Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Les belles moustaches

    En ce temps-là, le poil aux pattes et les moustaches en guidon,
    Ils s’entassaient dans les tranchées pour sauver leur mère patrie.
    Ils ont tous finis psychopathes, gueules cassées à l’abandon
    Et handicapés retranchés au foyer ou en psychiatrie.

    Cent ans après, plus de moustaches ; les barbes les ont remplacées ;
    Autres poilus, autres obédiences ; mais où sont les héros d’antan ?
    Si nos souvenirs nous rattachent aux soldats dans leurs trous glacés,
    Accordons-leur un temps d’audience, nous, leurs descendants repentants.

    Oubliées ces belles moustaches qui apportait une touche coquine, une bouche amusante et piquante, presqu’un air intelligent. Aujourd’hui l’homme a repris du poil de la bête et arbore une barbe hirsute qui pourrait évoquer une lointaine époque révolue…
    Personnellement la moustache ne me va pas, tant pis ; la barbe non plus, tant mieux.
    J’aime bien les porteurs de moustaches car ils me rappellent mon père, Albert Einstein, Georges Brassens, Jean Ferrat, Louis Blériot, Salvador Dali, Sir Arthur Conan Doyle et même les Dupondt…

    Tableaux de Juliette Belmonte.

  • La voix de la mère

    Si j’entends la voix des sirènes, c’est que je suis né dans la mer,
    Dans le jeu de l’évolution des origines de la vie.
    Cette Terre incarne ma reine et tous ses océans, ma mère
    Avec ses eaux en dilution parmi mon cœur et ses envies.

    Et malheureusement en nombre tous ses enfants ont abusé
    De sa nourriture abondante et de son eau de vie sacrée.
    Tout disparaît dans la pénombre d’une pollution infusée
    Par une humanité perdante de l’avoir ainsi massacrée.

    Quand une mère s’éteint, son cordon ombilical nous relie toujours à notre humanité parente et défunte et je m’imagine l’arbre de vie avec toutes ses branches féminines butinées par les propres fruits de ses propres fleurs.
    J’avais peu de relations avec ma mère qui n’était pas très démonstrative car sa propre mère était décédée à sa naissance. Pourtant quelques jours avant sa mort, j’avais reconstruit des liens très forts comme si c’était en prévision de ma préparation à cette connexion éternelle.

    Photos de Christophe Renoux.

  • À cheval sur quels principes ?

    Être à cheval sur mes principes, tout ça, c’est bien beau mais lesquels ?
    Tout ce que je croyais acquis croule sans justificatif.
    L’absolutisme s’émancipe et je découvre les séquelles
    Des débordements prérequis par le pouvoir exécutif.

    J’ai beau me tenir à carreau et louvoyer entre les gênes,
    Trop de gens se laissent embarquer dans une indicible oppression.
    L’astrologie et les tarots me semblent bien plus homogènes
    Qu’une pandémie démarquée par des chiffres en rétrogression.

    Entre les guerres mondiales du vingtième siècle puis, les guerres économiques, les guerres saintes et aujourd’hui la guerre épidémiologique, pas besoin de longs discours pour s’apercevoir que les expériences et les bonnes résolutions n’ont pas servi à grand-chose et qu’il ne faut pas se voiler la face mais admettre que le monde entier joue à un Monopoly gigantesque où il ne restera qu’un seul vainqueur – si toutefois il en reste un.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La dérègle du jeu

    Les chemins de l’imaginaire libèrent des inhibitions
    Permettant de vaincre ses peurs et de chasser tous ses démons.
    Ce qui semble extraordinaire devient alors invitation
    À voyager à toute vapeur parmi les vallées et les monts.

    Quand le pion a suivi les règles et parvient à destination,
    Il est promu fier cavalier, évêque, tour ou même reine.
    Il s’envole alors comme l’aigle et parvient avec obstination
    Et l’aide de ses alliés à sortir le taureau de l’arène.

    Aujourd’hui, cela fait exactement onze ans que je suis tombé de quinze mètres dans les calanques à Marseille et que je suis entré dans un nouveau monde extraordinaire par la petite porte de la souffrance ; le prix du passage était cher à payer.
    Et me voici dans mon nouvel univers, nouveau pays, nouvelle langue – toujours pas maîtrisée -, nouvelle femme – toujours pas martyrisée- et nouveau destin. Comme quoi, les chemins imprévisibles de l’imaginaire font vraiment changer de dimension.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk.

  • L’autre Patte-en-rond

    Or, Patte-en-rond avait un frère qui vivait dans l’autre maison
    Mais était resté timoré envers le peuple des rongeurs.
    Car si l’un et l’autre bâfrèrent les souriceaux en fumaison,
    Désormais l’autre l’a ignoré et en demeure tout songeur.

    Patte-en-velours, car c’est son nom, ne s’intéresse qu’aux fleurettes
    Dont il s’empiffre goulûment aussitôt qu’elles sont en bouquet.
    Nul besoin de fleurs de renom, il aime bien les pâquerettes
    Et toutes les plantes à tégument qui lui font les meilleurs banquets.

