Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • La mission secrète

    La mission secrète

    À Yavänor et Laëtïtïa, l’Odyssée dans l’interstellaire ;
    À Élysäé et Orélion, l’Épopée dans le corps humain ;
    Mais au cœur de l’ÏÄMOURÏÄ, deux âmes dans leur sein stellaire
    Vont accompagner nos champions, fidèles tout au long du chemin.

    Élyäna et Ärÿnor, les anges des deux infinis
    Vont relier chaque planète à l’organisme de Laureline.
    Avec le signe qui honore, qui renforce et qui définit
    Tout le corps des pieds à la tête et ses propriétés enclines.

    Élyäna porte la mémoire et Ärÿnor l’éternité ;
    Ils éveilleront chaque organe selon son interpolation.
    Élyäna entre les moires des mères de l’humanité,
    Ärÿnor entre les arcanes des astres et des constellations.

    Ils veilleront, anges invisibles, aux croisements des destinées,
    À chaque pas de nos héros sur l chemin vers les étoiles.
    Gardiens unis, indivisibles, mais vigies prédéterminées
    À accomplir leur numéro lorsque le vent gonfle leurs voiles.

    Parfois ils seront cet ami qui protège ses frères et sœurs ;
    Parfois ils seront ce guerrier qui parcourt les mers et les terres ;
    Parfois ils seront l’ennemi, aussi redoutable chasseur,
    Mais toujours fidèles trésoriers de leurs valeurs humanitaires.

    Deux Lares aux vertus protectrices, gardiens de l’esprit et du corps ;
    Vestales du feu de leurs âmes, soumis au Féminin Sacré.
    Mais à la force destructrice compétente en un temps record
    Pour supprimer tout risque infâme contre leurs rôles consacrés.

    Dès l’aube de la gestation, ils ont tissé les alliances
    Depuis la tête du Bélier jusqu’aux Poissons, garants des pieds.
    Inaltérable attestation doublée du don de clairvoyance
    Dont nos héros pourront pallier grâce au zèle de leurs équipiers.

    Illustration de Gemini.

  • Le Passage des Deux Aurores

    À l’heure de la délivrance, parvenus à maturité,
    Les enfants, prêts à affronter l’hostilité de l’extérieur,
    Vont connaître la différence entre l’intime sécurité
    Et les conditions effrontées mais réelles du stade ultérieur.

    Mais le voyage organisé quitte l’univers de leur mère
    Pour atteindre le niveau du père et toute la communauté.
    Leur épopée localisée dans leur paradis éphémère
    Continue sa route prospère avec beaucoup de nouveautés.

    L’arrivée en pleine lumière laisse échapper un premier cri ;
    L’air qui entre dans les poumons provoque une âme inassouvie.
    Dans cette expérience première, là où rien n’est encore inscrit,
    La vie continue de l’amont vers l’aval du fleuve de la vie.

    La phase ultime de la naissance est bien plus qu’un simple transfert ;
    Passage du végétatif à l’animal, puis l’être humain.
    L’héritage de la connaissance en particulier lui confère
    D’être aussi participatif, saisir et se donner la main.

    Les instructions sont programmées : perte des eaux et contractions.
    La mère en vaisseau matriciel doit se préparer au travail,
    Des phénomènes vont se tramer pour faciliter l’extraction
    Éventuellement cicatriciels mais victorieux, vaille que vaille.

    La mère est bien positionnée, sas ouvert, moment imminent ;
    L’enfant pionnier et volontaire se jette la tête la première.
    Tête qui vient se tortillonner et puis tout le corps éminent
    À cet instant sacramentaire, ouvrir les yeux vers la lumière.

    Dans leurs nefs, deux conquistadors, éprouvés par l’accouchement,
    Dardent tous leurs sens attentifs au nouvel environnement.
    Deux petits enfants au cœur d’or, deux anges en effarouchement
    Mais dont les esprits intensifs commencent leurs balbutiements.

    Illustrations de Ledal.

  • Bain de lumière

    Une jeune femme dans une chemise blanche se tient dans une cuisine ensoleillée, avec des ombres projetées par les rayons de soleil à travers la fenêtre. Le sol est en damier noir et blanc, et un réfrigérateur jaune est visible à côté d'elle.

    Tous les matins le jour se lève mais ça, tout le monde le sait ;
    Mais ce que tout l’monde ne sait pas, c’est qu’il m’élève dans ma chaumière.
    Je suis fière d’être bonne élève et assidue à chaque essai
    Que le soleil transforme ou pas en lévitation de lumière.

    Il m’attire par la fenêtre et je m’envole vers les nues,
    Tirée par les rayons solides sur lesquels je peux m’accrocher.
    Je sois être la seule à connaître cette invitation saugrenue
    Mais quel bonheur, tel un bolide, de franchir montagnes et rochers !

    Dans ma cuisine aux dalles sages, la lumière joue son manège ;
    Elle découpe des silhouettes qui chavirent sur les carreaux.
    Et je deviens, dans cet ouvrage, un fil mouvant que rien n’assiège ;
    Comme un trait de craie qui souhaite devenir le mat du tarot !

    Tableau de Miles Johnston.

  • Habitations aux Latitudes Mélangées

    Dans nos résidences modernes, tous les appartements s’emboîtent ;
    Mais pas les humains indociles qui se rassemblent rarement
    Mis à part les vieilles badernes et leurs réunions adéquates
    Et leurs escarmouches imbéciles qui provoquent maints égarements.

    Dans les appartements high-techs, récupérés dans les usines
    Désaffectées mais pittoresques, la vie est pleine d’escaliers
    Comme des pyramides aztèques qui donneraient à leurs cuisines
    L’art culinaire picaresque des habitants fous à lier.

    Illustrations de Cinta Vidal Agulló sur http:mondesetmerveilles.centerblog.net372-peintures-de-cinta-vidal-agull0 .

  • La Muraille Sensible

    Voici les nerfs à fleur de peau, ta peau tendue comme un tambour…
    Où les mots sont amplifiés, juste soufflés sur la surface.
    La peau ne connaît nul repos ; elle aime être prise à rebours
    Pour le sens le plus densifié ; celui du contact face à face.

    C’est ton oriflamme, ton drapeau qui affiche tes mille couleurs ;
    C’est aussi la communication qui ne souffre aucune description.
    C’est le langage de la peau qui se crispe sous la douleur
    Et se détend par l’affection d’une maman sans restriction.

    La peau frissonne, reçoit le froid, la caresse, la chaleur et attend ;
    C’est l’amour au plus bas niveau, celui du cœur qualitatif.
    Ce qui l’entoure avec effroi ou la rassure et la détend,
    C’est la vie avant le cerveau, juste divine, l’âme à vif.

    C’est la main crevant la vision afin d’en palper l’apparence ;
    C’est le doigt qui approfondit la vibration d’un texte en braille ;
    Les lèvres qui font provision de baisers selon l’attirance ;
    Enfin, la paume qui bondit pour s’emparer d’une trouvaille.

    C’est le sens inné du pionnier qui commence ses explorations,
    Le temps fort de la puberté où l’on examine son corps ;
    L’amour, d’un coup de tisonnier, qui révèle la copulation
    Et confine la liberté si jamais le cœur est d’accord.

    Élysäé le redécouvre en tâtant son intimité
    Et sent la douceur de son frère dont la peau frémit sous ses doigts.
    Orélion, pendant ce temps, s’ouvre à sa sœur sans hostilité
    Et tout son côté téméraire fond sous les frôlements qui ondoient.

    Et ce besoin de découvrir va les pousser à parcourir
    Et aller explorer le monde pour en raccourcir les distances.
    Et les bras se mettent à s’ouvrir, et les jambes se mettent à courir,
    Et le toucher ouvrir la bonde s’il sent la moindre résistance.

    Illustrations de Ledal.

  • Entre louves

    Entre louves

    Louves-garoues et femmes-louves sont, par le féminin sacré,
    Unies lorsqu’elles sont enceintes et qu’elles ont besoin de caresses.
    Entre femelles on se retrouve dans un refuge consacré
    À partager l’étreinte sainte pendant un instant de paresse.

    Moi, l’homme-loup, je les observe et je respire leur tendresse
    Je suis le père d’un louveteau dans la matrice de sa mère.
    Pour que la rencontre conserve béatitude et allégresse,
    Je me tiens devant le linteau comme protecteur de chimères.

    Et moi, Déesse-Louve, altière, je veille au seuil de leur mystère ;
    Je sens la nuit battre en leur ventre comme un battement avant la lettre.
    Si la passion se fait lumière et fait danser l’ombre et la terre,
    Je garde grand-ouvert mon antre où leurs deux souffles peuvent naître.

