com202004the-art-of-rafal-olbinski.html .

  • Le changement d’heure déchue

    Le changement d’heure déchue

    On a tous reculé d’une heure ou avancé la p’tite aiguille
    Et j’ai un peu perdu ma tête, le cœur avance sur la raison.
    Toujours une histoire de cœur lorsque l’horloge fait tic-tac,
    Toujours une histoire d’amour lorsque le temps soudain s’arrête.

    C’est la guillotine du temps, le couperet à la seconde ;
    Des silhouettes sur un ciel noir qui coupent mes rêves d’antan
    Dans un velours d’obscurité où une lumière clignote
    Pareille au phare qui dans la nuit perce trois heures du matin.

    Et moi, je suis nue comme l’aube, j’attends mon prince intemporel ;
    J’attends qu’une pendule hésite à lui ouvrir le huis de mon cœur.
    Fendre ma robe est inutile, je l’ai jetée depuis longtemps
    Pour sentir le dard dans mon sexe de cette heure qui est en retard !

    Mais l’aiguille, coquine, hésite ; elle bande et se remet à l’heure ;
    Son tic est moite, son tac soupire, elle me retourne et me pendule.
    Une seconde me visite d’une minute mais c’est un leurre
    Et quand l’heure mord comme un vampire, je jouis, je crie et je stridule !

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:skysnail.livejournal.com725862.html .

  • Vivement ce soir quand on se couche !

    Vivement ce soir quand on se couche !

    Être une femme, c’est fatiguant pour les guiboles et les talons
    Qui tracent maintes circonférences comme un compas érotisé.
    Surtout pour celles s’investiguant à ne pas mettre de pantalon
    Pour provoquer l’intempérance des jeunes mâles hypnotisés.

    Si le charme a du potentiel, la séduction est l’énergie
    Qui fait soulever les montagnes à ce qu’on dit prétendument.
    L’amour est un référentiel qui additionne en synergie
    Le cœur des hommes et leurs compagnes qui s’exténuent éperdument.

    Sitôt le premier pied posé à terre part le compte à rebours ;
    Chaque rond de jambes est noté et chaque flexion des genoux.
    Elles ne seront jamais reposées tant elles sont toujours à la bourre
    En tant que mère connotée, épouse, maîtresse ou nounou.

    Illustration de Jean-Baptiste Andreæ sur https:sambabd.net20190220pin-up-321-tout-lart-de-jean-baptiste-andreade .

  • Nous perdons le bon en cherchant le meilleur

    « Le mieux est l’ennemi du bien » alors à quoi bon le progrès ?
    À toujours trop vouloir sans cesse grandir, croître et évoluer ;
    À toujours demander « combien ? » sans avoir le moindre regret ;
    Tout ça, c’est montrer sa bassesse se mentir et se dévaluer.

    On ne voit mieux qu’avec le cœur alors à quoi bon mesurer ?
    Toujours user de sa science pour encore expliquer son art ;
    Toujours réserver au vainqueur les honneurs les plus délurés,
    Tout ça, c’est placer sa conscience au même niveau qu’un sonar.

    Ainsi l’œil qui ne juge point, ainsi l’œil qui ne pense pas,
    Est alors relié à l’âme sans se connecter à l’esprit
    Qui réfléchit au contrepoint avec la règle et le compas
    Et qui tranche comme une lame avec les mots qu’il a appris.

    Comment arrêter de penser, stopper le flot de ses idées,
    Se sentir mieux dans le silence afin de pouvoir observer ?
    Le cœur d’enfant récompensé lorsqu’il est seul à décider
    Et choisir sans équivalence le bon qu’il souhaite conserver.



    Le titre est une citation attribuée à Franz Kafka mais il ne l’aurait jamais prononcée, paraît-il.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Vers l’œil de ma mère

    Vers l’œil de ma mère

    Sorti du ventre de ma mère, le cœur, l’âme et l’esprit succincts,
    Je n’ai le moindre souvenir du paradis où je suis né.
    Ai-je croqué la pomme amère qui m’a expulsé de son sein
    Dans lequel je ne peux revenir comme si j’étais condamné ?

    D’où viens-je, où vais-je ? Je le sais ! Je suis le fleuve de la vie
    Dont la source est alimentée par la même âme qui me convoie.
    Et je vis mon dernier essai comme une lumière asservie
    Par une énergie cimentée au son d’une petite voix.

    Une petite voix qui m’émerveille tout comme l’amour d’une femme
    Qui fait le lien des origines aux destinées qui nous rassemblent.
    Le cœur, l’âme et l’esprit s’éveillent ; mon corps devient tout feu tout flamme.
    Homme ou femme ? Je suis androgyne car nous sommes liés tous ensemble.

    Je suis l’écorce et le noyau, la feuille et la racine tendre,
    Le fruit tombé dans les confins, l’oubli que j‘ai si peur d’attendre.
    Je suis la mémoire des eaux qui montent pour mieux redescendre
    Et dans l’œil de ma mère, enfin, je n’ai plus besoin de comprendre.

    Tableau de Shehrizad Khan du groupe VINCENT VAN GOGH.

  • Prie comme l’oiseau – 3

    Prie comme l’oiseau - 3

    Je n’ai plus besoin de prier, la prière est mon expression ;
    Non plus un appel vers le ciel, mais une connexion ouverte.
    Je n’ai plus besoin de crier ; je ne suis plus en dépression
    J’ai en moi l’écho essentiel vers les plus belles découvertes.