    Il laisse toujours la dernière, on ne sait pas, c’est un mystère.
    Peut-être pour se rappeler l’odeur de son dernier festin.
    Il attend, de cette manière, que les graines héréditaires
    Germent et viennent renouveler les fleurs pour un autre destin.

    Tableaux de Galina Y. Chuvilyaeva.

  • Les canards bleus, rouges et verts

    Prendre son bain est salutaire avec ses canards en plastique ;
    Pourtant les plaisirs solitaires ne semblent pas si romantiques !
    Elle s’est éprise d’un canard, bleu comme le bleu de ses yeux,
    Et depuis elle prend son panard et lui, cancane à qui mieux mieux.

    Après une année de bonheur, son canard bleu s’est fait la malle ;
    Elle a pris pour se consoler sa rougissante progéniture.
    Si ces canards lui font l’honneur d’une jouissance animale
    Ensemble ils iront convoler d’amours rubis et d’aventures.

    Elle en a vu des bleus, des rouges, et puis de toutes les couleurs ;
    Tout ce qui vit, tout ce qui bouge, tous palmipèdes de malheur.
    Le dernier en date, un colvert, lui a brisé son cœur ouvert
    Elle, d’un seul coup de revolver, a rompu et s’est mise au vert.

    Tableaux de Jahar Dasgupta.

  • Des livres et moi

    Quand j’entendis le mot « culture », il rimait avec « revolver »
    Tant la pensée individuelle faisait peur à nos dictateurs.
    Aujourd’hui la même dictature ferme à visage découvert
    La moisson intellectuelle des libraires et des éditeurs.

    Alors entrons en résistance par des librairies clandestines
    Et les rats de bibliothèque seront compagnons du devoir.
    Livrons en toutes circonstances ce levain qui nous prédestine
    À suivre de manière intrinsèque notre propre conception du pouvoir.

    Aujourd’hui on ferme les librairies classifiées « non indispensable » car la culture et l’information pendant le confinement sont nuisibles à la santé. Du coup, il reste Amazon et les sites de vente de livres sur internet qui peuvent vendre librement et sans payer le moindre impôt.
    Quant à moi, je suis passé au numérique depuis 10 ans – ce qui m’a permis de déménager quelques 30.000 livres et BDs plus facilement en Suisse – en plus de mes abonnements Applebooks, Kindle et Izneo… eh oui, j’ai trahi le livre-papier mais j’en conserve encore deux bibliothèques pleines.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • L’envol de la liberté

    Ma liberté s’est envolée ; on a volé ma liberté !
    J’avais tellement l’habitude de la savoir hors des limites
    Que j’ai le cœur bien désolé de voir mes espoirs déserter
    La fausse illusion de quiétude qui, aujourd’hui, n’est plus qu’un mythe.

    Désormais on place la guerre prioritaire sur l’amour ;
    Désormais on nous fait survivre à genoux plutôt que debout.
    Cette liberté qui naguère s’est édifiée au fil des jours
    N’est plus et ce qui va s’ensuivre ne me laisse aux lèvres que dégoût.

    La liberté, relative à l’esprit, est plus une sensation qu’une réalité puisqu’elle se heurte à beaucoup de frontières, politiques, sociales, religieuses et aujourd’hui thérapeutiques.
    La liberté physique est encore plus stricte ; un accident, une maladie ou une infirmité réduisent son espace, les améliorations sont rares et inversement proportionnelles au temps.
    La liberté financière permet d’aller aussi loin que ce qu’on a gagné durant toute une vie de labeur et les occasions d’en profiter réduites sauf exception.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La Fée Florette – 2

    La Fée Florette - 2

    La Fée Florette, ainsi nommée pour le bouquet de ses cheveux,
    D’une fée-mère pour racine et le greffon d’un rameau lierre.
    Elle a bâti sa renommée en faisant tout ce qu’elle veut
    Tant la liberté la fascine d’une énergie particulière.

    Elle a vu des forêts alpines que sa vie était destinée
    À faire résonner les cœurs à l’accord de ses intentions
    Mêlées de roses et d’aubépines au parfum de méditerranée
    Qu’elle fixe aux accroche-cœurs de ses conquêtes sans prétention.

    Ne comptez pas l’observer nue quand elle court dans la forêt
    Ni entendre le son de sa voix quand elle se baigne dans l’étang.
    Seul un cœur pur, jeune, ingénu qui n’a pas été défloré
    Peut l’aborder à claire-voie sans anicroche, sans contretemps.

    Je l’ai croisée deux ou trois fois, amoureuse d’un feu follet
    Qui l’entraînait hors des frontières avec faste et ébourrifure.
    Puis, elle est revenue, ma foi, désenchantée et affolée
    Pour consacrer sa vie entière dorénavant à la coiffure.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Les fruits de ma licorne

    Dans ma licorne, tout est bon pour la nourriture de l’âme ;
    Les fruits de l’imagination produisent un vin millésimé.
    Mais il faut l’esprit vagabond, le cœur ouvert comme une femme
    Et le corps de résignation d’un homme neuf et sublimé.

