Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Accord de l’âme

    Accord de l’âme

    En effleurant les cordes de ses cheveux de crin,
    La musicienne en transe a le goût du sacré !
    À mon cœur, elle accorde le son de son crincrin
    Qui incarne à outrance mon âme consacrée.

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  • À corps de lame

    Une lame effilée qu’on remet au fourreau,
    Qu’on sort et qu’on remet pour lubrifier le fil,
    Illico la brandir par la main du bourreau
    Pour goûter le fumet aussitôt qu’on l’enfile.

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  • Demain, je déménage

    Demain, je déménage

    Je déménage dès demain, j’en ai assez du mauvais temps !
    Je prendrai la première tornade ou, s’il le faut, un ouragan !
    Je prends mon courage à deux mains, je ne suis pas incompétent !
    Dites-le à la cantonade : mon appartement est vacant !

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  • La première fleur du matin

    La première fleur du matin

    Je suis toujours ému par la première fleur
    Qui sourit le matin, parfumée de rosée.
    La nature qui mue d’un geste fignoleur
    Aux pétales de satin, me rend fort disposé.

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  • Jurassic-boy

    Jurassic-boy

    Furtivement il se glisse entre les pans de la tente,
    Subrepticement il ose pénétrer à l’intérieur,
    Audacieusement il plisse ses grands yeux noirs dans l’attente,
    Silencieusement il pose son regard de l’extérieur.

    Il n’a aucune richesse hormis sa curiosité,
    Il n’a pas de prétention excepté de partager,
    Il n’a aucune noblesse sauf son affectuosité,
    Pas de mauvaises intentions, fors un cœur avantagé.

    Il m’a suivi sur la route quand je cherchais des trésors ;
    Il m’a guidé sur la piste quand je traquais les filons ;
    Il m’a sauvé des déroutes dans les pas des dinosaures ;
    Il s’est montré moraliste quand je perdais l’aquilon.

    Rapide comme une gazelle, il disparait sans un bruit ;
    Aussi véloce qu’un aigle, il sait capturer ses proies ;
    Élancé comme une oiselle, il sait repérer les fruits ;
    Droit, loyal à toute règle, il n’affiche nul désarroi.

    J’ai songé à l’adopter, à lui ouvrir ma maison,
    Mais il n’a pas accepté mon offrande narcissique.
    Il a préféré opter, à l’encontre de ma raison,
    Pour encore intercepter les chasseurs du jurassique.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • La nature d’argent

    La nature d’argent

    Quand la nature est d’argent, j’invite à dîner ma belle,
    Je lui prépare un joli petit souper aux chandelles.
    Elle et moi, en partageant, une tarte aux mirabelles,
    Avons très bon appétit, mais plus pour la bagatelle.

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  • Courrier du cœur aux tournesols

    Courrier du cœur aux tournesols

    J’avais mis à dessein ce bouquet sur ma table ;
    J’avais besoin d’idées et d’une inspiration.
    L’aréole d’un sein m’était inévitable
    Comme téléguidé par cette aberration.

    J’y observais aussi sa robe de dentelles
    Qu’elle portait un soir lors d’un galant dîner.
    Mes pensées dégrossies faisaient la tarentelle
    Quand je voulus m’asseoir pour la baladiner.

    Ses pupilles amusées se reflètent au cœur
    De ce gros tournesol qui m’observe sans dire,
    Comme au coin d’un musée avec l’œil critiqueur
    Qui se veut la boussole qui va me contredire.

    J’ai trempé un pétale de la fleur de mentor
    Dans l’encre de l’espoir qui me pousse à écrire.
    Sur ma feuille j’étale d’une voix de stentor
    Sans aucun désespoir ce que j’y veux transcrire.

    Maintenant terminée, posée sur mon pupitre,
    Je m’en vais la poster sur le courrier du cœur.
    Elle est vitaminée par ce tendre chapitre
    Et je vais m’aposter dans un espoir vainqueur.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • La courbure de l’escargot

    La courbure de l’escargot

    Sous sa maison en spirale, l’escargot voit l’univers
    Enroulé dans des volutes qui ressemblent à sa nature.
    Notre mollusque amiral, n’a ni endroit ni envers,
    Et poursuit sa course en lutte contre une folle courbature.

