Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Neurasthénie en blues – 2

    Neurasthénie en blues - 2

    Les blés d’or ressemblent au soleil, les bleuets ressemblent à l’azur,
    Comme des enfants de la Terre fière de sa progéniture.
    La nuit, le champ, dans son sommeil, rêve aux étoiles en démesure
    Qui ne font aucun commentaire mais leur présence le rassure.

    Tableau de Paul Ledent ou Iris Scott.

  • Ni oui ni non

    Ni oui ni non

    Un visage pour lui dire oui, un visage pour lui dire non,
    Elle est ici, elle est ailleurs, elle pense à l’autre, elle pense à lui.
    On ne sait pas quand elle jouit, parfois elle se trompe de nom
    Lui, ne dit rien, un peu railleur, parfois il n’en dort pas la nuit.

    Tableau d’Oleg Zhivetin.

  • Les réseaux

    Ah, ne le répète à personne
    Et surtout pas au téléphone
    Ce qui se dit dans réseaux
    Les gens sont pris pour des zozos
    Le gouvernement ne sert à rien
    On l’a élu, on n’y peut rien
    Le virus et la pandémie
    Sont produits par nos ennemis
    Sur internet on voit de tout
    Des gens, des matous, des toutous
    Avant, c’était quand même mieux
    On était bien moins calomnieux.

    Illustration de Norman Rockwell.

  • La vie quotidienne

    La vie quotidienne

    Tous les matins, devoir chausser ses bottes pour aller courir
    Dix fois sept lieues si ce n’est plus et pour gagner des clopinettes !
    Le Chat Botté s’en va bosser afin d’avoir de quoi nourrir
    Toutes les portées d’angélus que lui enfante sa minette.

    Tableau de Nicholas Kalmakoff.

  • Fabienne chez les monstres

    Fabienne chez les monstres

    Fabienne fut à bonne école dans la famille des Grands Ducs
    Dont les enfants criaient famine matin, midi, goûter et soir.
    Aujourd’hui, on vit à la colle mais sa dextérité caduque
    Ne lui sert que de dopamine quand elle évoque l’oppressoir.

    Illustration de Suwi.

  • La pomme et le poisson

    Bon, le problème de la pomme, à l’origine alimentaire,
    Était pourtant la bonne idée pour devenir végétariens.
    La femme aurait nourri son homme avec tous les fruits de la terre,
    Ainsi Ève nous aurait guidés vers un paradis plus terrien.

    Alors Adam est arrivé avec son poisson à la main
    Car il a pris la connaissance carrément au pied de la lettre.
    Depuis les humains sont rivés à produire en un tournemain
    Tellement, tellement plus de naissances que l’on ne sait plus où se mettre.

    Tableaux de Marlina Vera.

  • Mon petit paradis privé – F4

    Mon petit paradis privé – F4

    Dieu m’ayant fait à son image, j’ai récupéré le projet
    Et j’ai créé un paradis mais entièrement verrouillé.
    Pas de péché et c’est dommage car le projet s’est abrogé
    Pas une pomme, pas un radis ; finalement tout a rouillé.

    Tableau de Martin la Spina.

  • Sur fond de vagues

    Sur fond de vagues

    Le regard vague d’une femme en kimono bariolé
    Pourrait vous paraître insipide sans une touche pimentée.
    Avec un fond de ciel en flammes et une vague bleu-violet,
    Le tableau – déjà plus limpide – mérite d’être complimenté.

    Tableau de Lauren Brevner.

  • Jour versus Nuit

    Aussitôt que le jour s’annonce, le monde tourne depuis longtemps
    Tout ce qui vit et se prononce circule et tourne en même temps.
    Comme une chaîne interminable qui vit, qui meurt et qui renaît
    Pour un but indéterminable même si Dieu intervenait.

    Puis vient la nuit et tout s’arrête mais pas vraiment finalement.
    Toujours pareil, chacun s’apprête à circuler également.
    On vit la nuit, on dort le jour, on vit l’été, on meurt l’hiver
    Et ça continuera ainsi toujours car c’est la règle de l’univers.