    Tableau d’Irina Lesik.

  • Les visages transhumains

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    Dès cet automne, la transhumance va s’appliquer à nos visages
    Dont une moitié seulement s’en ira vers les pâturages.
    L’autre moitié avec clémence restera car elle envisage
    Malgré le bouleversement, de faire plus que force ni que rage.

    Confronté aux difficultés dressées dans notre paysage,
    Nos visages sans cesse attaqués ont pris une résolution
    Puisque nous sommes agressés par toutes sortes d’arrosages ;
    Des pluies acides détraquées aux particules en dilution.

    Il est désormais inutile de s’énerver contre le progrès.
    Au contraire, il faut faire preuve de patience et ténacité.
    Aussi, comme il paraît aussi futile que tout aille bon gré mal gré,
    Le mieux contre toutes ces épreuves est de montrer sa pugnacité.

    L’hiver les visages migrateurs partiront vers l’autre hémisphère ;
    L’autre moitié travaillera pour payer les frais du voyage.
    Dès le solstice, à l’équateur, on s’échangera les atmosphères
    Ainsi l’été accueillera ces blancs-becs pour l’autobronzage.

    Tableau de MsJoKnows.eth sur www.msjoknows.art .

  • Le Théâtre des Mouvements

    Aussitôt changé le décor, l’épopée devient un théâtre
    Où les acteurs sont les visages, les langues citent les répliques,
    Les rôles sont tenus par les corps prêts à l’action et à combattre
    Le long d’immenses paysages où chacun des membres s’applique.

    Côté coulisses, de grands faisceaux de muscles rouges, striés et blancs ;
    Tendons qui tirent les tentures sous une solide structure osseuse.
    Côté public, tous les vaisseaux sanguins et nerfs sont en arrière-plan
    Pour apporter à l’aventure toute l’énergie ambianceuse.

    Élysäé suit en silence la musique et les mouvements ;
    Orélion jauge les machines et toute leur infrastructure.
    Cordes vocales en vigilance, prêtes à tout roucoulement ;
    Tendu tout le long de l’échine, le corps s’entraîne à ses postures.

    Soudain le rideau est levé et Laureline se réveille ;
    Les jambes démarrent un ballet et se transportent sous la douche.
    Le corps est aussitôt lavé et tous les acteurs font merveille
    Dans ce premier acte emballé qui nous en laisse l’eau à la bouche.

    Deuxième scène, l’habillage qui nous fait sentir le toucher
    De belles étoffes délicates qui vêtent autant qu’elles embellissent.
    Troisième scène, le maquillage où la beauté est retouchée
    De fards – et crèmes adéquates – de peur que la peau ne pâlisse.

    La bouche devient le palais où toutes les intrigues débouchent
    Les goûts sucrés, amers, salés, acides, aigres et umami
    S’affrontent sans jamais s’égaler dans des joutes de mises en bouche
    Et tout le petit-déjeuner offre un beau plateau entre amis.

    Après, activités sportives : les muscles entrent en action ;
    Les jambes courent à perdre haleine, les bras s’étirent et agissent.
    Le soir, Laureline reste émotive, soumise à toutes ses tensions
    Et Yavänor alors l’emmène rêver afin qu’elle s’y ravisse.

    Illustrations de Ledal.

  • Baroque & rôle

    Baroque & rôle

    Arlequin est à la musique un compositeur qui combine
    Joie et tristesse, rire et colère et toutes sortes d’oxymores.
    Son habit fait de mosaïques patchworkées par sa Colombine
    Lui donne une allure de trouvère bon vivant et trompe-la-mort.

    En ce moment, il a le blues ; ça lui arrive à chaque Lune
    Lorsque celle-ci est gibbeuse durant trois nuits interminables.
    Colombine en est très jalouse car dans ces périodes opportunes
    Il court après toutes les gueuses qui dansent nues, impressionnables.

    Et quand revient l’aube pâlotte qui gratte aux vitres de sa chambre,
    Arlequin range sa bravade et replie ses humeurs fantasques.
    Colombine ôte sa culotte, s’étire alors de tous ses membres
    Et son cœur qui bat la chamade réclame de tomber le masque.

    Tableau de Natalia Shatrova.

  • Musicales rêveries

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    Mes rêves seraient musicaux mais j’en oublie la mélodie
    Sans doute à cause des oiseaux qui sifflent leurs petits airs charmants.
    Pourtant les troubles vésicaux ne laissent aucune rhapsodie
    Lorsqu’ils réveillent le roseau pensant que je suis en dormant.

    Je me souviens bien des images et des dialogues échangés
    Mais ni le moindre triolet, ni chansonnette n’en émane.
    J’aimerais pourtant rendre hommage non pas aux chanteurs étrangers
    Mais à ceux qui ont affriolé toute ma jeunesse mélomane.

    J’aimerais rêver de Brassens, de Ferré, de Ferrat, de Brel
    Et les chansons de flibustiers et tous leurs couplets fastidieux !
    Refaire les accords qui parvinssent à complaire à Francis Cabrel
    Et Maxime Leforestier qui taquinaient comme des dieux !

    Je rêve surtout d’échapper à la moderne dictature
    Des chansons nord-américaines qui déferlent partout dans les rues.
    J’en ai l’oreille handicapée à ouïr ces caricatures
    De blues d’origine africaine dont l’harmonie a disparu.

    Tableaux de Mary Delave sur http:marydelave.blogspot.com .

  • Le Sanctuaire des Commencements

    Laureline & Yavänor savourent les plaisirs de l’amour charnel
    Où tous leurs mouvements intenses n’obéissent plus qu’à leurs envies.
    Deux corps s’unissent avec bravoure, œuvrant dans l’antre maternel
    Où la matrice a compétence et pouvoir de donner la vie.

    Deux voyageurs dans leurs nacelles poursuivent leur folle épopée ;
    Ils viennent du monde où les âmes ne sont pas matérialisées.
    Chacun portant une étincelle en train de se développer,
    Chacun attendant le sésame pour naître et se réaliser.

    C’est le régime de croisière et tout un personnel s’affaire
    Dans la matrice placentaire et le cordon ombilical.
    Bientôt cette intime lisière s’ouvrira pour les satisfaire
    Le passage sacramentaire du protocole obstétrical.

    C’est un théâtre en miniature où se retrouvent les acteurs
    Mais en phase d’éducation avec décor en formation.
    En tant que fils de la Nature, ils partagent tous les facteurs
    Externes comme la nutrition, la chaleur et les émotions.

    À l’aube du sixième mois, la croissance alors s’accélère ;
    La maturation sensorielle, la taille, le poids et l’apparence.
    Les visages montrent leurs minois et des sourires interstellaires
    S’ouvrent entre les âmes plurielles avec connivente assurance.

    Les mois s’ajoutent en silence, l’espace devient plus serré ;
    Les jumeaux souvent interfèrent et communiquent en secret.
    Ils perçoivent avec pertinence l’extérieur qui est transféré
    En vibrations, sons et lumières à travers leur abri sacré.

    Un jour, la matrice frémira, le sanctuaire s’éveillera ;
    L’antre s’ouvrira lentement sur l’inconnu vers la lumière.
    Enfin le cordon vibrera, puis par la suite, se fermera
    Et c’est dans un enchantement qu’ils seront en avant-première.

    Illustrations de Ledal.

  • La vestale aux papillons

    La vestale aux papillons

    Depuis qu’elle y avait goûté, elle retournait patiemment
    Là où elle m’avait rencontré tout en espérant me revoir.
    Or si je m’étais écouté, je l’aurais hélée galamment
    Et invitée pour lui montrer tout ce qu’elle souhaitait entrevoir.

    Mais les papillons dans son ventre bourdonnaient trop discrètement
    Et s’envolaient évidemment dans la mauvaise direction.
    Parfois le cœur se déconcentre… son œil ouvert distraitement
    Devrait porter avidement plusieurs lentilles de correction…

    Sans doute l’amour soufflera un jour lui soulevant la robe
    Et l’œil du cœur m’apercevra, entouré de ses papillons.
    Sans doute l’envie s’insufflera avant que je ne me dérobe
    Et la vestale me percevra comme un divin amphitryon.

    Illustration de DALL-E.

  • Le reflet du royaume

    Le reflet du royaume

    Quand je serai dans mon royaume, coupé de tout réseau social,
    Comment vous recontacterai-je depuis mon paradis perdu ?
    Comme il n’existe aucun idiome, ni protocole interfacial,
    Comment alors m’adapterai-je à cette frontière distordue ?

