Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Chapeau château

    Une tête en forme d’arène qui s’enroule jusqu’au sommet,
    La reine s’est couronnée d’office pour masquer son infirmité.
    De sa mère en queue de sirène aux atours de chant renommés,
    Son crâne prit la forme d’une vis pour marquer sa divinité.

    Tableau de Matteo Arfanotti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201112matteo-arfanotti-1974-italy.html .

  • Sortie de l’ombre

    La vie serait née de l’espace brassée dans le coeur des étoiles ;
    La lumière serait la divine créatrice de notre univers.
    Je ne sais pas ce qui se passe derrière la science et son voile
    Mais mon petit doigt en devine tous les secrets les plus divers.

    « Fiat lux ! Que la lumière soit ! » Ces mots ont surgi du néant
    Comme une explosion d’énergie d’où se déversa la matière.
    Puis, s’étendît par-devers soi l’espace-temps comme un géant
    Qui se réveille en synergie avec un monde à part entière.

    Tableaux de Remedios Varo

  • Coopération et création

    Tandis qu’il répand la semence composée de poudre d’étoiles,
    Le créateur transmet la vie à la planète nourricière.
    Il attend que tout recommence pour que l’avenir lui dévoile
    La maintenance et le suivi de la part des bénéficiaires.

    Aussitôt qu’elle reçoit l’onde génératrice de la vie,
    La génitrice alors arrose la terre promise à l’essor.
    Elle déverse l’eau féconde qui assurera la survie
    Des filles aux pétales de rose, des garçons aux choux … et consort.

    Tableaux de Christian Schloe

  • Pervers Regards

    Regard sévère, regard amer voilà le prix de la souffrance
    Quand l’amour n’a pas eu son dû ou n’en a pas eu son content.
    Regard bleu-vert presque outremer ou fluorescent à outrance
    Pour marquer sans sous-entendu un litige qui se paie comptant.

    Regard de face en face-à-face voilà le prix de l’amertume
    Quand la tromperie se dilue dans l’eau de rose polluée.
    Regard tordu, plein de grimaces, saumâtre et d’un zeste d’agrume
    Pour mesurer l’huluberlu d’un sentiment dévalué.

    Regard qui s’en va de travers voilà le prix d’indifférence
    Quand elle veut taire les mots qu’elle n’ose pas prononcer.
    Regard qui renvoie à l’envers les fallacieuses déférences
    Qui écriront, chargé de maux, un chagrin d’amour romancé.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Tintin pour la Suisse !

    À peine franchi la frontière, je croyais maîtriser les langues
    – Puisqu’elles sont universelles en ce qui concerne l’argent –
    Pour naviguer ma vie rentière sur les eaux d’un euro qui tangue
    Entre les monnaies qui excellent et un franc suisse, départageant.

    Au début, leur langue curieuse ressemblait assez à la mienne ;
    Un peu plus lente entre les phrases avec un patois des alpages.
    J’eus alors une envie furieuse pour plaire à mes concitoyennes
    De parler la langue genevoise afin de paraître à la page.

    Mais à la frontière des langues, l’affront que j’essuie salement
    Me donne le pire des maux avec une langue imbuvable.
    Bien que ce pays me harangue de parler le suisse-allemand,
    Je n’en comprends pas un seul mot sinon un dialecte improbable.

    Parodies et hommages à Hergé

  • La reine de la nuit

    Dans l’obscurité de la nuit, mes yeux ont pu se dessiller
    Et distinguer à l’aveuglette une chevelure invisible.
    Au douzième coup de minuit, mes yeux à peine écarquillés
    Perçoivent une forme incomplète et aux contours imprévisibles.

    Mais lorsque je sens sur ma bouche la saveur d’une ombre sucrée,
    Mon troisième œil révèle enfin que la nuit n’est autre que femme.
    Et son empreinte sur ma couche, scellée du féminin sacré,
    Me laisse au matin sur ma faim tandis que s’envole mon âme.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le jour et la nuit

    J’aime le jour comme une femme qui me ranime doucement
    Dans une robe en rayons d’or et la chevelure fleurie.
    À regret, je laisse mon âme repartir vers le firmament
    Tandis que l’esprit et le corps s’éveillent au son des guilleris.

