Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • L’orange et le vert

    Sur le grand canal d’émeraude, elle se promène la tête nue ;
    Elle aime y calmer ses douleurs et y trouver un air de fête.
    Et lorsqu’un amour la taraude ou lui entrouvre l’inconnu,
    Elle vient délayer les couleurs qui lui remontent à la tête.

    Larmes d’amour, larmes salées, larmes de joie, larmes sucrées ;
    Mêlé de pensées colorées, le cœur meurtri reste entrouvert.
    Le teint cuivré, le teint hâlé mais oint de lumière sacrée ;
    Des souvenirs décolorés, resteront l’orange et le vert.

    Quelle est la couleur de décembre ?
    Blanc comme la neige, bleu glacé, rouge de Noël, vert sapin, orange et mandarine, joujoux pour les plus jaunes, noir comme l’espoir d’une année nouvelle violée ?
    Je préfère lui attribuer des couleurs qui n’existent pas ou n’existeront plus : couleur de joie, teinte d’espérance, nuance d’amour, tonalité d’optimisme, éclat de sérénité…
    Et pour aujourd’hui, une rose 12 !

    Tableau « Quai à Venise » de Kees van Dongen.

  • Le système féminin

    L’espèce humaine est imbriquée dans chacune de ses créatures ;
    De mère en fille, de père en fils, depuis la première pierre posée.
    Chaque cellule est fabriquée à partir de deux signatures
    Partagées lors de l’artifice d’un feu de deux sexes opposés.

    Au centre, ce puits de ténèbres, attire l’attention des mâles
    Qui gravitent autour du noyau et de l’origine du monde.
    Car ce féminin qu’ils célèbrent, l’esprit lié à l’animal,
    Incarne le plus précieux joyau dont l’enchantement les inonde.

    Tableaux de Diego Fernandez.

  • La rose bleue et la main verte

    La rose bleue et la main verte évoquent l’amour de la Terre
    Et l’amour devient jardinier quand la passion creuse les sens.
    D’abord on fait la découverte du terrain de son partenaire
    Ensuite, on ne peut le nier, on en récolte la quintessence.

    Selon les phases de la Lune, les couples sèment passionnément
    L’ensemble des graines fécondes cueillies dans les fruits défendus.
    À en croire la bonne fortune du bilan proportionnément,
    On peut conclure que le monde croît selon l’amour répandu.

    À propos de rose bleue et de main verte, n’oubliez pas de célébrer la Sainte-Barbe du 4 décembre qui consiste à placer des petites graines de blé, de lentille, de haricot, de pois où tout ce que vous voulez dans une coupelle sur un peu de coton ou de terre et que vous arroserez plusieurs fois par jour afin d’obtenir une jolie décoration pour Noël.
    L’été, lorsque je me promène parmi les champs cultivés, je pense toujours à récolter les gerbes échouées sur les bords des chemins d’épis de blé, de pois où tout ce que je peux trouver que je conserve précieusement jusqu’à la fin de l’année.

    Tableaux de Yuroz sur http:www.shafferfineart.comThe_Art_of_Yuroz.htm .

  • L’arbre qui marche

    L’arbre qui marche

    Hybridé aux plantes grimpante, Issu de la branche des lierres,
    L’arbre qui marche a décidé de se dégourdir les racines ;
    D’abord de manière rampante puis, en démarche irrégulière.
    Lui-même n’a point élucidé cette mutation qui le fascine.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La guitare à quatre mains

    Savoir jouer de la guitare à quatre mains est un exploit
    Qui réunit les amoureux du manche et de l’introduction.
    Un peu d’avance ou de retard sur les cordes tendues qui ploient
    Sur un rythme assez langoureux avec droits de reproduction.

    Souvent la femme reste en attente après l’ultime accord plaqué ;
    Elle imagine alors pensive comment amorcer la reprise.
    Alors d’une main haletante, elle commence à attaquer
    Par une caresse intensive la petite corde surprise.

    Aujourd’hui il neige. Un froid sibérien régnait cette nuit et, silencieusement, l’aube s’est révélée dans un blanc immaculé. Quel rapport avec la guitare ? Eh bien… le silence entre les notes, les notes blanches, les accords en avalanche, les crescendo et decrescendo le long du manche et tout ce que l’on peut imaginer. Et puis, qui dit neige dit petites soirées au coin du feu, rencontres, lieu idéal pour sortir sa guitare et jouer à 4 mains.

    Tableaux de Yuroz sur http:www.shafferfineart.comThe_Art_of_Yuroz.htm .

  • La croix et le croissant

    De la Grande Muraille de Chine au rideau de fer soviétique,
    Beaucoup de civilisations ont barricadé leurs frontières.
    Puis, nous ont fait courber l’échine en religions hypothétiques
    Qui, au moyen de privations, imposent notre vie entière.

    On nous apprend l’humilité pour ne pas offenser les riches ;
    On fait porter le voile aux femmes qui pourraient séduire les hommes ;
    Des règles d’imbécilités alors que nos dirigeants trichent
    Et une répression infâme envers les exclus du royaume.

    Tableaux de Jennifer Yoswa et Noor Sabah.

  • La dernière nuit de novembre – 2

    Si la nuit, tous les chats sont gris, cette nuit, ils seront tous noirs.
    Pourquoi ? Parce que nous sommes fin novembre et qu’il vont partir au service.
    Félix, Doudou et Mistigris – ils resteront dans nos mémoires –
    Partent en classes de décembre au grade des Chats-sœurs novices.

    Minuit pétante, ils sont partis afin d’accomplir leur devoir
    Auprès des chats du septième ciel, de vieux matous de Mandchourie.
    Des rôles leur seront répartis avec quelques super-pouvoirs
    Afin de fêter l’officiel Noël des rats et des souris.