    Or, l’habit ne fait pas le moine ; la corne n’est pas suffisante
    Pour pénétrer dans les mystères par une approche marginale.
    Qu’il est précieux, le patrimoine à l’hérédité divinisante
    Qui forme un cœur dépositaire des quatre vertus cardinales !

    Difficile de faire des choix dans le monde d’aujourd’hui. La pandémie du coronavirus, info ou intox ? L’ordre nouveau, complot ou simple peur du loup ? Et le trou d’ozone, a-t-il vraiment disparu ? Et les chemtrails qui répandent des microparticules dans l’atmosphère ?
    Quelle que soit sa décision, faut-il s’y accrocher ou écouter l’antithèse et s’y laisser séduire ? Peut-être la réponse réside-t-elle dans la capacité à se poser des questions continuellement ?

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les trésors de ma licorne

    Par le secret de la licorne et de la grande pyramide,
    Tout ce qui paraît chimérique ouvre une porte sur l’autre monde.
    Le monde austère des capricornes et du cancer, ce grand timide,
    Avec les lions d’Amérique et de la vierge vagabonde.

    Mais la licorne est télépathe, elle perçoit tout comme un devin,
    Comme un scorpion muni d’antennes qui fait des rappels de piqûre.
    Les pieds sur Terre à quatre pattes, elle coule d’un ruisseau divin
    Qui alimente ma fontaine d’une eau aux reflets d’Épicure.

    Pourquoi ce besoin de recourir à la magie ? Les chrétiens ont besoin de se raccrocher aux miracles, à la résurrection et au paradis ; les scientifiques ne jurent que par le monde merveilleux de la physique quantique ; d’autres ne rêvent que d’elfes, de fées et de sorcières et même le monde capitaliste croit à la magie de l’argent avec les millions du lotos, les palaces et le grand pouvoir de la jet-set. Moi, j’aime bien rêver à ma licorne.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les trésors de mon hibou

    Toutes les histoires à tiroirs renferment de précieux trésors
    Que je savoure car mon cœur carbure à l’imagination
    Qui lui renvoie comme un miroir ses émotions qui le dévorent
    Mais lui distillent la liqueur qui l’ouvre à la divination.

    Là, j’ai le tiroir aux légendes ; ici, le tiroir aux bonheurs ;
    Plus haut, le tiroir aux projets bâclés ; plus bas, le tiroir aux fantasmes.
    Avec un bouquet de lavandes, j’entretiens le tiroir du cœur
    Et dans celui qui ferme à clef, j’y enferme tous mes sarcasmes.

    En ces périodes de confinement, place à la seule richesse intérieure.
    Avant tout, pour le plaisir des yeux, des oreilles, de la bouche et du cœur, il faut une bonne histoire ; un bon texte pour une bonne chanson, un bon scénario pour un bon film, un bon tableau pour un joli poème. Donc beaucoup d’imagination et beaucoup de sources d’inspiration sinon ça devient une bouillie répétitive et stéréotypée. Cela étant, le talent revient à organiser et orchestrer les tiroirs de sa mémoire.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Mes boîtes à hiboux

    Au jour des morts, revient le chouette souvenir des chers disparus
    Dans les tiroirs de ma mémoire des moments de fraternité.
    Certains ne sont que silhouettes au bout du chemin parcouru
    Et d’autres ont signé le grimoire, mon livre d’or d’éternité.

    Des grandes boîtes en bois chêne aux petites boîtes racornies,
    J’ai conservé les bons moments et donné la clef au hibou
    Car cet oiseau nocturne enchaîne au fil de mes nuits d’insomnies
    Le film tiré des romans de leurs vies mises bout à bout.

    Foin des Halloweens américains, nous avons-nous aussi notre jour des morts, le 2 novembre où nous allumons une bougie en ouvrant le livre aux souvenirs qui nous relie à ceux qui sont partis. Nous y mêlons nos propres histoires afin que nos descendants continuent de perpétrer ces souvenirs comme un fil de laine filé à chaque tour du rouet de la vie.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • La pirolle

    Au printemps, la pie est frivole, elle a bu plus que de raison
    Avec les beaux paradisiers qui se sont partagés sa chambre.
    À l’automne naquit la pirolle avec ses couleurs hors-saison
    Afin que vous organisiez la fête du mois de novembre.

    Or, la pirolle n’est pas pie, du moins sa lointaine cousine
    Émigrée vers l’Himalaya et même plus loin jusqu’en Chine.
    Douée de chromothérapie, elle fait la une des magazines ;
    Il paraît qu’elle se déploya au Vietnam, ancienne Indochine.

    Photo d’une Pirolle à bec rouge et dessin de Karen Lee.

  • À la fortune du pot

    Plutôt que fêter tous les saints et Halloweens américains,
    J’ai fait la grasse matinée puisque, après tout, c’est dimanche !
    Puisque ce jour de la Toussaint coïncide au jour dominicain,
    Je m’en vais me procrastiner sans même retrousser mes manches.

    De peur que je prenne racine et devienne plante d’appartement,
    Demain je quitterai mon pot mais en forme d’échappement.
    Après-demain je me vaccine des folies du gouvernement
    En ne payant plus mes impôts tant que dure le confinement.

