Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • L’intuition

    Sur le rebord de la fenêtre du mur de la réalité
    Se tient assise l’intuition, moitié dedans, moitié dehors.
    Elle aide les idées à naître depuis ma personnalité,
    Qu’elle conduit en direction de ma conscience en plein essor.

    Celles qui ne peuvent satisfaire sont renvoyées à l’intérieur
    Et devront être repensées sept fois dans la matière grise.
    Celles qui s’accordent à son affaire sont transmises vers l’extérieur
    Sous une forme de pensées qui seront beaucoup mieux comprises.

    Mon intuition, je la cultive, je lui donne les pleins pouvoirs ;
    Elle s’entend avec le cœur qui correspond à la raison.
    Mon inconscience, plus productive, se plaît alors à promouvoir
    Mes petits poèmes moqueurs dont je décore ma maison.

    Tableaux de Kina Crow sur https:www.pmacraftshow.orgartistmixed-media2014kina-crow .

  • Cervolution

    Cervolution

    Un jour les cellules en eurent marre d’être assujetties au cerveau
    Qui leur bouffait tout l’oxygène et leur pompait l’hémoglobine.
    Pour sortir de ce cauchemar, le corps démarra les travaux
    Pour lutter contre cette gêne et mettre au point une combine.

    D’abord le crâne devint mince, le cœur accéléra son rythme
    Et la pression monta en flèche visant ce tyran absolu
    Jusqu’à ce que la tête évince le fourbe coupable du schisme
    En le propulsant par la brèche créée dans le cuir chevelu.

    Alléluia ! Tous libérés du poids de la matière grise
    Qui leur provoquait la gangrène, tous reprirent du poil de la bête.
    Par le cerveau éviscéré, les organes eurent la surprise
    De faire leurs adieux aux migraines, aux maux et aux prises de tête.

    Illustration de Kurt Chang.

  • Les grosses têtes

    Petit, j’avais la grosse tête et je voyais tout à l’envers ;
    Le poids de mon intelligence m’entraînait de tout mon orgueil.
    Du coup, mes petites gambettes parallèlement s’élevèrent
    Non pas par pure négligence mais par effet de trompe-l’œil.

    Plus tard, je rencontrai une fille qui m’inspira une romance
    Qui paraissait me satisfaire avec sa tête en montgolfière
    Mais brassant l’air de ses chevilles, elle répondit à mes avances :
    « Je suis d’un tout autre hémisphère et c’est d’ mon cul dont je suis fière ! »

    Sculptures de Kina Crow.

  • L’été féminisé

    À cette date, la Nature quitte sa robe de printemps
    Qu’elle secoue de la poussière récoltée depuis l’équinoxe.
    Elle abandonne les armatures de ces vêtements éreintants
    Pour une tenue vacancière plus osée et moins orthodoxe.

    Elle a choisi un bikini pour bronzer dans les champs de blé
    Et des toilettes décolletées pour sortir le soir sur la plage.
    Et la nuit, en catimini, sous l’œil des étoiles troublées,
    Ira sans doute se dégoter un string pour le batifolage.

    Illustrations de モリ.

  • Pluies de saison

    Quel printemps ça aura été à cause des pluies diluviennes
    Qui auront donné à l’année son caractère catastrophique !
    Qu’en sera-t-il de cet été durant les semaines juliennes
    D’ores et déjà condamnées à des vacances subaquatiques ?

    Je ne serais pas étonné que les poissons aient leur revanche
    Aux fraies de voyages engagées pour un séjour à la montagne.
    Je les verrais s’échelonner au gré des pluies en avalanche
    Et tomber du ciel ombragé que de gros nuages accompagnent.

    Tableaux de Salvador Dali.

  • Halo sur la planète !

    Halo sur la planète !

    Je crie « Halo sur la planète ! » car mon corps devient transparent ;
    La Terre tourne encore plus vite et le temps va s’accélérant.
    Aurais-je tiré la manette du mécanisme désemparant
    De mes inquiétudes qui lévitent dans un malaise sidérant ?

    Les informations m’obscurcissent et m’abusent d’explications
    Que l’on répète sans queue ni tête partout sur les réseaux sociaux.
    Je souhaite qu’un jour s’éclaircissent les futures révélations
    Des leaders qui sont à la fête avec nos dénuements cruciaux.

    Celui qui promet une trêve au sein des guerres économiques
    Me déçoit lorsqu’il solutionne un despotisme déficient.
    Alors mon corps part dans ses rêves dans un progrès fantomatique
    Où le futur qu’il ambitionne devient un point évanescent.

    Illustration de Kelly Vivanco sur http:www.kellyvivanco.comindex.php?section=new .

  • Tombée du ciel

    Tombée du ciel

    Première étoile tombée du ciel. Est-ce un signe d’apocalypse ?
    Et si le soleil s’obscurcit, est-ce fatalement la fin du monde ?
    Dans l’univers existentiel lorsque la Lune fait des éclipses,
    L’absurde prend des raccourcis avec des rêves qui vagabondent.