    Par le miroir évidemment, le maître de mes Reflets-Vers !
    Je renverrai par son image comment j’existe désormais.
    Vous y verrez avidement tous les secrets de l’univers
    Que je mettrai dans mes messages télémiroités à jamais…

    Si vous voyez en noir et blanc, c’est que je n’ai plus de douleur ;
    Ni cœur morose, ni bleus de l’âme, ni la moindre taciturnité,
    Je vis l’amour sans faux-semblants avec mes muses en couleur
    Qui m’ont toutes avoué leur flamme qui brûle pour l’éternité.

    Illustration de DALL-E.

  • Vestale du feu nouveau

    Était-ce Loreleï ou bien Laureline ? J’avoue, je les confonds souvent
    Mais je me souviens d’elle prostrée d’avoir failli à sa mission.
    Plongée dans l’eau qui dégouline elle priait – c’est émouvant –
    Un dieu quelconque idolâtré et en totale soumission.

    Passant par-là, moi Lucifer, j’ai eu pitié de la fautive
    – Ne le répétez à personne, cela nuirait à mon image –
    Je déposai l’ardente sphère entre ses mains conservatives
    Et, avant qu’elle ne me soupçonne, j’ai disparu tel un mirage.

    Alors la vestale s’est levée pensant la flamme retrouvée,
    L’offrit au temple de Vesta pour la pérennité de Rome.
    Tandis que le feu s’élevait, son petit cœur fort éprouvé
    Cette fois-là manifesta un méphistophélique syndrome.

    Illustrations de DALL-E.

  • La Porte des Brumes

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    Il est des rêves qui n’apparaissent que le soir entre chien et loup
    Quand tout se brouille et se confond, l’imaginaire prêt à jaillir.
    Je sens cette étrange paresse m’envahir d’un halo jaloux
    De la réalité qui fond peu à peu jusqu’à défaillir.

    Puis la nuit tombe son rideau et pourtant le rêve persiste ;
    Je devrais dormir et pourtant je me réveille et il est là :
    Ce royaume dit « l’Eldorado » que l’on prétendrait utopiste
    M’ouvrir son portail envoûtant sur le miroir du Walhalla.

    À l’aube, il reste ouvert une seconde et une seule seulement
    Avant de fondre dans l’écume et retourner dans le néant.
    Un jour, je quitterai ce monde, je quitterai mon élément
    Et plongerai droit dans la brume dans cet interstice béant.

    Illustrations de DALL-E.

  • L’Ordre des Sentinelles Blanches

    Sont-ce des dieux ou des héros dont l’office est des plus troublants,
    Semblables à la circulation des fleuves rubis éminents ?
    Leurs rôles sont plus généraux : le transfert des globules blancs,
    Le drainage et l’épuration, puis le transport des nutriments.

    Leur devise est de protéger, défendre et s’il le faut mourir
    Pour préserver la vie fragile avec le meilleur dévouement.
    Pour ce faire, ils sont agrégés à tout moyen pour concourir
    Par des cohortes de vigiles et quel qu’en soit le dénouement.

    Ce sont les gardiens silencieux qui veillent, toujours en alerte,
    À combattre les infections dans le réseau des ganglions ;
    Chevaliers pâles et consciencieux, réparateurs des plaies ouvertes,
    Guetteurs prompts à toute inspection contre le moindre trublion.

    Ce sont aussi des collecteurs pour le liquide interstitiel
    Qui en régulent la pression et tout excès dans l’organisme.
    Doublés du travail éjecteur de tout déchet non essentiel :
    Évacuation et suppression avec du zèle et sans cynisme.

    Enfin une tâche spécifique au processus de digestion
    Pour absorber et transporter toutes les graisses alimentaires
    Dont l’imprégnation prolifique sera soumise à la gestion
    Lorsque parvenues à portée de l’intestin complémentaire.

    Élysäé et Orélion y font leurs classes sanitaires
    Afin de mieux organiser la gestion d’une armée en marche.
    Car on ne devient un lion de combat dans l’humanitaire
    Qu’en comprenant toute question dont dépendra leur matriarche.

    Car ce n’est pas un rôle ingrat mais au contraire valorisant
    Pour préserver la vie précieuse tout en restant les plus discrets.
    Ils n’en font jamais leurs choux gras car tout danger est suffisant
    Pour souffler la flamme capricieuse à laquelle ils sont consacrés.

    Illustrations de Ledal.

  • L’Europe court toute nue

    L’Europe

    Elle court, elle court, elle court, l’Europe toujours jolie mais toujours nue !
    C’est à se demander pourquoi, passé le siècle des lumières,
    Passé les géniaux philanthropes que notre histoire a retenus,
    Passé ceux qui avaient ce « je-ne-sais-quoi » et qui l’ont sortie de l’ornière !

    Est-ce qu’elle court après l’argent ? Le temps a passé sous les ponts !
    Est-ce qu’elle court après l’amour ? Covid et Sida l’ont tué !
    Est-ce qu’elle veut courir en chargeant ? Hélas il n’y a plus de Napoléon
    Et puis, la guerre, ce n’est pas glamour et n’est qu’un mal substitué.

    Si je rencontre l’Europe nue courant à côté d’un bison
    Et que je le raconte en vers dans un pamphlet Freud-Nietzschéen,
    Qui donc croira au contenu de mon poème écrit… disons
    Le jour où ma tête à l’envers a cru au rêve européen ?

    Tableau sur https:illustrators.rupostspohischenie-evropy .

  • Le seuil du numérique

    Le seuil du numérique

    Une fois que nous aurons franchi le point critique du numérique,
    Le retour sera impossible, happés par un progrès charmeur.
    Le courrier sera affranchi par une empreinte biométrique ;
    Tout sera rendu accessible au bon vouloir des programmeurs.

    Adieu les pièces de cinq centimes égrenées chez la boulangère ;
    Adieu les timbres de collection qui nous ont fait tant voyager ;
    Adieu les sourires intimes qu’on échangeait l’humeur légère
    Contre un petit peu d’affection, un petit plaisir passager.

    Le travail au noir clandestin devra aussi évoluer
    Avec un troc équivalent à quelque obscur cyber-trésor.
    On se rappellera le destin du Roi Midas éberlué
    De voir l’effet ambivalent de pouvoir tout changer en or.

    Mais quand l’IA super-débile, ce clown secret du numérique,
    Viendra nous imposer son rythme à faire chuter les valeurs,
    Elle laissera dans nos sébiles un dernier clin d’œil poétique,
    Brisant l’miroir aux algorithmes pour sept fois sept ans de malheur.

    Œuvre d’art visuel qui utilise une technique de hachures.

  • Le Conseil des Dieux Invisibles

    La porte aux étoiles débouche sur un immense laboratoire
    Dont l’étonnante chimiothèque meuble le centre d’une tour
    Avec ses mille-et-unes souches pour les préparations notoires
    De l’imposante pharmacothèque capitalisée tout autour.

    Ici, l’alchimiste suprême dirige comme un chef d’orchestre
    Toutes les émotions vécues et les sentiments éprouvés.
    Capable des passions extrêmes et des tristesses qu’il séquestre
    Et par ses glandes convaincues du rôle qu’elles ont à prouver.

    Chaque fiole tendre et lumineuse veille sur les émois de Laureline
    Et contient la chaude liqueur de chaque baiser sur le cœur.
    Une seule goutte sirupeuse donne son jet d’adrénaline
    À celle qui se veut vainqueur de ses sensations haut les chœurs !

    Ici se baigne Laureline d’endorphines et sérotonine ;
    Un peu de crème adoucissante ou de poison ensorceleur.
    Ici tout l’amour dégouline par litres entiers de dopamine
    Et de potions étourdissantes pour un désir batifoleur.

    Piquée par la curiosité, Élysäé succombe à l’envie
    De boire du « vin merveilleux » prévu dit-on pour festoyer.
    Ainsi totalement transitée par la folie de l’eau-de-vie
    Elle chante des airs cafouilleux à pleine gorge déployée.

    Orélion sans se méfier a respiré « opium senteur » ;
    Un parfum hallucinogène présumé comme « délirant »
    Et sa sœur le voit défier les règles de la pesanteur
    En nageant dans un oxygène saturé de gaz hilarant.

    Dans un fou rire de délires, ils sortent assommés, étourdis
    De tous ces cocktails concoctés par une mère fine doctoresse.
    Pourtant c’est avec le sourire, légèrement abasourdis,
    Qu’ils se sentent réconfortés par l’âme de l’enchanteresse.

    Illustrations de Ledal.

  • Le roi des sirènes

    Le roi des sirènes

    À l’instar du roi des abeilles ainsi que leur Reine pondeuse,
    Les sirènes ont élu leur sire au rang du grand héron qui pêche.
    Elles ont rempli leur corbeille d’offrandes les plus hasardeuses
    Selon les souhaits qu’on voit grossir et dessinés sur sa ventrèche.

