Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • La bourse à sa fenêtre

    Quand les poissons remonteront, entraînés par une inflation,
    Les poissons d’argent flotteront avec les poissons d’or dedans.
    Peut-être nous surmonterons cette énorme dénivellation
    Mais nous nous en lamenterons lorsque les poules auront des dents.

    Quand il pleuvra des fers à cheval, la chance retombera du ciel,
    Nos petits cochons-tirelires se réjouiront de cette aubaine.
    Ainsi, quand les actions dévalent leur taux de change référentiel,
    Le krach, pris en flagrant délire, goutte à son premier bas de laine.

    Illustrations de Gerhard Glück.

  • Homo-z-oiseaux

    Que ma Nature fasse sécession entre le haut, entre le bas,
    Entre les eaux, entre les airs, entre les sexes, schisme suprême !
    Qu’elle en accepte la mission à perpétuer son combat
    Et qu’elle me sorte du désert pour vaincre toutes mes extrêmes !

    Hélas, ma cervelle d’oiseau me fait rêver, le nez en l’air,
    Je suis la voie que ma Nature m’a choisi comme évolution.
    Je suis faible comme un roseau qui plie sous les vents en colère
    Mais qui porte la signature d’une forte irrésolution.

    Tableaux d’Igor Morski.

  • La nymphe de mon inspiration

    À travers le miroir des rêves, j’ai visité souvent la même
    Atmosphère paradisiaque et ses plus belles créatures.
    J’ai souvent marché sur la grève de la rivière du dilemme
    Entre les eaux aphrodisiaques et les merveilles de la nature.

    La clef de ces rêves intimes ouvre le passage secret
    Où la conscience et l’inconscience partagent leurs aspirations.
    Mon ambition la plus ultime, plaise à mon cœur d’y consacrer
    Tout son amour et sa science, pour trouver son inspiration.

    Illustration d’Ana Miralès.

  • La déesse de la nuit

    La déesse de la nuit

    Pauvre déesse de la nuit qui doit laver chaque matin
    La literie tachée d’étoiles et souillée du fluide lunaire !
    Elle commence dès potron-minuit à descendre du mont Palatin
    Et s’apprête à lever le voile aux premiers rayons collinaires.

    Son dévouement sans faux-semblant s’apparente à une œuvre d’art
    Bien qu’on ne connaisse pas son nom et qu’on ne l’appelle jamais.
    Comme elle lave plus blanc que blanc quand il pleut pour la Saint-Médard,
    Je l’ai donc surnommée « Manon, la lessiveuse du mois de mai ».

    Tableau d’Igor Morski.

  • Poisson d’or

    Poisson d’or

    En chevauchant mon poisson rouge qui s’est échappé du bocal,
    Je redeviens petit garçon à peine sevré du biberon.
    Ainsi, ma conscience se bouge à pousser hors de son local,
    Son inconscience d’un hameçon fixé en guise d’éperon.

    Par-dessus les mers de nuages et les océans d’arc-en-ciel,
    Je ris avec mon poisson d’or, plaise à mon corps, plaise à mon âme.
    Ainsi, je secoue les rouages de mon esprit existentiel
    Par un cœur de conquistador afin d’entretenir ma flamme.

    Illustration de Wen William Weber.

  • Le gardien de phare

    Le gardien de phare

    Que ne suis-je un gardien de phare, veilleur sur la mer infinie
    Avec des restes de carènes, vieilles épaves distordues ?
    J’aurais écouté la fanfare sur un thème de Rossini
    Qui accompagnerait les sirènes en quête des marins perdus.

    J’en aurais une pour amante, elle s’appellerait Arabelle,
    Petite-fille de Neptune qui m’assurerait l’intendance.
    Et quand soufflerait la tourmente, aux vents de tempêtes rebelles,
    J’attendrais sa voix opportune en guise de correspondance.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Cheval qui songe

    Cheval qui songe

    Laissez-moi rêver de conquêtes vers des pays imaginaires,
    Là où la raison du plus fort ne serait pas toujours la meilleure.
    Mon cœur d’enfant point n’est en quête de prouesses extraordinaires
    Mais de trouver son réconfort auprès d’un songe venu d’ailleurs.

