Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Les cervelles d’oiseaux

    Les cervelles d’oiseaux

    Après avoir ouvert la cage à toutes les désillusions,
    Voilà les mémoires envolées avec les oiseaux de passage.
    Quand « délivrance » et « déblocage » sont les mamelles de l’évasion,
    L’âme et l’oubli vont convoler sans le moindre train d’atterrissage.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • S’ouvrir et s’enfermer

    S’ouvrir et s’enfermer

    Le cœur s’offre aux pages ouvertes sans ressentir la moindre fatigue
    Et l’âme, jusqu’à épuisement, continue de faire sa moisson
    Puis, s’enfonce à la découverte en suivant le fil de l’intrigue
    Pour arriver au dénouement où tout finit en queue de poisson…

    Photo de Kerem © Keremcgrc sur https:hitek.fr42artiste-reves-photos-surrealistes_7763 .

  • Désobéissance

    J’ai toujours eu cette impression que les règles que l’on m’impose
    Ne servent qu’à sauvegarder les avantages d’une élite
    Qui établit une oppression envers ceux que ça indispose
    Et qui auraient souhaité garder une équité cosmopolite.

    Photo du National Geographic

  • Madame météo

    Quel temps fait-il, Madame Subtile ? Fait-il beau temps, Miss Météo ?
    Beau temps au réveil, je l’espère, selon les caprices des vents ;
    L’année n’étant pas bissextile, février verra Roméo
    Et sa Valentine prospère dormir vingt-huit jours en rêvant.

    De gros nuages à l’horizon pourtant il fera beau demain ;
    Ce sera le temps des amours quarante jours, quarante nuits.
    Le temps n’a pas toujours raison, variant du jour au lendemain,
    Car il ne manque pas d’humour pour vous détremper de l’ennui.

    Maquillages de Marian Santos

  • La distribution

    À la distribution des corps, je me suis fondue dans le décor ;
    Pour la distribution des cœurs, j’ai pris le mien à contrecœur ;
    À la distribution des âmes, j’étais nue tout comme une femme ;
    Pour la remise des cerveaux, j’ai été remise à niveau.

    Tableau de Felice Casorati

  • Une femme à sa fenêtre

    Parfois au sortir de la douche, elle se met à la fenêtre
    En plaquant son corps de sirène contre la vitre tout embuée.
    Ensuite, elle y colle sa bouche à la recherche d’un bien-être
    Pour sentir cette joie sereine à laquelle j’ai contribué.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Astérisques et arobas

    L’arobas fait des arabesques et les astérisques, des étoiles
    Sur les parures couleur du temps, des temps modernes, évidemment.
    Bien que le goût du romanesque prenne la femme à rebrousse-poil,
    Elle ne trouve pas rebutant d’y renouer incidemment.

    Or, l’astérisque devient sexy quand, posée sur le mamelon,
    Elle en souligne sans cacher l’affriolante rotondité.
    Et je tombe en apoplexie quand l’arobas glisse selon
    Comment l’étoffe reste attachée en dévoilant l’intimité.

    Vêtue de poussière d’étoiles ou d’arobas ou d’astérisques
    Tout ça c’est cousu de fil blanc, c’est blanc bonnet et bonnet blanc !
    Mais jamais elle ne se dévoile, la fille ne prend aucun risque,
    Car elle se protège en tremblant contre mensonges et faux-semblants.

    Tableaux de Csaba Markus

  • Ces murs qui ont du nez

    Si les murs avaient des oreilles, dorénavant ils ont du nez !
    C’est dû à l’effet combiné de l’internet et la 5G.
    L’humanité n’est plus pareille maintenant qu’elle est condamnée
    À se retrouver confinée sous une protection singée.

    Grâce à nos appareils modernes, le futur nous suit à la trace
    Grâce à nos cartes de crédit qui s’usent graduellement.
    Le téléphone nous materne avec tous ses forfaits voraces
    Dont l’abonnement nous prédit son tacite renouvellement.