    Illustrations d’Irina Zenyuk.

  • La dernière nuit de novembre – 1

    Mon chat dort le tour du cadran, de l’aube jusqu’au crépuscule,
    En prenant soin de n’occuper que nos canapés préférés
    Ou nos genoux en s’effondrant de tout son poids qui nous bouscule
    Sans jamais s’en préoccuper sauf l’envie de vociférer.

    Passé deux heures après minuit, il veut aller au restaurant,
    Demande la carte en miaulant et manifeste son impatience.
    Je fais le service de nuit et sert ce monstre dévorant
    Quatre ou cinq fois, c’est désolant et ça taraude ma conscience.

    Illustrations de Jozef Wilkon.

  • Comme la Lune

    Comme la Lune, elle ne se montre qu’un peu, beaucoup ou pas du tout
    Et ses effets suivent ses phases : mini, maxi ou toute nue.
    Lors de la première rencontre, pour jouer son premier atout,
    Elle s’habille sans emphase, sobrement mais sans retenue.

    Quand elle veut se mettre en lumière, juste un string et une brassière
    Vous révéleront tous ses charmes et puis, je vous en fais l’aveu,
    Quand elle regagne sa chaumière, sa tenue devient outrancière
    Car elle ne porte qu’une larme d’eau de parfum dans les cheveux.

    Pleine Lune. Tout comme une femme, elle apparaît, se met en lumière puis, disparaît, c’est la règle.
    La Terre, tout comme les hommes, elle tourne en rond, fait sa révolution et rêve aux étoiles.
    Le Soleil, tout comme un Dieu, nous a créés, représente la source de la vie, nous illumine et nous révèle sa lumière.
    Et moi, tout comme un poète, j’écris un mot au clair de la Lune sinon je vais voir chez la voisine car je crois qu’elle y est…

    Tableaux de Natalia Leonova.

  • L’œil animal

    Or elle adapte sa vision selon l’atmosphère du jour
    Et les couleurs de la semaine d’un regard caméléonien
    Car dans le monde en collision, où tout se trame à contrejour,
    Elle cherche la chaleur humaine à travers l’amour platonien.

    Selon les soirs de pleine lune, elle ressemble à la grande ourse
    Qui observe d’un œil glouton tout ce qui passe à sa portée.
    Selon la couleur opportune de ce que contiendront leurs bourses
    Elle tondra quelques moutons d’après les ragots colportés.

    Je ne sais pas si j’ai l’œil animal mais j’ai déjà le pied car il m’est arrivé plusieurs fois de surprendre des renards et des chevreuils lorsque je me promène dans ma forêt d’Eschenberg ; preuve que j’ai la patte agile. J’ai même surpris un chevreuil qui est sorti un jour de la forêt sans me voir jusqu’au dernier moment où nous nous sommes retrouvés nez à nez. Le pauvre était tellement effrayé qu’il en est tombé les quatre fers en l’air !
    Pour l’œil, je suis myope comme une taupe ; j’ai le nez et l’odorat d’un chien ; je fais patte de velours et j’aime reprendre du poil de la bête ; c’est presque bon !

    Tableaux de Natalia Leonova.

  • Quickly Strip-Tease

    D’abord elle arrive sur scène entièrement nue mais en chaussures
    Qu’elle commence sensuellement à enlever l’une après l’autre.
    Ni ridicule ni obscène mais acceptée par la censure
    Car tout est fait élégamment et très amicalement vôtre.

    Après elle déclame un poème juste assise, décontractée.
    Raimbaud, Verlaine ou Beaudelaire toujours selon son bon plaisir.
    On dit qu’elle est un peu bohème, que son strip-tease est compacté
    Mais elle ne manque pas d’air en s’exhibant comme à loisir.

    Puis à la fin, elle se lève, on l’applaudit, elle remercie
    Montrant comment sa mère l’a faite nonobstant le moindre accessoire.
    De quelle école fut-elle l’élève ? Ça n’a jamais été éclairci
    Mais elle en a atteint le faîte d’ailleurs j’y retourne ce soir.

    Tableaux de Jonas Kunickas.

  • Le film de ma vie

    Pour mon dernier déménagement – celui prévu en fin de vie –
    Je vais devoir rembobiner mes films courts et longs métrages,
    Mes tableaux dans l’encadrement, jeter ceux qui n’ont pas servi
    Et, au moment inopiné, assumer de Dieu l’arbitrage.

    J’aurai la honte de ma vie devant les moments ridicules
    Où tous les Anges poufferont là où Dieu aura rigolé.
    Quand je verrai Satan ravi de dérouler la pellicule,
    Tous mes esprits s’étoufferont sur un destin troufignolé.

    Finalement je serai admis avec ma place au Paradis ;
    J’aurai droit à la plus haute branche pour bâtir ma nouvelle vie.
    Je croyais mon sort compromis mais j’aurai la chance, pardi,
    De m’en payer une bonne tranche, moi, le poète inassouvi !

    Tableaux de Julie Heffernan.

  • La détente

    Elle préfère se reposer en dégustant quelques grenades
    Le corps presqu’entièrement nu excepté un bas fantaisie.
    Comme on pourrait le supposer, un thé vert ou une limonade
    Et un parfum plus soutenu de patchouli et d’ambroisie.

    Si le soir, elle se détend en se laissant choir en arrière,
    Les cheveux pendus vers le sol selon l’antique médecine,
    Elle aime ça, elle prétend exécuter une prière
    La tête comme une boussole orientée vers ses racines.