    Il prend les traits d’un grand cheval aux ailes déployées au vent,
    Au pelage en robe de nuit et la crinière de matamore.
    Je suis Chevalier Perceval, héros qui bondit de l’avant
    Vers des aventures où l’ennui n’existe pas plus que la mort.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Entre deux songes

    Ce soir-là, entre chien et loup, sous le halo bleu de la lune,
    Jeune apprenti, les yeux bandés, j’allais à mon adoubement
    Dans le silence un peu jaloux des vaguelettes inopportunes
    Que les rameurs vilipendés provoquaient dans l’attroupement.

    Soudain la nuit devint violette sous l’épais rideau de velours
    Et l’on me demanda d’entrer dans un château plongé dans l’ombre.
    Je troquai mon corps obsolète qui me semblait comme un poids lourd
    Pour un d’égrégore concentré car je faisais partie du nombre.

    Tableaux de Lidia Postma.

  • Le summum

    Le summum

    Le pied du mur voit le maçon, le haut du mur sert de leçon ;
    Le progrès demande du cran mais les moyens lui font écran.
    Sans cesse se remettre à l’ouvrage demande plus que du courage ;
    La fin n’est que l’ensemencement d’un éternel recommencement.

    J’ai bâti depuis mon enfance mes protections et mes défenses ;
    J’ai cru aux projets d’avenir qui feraient de beaux souvenirs.
    Mais une fois atteint la retraite, la vie s’arrête d’une traite
    Et le bonheur tant espéré suit une fuite désespérée.

    Tableau d’Erik Johansson.

  • Art is an Art

    Avant tout, l’art ne sert à rien sinon à exposer son cœur,
    Sculpter son amour dans la glaise, peindre ses tripes sur la toile.
    L’artiste, sorte de fou épicurien, transcende d’un regard moqueur
    Ses euphories et ses malaises, l’âme dans le chœur des étoiles.

    Mais quand l’artiste reproduit, mêlant technique et mécanique,
    Ses œuvres stéréotypées soi-disant proches du nirvâna,
    Il devient lui-même un produit d’une industrie économique
    Pour des galeries constipées plus proches de l’artisanat.

    Illustrations de Joost Swarte.

  • La tournée du chat noir

    La tournée du chat noir

    Dès potron-minet, on s’attable et de peur qu’on ne se morfonde,
    Qui son épée, sa hallebarde lève pour payer sa tournée.
    L’aubergiste, homme respectable, remplira leurs gorges profondes,
    Gosiers secs et bouches bavardes, patiemment toute la journée.

    Quand vient la tournée du chat noir – à l’heure où les matous sont gris –
    Les esprits battent la campagne et les cœurs parlent en divaguant.
    L’alcool fait perdre la mémoire tandis que la bourse maigrit ;
    Alors compagnons et compagnes rentrent chez eux en zigzaguant.

    Illustration d’André Juillard.

  • La planète sauvage

    La planète sauvage

    Certains, réduits en esclavage dans des labos plus que suspects,
    Ont pris la poudre d’escampette dès qu’ils se furent réveillés.
    Sur cette planète sauvage où les humains dormaient en paix,
    Les virus ont perdu la tête tant ils n’étaient plus surveillés.

    On a dit qu’ils venaient de Mars ou peut-être même de Vénus ;
    On aime bien brûler les sorcières au nom de la régulation.
    On a même cru à une farce appelée « coronavirus »
    Mais ce n’était qu’une souricière pour réduire la population.

    Illustration de Roland Topor.

  • Lever et coucher de soleil

    Dans sa robe couleur d’aurore, Madame Soleil au levant
    Hisse sa robe de couleurs à la dernière mode du temps.
    Et tous les oiseaux qui pérorent leurs derniers tubes dans le vent,
    Fredonner d’un chant roucouleur hardiment leurs nids du printemps.

    Dans sa robe couleur d’espoir, Madame Soleil au couchant
    Baisse sa robe d’uniforme dans un silence déroutant
    Mais le rossignolet du soir, sifflant son poème attouchant,
    Clôt la journée qui se transforme en un crépuscule envoûtant.

    Tableaux de Joan Marti Aragonés et Ernesto Arrisueño.

  • Demain les chiens

    Demain les chiens n’écouteront plus que la voix de leurs chers maîtres
    En observant tous les jalons que leurs idoles auront semés.
    Les chiens de garde goûteront l’ordre nouveau au périmètre
    Tandis que les chiens de salon se retrouveront clairsemés.