    Tableau de Leonora Carrington.

  • De ma fenêtre

    De ma fenêtre

    Mon écran en Technicolor m’offre un spectacle toutes les heures
    Avec le son et l’image authentiques de nature en métamorphose.
    Et malgré le temps incolore qui m’use l’économiseur
    Du cœur, ce muscle romantique y trouve toujours quelque chose.

    Tableau de Karen Mathison Schmidt.

  • Lapin sapiens

    Lapin sapiens

    Grâce à ses belles oreilles d’âne, le lapin devint plus malin
    Et remplaça l’humanité au jeu de « qui est le plus bête ? ».
    Sous le clair de Lune titane, se dresse le roi des câlins
    Car il a de l’affinité pour les lapines sans maux de tête.

    Tableau de Karen Davis.

  • Il y a le ciel, le soleil et la mer

    Il y a le ciel, le soleil et la mer

    Le cercle estival des vacances – avant de passer hivernal –
    Nous fait pirouetter le monde et concourt à le réchauffer.
    Au foyer de l’extravagance, le tourisme devient infernal ;
    Chez moi, je goûte la paix profonde des rues désertes et surchauffées.

    Tableau de Justin Gaffrey.

  • La nef sémillante

    La nef sémillante

    Depuis que s’échauffe la Terre, la Lune aussi évidemment
    Deviendra tellement brillante qu’elle poussera les bateaux
    Qui deviendront tous volontaires pour voguer sous le firmament
    Dans de belles nefs sémillantes « rapido ma moderato ».

    Tableau de Justyna Kopania.

  • Idylle aux roses

    Idylle aux roses

    Lydie, idéalement rose, avec un regard de bleuet,
    Représenterait bien la femme qui serait notre présidente.
    Trois taches rouges en couperose ornant son visage fluet
    Voilà qui redorerait la flamme de façon claire et évidente.

    Tableau de Juliette Belmonte sur https:www.artfinder.comartistjuliette-belmonteme-at-work#https:www.artfinder.comartistjuliette-belmonteme-at-work# .

  • Préservation

    Préservation

    Le mariage tombe en quenouille ? Préservons-le pour l’avenir !
    Il suffit d’un échantillon d’Adam et Ève prototypés
    Logés à l’hôtel Niquedouille dans la chambre du souvenir
    Mais tous les genres au portillon n’y pourront plus participer.

    Photo de Geof Kern.

  • À l’alcool de mes Reflets Vers

    À l’alcool de mes Reflets Vers

    La vie devient une habitude dans chaque jour de solitude
    Alors je me permets de transgresser, alors je me permets de m’agresser.
    Je prends quelque chose à fumer, le cerveau prêt à être allumé
    Et je m’envole dans un verre à l’alcool de mes Reflets-Vers.

    Illustration d’Adrian Borda.

  • Bienvenue chez « Reflets Vers & Prose »

    Bienvenue chez « Reflets Vers & Prose »

    L’entrée, dans le style classique, comporte plusieurs escaliers
    En quatrième dimension vers les galeries de tableaux.
    L’humour et le genre érotique sont accrochés sous le palier,
    L’absurde, soustrait aux conventions, est caché derrière un hublot.

    Le spirituel est au sous-sol avec la cave aux spiritueux ;
    Le fantastique est au grenier sous une poussière d’étoiles ;
    Les interdits sous la console avec les nus voluptueux ;
    L’ordre, je ne peux le renier, prend les gens à rebrousse-poil.

    Gravure de Maurits Cornelis Escher.

  • Les comédiennes

    Sonnant comme un troupeau de vaches, je m’attendais à des génisses
    Mais je rencontrai leur bergère au tablier de clochetons.
    Elle me semblait fière et bravache et me dit : « Que Dieu vous bénisse !
    Nous cherchons une main étrangère qui peint les corps à croupetons ! »

    En effet, derrière un bosquet une femme nue, tatouée
    Semblait en pleines dévotions envers un esprit défloré.
    Elle m’a regardée offusquée, j’étais – je peux vous l’avouer –
    Surpris que de telles émotions puissent exister dans la forêt.