    Qui sait si après le coronavirus on ne nous obligera pas non seulement à porter le masque mais à couvrir toutes les parties du corps exposées ? J’ai l’impression d’assister à l’islamisation de la tenue de l’homme et la femme moderne du vingt-et-unième siècle !
    Peut-être devrons-nous pratiquer des fêtes clandestines et privées pour nous retrouver ensemble illégalement et à poil ?
    Après tout, nous assistons bien à une sorte de basculement des pôles sociaux et moraux…

    Tableaux de Natalia Leonova.

  • L’œil de l’Utah

    La Terre entrouvre ses oreilles dans ses cavernes qui résonnent
    Et ouvre un œil sur les montagnes et les campagnes jusqu’à la mer.
    Ses échos n’ont pas leurs pareilles à parler quand elle raisonne
    Et son regard nous accompagne avec tout l’amour d’une mère.

    Les grandes plaines d’Amérique ont longtemps veillé ses enfants
    Par leurs yeux colorés d’azur de l’Utah au Colorado
    Qui voient les rêves chimériques des premiers pionniers triomphants
    S’étendre au fur et à mesure sur la route de l’Eldorado.

    Et si la Terre nous voyait ; et si la Terre nous écoutait ; et si la Terre nous humait ; et si la Terre nous goûtait ; et si la Terre nous touchait ?
    Ah ! Au temps pour moi, c’est exactement ce qu’elle fait si j’en croit mon petit doigt.
    Du coup, je trouve cela plus rassurant car j’entends souvent : « Si Dieu existait, il n’y aurait pas de guerre, il n’y aurait pas de misère, il n’y aurait pas toutes ces horreurs ! ».
    Donc si je remplace « Dieu » par la « Terre », ça met un terme au problème de son existence ou non et la question devient : « Est-ce que la Terre a envie de voir continuer notre espèce ? »
    Hum ! Mais ce n’est là qu’une supposition hasardeuse, bien entendu…

    Photos de Zach Cooley et Paige Tingey.

  • Tisseuses de mondes

    Au début, elles n’étaient que cinq à tisser les mondes antiques ;
    Ainsi filait la vie des dieux qui régentaient la Terre entière.
    Afin que l’amour s’en convainque et scelle un monde romantique,
    À sept, elles ont tissé les cieux et un univers sans frontière.

    Et chaque année un nouveau nœud vient compléter leur écheveau
    Qui confère un nouveau pouvoir à celui qui s’y apparente.
    Le réseau devient lumineux et déjà le prochain niveau
    S’esquisse afin de se mouvoir vers d’autres expériences aspirantes.

    Il y a celles et ceux qui tissent le monde de bonnes intentions mais, comme l’enfer en est pavé, le monde obtenu se révèle assez chaotique.
    Prenons l’exemple du Black Friday ; tous les magasins « non essentiels » sont fermés mais tous les sites de vente par correspondance multiplient les annonces pour casser les prix. Amazon règne en maître sur les livres. Les marchés de Noël sont annulés.
    Je ne sais pas de quoi sera tissée la vie de chacun de nous en 2021 mais la qualité et l’abondance ne seront pas au rendez-vous.

    Tableaux de Jeanie Tomanek.

  • Le Roy Gérôme

    Le Roy Gérôme

    Il naquit pion et sagittaire car son chemin était tracé
    Pour traverser son échiquier jusqu’au choix de sa destinée.
    À vingt ans, toujours solitaire – personne ne l’avait embrassé –
    Il rejoignit ses équipiers parmi les soldats mâtinés.

    En sortira-t-il chevalier ? Tout dépend s’il écrit l’histoire
    Soit comme un fou, tout de travers, soit comme la tour, toujours tout droit.
    Mais s’il a l’esprit cavalier, il accumulera ses victoires
    Durant ses six mois de calvaire s’il ne se montre pas maladroit.

    Rendez-vous à l’année prochaine, il sera métamorphosé ;
    Le cœur vaillant, l’esprit ravi dans le corps d’un prince charmant.
    Il aura découvert sa reine, son âme-sœur prédisposée
    À l’accompagner dans la vie et prête à lui prêter serment.

    Que tous les jours soient des dimanches, toutes les nuits, des nuits d’amour !
    Quand on est Roy, que peut-on craindre mis à part la révolution ?
    De case noire en case blanche, avec du tact et de l’humour,
    Il n’a point le temps de se plaindre constamment en évolution.

    Souhaitons-nous de nous retrouver au moins deux ou trois fois par an
    Pour raconter les souvenirs d’un sagittaire apprivoisé.
    Comment la vie l’a éprouvée, comment est-ce d’être parent ?
    Comment se porte l’avenir et pourrons-nous en pavoiser ?

    Tableau de Maryvon Riboulet

  • Toujours plus haut !

    Les petites filles sautent à la corde, montent à l’échelle, toujours plus haut ;
    C’est leur manière de prouver qu’autrefois elles étaient des anges.
    Plus tard, lorsqu’elles vous accordent de vous mettre ensemble en duo,
    Vous ne pouvez plus qu’approuver d’avoir les plus divins échanges.

    Tout est prétexte de voler, tout est prétexte de planer
    Elles iront jusqu’à surfer dessus leur planche à repasser.
    Donc je vous souhaite de convoler – et d’ici la fin de l’année –
    En justes noces assoiffées d’un septième ciel à dépasser.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Vive la télé !

    La télé me vide la tête et mes pensées sont minimales
    À grands coups de publicité et d’informations mensongères.
    Même le chat est à la fête grâce aux émissions animales
    Et j’atteins la simplicité de la parfaite ménagère.

    Dès le matin j’ai mes séries toujours faciles à comprendre
    Après viennent les magazines pour être au plus près de la mode.
    Et j’y repère pour mon chéri un bon plat facile à apprendre
    Et puis je fonce à la cuisine, je le prépare et l’accommode.

