Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Le cycle de la Lune – 1

    La mort n’est qu’un arbre de vie qui s’évapore vers la Lune ;
    Lune qui absorbe l’essence de cette substance organique.
    La Terre, elle-même pour sa survie, lui envoie sa manne opportune
    Pour ballotter en connaissance dans ses marées océaniques.

    Moi, l’être humain, au même rythme, je sens vibrer dans mes racines
    Une poussée énergétique qui remonte dans mes cheveux.
    Ce n’est que l’ancien paradigme (source d’origine divine ?)
    Antique oracle prophétique qui exaucera tous mes vœux.

    Tableaux de Toni Demuro sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201307Toni-Demuro.html?m=1 .

  • Séparation…

    Séparation…

    Par la séparation des sexes, la Nature a préconisé
    Une évolution dirigée par le hasard d’une rencontre.
    Tous les caractères complexes se trouvent ainsi randomisés
    Et l’avenir est corrigé par des gènes qui vont à l’encontre.

    On se sépare, on se rassemble, on s’éradique, on se transforme
    Pour créer un monde meilleur, pour prendre le prochain départ.
    On se distingue, on se ressemble, on s’oppose ou on se conforme ;
    Quoi qu’il en soit, on vient d’ailleurs pour se retrouver quelque part.

    Tableaux de Bruce Holwerda.

  • … et fuite

    … et fuite

    Je suis parti de mon côté avec mes gènes masculins
    Tandis qu’ailleurs mon âme-sœur se fondait dans l’humanité.
    J’ai embrassé, j’ai bécoté dans presque tous les patelins
    Mais jamais l’âme du chasseur n’a trouvé sa féminité.

    Je l’ai cherchée à l’intérieur dans les replis de ma conscience
    Dans les chromosomes secrets tapis dans l’âme qui flamboie.
    Parfois, je montre à l’extérieur, d’une clairvoyante insouciance,
    Un peu du féminin sacré dans mes yeux de biche aux abois.

    Tableaux de Bruce Holwerda.

  • Quand les têtes avaient des visages

    Quand nous arborions un visage expressif et à découvert,
    Nous pouvions lire dans les yeux l’amour qui perlait à la bouche.
    Les filles aux jolis paysages favorisaient à mots couverts
    Un appel du pied périlleux à saisir leurs regards farouches.

    Au temps des frimousses en fleurs qui ne cachaient pas leurs boutons
    Sous un écran de pacotille, nous vivions le temps des humeurs.
    Les rires tournaient avec les pleurs, bien sûr, nous étions des moutons
    Mais nous discutions de broutilles sans avoir crainte des rumeurs.

    Tableaux de Bruce Holwerda.

  • Tombent les masques

    Mais lorsque tomberont les masques, osera-t-on se mettre à nu,
    Offrir un visage souriant, ouvrir la bouche et respirer ?
    S’envoleront-ils sous la bourrasque d’un vent de folie soutenu
    Par une volte-face houspillant ceux qui ne l’ont pas retiré ?

    « Tout ça, c’est une vieille histoire ! », clameront les anciens masqués.
    « C’était ça ou être honni ! », déclareront les vaccinés.
    Tel est le prix de la victoire sur une oppression démasquée
    Qui a frappé de félonie la liberté assassinée.

    Tableaux de Bruce Holwerda.

  • L’univers réductionniste

    L’univers réductionniste

    En poussant le raffinement de ce charmant confinement,
    La société réductionniste devra être évolutionniste
    Afin que chaque appartement soit doté d’un encastrement
    Dans des jeux de rôles sociaux auprès de voisins très spéciaux.

    Peut-être qu’une âme holistique naîtra de cette logistique
    Du salaire unique pour tous doublé de quelques arnaques en douce.
    Chacun choisira sa couleur, chacun souffrira sa douleur
    Dans son univers cloisonné d’un avenir empoisonné.

    Illustration de Kastner and Partners Agency à Los Angeles sur https:theinspirationgrid.comcalifornia-market-center-campaign-by-kastner-los-angeles .

  • Château chez moi

    Château chez moi

    J’ai tant arrosé mon château que je voyais dans le vallon
    De pluies d’aromathérapie que m’a déversé le printemps,
    Que ses graines ont pris le bateau pour accoster dans mon salon
    Et ont germé sur le tapis par ses tourelles serpentant.