    Vous aurez plus que la lumière ! Demain on vous rase gratis !
    Tout est promis, tout est prévu dans notre offre de comédie !
    Depuis l’échéance première, au fil des mois, on vous ratisse
    Jusqu’à la mort, sauf imprévu, mais là, cochon qui s’en dédit !

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La fonte

    Lorsque je peux déconnecter toutes les pensées qui m’animent
    Et que je connecte mon âme ouverte sur le canal du cœur,
    Toutes les peines affectées s’écoulent dans un flot unanime
    Comme percées du brise-lames d’un esprit libre à contrecœur.

    Par le renouveau d’un printemps d’inspiration indépendante,
    Je me relie aux origines du sang qui coule dans mes veines.
    L’âme nue retrouve, en suintant de ses folies condescendantes
    Vers ses authentiques racines, toute son âme-sœur écrivaine.

    Tableau « Mon âme se reposera dans ton étreinte » d’Elena Kraft

  • Cherche-Midi est un lion

    Lorsqu’il entend des animaux ou qu’il aperçoit ses amis,
    Cherche-Midi lève le nez et lorgne sur la vidéo.
    Puis, il accourt prestissimo entre l’écran et le tapis
    En observant, tout étonné, l’image de ses idéaux.

    Le cri d’un lion réveille en lui son cœur de matou conquérant,
    L’oiseau paradisier stimule l’œil de lynx toujours à l’affût,
    Le fauve qui déchire la nuit d’un feulement vitupérant
    Ravive l’instinct que formule l’empire de ses sens diffus.

    Cherche-Midi sait se montrer très bon public

  • Pliée en quatre

    Quand elle rit, elle se plie en quatre même si ce n’est pas tout à fait vrai ;
    Quand elle rigole, elle s’esquinte par tous ses membres et jusqu’au cou ;
    Après, je la vois se débattre bien même plus qu’elle ne devrait
    Et tout ça finit par une quinte de rire que tous ses os secouent.

    Elle fait toutes les positions du yoga au Kâmasûtra
    Quand elle fait l’amour dans son lit, sur le sol et le tatamis.
    Elle jouit sans opposition et, quand bien même que pourra,
    Elle se replie à la folie surtout s’il y a beaucoup d’amis.

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  • Masturbation cérébrale

    Où s’établissent les fantasmes, le plaisir et la jouissance
    Dans les volutes du cerveau et la volupté du cortex ?
    Quel est l’origine des orgasmes qui détonent à toute puissance
    Depuis les plis en écheveau jusqu’auvertiges du vortex ?

    Tableau d’Ilya Filatov

  • Renversant !

    Renverser l’objet du désir pour découvrir son caractère
    C’est comme passer au scanner chaque parcelle de son corps.
    Cela permet, tout à loisir, sans avoir d’avis réfractaire,
    De goûter le plaisir charnel en pensées et bien plus encore.

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  • L’oiseau complémentaire

    Voici l’oiseau complémentaire, le rouge-gorge à gorge orange,
    Vêtu de plumes bleu-cerise, coiffé d’une houppette discrète.
    C’est notoire, c’est élémentaire, il possède un pouvoir étrange
    Dont les autres espèces éprises ont l’envie qui monte à la crête.

    Le Pinson des arbres de grève, le Bouvreuil pivoine lui-même,
    Le Traquet pâtre morfondu et la Linotte mélodieuse,
    Tous ces piafs poursuivent leur rêve évoquant l’oiseau de bohème
    Et voudraient être confondus à leur idole radieuse.

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  • Recyclages

    Qu’arrivera-t-il à mon âme, une fois l’éternité passée ?
    Que restera-t-il de mon corps, une fois sorti les pieds devants ?
    Qu’arrivera-t-il à mon cœur, une fois ses amours compassées ?
    Qu’adviendra-t-il de mon esprit, une fois emporté par le vent ?