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  • Que vois-je dans la neige ?

    Que vois-je dans la neige ?

    Que vois-je dans la neige là-bas à l’horizon ?
    Des tas de souris blanches qui dévalent la pente !
    C’est un drôle de manège, ça donne le frisson
    Toutes ces avalanches de souris galopantes !

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  • Nature recto-verso

    Nature recto-verso

    Quand la nature se mire avec ses mille couleurs
    Sur le miroir tremblotant qui lui dilue tous ses troubles,
    J’apprécie et puis j’admire tous les maux et les souleurs
    Dans les reflets clapotant de cet univers en double.

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  • Quand la mer devient rouge

    Quand la mer devient rouge

    C’est sur un fond sablonneux, enfariné de grès rouge,
    Sur la plage à marée basse arrosée de brumes éparses ;
    Sur ces rochers limoneux, où ça grouille et où ça bouge,
    Des palourdes et des gambas et d’autres moules comparses.

    On y va les pieds dans l’eau dans l’encre rouge de l’anse
    Pour glaner les fruits de mer qui trémoussent sous le sable ;
    Saluant les matelots dont les barques se balancent
    Sous la houle douce-amère des vents indéfinissables.

    Comme le sang d’un dragon qui serait mort d’un assaut
    Contre tous les Léviathans qui fabriquent les légendes,
    Cette couleur du lagon, où naviguent les vaisseaux,
    Fait le sang pur éclatant de cette terre normande.

    C’est au coucher du soleil, au moment du crépuscule,
    Qu’on voit la mer s’enflammer sous la forge de Neptune.
    C’est la couleur du sommeil quand la conscience bascule
    Vers les rêves réclamés par les fables de la Lune.

    Puis, la nuit, tout s’assombrit dans des cramoisis troublants
    Et la mer refait son lit sous une couette d’étoiles.
    Tous regagnent leurs abris, de précaution redoublant,
    Et le pourpre se délie dans le tissu de la toile.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Je ris sous cape rouge

    Je ris sous cape rouge

    Quand je ris sous ma cape, je l’étale tout en long
    Pour montrer aux canots mon fou rire éclatant !
    Tous les bateaux du port en prennent du galon
    Et hissent leurs fanaux pour saluer juste à temps.

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  • Le rideau de lumière

    Le rideau de lumière

    Pour séparer ces deux mondes de pénombre et de lumière,
    La nature a élevé une limite essentielle.
    Cette frontière de l’onde fait mon chemin de Sommières
    Dont le plafond soulevé fait le plus bel arc-en-ciel.

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  • La forge des vagues

    La forge des vagues

    Quand l’eau se charge d’écume dans l’explosion de la vague
    Qui déferle sur la pierre et fouette le vent du large,
    Dieu frappe fort sur l’enclume pour forger la sainte dague
    Qui devient mon équipière et ma précieuse recharge.

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  • La réponse est dans la fleur

    La réponse est dans la fleur

    Si tu te demandes encore qui décide la direction
    Du vent qui souffle sur les monts et disperse les nuages ;
    Si tu recherches l’accord que donne la protection
    De l’eau qui coule en amont et anime ton sillage ;

    Si tu cherches la raison qui inspire la passion
    De la terre qui nourrit et féconde ses enfants ;
    Si tu quêtes la maison d’où émane la compassion
    Du feu qui brûle et sourit à ton cœur en le chauffant ;

    Alors écoute la fleur, sois attentif à la gerbe,
    La réponse à tes questions est dans le cœur de la fleur ;
    Regarde bien les couleurs, c’est dans leur écho superbe
    Qu’est cachée, en suggestion, la science du souffleur.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Elle est loin, la banquise

    Elle est loin, la banquise

    Du haut de son rocher bien loin de sa banquise
    La grande ourse est perchée et se met à penser
    Elle a peur d’approcher sa nouvelle terre acquise
    Après s’être cherchée et mal récompensée.