    « Tout va bien ! » me dit la grand-mère avec des oiseaux dans la poche.
    « Nous répétons un numéro au carnaval des animaux !
    Si vous voulez faire le compère et si ça vous paraît fantoche,
    Nous cherchons un nouvel héros qui s’appellerait Geronimo ! »

    Tableaux d’Anne Siems sur https:www.annesiems.com .

  • Blanche-Neige, ma môme

    Une fuite au cours de l’histoire de Blanche-Neige et des sept nains
    Révèle qu’il était un plombier qui répara cette avarie.
    Ils rentrèrent en train, rue Victoire, dans un palais assez bénin :
    Une H.L.M. de rombier dans une banlieue de Paris.

    La Blanche-Neige de mon histoire s’appelait Madame Leprince.
    Elle eut deux p’tits princes jumeaux qui lui ont tant tiré son lait
    Qu’elle s’ennuya, c’était notoire, dans cet appartement qui grince
    Mais étant du signe des gémeaux, elle s’en est bien consolée.

    Quant au mari, quelle avanie ! Il développa sa clientèle
    Pour déboucher les robinets de toutes les princesses du pays.
    Peau d’âne, Raiponce et Mélanie furent ses clientes fidèles ;
    Il put ouvrir un cabinet de toilette aux femmes ébahies.

    Illustrations de Quentin Gréban.

  • Le joueur de mikado

    Le joueur de mikado

    Juste un petit coup de fatigue car il joue comme un forcené
    Notre champion de mikado dans la catégorie « Géants » !
    Il étudie, il s’investigue quitte à un peu de surmener
    Pour gagner l’illustre cadeau sinon rien, le cas échéant.

    Tableau de Jonas Burgert.

  • Mon Amérique à moi

    Mon Amérique à moi

    J’ pensais jamais y arriver mais j’ai atteint mon Amérique
    À force de creuser des vers de dix-mille pieds sous l’océan.
    Au début, j’en ai salivé à poursuivre mon rêve chimérique ;
    À présent je lève mon verre à celle qui m’a sorti du néant.

    Tableau d’Isaac Maimon sur http:www.artistsandart.orgsearchlabelIsraeli%20artists .

  • Le cocktail Boris Vian

    Le cocktail Boris Vian

    J’en ai rêvé, Jonas l’a peint le fameux piano à cocktails !
    Boris Vian serait trop content, il en sortirait de sa tombe.
    Et je propose, mes lapins, d’en confectionner un mortel,
    Un formidable remontant qui fera l’effet d’une bombe !

    Tableau de Jonas Burgert.

  • Un magicien dans ma cuisine

    Un magicien dans ma cuisine

    Tout est magie dans ma cuisine, tout n’est que forces alchimiques !
    Mon secret réside dans la sauce et les astuces de ma grand-mère.
    Malgré vos ingrédients d’usines issus de l’industrie chimique,
    Je reste Maître qui exhausse les légumes et les fruits de mer.

    Illustration de Julia Sardá.

  • Le confiseur surprise

    Le confiseur surprise

    Je fus, bien sûr, petit garçon qui aimait manger des bonbons.
    En ce temps-là mon fournisseur régnait en véritable artiste.
    Il m’en refilait un pacson – il n’était pas casse-pompon –
    Plus tard, il fut mon pourrisseur car son frangin était dentiste.

    Illustration de Julia Sardá.

  • Saint-Thomas ridicule

    Saint-Thomas ridicule

    Elle croyait au spiritisme et savait faire tourner les tables.
    Lui, ne croyait pas aux esprits, sceptique doublé d’un incrédule.
    Mais bon, pas de favoritisme ! Il eut droit à une respectable
    Démonstration qui nous surprit … sauf ce Saint-Thomas ridicule.

    Illustration de Julia Sardá.