    Juste une tour le premier jour puis, un donjon, un pont-levis
    Et les murailles ont mûri sous le halo du lampadaire.
    Il occupe tout mon séjour mais j’ai établi un devis
    Pour le céder à la mairie qui veut en faire son belvédère.

    Tableau de Jacek Yerka.

  • La sirène synthétique

    Parmi les ondes Bluetooth foncées, j’entends des sirènes numériques
    Dont le chant transporte un virus qui ensorcelle les internautes.
    Même l’Ethernet annoncé sécurisé contre les risques
    Entretient dans son thésaurus des liens pirates entre ses notes.

    Selon l’Operating System et ses divers périphériques,
    Vous trouverez dans chaque port, port parallèle ou port série,
    Des chants émis par le modem ou tout autre réseau chimérique
    Afin de changer de support pour un modèle plus aguerri.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Monotone printemps

    Je perds mes feuilles et mes idées, je perds le fil de mes pensées,
    Je perds mon regard optimiste sous le changement climatique.
    Autant hier j’étais décidé, autant j’ai peine à compenser
    Les actualités pessimistes, et monotones, et médiatiques.

    Et je m’en vais au vent mauvais observer la fuite du temps
    Qui emporte un peu chaque jour mes dernières désillusions.
    Adieu le temps où j’innovais ma fantaisie à chaque instant ;
    J’attends au prochain carrefour quelle en sera ma conclusion.

    Tableaux de Gürbüz Dogan Eksioglu sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201105gurbuz-dogan-eksioglu-ordu-turkey.html .

  • La voie de bohème

    Le passé s’empourpre et se fonce sous les périodes sensorielles
    Comme vieilles cartes postales aux tons fuchsia ou noir et blanc.
    Je sens l’empreinte qui s’enfonce dans la substance immatérielle
    Et l’immobilité létale du temps qui s’enfuit en tremblant.

    Or, voici que la nuit s’animent ces tons aux souvenirs inertes
    Qui renaissent en histories brèves pour une existence éphémère.
    La mémoire se montre magnanime envers les absences recouvertes
    De cette bohème de rêve qui renaît comme une chimère.

    (Photos d’Emma Summerton

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La femme aux neuf têtes

    Semblable à la chatte aux neuf vies, la femme possède neuf têtes
    Reliées au réseau du cœur afin de pulser d’émotions.
    Voici pourquoi elle survit jour après jour sur la planète
    Grâce au stratagème vainqueur du fruit de ses adéquations.

    Car le chiffre neuf est magique et résout la preuve par neuf
    Grâce à ses circonvolutions qui retombent sur un chiffre rond.
    La garantie systématique de l’avantage de la meuf
    Siège en ses circonlocutions acérées comme un éperon.

    Sculptures de Yoshitoshi Kanemaki sur http:hifructose.com20190516the-recent-cerebral-sculptures-of-yoshitoshi-kanemaki .

  • Les cités en villégiatures

    L’homme a désiré voyager de toute son aspiration ;
    L’homme a bâti sa destinée en lui repoussant ses frontières.
    Demain, il va s’aménager un habitat d’exploration
    Et des cités prédestinées à bourlinguer la vie entière.

    Des maisons flottantes en bateaux, des villes volantes en oiseaux,
    Des chambres qui navigueront pour que l’amour rêve d’ivresse.
    Des îles agencées en châteaux, des terres reliées en réseaux
    Et les gens s’imagineront d’autres paradis d’allégresse.

    Illustrations de François Schuiten.

  • Mignonne, la rose

    Mignonne, la rose

    Mignonne, allons voir si la rose a grandi quand tu es parti,
    Arrosée de larmes et de pleurs sur le bouton du souvenir.
    Dans ce petit matin morose mais mystique en contrepartie,
    Allons demander à la fleur que nous présage l’avenir.