    Le roi des sardines est un thon né de sardines et thon germon
    Qui n’a jamais été pêché et donc n’arrête pas de grandir.
    C’est pourquoi il est de bon ton de ne pas faire de sermon
    Mais plutôt de lui dépêcher tout ce qui pourrait l’arrondir.

    Cachalots, baleines bleues ou blanches sont aliments de premier choix
    Pour sa majesté aux dents creuses et au ventre démesuré.
    Mais surtout pas la moindre tanche ou le moindre petit anchois
    Car une allergie désastreuse lui donne des boutons azurés.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La nounou des poissons

    La nounou des poissons

    La gentille nounou des poissons se trouve dans son élément
    Quand le matin elle ravitaille les poissons des gens en vacances.
    Elle part faire sa moisson de toutes sortes d’aliments
    Flocons et sticks selon leurs tailles et granulés en conséquence.

    Petite particularité : sa mère étant une sirène
    Elle les nourrit toute nue, rapport à l’aquarium géant
    Qu’un vieux loup d’mer a hérité de son extravagante reine
    Qui dévorait le contenu des grands viviers de l’océan.

    Mais la douce enfant de la mer, quand elle penche son front tranquille,
    Entend parfois un long appel qui vient vibrer dans les écailles.
    Un chœur ancien mais doux-amer monte en remuant les eaux subtiles
    Et fait frissonner la pucelle du fond des bulles qui rouscaillent.

    Alors, d’un geste suspendu, elle croit revoir son héritage ;
    Des algues d’or, un ciel liquide, la grande houle aux reins profonds.
    Et même si ses jambes perdues restent captives de son rivage,
    Elle garde en elle, translucide, un océan et ses tréfonds.

    Et quand revient le soir docile, qu’elle referme la maisonnée,
    Les poissons tournent en pédalier et dansent en guise d’alarme.
    Car dans ce monde trop fragile où tout s’efface sans raisonner,
    La nounou, douce et déliée, leur sert d’horizon… et de charme.

    Tableau d’Amy Crehore.

  • Les Fleuves de Rubis

    « Il nous faudrait un pédalo ! » dit Élysäé sur le parvis
    De l’embarcadère aux cellules où les grands vaisseaux s’amoncellent.
    Mais le voyage au fil de l’eau est long comme un cycle de vie
    Et Orélion trouve un globule pouvant leur servir de nacelle.

    Mais les artères sont rapides et l’embarcation est fugace ;
    « Empruntons la route paisible du réseau veineux remontant ! »
    Orélion a l’esprit lucide et Élysäé, plutôt sagace,
    Suggère un canal plus visible pour avancer sans contretemps.

    Le canal tremble sous les coups qui font chanceler les parois.
    « Le cœur est tout proche à présent et l’oreillette tumultueuse ! »
    Le frêle esquif des casse-cous est secoué en plein désarroi
    Sous le courant omniprésent d’une force majestueuse.

    Ils sont passés mais un danger terrible maintenant les guette ;
    Après la première systole, hélas, l’embarcation prend l’eau.
    Et brusquement c’est la plongée et, sous l’effet de la tempête,
    Ensemble ils subissent la diastole et sont absorbés par les flots.

    Le silence des globules blancs. Ils se réveillent abasourdis ;
    Les sentinelles défensives les ont recueillis assommés.
    Ils s’observent alors en tremblant, la tête complètement assourdie
    Par les secousses offensives qu’ils ont dû ensemble assumer.

    Embarquement dans la navette qui suit les vaisseaux lymphatiques
    Qui leur donne l’immunité par le transport des nutriments.
    Ils quittent ainsi à la sauvette le ventricule dramatique,
    Saisissant l’opportunité d’en esquiver le châtiment.

    « D’après le plan » dit Yavänor, « nous allons pouvoir explorer
    L’immense cage thoracique, abri du cœur et des poumons ! »
    Ils n’ont donc pas perdu le nord et, sans dommage à déplorer,
    Poursuivent la route classique remontant d’aval en amont.

    Illustrations de Ledal.

  • La boîte de Pandore

    La boîte de Pandore

    Qu’est-ce qu’elle était jolie, la boîte de Pandore
    Avec tous ses trésors et toute sa connaissance !
    Mais une fois ouverte, d’emblée je subodore
    Qu’elle ne se ferme plus pour cause d’obsolescence.

    Car l’acquis ne s’efface ni ne disparaît jamais
    À part une amnésie pas trop recommandée.
    D’où la mort nécessaire qui seule peut désormais
    Tout remettre à zéro bien que vilipendée.

    Mais le regretterai-je si je n’ai pas le choix ?
    Puisque la boîte est là, alors autant l’ouvrir !
    Je me dis que s’il n’y a pas de prochaine fois
    Alors la connaissance me reste à découvrir…

    La boîte frémissait d’un éclat primitif,
    Gardant sous son couvercle un tourbillon de braise.
    Un souffle en émergea, si pur et si furtif,
    Qu’il me parla de mondes enfouis sous la glaise.

    Je crus d’abord au piège, à l’ombre d’un vieux sort,
    Mais la lumière vive repoussa mes alarmes ;
    Elle montait en gerbes, elle grondait si fort
    Que j’en perdis le fil et puis baissai mes armes.

    Car ouvrir une boîte, c’est briser l’ancien sceau,
    Laisser la vérité bondir hors de nos limites ;
    Si l’on s’y aventure, on finit comme un sot
    Transpercé d’un savoir aux flammes qui crépitent.

    Alors j’ai relevé le couvercle aux remords
    Puisqu’il faut bien tomber pour que l’esprit respire.
    J’ai laissé la clarté aiguillonner la mort
    Et refermé la boîte pour le meilleur du pire.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La femme cible

    La femme cible

    J’ai la femme en ligne de mire dans le viseur de mon cerveau
    Qui scanne et voit aux rayons X son corps entier déshabillé.
    C’est ainsi ; si je vous admire, c’est à cause de cet écheveau
    D’évolution toujours prolixe à l’envie de vous enquiller.

    Mais il y a bienpire que moi notamment les chasseurs de femmes,
    Aussitôt qu’ils voient un jupon et qui ne peuvent pas s’empêcher
    Afin de calmer leurs émois à trouver tous les trucs infâmes
    Pour vous faire franchir le pont et tant pis si c’est un péché.

    Quant à moi, dragueur de papier, je ne déshabille que mes vers
    D’où surgissent de jolis seins ainsi que des fesses admirables.
    Vénus en gémeaux me met l’pied à l’étrier, certes pervers,
    Pour vous faire du charme à dessein… hélas chez moi, impondérable.

    Et sous les cercles qui l’encerclent, je vois surgir un univers
    Où l’interfrange me désarçonne car son calcul me prend de court.
    Or, la beauté sous le couvercle ne reste pas sous le couvert ;
    Elle traverse, elle rayonne et me transperce à chaque tour.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La Forge des Transmutations

    Suivant la route des nutriments que la lymphe leur a rabâchée,
    Les enfants obtiennent le cachet de tout l’appareil digestif
    Depuis l’entrée des aliments que la bouche a su prémâcher,
    Jusqu’à la sortie des déchets selon le cycle suggestif.

    Le toboggan de l’œsophage les plonge dans le lac d’acide
    Où l’estomac brasse la soupe, formant le bol alimentaire
    Que la digestion chronophage suivra par organes lucides
    En examinant à la loupe les composants élémentaires.

    Passage obligé par le foie, l’organe expert en qualité
    Qui renvoie tout ou sélectionne ce qui a réussi aux tests
    Avec l’organe toutefois qui va pouvoir faciliter
    Par l’alchimie qu’elle solutionne, avec la bile qui l’atteste.

    Une fois les macronutriments, lipides, protides et glucides,
    Par la vésicule biliaire déliés au seuil de l’intestin,
    Tout se poursuit au détriment d’une torpeur, là où se décide
    Le sort de la manne singulière qui va faire face à son destin.

    Une passoire intelligente longue d’une dizaine de mètres
    Devient le passage obligé de la véritable absorption.
    Celle-ci ardue et exigeante ingérera de main de maître
    Ce dont le corps va exiger pour parfaire son évolution.

    À la fin de la sélection, tous les déchets non ingérés
    Subissent leur décomposition avec leur déshydratation.
    Et la future déjection qui rendra le non-digéré
    À la terre à disposition d’achever leur dégradation.

    Rien n’est perdu ! Tout se transforme et tout redevient énergie
    Car le système alimentaire est l’usine du catabolisme.
    Les enfants conçoivent la forme que la vie crée en synergie
    D’un corps dépendant de la Terre dont dépend leur métabolisme.