  • La chatte

    La chatte

    Avec son visage de chatte et ses ongles bien effilés,
    Elle joint le geste à la parole en donnant la chasse aux colombes.
    Brusquement elle lance sa patte, l’autre n’a pas le temps de filer
    Et Hop-la à la casserole ! Ah, mes amis, quelle hécatombe !

    Tableau de Juan Carlos Ñañake Torres sur http:cristinafaleroni.blogspot.com201510juan-carlos-nanake-torres.html .

  • Nos ancêtres, les hommes bleus

    Nos ancêtres, les hommes bleus

    Bleue, nos ancêtres fut leur valeur ; ni blancs ni noirs même pas jaunes.
    Ils ont dû perdre leur couleur lorsqu’ils traversèrent l’Amazone.
    On n’a jamais pu le prouver car leur squelette, teinté ardoise,
    Semblait tant et tant éprouvé que la science en fut matoise.

    Tableau de Juan Carlos Ñañake Torres sur http:cristinafaleroni.blogspot.com201510juan-carlos-nanake-torres.html .

  • La chambre d’amour théâtral

    La chambre d’amour théâtral

    Pour elle, l’amour est un art qui mérite son spectateur ;
    Ses positions sont calculées pour leurs attitudes artistiques.
    Dans l’écrin de son lupanar, après l’entracte fellateur,
    L’homme qu’elle a tant acculé …

    … jouit de façon fantastique.
    … connaît l’orgasme fantastique.

    Tableau de Johanna Perdu.

  • La farce était bien bonne et valait le coup d’œil

    La farce était bien bonne et valait le coup d’œil

    Je lui avais préparé son bain avec d’ la peinture à rayures
    Puis j’ai appelé le bambin pour une bonne nettoyure.
    Son bodypainting achevé, il a couru nu sans chaussures
    Et le chef-d’œuvre parachevé n’a pas eu droit à la censure.

    Tableau de Jonas Burgert ; titre piqué dans la chanson « 4 z’arts » de Georges Brassens.

  • La chambre d’amour acrobatique

    La chambre d’amour acrobatique

    Quelques menues génuflexions, le dos cambré en extension
    Car la pratique de l’amour demande aussi sa gymnastique.
    Toutefois, à la réflexion, avant de prendre position,
    Elle attendra que son balourd en fasse autant et qu’il s’astique.

    Tableau de Johanna Perdu.

  • Les psycho-poissons

    Les psycho-poissons

    Elle aimait confier aux poissons qui l’écoutaient dans le silence
    Toutes ses amours échaudées par toujours trop d’ingratitude.
    Au diable ces fous de garçons qui ne savent montrer qu’insolence
    Et ne font que marivauder et font l’amour par habitude.

    Illustration de James Coleman.

  • Limpide nudité

    Limpide nudité

    L’eau devient un voile pudique, troublant, émotif et limpide ;
    La nudité comme habillée d’un vêtement approprié.
    La femme, elle, devient fatidique dans une vénusté liquide
    Sublimée d’ondes maquillées mais impossible à décrier.

    Photo de Jacques Henri Lartigue.

  • La liberté démasquée

    La liberté démasquée

    Depuis que je suis réveillée, après des siècles de sommeil,
    Je ne sais comment présenter la liberté sans impudeur,
    Tellement d’hommes ont veillé à cacher leur propre soleil
    Sous prétexte qu’Ève était hantée par une absence de pudeur.

    Alors on me voila mon sexe, mes seins et même ma figure
    Car ma lumière rend aveugle l’œil masculin démérité.
    Enfin sans peur et sans complexe, je m’extrais de mes ligatures
    Et, toute nue devant le peuple, je lui montre la vérité.

    Tableau de Jake Baddeley.

  • Après l’extinction du soleil

    Après l’extinction du soleil

    Une fois que la mer fut gelée nous y construisîmes nos maisons
    Quelques sapins pour l’infernal hiver qui s’abattait sur Terre.
    Parfois des poissons congelés remontent à la belle saison
    Pendant que l’été hivernal réveille l’étoile solitaire.

    Tableau de Jacek Yerka.