    Ici, de la poussière d’ange pour souffler d’autres créations ;
    Là, de la poussière d’étoile pour ensemencer l’univers ;
    Là, des passions évanescentes pour aimer en procréation ;
    Ici, des pensées vagabondes pour inspirer rimes et vers.

    Tableaux d’Alicia Ross

  • Les dessous d’une œuvre

    Si j’explorais aux rayons X les célèbres toiles de maîtres,
    J’y découvrirais sûrement leurs secrets entre parenthèses.
    Léonard par ses idées fixes et ses folies au kilomètre,
    Vermeer et ses goûts mûrement axés sur les belles hollandaises.

    Je gratterais sous la peinture, leurs pense-bêtes olé-olé :
    Pourquoi ce sourire de merle que Mona Lisa affichait ?
    Quelle a pu être l’aventure avec Perrette-au-pot-au-lait
    Et la jeune fille à la perle au regard de biche aguiché ?

    Collages de Carme Magem

  • L’amour équitable

    Je ne suis pas très à cheval sur mon idéal féminin
    Et l’imagine pas trop bonniche mais, tant soit peu, hospitalière.
    Si, entre nous, l’amour cavale, j’aimerais cracher mon venin
    Entre les reins de ma pouliche lors d’une érection cavalière.

    Tableau de Costa Dvorezki

  • L’amour au toucher

    C’est vrai, l’amour ne se voit pas ; c’est vrai, l’amour ne s’entend pas ;
    C’est vrai, l’amour ne se sent pas; c’est vrai, l’amour ne se goûte pas.
    Mais je le vois en te touchant, mais je l’entends en te palpant,
    Mais je le sens en te tâtant, mais je le goûte en t’embrassant.

    Et je te mange avec mes yeux, et je te tâte avec mes mains,
    Et je t’embrasse avec mes lèvres, et je te goûte avec mon sexe,
    Et je te palpe les seins soyeux, et je pénètre ton vagin,
    Et nous jouissons avec fièvre d’un plaisir concave et convexe.

    Tableaux de Marlina Vera

  • La loi de l’attraction

    Selon la relativité, l’espace-temps est déformé
    Et la lumière déportée par les attractions magnétiques.
    Impossible alors d’éviter de sentir ma vie transformée
    Par le sex-appeal apporté par des créatures érotiques.

    Tableau de Konstantin Razumov

  • Ceci n’est pas un trou noir

    Plus noir que vous ne le pensiez au petit bout de la lorgnette,
    Gravitation universelle et relativité s’affrontent.
    Les frais d’un Dieu trop dépensier font des trous noirs bien malhonnêtes
    Dans l’univers où s’amoncellent de vieux démons qui s’y confrontent.

    Image d’un trou noir supermassif divulguée le 10.04.2019 par un réseau de huit télescopes répartis à travers le globe

  • Ève-Académie

    Plusieurs femmes ont concouru au concours d’Ève-Académie
    De races noires, jaunes et blanches, aux tresses brunes, rousses et blondes.
    Si l’une d’entre-elles mourut à cause d’une épidémie,
    Les autres tinrent jusqu’au dimanche pour briguer le titre Miss Monde.

    Adam fit partie du jury et ordonna l’épreuve ultime
    Avec un test de connaissances à propos des fruits défendus.
    Se détacha de l’écurie, lui croquant ses parties intimes,
    Une femme dont la naissance d’une côte aurait dépendu.

    Tableau « le jardin des délices » de Jérôme Bosch

  • Péché de genèse

    Dans la genèse alternative, Ève aurait fait la connaissance
    D’oiseaux de paradis en nombre et appris leurs danses nuptiales.
    L’âme séduite, admirative, Ève, d’amoureuse effervescence,
    Se serait vêtue de pénombre dans un registre bien spécial.