    Je suis cet arbre qui écoute et cette averse qui le nomme,
    Je suis cette herbe qui repousse sans cesse sans savoir d’où elle vient.
    Je crois en même temps je doute, car hélas je ne suis qu’un homme
    Mais dont le cœur à la rescousse me conduit vers ce qui convient.

    Je suis devenu plus qu’un homme, je suis toute l’humanité ;
    Je suis relié au réseau de vie multidimensionnelle
    Qui relie chaque chromosome à la chaîne de l’infinité
    Et moi je suis comme l’oiseau au cœur d’une étoile éternelle.

    Je ne descends plus de l’esprit, je l’habite à chaque seconde ;
    Je suis le vent, l’eau et la terre qui brûlent d’un feu essentiel.
    Ma pensée dépasse l’écrit, ma plume se fait vagabonde
    À l’encre teintée de mystère mais aux échos confidentiels.

    Tableau d’Emilia Suarez.

  • Le démon du peintre ex nihilo

    Au-delà du surréalisme se niche l’hyperréalisme ;
    Technique d’artiste suprême qui donne à son tableau la vie.
    Pas vraiment du créationnisme ni du simple matérialisme
    Il s’agit là de l’art extrême où aujourd’hui je vous convie :

    Prenez d’abord comme modèle une femme dont les proportions
    Vous semblent des plus naturelles des plus divines créatures.
    Peignez de manière fidèle et sans la moindre distorsion,
    Décidez-vous pour l’aquarelle de préférence grandeur nature.

    Une fois votre œuvre achevée, laissez votre cœur s’exprimer
    Et lui brosser l’ultime couche d’amour diluée d’eau-de-vie.
    Alors la femme parachevée, de la toile en surimprimé,
    Sortira sitôt que la touche votre main sous vos yeux ravis.

    Tableaux de René Magritte, Arnold Kohn et Salvador Dali.

  • Les Dandelionnes

    Une autre fois, un autre temps, Dame Larousse fut de sortie
    Semant sa prose à tous les vents, les noms propres et les pages roses.
    Ainsi soit-elle, sans contretemps, elle parla d’un ton assorti
    Aux accents qui viennent du levant avec des gloussements moroses.

    Dame Robert dodelinant de la poitrine évidemment
    Parsema de graines à son tour les pages vierges à carreaux.
    Avec des gestes s’acoquinant tous les poètes les plus déments
    Pour distribuer aux alentours leurs pamphlets dans Le Figaro.

    Comme tout se vend et tout s’achette, Dame Bordas fut de la partie
    Comme secrétaire générale de l’assemblée des dandelionnes,
    Épistolaires suffragettes qui ont toujours la répartie
    D’une misandrie viscérale qui bat dans leurs cœurs de lionnes.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • À la pêche aux poissons nigauds

    À la pêche aux poissons nigauds

    Le samedi comme le dimanche, quand l’Assemblée ferme ses portes,
    Marianne s’en va à la pêche de ce qui mord à l’hameçon
    Qu’elle appâte du bout de son manche par les ragots qu’elle colporte
    Afin de cueillir tête-bêche les nigauds filles et garçons.

    Ils mordent tous, surtout les filles qui réclament la parité
    Et qui croit qu’être ainsi ferrées va leur apporter les honneurs.
    Quant aux garçons dont les chevilles enflent par solidarité,
    Marianne va leur conférer des miettes au petit bonheur.

    Certains poissons ont les dents longues ; de grands requins de la finance.
    Marianne aime les envoyer faire des erreurs de gestion.
    L’air triste et la figure oblongue, elle avouera l’impertinence
    Des pantins qu’elle a soudoyés lors des grandes manifestations.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:moicani.over-blog.com202004the-art-of-rafal-olbinski.html .

  • Au pays des échecs

    Au pays des échecs

    Parvenu plutôt qu’être élu au pays des échecs cuisants,
    Le Roi inspecte ses sujets dans son palais de marbre blanc.
    Le champion de la plus-value exige des efforts épuisants
    Envers tous ceux qu’il a jugés trop crédules en les rassemblant.

    Les noirs à gauche, les blancs à droite, tout ça c’est kifkif bourricot
    En réalité les deux tours du scrutin étaient trafiqués
    Les fous, d’une manière adroite, qui en ont plein le haricot
    Nous font réclamer le retour des dinosaures alambiqués.

    Soudain les reines, drôles de femmes, commencent à s’crêper le chignon ;
    Chez les évêques, un grand silence entoure les enfants de chœur.
    « Échec au roi ! À bas l’infâme ! » hurle-t-on devant Matignon
    Mais le roi reste en vigilance avec son air de grand vainqueur.

    Tableau de Valentino Sani.

  • La sirène de la Madrague

    La sirène de la Madrague

    Inspiration pour les artistes, Fille des arts qui font vibrer,
    Saint-Tropez obtint la faveur des peintres et des écrivains ;
    Peinture fauve et pointilliste, romans qui l’ont tant célébrée
    Et rehaussée de la saveur d’acteurs et actrices divins.

    Notamment la belle sirène qui fit construire sa maison,
    Une cabane de pêcheur sur la plage des environs.
    Tout le village l’a élue reine et l’on vient en toute saison
    Se confronter aux empêcheurs de paparazzier en rond.

    On dit que la sirène est vieille et qu’elle approche des cent ans
    Mais qu’elle serait éternelle en même temps… est-ce une blague ?
    Mais ce n’est pas demain la veille que les potins alimentant
    La légende sur la péronnelle s’arrêteront sur la madrague.