  • La seule image

    La seule image

    D’elle, je n’ai que cette image ; j’avais surpris sa méfiance.
    Elle fuyait les objectifs pour ne pas être mise en cage.
    Elle en faisait tout un fromage et j’ai dû m’armer de patience
    Pour décrocher ce subjectif portrait d’une femme sauvage.

    Tableau d’Izumi Kogahara.

  • La flûtiste

    La flûtiste

    Plutôt charmeuse que flûtiste, elle attirait ses amateurs
    Qui se laissaient hypnotiser et même charmer leur serpent.
    Elle laissait s’ dévêtir l’artiste et, d’un air intimidateur,
    Charmait le membre érotisé du mélomane participant.

    Tableau d’Isaac Maimon.

  • Les trois sœurs juives

    Les trois sœurs juives

    Le trio mettait de l’ambiance au cabaret des trois sœurs juives
    Par leur musique nostalgique et leurs chansons gaies pour les pieds.
    On disait : « Voyez comme on danse ! » Et aussi : « Qui m’aime me suive ! »
    Ce remède anti-léthargique faisait même valser les estropiés !

    Tableau d’Isaac Maimon.

  • La reine des oiseaux

    La reine des oiseaux

    Elle avait la taille de guêpe
    Mais leur préférait les oiseaux
    Qu’elle élevait dans son château
    Aménagé comme une cave.

    Toujours vêtue d’un peu de crêpe,
    Affinée comme un damoiseau,
    L’air impassible, un peu pataud
    Elle aurait dit-on du sang slave.

    Mais en présence des serins,
    Des canaris et des moineaux,
    Elle riait comme une baleine
    Comme un poisson dans l’eau-de-vie.

    Le royaume en était serein,
    Et le grand seigneur des anneaux
    Chassait tranquille sur les plaines
    Tout ce qui lui faisait envie.

    Y compris les oiselles, c’est notoire,
    Mais ça, c’est une tout autre histoire. –

    Tableau de Merab Gagiladze sur http:merabgagiladze.com20130703this-is-a-sample-post-3 .

  • La contactologiste

    La contactologiste

    Elle habitait tout près des Halles, derrière la poissonnerie
    Et exerçait le beau métier de contactologie du sexe.
    D’une lentille fovéale et un peu d’ polissonnerie
    Elle vous rinçait l’œil en entier d’une dextérité connexe.

    Tableau d’Irma Kusiani.

  • La chasseuse d’oiseaux

    La chasseuse d’oiseaux

    Elle capture les oiseaux suivant les ordres de sa reine
    Qui possède une oisellerie la plus réputée du royaume.
    Et dans ses cages de roseaux tressées de façon souveraine
    Sa science de la volerie la faisait grimper au summum.

    Tableau de Merab Gagiladze sur http:merabgagiladze.com20130703this-is-a-sample-post-3 .

  • Marie-couche-toi-là

    Marie-couche-toi-là

    Celle-ci a dû perdre son âme dans le portrait du photographe
    Car elle me regarde de travers, derrière moi et au-delà.
    Je ne vois naître aucune flamme, aucun atome qui vous agrafe
    J’y perds mes rimes et mes vers avec cette Marie-couche-toi-là !

    Photo d’Irene Liebler.

  • La boulangère a des écus

    La boulangère a des écus

    Celle qui avait des écus d’or et le mari dans le pétrin
    Étaient réputés pour l’artiche mais pas pour être chauds lapins.
    Ainsi, dans la chambre où l’on dort, leur temps d’amour assez restreint
    N’empêchait pas les belles miches de se vendre comme des petits pains.

    Illustration d’Ira Sluyterman de Langeweyde.

  • L’oracle-mère

    L’oracle-mère

    Il l’avait trouvée dans les bois mais n’avait pas manifesté sa voix
    Juste un visage inexpressif et des cheveux couleur lavande.
    D’un petit sarment qui flamboie, un jour, revenant d’un convoi,
    L’oracle, resté dépressif, ouvrit un œil à sa demande.