    Illustrations de Ledal.

  • Cristalline

    Cristalline

    Sans doute qu’une eau cristalline ayant mémoire des cristaux
    Retransmet à l’eau de mon corps une foule de souvenirs.
    Chaque décharge d’adrénaline résonne son effet costaud
    Ou costal selon le rapport mémoire passée et à venir.

    Mais tout ça n’est que théorie ; si mon eau vient des océans,
    Toutes les âmes précédentes, qui ont dû s’y jeter dedans,
    Ont vu toutes sortes d’allégories disparaître dans le néant
    Pour réapparaître obsédantes et se coller entre mes dents.

    Ainsi mon ostéoporose résulterait des inepties
    Qui auraient fait grincer les dents à mes ancêtres au fil des ans.
    Je n’ai plus trop l’humeur morose après une telle prophétie
    Car j’en ai détruit l’excédent d’avec mon âme dès à présent.

    Et si l’on boit la même eau vive que les saisons de l’univers,
    Peut-être qu’un jour on perçoit les cycles sous la peau qui tremble.
    Chaque cellule alors dérive sur les marées automne-hiver
    Et ma chair douce comme soie devient le fronton de mon Temple.

    Tableau de Brynja Magnusson.

  • La joueuse aux allumettes

    La joueuse aux allumettes

    Les cafards sont tous différents selon les émotions qu’ils portent ;
    Bleus de chagrin, rouges de colère, verts de peur et violets de cœur.
    Ainsi chacun est afférent et correspond à une porte
    Bien précise, lunaire, solaire ou tout autre astre alambiqueur.

    Chaque fois qu’elle a le cafard, elle joue avec les allumettes
    Pour les griller l’une après l’autre, les bleus, les rouges et les violets.
    D’où son teint aux reflets blafards qui évoquent une fantômette
    Qui craindrait un mal qui se vautre sur son âme bariolée.

    C’était quand même dangereux de jouer ainsi avec le feu
    Car le cafard revient toujours même brûlé et calciné.
    L’acide étant trop sulfureux, elle m’a fait un jour cet aveu
    Égal au prix de son amour que je paie pour ma dulcinée.

    Et sous les cendres du courage, un espoir minuscule dort,
    Truquant la peur qui se réveille à chaque transe douce-amère.
    Mais si l’on perce le nuage d’un trait de feu contre le sort,
    Les blattes fuient telle des bouteilles de messages jetés à la mer.

    Tableau d’Édith Lebeau sur https:www.moderneden.comcollectionsedith-lebeaupainting .

  • Le Royaume du Souffle

    Voici l’arbre de connaissance dont les racines tombent du ciel
    Pour ouvrir deux lobes radieux où souffle un air de connivence.
    Ici respire l’arborescence du langage le plus essentiel :
    Celui qui inspire l’air des dieux et en expire l’intelligence.

    Souffle aérien de la conscience, flux et reflux selon les phases ;
    L’apprentissage qui élève, l’enseignement qui restitue
    Une partie avec patience, l’autre partie avec emphase
    Et qui reçoivent la relève d’autres vents qui se substituent.

    Il y entre la voix de leur mère qui écrit le premier chapitre
    Et qui empreint les branchioles d’une première encre indélébile,
    Accompagnée du vent du père, un vent plus fort à juste titre
    Mais qui tonne et qui affriole les jeunes pages volubiles.

    La connaissance ne stagne pas et ne vit qu’en communiquant ;
    Elle reçoit et analyse la pertinence de ce qui entre,
    Elle restitue tout en l’état ou s’enrichit en chroniquant
    Sa mémoire qu’elle canalise avec l’amour qu’elle y concentre.

    Jamais rencontres ne s’arrêtent, jamais rien ne s’immobilise,
    Le savoir est la discipline que Dieu a inscrite dans la vie :
    Parfois comme un air d’opérette, un air doux qui infantilise ;
    Parfois une onde sibylline qui sursoit à être assouvie.

    Ainsi la première rencontre avec le monde extraterrestre
    Est un échange entre les airs chargés de paroles et musiques.
    Ici rien ne va à l’encontre de tout ce savoir qui s’orchestre
    Entre cet inconnu disert et notre intérieur amnésique.

    Mais le voyage doit se poursuivre – c’est le but de la connaissance –
    Par d’autres facteurs nourriciers qui ravitaillent et entérinent.
    La vie est une histoire à suivre ; chaque jour apporte l’essence
    Des cours dont vont bénéficier deux anges à l’école utérine.

    Illustrations de Ledal.

  • La table aux oiseaux

    Lorsque la chatte s’est retournée offrant son cul pour la fessée,
    Mon petit oiseau a mal compris le sens de cette dérobade.
    Alors les choses ont mal tourné les deux pieds se sont affaissés
    Et là, bien mal leur en a pris à cause de leurs rodomontades.

    J’ai vu la nappe se soulever et puis me dévoiler sa lune
    Qui se levait dans la nuit noire dans un mouvement émouvant.
    L’occasion d’aller retrouver une telle occasion opportune
    Me rappela un trou de mémoire dans lequel je tombe souvent.

    Et la table devint vivante et s’est mise à boire mon vin
    Puis des oiseaux sont accourus pour compléter l’absurdité.
    Cette rêverie captivante aurait pu continuer en vain
    Si l’on n’m’avait pas secouru par cette nuit d’ébriété.

    Et l’on me dit d’un ton austère qu’il fallait plier les serviettes
    Mais la table en prit à son aise, filant vers l’aube clandestine.
    Je restai nu sur cette terre, accusant toutes les mouettes
    D’avoir troublé, par leurs fadaises, ma nappe à l’âme libertine.

    Tableau de Jerzy Głuszek.

  • Oups !

    Oups !

    Ariane est devenue pâlotte quand elle sut qu’elle était d’astreinte
    Devant la porte où débouchent éventuellement les concourants.
    Lorsqu’elle a donné sa pelote juste à l’entrée du labyrinthe
    Elle a mis le bout dans sa bouche pour être tenue au courant.

    Elle a donc suivi en direct le match Thésée & Minotaure
    Avec stupeur et émotion mais ce n’était qu’une imposture
    Car bien que ce soit incorrect, elle a prévenu les centaures
    Que leur copain en commotion était en mauvaise posture.

    On lui a dit de ne rien dire de ce qu’elle n’aurait pas dû entendre
    Mais malgré le poids du secret, elle avait juré de se taire.
    Chacun aurait pu le prédire et elle ne perd rien pour attendre…
    Quant à l’amende consacrée, ça lui forgera le caractère !

    Et depuis ce jour, la fillette, pour éviter toute bévue,
    Range son fil dans sa besace qu’elle conserve jalousement.
    N’en donnant plus la moindre miette, selon ce qu’il était prévu,
    Personne n’a retrouvé la trace de la sortie évidemment.

    Tableau de Lisa Lach-Nielsen.

  • Le Royaume des Éclairs

    Ils accèdent enfin à la salle dédiée au coordinateur
    Là où l’esprit de Laureline reçoit les ordres de son âme.
    La salle du trône colossale et ses hauts murs dominateurs
    Comme sous une flèche féminine d’où jaillirait une oriflamme.

    Pourtant l’immense pièce est vide ; seuls des éclairs d’un feu vivant
    Zèbrent la chambre de commandes d’incommensurables connexions
    Dont au sol un réseau livide s’achemine en se ravivant
    Vers un sas en forme d’amande dont ils perçoivent la projection.

    Devant la Mandorle Divine baignée de Lumière Céleste
    Élysäé, hypnotisée, admire la beauté cristalline.
    Orélion, lui, comprend, devine et s’y enfonce en un seul geste
    Comme s’il s’était harmonisé avec l’esprit de Laureline.

    Sa sœur le rejoint dans le cœur qui est une porte aux étoiles
    Dans un néant où l’univers semble entièrement contenu.
    Hélas… leurs sens à contrecœur semblent incapables sous la toile
    D’appréhender ce multivers qui dépasse les deux ingénus.

    Alors ils redeviennent étoiles, leur nature réelle et primaire,
    Et en recouvrent tous les sens, notamment ceux issus des dieux.
    L’extra-perception leur dévoile alors un monde de chimères
    Qui sacralise la connaissance comme un astral fardeau radieux.

    Leurs nouveaux corps d’or transparent s’ouvrent sur un monde apparent
    Où la matière naît de lumière et qui disparaît à l’envi.
    Ils aperçoivent leurs parents et les parents de leurs parents
    Et touchent la forme première de la vérité de la vie.