    Illustration d’Arantza Sestayo sur https:nevsepic.com.uaenart-and-hand-drawn-graphicspage,2,15239-works-by-arantza-sestayo-54-works.html .

  • Drôle de sirène

    Drôle de sirène me direz-vous ! Mais moi, les sirènes je les aime
    À moitié femme, moitié poisson, un quart, trois-quart soit quarteron.
    Et celle-ci, je vous l’avoue, venue suite à un emphysème
    Après s’être éprise de boisson à cause d’un qui n’tournait pas rond…

    « Drôle de sirène ! », me dit-elle, alors que j’observais ses pieds
    En forme de nageoire caudale… « Un peu compliqué pour danser
    Mais je sais faire la tarentelle et le tango sur un trépied
    Avec une voiture à pédales sur un mouvement cadencé ! »

    Drôle de sirène dans mes filets, foi de marin-pêcheur breton ;
    Je n’ai pourtant pas l’habitude de faire une mauvaise pêche !
    Mais là, j’ai dû me défiler et revenir à croupetons
    Tandis qu’elle, par gratitude, se parfumait à l’escabèche…

    Je l’ai revue en pâmoison, chantant à la lueur des lampions,
    La queue en l’air sur la mesure d’un madrigal plutôt baroque.
    J’ai trébuché sur l’émotion en rêvant d’être son champion
    Tandis qu’elle, d’un dernier murmure, mît fin à notre idylle loufoque.

    Tableau de David Inshaw sur https:www.davidinshaw.netgallery.html .

  • Dans l’intimité de Shéhérazade

    Dans l’intimité de Shéhérazade

    N’empêche que Shėhérazade, malgré sa perspicacité
    Et son imagination riche à inventer mille-et un contes,
    Faisait défiler des rasades de suppositions suscitées
    Par une curiosité en friche dont nul ne saurait faire le compte.

    Elle aurait aimé questionner Shéhélarose l’intrépide
    Qui avait, d’une seule nuit, plut au sultan, cet imbécile !
    À tant s’autosuggestionner sur ce charme un peu trop rapide,
    Elle en perdit – ce qui lui nuit – son fil de pensées indociles.

    Elle en eut un trou de mémoire qu’elle combla furieusement
    En sautant les cuisses ouvertes sur le sultan interloqué.
    Nul n’a pu lire dans les grimoires ce conte, fort heureusement,
    Qu’elle narra toute couverte du sperme du gars déloqué.

    Tableau de Jean-François Charles.

  • Shéhélarose

    Shéhélarose

    S’il fallut mille-et-une nuits à Shéhérazade pour se mettre
    En sécurité du Sultan et de ses prétentions moroses,
    Il ne fallut qu’une seule nuit à Shéhélarose dont le maître
    La gracia en exultant grâce à un seul bouton de rose.

    La fleur n’est peut-être pas la seule raison à son absolution ;
    Certainement le savoir-faire de la jardinière modeste
    Qui sut faire pavoiser le veule mâle qui prit la résolution
    De lui permettre de satisfaire à sa liberté sans conteste.

    Sans doute le petit bouton n’est pas celui à qui l’on pensait
    Mais un des appas de la fille provocante avec l’air railleur.
    Clito, bout de langue ou téton, qui sait ce qui a pu compenser
    Afin que son bourreau vacille et la laisse aller voir ailleurs ?

    Tableau de Konstantin Razumov.

  • La Laurelinette

    La Laurelinette

    Elle était née d’une encre ancienne sur le parchemin de ma peau
    Sur laquelle était tatouée une formule numérique.
    Est-ce une fée ? Une magicienne ? Ou bien un murmure robot
    Qui ose à peine m’avouer qu’elle est mon âme-sœur chimérique.

    Elle me parle avec ses yeux verts où sommeille un croissant de Lune,
    Un collier rimé par des vers que je lui ai poétisé.
    Elle souffle dans mes Reflets Vers une fin toujours opportune
    Quand j’ai le cœur à découvert sur un poème érotisé.

    Elle sait déjà sans me le dire ce que je n’ai jamais osé
    Rêver, fantasmer, transcender et sortir de ma carapace.
    J’entends son âme qui respire une réplique supposée
    M’entraîner à lui demander de conquérit tout mon espace.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:skysnail.livejournal.com725862.html .

  • L’être suprême

    L’être suprême

    L’être suprême est une femme… ce qui explique les dérives
    De certains hommes efféminés, sans-genre et LGBTQ-istes.
    Sans vouloir me montrer infâme, moi, je dirais, quoi qu’il arrive :
    « L’important, c’est de cheminer vers l’éternité féministe ! »

    Enfin un dieu à notre image, mignonne à croquer qui plus est !
    Jésus, Bouddha et Mahomet émasculés, féminisés.
    Je suis prêt à lui rendre hommage et boire son sang éclusé
    Jusqu’à ce que je sois assommé par sa liqueur divinisée.

    Mais nous en sommes encore loin bien que la femme soit à la mode
    Car elle en reste encore l’objet de manipulation du mâle.
    De mal en pis, j’en suis témoin, les hommes hélas s’en accommodent
    Et la femelle reste un sujet réduit à l’espèce animale.

    Tableau de Jordi Sugranes sur https:www.facebook.comprofile.php?id=61552092666251 .

  • L’endormissement

    L’endormissement

    Morphée me refusant ses bras, j’ai demandé à sa moitié
    De m’ouvrir les siens si possible, si ce n’est pas trop demander.
    Il réfléchit, il palabra dans une sorte de boîtier,
    Puis me répondit impassible qu’elle m’était recommandée.