    Si elle est rouge, il reviendra ; si elle est bleue, repartira ;
    Si elle est mauve, m’aimera encore ; jaune, en sera désespéré.
    Peut-être qu’il se souviendra, peut-être qu’il te mentira
    Selon la rose qui décore l’enclos des amours espérées.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Histoire de goût

    Pour renforcer le goût fruité de mes papilles impressionnées,
    J’irai prendre une collation auprès des jeunes filles en fruits.
    Afin de ne point ébruiter mes jouissances passionnées,
    Je renforcerai l’isolation pour qu’il n’en émane aucun bruit.

    Et dans mon verger silencieux, je croquerai à belles dents
    La fraîcheur de leurs peaux sucrées et j’en boirai leurs jus laiteux.
    Si leurs goûts paraît tendancieux, je m’en ferais le prétendant
    Pour une cure consacrée à ce régime velouteux.

    Art Bulgare de Vladimir Dimitrov et Stoyanka Ivanova.

  • Selon la taille de mes rêves

    Selon la taille de mes rêves

    Petit projet deviendra grand selon la taille de mes rêves
    À condition, au demeurant, de les perpétuer sans trêve !
    Je n’ai pas peur d’imaginer un objectif presqu’impossible
    Au risque de contaminer ma conscience au flegme impassible.

    Comme on ne fait pas d’omelette sans toutefois casser les œufs,
    Aurais-je droit de saccager la Terre pour y arriver ?
    Combien craquerai-je d’allumettes à mettre la planète en feu
    Pour voir mon projet packagé et tous ses produits dérivés ?

    Sculptures d’après Hergé.

  • Tout ça pour ça !

    Tout ça pour ça !

    Comptez plusieurs millions d’années pour façonner l’humanité
    Qui elle-même se surpassera pour sortir ses plus beaux fleurons.
    Malgré tant d’efforts surannés à atteindre sa finalité,
    La cruche à l’eau se cassera lorsque nous nous essoufflerons.

    Mais rendons grâce à l’insouciance de l’homme, invétéré gaffeur,
    Qui scie soigneusement la branche sur laquelle il ne voit rien venir ;
    Ou son chef en toute inconscience qui signe dans le parapheur
    L’ordre de faire une coupe franche dans le budget pour l’avenir.

    Gaston Lagaffe par André Franquin.

  • Le vieux trappeur

    « Méfiez-vous bien du hasard ; car il vous fixe dans un cadre. »
    Ainsi parlait un vieux trappeur qui pourchassait le bison blanc
    Puis, s’est perdu dans le blizzard avec le vent pour toute escadre,
    Abandonnant toutes ses peurs derrière l’horizon troublant.

    Dernier témoin de l’aventure avant la civilisation
    Lorsque la Terre était offerte à l’homme qui voulait être libre.
    Dernier témoin de la nature, loin de la mondialisation
    Dont la plus grande découverte semble un maudit déséquilibre.

    Tableaux d’Alexandre Degtev.

  • Mes châteaux d’eau

    Dans la famille des châteaux, j’imaginais les châteaux d’eau
    Garnis de pompes et de fontaines et de tourelles en pilotis.
    J’aimais, cerise sur le gâteau, rêver de cascades en rideau
    Et sources vives par centaines coulant des murs en chuchotis.

    Plus tard, j’y aurais fait bombance dans la vallée du bordelais ;
    J’aurais convié la Reine Margot à régner dans mon château-d’eau.
    J’imaginais ma descendance, Château-de-thé, Château-de-lait,
    Château-Limonade à gogo et même les Châteaux-Bordeaux.

    Tableaux de Jacek Yerka.

  • Les petits pois sont verts à la racine

    Dans cette Terre vierge de vie, j’ai semé ma première racine
    Afin de commencer l’histoire d’une écologie mélangée.
    En même temps, pour sa survie, a grandi une faune assassine
    Par la rivalité notoire de manger ou être mangé.

    Après quelques millions d’années, rien n’a changé sur la planète ;
    Le grand vainqueur de la création persévère dans la prédation.
    Pauvre Terre ainsi condamnée bientôt à faire place nette
    Par l’œuvre en accélération de sa propre dégradation !

    Illustrations de Jörgen Stock et Jordi Sàbat.

  • Les gorges-rouges

    Les gorges-rouges

    Chez la tribu des gorges-rouges, les têtes sont couronnées d’or.
    Une distinction honorable que tous leurs ancêtres attestent.
    Un héritage des carouges, des passereaux du Labrador
    Faisant l’erreur impondérable d’avoir fait route vers l’ouest.