    Demain les chiens navigueront pour porter la bonne parole
    À tous les chiens de Terre-Neuve, épagneuls bretons, pékinois.
    Puis, ceux-ci se fatigueront d’obéir à ces jeux de rôles
    D’anciens maimaitres qui n’émeuvent plus que les saint-bernards sournois.

    Tableaux de Michael Sowa sur http:www.margarethe-illustration.commichael-sowa.html .

  • Demain les oiseaux

    Demain, les oiseaux sont bottés ; eux aussi se sont adaptés.
    Les pieds des mouettes rieuses conviennent aux bottes jaune paille.
    Les anges admirent leurs beautés ; même Dieu les a adoptées
    Pour leurs rigolades ébrieuses dont la Trinité fait ripaille.

    Demain, les pieds en éventails, eux aussi ont évolué.
    Les corbeaux fiers d’être chaussés en paire de bottes de sept lieues.
    Avec leur souci du détail, ils ont pour rôle d’évaluer,
    Au rang de la maréchaussée, les rusés renards du milieu.

    Tableaux de Rudi Hurzlmeier.

  • L’alchimie d’amour

    L’alchimie d’amour

    Quand l’homme retrouve la voie qui mène au cœur de la passion,
    Il ressent l’instinct magnétique qui l’attire comme un aimant.
    Il en perd le souffle et la voix par l’effet d’anticipation
    Qui donne l’élan érotique qui réunit les deux amants.

    Quant à la femme, elle se connecte aux racines passées et futures
    Et redevient la clef de voûte de son foyer jour après jour.
    Ainsi elle fait la collecte des graines de puériculture
    Soumise à la vie qui l’envoûte pour créer le fruit de l’amour.

    Illustration de Grzegorz Rosiński.

  • L’amour Butterfly

    L’amour Butterfly

    Aussi léger qu’un papillon, l’amour peut d’un battement d’aile
    Provoquer chagrins et tempêtes entre deux cœurs à l’opposé.
    La passion crée des tourbillons lorsqu’une relation infidèle
    Menée sans tambour ni trompette devient à l’autre présupposée.

    Or, dès que l’amour bat de l’aile, le cœur d’un millier de fragments
    Se désagrège et éparpille les débris du drame amoureux.
    Et les destinées parallèles se séparent entre les amants
    Qui se lamentent et s’écharpillent par des démêlés langoureux.

    Illustration de Benjamin Lacombe.

  • La femme au gant rouge

    La femme au gant rouge

    Après les horreurs de la guerre et les miracles de l’amour,
    L’homme, entre ces deux infinis, ballotte entre honneur et malheur.
    Quant à la femme, elle n’a guère d’autre choix que donner le jour
    À des enfants prédéfinis à perpétrer cette valeur.

    Les hommes ont du sang sur les mains, les femmes, une fois par mois ;
    D’un côté les vieux combattants, de l’autre, les ménopausées.
    La prochaine race de demain poursuivra-t-elle avec émoi
    L’opposition, le cœur battant, sur son passé décomposé ?

    Illustration de Jacques Tardi.

  • L’absurdité du temps

    Je pensais mon présent absurde jusqu’au jour où j’ai découvert
    Le gène d’autodestruction implanté dans ma génétique
    Qui m’infléchit, qui me perturbe et me fait tout voir de travers
    En falsifiant les constructions de ma mémoire hypothétique.

    Lorsque j’ai compris que ce gène d’absurdité se réveillait
    Plutôt que m’en épouvanter, j’ai pris parti de l’accepter.
    Devant les problèmes et leurs gênes, je ne cesse de m’émerveiller
    Et même, je peux me vanter, d’être un marginal excepté.

    Illustrations de Joost Swarte.

  • La bibliothèque de qui-vous-savez

    Selon l’âge du capitaine et selon ses rêves d’enfance,
    Sa bibliothèque offrira tous ses récits numérotés
    En France métropolitaine ou en pays de connaissance,
    Partout où il naviguera aux ordres de l’amirauté.

    Ce petit coin dédicacé à tous les maîtres de la planche,
    Lui rappelle avec nostalgie ses voyages au-delà des mers.
    Et même s’il en a assez d’avoir passé trop de nuits blanches,
    Il y soigne sa lombalgie avec un vieux rhum doux-amer.

    Illustrations d’Yves Chaland.

  • Reine des villes, reine des champs

    Dans le palais fortifié de sa citadelle royale,
    Une Reine à l’épée phallique administre ainsi sa justice :
    Des jugements justifiés par sa lame oblongue et loyale
    Qui va, d’un verdict métallique, du conflit jusqu’à l’armistice.