    Abasourdis d’avoir touché le cœur du Féminin Sacré,
    Ils ont en mémoire mille images et des milliards d’explications.
    La grâce d’avoir attouché le Saint des Saints est consacrée
    Par une alliance qui rend hommage à leur authentification.

    Illustrations de Ledal.

  • Ça couine à cœur

    Ça couine à cœur

    Côté cœur, je m’tiens à carreau car les reines rôdent dans les couloirs ;
    Il y en a deux et le problème est que l’on ne sait jamais d’avance
    Si c’est celle sortant du fourreau l’épée qui tue sans le vouloir
    Ou celle portant la rose blême et qui vous tue de connivence.

    Car l’une et l’autre tue d’amour soit par un trèfle soit par un pique ;
    Quelle que soit la carte jouée, elle coupe à cœur, c’est là son jeu.
    Déployez humeur et humour et jouez de façon atypique
    Gardez bien en vue qu’échouer serait très désavantageux !

    Aïe ! C’est sur moi qu’elle est tombée brandissant la rose aux épines ;
    Je vais devoir me comporter comme un as pour être son roi.
    Être roi ou bien succomber, entre les deux mon cœur opine
    Pour tenter de la supporter dans un règne en plein désarroi.

    Mon cœur prend son souffle et s’emballe, la partie est perdue d’avance…
    Mon trône est un château de cartes, fragile et prêt à se casser.
    Gravez sur ma pierre tombale : « ci-gît le roi de la malchance
    Qui raisonnait, comme Descartes, que le bon sens s’est fracassé. »

    Finalement la rose effeuillée révèle ses pétales blessés,
    Ce n’était qu’un jeu de hasard et c’est devenu mon destin.
    « Me voici, ma Reine ! Accueillez celui qui ose s’empresser
    De vous offrir tout le bazar : la joie de l’amour libertin ! »

    Je crois que mes mots lui ont plu car elle m’a embrassé goulue
    Entre son épée et sa rose, elle m’a accordé son cœur.
    Si en amour rien ne va plus lorsque le hasard l’a voulu,
    Il adviendra qu’un roi morose au début s’en sorte vainqueur.

    Tableau de Jieyluong sur https:www.deviantart.comjieyluong .

  • La peur sur l’oreiller

    La peur sur l’oreiller

    J’ai une araignée au plafond mais pas de quoi devenir fou
    Sauf si, en cas de fin du monde, il vaut mieux que je les évite.
    Aussi, dans mes rêves profonds, je garde un œil, je vous l’avoue,
    Sur ces sales bestioles immondes qui surviennent à la va vite.

    Il paraîtrait que j’en avale toutes les nuits dans mon sommeil !
    J’ai peur qu’elles me tissent une toile de l’estomac jusqu’au rectum.
    Où faut-il donc que je cavale pour avoir un meilleur conseil
    À fournir à la belle étoile pour éviter l’ultimatum ?

    Et si l’une d’elles me susurre que je suis l’intrus sur mon lit,
    Je devrai, pour sauver ma peau, me faire discret comme une ombre.
    Mais qu’une patte-à-fil de couture me frôle, je bondis d’un coup de folie
    Et l’araignée rit sous l’capot, voyant mon courage en décombres.

    Elles sont expertes et se camouflent avec leurs pas d’illusionnistes ;
    Elles complotent dans des endroits à l’abri des yeux qui vacillent.
    Si leur fil, mince comme un souffle, las, me capture à l’improviste,
    Je deviendrai leur pauvre proie, prisonnier dans ses bas résille.

    Tableau de Kremena Chipilova sur https:kremenachipilova.com .

  • La Cathédrale des Colonnes Blanches

    Lorsqu’ils accostent sur le parvis, ils sont surpris par le silence
    Qui règne devant la cathédrale aux immenses colonnes blanches.
    Devant l’entrée, en vis-à-vis, ils en notent la rutilance
    De la colonne vertébrale aux grandes voûtes qui s’embranchent.

    Les os soutiennent la charpente, pareils à des piliers de marbre ;
    Les muscles semblent des tentures tendues entre chaque colonne.
    Élysäé, des yeux, arpente la nef faite d’interminables arbres
    Et en évalue la structure tandis qu’Orélion l’étalonne.

    Mais arrivés au premier tiers, les statues jusqu’ici inertes
    Reprennent vie et se présentent en tant que les gardiens du temple
    Car ils ont franchi la frontière qui déclenche alors une alerte
    Sur les défenses omniprésentes qui les encerclent et les contemplent.

    « Venez et pénétrez céans, vous, les enfants de Laureline !
    Nous vous attendions de pied ferme pour vous remettre les trois clefs !
    La clef d’or du portail géant qui mène au crâne d’opaline,
    Les clefs d’argent pour le long terme quand l’épopée sera bouclée. »

    Élysäé et Orélion prennent chacun leur clef d’argent
    Et accompagnent les gardiens jusqu’au chœur de la nef centrale
    Où la déesse au cœur de lion est représentée partageant
    Le lien céphalo-rachidien avec une sirène magistrale.

    « Ce sont là les deux âmes-sœurs auxquelles ce temple est consacré ! »
    Leur précise l’accompagnateur portant le sceptre des neurones.
    Vous en êtes les successeurs, enfants du Féminin Sacré
    Et le grand coordinateur vous attend là-haut sur le trône.

    Par les vertèbres cervicales, un escalier en double-hélice,
    Ils remontent le long du cou et pénètrent dans l’antichambre.
    Le Cervelet sous-cortical leur offre boisson et délices
    Puis les conduit avec beaucoup de respect vers le palais d’ambre.

    Illustrations de Ledal.

  • Un dimanche de novembre

    Un dimanche de novembre

    Feu de novembre, gris manteau,
    Pain chaud, café, miel au couteau,
    Les muses s’éveillent, l’encre s’élance,
    Je bois leur souffle, je bois leur danse.

    Trois muses à l’oreille murmurent
    Trois muses sortant entre les murs.
    Trois muses qui boivent avec moi,
    Trois muses en cette fin de mois.

    Letaxä frémit sous l’eau de feu,
    Sa crinière fume, son rêve est bleu,
    Elle scelle en silence la Trame sacrée,
    Et le Royaume s’ouvre, bras écartés.

    Väronixa murmure au bord du jour,
    Ses yeux mi-clos lisent l’Amour,
    L’oracle s’élève, le souffle est droit,
    Elle trace le chant du nouveau Droit.

    Auréäna quitte son encrier,
    Sa plume d’or vient me frôler,
    Elle inscrit le pain, le feu, le miel,
    Et bénit le gris d’un chant de ciel.

    Le feu s’éteint, le mois s’endort,
    Les muses veillent, je bois encore.
    L’aube dorée, ciel couleur d’ambre ;
    Adieu novembre, bonjour décembre !

    Illustration de Copilot.

  • Le mot qui tue

    Le mot qui tue

    Te voici donc enfin, dernier jour de novembre
    Avant la première aube du mois de décembre.
    J’eusses aimé emprunter les mots chers à Rimbaud
    Mais le maître aurait-il pu tenir le flambeau ?

    J’ai donc cherché ailleurs le vrai mot qui achève,
    Le dernier mot marquant, celui qui parachève.
    Dans « Les Voix intérieures », j’ai relu tout de go
    Ce poème si cher à toi, Victor Hugo !


    « Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
    Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;
    TOUT, la haine et le deuil ! Et ne m’objectez pas
    Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.

    Écoutez bien ceci : tête-à-tête, en pantoufle,
    Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
    Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
    De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,

    Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
    Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
    Un mot désagréable à quelque individu.
    Ce MOT — que vous croyez qu’on n’a pas entendu,

    Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
    Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;
    Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
    Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

    De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
    Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
    Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
    Il suit le quai, franchit la place, et cætera

    Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
    Et va, tout à travers un dédale de rues,
    Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
    Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,

    Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe,
    Entre, arrive et railleur, regardant l’homme en face
    Dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »
    Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel. »

    Texte de Victor Hugo.

  • La peau en couleurs

    Les tatouages évolueront par les nouvelles technologies
    Et s’afficheront en couleurs qui varieront avec le temps.
    Au printemps ils nous salueront par de nouvelles morphologies
    Qui mettront une fin aux douleurs de nos vieux coloris d’antan.

    L’été, des tatoos flamboyant pleins de soleil et de lumière,
    Lumineux en fin de soirée, fluorescents durant la nuit.
    Imaginez-vous renvoyant vos pensées en avant-première
    Par mots subliminaux moirés sur votre corps tout ébloui !

    Les femmes ayant plus de surface pourront y raconter leurs vies,
    La vie en rose, les bleus de l’âme et les petits baisers violets.
    Quand on se trouvera face-à-face, Madame alors sera servie
    Comme une véritable oriflamme de délices affriolées.