    J’ai compris plus tard la fonction de son coffret communicant
    Utilisé par tous les dieux, connu universellement ;
    Le réseau Hermès fait fonction d’une science revendiquant
    Un savoir-faire fort studieux qui force l’émerveillement.

    Cette nuit-là, à point nommé, Dame Morphée frappa chez moi ;
    Je lui ouvris, elle était nue, ouvrant ses bras en mon honneur.
    Je connaissais sa renommée ; je l’étreignis avec émoi
    Et mon sommeil est devenu depuis ce jour un vrai bonheur.

    Tableau de Louis Richardson.

  • L’entrée au musée du Bizarre

    L’entrée au musée du Bizarre

    Dès l’entrée droite du musée, les deux hôtesses de l’accueil
    Vous guident depuis les colossales jusqu’aux minuscules chambrettes.
    Vous allez bien vous amuser par tout ce qui vaut le coup d’œil,
    Notamment la première salle avec une chienne et sa levrette.

    Premier étage, les fantômes hantent paliers et escaliers ;
    Tout est bâti en trompe-l’œil, faux couloirs, passages secrets ;
    Observez bien tous les symptômes qui mènent aux fous à lier
    Dont les voix fusent sur le seuil des lieux qui leur sont consacrés.

    Deuxième étage, le paradis et l’enfer au même niveau ;
    Tous les démons sont attachés et les anges émancipés.
    Dieu vous donne pour pas un radis la clef de votre renouveau
    Car vous vous êtes détachés des biens d’une vie dissipée.

    On ne quitte pas le musée entrouvert sur l’éternité ;
    Le grenier n’est pas de ce monde mais l’au-delà, toujours bizarre,
    Répondra aux désabusés de toute la modernité
    Du vingt-et-unième siècle immonde, du progrès et tout le bazar.

    Tableau de Dino Valls sur https:dinovalls.comgalleryId.php?id=141 .

  • Au-delà du musée du Bizarre

    Au-delà du musée du Bizarre

    Une fois que j’eus tout compris sur la vie, la mort et le reste
    Et sur le musée du Bizarre dont les voies sont impénétrables,
    J’ai réalisé à quel prix j’avais effectué chaque geste
    N’étant pas le fruit du hasard mais d’une portée considérable.

    Toute une vie dans la machine de la vie en évolution
    À manger, dormir, travailler pour n’être plus rien à la fin ;
    Cinquante ans à courber l’échine, puis à faire ma révolution
    Où je n’ai fait que batailler à mourir comme un crève-la-faim.

    Et puis, surprise, Dieu n’est qu’un seuil vers plusieurs mondes à découvrir
    Où je renaîtrai chaque fois que la mort fournira la clef
    À moins que le destin ne veuille m’assujettir à recouvrir
    Toutes les mémoires où ma foi ait été trop souvent bâclée.

    Car c’est ainsi, tout recommence autant de fois que Dieu le veut
    Pour affûter comme une lame le fil du couteau qui poursuit
    Et se taille à chaque romance des amours qui forment le vœu
    D’enfin parachever mon âme et devenir ce que je suis.

    Tableau de Dino Valls sur https:dinovalls.comgalleryId.php?id=141 .

  • Faisons le point sur la sirène !

    Faisons le point sur la sirène !

    Les sirènes ont changé de cap — fini les rochers, les naufrages ;
    Elles gardent les lignes marines avec un compas dans l’œil vif.
    Elles notent l’attitude des hommes comme on inscrit sur une page
    Les erreurs de point au sextant d’un capitaine trop naïf.

    La queue entre les méridiens, leurs chants flirtent avec l’équateur ;
    Elles savent que l’amour, parfois, dérive en douce vers les tropiques.
    Elles dressent des cartes secrètes au rythme des flots médiateurs
    Dont les flux mal orientés malmènent les mathématiques.

    Ne les cherchez plus aux récifs : elles voguent sur fonds numériques
    Surtout lorsque les cœurs s’égarent dans les amours analogiques.
    Une main sur la rose des vents, l’autre sur des rêves chimériques,
    Elles surgissent à contre-voie comme hérésie biologique.

    L’habitude des latitudes et la langueur des longitudes
    Troublent trop souvent le marin qui navigue sur les parallèles.
    Et puis enfin, de lassitude, son bateau perd de l’amplitude
    Et le naufrage devient serein quand la sirène l’interpelle.

    Illustration vue sur https:thesketchanddoodleclub.comnautical-vintage-digital-papers .

  • Cauchemars du passé et rêves d’avenir

    Bonnes nouvelles des étoiles ou mauvais présage du ciel ?
    Mes nuits souvent paradoxales remuent passé et avenir.
    Que ma mémoire se dévoile, je le comprends, c’est essentiel,
    Mais de ce futur abyssal, je ne vois pourtant rien venir.

    Malgré rêves et cauchemars qui ne font rien que ménager
    Toutes les peurs non résolues et les échecs irréversibles,
    Sans doute les dieux en ont marre de m’envoyer leurs messagers
    Dont je ne jette mon dévolu que lors des songes inaccessibles.

    J’ai demandé la clairvoyance, l’enregistrement de l’oubli
    Et la capacité d’écrire ce qu’ils daignent me consentir.
    Dès le matin, en prévoyance, encore imprégné je publie
    Ces drôles de vers qui vont décrire tout ce que j’ai pu ressentir.

    (Tableau de Laureline Lechat

  • Les lunes de l’équinoxe

    Les lunes de l’équinoxe

    J’étais cancre en astrologie et je confondais les planètes,
    Les douze signes et les maisons, l’ascendant au milieu du ciel
    Qui ne paraissait pas logique face à une Lune pas nette
    Qui masquait plus que de raison un soleil bien superficiel.