    Dans son domaine pastoral qui s’étend sur monts et campagnes,
    Une Reine à la longue verge ne juge point mais s’accommode
    Avec raison du bon moral de ses compagnons et compagnes
    Et d’une sagesse qui diverge des connaissances à la mode.

    Voici que la Reine à l’épée visite la Reine à la verge
    Et s’amuse à lui critiquer sa réglementation lascive.
    Un code civil, guère épais, n’ayant que trois lois qui convergent
    Et des édits sophistiqués signés d’une plume passive.

    Du coup, la Reine du bâton accourt chez la Reine du sabre
    Mais elle s’ennuie à mourir auprès de ces gens formatés
    Qui se nourrissent de ducatons et d’interminables palabres ;
    Alors elle préfère courir loin de cette uniformité.

    Illustrations de Moebius.

  • N’importe quoi fort de café !

    Avion cassé, avion foutu ; la carlingue a cassé du bois ;
    Café brûlé, café fichu ; ma cafetière est fissurée ;
    D’un trou d’air à l’odeur goûtue, l’appareil s’est mis aux abois ;
    La route du Machu-Pichu plus jamais ne sera assurée.

    Tous les chemins mènent à Rome ; il suffit de passer le pont
    Pour contrer les mésaventures et les dangers qui se démarquent.
    En suivant les meilleurs arômes, des arbres à café du Gabon,
    On obtient la bonne mixture le bon goût et le meilleur marc.

    J’en ai tellement l’eau à la bouche que j’en verse une larme amère ;
    Une larme de crocodile surtout quand le déca y ment.
    Alors j’en reprends une louche ; le bon café est éphémère
    Et il faut le boire – c’est le deal – quand il est prêt, au bon moment.

    Quand il est fort, gare au gorille ! Je reprends du poil de la bête
    Car cette douçâtre amertume me cause toujours cet effet !
    Je sens dans ma peau qui s’étrille toute la joie d’une conquête
    Depuis laquelle je m’accoutume par l’arôme d’un bon café.

    Illustrations de Moebius.

  • La porte des étoiles

    La porte des étoiles

    L’intimité de mon journal m’ouvre une porte sur les étoiles
    Qui me confère un raccourci vers les quatre horizons du monde.
    Un sas estival-hivernal, une scène où tombe le voile
    De la vérité obscurcie par les mystères qui abondent.

    Lundi, je marche sur la Lune ; mardi, je flâne au Champ-de-Mars ;
    Mercredi, une virée opportune, je dis, avec quelques comparses ;
    Vendredi, au Mont de Vénus ; ça me dit, l’amour inopiné ;
    Et le dimanche, terminus ! Je fais la grasse matinée.

    Tableau de Julie Dillon.

  • Voyages intérieurs

    Les rendez-vous manqués au fond de mon armoire,
    Les passages oubliés au fond de mes tiroirs,
    Les trésors disparus dans mes trous de mémoire,
    Les vérités perdues derrière le miroir,

    Les hautes étagères qui servent rarement,
    La commode coincée depuis la nuit des temps,
    Les deux compartiments ceints dans l’encadrement,
    Les secrets de famille souvent compromettants.

    Tous ces mondes intérieurs marqués du temps perdu
    M’attirent dans la griffe de mes vieux souvenirs.
    Certains restent intacts et d’autres distordus
    À force de les voir sans arrêt revenir.

    Peut-être qu’une porte s’ouvre à la dérobée,
    Un passage obligé sur la clef du mystère.
    J’aimerais m’y glisser tout nu et enrobé
    Du liquide amniotique pour renaître sur Terre.

    Tableaux d’Alex Alemany.

  • Fin de tout

    Fin de tout

    La fin de la journée … qui se répète tous les soirs,
    La fin de la semaine … qui revient à chaque week-end,
    La fin du mois … qui tombe régulièrement à pic,
    La fin du trimestre … qui fait tomber les primes maladie,
    La fin de l’année … qui boucle le tour du soleil,
    La fin des illusions … qui sonne l’heure de la retraite,
    La fin de vie … qui aspire mon dernier souffle,
    La fin du monde … qui fait écho au plan de Dieu…

    Que j’aime la fin du voyage où j’arrive en villégiature
    Après tous les itinéraires, les haltes et les déviations !
    Que j’aime poser mes bagages et mettre fin à l’aventure
    D’une vie employée à soustraire mes erreurs jusqu’à expiation !