    Serait-ce un cousin éloigné de la famille des dindons
    Qui mêla ses gènes colorés comme un tartan calédonien ?
    Seule pourrait en témoigner une légende à l’abandon
    Qui court encore dans la forêt parmi d’autres oiseaux daltoniens.

    Malheureusement ceux-ci confondent le vert le rouge avec l’azur !
    Leur témoignage est entaché d’une sévère confusion.
    Ainsi, puisque rien ne se fonde par une garantie sur mesure,
    On dit que l’oiseau panaché est joli, sans trop d’effusion.

    Taureau-Rouge, un amérindien, criait à gorge déployée
    Pour convier l’oiseau sanguin à se poser sur son épaule.
    Leur conciliabule quotidien de philosophie émaillé
    Offrait à son peuple un regain dont il avait le monopole.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Mes plans sur la comète

    Mes plans sur la comète

    À partir des constellations, je fais des plans sur la comète
    Que j’enregistre sur le cadastre de l’Hôtel de la Galaxie.
    J’y note les révélations que les officiers me soumettent
    Avec l’emplacement des astres requis par leur bureaucratie.

    Au matin, j’ai tout oublié mais j’en récolte les messages
    Parmi les rêves éveillés qui passent par le canal du cœur.
    Jusqu’à présent, j’ai publié des Reflets-Vers plus ou moins sages
    Mais ils sont tous estampillés du sceau de mes dieux chroniqueurs.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Tranches de vie

    Tranche au plus vif de ta mémoire pour en extraire un souvenir ;
    Recommence encore et encore jusqu’au premier cri de naissance ;
    Sépare ensuite les idées noires des plus beaux projets d’avenir
    Jusqu’à l’ultime partie du corps, le seul gène de connaissance.

    Écris alors chaque émotion, retranscris ce qui t’a fait peur !
    Décris les moments querelleurs, tous tes chagrins, toutes tes joies !
    Enfin, fais-en la promotion auprès des plus grands éditeurs
    Qui t’en feront un best-seller lequel te laissera sans voix.

    Audrey Hepburn vue par Human Wreckage et Ralph Ueltzhöffer et d’autres victimes par ici : https:ueltzhoeffer2textportrait.wordpress.comcategoryactress .

  • Demain, le futur – 2

    Les parents ne s’accoupleront plus que par la télépathie
    Qui produira un ectoplasme cristallisé en chrysalide
    Dont les gènes se dédoubleront et créeront l’être d’empathie,
    Du noyau vers le cytoplasme, pour un nouvel enfant valide.

    Les filles naîtront dans un cône évoquant la rose bleutée
    Et connaîtront déjà l’histoire de leur branche d’humanité.
    Elles incarneront l’icône d’une nouvelle chasteté
    Pas pour autant contradictoire mais d’une pure nudité.

    Les garçons naîtront d’une sphère évoquant le chou bigarré
    Qui représente l’origine de la procréation du monde.
    Mais ils seront à leur affaire, entièrement accaparés
    À créer ce qu’ils imaginent par une inspiration féconde.

    Illustrations de Moebius.

  • Demain, le futur – 1

    Après l’échec des religions, vint la chute de la science
    Car elle ne savait qu’expliquer ses propres délimitations.
    Soudain, dans toutes les régions, naquit avec omniscience,
    D’une magie inexpliquée, une nouvelle révélation.

    Ni Dieu de l’infiniment grand, ni de la physique quantique,
    Ni d’une science infaillible mais d’un véritable miracle ;
    Parfois le résultat flagrant d’une évolution authentique
    Prend sa source dans l’invisible et l’antique temps des oracles.

    Après quelques péripéties, si une fée à la fenêtre
    Vient vous délivrer un message et attirer votre attention,
    Alors, sa nouvelle prophétie saura se faire reconnaître
    En vous révélant le passage vers de nouvelles dimensions.

    Illustrations de Moebius.

  • Aux rayons XY

    Rayons XY masculins ou rayons XX féminins,
    Tout dépend si je ne m’attache qu’aux préjugés superficiels
    Ou si je force mon cristallin au-delà de l’aspect bénin
    Qu’apparemment le cœur me cache mais qui fait mon référentiel.