    J’aime la nuit comme une femme qui m’ouvre ses rêves secrets
    Dans l’intimité de sa couche et ses draps moirés de satin.
    Dans l’obscurité qui m’affame de mes désirs et mes regrets,
    L’âme s’éveille et s’effarouche à l’aveuglette jusqu’au matin.

    Tableaux de Kinuko Y. Craft

  • L’antigravité

    Quand la gravité du malheur alourdit l’espace et le temps,
    J’en épouse le mouvement et utilise son attraction.
    L’antigravité, pile à l’heure, entre en action et me détend
    Dans un joyeux trémoussement et une saine décontraction.

    Plus l’atmosphère devient lourde et plus j’ai la tête légère ;
    Plus la température monte et plus je garde la tête froide.
    Et sous la cacophonie sourde des joyeux drilles et leurs mégères,
    Je sens le moral qui remonte malgré leurs paroles brèves et roides.

    Photo d’Evgeny Makarenko

  • La peinture naturelle – 1

    Dame Nature en robe à pois, tenant un énorme pinceau,
    Est venue colorer les champs dans les fleurs d’un rêve au printemps.
    Alors pour faire contrepoids, Van Gogh, Monet et Picasso
    Ont brossé un soleil couchant impressionniste en un instant.

    Les couleurs du temps, naturelles, délayées dans l’eau de rosée
    Chantent la pluie et le beau temps selon les écarts d’éclairage.
    Enfin, ces tendres aquarelles deviendront métamorphosées
    Par la brise et le vent d’autan qui circonviendront les orages.

    Photo d’Evgeny Makarenko

  • Bateau lunaire

    Bateau lunaire

    Par la lune en guise de voile, le navigateur solitaire
    Sur l’océan du firmament dans les dimensions fractionnaires.
    Les îles deviennent des étoiles qui forment des atolls stellaires
    Et le temps suspend un moment son vol dans l’espace stationnaire.

    Tableau de Josie Wren.

  • Pomme ou carotte

    Pomme ou carotte

    Adam, là peint en chaud lapin et Ève, sa chaude lapine,
    N’ont pas tenu une journée sans croquer le fruit défendu.
    Le serpent leur mit le grappin et séduisit la galopine
    Dès que Dieu eut le dos tourné de son jardin condescendu.

    Mais la carotte est un légume qui n’apporte point connaissance
    Mais qui fait pousser les oreilles et les dents pour faire bombance.
    Alors Dieu, comme de coutume, vit que cela était tendance
    Et créa la salsepareille puis, la luzerne en abondance.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Les masques à la mode

    Depuis un an, le port du masque a redessiné les visages
    Et les créateurs se demandent s’ils en seront contaminés.
    Gageons qu’une mode fantasque va transformer le paysage
    Malgré certaines réprimandes de la part des non-vaccinés.

    Photo de Koketit

  • Quand le racolage gêne

    Masque à la con pour les garçons, joli masque à ras pour les filles,
    La mode ne sait où elle va dans l’atmosphère pathogène.
    Mais retiendrons-nous la leçon de cette vogue de pacotille ?
    Virons de bord et à Dieu vat ! …avant que ce racolage gêne.

    Photo de Misanthropic Messiah

  • Les boîtes-people

    Bien serrés comme des sardines dans leurs modernes appartements,
    Les hommes nouveaux se rassemblent en tous foyers agglomérés.
    Même si l’un d’eux souhaite en sourdine modifier son comportement,
    Il s’apercevra qu’il ressemble à ce pourquoi Dieu l’a créé.

    Car « croissez et multipliez » répété aux générations
    Implique exponentiellement la future surpopulation.
    Et l’homme devra se plier, soumis à l’accélération,
    À se détruire cruellement ou mourir en copulation.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’aurore rose

    Les terres sèches se craquellent quand elles s’éveillent à l’aurore
    Et le ciel s’embrase de rose aux premiers rayons du soleil.
    Saint-Michel montre les séquelles d’une aridité qui dévore
    Sa nature aux couleurs moroses mais qu’un pinceau d’azur balaye.