    Illustration de Hergé.

  • Nouvelle Terre

    Qu’adviendra-t-il de notre Terre pour les futures générations ?
    Des villes bâties à la campagne selon le souhait d’Alphonse Allais ?
    Des architectes de caractère qui chercheront l’inspiration
    Auprès des hommes et leurs compagnes pour leur construire des palais ?

    Nos gènes se seront transformés pour s’adapter aux catastrophes
    Que nous avons occasionnées depuis plus d’un million d’années.
    Nos petits-enfants informés dès à présent nous apostrophent
    D’un progrès désillusionné mais trop tard pour le condamner.

    Illustrations de François Schuiten.

  • Sorties de bain

    Belles naïades impudiques, les belles dames de jadis
    Ont perfectionné l’art du bain en montrant un corps de sirène.
    Dès que Vénus se revendique, tous les jeunes hommes s’enhardissent
    À se proposer concubins ou même à épouser la reine.

    Mais aujourd’hui les bikinis ont recouvert tous les fantasmes
    Et les naïades actuelles ont perdu ce qui fait leur charme.
    Monokinis, burqakinis, avec plus ou moins d’enthousiasme,
    Sont les tenues contractuelles par les bonnes mœurs et les gendarmes.

    (Zoë Mozert – alias Alice Adelaide Moser – illustratrice et peintre américaine, 1907-1993).

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les tournesols de la fortune

    Les tournesols de la fortune

    En effeuillant les fleurs du mal, je découvre au petit bonheur
    Une réponse à mes problèmes en fonction du temps des amours.
    Tant pis pour le flux lacrymal qui s’écoule en bien tout honneur
    Lorsque se présente un dilemme entre « pas du tout » et « toujours ».

    Mais en passant aux tournesols, alors la roue de la fortune
    Tourne si vite que le hasard écoute la rose des vents.
    Ainsi le temps devient boussole vers la solution opportune
    Qui disparaît dans le blizzard des jours qui passent en se suivant.

    Pour hier, c’était un an de moins, pour aujourd’hui, un an de plus,
    La nuit, quand le temps disparaît, les heures dansent et me sourient.
    Mais le tournesol néanmoins poursuit son astral stimulus,
    Et chaque journée m’apparaît comme un soleil qui me nourrit.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Le cinéma à la petite semaine

    Le cinéma à la petite semaine

    Lundi démarre par une intrigue qui s’égare dans le mystère ;
    Mardi, le crime ne paie pas mais les héros sont triomphants ;
    Mercredi un homme investigue auprès d’une femme adultère ;
    Jeudi, il succombe aux appâts puis, il aura beaucoup d’enfants.

    Vendredi, sous les avalanches, les catastrophes se déchaînent ;
    Le samedi on s’encanaille dans l’art de la pornographie.
    Pas de cinéma le dimanche. On fait relâche. À la prochaine !
    On fait l’amour fou, aïe aïe aïe, au risque d’une échographie !

    Tableau de Jack Vettriano.

  • Chacun se fait son cinéma

    Chacun se fait son cinéma

    Madame se fait son cinéma avec Monsieur, son cinéphile,
    Qui lui propose une aventure en plongée dans la pellicule.
    Un éclairage au minima pour suivre le film qui défile
    D’abord de poursuites en voiture jusqu’en cascades de véhicules.

    Dans le faisceau du projecteur qui déchire l’obscurité,
    Les drames se mêlent aux romances avec un zeste introspectif.
    Monsieur d’un regard objecteur, Madame d’un trait d’hilarité,
    S’extasient sur la performance de leurs avatars respectifs.

    Tableau de Jack Vettriano.

  • Préparation au rêve

    Avant de glisser dans son lit, Madame va se faire les yeux ;
    Un peu de Rimmel ou de khôl pour mettre en valeur son regard ;
    Un peu de lapis-lazuli sur les paupières en camaïeux ;
    Un peu de rouge qui racole, un peu de folie qui s’égare.

    Madame ne sort pas ce soir ; elle se prépare à fantasmer
    Pour une aventure éthérée dans des rêves sans lendemain.
    Jamais ne désire surseoir à ses délices enthousiasmées
    D’une rêveuse invétérée qui tient l’amour dans chaque main.

    Tableaux de Jack Vettriano.