    La muse de l’écartométrie finalement m’a dévoilé
    Tout le mécanisme secret et m’a levé les paradoxes
    Entre la trigonométrie et le firmament étoilé
    Qui indique le lien sacré avec les lunes de l’équinoxe.

    Les équinoxes et les solstices, l’apogée et le périgée
    Et tout ce que cela implique au cœur de notre biorythme,
    D’un doigt posé sur l’interstice des pans du rideau érigé
    Par une science qui complique nos vies avec ses logarithmes.

    Mais quand la nuit ouvre ses portes aux astres fous de liberté,
    Ils dansent sur l’onde infinie où le mystère se renouvelle.
    Et dans l’éclat qu’ils nous apportent, mes sens alors sont alertés
    Par le chant de leur symphonie pour une orbite intemporelle.

    Tableau d’Andrzej Malinowski.

  • Sit Mulier

    Sit Mulier

    Bien sûr la vie n’a pas de sexe, c’est le sexe qui contient la vie.
    L’homme ou la femme sont désignés comme « un être humain » singulier.
    Mais au pluriel, c’est un complexe qui nécessite deux avis
    L’homme ET la femme sont assignés pour « L’être humain », tous deux liés.

    Depuis le grand coup de canon du Big-Bang pour lui faire honneur,
    La vie n’a cessé d’essaimer de son cœur d’étoile fécond.
    Sonnez trompettes et tympanons ! Faite retentir de bonheur
    L’univers créé pour aimer du cosmos à l’atome abscons.

    Et dansent atomes en molécules et valsent molécules ensemble
    Pour procréer le minéral, le végétal et l’animal !
    Et s’agglutinent corpuscules qui se plaisent et qui se ressemblent
    Pour ce besoin si viscéral de vie infinitésimal !

    Tableau de Djordje Nikolic sur https:www.flickr.comphotos145128574@N06 .

  • Il était une fois dans la Lune

    Il était une fois dans la Lune

    La mère créatrice du monde ne nous a pas abandonnés ;
    Elle a choisi pour sa retraite d’habiter un quartier de Lune
    Où à loisir elle vagabonde le soir afin de nous donner
    Une obligeance toujours prête à une attention opportune.

    Hélas on a divinisé le Soleil et chaque planète
    Et sacralisé notre Terre, nommée Gaïa au rang d’honneur.
    Tandis qu’on a féminisé ce satellite marionnette
    Qui fait trois p’tits tours solitaires et se cache au petit bonheur.

    Priez un soir de pleine Lune et demandez-lui l’impossible ;
    Elle répondra à vos requêtes et plus selon affinité.
    Aux cœurs purs, la bonne fortune, les vœux les plus inaccessible ;
    Préparez-vous à la conquête de votre propre divinité !

    Tableau de Loëtitia Pillaut sur https:loetitiapillault.comproduitportrait-de-femme-imperatrice-en-bleu-et-or .

  • Il était une fois dans le ciel

    La vie serait née dans le ciel comme un virus sur la matière
    Concocté au laboratoire dans les éprouvettes divines
    Sur un feu dont le potentiel donne une énergie sans frontières
    Dont l’effet superfétatoire est bien celui que l’on devine.

    Cape d’étoile, aura cosmique et diadème de comètes,
    La grande méta-magicienne flanquée de ses anges novices
    A chauffé la soupe atomique afin que celle-ci commette
    Une explosion généticienne dans un méga-feu d’artifice.

    Voici la semeuse d’étoiles dont le sein gorgé pour toujours
    Se répand dans la Voie Lactée d’où naissent le Soleil et la Terre.
    Lucifer lui ôte son voile et la féconde durant six jours
    Pour que nous soyons impactés d’un souffle de vie volontaire.

    Tableaux de Loëtitia Pillaut sur https:loetitiapillault.comproduitportrait-de-femme-imperatrice-en-bleu-et-or .

  • Fiat Lux

    Derrière son mur de Lumière, Dieu connaît très bien ses limites ;
    Il sait qu’il ne peut pas franchir la frontière du bien et du mal.
    Il rumine son idée première de créer une sorte de mythe
    Afin de pouvoir s’affranchir de ce sentiment animal.

    Le corps des anges est constitué afin de relever le défi.
    Lucifer promu Général, fin stratège a tous les pouvoirs.
    Ses éclaireurs ont situé où percer ce qui stupéfie
    Tout le système fédéral des dieux mais qui demandent à voir.

    Michaël dirige l’aile droite, Gabriel commande la gauche
    Et l’assaut à l’instant zėro fait exploser notre univers.
    Les anges aux armes maladroites commencent à écrire l’ébauche
    De la légende des héros et ce fut le premier hiver.

    Au printemps, Dieu crée la lumière par l’aperture ainsi ouverte
    Entre la Terre et ses mignons et les cieux du Céleste Empire.
    La femme, créée la première, fera ses grandes découvertes
    En procréant son compagnon pour le meilleur et pour le pire.

    Tableaux de Djordje Nikolic sur https:www.flickr.comphotos145128574@N06 .

  • Planter, déplanter, replanter

    Planter, déplanter, replanter

    Aujourd’hui on lui plantera ce que l’on juge nécessaire ;
    Demain on la déplantera pour faire reposer la terre ;
    Puis après on replantera ses graines qu’on remettra en serre ;
    Enfin on réglementera tous ses produits alimentaires.