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  • La harpe de rosée

    La harpe de rosée

    Pour jouer de ma harpe, il faut se lever tôt
    Et trouver une toile bien perlée de rosée.
    Muet comme une carpe, jouez pizzicato
    Une aubade aux étoiles divinement composée.

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  • L’or de la nature

    L’or de la nature

    Les poissons dans l’or fluide, les oiseaux dans l’or du ciel,
    Tout ce monde de richesse est une corne d’abondance.
    Heureux qui rencontre le druide qui enseigne l’essentiel
    Ou encore la druidesse qui offre la providence.

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  • Mes trésors de l’été

    Mes trésors de l’été

    Quand vient la fin de l’été, je remplis mon coffre-fort
    De soleil, de sable d’or et de parfum des vacances.
    Puis, quand je veux compléter une pause après l’effort,
    Je l’entrouvre et je m’endors d’une douce inconséquence.

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  • Les poissons illusoires

    Les poissons illusoires

    Les deux meilleurs moments pour pêcher les couleurs
    C’est juste après l’aurore et juste avant le soir ;
    L’éclat du firmament fait des feux enrouleurs
    Et le filet se dore de poissons illusoires.

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  • Boire double

    Boire double

    Après avoir atteint le plus haut point du ciel,
    Après avoir touché la dernière limite,
    Qu’il est bon le matin de boire l’essentiel
    Et, sans s’effaroucher, se fondre avec son mythe.

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  • Correspondance aux tournesols

    Correspondance aux tournesols

    J’ai voulu t’écrire une lettre
    Mais le vent, en soufflant mes plumes,
    M’a privé, autant qu’on puisse l’être,
    De toute force de mon volume.

    Et me voilà devant ma page
    Sans pouvoir y coucher mes mots.
    Alors, j’ai fait ce découpage
    Avec des efforts extrêmaux.

    En effeuillant la marguerite
    J’ai collé ma lettre d’amour.
    Et pour qu’elle soit émérite,
    Les tournesols sont très glamours.

    J’en ai mis quatre sur ma feuille,
    Le premier, doux comme ton corps,
    Un pour ton cœur de chèvrefeuille,
    Un pour ton esprit en accord.

    Le quatrième pour ton âme
    Qui saura entendre ma voix
    Que j’ai gravée dans cette flamme
    Sur la devise de mon pavois.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • La belle indonésienne

    Lorsque je fus invité sur l’île de Robinson,
    Jamais je ne m’attendais à trouver tant de beauté.
    Avec affectivité et un fugace pinçon,
    Cette indigène ascendait à se faire tressauter.

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  • L’heure rouge

    L’heure rouge

    Plus intense que l’heure bleue, plus chaude et plus enivrante,
    Au moment du rayon vert qui flamboie le paysage,
    La nature crie « ventrebleu, que la culture est navrante
    Que personne n’ait fait de vers sur ce rouge tamisage ! »

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  • Nature rouge

    Nature rouge

    À l’heure où le soleil se couche,
    Quand il lance son rayon vert,
    C’est le moment qui fait mouche
    Où tout parait à l’envers.

    L’heure bleue se teint de rouge,
    Les chats deviennent gris-rouille,
    Tous les inanimés bougent
    Et tout ce qui vit se brouille.

    Une couleur de citrouille
    Emplit doucement la maison.
    Dans la cuisine tout s’embrouille
    Il n’y a plus de saison !

    Tous les légumes mûrissent
    Dans la lumière embrasée.
    Jusqu’à ce qu’ils me nourrissent
    Avec leur pâte à braser.

    Au moment où je m’enivre
    De la liqueur enflammée,
    Je me sens soudain revivre
    Et mon âme est affamée.