    Adam, lui, se serait paumé dans le labyrinthe d’Éden
    Et aurait croisé sa maîtresse, une charmeuse de serpent.
    Puis, Ève n’aurait pas chômé à le chasser, non sans dédain,
    Et, pour compenser sa détresse, aurait fui avec Peter Pan.

    Tableaux de Julie Heffernan

  • Pendant ce temps…

    Tandis que les humains voyagent pour mieux réchauffer la planète,
    Tous ceux qui vivent des grands froids devront s’adapter ou mourir.
    Quant aux ours blancs, le bousillage de leur banquise fait place nette
    À une lutte avec effroi pour trouver de quoi se nourrir.

    Adieu compagnons plantigrades qui montraient toujours patte blanche,
    Vous resterez dans nos mémoires rangés avec les dinosaures !
    Vous étiez juste rétrogrades à la croissance en avalanche
    Des humains et de leurs déboires à coups de Nabuchodonosor.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le vilain petit canari

    Les femmes aux cervelles d’oiseaux nous trompent depuis le début ;
    Elles jouent les filles innocentes, pimbêches et superficielles.
    Elles nous prennent pour des zozos dotés des pires attributs
    Par la conscience abêtissante volatile et obédientielle.

    « C’est mon p’tit doigt qui me l’a dit ! » lancent-elles à brûle-pourpoint
    Avec l’intuition féminine et les mots qui s’y apparient.
    Entre les dits et les non-dits ou les « Va ! Je ne te hais point ! »,
    Derrière ces phrases sibyllines se cache un vilain canari.

    Tableaux de Maria Pace-Wynters

  • Petits pois sont rouges et verts

    Les petits pois sont bien revêches comme de subtils ennemis
    Et les pois cassés racornis sont les pires belligérants
    Car les princesses, ces pimbêches, ne supportent pas l’infamie
    Après une nuit d’insomnie causée par ce mal ulcérant.

    Les petits poissons rouge et or peuplent les rêves polissons
    Du chat botté qui en profite lorsque la princesse est partie.
    Quand ces souris sont au-dehors, queue lovée en colimaçon,
    Minet, la mine déconfite, se repose en contrepartie.

    Les petits pois sont confortables, surtout l’intérieur de leur cosse,
    À condition d’avoir poussé suffisamment sur l’échalas.
    Et la princesse insupportable préfère un légume précoce
    À ce lit qui l’a courroucée malgré ses douze matelas.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk

  • Faute de filles, on prend des merles

    Merle noir ou rossignolet, qui fait le meilleur professeur ?
    Les filles-merles, dans la nuit, en ont retenu la leçon.
    Les deux oiseaux croquignolets restent les plus grands connaisseurs
    Des chants qui tirent de l’ennui filles chipies et polissons.

    Quand elles ont le cœur galopin qui révèle une âme friponne,
    Elles viennent travailler leur voix avec éclat et apparat.
    Sur les Impromptus de Chopin, elles s’entraînent, elles chantonnent ;
    Les oiseaux leur ouvrent la voie qui les conduit à l’opéra.

    Quand vient le temps de la maîtrise, décorées d’une grive blanche,
    Les filles en jupes et chemisiers donnent un gala de circonstance.
    Sous le vertige de leur emprise, un saisissement se déclenche
    Que même les paradisiers n’ont jamais vu dans l’assistance.

    Tableaux de Maria Pace-Wynters

  • Levé le voile

    Une fois le voile levé sur le mystère féminin,
    L’attention est focalisée là où il n’y a rien à cacher.
    La petite culotte enlevée offre un instant fort peu bénin
    Dont rien ne peut rivaliser car on ne peut s’en détacher.

    Couverture du National Lampoon « High School Yearbook Parody 1974 ».

  • La dimension d’amour

    Au-delà des trois dimensions, au-delà de l’espace-temps,
    Au-delà d’une brève pensée, au-delà de l’univers connu,
    S’ouvre le pouvoir de l’intention, la dimension des sentiments,
    La dimension récompensée par l’ouverture à l’inconnu.