    Démultiplication des sens lorsque je scanne l’intérieur
    Qui me révèle à chaque fois que l’homme et la femme s’égalent.
    Mais foin de toute connaissance ! Un simple regard extérieur
    Trouble ma vue, voile ma voix et même ma raison s’égare.

    Créations d’Yves Klein.

  • Aux rayons XX

    Si j’avais le regard perçant capable de voir au travers
    De mes murailles et carapaces, qu’apercevrais-je exactement ?
    Un sentiment bouleversant ? Une pensée à cœur ouvert
    Ou le secret qui me tracasse par l’ombre de son châtiment ?

    Derrière le masque impénétrable de l’enveloppe naturelle,
    Évoluent mes noires pensées parmi les courants les plus nobles.
    Tous mes desseins inséparables font le tissu conjoncturel
    Que seule l’âme peut compenser par mon côté le plus ignoble.

    Créations d’Yves Klein.

  • Justice aveugle

    Justice aveugle

    Serait-ce le sang sur ses mains qui rend aveugle la justice
    Ou bien à force de fermer les yeux sur ses atrocités ?
    Puisque « se tromper » est humain, cette droiture subreptice
    Est susceptible d’affirmer à tous son incapacité.

    Ne nous voilons donc pas la face ! Ne restons pas les bras croisés !
    Les règlements les plus iniques sont ceux que les aveugles observent !
    Mais hélas les peines s’effacent dès que les riches pavoisés
    Proposent la monnaie unique qui, contre tout grief, les préserve.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Androgynarcisse

    Androgynarcisse

    Serais-je beau si j’étais femme ? Serais-je belle si j’étais homme ?
    Mais le miroir de l’existence ne me retourne qu’un seul sexe !
    Vous apparaîtrait-il infâme de changer mon curriculum
    Pour vivre la coexistence de mes deux genres en multiplex ?

    Je ne suis qu’un demi-narcisse, non pas frustré mais incomplet,
    Déçu d’une âme qui n’exprime qu’un seul caractère sexuel.
    N’ayez pas peur que je noircisse le tableau que vous contemplez,
    C’est juste l’âme-sœur qui déprime dans mes fantasmes transsexuels.

    Illustration de Moebius.

  • Faites l’amour, pas la guerre

    Faites l’amour, pas la guerre

    À dormir dans le même lit deux tiers de la vie conjugale,
    Entendez-vous les ronflements avant que vous vous endormiez ?
    Selon l’amour à la folie consommé de façon frugale,
    Ressentez-vous les tremblements qui courent au long du sommier ?

    Plutôt que faire chambre à part, agrandissez l’appartement
    Et étirez la literie entre deux pièces contiguës !
    Plutôt que dresser un rempart, procédez à l’écartement
    Des férus aux câlineries aux extrémités exiguës.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Ma vie en images

    Ma vie en images

    Toutes enregistrées, les images et les fièvres de mon terroir
    Constituent la bibliothèque que j’aime parcourir la nuit.
    Je vais au hasard des mirages, de l’autre côté du miroir,
    Comme l’ancienne bédéthèque de la rue du Cherche-Minuit.

    Souvent mes rêves prennent source dans mes aventures oubliées
    Où j’ai voulu cacher mes peurs et mes projets inachevés.
    Et je n’ai plus d’autres ressources, le lendemain, que publier
    Celles qui me tiennent le plus à cœur comme un travail parachevé.

    Sculpture exposée à la Foire de Paris.

  • Les nouvelles déferlantes

    Les nouvelles déferlantes

    Les nouvelles se déversent par les marées médiatiques
    Et les vagues d’oppression déferlent dans nos salons.
    Pluies, giboulées et averses d’informations dramatiques
    Accélèrent leur progression au galop de l’étalon.

    Même dans nos cheminées, aux factures raffinées,
    Les bûches en feu refroidissent comme un vieux pétard mouillé
    D’un reflux contaminé qui nous maintient confinés
    À l’intérieur des bâtisses où nous finirons rouillés.

    Tableau de Paul David Bond sur https:webneel.comwebneelblog25-beautiful-and-surreal-oil-paintings-paul-david-bond?m=1 .