    Photos de Helmut Newton.

  • Les feux des forêts

    Paradoxalement novembre étincelle de feux dorés
    Et prépare les décorations de Noël sur tous les sapins.
    Ainsi les troncs se teintent d’ambre profondément dans la forêt
    Avec la collaboration des farfadets et des lutins.

    J’en ai vu qui portaient des glands et d’autres chargés de pignons
    Aidés par quelques écureuils qui en grignotaient la moitié.
    Et sous les rayons aveuglants du soleil sur les champignons,
    Les fées hissaient avec des treuils des boules en bois de noisetier.

    En automne, non seulement les couleurs sont belles mais les éclairages aussi.
    Entre un soleil interminablement très bas dans le ciel et des crépuscules qui tirent la lumière comme un élastique, plus une touche de brouillard, la Nature se fait photographe en jouant avec les teintes dégradées, les ombres satinées et la profondeur.
    Avec le calme des forêts comme dans une église, la voûte des arbres comme cathédrale et les feuillages comme vitraux, je redeviens prophète de la plus belle des religions.
    Ah non, j’ai déjà dit que j’étais antireligieux… alors de la plus belle spiritualité.

    Le soleil de novembre très bas reste très longtemps dans le ciel et offre des jeux de lumière dans ma forêt d’Eschenberg.

  • Danse avec les requins

    Danse avec les requins

    Tous les matins je m’en allais me promener sous l’océan
    Avec mon requin poisson-chien pour lui distraire les mâchoires.
    Je l’emmenais se régaler de quelques nageurs bienséants
    Pour son plaisir œsophagien et lui dérouiller les nageoires.

    Mais non, je plaisante et d’ailleurs mon requin n’aime pas les hommes ;
    En revanche il aime les femmes surtout celles au corps de sirène.
    Bien que les squales soient railleurs, ils apprécient dans leur royaume
    Les jolies nageuses qu’affame leur attrait pour les œstrogènes.

    Photo de Peter de Mulder et l’australienne Hannah Fraser photographiée par Shawn Heinrichs sur http:www.regardsurlemonde.frblogfemme-sirene-danse-requins .

  • Les souches d’Eschenberg

    Dans notre forêt d’Eschenberg, les souches officient de maisons
    Pour les farfadets champignons ou les lutins de toutes races
    Qui gravent au pied en tant qu’exergue leurs devises comme une oraison
    Parmi les glands et les pignons qui pavent le sol des terrasses.

    « Joli Bolet et Feux Follets », « Chauds Lapins et Chiens de Faïence »
    Tels sont les titres des maximes qui résonnent aux coins des cités.
    Certaines tentent d’affoler l’intrus montrant trop de vaillance
    Mais d’autres sont sublimissimes et invitent à les visiter.

    Je suis plutôt antireligieux (ce qui n’empêche pas l’idée de Dieu).
    Cependant lorsque je marche dans la forêt, j’ai toujours une impression de pénétrer dans la cathédrale de la Nature avec les vitraux que le Soleil dessine à travers le feuillage. Avec les fées-fleurs, les champignons-lutins et les anges-animaux, la crèche est complète.
    Dommage que l’homme ait inventé un Dieu guerrier, jaloux et punitif !
    Moi, je continue de pratiquer le culte de la nature sans chasse ni pêche ni tradition.

    Jolies souches décorées par la nature ou les promeneurs dans ma forêt d’Eschenberg.

  • Les baladines

    Accompagnées de tambourin, de luth et de chansons d’amour,
    Les baladines éveillaient l’attrait des mâles mélomanes.
    Voiles azurins et purpurins dansaient au rythme des tambours
    Et dévoilaient, émerveillés, leurs jolis corps érotomanes.

    Shéhérazade sans aucun doute figurait le clou du spectacle
    Lorsqu’elle chantait a capella l’histoire des mille-et-une nuits.
    Tout l’auditoire à son écoute était saisi par le miracle
    De cette voix qui excella à le tirer de son ennui.

    Tableau de Kees Van Dongen sur http:pasperdus.canalblog.comarchives200710216561016.html .

  • Face à l’étoile

    Après avoir couru le monde à la recherche de l’étoile
    Qui brille dans le cœur et l’âme et illumine le visage,
    Comme une comète vagabonde dont l’éclat a percé le voile,
    S’est dévisagée une femme enrichie d’un doux paysage.

    Après avoir parcouru 30 ans à travers le monde, le photographe belge Serge Anton a vu beaucoup de visages et en a fait un livre de captures faciales insolites « Faces ».

  • Au pas de la Lune

    Lorsque la lune se renouvelle et se réfugie dans la nuit,
    Les étoiles se mettent à danser au grand bal des constellations.
    Puis, lorsque son pas se révèle et que sin premier croissant luit,
    Une lune pâle vient cadencer l’ouverture de l’orchestration.

    Lorsque la lune s’épanouit et resplendit dans sa lumière,
    Les étoiles viennent défiler aux ordres de leur supérieure.
    Même le soleil évanouit semble connaître une première
    Éruption qui va s’effiler en queues de comètes ultérieures.

    Puisque nous sommes lundi, honneur au jour de la Lune qui est gibbeuse et croissante à 62%. Il faudra attendre lundi prochain pour la pleine lune ce qui me donne une semaine pour trouver de belles images.
    Sinon, Google m’apprend que le 23 novembre symbolise « le mois de l’économie sociale et solidaire » et vu la crise économique due au confinement, aux fermetures, aux restrictions et à l’impossibilité pour plusieurs millions de personnes à travailler pour gagner leurs vies, ce lundi 23 novembre me semble assez significatif.