    Depuis, tous les jours, je guette
    L’heure floue, momentanée,
    Où Dieu brandit la baguette
    Du miracle instantané.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • La philo à l’îlot

    La philo à l’îlot

    Avec ses petits plumeaux pour accomplir son ménage
    Et tous ses petits chiffons bien rangés sous les nuages,
    Robinson lave à grand ’eaux à risquer le surmenage
    Et nettoie comme un typhon pour le grand débarbouillage.

    C’est parce que c’est vendredi et vendredi, c’est sacré !
    Du lointain de l’horizon, derrière la barre de récifs,
    Ça ne s’est jamais contredit : sur leurs pirogues nacrées
    Viendront sur l’île-prison, les indigènes expressifs.

    Quand il aura bien rangé toutes les noix de coco,
    Quand il aura déblayé le varech sur le rivage,
    Quand il aura dérangé sa hutte un peu rococo,
    Quand il aura balayé les fientes d’oiseaux sauvages,

    Il fera un feu de joie sur la pointe du rocher
    Comme un phare dans la nuit qui montrera le chemin.
    Être le seul villageois, sur son royaume accroché,
    Ça le sort de son ennui pour aujourd’hui et demain.

    C’est la vie de Robinson, c’est son devoir d’îlotier
    Qui prend soin de son îlot en vrai maître de maison.
    Il est gai comme un pinson chantant sur l’abricotier ;
    Ça façonne sa philo et ça forge sa raison.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Les dessous de la ballerine

    Les dessous de la ballerine

    Ne croyez pas que je m’attarde chaque fois qu’il y a un froufrou
    Mais sous les jupons de ces dames, il y a toujours des merveilles !
    Qu’elle se farde, la gaillarde, ou qu’elle guette son tourlourou,
    Dans mon cœur, ça fait un ramdam, quand un joli dessous m’éveille !

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  • Rêves de Lune

    Rêves de Lune

    Au clair de la lune, je suis dans mon lit.
    Je rêve d’étoiles et de jolies fées.
    Elles viennent de Neptune dans son aphélie.
    Je lève leurs voiles pour les réchauffer.

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  • L’helvète se marie

    L’helvète se marie

    À force de la rencontrer dans toutes mes promenades,
    J’ai demandé à la belle de partager mon destin.
    Après avoir démontré une dépantalonnade
    J’ai goûté ma colombelle et ce fut un vrai festin !

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  • Dieu vous écoute

    Dieu vous écoute

    Un standard lumineux aux rayons angéliques,
    Des chandelles ardentes aux pieuses imageries.
    Ce lien faramineux, puissant, évangélique,
    Fait la voie ascendante de la sainte messagerie.

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  • Une demoiselle sur une balançoire

    Une demoiselle sur une balançoire

    Une jolie demoiselle, perchée sur une balançoire,
    Balançait son avenir et ses illusions perdues.
    Aussi légère qu’une oiselle, sur son humble trémoussoir,
    Elle laissait le temps venir sur ses amours éperdues.

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  • Fantasmes à la Lune

    Fantasmes à la Lune

    Au clair de la lune, au premier quartier,
    Je rêve de belles nues et allongées.
    De la pleine lune au dernier quartier,
    Je leur suis fidèle pour m’y replonger.

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  • Naufragé malgré lui

    Naufragé malgré lui

    Debout sur sa banquise, il a perdu le nord
    Et le pôle n’est plus qu’une glace engloutie.
    De son adresse acquise et sa voix de ténor,
    Vers le sud, il n’a plus qu’un rêve inabouti.

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  • Les bains de coquelicots

    Les bains de coquelicots

    Elle prenait des bains vermeils qui faisaient battre son cœur,
    Elle absorbait la couleur au plus profond de son corps.
    Sa beauté, pure merveille, faisait jouter les vainqueurs
    Qui souffraient mille douleurs pour obtenir son accord.

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  • Le village oublié

    Le village oublié

    Balayé par les hauts vents, affligé par les tempêtes,
    Tous ces vaillants vétérans conservent la tête haute.
    Protégés par les auvents, sonnant fort de leurs trompettes,
    Sous leurs toits de conquérants, ces fidèles garde-côtes.