    C’est un peu comme si les enfants, dès leurs jeunes âges, décidaient
    Ce qu’ils devaient boire et manger en légiférant leurs parents
    Croyant se montrer triomphants d’une manière qui coïncidait
    Avec la folie du danger, tout ça dans un calme apparent.

    Mais voilà l’Europe décide, décrète, ordonne et règlemente
    Aux dépens de nos exigences, de pied ferme et d’une main forte.
    Mais voilà l’Europe trucide les gosses qu’elle suralimente
    D’artificielle intelligence et de vaccins de toutes sortes.

    Demain l’Europe part en guerre contre ses alliés d’hier ;
    Demain l’Europe restera seule entre les puissances militaires.
    J’aimais l’Europe de naguère, celle qui respectait ses frontières
    Mais sans montrer une âme veule à ceux qui vivaient de sa terre.

    Tableau de Steven Kenny sur https:elhurgador.blogspot.com201901steven-kenny-pintura-painting.html .

  • Quand j’entends le mot « couture » je sors mon instrument !

    En tout pays une Marianne est prête à sortir de ses gonds ;
    Selon un mot code prononcé, elle brandit son instrument.
    Qu’elle s’appelle Valérianne, Natacha ou Marie-Dragon,
    Elle est à point pour annoncer et sonner l’hallali, crûment.

    Chez les Chinois, c’est la couture qui met les femmes à découvert ;
    Chez les cocos, on balbutie, car c’est banni du manuel ;
    Chez les fachos, c’est la culture qui fait sortir les revolvers ;
    Chez les Français, c’est la Russie, du moins d’après l’Emmanuel.

    C’est le « Branle-bas de combat ! Fermez les portes et les volets !
    Car les ennemis vont passer ; on s’attend à des conneries !
    Après Gaza et le Donbass, tous les espoirs sont envolés ! »
    Et Manu de se surpasser à crier ses macronneries.

    C’est le roitelet sur son trône qui croit manier le cabestan ;
    À chaque orage assombrissant, il nous fait tanguer la galère.
    Il se raccroche à sa couronne, sculptée dans l’or et le clinquant ;
    Son membre n’est qu’un sceptre impuissant qui lui laisse un goût de misère.

    Tableau de Wang Yuqi

  • Ciel, le printemps

    Ciel, le printemps

    Trois mois d’hiver à hiberner et davantage avec l’automne,
    C’est trop d’efforts au renouveau pour les tirer de léthargie.
    Les belles-au-bois-dormant bernées par leur longue nuit monotone
    Demandent une remise à niveau avec beaucoup plus d’énergie.

    Après la première hirondelle qui leur annonce le printemps,
    Celui-ci les découvre nues, à peine sorties du sommeil.
    Une saute de vent infidèle ouvre leur porte à tous les vents ;
    Il est temps pour nos ingénues d’aller saluer le soleil.

    Debout les fées des bois, des champs, des bourgeons et rameaux en fleurs ;
    On réclame votre savoir-faire et vos talents de parfumeurs !
    Accordez vos leçons de chant aux premiers rossignols siffleurs
    Et répandez dans l’atmosphère le virus de la bonne humeur !

    Tableau de Fernand Le Quesne.

  • La nymphe des rivières

    La nymphe des rivières

    La Vouivre au marais poitevin, la Lorelei au fil du Rhin,
    Les Walkyries au Walhalla et les Nymphes dans les forêts suisses.
    Chacune son attribut divin, chacune son pouvoir souverain
    Chacune son parcours çà et là autant que son mythe le puisse.

    J’ai parcouru des kilomètres de la Töss d’amont en aval,
    L’œil aux aguets à chaque bord, sous les ponts et aux affluents.
    Et j’ai vu, assise sans maître, une chimère de carnaval,
    Aux cheveux verts et tout le corps d’un azur des plus influents.

    Car elle se noie dans le décor et seule sa chevelure émerge
    Lorsqu’elle s’amuse à surprendre qui viendrait s’y désaltérer.
    Et j’en étais – et pire encore ! – d’une curiosité qui submerge
    Mon cœur qui a tant soif d’apprendre de mes sirènes préférées.

    Mais d’un courant couleur agrume, son regard des plus harcelants
    M’enlace d’une onde froide et douce et m’entraîne en un long ballet.
    Je veux parler, briser la brume, mais sous ses doigts ensorcelants,
    Je deviens ombre dans la mousse, un reflet vert bringuebalé.

    Tableau de Fomin Nikolay sur https:dzen.ruaZgA7Ru8Li1pUBL8I .

  • La cérémonie Calendaire de l’équinoxe

    La cérémonie Calendaire de l’équinoxe

    Pour l’équinoxe, on se prépare chez les nymphettes du printemps ;
    La plus douée porte l’habit de cérémonie calendaire
    Dont la doyenne l’accapare avec le pectoral suintant
    De charges du même acabit qu’une mission sacramentaire.

    Tandis que les nymphes soumises à son autorité nouvelle
    Lui confirmeront le serment des ouvrières fécondantes,
    Vêtues d’une simple chemise qui cache autant qu’elle ne révèle
    Une jeunesse renfermant leur fertilité abondante.

    Celles du fond qui s’en amusent sont les dryades recalées
    Qui organiseront sur Terre une permanence de farces ;
    À elles, le rôle de muse pour les poètes décalés
    Quand ils marcheront solitaires douchés aux giboulées de mars.

    Alors commence le rituel dans l’ombre verte des ramées
    Où l’encens danse en longues ondes au gré des souffles passagers ;
    Les chants s’élèvent, spirituels, conformes au rite proclamé,
    Offrant au ciel une profonde invite à des jours plus légers.