    Avant que l’amour soit lumière, avant que l’amour soit matière,
    Avant qu’il entrouvre le temps, avant qu’il entrouvre l’espace,
    L’origine, la source première, l’objectif de la Terre entière
    N’est rien d’autre de plus important qu’une impulsion d’amour qui passe.

    Tableaux de Marlina Vera

  • La fille d’à côté

    Souvent, pour m’amuser, j’écoute avec hommage
    La voix de ma voisine, femme au charme subtil
    Qui se pâme indolente, expose son ramage
    À l’oreille attentive de mon cœur versatile.

    À peine a-t-elle ouvert la bouche à la fenêtre,
    Que moi, prince charmant, j’en deviens amoureux
    Et lorsqu’elle se penche, je sens une envie naître
    À me l’approprier d’un baiser langoureux.

    La fille de mes désirs, comme elle est fascinante !
    Elle, naguère petite, comme elle est grande et belle !
    Elle aguiche mon cœur d’envies avoisinantes
    Et je redeviens mâle qui traque sa femelle.

    Ma drôlesse, si semblable à Vénus authentique,
    Pourrait bien me tuer d’une flèche d’humour ;
    Elle ressemble aux sirènes dont le chant romantique
    Captivait les marins pour les noyer d’amour.

    Tableaux d’Anthony Falbo

  • Verte délivrance

    As-tu déjà diagnostiqué une envie profonde de vert ?
    Une folle envie d’espérance comme un remède à tes douleurs ;
    Sentir ton corps gymnastiqué, goûter le cœur à découvert
    L’éther comme une délivrance vers un espoir tout en couleurs.

    Tableau de Vincent van Gogh

  • À l’encre du regard

    J’écris ancré à ton regard d’où coule l’encre sympathique
    Qui scintille de reflets verts aux commissures de tes lèvres.
    J’y trace quelques vers hagards inspirés du ton hypnotique
    De ta voix aux mots entrouverts qui parlent d’amour avec fièvre.

    Puis, lorsque ton regard s’attriste, je reviens puiser dans ton cœur
    Tout le feu rouge comme sang qui effacera ta pâleur.
    J’aime jouer l’équilibriste sur le fil de ton air moqueur
    Qui m’invite, compatissant, à t’embrasser avec chaleur.

    Photos de Katharina Jung et Julija Lichman

  • Joli masque

    Après avoir porté le masque quelle en sera l’évolution ?
    Peut-être la burqa intégrale ou bien le scaphandre autonome.
    Porterons-nous bientôt des casques qui feraient la révolution
    Par une tenue arbitrale qui confonde les femmes et les hommes ?

    Voudriez-vous une carapace avec téléphone intégré
    Reliée en sécurité dans les réseaux autorisés ?
    Ainsi chaque fois qu’il se passe un évènement dénigré
    Un système de sévérité n’aurait qu’à vous vaporiser.

    Sculpture de Tomàs Barceló.

  • La mort au cœur de la vie

    La vie occasionne la mort, la mort détermine la vie.
    Le nombre de disparitions et le nombre de sacrifices
    Sont cumulés dans les remords qui ont créé jusqu’à l’envi
    À coups de multiplication l’humanité en bénéfice.

    Mort et Vie sont inséparables l’une de l’autre dans la Nature
    Et la nouvelle floraison prend appui sur les feuilles mortes.
    La mort n’est pas irréparable mais source de progéniture.
    Finalement qui a raison ? Je crois bien que la vie l’emporte.

    Illustration de Skull ou Skirill.

  • Ces vérités bonnes à taire

    Mensonge et dissimulation ont leurs vertus en politique ;
    Escamoter n’est pas médire, on peut tromper par omission.
    Salades et affabulations font les meilleures polémiques ;
    Toute vérité, pas bonne à dire, n’est que forme de compromission.