    C’est mon village d’antan, où les maisons sont restées
    Fidèles à leurs ascendants, attachées à leur clocher.
    Des fantômes repentants de leurs passés contestés
    Demeurent condescendants des mémoires effilochées.

    Mes souvenirs continuent à arpenter les ruelles
    Dans le labyrinthe étroit qui mène au cœur du village.
    Mes pensées discontinues de ses traces visuelles
    Ont longtemps payé l’octroi et gravé son profilage.

    J’y reviens parfois la nuit lorsque hantent mes nuits blanches
    Et je revois les visages de ses anciens habitants.
    Surtout autour de minuit, du samedi au dimanche,
    Parcourant les paysages dans un émoi palpitant.

    Aujourd’hui sous les nuages, la bourgade à la retraite,
    Ne sent plus les parasites qui grignotent ses maisons.
    Pour un sourire suave, mais ça fait belle lurette
    Que la dernière visite ne connait plus de saison.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Dédale désorienté

    Dédale désorienté

    Heureux qui, comme Icare, a fait un beau plongeon !
    Et, sans bémol, qui vole en toute liberté !
    Pour moi, le seul bécarre, du haut de mon donjon,
    C’est d’être bénévole et très déconcerté…

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  • Calanques violettes

    Calanques violettes

    Avez-vous vu les calanques lorsqu’elles deviennent violettes,
    Quand le soleil incendie les lagunes embrasées ?
    Venez-vous cacher en planque sur la vue croquignolette
    Une nuit d’hiver tandis que la neige est abrasée.

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  • Je me jette à l’air

    Je me jette à l’air

    Quand tout devient impossible, que les ennuis s’accumulent,
    Avec mon anti-pépins, je vais me jeter à l’air.
    Ainsi, je reste impassible et plus rien ne me stimule
    Les raseurs, les turlupins disparaissent en un éclair !

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  • Ouverture sur la nature

    Ouverture sur la nature

    Frontière sur la vacuité entre l’esprit et mon âme,
    Naviguant sur le présent et remontant à sa source,
    Porte étroite sur l’acuité pour en discerner la flamme,
    Comme un enfant de treize ans plein de vie et de ressources.

    Écluse du lac de Greifensee qui règle le débit de la rivière Glatt qui traverse Dübendorf.

  • Queues de coquelicots

    Queues de coquelicots

    Dressées vers le ciel, les belles ombrelles,
    Les jambes en l’air, les fesses à l’éther !
    Voilà l’essentiel des fleurs naturelles ;
    L’envie oculaire, simple et terre-à-terre !

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  • La lecture romantique

    La lecture romantique

    Pour tâter l’aventure au fil de ma lecture,
    Je me suis installée devant la liberté.
    Là, sur la devanture de cette architecture,
    Je laisse s’en aller mes mots déconcertés.

    Mon amant, s’il m’entend, viendra sous mon balcon,
    S’agrippera aux phrases que je lie en lisant.
    Moi, Juliette, en mentant, attendrait au cocon
    Afin qu’il m’apprivoise en me tranquillisant.

    Je suis trop romantique et je suis trop rêveuse,
    Mes fantasmes sont flous quand je brûle d’amour.
    Je cherche l’authentique et ça me rend nerveuse.
    Moi, les grands méchants loups me semblent trop glamour !

    Mon cœur battait si fort dans le dernier chapitre
    Que je n’osais bouger de peur d’user l’intrigue.
    Les mots en épiphore dansaient sur mon pupitre
    Quand son bois fut gougé par l’épée de Rodrigue.

    Hier j’étais Chimène, aujourd’hui Cléopâtre !
    Demain je partirai sur les steppes immenses.
    Je ferai mon hymen avec le grand bellâtre
    Qui m’aura soutiré mes meilleures romances.