    Tableaux de Jeanie Tomanek.

  • Le loup-garou d’amour – 2

    À la pleine lune suivante, il a quitté sa louve-garelle
    Dont il avait plein les godasses de lui effeuiller les marguerites.
    La maladie récidivante de sa mutation corporelle
    Plut à une lapine chaudasse qui en devint sa favorite.

    Mais voilà ! Une fois passée la métamorphose du loup,
    Celui-ci trouve la lapine d’un autre appétit qui s’ensuit.
    Elle devra se surpasser à raconter à son loulou
    Une histoire qui le turlupine pour durer mille-et-une nuits.

    Tableaux de Jozef Wilkon.

  • Comme on s’unit, on s’attache

    Quand on s’unit et qu’on s’attache, en motifs unis ou à taches,
    Peu nous importe la couleur, la fusion se fait sans douleur.
    L’amour nous met en appétit, on s’aime et on fait des petits
    Qui ont tous une part de nous, unis de taches jusqu’aux genoux.

    Avec ce charme qui nous habille, tous les dimanches en famille,
    Nous allons danser au soleil ou sous la lune tout pareil
    En montrant nos belles tenues – même si au fond on vit tout nu –
    Tous les goûts sont dans la nature et dans notre progéniture.

    Et si les vagues d’émigration et d’immigration étaient une tentative de la nature pour transformer l’homo-sapiens en une nouvelle race plus adaptée ?
    On dit toujours que les métis et les bâtards sont les plus beaux et les plus forts.
    Peut-être que le mélange des gènes nous améliorera et rendra le côté « pragmatique » de l’homme plus enclin à évoluer avec raison plutôt que saccager à tout prix sa planète.
    D’ailleurs, moi qui suis d’origine méditerranéenne, je suis de sang français, italien et certainement maure ou même asiatique paraît-il…

    Tableaux de Jozef Wilkon.

  • L’intrigue

    Aux échecs, éternel absent qui subit plus qu’il ne comprend,
    Le roi, celui qui est au centre, est mené par le bout du nez.
    La reine noire, à son accent russe ou anglais, on s’y méprend,
    Abrite un enfant dans son ventre qui n’est pas de l’infortuné.

    C’est le roi blanc évidemment qui joue le rôle de l’amant,
    Qui trompe sa reine légitime pour la souveraine ennemie.
    Ainsi ils s’aiment avidement ; bientôt papa, bientôt maman
    Jusqu’au moment le plus ultime où tous les coups seront permis.

    Quant à la « pauvre reine blanche » perdue dans son corps de souffrance,
    Elle fulmine, elle est en rage, n’oublie pas plus qu’elle ne pardonne.
    Alors elle crée une avalanche de petits conflits à outrance
    Jusqu’à déclencher un orage puis, dans la folie, s’abandonne.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Aux couleurs de l’âme

    Andy Warhol serait ravi de voir son œuvre prospérer
    Avec ces femmes maquillées par leurs émotions artistiques.
    Troubles aux couleurs de la vie, émois et amours espérés,
    Dévoilés et déshabillés d’une mise à nu fantastique.

    Imaginez la vie entière qui se répandrait au visage
    Par les larmes douces-amères des ébranlements refoulés.
    Sentez sur la peau la matière comme fleurit un paysage
    Selon la saison éphémère d’art sans cesse renouvelé.

    Chaque femme aurait ses couleurs et, à chaque couleur, son âme
    Trahirait ses secrets intimes d’une petite voix fluette.
    Chaque bonheur, chaque douleur brillerait comme une oriflamme
    Mais cette sensation ultime appartient déjà aux poètes.

    Photos de Lindsay Adler.

  • Le loup-garou d’amour – 1

    Sous la nuit de la pleine lune, le loup-garou est amoureux
    Car c’est la maladie d’amour qui lui donne la rage de mordre
    Les fleurs aux dents et les callunes qu’il cueille d’un air langoureux
    Pour offrir un bouquet glamour assez fleuri mais en désordre.

    Sa louve-garelle, la coquine, l’envoie siffler sur la colline
    Pour y cueillir des marguerites plutôt qu’une gerbe de bruyères.
    Le loup, bien sûr , ça l’enquiquine et, la queue basse qui dodeline,
    Repart dans sa quête émérite faire un bouquet dans la clairière.

    Tableaux de Jozef Wilkon.

  • La clef du cœur

    Un cœur fermé à double tour réclame une clef ajustée
    Qui écoutera ses problèmes et tout ce qu’il a mal compris,
    Qui épousera les contours son corps avec chasteté
    Et qui résoudra les dilemmes entre son âme et son esprit.

    Une clef du cœur correspond à toute serrure complexe ;
    Le tout est de savoir tourner sept fois sa clef dans le bon sens.
    Mais si nous nous préoccupons à solutionner par le sexe,
    Nous ne pourrons plus contourner l’amour et le plaisir des sens.

    Un coup de cœur, ça fait toujours plaisir et même plusieurs fois par jour.
    Une belle image, un bon livre, une bonne BD, un bon film, un bon texte, une bonne musique, un bon plat, un bon vin, un bel échange, un beau câlin … la liste est tellement longue que nos cinq sens ne pourront peut-être pas les connaître tous mais si chacun ouvre et communique son petit musée personnel, que d’éclats de coups de cœur à partager !

    Tableaux de Vladimir Kush.

  • Les présages

    Tous ceux qui, au siècle dernier, ont tenté de voir l’avenir
    Auraient dû être contaminés par les virus en gestation,
    Être effrayés par les charniers qui ont tôt fait de survenir
    Et voir les peuples disséminés par les vagues d’émigration.