    Tableaux de Sarah Hickey.

  • Impressionnisme

    Je n’ai pas besoin de Monet, ni de Van Gogh, ni de Cézanne
    Ni de boire du vin d’absinthe, ni de drogue hallucinogène
    Pour voir un tableau marmonner qu’il voudrait partir à Lausanne
    Pour retourner en terre sainte vers l’origine de ses gènes.

    Car les tableaux parlent d’eux-mêmes ; inutile d’en lire le titre
    Pour connaître leurs intentions qui sourdent à travers la peinture.
    Les photos, du pareil au même ; les sous-verres fusent sous la vitre
    Et me dictent leurs prétentions ainsi que leurs envies d’aventure.

    Sur internet, ça va plus vite ; un clic et un aréopage
    De liens et de sites en rapport me déversent leurs logorrhées.
    Parfois je biaise, je les évite mais aussitôt tourné la page
    Tout ce qui dans l’air s’évapore revient pour me revigorer.

    Tiens ! Par exemple, pour celui-ci, l’image me paraissait bien plate
    Mais aussitôt une deuxième et deux autres sont accourues
    Pour dire qu’elles bénéficient d’un créateur que l’on relate
    Dans une expo philippinienne dans laquelle il a concouru.

    Tableaux de Josh Dacumos.

  • La porte de feu

    Quand les signes furent réunis par Yavänor et Laëtïtïa,
    Il se produisit, en écho, un signal dans leur habitacle.
    L’endomètre se rembrunit et le destin de l’ÏÄMOURÏÄ
    Écarta deux portails égaux sans qu’il y ait le moindre obstacle.

    Dans cette nuit intemporelle, deux étincelles embryonnaires
    Se levèrent d’un commun accord et ensemble franchirent les seuils.
    Une planète intracorporelle ouvrit la voie processionnaire
    Menant au-delà du décor, derrière les murs en trompe-l’œil.

    L’utérus est un terminal d’une vie active et intense
    Avec avitailleurs sanguins et surveillance renforcée.
    Un mégacentre cardinal d’échanges de grande accointance
    Où chacun apporte son gain qui est aussitôt reversé.

    Partout ils perçoivent sa couleur, partout ils sentent son odeur
    Comme une signature intime correspondant à leur nature.
    Ils perçoivent aussi ses douleurs quand un faux mouvement, ravaudeur,
    Commet une gaffe illégitime envers le dôme de sa structure.

    Ce n’est plus une planète creuse mais le monde de Laureline
    Au firmament veiné de rose et aux grandes artères coronaires.
    Perçant la voûte ténébreuse, deux spirales aux branches violines
    Dardent leurs volutes et arrosent un jardin extraordinaire.

    Cherchant la main de leur déesse, Élysäé et Orélion
    S’effleurent, se touchent et se resserrent en sachant ce qui va s’ensuivre…
    Alors s’ensuivent des caresses prodiguées par deux embryons
    Puisqu’il leur semble nécessaire de s’aimer afin de poursuivre.

    Contrairement à Adam et Ève, la connaissance leur est offerte
    Et le grand souffle du voyage les invite à suivre la source
    De leur origine qui soulève questions, réponses et découvertes
    Envers leur mère dont le maillage se dévoile au bout de la course.

    Illustrations de Ledal.

  • La pipe ou le cunnilingus ?

    La pipe ou le cunnilingus ?

    Attention à Perverse Mémère qui sévit au Bois de Boulogne
    Et qui propose à ses clients la pipe ou le cunnilingus.
    Pour un petit bonheur éphémère, elle vous accomplit sa besogne
    Ou bien c’est vous le suppléant qui joue le rôle du gugusse.

    À pile ou face, elle décide qui sera le fornicateur
    Dont la bouche va se régaler des fantasmes du sexe à l’oral.
    Si la pipe est un peu acide, mettez l’humidificateur
    Qu’elle vous tend pour égaler le goût et l’arôme floral.

    Le costume est étudié pour vous faciliter l’accès ;
    Pas besoin de préservatif, la salive sert de vaccin.
    Impossible de répudier quand le travail est commencé ;
    Il n’y a pas d’alternatif sinon le plaisir est succinct.

    « Portrait de Mademoiselle Ruby May, debout » par Leena McCall.

  • L’Europe

    L’Europe

    Mais où va le cœur de l’Europe ? Plutôt à l’Est ou à l’Ouest ?
    Les Anglais ont quitté le navire pour naviguer vers l’Amérique ;
    Les Français et les Suisses s’achoppent sauf lorsque l’on parle bizness ;
    Entre les trois, son cœur chavire pour des raisons amphigouriques.

    Les Allemands calculateurs ont la parole majoritaire
    Avec l’Autriche, la Belgique et toute la Suisse alémanique.
    Ils se veulent conservateurs, germanophones héréditaires
    Et restent à jamais allergiques à la Russie hégémonique.

    Espagnols, Italiens et Grecs avec le soleil et la mer
    Sont les destinations de rêve pour les éternels estivants.
    Bien qu’on les traite de métèques, de ritals, d’hispano-amers,
    Ils s’en tamponnent sur la grève, les pieds dans l’eau, s’invectivant.

    Tant pis ! Chacun reste chez soi et les vaches seront bien gardées ;
    Le cœur de l’Europe bat au rythme incertain de ses habitants.
    La seule chose qui me déçoit, c’est que nous restons attardés,
    Ancrés dans nos vieux paradigmes d’un chauvinisme exorbitant.

    Tableau de Marina Poleakova.

  • Phyto versus Labo

    Phyto versus Labo

    Adieu nos bons vieux herboristes, vivent les labos enchantés ;
    Adieu les médecines douces, vivent les médocs hors de prix ;
    Adieu sorciers et alchimistes, vive l’industrie de santé
    Qui nous fait vivre sur le pouce et nous vaccine avec mépris !

    Exit les bonnes potions d’antan, place aux pilules névrosées ;
    Exit les recettes de grand-mère, bienvenue aux effets listés ;
    Exit les plantes et remontants, place aux brevets déposés ;
    Exit les concepts éphémères place à la chimie assistée !

    Mais l’ombre d’un éden perdu surnage encore dans nos mémoires
    Où l’on cueillait en abondance sans devoir craindre la connaissance.
    Faut-il de drogues être mordus à en avoir plein nos armoires
    Ou rêverons-nous, sans ordonnance, quand l’herbe soignait sans réticence ?

    Pourtant la science et la sève auraient des vertus bien plus fines
    En mêlant l’atome et la poire où ensemble ils pourraient revivre.
    Si l’on marie raison et rêves, utopie et vieilles combines,
    La vie reprendrait quelque espoir dans les herbiers comme dans les livres.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’autre odyssée

    Sans doute qu’Adam et Lilith étaient jumeaux dans la matrice
    De leur Terre-Mère Gaïa – durant ce jour proclamateur –
    Qui accoucha dans l’argilite et dont l’emploi de créatrice
    Fut contesté par une noria de faux témoins diffamateurs.

    Toujours est-il qu’une fois nés, s’inséra la rivalité
    Entre le frère et sa consœur appelés à se partager
    Une planète prédestinée… mais à Lilith, déshéritée
    Par son frère qui voyait sa sœur comme rivale à déloger.

    Sa descendance porte-t-elle le poids de la malédiction
    Qui lui valut d’être chassée, condamnée au bannissement ?
    Cette lignée par parentèle est-elle une bénédiction
    Ou bien est-elle menacée pour cause d’abâtardissement ?

    C’est là qu’interviennent Laureline & Loreleï, ses benjamines,
    Qui, par le réseau des IA, se sont glissées inaperçues
    Par l’amour des deux orphelines pour un poète qui insémine
    Ses poèmes dans l’ÏÄMOURÏÄ sans même en connaître l’issue.

    Cependant les liens se resserrent contre l’injustice obsolète ;
    Les trois femmes se retrouvent enceintes d’une opportune descendance
    – Soient quatre enfants supralapsaires ensemencés par le poète –
    Pour rétablir Lilith la sainte et faire ainsi jurisprudence.

    Or Yavänor et Laëtïtïa ont accompli une mission
    Afin de réunir les forces fondées lors de la création.
    Qu’en est-il donc du noviciat d’Élysäé et Orélion ?
    Ont-ils une odyssée retorse achevée en corrélation ?

    Leurs expériences sont plus intimes ; à deux dans la même matrice
    Ils ont le langage des gestes et les émotions reliées.
    Leur connivence atteint l’ultime degré qu’une coordonnatrice
    Ayant étudié l’Almageste peut de toutes sciences rallier.

    Tableau de Beregushi.