    Photo de Mathieu Rivrin sur https://www.mathieurivrin.com

  • La lecture de voyage

    La géolocalisation par satellite est périmée
    Depuis l’insolite invention de la lecture de voyage.
    Par la miniaturisation de tous les atlas imprimés
    Et surtout par l’intervention d’un ingénieux appareillage.

    Tous les pays ainsi reliés par un astucieux engrenage
    Entraînent autant de roues dentées qu’il existe d’itinéraires.
    Donc plus besoin de replier des cartes de dix-mille pages
    Grâce aux chapitres indentés à leur glossaire littéraire.

    Tableaux de Remedios Varo.

  • Vache de séchage

    Bien que ces vaches de séchages m’aient essoré bien des regrets,
    Je dois sans cesse faire lessive pour essuyer tous mes échecs.
    Mes réussites sont au lavage, heureusement grâce au progrès
    Et sa vitesse dépressive, j’aspire au nettoyage à sec.

    Même si je devais repasser toute ma vie à ressasser,
    Je passerais au savon noir mes tâches les plus difficiles.
    Mais à force d’outrepasser trop de lavages entrelacés,
    J’aurais des trous dans ma mémoire et des traces indélébiles.

    Photos de Helga Stertrel

  • Cahots et chaos

    Monter l’allée de La Valette, dévaler les rues parcourues,
    Descendre chaussées et venelles, dégringoler les escaliers…
    Par le Moulin de La Galette et ses artistes disparus,
    J’appose ma touche personnelle avec mes rimes folles à lier.

    Monter la gamme à Montparnasse, descendre d’un ton albacore,
    Grimper jusqu’au septième ciel ou tomber de plus en plus haut…
    Et qu’enfin je décadenasse tous mes os encore et encore
    À parcourir ce démentiel monde de cahots en chaos !

    Photo des Balcons de La Vallette à Malte par Ournextflight

  • Le ministère de l’injustice

    Tandis que la justice aveugle fait semblant de sauver le peuple,
    Celui-ci en fait est conduit par un mensonge qui le séduit.
    Mais à force de fermer les yeux sur les complots les plus odieux,
    Il se prépare pour une errance dans un chemin plein de souffrances.

    Car la justice triche un peu ; elle ne fait pas ce qu’elle peut
    Mais ce que veulent les puissants qui exigent le prix du sang.
    Alors lorsque l’on me propose un faux vaccin que je suppose
    Être un poison dissimulé, je refuse d’être manipulé.

    Tableaux de José Parra sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2012/10/Jose-Parra.html

  • Le ministère de la maladie

    Avec ses lunettes de salope qui ne trompent que Monsieur Fallope,
    La ministre de la santé encore une fois s’est plantée.
    D’abord, elle prétend que les masques ne sont qu’une protection fantasque
    Puis, elle en impose l’usage dans les lieux de marchandisages.

    Après avoir fermé les bars à propos des pires bobards,
    Elle ferme les bibliothèques pour nous garder comme des métèques.
    Elle nous entasse dans les trains, les autobus avec entrain,
    Mais nous interdit réunions, fêtes chrétiennes et communions.

    Sur le terrain de l’échiquier, la reine devient folle à lier ;
    Elle entreprend dans son palais un crime à grand coup de balai ;
    Elle s’associe à des sorcières pour nous tendre une souricière
    En répandant un faux virus sorti de son propre utérus.

    Une fois la terreur répandue, elle annonce que seront pendus
    Tous ceux qui crachent le morceau en nous révélant au verso
    Que tout était prémédité pour saper notre hérédité
    Et rendre nos enfants esclaves d’un nouvel ordre qui les enclave.

    Tableaux de José Parra sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2012/10/Jose-Parra.html

  • Jeux de jambes

    Jeux de jambes

    À tour de bras, les jeux de jambes font toujours tourner la planète
    Comme une folle course éperdue pour actionner l’économie.
    Ça me fatigue l’entrejambe et ça me fait tourner la tête ;
    Si ça s’arrête, j’aurai perdu mon ticket à l’autonomie.