  • Mise en abyme

    Mise en abyme

    Aujourd’hui je me vois hier où je me voyais avant-hier ;
    Demain, je verrai aujourd’hui tous mes rêves d’après-demain.
    Ainsi, je brise les œillères de cette vision meurtrière
    Qui, chaque jour, me reproduit, à l’identique, le même chemin.

    Ma vie se trouve mise en abyme par chaque échantillon du temps
    Qui fixe sur la pellicule ce que je crois être différent.
    Si je plonge dans cet abîme un regard interpénétrant,
    J’y vois l’éternel fascicule de tous mes retours afférents.

    Animation de Feliks Tomasz Konczakiwski.

  • La Gare de Babel

    La Gare de Babel

    Lorsque le train bat la campagne, le tramway parcourt la cité,
    Le métro roule en souterrains entre boulot-dodo sans trêve.
    Le téléphérique en montagne fulmine d’électricité
    Et l’Orient-Express souverain se raccorde aux pays de rêve.

    À chacun sa langue cheminote, à chacun son terrain de chasse,
    Qui ses écartements de rails, qui ses pulsions, ses décibels.
    Tous, avec ou sans fausses notes, marquent l’entrain qui se pourchasse
    Dans un vrai caravansérail digne de la Gare de Babel.

    Tableau de Dominique Appia.

  • Pauvres maris encadrés

    Encadrées dans leur hiérarchie et dans leur rôle matriarcal,
    Nos femmes imposent le respect par leurs carrières prestigieuses.
    Tapie dans la matriarchie de leur cordon obstétrical,
    Leur ambition aurait l’aspect d’une vraie mante religieuse.

    Ainsi les hommes ont le bourdon et parfois même le cafard
    Sachant qu’ils seront consommés pour le salut de l’entreprise.
    Plutôt que demander pardon à leurs moitiés qui les effarent,
    Ils les supposent diplômées dans une pochette-surprise.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La vérité sortant du puits

    La vérité sortant du puits

    J’émerge souvent de mes rêves par un trou de nuit impromptu
    Qui s’ouvre sur un monde à l’envers où la vérité est mensonge.
    J’y entends des paroles brèves échangées à bâtons rompus
    Par des volatiles pervers volant dans l’azur de mes songes.

    Je m’en extrais, nu comme un ver, parmi la foule hétérogène
    Qui ne prête aucune attention à ma tenue extravagante.
    Voici la source de mes vers dont je vais chercher l’oxygène,
    Armé de bonnes intentions dont est pavé l’enfer de Dante.

    Gravure de Mauritz Cornelis Escher.

  • La clef des songes

    Là, je découvre la clef des songes au seuil d’une profonde nuit
    Dont l’aube referme la porte à double tour pour la journée.
    Afin que celle-ci prolonge mes illusions devant son huis,
    Je la recueille et je l’emporte pour suivre mes rêves ajournés.

    Ainsi à chaque heure du jour, je peux faire un rêve éveillé
    À l’aide du passe-partout que je suspends à ma ceinture.
    Puis, j’emménage en ce séjour tous les fantasmes émerveillés
    Et les cauchemars, malgré tout, mais qui pimentent l’aventure.

    Tableaux de Rafal Olbinski.

  • La porte-aux-rêves

    Portes fermées sur la culture et tout l’ensemble des beaux-arts ;
    L’âme qui se sent orpheline de ses racines naturelles
    S’en va chercher sa nourriture dans ses rêves les plus bizarres
    Où luit la lumière opaline de sa fontaine culturelle.

    Dans mon musée imaginaire, j’ai ôté toute interdiction
    Afin que l’air de connaissance circule selon le Feng Shui.
    Baudelaire et Apollinaire côtoient la science-fiction
    Et les tableaux sentent l’essence de l’utopiste que je suis.

    Tableaux de Daniel Merriam.

  • Sous le voile, le masque, le voile

    Démasquer la femme voilée pour abolir les religions
    Qui forcent le monde entoilé comme une sainte contagion ;
    Dévoiler la femme masquée pour arrêter les pandémies
    Qui poussent les forces casquées à tuer tous leurs ennemis ;

    Ce voile, fragile interface, n’est qu’un rempart de solitude
    Qui ne fait que voiler la face et contrer la vicissitude ;
    Ce masque, tissu de mensonges, n’est que protection illusoire
    Qui ne fait que masquer les songes d’une société dérisoire.