  • Propositions indécentes

    Un inconnu vous offre un verre. Accepter sa proposition
    Pourrait évoquer un dilemme dont en dépend le contenu.
    Si cet inconnu persévère à conforter sa position
    En vous en offrant un deuxième, abandonnez toute retenue.

    Enfin quand il proposera de boire le dernier chez lui,
    À cet instant vous fléchirez au risque d’une peccadille.
    Alors il vous tendra les bras et ça finira dans son lit
    Et puis, vous vous réveillerez avec le chat qui vous mordille.

    Tableaux de Jack Vettriano.

  • Sorties du néant

    Méfiez-vous des coups de bisous et de la manière impromptue
    Dont les prêtresses de l’amour, pour vous convier à leur couche,
    Font claquer comme un feu grisou dans votre oreille rabattue
    Ou sur une joue de velours ou pire, direct sur la bouche !

    Ce petit baiser sur la bouche, tiré par tireuse d’élite
    Dissimulée et embusquée pour ne pas vous donner l’alarme ;
    Un seul coup direct qui fait mouche et votre cœur qui se délite,
    Surpris, déconcerté, brusqué, succombe aussi sec sous le charme.

    Rolf Armstrong Pin-Up Poster, 1929.

  • Terre sous globe

    Terre sous globe

    Peut-être vivrons-nous sous serre, protégés de la pollution,
    Immunisés des maladies et garantis des pandémies.
    Nous aurons saccagé la Terre sans trouver d’autre solution
    Que s’inventer le paradis d’une nouvelle académie.

    Les anciens dieux de la nature trouveront leurs places au musée ;
    La liberté et l’insouciance appartiendront à la légende.
    Et quant à moi, si d’aventure j’éprouve l’envie de m’amuser,
    J’écrirai la folle inconscience d’un avenir que j’appréhende.

    Illustration de François Schuiten.

  • Le monde à l’envers

    Comme un parfum de Baudelaire échappé d’un flacon bouché,
    Toutes les richesses terrestres bientôt seront évaporées.
    Les poissons pluriséculaires ne seront plus effarouchés
    Car ils seront mis sous séquestre dans de belles cages dorées.

    Les oiseaux ne voleront plus que dans des couloirs réservés
    Et la colombe de la paix boira des accords mensongers.
    Si mon histoire vous a plu ou si elle vous a énervés
    Sachez que rien n’est encore fait mais il serait temps d’y songer.

    Tableaux de Gurbuz Dogan Eksioglu sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201105gurbuz-dogan-eksioglu-ordu-turkey.html .

  • Du rouge et or au lapis-lazuli

    De l’infrarouge au rouge vif, ainsi la lumière balaye
    L’horizon que m’ouvre l’aurore pour mon voyage élémentaire.
    Dans un rayon d’or intensif, cet émissaire du soleil
    Crève l’azur et le dévore de sa couleur complémentaire.

    Quand la frontière est dépassée, la mer empourpre son devenir,
    Le ciel d’azur vire au vermeil sous un soleil noir occultiste.
    J’abandonne les rêves au passé et mets le cap sur l’avenir
    Teinté du pays des merveilles dans ce crépuscule améthyste.

    Illustrations de Franklin Booth.

  • Liberté évoquée ou révoquée ?

    Quand l’oppression solidifie intensivement la prison,
    Quand la pression rigidifie les murs qui ferment l’horizon,
    L’espoir fait craquer la coquille, la liberté prend son envol
    Et il ne reste que brindilles d’un asservissement frivole.

    Or il existe des enfants qui ne quittent jamais leur cocon ;
    Pour eux, l’inconnu étouffant ne leur paraît qu’un piège à cons.
    Ainsi, de peur qu’à l’extérieur ils ne soient capables de vaincre,
    Ils se replient à l’intérieur et s’obstinent à s’en convaincre.

    Tableaux de Mihai Criste et Henriette Sauvant.

  • En quête d’absolu

    En quête d’absolu

    Pourquoi s’en aller aux confins d’un monde pavé d’habitudes
    Sinon pour se renouveler et s’emplir d’un air différent ?
    Franchir les espaces sans fin, les mers sous d’autres latitudes,
    Une éternité écoulée dans un parcours itinérant.

    J’aime respirer la sagesse en fioriture d’aventures
    Vers une quête d’absolu vers des synergies concourantes
    Plutôt qu’entasser des richesses, toujours ces mêmes fioritures,
    Relevant du passé révolu d’une routine récurrente.