    Photo de Costas Spathis.

  • Soleil-Lune

    Bien que le Soleil soit le Maître et la Lune juste un satellite,
    Ils ont le même diamètre et nul ne trouve ça insolite.
    Le soleil règne sur le monde mais a besoin de sa compagne
    Pour refléter, la nuit profonde, son souvenir sur nos campagnes.

    Entre le Soleil et la Lune, l’histoire d’amour est éternelle ;
    La complicité des deux astres a semé la vie sur la Terre.
    Le mâle bâtit sa fortune à l’aide de sa force charnelle
    Mais ne se préserve du désastre qu’avec sa femme paritaire.

    Tableaux de Jake Baddeley

  • La journée de la Lune

    La plupart du temps, le soleil surpasse l’éclat de la lune
    Qui ne peut donner sa lumière qu’aux heures calmes d’obscurité.
    Eh bien, la femme, c’est pareil ! Elle attend son heure opportune
    Pour que ses qualités premières révèlent ses capacités.

    C’est ainsi, la loi du plus fort domine dans tout l’univers ;
    Les grands occultent les petits et l’homme domine la femme.
    On fait peut-être de gros efforts mais, tous les jours, les faits divers
    Démontrent hélas les appétits de cette dictature infâme.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Comme un poisson dans l’eau…

    Heureux comme un poisson dans l’eau… mais limité à son bocal
    Qui paraît tellement fragile qu’il pourrait voler en éclats.
    La pollution va à vau-l’eau, et le gouvernement bancal
    N’est qu’un colosse aux pieds d’argile pour qui, déjà, sonne le glas.

    Et nos petites vies tranquilles que nous pensions inébranlables
    Se fissurent sur les frontières et à l’intérieur de nos villes.
    Nous pensions nos règles utiles mais les voici incontrôlables
    Aux mains d’autorités altières sur des groupuscules serviles.

    Tableau de Jacob A. Pfeiffer

  • Vu d’ici

    À vue d’œil derrière un écran, je vois mes propres opinions ;
    Je me vois, l’esprit mis à cran, privé de toutes réunions.
    À vue de nez derrière un masque, je sens mes propres excrétions ;
    Je me sens, une âme fantasque, asphyxiée sous l’oppression.

    À vue d’oreille derrière un casque, j’entends mes propres cris du cœur ;
    J’entends s’élever la bourrasque d’un peuple qui crie sa rancœur.
    À vue de goût, c’est le dégoût d’avaler ma propre nausée
    Envers ceux qui frappent des coups sur une foule ecchymosée.

    Tableau d’Arantzazu Martinez

  • L’embarcadère de rêve

    Un rêve qui ne manque pas d’air serait d’attendre un dirigeable
    Directement sur ma terrasse contiguë à l’embarcadère.
    Pour un voyage hebdomadaire avec billets interchangeables
    Afin que je me débarrasse des tracasseries légendaires.

    Puis, selon la boussole folle qui tournicote au gré des vents,
    Je m’embarquerais sans valise juste mes chaussures à la main.
    Et dans l’azur dont je raffole, je m’élancerais aux devants
    De l’aventure sans balise, sans destination pour demain.

    Et puis, à l’intérieur du rêve, s’entrouvrirait un autre monde
    Où disparaîtraient les frontières pour ne laisser que l’inconnu.
    Les heures, d’ordinaire si brèves, dans une course vagabonde,
    D’allongeraient la vie entière pour l’honneur d’un cœur ingénu.

    Tableaux de Stanislav V. Plutenko sur http://malaguetasur.blogspot.com/2015/03/stalinlav-plutenko-pintor-ruso.html

  • L’invitation au voyage

    Quand le cœur appelle,
    Quand il interpelle,
    L’invitation au voyage,
    Le corps lui répond
    « Partons au Japon,
    Courrons à l’appareillage ! »
    La raison s’efface
    Sans perdre la face
    Dans un simple lâcher prise
    Et l’âme s’éveille
    Devant les merveilles
    Issues de cette entreprise.