    Octobre avait démarré sous le signe du confinement chez nos amis canadiens, il était juste que les français y consacrent leur mois de novembre. Enfin quand je dis « juste », c’est façon de parler. Chez nous en Suisse, le gouvernement fédéral pense que les citoyens responsables sauront prendre les bonnes décisions par eux-mêmes. Mais, ne voulant prendre aucun risque, il commence à prévoir l’annulation de Noël. Si ça se trouve, il nous annulera aussi la nouvelle année pour prolonger 2020, l’année zinzin.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Les souvenirs du scorpion

    Il pardonne mais il n’oublie pas ; tout, à jamais, reste gravé.
    Les souvenirs sont douloureux quand la mémoire est affectée.
    Sauf passer de vie à trépas, rien ne pourrait plus s’aggraver
    Qu’un rappel d’un vieil amoureux qu’il n’aurait jamais accepté.

    Tout est prétexte pour creuser profondément ses souvenirs.
    La moindre image, la moindre odeur et tout remonte à la surface.
    Tout est pesé et repesé, mieux vaut guérir que prévenir
    Car il possède un décodeur aux perpétuelles interfaces.

    Son réseau varie tout le temps, ses neurones se renouvellent,
    Ce qui paraissait impossible est naturellement résolu.
    On le croit mort mais entretemps, par un retour de manivelle,
    Le revoici, fort, impassible en quête d’un nouvel absolu.

    Tableaux de François Fressinier.

  • Triché !

    La coupe était empoisonnée, la reine de pique a triché !
    D’ailleurs elle s’est octroyée de droit de jouer avec le Roi.
    La perfidie a foisonné depuis longtemps dans le duché
    Depuis que l’évêque s’est noyé dans du vin de messe, à ce que l’on croit.

    On a retrouvé l’intrigante qui avait falsifié les cartes ;
    Elle avait noyé le poisson en rendant l’évêque foldingue.
    Cette démarche inélégante, la reine souhaite qu’on en départe ;
    Elle prendra la même boisson et on verra si elle valdingue.

    La reine épique est innocente et le venin venait d’ailleurs.
    L’évêque possédait la marotte de lorgner Neptune et Galatée.
    Du bout de sa lunette géante, comme d’un foudre ravitailleur,
    L’aurait servi à la poivrote un vin de messe frelaté.

    Tableaux de Daniel C. Chiriac.

  • Drôle de cirque

    Drôle de cirque en ce moment dans le spectacle permanent
    Qui se déroule au jour le jour d’un mauvais goût bien raffiné.
    On vit on ne sait plus comment sous le joug du gouvernement
    Qui propose encore un séjour entre quatre murs confinés.

    La nuit, j’entends les cavaliers qui galopent dans mes osselets
    Et poussent des cris de cigales qui troublent ma muse écrivaine.
    Tous ces échos festivaliers frappent mes rimes bosselées
    Qui me composent un madrigal au rythme de mes acouphènes.

    Dernier jour du mois avec des fins de confinement pour les uns et des débuts de confinement pour les autres mais rien en Suisse pour le moment.
    Drôle de cirque que ce ballet de restrictions, obligations et préventions et avec le port du masque, c’est Carnaval et Halloween toute l’année.

    Tableaux de Vito Campanella.

  • Halloween Sha là la

    Dans les nuits bleutées de l’orient, j’entends sourdre à travers les murs
    Les échos des tapis volants qui me racontent leurs histoires.
    Dans ces coloris luxuriants se mêlent éclats et murmures
    Des djinns courtois ou insolents avec défaites et victoires.

    Les mille-et-une nuits d’orient racontées par Shéhérazade, bien que marginales dans la littérature arabe, s’apparentent à nos contes de fées, de princesses, de dragons et de sorcières. Dieu sait combien de sorcières ont été poursuivies, torturées et brûlées par les chrétiens fanatiques des siècles précédents. À chaque religion, sa chasse aux sorcières. Défendre les sorcières, c’est prendre le risque d’être brûlé à son tour ; mais ne rien faire ne revient-il pas à prendre le même risque ?

    Tableaux de Layla Nowras.

  • Rendez-vous à Marseille

    Rendez-vous à Marseille

    Si tu veux t’envoyer en l’air avec compagnons et compagnes,
    Viens donc chanter La Marseillaise sous le grand miroir du vieux port.
    Tu décoinceras tes maxillaires qu’on entendra jusqu’à Aubagne
    Et feras trembler, mal à l’aise, la Bonne-Mère sur son support.

    À Marseille au Vieux-Port sous le grand miroir.

  • Chienpossible

    À chienpossible nul n’est tenu s’il demeure irréalisable
    De mener à bien les miracles en dépit de ce qu’on a appris.
    Or, celui qui s’est abstenu de faire des lois égalisables
    Nous promet, à force d’oracles, l’opération du Saint-Esprit.

    Illustration de Shigeo Fukuda.

  • Mais où est Vincent ?

    Mais où est Vincent ?

    Plus on nous parle de Vincent et moins on n’en voit la couleur ;
    On n’ose plus sortir le nez sans conseil des pharmacologues.
    On nous cantonne, nous évinçant de nos proches dans la douleur
    Et nous retrouvons confinés sans plus de papier dans les gogues.