    Illustrations de Hugo Pratt.

  • L’inexorable chute

    L’inexorable chute

    Le passé tombe dans l’abîme où tous les souvenirs s’engouffrent
    Et le présent est entraîné par ce courant inexorable.
    Je me raccroche et je m’abîme les mains tant mes ongles en souffrent
    Dans ce jour à peine étrenné qui fuit dans l’incommensurable.

    Là-bas où commence la chute, cette démarcation mortelle,
    Démarre un voyage sans fin, sans doute le retour aux sources.
    Ô Dieu, faut-il que je réfute cette angoisse qui me martèle
    Et qu’en atteignant les confins, Tu sois ma dernière ressource ?

    Photo de Erik Johansson.

  • Méditation en blues

    Méditation en blues

    Les jours pluvieux et camaïeux plongent mon corps dans l’eau dormante
    Et mes mémoires se dissolvent dans l’infime homéopathie.
    Je rejoins alors mes aïeux dans cette psyché déformante
    Que seuls mes souvenirs résolvent dans une mielleuse apathie.

    Entre deux vagues de sommeil où mon esprit vient chavirer,
    J’hume la houle qui me saoule par ses volutes et ses rondeurs.
    J’erre sur les mers sans soleil et mon cœur se sent attiré
    Vers les abîmes où je refoule toute l’ivresse des profondeurs.

    Tableau de Louis Ritman.

  • La savate

    La savate

    Après le bras d’honneur,
    Après le doigt d’honneur,
    Voici le pied d’honneur
    En tout bien tout honneur.

    L’honneur de la savate
    Qui mate les pirates
    Et l’élite scélérate
    Qui porte la cravate.

    C’est la boxe française
    Que l’on peut sans malaise
    En pratiquer l’ascèse
    Chaussé en charentaises.

    Enfants, si vous voyez
    Des hommes dévoyés,
    Aussitôt envoyez
    Ce fameux coup de pied !

    Illustration de Hergé extraite de « Vol 714 pour Sydney ».

  • Selon la lumière

    Selon la lumière dans la chambre qui salue le soleil levant,
    Je sors d’un cauchemar sans fin ou bien d’un rêve illuminé.
    L’obscurité se fond dans l’ambre que l’aube répand dans le vent
    Et disparaît dans les confins qui s’enfuient par la cheminée.

    Selon la lumière au salon qui salue le soleil couchant,
    Je parachève la journée avec un verre dans la main.
    L’ombre descend sur les vallons dans le halo effarouchant
    De l’astre qui vient ajourner tous mes programmes au lendemain.

    Tableaux de Damian Elwes.

  • Le cristal magique – 2

    Demain, peut-être qu’un garçon découvrira la pyramide
    Issue du cristal initial, venu des poussières d’étoiles.
    Peut-être aura-t-il le soupçon que, mis dans un milieu humide,
    Ce nouveau réseau coaxial pourrait y étendre sa toile.

    Demain, peut-être qu’une fille récoltera la fleur de vie
    Issue du terrain végétal, sorti du cristal minéral.
    Peut-être aura-t-elle l’estampille qui lui assure la survie
    Avec terre-eau-air-feu-métal – du nouvel être sidéral.

    Demain, peut-être qu’une mère enfantera dans la lumière
    L’enfant issu de l’animal, né de l’évolution terrestre.
    Peut-être est-elle l’Ève primaire qui est apparue la première
    Pour mêler le bien et le mal au cœur de la flore rupestre.

    Illustrations de Moebius.

  • Le cristal magique – 1

    Je crois que tout a commencé au cours des civilisations
    Qui ont existé sur la Terre à l’ère des glaces astrales.
    Quelque chose a ensemencé le sol de cristallisations
    D’une énergie alimentaire pour notre planète ancestrale.

    Alors ils ont proliféré comme un réseau cristallisé
    Qui a donné une conscience à la matière planétaire.
    Ce phénomène a différé la vie puis, l’a catalysée
    En distribuant sa science à l’expérience humanitaire.

    Il subsiste encore aujourd’hui des cristaux témoins du passé
    Qui communiquent avec les sages qui s’en transmettent le savoir.
    Malgré ce qu’ils en ont déduit, des hommes auraient outrepassé
    Le vrai contenu du message comme une fin de non-recevoir.

    Illustrations de Moebius.