    Là, tout le sel de la Terre
    Charme le voyage en solitaire.

    Au hasard des rues,
    La peur disparue,
    J’irai à la découverte
    De nouveaux regards
    Aux yeux pleins d’égards
    Pour mes intentions ouvertes.
    Je rencontrerai,
    Je recouvrerai
    Cette âme-sœur en attente
    Qui m’attend là-bas
    Peut-être à Cuba
    Sur la plage miroitante.

    Là, le voyage solitaire
    Goûte le sel de la Terre.

    Quand je reviendrai,
    Quand je rejoindrai
    Mes amis et ma famille,
    Je leur offrirai
    Ces vers inspirés
    De l’odeur de la vanille.
    Je repartirai,
    Sans aucun regret,
    Vers de nouveaux paysages,
    Pour voir triomphants
    Grandir mes enfants
    De tout ce qu’ils envisagent.

    Là, le voyage reprend,
    Tout le monde se comprend.

    Au soir de ma vie,
    Mon âme ravie
    Connaît sa dernière étape,
    Elle largue les voiles,
    Va vers les étoiles,
    Personne ne la rattrape.
    Ce dernier voyage
    N’est qu’un nettoyage
    De l’essence tout entière
    Qui renaît demain
    Qui me tend la main
    Pour une vie sans frontière.

    Là, le voyage sans fin
    Trouve son plaisir enfin.

    Tableaux de Stanislav V. Plutenko sur http://malaguetasur.blogspot.com/2015/03/stalinlav-plutenko-pintor-ruso.html

  • Braver la tempête

    Qui ose braver la tempête quand les éléments se déchaînent ?
    Qui ose affronter la puissance des événements d’oppression ?
    Qui prend le risque de tenir tête aux répercutions qui s’enchaînent
    Quand on oppose la résistance d’une population sous pression ?

    Nous sommes tous des colibris qui tentent d’apaiser le feu
    De l’incendie qui nous ravage et nous condamne à l’extinction.
    Les nantis et les sans-abris, tous unis, feraient de bons contre-feux
    Mais chacun subit l’esclavage des régimes en extension.

    Illustration de Jordan Singh

  • Entre chiens, chats et rats

    Il y a l’heure entre chien et loup et l’heure entre chiens, chats et rats
    Qui se rencontrent çà et là sans pour autant être adversaires.
    Les hiboux sont un peu jaloux d’observer ce conglomérat
    Et les serpents sifflent au-delà un cri jailli de leurs viscères.

    Que font-ils donc, ces animaux, à agir comme complotistes ?
    Nul n’en sait l’authenticité ; on se méfie de cette entente
    Car il se dit à demi-mot des propos indépendantistes
    Entre la domesticité et ceux qui vivent en dilettante.

    Gravure de Maurits Cornelis Escher

  • Belles et complexes

    Les femmes me paraissent complexes a priori dans leurs discours
    Car je tâtonne entre leurs yeux, et leurs mamelles, je le confesse.
    J’entends aussi en multiplex ma langue qui leur fait la cour,
    Tandis que mon cœur cafouilleux ne pense qu’à leurs jolies fesses.

    Seulement voilà ; si je dis ça ça va pourrir ma renommée,
    Mes vers seront mis à l’index, bannis à l’unanimité.
    Aussi je demande fissa auprès de ma femme bien-aimée
    De plaider que j’ai le cortex sublimé de féminité.

    Tableaux de Charles Dwyer.

  • Bisou

    La communication muette d’un baiser longtemps soutenu
    Part du profond de la luette jusqu’au bout des lèvres charnues.
    J’aime cet échange discret qui en dit plus que mille phrases
    Et dont l’amour a le secret jusqu’à connaître l’épectase.

    Et le baiser se fait voyage dans la mer salée des deux bouches
    Avec le tendre paysage des regards qui presque se touchent
    Derrière les paupières fermées sur le bonheur inconsistant
    De deux cœurs en train de germer dans l’intervalle d’un instant.