    Les marins sont bons à tromper et leurs femmes sont bonnes à terre ;
    Parfois, à l’autre bout du monde, les conventions sont inversées.
    La règle peut être estompée surtout s’il est bon de se taire ;
    La vérité n’est plus immonde mais simplement controversée.

    Photos de Haikyuu Ships.

  • Totems

    Femme-enfant, ta folle jeunesse rugit dans ton corps de tigresse ;
    Femme-mère, le feu de ton sein enflamme ton cœur de lionne ;
    Femme-éternelle intemporelle, tu te transformes en phénix
    Pour renaître encore demain comme un oiseau de paradis.

    Femme-enfant, jamais la vieillesse ne ternira ton allégresse ;
    Femme-mère, tu vis à dessein de tout l’amour dont tu rayonnes ;
    Femme-éternelle et corporelle, l’arôme antique de l’onyx
    Donne à la chaleur de tes mains la douceur que tu irradies.

    Tableau d’Alexander Maskaev sur https://000cosm.livejournal.com/761992.html

  • Tout l’univers

    Tout l’univers me fut conté durant les siècles de mon enfance
    Et tous les mystères étirés aux confins de l’éternité.
    Puis, le temps s’est mis à compter chaque seconde d’innocence
    Jusqu’à finir par expirer pour cause de modernité.

    Enfermé dans les temps modernes qui ne jurent que par la science,
    Mon univers est devenu tout un bric-à-brac démodé,
    Accueilli comme balivernes avec un geste d’impatience
    Par tous ceux qui sont parvenus aux certitudes accommodées.

    Tableaux d’Anna Berezovskaya sur https://tanjand.livejournal.com/1035982.html#cutid1

  • Zénitude

    Ce matin-là sur ma terrasse dans la jeune fraîcheur de la neige,
    Une grenouille en zénitude plongée en pleine méditation.
    Afin que rien ne l’embarrasse, j’ai juste noté son manège
    Et sa circonspecte attitude au rang de l’illumination.

    Le temps passa et ma grenouille se hissa sur la balustrade
    Pour mieux savourer les flocons qui oignaient son recueillement.
    De peur que la neige la mouille sur le faîte de son estrade,
    Je fis brûler sur mon balcon un cierge d’ensoleillement.

    Le jeu doit plaire à l’ingénue et à la neige également ;
    Car le gros temps s’intensifie le temps d’une contemplation.
    Et la quiétude s’insinue dans le silence Suisse-allemand
    Que l’univers me bonifie de quelques vers d’ostentation.

    Photo du jour sans trucage à Sennhof de mon balcon

  • Les amours complexes

    Les grandes amours tracent leurs voies à l’infini, à travers bois ;
    Elles jouissent à pleines voix, elles passent et les chiens aboient.
    Les grandes amours soufflent leurs vents, à travers les murs des maisons
    Qui vantent les duels émouvants entre le cœur et la raison.

    Les femmes subissent l’étreinte, les hommes impriment leurs empreintes
    Parfois sur des amours contraintes, parfois sur des amours enfreintes.
    S’alternent des amours violentes avec des amours partagées
    Et des amours affriolantes sur des amours apanagées.

    Tableaux de Tomek Setowski

  • L’univers endormi

    J’ai dormi toute mon enfance, dormi toute l’adolescence
    Dormi durant ma vie d’adulte tout en rêvant ma destinée.
    Évidemment pour ma défense, j’ai vécu en convalescence
    Une maladie qui résulte de trop de grasses matinées.

    J’ai dormi à la belle étoile, dormi dans des draps de satin,
    Sommeillé dans des wagons-lits et dans des bateaux de croisière.
    Aujourd’hui je lève le voile et, si je meurs demain matin
    Enterré dans les pissenlits, je dormirai ma mort entière.

    Tableaux d’Anna Berezovskaya sur https://tanjand.livejournal.com/1035982.html#cutid1

  • Ô Solstice !