    Photos de Paul van der Lugt et de Tara McKinney.

  • Voyages virtuels

    Sur les murs vides qui m’enserrent et l’écran nu de ma prison,
    Mes intentions sont projetées avec mes rêves en couleurs.
    J’en réalise un dispensaire qui agrandit mon horizon
    Et purge mes peurs rejetées derrière le seuil de la douleur.

    J’y vois l’amie imaginaire aux antipodes et aux confins
    En train de s’évader elle-même d’une semblable synergie.
    Et ce lien extraordinaire se répète encore sans fin
    Parmi tous les amis que j’aime par cette insolite énergie.

    Illustrations de Moebius.

  • Les néo-touristes

    Fini l’espace illimité et ses voyages organisés ;
    Aujourd’hui le confinement est devenu notre univers.
    Entre quatre murs limités de notre vie mécanisée,
    Il faut s’adapter autrement et vagabonder à l’envers.

    Tout le monde en littérature, embarquez dans l’imaginaire !
    Fermez les portes et les volets, que les virus soient absentés !
    Tout le monde en villégiature pour des balades stationnaires !
    Les passeports sont envolés… au prix du passeport santé.

    Illustrations de Moebius.

  • Le lieu commun

    Le lieu commun

    Tandis que Dupond surveillait les deux baies vitrées du salon,
    Dupont, posté en sentinelle, observait sans faire d’histoire.
    Hélas un démon sommeillait, tapi sous le chapeau melon,
    Inspirant aux polichinelles une idée superfétatoire.

    Nul ne sait ce qui leur a pris mais, leur poste, ils abandonnèrent
    Pour suivre une piste à la trace partant autour de la maison.
    Ils en furent d’autant plus surpris qu’à chaque tour ils s’étonnèrent
    De voir les pas sur la terrasse augmenter plus que de raison.

    Tableau de René Magritte.

  • À mon image

    À mon image

    Je rends hommage au Créateur et au Père de ma destinée
    Par tous les portraits de famille qui font l’honneur de mon couloir.
    De tout l’Esprit récréateur, cœur de la bande dessinée,
    Dont mes aventures fourmillent et qu’Il vit comme un défouloir.

    Un jour ce Dieu à mon image, accroché à mes convictions,
    A tracé son autoportrait issu d’antiques Dioscures.
    Lui, d’un simple coup de gommage, seul peut prononcer l’éviction
    D’une vérité trait pour trait ou d’un mensonge en clair-obscur.

    Illustration d’après Hergé.

  • Roméo & Juliette 2021

    Ainsi Roméo et Juliette s’étaient rencontrés à la guerre
    Qui opposait les vaccinés aux résistants coronariens.
    Roméo sur sa bicyclette ralliait les troupes grégaires
    Que l’on avait déracinées tels des moutons prolétariens.

    Dans le clan des laboratoires, vivaient les riches et les nantis
    Qui régnaient par l’Ordre Nouveau surprotégé par la flicaille.
    Juliette se méfiait des histoires, des intox et des démentis
    Qui accusaient les bas-niveaux de n’être que de la racaille.

    Ils se rencontrèrent à Paris au Sacré-Cœur, sur le parvis,
    Pendant les manifestations aux élections législatives.
    Alors l’amour leur a souri ; ils se sont promis pour la vie
    Malgré les admonestations de leurs familles respectives.

    Illustrations d’Enki Bilal.

  • Dimanche après-midi

    Quand les dimanches paraissent longs et s’étirent tout l’après-midi,
    L’ennui m’asticote l’esprit, le cafard m’agace le cœur,
    Je déambule dans le salon après la vaine perfidie
    Du temps qui montre un parti pris à ralentir d’un air moqueur.

    Alors j’entreprends la lecture d’un roman fleuve de mille pages
    Qui fait disparaître les murs et les barreaux de ma prison
    Ou je me mets à l’écriture de quelques lignes qui se propagent
    Dans un pays où se murmurent ses légendes à l’horizon.