    Rapellons-nous que l’Épectase désigne au choix « le Progrès de l’homme vers Dieu » ou « le fait de mourir lors de l’orgasme »

    Tableau de Pablo Picasso

  • Dans l’embrasure

    Elle me suivait de son regard dans l’embrasure de la porte
    Juste entrouverte sur la ruelle dans un vieux quartier de Strasbourg.
    Je voyais son visage hagard qui attendait que lui apporte
    Un courant de bonnes nouvelles par un vent messager d’amour.

    D’une inquiétude un peu fugace, dans l’instant bref d’une seconde,
    Elle pointait ses yeux sondeurs à chaque pas à peine entendu.
    Un beau jour, son esprit sagace trouvera sa source féconde
    En explorant en profondeur l’âme de son prince attendu.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Les chagrins de la sirène

    Quand la sirène a le cœur gros et l’esprit comme un courant d’air,
    Elle remonte à la surface pour crever l’abcès de la mer.
    Certes, dans les textes intégraux des aventures légendaires,
    Les marins croient qu’elle s’interface entre les monstres et les chimères.

    Seuls les dauphins savent écouter ses plaintes et ses lamentations
    Car enfants naturels, ils sont de ses folles amours marinières.
    Alors ils viennent égoutter ses larmes avec ostentation
    En la consolant de chansons avec la gente poissonnière.

    Tableaux de Matteo Arfanotti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201112matteo-arfanotti-1974-italy.html .

  • L’architectonique des sentiments

    Si je traduisais en couleurs vos pensées intimes et secrètes,
    J’en obtiendrais une œuvre d’art qui vous rendrait expressionnistes.
    J’y exprimerais vos douleurs dans des nuances plus discrètes
    Et vos joies jailliraient dare-dare sur l’écran du projectionniste.

    Si j’extériorisais vos goûts, vos désirs et vos ambitions,
    J’illuminerais les obscurité ténèbres dans un plasma électronique.
    Vos sens pulseraient par à-coups des rayons à répétitions
    D’un cœur dont la maturité battrait d’un rythme supersonique.

    Tableaux de Yossi Kotler.

  • L’étiquette qui nous guette

    Puisqu’on nous prend pour des moutons et qu’on veut imposer le « Pass »,
    Pourquoi ne pas pousser plus loin le droit à notre étiquetage ?
    Nos oreilles cousues en bouton nous serviraient de mot de passe
    Et un masque posé sur le groin pour nous espionner davantage.

    Pour finir en queue de poisson, nous, moutons sots et ridicules,
    Nous, à qui l’on tond la toison, nous verrons pousser des nageoires.
    Quant à ceux qui font leur moisson des vaccins qu’ils nous inoculent,
    Versons-leur leur contrepoison directement dans leurs mangeoires.

    Illustrations de Myartamyhart

  • Les hippies d’antan

    Dites-moi où sont les hippies dont l’amour bannissait la guerre.
    Dites-moi où sont les tipis où l’on fraternisait naguère.
    Ils restent vraisemblablement de l’autre côté de la Terre
    Là où irrémédiablement les ont chassés les militaires.

    Dites-moi où sont les pionniers qui se sont battus pour leurs terres.
    Sans doute quelque part prisonniers isolés dans un monastère.
    Dites-moi où sont les héros qui préféraient mourir debout
    Plutôt que d’être un numéro et vivre couchés dans la boue.

    Illustrations de Minjae Lee

  • Prélude à la tempête

    Comme un prélude insaisissable, juste un coup avant la tempête,
    Comme une ouverture rapide, juste le choc des percussions,
    Le temps est inassouvissable et clame à grand coup de trompette
    Ses folles envies intrépides de jouer son exécution.

    Alors l’orchestre symphonique de tous ses instruments à vent
    Fait vibrer les cordes des arbres sous l’action des coups de tabac
    Et tous les cuivres polyphoniques, en rafales qui vont s’aggravant,
    Soulèvent les socles de marbre et les tombeaux des mastabas.