    Tableau d’Oleg Shuplyak.

  • Madame et sa chatte

    Madame et sa chatte

    Madame est exhibitionniste et montre fièrement son minou
    Quand elle fume après l’amour tout en se caressant la chatte.
    Monsieur, plutôt opportuniste, chat-fourré mais chaud lapinou,
    Lui avait dit non sans humour : « Que toutes les deux m’approchâtes ! »

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  • J’en pince pour toi

    Parmi les couples indissociables qui restent unis toute leur vie,
    Certains ont toujours du ressort d’avoir lavé leur linge sale.
    L’amour n’est pas plus négociable qu’une famille en indivis
    Qui unit les princes consorts d’une attirance colossale.

    Quand une reine tombe amoureuse de son valet, celui-ci risque de dévaler dans l’arène.

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  • La famille Galet

    La famille Galet

    Pierre Galet et son épouse semèrent leurs petits cailloux
    Qui ont roulé le long des plages de Normandie à Vintimille.
    Lorsque je vois sur ma pelouse la trace de ces petits voyous,
    J’en reconstitue l’assemblage pour rendre hommage à leur famille.

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  • Morte saison

    Morte saison

    Juste entre l’Halloween d’octobre et le jour des morts de novembre,
    Ceux qui sont partis nous rappellent à leurs plus tendres souvenirs.
    Les feuilles en faire-part d’opprobre laissent un froid qui glace les membres
    Et celles qui s’en vont à la pelle laissent leur place à l’avenir.

    Photo du cimetière des vétérans.

  • Sacré lion !

    Quand le lion vient en automne pour se raviver les couleurs,
    Il porte son costume de rouille et sa couronne de saison.
    Mais il ne trompe plus personne ; pour atténuer ses douleurs,
    Il s’est mis au jus de citrouille qu’il siffle plus que de raison.

    Après avoir brillé tout l’été, le lion se trouverait-il dépourvu lorsque l’automne arrive ?
    Mais il n’existe pas d’intersaison en Afrique.
    Dommage, nous aurions eu un lion roux d’automne ; un lion blanc pour l’hiver ; écru au printemps et cuit en été. Et pour Halloween, demain, il aurait dévoré les enfants comme des friandises 12 ! Mais non, c’est pour rire !

    Photos d’Adrian Higgins.

  • Le peintre et son modèle

    Le peintre et son modèle

    Quand le peintre se met à nu pour livrer son œuvre intégrale,
    Il influence son modèle qui le suggestionne avec son tour.
    Et le résultat obtenu est qu’au lieu de trouver le Graal
    Il traduit d’une main infidèle un art qui mérite un détour.

    Tableau d’Antonio Bueno.

  • L’immersion

    L’immersion

    À trop observer l’extérieur, je me confonds dans le décor
    Et mes convictions se dissolvent à vouloir suivre les vainqueurs.
    Aussi je reste à l’intérieur fidèle à ce que je crois encor
    Afin que l’esprit se résolve à prendre le parti du cœur.

    Tableau de Paul Delvaux.

  • Cartographies

    Une fois passé l’âge tendre, sa carte érotique se dessine
    Sur le visage, dans le cou, les bras, les jambes et les mains.
    Ah, laissez-moi encore entendre les microsillons sur les lignes
    Qui racontent les contrecoups des amours d’hier et de demain !

    Au corps se creusent des rides du temps qui enregistrent comme une photo les événements de la vie. Une ride, c’est un peu comme une blessure sur un champ de bataille ou un galon remporté sur une victoire. Les pattes d’oie rient comme un soleil de bonheur et les cicatrices témoignent comme un monument la bonification des marques du temps.

    Tableaux d’Emilio Pettoruti sur http:www.midcenturia.com201105emilio-pettoruti-paintings.html .

  • La censure

    Il suffit d’un petit bout de sein pour que nous soyons censurés
    Comme si le pervers mamelon faisait déborder la pudeur.
    Je ne sais vraiment quels desseins recherchent ces gens triturés
    Mais leurs faux scrupules félons dissimulent leur propre laideur.

    Que voit vraiment celui qui censure ? Le sein ou son propre trouble face à celui-ci ?
    L’homme cache le corps de la femme sous prétexte qu’elle l’incite au péché comme si l’homme – si fragile – était incapable de résister à ses propres instincts.
    Et l’innocence de l’enfance ? Quel poids la société lui fait-elle jouer ?
    Finalement, tout est question de masque pour se protéger des faiblesses de l’humanité.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Comme une mouche au plafond

    Quand elle descend du plafond, la vérité paraît infâme ;
    Lorsqu’elle sort du puits sans fond, elle est nue tout comme une femme.
    Tout est question de point de vue et mon poème, pris à l’envers,
    Me prend un peu au dépourvu malgré ses rimes et ses vers.

    Le Nu appelle à la beauté, la Pornographie appelle au sexe. Entre le Nu et la Pornographie, il y a juste la pensée et l’intention. L’un voit de l’art, l’autre de la perversion.
    Toujours est-il que plus le temps passe et plus la censure se resserre.
    Alors le Nu ? Évolution, perversion, révolution ou dégradation ? C’est pourtant notre marque de fabrique !