    J’ai l’impression que je me fonds petit à petit au décor
    Et que mon âme transparente épouse la couleur du temps.
    Alors je m’élève au plafond, lentement s’envole mon corps
    Qui, sous la lumière apparente, redevient un ange flottant.

    Tableaux de Michael Steirnagle.

  • Le pays de la soif

    Le pays de la soif

    Depuis qu’on a fermé les bars, les cafés et les restaurants,
    Les villes ne sont que déserts aux ruelles vides et assoiffantes.
    Sous nos masques, nous, pauvres loubards, zonons comme des juifs errants
    Qui manifestent leur misère avec la langue bien pendante.

    Cette traversée des années de la soif et de liberté
    Marquera la postérité d’un vent de folie décoiffé.
    Et tous les vaccins surannés nous auront tant déconcertés
    Que nous en aurons hérité une société assoiffée.

    Illustration de Hergé.

  • À cinq minutes près

    Van Gogh, à cinq minutes près, aurait sans doute créé Tintin
    Si le héros protagoniste s’était attardé par mégarde.
    On aurait vu dans les cyprès, sous les étoiles dans le lointain,
    Ses aventures impressionnistes avec des décors d’avant-garde.

    Hélas le café s’est vidé par la volonté du hasard
    Et Tintin suivi de son chien disparut dans le fatalisme.
    Sans doute a-t-il dû résider là-haut, à l’Hôtel des beaux-arts,
    Du temps où ce jeune arlésien hantait l’école de journalisme.

    Immersion de Hergé dans Vincent van Gogh.

  • Ange & démon pour la vie

    Lucifer un démon ? Je n’y ai jamais cru !
    Et l’Ange de lumière en était amoureuse.
    L’amour avait germé, l’ardeur s’était accrue
    Tant leur folie ardente se montrait dévoreuse.

    Dieu en était jaloux – entre nous, qui l’eut cru ? –
    Et les précipita sur la Terre des hommes.
    Ainsi Adam et Ève, ses premières recrues,
    Furent à l’origine des premiers chromosomes.

    Illustration de Sofía Micaela Reynoso.

  • Cousues de fil blanc

    Bien qu’on me brandisse l’alarme d’un mal qui n’est que le prétexte
    À vouloir me faire croire infâmes tous ces événements troublants,
    Je réponds entre rires et larmes que ce ne sont, dans ce contexte,
    Que des histoires de bonnes femmes entièrement cousues de fil blanc.

    L’info – une maille à l’endroit – l’intox – une maille à l’envers –
    Tissent un tissu de mensonges et vérités entremêlés.
    Demain je n’aurai plus le droit de dénouer à quatre vers
    Ces nœuds gordiens qui se prolongent, trop difficiles à démêler.

    Photos de Hinke Schreuders sur http:paperfolk.blogspot.com201307paperfolk-loves-hinke-schreuders.html .

  • L’utopie futuriste

    Hier, le futur m’était conté comme un joli conte de fées ;
    Magie de la technologie, amour et bonheur assurés.
    Toute ma jeunesse, j’ai escompté d’en décrocher tous les trophées
    Et d’amasser dans mon logis ses plaisirs manufacturés.

    Mais voilà, je vis dans un cube une vie stéréotypée
    Où tous les genres se mélangent avec de fausses perspectives.
    J’y déambule et j’y titube, comme un robot suréquipé,
    Je vis, bien que ça me dérange, d’hallucinations collectives.

    Illustrations de István Orosz.

  • Reconfinement

    Si hier, tu te confinais ; aujourd’hui tu te reconfines
    Et nous nous reconfinerons après-demain pareillement
    Si cette année je dessinais nos existences qui s’affinent
    Au jour le jour, aux environs, j’y verrai un harcèlement.

    On nous fait jouer des jeux de rôles ; on veut nous mettre le grappin
    Pour, après le choc amorti, nous retrouver sur le carreau.
    Alors ouvrons la cage aux folles, cages aux oiseaux, cages à lapins ;
    Jetons les serrures aux orties et laissons rouiller les barreaux !

    Tableaux de Abdullah Evindar sur https:designyoutrust.com201808turkish-artist-abdullah-evindar-creates-fantastic-surreal-silhouette-photo-collages .