    Mais à chacune de ses questions, elle répondait continûment
    Que ce n’était pas le moment, qu’il le découvrirait plus tard.
    Après trois jours de digestion de ses réponses en dénûment,
    Il lui dit simplement : « Maman, pour toi, j’ suis toujours en retard ! »

    Tableau de Dean Stuart.

  • Il y a girafe et girafe

    Il y a girafe et girafe

    D’accord ! Ma femme me décoiffe, elle sait se plier en quatre
    Et m’étonnera tous les jours, c’est même sa spécialité.
    Mais pour imiter la girafe, elle me fait rire comme au théâtre.
    Ma chérie, tu pourras toujours la peindre en impartialité.

    Photo de Marcel van Luit.

  • Justement faux

    Justement faux

    Juste est la loi de l’attraction mais l’attraction est-elle juste ?
    Immuable est la loi du temps mais le temps est-il immuable.
    Incommensurable est l’espace mais l’espace est-il incommensurable ?
    Éternellement Dieu est Dieu mais Dieu sera-t-il éternel ?

    C’est moi ce petit homme aveugle sensé savoir juger le peuple
    En brandissant une balance, juste ou fausse quelle importance ?
    Je suis ce tout petit bouton capable de donner le ton
    Et même si je fais fausse route, c’est Dieu qui l’a voulu, sans doute… ?

    Tableau d’Eduardo Rodriguez Calzado.

  • L’identification

    Nous voulons tous être un héros, une héroïne, une princesse
    Et les romans savent flatter tous nos désirs les plus secrets.
    L’auteur, reparti à zéro, décrit dans toute sa bassesse
    Le personnage qui va relater tous nos échecs et nos regrets.

    On dissimule dans un tiroir ce journal d’intimes paroles
    Car on y croit, dur comme fer, que l’aventure nous est acquise !
    On s’étudie dans le miroir pour mieux se glisser dans le rôle ;
    Est-ce que mes seins feront l’affaire ? Mes fesses seront-elles exquises ?

    Tableaux de Balthus.

  • High fidelity

    High fidelity

    Plus fort que la voix de son maître, plus fort que le cri de sa maîtresse,
    Le gramophone romantique savait vous arracher des larmes.
    Portée à cent-vingt kilomètres, équipé de feux de détresse,
    Il réveillera l’authentique voix de la chanteuse de charme.

    Photo de Hüseyin Şahin sur https:designyoutrust.com201807turkish-artist-huseyin-sahin-creates-stunning-imaginative-and-dreamlike-photo-manipulations .

  • Adieu, les petites toilettes folichonnes !

    Adieu, les petites toilettes folichonnes !

    J’en ai rêvé, Dieu l’a créée et puis le progrès l’a tuée.
    Dommage, car elle était si belle dans ses toilettes folichonnes !
    Bien qu’il soit enfin agréé qu’elle n’est plus une prostituée,
    Aujourd’hui la femme est rebelle mais elle s’habille comme un homme.

    Tableau de Fatima Tomaeva.

  • Hue, sirène !

    Hue, sirène !

    Connaissez-vous la nage équestre de l’hippocampe et la sirène ?
    Imaginez une harmonie de cambrements synchronisés.
    Elle se conduit en chef d’orchestre sur sa monture et vous entraîne
    En Nouvelle-Calédonie dans ses voyages organisés.

    Photo de Hüseyin Şahin sur https:designyoutrust.com201807turkish-artist-huseyin-sahin-creates-stunning-imaginative-and-dreamlike-photo-manipulations .

  • L’indien moderne

    Le vieux cheval s’est arrêté, un side-car l’a remplacé.
    Avec son chien, il soliloque ; de toute façon, nul ne l’écoute.
    Il paraît qu’il est bien traité dans sa réserve déplacée
    Avec son peuple qui débloque mais ce sont des rumeurs, sans doute.

    Il a fui son anniversaire et toutes ces années de malheur
    Pour aller où ? Il ne sait pas mais il reste nomade avant tout.
    Le temps n’est pas un adversaire, il n’a pas la même valeur
    Pour qui vit déjà son trépas nonobstant le grand Manitou.

    Tableaux de Farrel Cockrum.