    Eh non, personne n’a su prévoir tous ces fourbis et ces machins,
    Ni éviter la pollution … à part prédire la faim du monde.
    Voici pourquoi tous nos espoirs de survivre au siècle prochain
    Sont le fruit d’une évolution vers une fin nauséabonde.

    D’après une information lue sur « Un nouveau paradigme », Facebook censurerait tout message qui contesterait la campagne vaccinatrice ; c’est donc pourquoi je ne dirai rien à ce sujet bien que je n’en pense pas moins… si tant est qu’on ait toujours la liberté de penser, droit qui sera sans doute bientôt aboli.
    Donc si vous voulez contester, faites-le mais ne le dites pas.
    Ça me rappelle le film « Apocalypse now » où les vietnamiens coupaient le bras aux enfants vaccinés par les américains…

    http:www.2012un-nouveau-paradigme.com202011nouvelle-censure-facebook-va-interdire-tout-message-anti-vaccins.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • Ainsi va la vie !

    Qu’elle est jolie la tendre enfance qui ne connaît que l’innocence
    Jusqu’au jour où l’enfant choisit entre l’action ou la défense.
    Car tout se joue à chaque instance de sa personne mise en présence
    De la plus grande courtoisie ou la réponse à une offense.

    Nous nous faisons damer le pion par des coups à devenir fou
    De la vie qui nous joue des tours avec des pièges cavaliers ;
    Parfois on tombe sur un lion que la moralité bafoue,
    Parfois l’amour vaut le détour et l’on remonte l’escalier.

    Dans ce grand jeu d’échecs qui est l’Europe avec ses pièces maîtresses (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas etc.) et les pauvres pions que nous sommes, je me demande quelle est la règle du jeu ? Et surtout à quoi sert le conseil européen ?
    Face au coronavirus, chaque pays fait n’importe quoi, comme il veut et sans la moindre cohésion avec les autres états membres.
    Il me semble que l’Europe aurait dû spontanément organiser la partie sinon… échec et mat ?

    Tableaux de Hanna Silivonchyk.

  • Les chevaux mécaniques

    Quand il n’y aura plus ni pétrole, ni gaz ni électricité,
    Il nous faudra recommencer à dompter les chevaux-vapeur.
    Avec chariots et carrioles tractés avec motricité
    Par le caractère romancé de beaux étalons galopeurs.

    Sur leurs sabots dotés de roues, ils patineront sur les routes ;
    Avec des flotteurs adaptés, ils deviendront chevaux-marins.
    Adieu à nos anciens gourous qui auront tous fait banqueroute
    Ou qui se seront réadaptés à mettre le pied dans le purin.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • Petite musique de confinement

    Ouverture
    Pour m’exprimer, une ouverture est nécessaire sur mon mur ;
    Ensuite, je me hisse au plus haut pour épater la galerie.
    Après, si jamais d’aventure je suis perçu comme un murmure,
    J’exécuterai « le grand assaut » en sonnant la cavalerie.

    Final
    Si l’on ne m’entend toujours pas, je vous jouerai « Satisfaction » ;
    Dans l’accord que vous attendez puisque vous êtes enfermés.
    Je vous ferai du Frank Zappa au temps des « Mothers of Invention »
    Interprété les yeux bandés pour jouer à guichets fermés.

    Ce n’est plus le peuple qui gronde mais l’orchestre qui réagit !
    Puisque vous êtes confinés, ouvrez bien en grand vos fenêtres ;
    Faites une musique enchantée ou endiablée si vous voulez ;
    Et chantez fort votre détresse de ne plus vivre l’allégresse.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • L’animal sur l’épaule

    Je porte la fidélité comme un chien noir sur mon épaule,
    Tu portes ta féminité comme un chat roux sur ton épaule,
    Il porte son espièglerie comme un renard sur son épaule,
    Elle porte sa lucidité comme un grand lynx sur son épaule.

    À chaque trait de caractère, je m’associe un animal
    Comme on transporte par devers-soi un vieux compagnon de fortune.
    Le mien, ce n’est pas un mystère, ressemble au bien, ressemble au mal
    Selon si ce que je reçois me satisfait ou m’importune.

    Dans la trilogie « Les Royaumes du Nord » de Philip Pullman, les humains étaient accompagnés d’un « daemon », une sorte de petit animal qui extériorisait leurs caractères.
    J’aimais bien cette idée et je verrais bien des loups noirs ou gris accompagner nos hommes politiques, des requins accompagner les financiers, des chiens pour les chasseurs – mais ça, c’est déjà fait – , des chats pour les pêcheurs et des animaux fabuleux pour les artistes… je prendrais bien une licorne.

    Tableaux de Mary Alayne Thomas.

  • Visions d’ailleurs

    Même si j’observe de loin pour rester en sécurité,
    Je participe malgré moi à ce dont je reste extérieur.
    Et si j’avance plus ou moins avec force et témérité
    J’authentifie au fil des mois ce qui bâtit mon intérieur.

    Je suis marqué par mes erreurs, tu es marquée par tes succès,
    Il est marqué par ses échecs, elle est marquée par ses victoires.
    Ainsi, nous portons la terreur inscrite en nous comme un abcès ;
    Ainsi que les marques extrinsèques des sourires aux belles histoires.

    Tableaux de Juliette Belmonte.

  • Les nouveaux oracles

    Aujourd’hui, les nouveaux oracles qu’incarne la télévision
    Nous font rêver à la fortune et l’illusion technologique.
    L’argent accomplit des miracles que l’on entasse en prévision
    Du couac des bourses inopportunes et ses crises psychologiques.

    Depuis que je l’ai débranchée et l’ai reléguée à la cave,
    Ma vie a repris sa couleur qui n’est pas celle de l’argent.
    Mais je ne suis plus retranché dans une planète d’esclaves
    Dont je subissais la douleur des médias se la partageant.