    Photo de Diana Meihing Lo

  • Visages et découpages

    En rassemblant les souvenirs des plus beaux rêves érotiques
    J’ai reconstitué le visage de mon Éternel Féminin.
    Elle a les yeux de l’avenir, les lèvres les plus impudiques
    Et une bouche qui envisage de m’inoculer son venin.

    Venin d’amour qui donne au cœur l’ivresse du vin merveilleux
    Qui donne au corps son coup de fouet et ouvre l’esprit enfermé.
    Venin d’amour, chaude liqueur qui coule des yeux camaïeux
    Dont le regard vient m’avouer qu’elle sent notre enfant germer.

    Collages de Christine Peloquin.

  • Belles défragmentées

    Si je rassemblais les fragments du puzzle laissé en déroute
    Quand mes rêves crèvent à l’aube par un ardent vaporisage,
    En rassemblant tous les segments de droites, de cercles et de routes
    Je reconstituerais un lobe, un nez, une bouche, un visage.

    Pièce après pièce, patiemment, je reverrais toutes les belles,
    Belles de jour, belles de nuit, belles d’amour, belles d’envies,
    Que je rencontre galamment quand mon âme se faut rebelle
    Et échappe à son corps d’ennui pour des passions inassouvies.

    Tableaux de Juliette Belmonte.

  • L’entente libérale

    Après l’attente, la bonne entente scelle le cœur des amoureux
    Dont l’amour distille la colle et son envoûtante attraction.
    La vie sur un nuage enfante des garçons aux bras vigoureux
    Et des filles dont le protocole serait d’être une distraction.

    Que feront-elles, ces pucelles sinon qu’attendre leurs beaux princes
    Qui vivent au-delà des frontières d’un machisme inconsidéré ?
    Mais aujourd’hui, ces demoiselles préfèrent leur serrer la pince
    Et vivre l’existence entière leur vie de femme libérée.

    Tableau de Julia Klimova

  • L’attente préalable

    Les jambes repliées et les bras nonchalants
    Pour tromper l’impatience de celle qui attend.
    Le regard éperdu, un air ambivalent
    Pour troubler l’espérance et son désir latent.

    Dans sa robe légère et ses souliers vernis
    Elle pose en princesse et le temps disparaît.
    La crainte passagère d’un rendez-vous terni
    S’efface dans l’allégresse de l’amant qui paraît.

    Tableau de Julia Klimova

  • Mes maux en couleur

    Que le rouge le plus intense qui a coulé dans mes douleurs
    S’amenuise autour de l’orange tandis que je reprends mon souffle !
    Que ma peur jaune, sans importance, qui me ternissait les couleurs
    Reverdisse d’un ton étrange tous mes maux qui s’y emmitouflent !

    Enfin je sortirai du blues, ce spleen à tire-larigot
    Qui voile mon ciel bleu d’azur et se dissipe à la volette.
    Et mes vieilles rancœurs jalouses mourront dans le puits indigo
    De l’âme au fur et à mesure, tout comme un bouquet de violettes.

    Tableaux de Melinda Cootsona

  • La couleur jaune d’or

    Parfois une couleur indélébile qui a pourtant été lavée
    Et relavée parmi mes rêves à la lessive de la nuit,
    Revient comme une tache immobile que rien ne pourrait délaver
    Malgré une aurore sans trêve qui veut l’effacer de l’ennui.

    Dans ce clair-obscur camaïeu des belles dames du temps passé,
    L’or de cette robe éternelle jamais ne se dissipera.
    Dans mes souvenirs broussailleux et mes mémoires espacées,
    Cette couleur sempiternelle jamais ne s’éliminera.

    Tableaux de Michael Strirnagle

  • Le chat du cimetière

    Gardien du temple, gardien des morts, méfiez-vous du chat qui dort.
    Gardien des rêves, gardien des limbes, en tous les cas, le chat regimbe.
    Il ne vous laisse pas entrer, nul ne peut le déconcentrer ;
    Il ne vous laisse pas sortir, nul ne saurait le pervertir.