    Une fois par an dans l’hémisphère des forêts septentrionales,
    L’astre vit son plus petit règne dans la cour du jour le plus court.
    Et ses soldats, fiers conifères, brandir leurs branches nationales
    Sur le soleil comme une araigne afin de lui porter secours.

    Une fois par an, l’autre hémisphère tourné vers les régions australes
    Voit l’astre dans l’apothéose de son règne prédominant.
    En orientant son planisphère d’après sa course sidérale,
    Notre planète est virtuose et le soleil est culminant.

    Une araigne est une sorte de filet utilisé pour attraper les petits oiseaux.

  • Serpentines

    Quels sont ces moutons qui serpentent dans mes nuits blanches comme neige
    Dont je dénombre les têtes noires, les cornes et la laine fraîche ?
    Ce sont les idées que j’invente et qui tournent dans le manège
    De mes pensées qui font la foire et qui, la nuit, battent en brèche.

    Je m’y vois, mouton confiné, suivre aveuglément mon berger
    Qui m’entraîne en garantissant de l’herbe verte en abondance.
    Mais c’est pour mieux déterminer à quel point je peux diverger
    Hors de l’ordre assujettissant des « honni soit qui mal y pense » †.



    † Devise anglo-normande qui signifie « Honte à celui qui y voit du mal »

    Photo de Fer Burak à Van, une ville de l’est de la Turquie

  • Rêves-de-bains

    Mes insomnies lavent mes rêves dans le bassin de mes nuits blanches
    Et décolorent ma mémoire qui déteint dans mes souvenirs.
    Toutes ces images trop brèves qui m’arrivent en avalanche
    Sont imprégnées dans la baignoire où coulent des eaux d’avenir.

    Douces rêveries érotiques dessinent sur la porcelaine
    Des femmes nues énigmatiques qui ne me laissent qu’un murmure
    Dont tous mes réveils sporadiques traduisent en bleu de méthylène
    La rémanence aromatique comme une buée sur les murs.

    Salle de bains créée par Saul Steinberg et photographiée par Robert Doisneau

  • Interlope Impala

    Interlope Impala

    Si plusieurs dieux ont mis la main pour créer la faune terrestre,
    Chacun posa sa signature selon ses goûts et ses caprices.
    Les dieux grecs et les dieux romains ont équipés leurs clubs équestres
    D’animaux de toutes natures qui en portent les cicatrices.

    Ces cornes en tire-bouchon pour droitiers comme pour gauchers
    Me laissent à penser que Bacchus signa sa participation.
    Installé à califourchon sur l’antilope chevauchée,
    Il a rechargé ses accus en faisant bonne libation.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Ouverture et désobéissance

    Je voudrais le contact des femmes sans la moindre distanciation,
    Renouer le contact des hommes pour se retrouver tous ensemble.
    Cesser ces mesures infâmes laissées à l’appréciation
    D’un confinement économe de tout l’amour qui nous rassemble.

    Je veux pouvoir boire en terrasse et regarder passer les gens ;
    M’enfermer dans les restaurants avec des milliers de convives.
    Ces précautions qui nous harassent de la part de nos dirigeants
    Ne sont qu’un remède instaurant la stagnation sur le qui-vive.

    Illustration d’Albert et Marcel Uderzo

  • Voyages à travers le monde

    Le taureau aime les voyages et leurs étapes gastronomiques
    Qui lui révèlent en abondance la bonne chère des terroirs ;
    Une entreprise de convoyage très sûre et très économique
    Qui permet de faire bombance et de remplir tous ses tiroirs.

    Quand revient la belle saison, il organise des banquets
    Sur des bateaux à ciel ouvert, Pianos-Cocktail et cabarets.
    Et vous le verrez sans raison se mettre à poil, les pieds tanqués
    Et, les génitoires découverts, chanter l’ curé de Camaret.