    Je suis a priori mal placé pour parler de la télévision puisque je l’ai reléguée à la cave depuis les dernières élections européennes pendant lesquelles les informations diffusées étaient fausses, les discours politiques menteurs et les journalistes traîtres à leur étique.
    Pour ainsi dire, depuis l’institution du quinquennat, le président et ses députés élus pour cinq ans possèdent les clefs de la république et le pouvoir total puisque l’opposition n’existe plus et qu’il n’y a plus aucun contre-pouvoir.
    Alors les oracles et les médias varient ? Bien fol qui s’y fie !

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La pie lunatique

    La pie voleuse écrit la nuit ses vols les plus rocambolesques
    Que, le jour, elle déchiquète pour ne pas se faire repérer.
    Dès passée l’heure de minuit quelques souris sherlockholmesques
    Tentent de mettre une étiquette sur les lambeaux récupérés.

    Elle aurait pris à Léonard son faux sourire à la Joconde ;
    Elle aurait fauché à Pierrot sa plume, hélas fort émoussée ;
    Elle aurait volé au renard un fromage à l’odeur immonde ;
    Elle aurait chipé à Perrault les miettes du Petit Poucet.

    La pie voleuse nous a volé tout ce que nous avions de plus précieux :
    La liberté est enfermée dans une cage dorée de confinement.
    La vérité est polluée par les mêmes personnes du gouvernement qui affirment un jour ce qu’ils infirment un autre jour.
    La santé devient une monnaie d’échange et d’asservissement.
    Même l’argent risque de disparaître en tant qu’espèces qui ont trop sonné et trébuché.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Culbuté

    Culbuté

    Quels sont les chemins inconnus qui me restent à parcourir
    Sans avoir l’esprit mal tourné ni tomber cul par-dessus tête ?
    Mais de peur d’être reconnu comme machine à discourir,
    Laissez-moi donc me retourner et reprendre du poil de la bête.

    Moco Museum – Amsterdam.

  • Histoires à dormir d’hibou

    Quand j’écris lors de mes nuits blanches à l’encre des rêves nocturnes,
    L’aurore en efface les traces et le soleil couvre l’oubli.
    Alors j’appelle sur sa branche le maître hibou taciturne
    Qui me sort de sa paperasse un souvenir que je publie.

    Parfois je veille et me rendors, parfois je rêve, parfois je songe ;
    Je peins des tableaux de poèmes, j’écris des vers à contrecœur.
    J’ouvre la boîte de Pandore qui ne contient que des mensonges
    Sous l’œil du Grand-Duc de Bohème, mon plus fidèle chroniqueur

    Les histoires à dormir d’hibou, j’en lis tous les jours dans les journaux et les médias. Particulièrement depuis la catastrophe épidémique ; pas de confinement mais si peut-être, pas de Noël sauf l’été prochain, fermeture des restos mais pas les MacDo, télétravail pour tout le monde non mais presque, vaccin pas obligatoire mais nécessaire, camps d’isolement pour les réfractaires à la mise à l’écart, etc. … et l’ordre nouveau dans le désordre complet.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Le penthouse vert

    Dans son penthouse sur les toits qu’elle avait transformé en serre,
    Elle ne vivait que pour ses plantes et l’atmosphère à la Prévert.
    L’air affairé, toujours courtois, lorsqu’elle se servait un verre
    Qu’elle buvait toute tremblante en me lorgnant d’un œil sévère.

    Perchée sur bottes compensées, elle n’aimait pas l’œil débonnaire
    Que je jetais sur ses boutures qui me paraissaient ordinaires.
    Mais elle retenait ses pensées et trouvait extraordinaire
    Que je dévaste ses cultures de manière réactionnaire.

    Je lui servais de factotum – une sorte de preux chevalier –
    Car elle ne levait pas le pied pour redescendre l’escalier.
    Moi, le chat noir, son majordome, j’étais son plus précieux allié
    Qui veillait en bon équipier, les yeux rivés sur son palier.

    Illustrations de Renn Qin sur https:www.behance.netcamus019 .

  • Du côté de Shéhérazade

    Pour nous surprendre, Shéhérazade s’est cachée dans l’appartement
    Comme fait le chat du Sultan lorsqu’il pourchasse les souris.
    Quelle subtile improvisade réserve-t-elle à son amant,
    Celui qui joue cet insultant jeu du pacha et sa houri ?

    La voici donc, l’irrésistible conteuse de charme et de suspense
    Qui étire la curiosité jusqu’à l’ultime dénouement !
    Par quelle intrigue indescriptible avec un voleur ou un prince
    Troquera-t-elle l’ingéniosité contre son profond dévouement ?

    Ciel ! Il faut attendre demain pour la suite de son histoire ;
    Un stratagème évidemment inoculé comme un virus.
    Prenant son courage à deux mains, elle, la favorite notoire,
    Aura gagné finalement à préserver son utérus.

    Tableaux de Léon Samoilovitch Bakst.

  • Les Dubois

    Les Dubois

    De père en fils, chez les Dubois, nous vivons en communauté
    Dans nos baraques en bois flotté une existence de casaniers.
    Et pareils aux chiens qui aboient quand un bruit les fait sursauter,
    Aux fenêtres venons chuchoter quand passent les caravaniers.

    Œuvre de Marc Bourlier réalisée à partir de bois flotté, ramassé sur les plages.

  • La reine de carreaux

    Si les rayures amincissent, les carreaux soustraient les regards
    Et la reine de l’échiquier en profite pour s’escamoter.
    Secrètement, elle s’immisce entre les pions un peu hagards
    Et va rejoindre son équipier qui saura bien la bécoter.