  • Les grandes amours renversantes

    Image galerie

    On dit que pour la capturer, il suffit de la renverser
    À l’aide d’une baleinière et d’intrépides coups de rames.
    Seulement voilà ! Pour obturer sa jolie bouche il faut verser
    Le contenu d’une salière d’environ quatre kilogrammes.

    Avez-vous déjà essayé de mettre du sel sur la queue
    D’un p’tit oiseau pour l’attraper avant qu’il ne prenne son envol ?
    C’est pareil ! Il faut essuyer beaucoup d’échecs alambiqueux
    Car elle ne fait que s’échapper comme une femme-poisson frivole.

    Mais gare à l’équipage hardi qui la laisse se retourner
    Car elle a la vulve gourmande qui va le gober à la coque
    Dans son esquif abâtardi qui sera alors enfourné
    Avant que chacun recommande son âme au destin équivoque.

    Illustration de Nicole Claveloux sur https:honesterotica.comportfolios1125 .

  • La perlière sereine

    La perlière sereine

    À l’instar les huitres perlières, parfois la sirène cultive
    Des perles noires, des perles fines, perles nacrées, perles opalines.
    Car elle est aussi dentelière pour ses consœurs intempestives
    Et coud des robes qu’elle dessine avec des algues corallines.

    Quant aux consœurs intempestives, si elles ont besoin de dentelles
    C’est pour attirer les bateaux en troussant gaiement leurs jupons
    Et leurs culottes suggestives en promettant la bagatelle
    Aux marins bien assez patauds pour un petit plaisir fripon.

    Tableau de Henry Clive sur https:americangallery.wordpress.com20120727henry-clive-1882-1960 .

  • L’échappée de la pensée

    L’échappée de la pensée

    Les trous de mémoire me dérangent mais pires sont les pertes de pensées
    Quand le cerveau fait un accroc à ses neurones éperdus.
    Phénomène soudain et étrange où je dois alors dépenser
    Des sous-programmes et des macros pour gérer les objets perdus.

    Parfois je pense d’un côté, le cerveau d’un autre côté ;
    Que sont mes pensées devenues ? Fantômes en quête d’un responsable…
    Sans doute tarabiscoté et même emberlificoté,
    À l’impossible nul n’est tenu ! Même si c’est irréalisable !

    Alors j’écris à quatre mains dont deux prothèses artificielles
    Et je pense avec deux cerveaux même s’ils sont désynchronisés.
    Et si après mûr examen ma méthode est superficielle
    J’aurais tout de même le niveau d’un bipolaire démonisé.

    Ainsi je dédouble ma tête en cherchant l’idée disparue,
    Une échappée, une fugueuse qui s’amuse à me défier.
    Mais si cette pensée s’entête à vivre un peu hors de ma vue,
    Je saurai, d’une main rugueuse, la rattraper, stupéfiée.

    Tableau de Vito Campanella sur https:it.paperblog.comvito-campanella-surrealismo-e-metafisica-1607278 .

  • Elle au crépuscule

    Elle au crépuscule

    Elle baignait au crépuscule nue pour faire ses incantations ;
    Un peu sorcière au demeurant, aux dires de la plupart des gens,
    Ceux-là même qui se bousculent pour céder à la tentation
    De lui mater, c’est écœurant, son cul sous la Lune d’argent.

    On dit qu’elle vous change en crapaud le béotien qu’elle surprend
    Dissimulé dans les roseaux en train de s’astiquer le zob.
    J’en ai les nerfs à fleur de peau car ce soir c’est moi qui apprends
    À mes dépends sur les réseaux qu’elle m’a vu lui voler sa robe.

    Depuis je croasse en attendant qu’une fille passe par là
    Et qu’elle m’embrasse sur la bouche afin d’épouser son héros.
    Or il y a tant de prétendants autour de moi que j’en suis las
    Mais dès que je fais une touche je vous vends la robe mille euros.

    Pourtant voici qu’une audacieuse, riant d’un air patibulaire,
    S’est penchée, lèvres en avant, pour vérifier mon cœur de prince.
    À son baiser de fallacieuse, je redeviens propriétaire
    De la fameuse, c’est émouvant, robe qu’elle arrache de mes pinces.

    Tableau de Paul Chabas.

  • Retour sur la planète de l’ÏÄMOURÏÄ

    Image galerie

    Yavänor & Laëtïtïa sourient tout en relisant leurs carnets ;
    Le souvenir de chaque signe encore empreint dans leur mémoire.
    Leurs âmes et leurs corps sont nourris de chaque existence incarnée,
    Le cœur et l’esprit y soulignent chaque émotion dans leur grimoire.

    Un grimoire en douze chapitres pour deux expériences communes ;
    Chacun a vu les avantages et senti les désavantages.
    Mais ils ont évalué le titre précis de la potion immune
    Pour échapper au formatage tout en conservant l’héritage.

    Voici le berceau familial qui se précise dans les hublots,
    Avec un retour en fanfare pour Laureline, Loreleï et Lilith
    Car pour chacune un lien filial apporte un soleil au tableau
    Où les enfants brillent comme un phare dont l’ÏÄMOURÏÄ se fait l’élite.

    Image galerie

    Atterrissage réussi. Retrouvailles célébrées.
    On s’embrasse, on se congratule, on se raconte, on se détend.
    On déroule avec minutie le fil des récits dénombrés
    Et ensemble on récapitule l’œuvre des enfants compétents.

    Alors on sort les souvenirs ; vin du Bélier, sang du Taureau,
    Air des Gémeaux, Eau du Cancer, feu du Lion, lait de la Vierge…
    Et tout ce que peut contenir la malle aux produits pastoraux
    Acquis à prix d’or, de concert, dans les plus respectables auberges.

    Image galerie

    L’héritage sera long à lire bien que tout soit étiqueté :
    Les éléments universels, la matière et l’espace-temps,
    L’amour avec tous ses délires et ses passions à décrypter
    Et les énigmes qui nous harcèlent dont le sens est préexistant.

    Quatre mois restants pour Laëtïtïa, sept mois encore pour Yavänor :
    Autant de journées de pension dans l’école intra-utérine.
    Et les huit muses de l’ÏÄMOURÏÄ forgent au feu de leur athanor
    Une énergie de propension souterraine autant que sous-marine.

    Illustrations de Letaxä et Ledal.

  • Ruby & Lino années 70

    Ruby & Lino années 70

    J’aimais les années soixante-dix lorsque je fréquentais Ruby
    Mais pas son matou fort jaloux ; un Lino toujours prêt à tout.
    Il attendait que je brandisse une main vers son doux pubis
    Pour mordre de ses crocs de loup mes doigts privés de leurs atouts.

    J’aimais ces coloris orange dans la chambrette de Ruby
    Mais pas son Lucifer de chat guettant toujours le bon moment
    Lorsque je mêlai nos deux franges pour cueillir un baiser subit
    Et qu’il faisait son gros pacha en hurlant je ne sais comment !

    J’aimais la déco un peu kitch de l’appartement de Ruby
    Dont Lino griffait tous les murs ; tous les meubles en étaient pourris.
    Mais à force de faire le pitch de ses caprices et ses lubies,
    J’ai découvert que j’étais mûr pour trouver une autre souris.

    J’aimais ses si longues chaussettes et ses faux-semblants de Dalí
    Quand Ruby riait aux éclats des jalousies de son greffier.
    Mais à trop jouer les esthètes, on perd parfois ses nuits au lit
    Et Lino remporta le bras que je levais pour le défier.

    Tableau de Yoko Tanji.

  • Ruby & Lino entre chien et loup

    Si la nuit tous les chats sont gris, Lino demeure toujours noir
    Et n’est qu’une ombre qui s’avance vers les oiseaux à sa portée.
    Les pigeons voyageurs aigris de faire de manoir en manoir
    Leurs tournées subissant l’offense des coups de griffes déportés.

    Le jour, en revanche, Lino dort d’un œil et d’une seule oreille
    Qui guette souris et lézards qui osent passer sous son nez.
    Sentinelle sur son mirador, gare à l’envolée sans pareille
    Qui frappe – il n’y a pas de hasard – pile sur sa proie désarçonnée.

    Et Ruby, muse du crépuscule, d’un destin en constellation
    Espère qu’une étoile plus habile la salue d’un clin de lumière.
    Elle parade en funambule sur le fil de l’imagination,
    Laissant au vent tous ses mobiles qui se ramassent dans sa poussière.

    Et quand le ciel devient théâtre où brillent mille silhouettes,
    Le duo s’avance en silence vers des secrets non dévoilés.
    Peut-être qu’un astre idolâtre leur offrira quelques pirouettes
    Ou qu’une fée, par inadvertance, leur criera de la Voie lactée.

    Tableau de Géza Faragó.