    Tableaux d’Anna Berezovskaya

  • Le cœur voyageur

    Avez-vous le cœur voyageur qui ne reste jamais en place ?
    Si oui, vous êtes sagittaire ou un butineur d’aventures ;
    Globe-trotter, déménageur, dont l’esprit sans cesse se déplace
    Constamment autour de la Terre à pied, à cheval, en voiture.

    J’ai croisé ces oiseaux bizarres lors de leurs rares retour à terre
    Qui m’ont raconté l’Orénoque, le Pérou et la Mongolie ;
    Ils auraient croisé Balthazar dans un vieux château d’Angleterre ;
    Ainsi leurs âmes, sans équivoque, ont vaincu la mélancolie.

    Illustrations de Bianca Green

  • Le château des quatre lunes

    Selon les phases de la Lune, mon château change de saison.
    Il nettoie ses tours au printemps au premier quartier de sa dame
    Et ses murailles fort opportunes quand elles sont en pleine floraison
    Puis, son donjon désappointant du dernier quartier bas de gamme.

    En hiver, je ferme ses portes et tout s’endort jusqu’au printemps ;
    On fait l’amour dans les tourelles pour se réchauffer tour à tour.
    Le froid, que le diable l’emporte, reste l’ennemi fort inquiétant
    Dont les neiges intemporelles annoncent l’éternel retour.

    Tableaux d’Anna Ewa Miarczynska

  • C’était avant l’hiver

    J’ai connu des printemps voraces d’une jeunesse insatiable
    Baignée dans un temps d’insouciance presque arrêté sur mes treize ans,
    Où nulle inquiétude n’embarrasse ni dieu, ni maître, ni le diable
    Et où la vie n’est qu’impatience à boire le moment présent.

    J’ai connu des étés de rêves comme un paradis avant l’heure,
    Avant que ne démarre l’horloge du temps stupide des adultes.
    L’hiver où tu marches ou tu crèves afin d’entretenir le leurre
    D’une vie qui ferait l’éloge des vanités qui en résultent.

    Tableaux de Lisa Aisato sur https://www.aisato.no

  • La conquête du soupirant

    D’abord pour commencer, il y va pas à pas
    Au hasard des rencontres qu’il sait anticiper.
    Un début romancé car il ne faudrait pas
    Trop aller à l’encontre d’une femme émancipée.

    Une fois qu’elle a ri, il passe à l’offensive
    En flattant son physique mais aussi son sourire.
    Si elle ne s’apparie pas à la défensive,
    Son audace magique saura la conquérir.

    Quand la femme est conquise, son vainqueur magnanime
    Pénétrera le Saint Graal de sa forteresse.
    Et sa chair tout exquise dans un cri unanime
    Accueillera en son sein la sève enchanteresse.

    Illustrations de Riccardo Guasco

  • Les quatre saisons

    Tandis que je rêve au printemps, la Terre s’habille de fleurs,
    De pissenlits, de marguerites, myosotis et pâquerettes.
    Adieu jours au froid éreintant peuplés de larmes et de pleurs
    Bonjour la douceur émérite des dahlias en collerette.

    Tandis que je rêve à l’été, la Terre s’habille de fruits ;
    Pommes d’amour au goût sucré s’invitent à faire bombance.
    Hier, la nature a haleté à se réveiller à grands bruits
    Mais aujourd’hui s’est consacrée à nous nourrir en abondance.

    Tandis que je rêve à l’automne, la Terre s’habille de rouille ;
    Tapisseries aux feuilles d’or, forêts dorées et arbres d’ambre.
    Dans cette douceur monotone valsent potirons et citrouilles
    Qui entrent par le corridor de septembre, octobre et novembre.

    Tandis que je rêve à l’hiver, la Terre s’habille de blanc ;
    Premières gelées matinales, chutes de neige sur le parvis.
    Ainsi le cycle de l’univers refroidit la Terre en tremblant
    Comme une horloge machinale qui règle les lois de la vie.

    Tableaux de Lisa Aisato sur https://www.aisato.no