    Épiphore : Répétition par laquelle un mot ou plusieurs mots reviennent en fin de phrase.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Pas de fumée sans Lune

    Pas de fumée sans Lune

    Des volutes de nuages et des poussières d’étoiles
    Font le sillage imprécis de la Lune voyageuse.
    Parfois sa courbe est suave, parfois sa course se voile,
    Mais sa vie est un récit et me fait l’âme songeuse.

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  • Les cavales rient

    Les cavales rient

    Dans la savane, on rigole et l’on rit à belles dents !
    Dans nos pyjamas rayés à la pâte dentifrice.
    Habillés comme des cagoles aux habits condescendants,
    Ne soyez pas effrayés quand nous pouffons en jocrisse !

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  • La fusée de pierre

    La fusée de pierre

    Tout là-haut sur les montagnes, j’ai construit une fusée
    En bonnes pierres solides et avec un gros clocher.
    J’ai préparé le champagne pour aller la baptiser
    Et demain mon fier bolide, les étoiles, va décrocher !

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  • L’accordeur d’arbres

    L’accordeur d’arbres

    Vous le verrez tous les soirs à l’heure entre chien et loup
    En train d’accrocher aux branches des milliers d’étoiles filantes.
    À l’aide de son épissoir, il accorde tranquillou
    Les arbres d’une main franche dans une paix nonchalante.

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  • Ballet aérien

    Ballet aérien

    Qu’il est bon de danser lorsque c’est inutile !
    Qu’il est bon de voler quand ça ne sert à rien !
    Qu’il est bon de rêver surtout si c’est futile !
    Qu’il est bon de rimer un ballet aérien.

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  • L’œuf lumière

    L’œuf lumière

    C’était un œuf alchimiste, fruit de la poule-aux-œufs-d’or.
    Engendré par la lumière, enfanté par les étoiles.
    Couvé d’amour optimiste que ses deux parents adorent,
    Il brisera les barrières lorsqu’il lèvera son voile.

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  • Coccicouleurs

    Coccicouleurs

    Coccirouge et Cocciverte s’en allaient glaner aux champs ;
    Coccijaune, le troisième ; Cocciviolette, la dernière.
    Ils vivaient de découvertes, les jolies fleurs chevauchant,
    Jusqu’à la fleur colombienne qui leur servit de bannière.

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  • Nu coquelicot

    Nu coquelicot

    Elle allait se baigner dans les coquelicots
    Et se promenait nue dans les mille couleurs.
    Après, je la peignais avec un calicot
    Pour vêtir l’ingénue de pétales de fleurs.

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  • L’helvète à bicyclette

    L’helvète à bicyclette

    Un matin, couleur de brume, l’herbe perlée de rosée,
    Sous un ciel nacré d’aurore, satiné de zéolithe ;
    Dans une forêt qu’embrument mes songes encore arrosés
    Des souvenirs qui pérorent d’une rencontre insolite.

    Un petit éclat de rire. Un accident imprévu.
    Comme un oiseau qui s’ébat dans un fol amerrissage.
    Juste aidée de mon sourire que je n’avais pas prévu,
    Me voici dans un débat, fort joli d’apprentissage.

    Juste au bord sur les galets, la bicyclette étendue,
    Une cycliste accroupie qui se relève d’un bond.
    Comme sur un chevalet, peint sur la toile tendue
    De mes fantasmes assoupis, le mirage pudibond.

    Vêtue de robe légère d’une étoffe de nuage,
    Elle se tient devant moi dans un désordre impérieux.
    De beaux seins sous la lingère fixant l’avenir suave
    Et des yeux tout en émoi d’un passé mystérieux.

    Je lui propose mon bras pour la retirer de l’onde.
    Elle retire sa robe pour la sécher au grand jour,
    Et puis « abracadabra ! », avec sa langue faconde,
    La voilà qui se dérobe en me souhaitant le bonjour.

    Elle enfourche sa bécane, nue dans son costume d’Ève
    En dandinant son derrière sur gerbe de fleurs sauvages.
    Je reste seul sur mes cannes, avec sa robe sur la grève
    Tout en restant en arrière, confondu sur le rivage.

    Tableau de Maryvon Riboulet