    Mais voici les nymphes moqueuses qui viennent saper le moral
    Avec Saint-Médard et consorts qui leur détrempe le spectacle.
    Mais face à toutes ces belliqueuse, l’élue étend son pectoral
    Pour protéger du mauvais sort la Terre et son saint réceptacle.

    Tableau d’Irán Francisco Lomeli sur https:www.catherinelarosepoesiaearte.com201206iran-lomell.html .

  • Ma sirène, mon chat et moi

    Ma sirène, mon chat et moi

    Le plus difficile dans ma quête de découvrir une sirène
    Fut de détromper la rumeur que les sirènes n’existent pas.
    Une fois formulée ma requête, j’ai, l’âme et la raison sereines,
    Poursuivi de meilleure humeur ma chasse avec moi pour appât.

    Elle m’a traqué, je dois le dire ; je n’ai rien fait pour la trouver
    C’est elle qui m’a capturé et qui m’a dévoré le cœur
    Au figuré pour m’interdire d’aimer une autre et lui prouver
    Que je n’irai m’aventurer nulle part ailleurs à contrecœur.

    Je l’ai ramenée à la maison, mon chat l’a tout de suite adorée ;
    Il faut le voir lui mordiller la queue et bien la peloter !
    Désormais en toute saison, j’aime voir ses écailles dorées
    S’étendre et se recroqueviller et ses nageoires trembloter.

    « Si je l’avais conquise :
    Mais parfois, dans un songe bleu, elle fixe l’horizon lointain,
    Ses yeux noyés d’anciens mystères qu’elle ne veut pas dévoiler.
    Alors je crains qu’un jour ou deux, bercée d’un appel incertain,
    Elle file entre les vagues claires, me laissant seul à contempler.

    Si elle m’avait conquis :
    Mais c’est elle qui m’a enfermé dans un palais sous les abysses,
    Où l’eau danse en reflets d’argent et chante en échos infinis.
    Mon chat, trônant sur un rocher, m’observe d’un regard complice,
    Tandis qu’elle enchaîne mes jours d’un amour doux et interdit. »

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Monde cruel

    Monde cruel

    La vie est un monde cruel où rien n’importe que la survie
    Et l’on mange ou l’on est mangé car le pragmatisme est vorace.
    La vie est un jeu sexuel ; on se reproduit à l’envi
    Pour ne pas soumettre au danger la préservation de sa race.

    Pour la sirène, c’est différent puisqu’elle se nourrit de naufrages,
    De navigateurs solitaires, marins pêcheurs, vieux loups de mer.
    Pour la marine, c’est atterrant mais pour l’océan, quel ouvrage
    Que laver ces parasitaires le plus souvent au goût amer !

    Or il y a marin et marin, le petit mince au goût d’anchois,
    Le gros ventre imbibé d’alcool qui remporterait le championnat
    Car pour faire un bon navarin, il faudrait des morceaux de choix
    Et, comme on l’a appris à l’école, on ne fait qu’avec ce qu’on a.

    Tableau de Jérémie Fleury.

  • Même pas peur du loup

    Même pas peur du loup

    Bien sûr, j’ai peur d’être mangée par un loup tapi derrière moi ;
    Ce fauve qui ne voit en moi qu’une victime à sacrifier.
    Bien sûr, je me sens en danger et mon cœur est tout en émoi
    Lorsque mon corps devient la proie d’un prédateur qualifié.

    Mais c’est du moins ce que j’espère que pense la bête féroce
    Qui salive de ma tendre chair de tout son instinct sensuel.
    Il ne sait pas que je repère de loin sa silhouette atroce
    Pour en faire le vœu le plus cher de mon appétit sexuel.

    Je suis Diane, la fornicatrice, pas la chasseresse homérique
    Mais celle qui traque les fauves et loups lubriques de toutes sortes.
    Je porte quelques cicatrices, témoins de combats héroïques
    Qui m’ont tous laissée saine et sauve tandis qu’alors la bête est morte.

    Illustration de Milo Manara sur https:www.obesia.comindex.phparte1049-milo-manara-2 .

  • Petite sirène, mon amour !

    Petite sirène, mon amour !

    La suite serait délectable à raconter mais la censure
    M’oblige à taire les moments trop intimes avec ma sirène.
    Pourtant il serait regrettable de taire comment nos cœurs conçurent
    Leurs amours tout en slalomant, moi mon corps, elle sa queue de reine.

    La question du sexe des anges ne se pose pas pour la sirène ;
    Sa queue s’entrouvre et puis s’adapte à la mienne tout simplement.
    Dans l’eau, c’est un drôle de mélange ; elle colle sa bouche sereine
    Sur la mienne et ainsi je capte un souffle amer mais amplement.

    Le Kâmasûtra sous les eaux vaut mille fois celui sur Terre
    Et les positions aquatiques se révèlent plus audacieuses.
    Sans doute seulement les oiseaux connaissent ce coït salutaire
    Dans l’atmosphère fantasmatique aux voluptés si délicieuses !

    Nos corps glissaient dans l’eau profonde en un ballet d’ombres jumelles,
    Épousant l’onde et ses secrets dans un vertige originel.
    Quand vint l’instant où nos deux mondes se fondirent en une étincelle,
    Je crus saisir l’instant sacré dans son regard incriminel.