    Photos de Sam Thies.

  • À l’heure du coucou

    Dès l’heure du soleil levant jusqu’à ce que l’astre se couche,
    Selon les phases qui m’incombent, la vie me paraît naturelle.
    Me lever quand souffle le vent, boire quand la pluie vient à ma bouche,
    Faire l’amour quand la nuit tombe avec une femme surnaturelle.

    Par nos cinq sens, nous percevons l’espace, la matière et ses propriétés mais pas le temps. Pas la moindre petite horloge dans le cerveau malgré le battement régulier du cœur et le souffle de la respiration ; sinon l’observation du soleil et de la lune pour compter les jours, les mois, les saisons et les années.
    Voilà la véritable différence entre les hommes et les femmes ; tandis que les hommes ont perdu leur horloge interne, les femmes l’ont conservée.
    Et moi, depuis le changement d’heure, je me lève une heure plus tôt, déjeune à onze heures et dîne à 18 heures ; mon subconscient est resté à l’heure d’été.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein.

  • Tout ça pour ça !

    Depuis cent ans que l’ours polaire voit reculer son horizon,
    Il subit les raids temporaires de l’homme comme une trahison.
    Les changements d’heure solaire n’entraînent pas sa guérison
    Car les deux décalages horaires resserrent un peu plus sa prison.

    Mais l’ours ne se met pas en colère ; ses soucis d’alimentation
    Ne lui nourrissent ni les molaires et ni des lèvres et ni des dents.
    La controverse est corollaire des suites de l’émigration
    Et des voyages similaires qu’ont livrés les enfants d’Adam.

    L’ours polaire se fiche un peu du changement d’heure. D’abord parce que le cercle polaire entre dans la période hivernale des dix mois de nuits et ensuite, une heure de plus ou de moins ne freinera pas la fonte des glaces.
    Quant à nous qui voyons nos libertés et nos acquis fondre jour après jour par l’échauffement viral, nous ne pouvons qu’être solidaires.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • L’heure bleue

    Aurore d’été vient en avance tandis qu’Aube d’hiver recule ;
    Les filles ennemies de Saturne me titillent deux fois par an.
    Mon cœur avoue sa préférence à l’heure bleue du crépuscule
    Lorsque leurs caresses nocturnes rendent mes rêves transparents.

    Contrairement à ce que les médias ont publié en 2019, ce qui devrait changer pour le changement d’heure, ne changera plus ; la crise du coronavirus a perturbé les horloges, le leurre a troublé l’heure.
    Aujourd’hui, à la même heure, ce n’est plus la même heure qu’hier ; comme quoi, chacun voit midi à sa porte alors qu’il faut le chercher à quatorze heures.
    Personnellement, je préfère de loin l’heure d’hiver qui est plus en accord avec le soleil.

    Tableaux de Aïtch sur https:www.behance.netgallery9699283The-Blue-Period .

  • Les femmenotes

    Lorsque j’entends siffler le vent et claquer sa cape de brume,
    Je sais, perchées sur un rocher, où se dressent les femmenotes ;
    Au crépuscule ou au levant, selon l’ocre du ciel d’agrumes,
    Là où nul ne peut s’approcher, elles composent en kichenottes.

    Il paraît que dans la savane ; oubliée par un écossais,
    Un lion jouait de la cornemuse avec un doigté fabuleux.
    Une femmenote en caravane un jour l’a sorti du fossé
    Pour composer avec sa muse son concerto pour violon bleu.

    Souvent dans les châteaux hantés, les femmenotes accompagnent
    Les voix des fantômes égarés au cœur resté à Varsovie.
    Professionnelles et patentées, elles enchantent les campagnes
    Par leurs symphonies bigarrées au chœur des revenants ravis.

    Prestidigitatrice de charme et à la partition musquée,
    La dernière des femmenotes possède plus d’un tour dans son sac.
    Elle vous fera tirer des larmes tellement l’émotion brusquée
    Vous saisira jusqu’à la glotte par d’anciennes chansons cosaques.

    Tableaux de Michael Cheval.

  • Les femmelettres

    Elles vendaient des omelettes supposées guérir tous les maux
    Et s’appelaient « Les femmelettres » tout simplement, sans jeu de mots.
    À l’encre d’œufs de cygnes blancs qui aussi fournissaient leurs plumes,
    Elles écrivaient des contes troublants répartis en plusieurs volumes.

    Les femmelettres naissent en automne pendant la récolte des feuilles
    Par une parthénogenèse de millefeuilles mis en abyme.
    Ça reste au début monotone mais assez vite, passé le seuil
    De la surprise, elles se complaisent en secrets issus des abîmes.

    Les histoires à dormir debout que nous écrivent les femmelettres
    Résultent de préparations colorées du plus bel effet.
    La nuit, elles élèvent des loups, vêtues de chaperons champêtres,
    Pour de nocturnes narrations qui font les beaux contes de fées.