    Et Reine blanche – comme Reine noire – se prêter à ce petit jeu
    De l’art qui, en catimini, permet de retourner sa veste.
    Ainsi en cas d’échec notoire, elle rallie les meilleurs enjeux
    Chez l’autre avec ignominie pour lui obéir sans conteste.

    Photos de Stefan Sagmaster.

  • Jardinière de légumes

    Plus grosses seront les légumes qui nous font cuire au court-bouillon
    Et plus la fin des haricots aura goût au sang de navet.
    Ajoutez un zeste d’agrume à l’amertume des couillons
    Et vous verrez ces bourricots, autant que se peut, en saliver.

    Vive la soupe à la grimace, rajoutez deux ou trois tomates
    Et tant pis pour les restaurants qui fermeront leurs devantures !
    Vive la bêtise de masse et tous les robots automates
    Que l’on dirige en instaurant un mauvais bouillon d’inculture.

    Dès la naissance, pareil à l’âne, on m’agite une carotte devant moi :
    D’abord les promesses d’être sage pour mériter les cadeaux du Père Noël ;
    Ensuite les promesses de bien travailler en classe pour réussir dans la vie ;
    Après les promesses d’emploi, d’augmentation, de promotion et de retraite.
    Et en amour ? Se marie-t-on pour la promesse de fonder une belle famille ?
    Et en religion ? Faut-il accepter Jésus et tout le tralala pour mériter le paradis ?
    Ma vie n’est qu’une salade de carottes.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Chaudes lapines aux navettes

    Chaudes lapines aux navettes

    Dans les vieux quartiers de Marseille, à côté du four aux navettes,
    On voit naître à la chandeleur des créatures étonnantes ;
    Ces lapines aux longues oreilles qui se vendent à la sauvette
    Donnent un effet batifoleur aux jolies filles entreprenantes.

    Sculpture de Nikichi – Akihiko Yoshida.

  • La porte d’ambre

    La porte d’ambre

    Les murs de brume impénétrables peinent le soleil de novembre
    Qui nous semble user de patience à vouloir transpercer l’écran.
    Parfois le brouillard vulnérable entrebâille une porte d’ambre
    Et l’on voit l’astre en prescience percer la brume en l’échancrant.

    Tableau de xxx.

  • Martin, maître-pécheur

    Martin, maître-pécheur

    En robe bleue un peu baroque, avec long bec et courte queue,
    L’oiseau Martin, maître-pécheur, niche autour des lacs des forêts.
    Sa plumage turquoise évoque, malgré son esprit belliqueux,
    Un lien d’exotisme accrocheur aux paradisiers décorés.

    Il apaiserait les tempêtes et porterait bonheur aux hommes
    Qui vivent en ces régions humides où brumes et brouillards s’égarent.
    Mais ne vous cassez pas la tête s’il semble absent en son royaume ;
    Par son naturel très timide, il échappe à tous vos regards.

    Photo de Luisa Azevedo.

  • Salade de fruits

    Tout ça, c’est bien fait pour ma pomme, on m’a trop pris pour une poire !
    J’ai travaillé pour des radis et j’ai turbiné pour des prunes.
    Tout était prévisible en somme entre espoirs et mes désespoirs ;
    Je ne crois plus au Paradis et me console avec ma brune.

    L’état distribue trop d’amendes et nous presse comme des citrons ;
    Il ne nous lâche pas la grappe à boire le calice jusqu’à la lie.
    Cependant quoiqu’on lui demande, qu’on soit ouvrier ou patron,
    On n’obtient que la force de frappe des flics qui sonnent l’hallali.

    Sommes-nous pris pour des poires ou de simples pions dans un jeu ?
    Selon les statistiques, nous sommes parfois pauvres, riches, vieux, jeunes. Selon les organismes, nous sommes des contribuables, des patients, des usagers. Selon les marchés, des actionnaires, des participants, des clients.
    Moi, j’ai trouvé le truc ; je ne suis ni grand ni petit, ni gros ni maigre, ni très jeune ni très vieux, ni beau ni laid… bref le parfait inconnu anonyme qui passe inaperçu. Seule ombre au tableau, du coup je deviens entièrement transparent au serveur lorsque je lui réclame l’addition.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les jeux de la vie

    Tout ne serait que jeu de dupes et les cartes sont biseautées ;
    L’avenir qui nous est promis était déjà tout programmé.
    Tandis qu’on ne se préoccupe que de futiles nouveautés,
    Nos lendemains sont compromis par nos rois autoproclamés.

    L’argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n’ont pas les moyens
    De recruter leurs lieutenants qui maîtrisent tous les enjeux.
    Et pour avoir l’insigne honneur d’être un auguste citoyen,
    Il faut connaître les tenants et les aboutissants du jeu.

    Suis-je un tirage au sort du jeu de la vie ?
    Même si j’étais le descendant d’Adam et Ève, je ne pense pas pour autant être juif car mes parents d’obédience catholique m’ont fait baptiser chrétien bien que ça m’ennuie un peu ; en effet, j’aime bien Jésus pour ses miracles – surtout celui du vin -, ses prophéties et ses paraboles mais j’ai du mal à croire qu’il soit « Dieu et fils de Dieu » … ou alors moi-aussi.
    Je ne pense pas être noble non plus ; en effet, je ne me souviens pas d’un ancêtre qui serait parti aux croisades et c’est bien dommage car je me serais appelé Raymond de Saint-Gilles, vu que je suis né dans ce trou perdu.
    Finalement, le plus terrible serait d’être né con sans le savoir… mais qui sait ?

    Tableaux d’Agnès Boulloche.