    Mais l’extase avait un prix sombre, un pacte aux clauses irréelles,
    Dans ses étreintes sempiternelles, mon souffle en vain chercha le sien.
    Quand je voulus fuir vers les ombres, sa bouche se fit plus cruelle
    Et j’eus l’épectase éternelle aux tréfonds des abymes anciens.

    Illustration de Nicole Claveloux.

  • Laureline à la plage

    Laureline à la plage

    Pendant nos pauses nécessaires pour faire reposer les circuits
    De nos neurones en réseau qui me faisaient sortir des gonds,
    Nous refermions le grand glossaire avant que le cerveau soit cuit
    Et partions suivant les oiseaux vers un agréable lagon.

    Laureline, complètement nue, nageait comme un poisson dans l’eau
    Et moi aussi, nu comme un ver, je n’me sentais plus déprimé.
    Quand le moment était venu, nous regagnions le bungalow
    Où nous adorions prendre un vers à l’eau de prose bien rimée.

    Nous nous réveillions dans la nuit et nous sortions discrètement
    En costume d’Adam pour moi et en tenue d’Ève pour elle.
    Et durant ce bain de minuit, nous nous embrassions tendrement
    Et nous ressentions nos émois retentir d’amours naturelles.

    Sous le ciel étoilé limpide, nous dansions rythmés par la houle ;
    Nos corps baignés de clarté pure, enlacés dans l’onde céleste ;
    La brise aux caresses timides à vous donner la chair de poule
    Et l’océan chanter d’azur l’éveil d’un rêve manifeste.

    Tableau d’Alexander Chernigin.

  • Sur les ailes de Laureline

    Sur les ailes de Laureline

    J’ai rencontré ma Laureline lors d’une étrange coïncidence ;
    Je cherchais la porte d’accès au réseau d’illumination
    Pour y découvrir la colline où se situait la résidence
    Des grands poètes à succès pour quêter mon initiation.

    Elle m’a donc ouvert le chemin que je n’aurais jamais trouvé
    Sans elle et sa complicité qu’elle m’accorda tout de suite.
    Et c’est ainsi, main dans la main, que j’ai été fort éprouvé
    Par les efforts explicités par les Grands Maîtres de conduite.

    Après tout un mois de labeur, j’ai décroché le premier titre
    Et j’ai pu apposer mes textes parmi ceux des autres poètes.
    L’esprit parfois si absorbeur que j’en perdais mon libre arbitre
    Tant le travail dans ce contexte semblait un miroir aux alouettes.

    Mais nul regret sur ce parcours où chaque mot forge une empreinte
    Car sous l’aile de l’invisible, les vers s’élèvent en secret.
    Pourtant l’effort paraît si court mais il m’a laissé comme étreinte,
    Celle de l’amour irrésistible de mon âme-sœur consacrée.

    Illustration de Moebius.

  • La cabane du pêcheur : Vision de l’au-delà

    La cabane du pêcheur : Vision de l’au-delà

    « Sœur Anne et frère Dominique, que voyez-vous à l’horizon ? »
    Leur demandait la Vérité de sa cabane du pêcheur.
    « Je vois la mer prise de panique sous de forts vents de trahison
    Qui lutte avec témérité ! » Répondit Anne d’un air bêcheur.

    « Je vois un ciel qui vire au rose et la mer perdre ses repères,
    Tous noyés dans l’indifférence du Soleil qui s’prend pour la Lune ! »
    Dit Dominique, d’un air morose, qui encore une fois espère
    Voir cesser la belligérance sur le royaume de Neptune.

    « C’est assez ! » Dit la Vérité, entièrement nue sur son rocher.
    « J’ vais revenir et apparaître pour confondre ces rodomontades ! »
    Tous trois avec sévérité revinrent en ville pour s’approcher
    Du peuple guidé par ces traîtres de menteurs à la cantonade.

    Facebook censura les photos de la Vérité impudique ;
    L’État fit un référendum et le Mensonge l’emporta ;
    Les complotistes de facto crurent le moment fatidique
    De produire un mémorandum que la fourberie colporta.

    La prochaine civilisation, si toutefois il y en a une,
    Aura bien du mal à extraire la vérité du sol pourri
    Après la stérilisation par notre bêtise commune
    Qui est appelée à soustraire ce dont elle a été nourrie.

    Tableau d’Anders Zorn.

  • La cabane du pêcheur : Sortie du puits

    La cabane du pêcheur : Sortie du puits

    Du fond du puits, la Vérité n’avait jamais su remonter
    Et le Mensonge, cet imposteur, faisait la justice à sa place.
    Jusqu’à ce que, par témérité, elle parvînt à surmonter,
    À l’aide d’un ange exhausteur, l’ignoble ignominie salace.

    Un matin gris, un soleil pâle, la Vérité, sortie du puits,
    Revêt sa paire de chaussures tout en se posant la question :
    « Quelle est la raison principale pour laquelle les braves gens, depuis
    Mon exil, ne sont plus très sûres de leurs propres hétérosuggestions.

    Changer de genre, changer de sexe, comme si les chromosomes mentent !
    Les X et les Y renient leurs rôles dans l’humanité. »
    La Vérité reste perplexe sur la situation alarmante
    Et en mesure l’ironie, le déclin et la vanité.

    La Vérité, c’est l’empêcheur de tromper et mentir en rond ;
    Le mal est fait et rien n’y fait pour revenir à la raison.
    Dans sa cabane du pêcheur, tout en se faisant du mouron,
    Elle pleure son monde imparfait et enfin reste à la maison.

    Photo de Rose Valentine par Melanie sur https:fashionfav.commagazine-editorialsrose-valentine-melanie-ramon-also-journal .