    Entre l’école parisienne et les écoles anglo-saxonnes,
    Les femmelettres ont préféré l’école des ponts-et-chaussées.
    Par suite d’une grand-mère autrichienne qui, vraie fille ou fausse garçonne,
    Composait sur l’Île de Ré ses chansons d’une voix de fausset.

    Tableaux de Michael Cheval.

  • L’arbre de Babel

    De ma vieille souche française, ou de Navarre à Dieu ne plaise,
    Je porte un fruit européen aux pépins méditerranéens.
    Dopée aux greffons italiens et même néandertaliens,
    Ma descendance assurément mutera démesurément.

    Au dix-neuvième siècle toutes les races émigrées aux Amériques ont formé les peuples Brésiliens, Étasuniens mêlés au sang indien.
    Au vingt-et-unième siècle les migrants par millions renouvellent ce mélange.
    Je ne sais pas encore comment seront nos descendants du 22ème siècle mais ce sera certainement une surprise physique, psychologique et spirituelle… si la Terre tourne toujours évidemment.

    Collage de Michael Waraksa et tableau d’Alison O’Donoghue.

  • Résignation et résiliation

    Pauvre frêle rose, ainsi donc abandonnée au caniveau
    Mais amour et compétition imposent leur résignation ;
    Pauvre soldat de Cupidon qui n’a pas atteint le niveau,
    Impitoyable reddition qu’entraîne la résiliation.

    Pourtant tu étais la plus belle des roses de la roseraie,
    Pourtant tu étais destinée à fleurir ceux qui sont épris
    Mais l’amour se montre rebelle envers celui qui oserait
    Croire au cœur de sa dulcinée lorsqu’elle n’a que du mépris.

    Plusieurs fois dans la vie, nous nous retrouvons rejetés, abandonnés par la compétition.
    Comme un Icare blessé qui se serait trop rapproché d’un soleil impitoyable.
    N’empêche que dans notre société, nous sommes souvent transformés en soldats et expédiés au front comme chair à canon économique. Alors la bonne nouvelle lorsque nous nous trouvons éjectés, c’est que NOUS SOMMES SORTIS DU TROUPEAU.

    Photos de Barbara Florczyk sur https:designyoutrust.com201712beautiful-flower-photography-by-the-polish-photographer-barbara-florczyk .

  • La force du tigre

    Corps de tigre au cœur de lionne mais l’esprit d’un oiseau chanteur,
    Je parcours jungle et Reflets Vers à la recherche de mon âme.
    Et tandis que je papillonne dans ces paysages enchanteurs
    Où le monde tourne à l’envers, j’y trouve et découvre ma femme.

    Chacun voit midi à sa porte. Chacun possède sa vision « subjective » du monde et certains d’entre nous tentent de l’imposer aux autres. Si j’étais philosophe avec de l’expérience et si je comparais ma propre vision à celle des autres, j’en déduirais une vision « objective » à suivre quitte à me retourner sur moi-même voire à retourner ma veste. Mais je sais aussi que, quand je chevauche un tigre, il m’est difficile d’en descendre.

    Tableau de Henri Rousseau.

  • Spirales d’automne

    On croit que l’été se meurt mais ce n’est que changement ;
    La nature porte le deuil mais ce n’est que provisoire.
    Le passage se fait sans heurt dans un fol enchantement
    Dont le faire-part de feuilles circule en tons illusoires.

    La spirale des couleurs de l’automne étourdissante
    Virevolte ma vision de la vie dans l’univers.
    Malgré frissons et douleurs aux douceurs engourdissantes
    Dont mon corps fait provision pour traverser son hiver.

    Tableaux de Erin Hanson.

  • Attention, une femme peut en cacher une autre

    Derrière un regard mystérieux se cache une peur refoulée,
    Derrière un menton audacieux, une pudeur encagoulée ;
    Derrière ses lèvres entrouvertes se dissimule un cœur blessé
    Et derrière ses pupilles vertes, une âme qui se sent agressée.

    Lorsque la femme est libérée, c’est tout un univers qui s’ouvre
    Dans lequel l’âme est une étoile et le cœur est omniprésent.
    Lorsque l’homme se met à rêver, il s’en rapproche et il découvre
    Son âme-sœur qui se dévoile en pénétrant dans ce présent.

    Maquillage de Mimi Choi.

  • Marseille haut de gamme

    Marseille haut de gamme

    Les couleurs dans mes souvenirs se décolorent dans la mer
    Et les odeurs dans ma mémoire s’évaporent vers Notre-Dame.
    Alors peut-être qu’à l’avenir, les tons, devenant doux-amers
    Et transformés par l’écumoire, rendront mon tableau haut de gamme.

    Tableau de Paul Signac.

  • Gare à la sorcière !

    Au soleil, elle se baignait nue pour la couleur de ses cheveux
    Puis, sous une eau de pluie, rincée pour la pureté de sa peau.
    Je ne sais ce qu’elle est devenue, elle fait toujours ce qu’elle veut
    Depuis qu’elle m’a évincé en me transformant en crapaud.