    Il surveille les cimetières pendant ses neuf vies tout entières ;
    Il protège le secret des tombes et s’il faillit, il y succombe
    Il garde l’oubli des caveaux par l’opium des fleurs de pavots
    Confiez-lui votre mausolée, vous n’en serez point désolé.

    Illustration de Sabine

  • Dernières nouvelles de la montagne

    Hier, la montagne tremblait par tous ses pores et ses chemins ;
    L’hiver usait son privilège sur les glaciers et les moraines.
    Hier, la forêt ressemblait à une peau de parchemin
    Aux feuilles brûlées par la neige et ses troncs noirs comme l’ébène.

    Ce matin, changement de cap ; la mode est à la renaissance
    Et les ruisseaux drainent les terres comme porteurs de bonnes nouvelles.
    L’hiver n’est plus un handicap ; le printemps apporte l’essence
    Qui accentue le caractère de Gaïa qui se renouvelle.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Bain de couleurs

    Bain de couleurs

    Quand chaque jour, la sirène requiert son bain de couleurs,
    Je l’imagine toute nue, exposée tel un joyau.
    Mais la quiétude sereine, m’impose dans la douleur
    Sa nudité soutenue par un pudique maillot,

    Tableau de Melinda Cootsona.

  • Après-midis langoureux

    Quand les jours se rallongent, les après-midis se distendent,
    Heures et minutes s’étirent jusqu’à la rupture du temps.
    Je vous l’avoue, mon regard plonge vers les poitrines qui se tendent
    Sous les chemisiers qui m’attirent d’un magnétisme transmutant.

    Plus la matière est transparente et plus mon regard semble lourd
    Plus la consistance est fragile et plus l’envie se consolide.
    Et sous la lumière apparente entre les ombres de velours,
    Je rêve d’un petit vent agile pour découvrir ces chrysalides.

    Tableaux de Melinda Cootsona.

  • La météorologiste

    J’aimais ses cumulonimbus sous son manteau en peau de nuit
    Qui épousait les dépressions et les sommets de sa poitrine.
    Mais au moindre cunnilingus, qui lapait doucement son huis,
    Sa bouche s’ouvrait d’une expression semblable à un lèche-vitrine.

    Quand l’amour parsème à tout vent, les corps subissent la tempête
    Dans les folles précipitations de l’effervescence des sens.
    On y revient le plus souvent dès que l’orage monte à la tête
    Aussitôt que l’excitation met les cœurs en incandescence.

    Illustration « Ter » de Dubois & Rodolphe

  • La chasse aux météores

    En ce temps-là, nonchalamment, perchés au sommet de la piste,
    Nous dénombrions les météores, pluies, grêles, ouragans et tempêtes.
    J’y accompagnais galamment ma belle météorologiste
    Comme deux anges égrégores assis sans tambour ni trompette.

    La nuit venue, secrètement, juchés sur un esquif fragile
    Nous naviguions sous le prétexte d’améliorer nos connaissances.
    Mais pour parler concrètement nous nous échappions des vigiles
    Pour nous aimer dans un contexte plus en rapport avec nos sens.

    Illustrations « Ter » de Dubois & Rodolphe

  • L’amour flou, flou, flou

    L’amour fait chavirer le cœur et en aveugle la raison
    Par interférences avec moires dans les souvenirs partagés.
    J’en veux pour preuve avec rancœur les errances en toutes saisons
    Dont j’ai gravé dans ma mémoire les mésaventures outragées.

    Ève voyait flou, Adam myope, ils n’ont pas reconnu la pomme,
    Ont croqué le fruit défendu dans un paradis de brouillard.
    S’ils avaient été nyctalopes ou bien consulté les Prud’hommes,
    Ils auraient été entendus par un avocat débrouillard.

    Voilà pourquoi l’amour est flou voici pourquoi l’amour voit double.
    Dieu nous a brouillé l’œil du cœur en nous privant de connaissance.
    C’est ainsi, l’homme devient fou ; c’est ainsi, sa femme le trouble
    Mais peu importe la liqueur pourvu que l’ivresse des sens.

    Tableaux d’Egor Ostrov