  • Surgie du néant

    Surgie du néant

    Elle a tant voulu exister qu’elle a forcé la destinée
    Et, franco, obligé son père à accomplir tous ses devoirs.
    Or sa femme eut beau résister, la mère a dû se coltiner
    Durant neuf mois, dans son repaire, une merveille à concevoir.

    Et c’est ainsi qu’un premier mai, la petite fée apparut,
    Née sous le signe du taureau, timorée mais jamais déçue.
    Et sa famille désormais, alors obligeamment férue,
    Cria de tous ses pectoraux « bienvenue à l’ange fessue ! »

    Tableau de Jim Warren.

  • … et le chat bouda.

    … et le chat bouda.

    D’abord promu gardien du temple en gage de sa fidélité,
    Notre sauveur vint parmi nous, chasser les souris d’ici-bas.
    Enfin lassé qu’on le contemple pour l’art de sa félinité,
    Il fut peiné, pauvre minou, et le petit chaton bouda.

    Il regagna son couvre-chef, chapeau melon de cavaillon
    Mais ne trouva point de repos à cause des nombreux lapins
    Qui se multipliaient derechef lorsqu’il piquait un roupillon.
    Alors les nerfs à fleur de peau, il quitta son petit lopin.

    Tableau de René Magritte.

  • Bouddha floral

    Bouddha floral

    Si Bouddha était né en mai, Dieu aurait dédié ce jour
    Pour célébrer la renaissance d’un brin de muguet au printemps.
    Si Bouddha s’était transformé en belle-de-nuit, belle-de-jour,
    Il serait fleur de connaissance semée depuis la nuit des temps.

    Si Bouddha était né en mai, il arborerait en boutons
    Hortensia et rose des vents, fleur de lotus et fleur de lys.
    Si Bouddha s’était parfumé aux pommes d’amour, fruits gloutons,
    Il luirait au soleil levant tout en délices, fleurs de mélisse.

    Si Bouddha était né en mai, il porterait un nom de fée ;
    Morgane, Viviane ou Clochette en l’honneur des fleurs de muguet.
    Si Bouddha s’était exprimé en gerbes de fleurs et trophées,
    Il serait rosée qui projette sa première goutte aux aguets.

    Si Bouddha était né en mai, j’aimerais qu’il soit mon enfant
    Que j’aurais eu avec Vénus, Déméter ou bien Artémis.
    J’aurais chanté sa renommée par un poème triomphant
    Dans la position du lotus avec des rimes qui frémissent.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Roulez jeunesse !

    Roulez jeunesse !

    La vie d’avril tient à un fil sur le départ du mois de mai
    Et les heures à toute berzingue commencent déjà à dériver ;
    Les dernières minutes défilent, elles sont déjà périmées,
    Et les secondes deviennent dingues à franchir la ligne d’arrivée.

    Top chrono ! La première seconde a explosé le chronomètre
    D’ores et déjà se précipitent les premières heures de la journée.
    Aujourd’hui s’ouvre un nouveau monde, un nouvel ordre vient de naître
    Tous les brins de muguet palpitent et moi, je vous paie ma tournée !

    Illustration d’après Hergé.

  • L’astrologie érotique

    Quand le temps jouxte l’interstice entre les mois et les saisons,
    Les signes s’alignent et s’embrassent selon les astres en conjonction.
    À l’équinoxe ou au solstice, l’astrologie voit ses maisons
    Trembler sous les courants que brasse l’amour selon sa conduction.

    Entre Monsieur du mois d’avril et Madame du mois de mai,
    Les traditions parlent d’elles-mêmes selon la mode de Vénus.
    Monsieur se découvre d’un fil, Madame fait ce qui lui plait ;
    Et pour un court instant, ils s’aiment jusqu’à minuit, au terminus.

    Tableaux d’Emily Winfield Martin.

  • Le cycle de la Lune – 2

    Au pied de l’arbre du vivant, racines infinitésimales,
    Mon existence n’est un maillon issu du monde minéral.
    Mes pensées s’en vont dérivant vers leur destinée animale
    En transitant par le sillon du degré d’ordre végétal.

    Je suis dans la petite graine qui pousse sous l’action lunaire
    Afin de produire le fruit qui nourrit l’oiseau solitaire.
    Je serai l’instinct qui l’entraîne dans sa migration millénaire,
    Lui, qui jouit de l’usufruit dont la Terre est propriétaire.

    Tableaux de Toni Demuro sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201307Toni-Demuro.html?m=1 .