    Croyez-vous à la magie noire et aux philtres magiques et aux malédictions ?
    Aujourd’hui, j’assiste à une chasse aux sorcières sous la houlette du coronavirus qui mute plus vite que l’ombre d’une nouvelle vague.
    Un combat de sorciers ; d’un côté des gouvernements qui se cachent derrière des sortilèges, répressions et confinements ; de l’autre des mages comme Raoult et Perronne qui contrattaquent ; au milieu l’élixir diabolique du vaccin bientôt obligatoire.
    En Suisse, on étudie la légitimité d’un passeport COVID…

    Tableaux de Aïtch.

  • Un coin de paradis

    Dans la quiétude de la routine, on aime bien se répéter
    Les mêmes mots, les mêmes gestes du bon vieux temps déterminant.
    Les insouciances qui s’agglutinent autour d’une vie végétée
    Une fois qu’on a tourné sa veste du côté le plus pertinent.

    Entre paradis et enfer, nous vivons dans une antichambre ;
    Entre métro-boulot-dodo et les vacances organisées ;
    Entre bosser et ne rien faire depuis janvier jusqu’à décembre ;
    Entre plaisirs et libido au goût américanisé.

    Tableau de Paul Signac.

  • Détente et détente

    Maître-yoga incontesté, le léopard vit la détente
    D’une douce méditation achetée au prix de la vie.
    Nul besoin de manifester auprès de ses proies compétentes
    Ses désirs en délectation au gré des goûts et des envies.

    Sportif de très haut niveau en saut en longueur comme en hauteur, le léopard est la preuve incarnée que repos et action ont un point commun : la détente.
    Aussi, lorsque vous voyez votre ado préféré jouer aux Gaston Lagaffe, méfiez-vous de sa détente… sauf si son animal totem s’apparente au paresseux.
    Quant à moi, je me sens tout à fait Léopard avec détente au premier et second degrés.

    Photos de Benoît Bussard.

  • Les femmes nues ont des épines

    Les femmes nues ont des épines comme la fleur à peine éclose
    Qui s’épanouit au matin pour un petit bonheur futile.
    Comme la rose et l’aubépine qui fleurissaient les maisons closes
    Lorsque les robes de satin glissaient sur le sol, inutiles.

    La beauté serait-elle un masque derrière lequel se cache le cœur d’une femme ?
    La laideur ou les épines pourraient alors également dissimuler l’âme…
    Il est tentant de déshabiller une femme pour en découvrir le cœur,
    Il est risqué d’écarter les épines pour en dénuder l’âme.
    En amour, qui s’y frotte s’y pique !

    Tableau de Lora Vysotskaya.

  • Le blues de la Terre

    Terre dont nous avions héritée, Tu incarnais la perfection,
    La vie et la pensée humaine, l’amour et la beauté de l’âme.
    Tout ça, nous l’avions mérité avec ou sans circonspection
    Jusqu’à ce que l’argent amène autant d’opprobre que de blâmes.

    Jusqu’à présent toutes les guerres ont décimé l’humanité et les familles éparpillées…
    Mais aujourd’hui, c’est le progrès qui ravage les océans, les mers, la faune et les forêts.
    Toutes les erreurs de naguère reproduites à l’unanimité, toutes les ressources pillées,
    Laisseront la place aux regrets qui retourneront au néant et à la terre déshonorée.
    Pauvre Jules Verne, visionnaire qui n’a rien vu venir…

    Tableaux de Shiori Matsumoto.

  • Née dans les genêts, nue et ingénue

    Elle a poussé dans les genêts naturellement au soleil ;
    Preuve que les filles ne naissent pas dans les roses forcément.
    J’en oubliais mon déjeuner dans ses effluves que balaye
    Un vent de charme et de jeunesse qui me captaient comme un aimant.

    Plus tard, son acné juvénile s’épanouit en mille fleurs
    Qui lui parsemaient le visage semblable au masque de beauté
    Qui décore les campaniles quand au village sonnent les heures
    Des soirs aux exquis paysages qui conservent leur primauté.

    Son maquillage, couleur du temps, où défilaient ces paysages,
    Faisait penser à un voyage qui jamais ne s’arrêterait.
    Son curieux regard déroutant illuminait tout son visage
    Et ses cheveux, comme un feuillage qui jamais ne déparerait.

    Photos de Marta Bevacqua.

  • Vol au-dessus du temps qui passe

    Plutôt que des années qui m’effraient, je chevaucherai mon effraie
    Pour voir le chemin parcouru, combien de temps j’aurai couru.
    Plutôt que ressasser le passé que je ne peux plus surpasser,
    Je retiendrai les bons moments qui ont marqué l’événement.

    Plutôt que des années de regrets qui constitueront mes secrets,
    Je reprendrai les jours de honte, je sais que mon cœur les surmonte ;
    Je revivrai tous mes échecs, les imprévus tant intrinsèques,
    Pour les transformer en victoire et réécrire mon histoire.

    Plutôt que des années de péché où Dieu ne s’est pas empêché
    De me glisser des chausse-trappes et tous les malheurs qui me frappent ;
    Au fond du cœur j’ai un mantra car il est dit dans mon contrat :
    « Plus la vie et les années passent et moins tout cela ne me tracasse. »

    Tableaux de Lucy Campbell.