    Lorsque le soleil s’éteindra, la Terre le prendra sous son aile
    Et les anges le veilleront toute une nuit d’éternité.
    Qui sait ? Peut-être alors qu’il adviendra sa renaissance exceptionnelle
    Et les étoiles l’accueilleront au sein d’une confraternité.

    À son tour, la Terre deviendra un astre solaire en puissance
    Et la Lune s’éveillera comme une planète féconde
    Qui, à son tour, engendrera dans une folle jouissance
    La race qui dominera, en conquérant, ce nouveau monde.

    Illustration de Kelly Vivanco sur http:www.kellyvivanco.comindex.php?section=new .

  • Peut-on prouver l’existence de l’inconscient ?

    Peut-on prouver l’existence de l’inconscient ?

    Quand ma conscience cherche à prouver l’existence de l’inconscient,
    Je lui laisse diriger ma plume trempée dans l’encre sympathique.
    Puisque je ne puis approuver par moi-même et à bon escient
    Ce qui ne prend aucun volume dans mon espace télépathique.

    Quand l’inconscient est aux commandes, le cœur s’allie à l’intuition
    Et change d’univers réel pour les mondes de l’invisible.
    Alors ce que l’âme demande se connecte à l’apparition
    De petits anges irréels aux sensations imprévisibles.

    L’inconscient et mon subconscient existent dans l’imaginaire
    De ma mémoire philosophe en mode pilote automatique.
    L’esprit en est bénéficiant aux moments extraordinaires
    Ou Dieu lui-même m’apostrophe durant mon vol fantomatique.

    Illustration de Kelly Vivanco sur http:www.kellyvivanco.comindex.php?section=new .

  • La vérité qui déchire

    Rien ne va plus sur la planète et tout va mal dans les journaux ;
    Une catastrophe planétaire est prévue encore aujourd’hui.
    Ce qui circule sur internet révèle des complots infernaux
    Sur le futur humanitaire et la pollution qu’il produit.

    Je m’affole et je me déchire dans ces événements présents
    Où l’on vaccine à tour de bras ceux qui ont peur d’être éliminés.
    Je lâche prise sans réfléchir sur le danger omniprésent
    Qui nous a mis dans de beaux draps en voulant tous nous confiner.

    Tableaux de René Magritte.

  • Histoires de thé

    Histoires de thé

    Elle perdit les eaux lors d’un jour de bonté
    Et sa robe d’arômes en fut tant embaumée
    Que son plat en biseau contenant un bon thé
    Révéla le syndrome d’être mal empaumé.

    Moralité, Madame, que vous fussiez rouquine,
    D’un esprit éthéré et d’un cœur d’artichaut,
    Nous nous accoutumâmes à la farce coquine
    Mais aurions préféré que ce ne soit pas trop chaud !

    Illustration de Kelly Vivanco sur http:www.kellyvivanco.comindex.php?section=new .

  • Histoires de café

    Histoires de café

    Comme elle réclamait tout l’arôme d’un café bien torréfié,
    Elle inventa la cafetière aux éléments superposés
    De cuivre, de fer et de chrome aux alliages raréfiés
    Et toutes sortes de matières réfractaires, je crois, supposées.

    Je n’en buvais qu’une seule fois et, je ne l’oublierai jamais,
    Car après cette tasse unique, j’étais tellement sous pression,
    Que l’esprit, le cœur et le foie tous ensemble s’amalgamaient
    Dans un alambic alchimique d’une détonante expression.

    Illustration de Kelly Vivanco sur http:www.kellyvivanco.comindex.php?section=new .

  • Qui sait qui c’est Kiki de Montparnasse ?

    Qui sait qui c’est Kiki de Montparnasse ?

    Si tu as connu la belle époque que Man Ray photographiait,
    Si tu as connu le Montparnasse d’Amedeo Modigliani,
    Sans doute as-tu connu l’épique modèle qui s’y bonifiait
    Que certaines traitaient de pétasse – toujours la même litanie.

    Elle a débuté boulangère mais préféra offrir ses miches
    En se hasardant la première à poser nue pour ses artistes.
    Incriminée pour mœurs légères, la créature aux yeux de biche
    Mit tout son art à la lumière, n’en déplaise aux obscurantistes.

    C’était Kiki de Montparnasse, femme de cœur surestimée
    Qui tombait souvent amoureuse des plus grands peintres de Paris.
    De ses amours les plus tenaces, tous ses amants ont exprimé
    Son corps aux formes langoureuses doté du meilleur gabarit.

    Tableau de Christopher Nevinson.

  • La chute du pantomime

    Aujourd’hui, l’homme arrive en boîte comme un produit de consommation
    Qui, bien qu’apporté par la poste, n’est ni repris ni échangé.
    Toutefois si mon cœur m’emboîte le pas pour la transformation,
    Je crains que l’esprit ne riposte en me livrant tout mélangé.

    Inimitable corps humain issu du Big-Bang alchimique,
    Autant fragile qu’un roseau, autant éternel qu’éphémère,
    Tu t’es égaré en chemin et, dans ta chute pantomimique,
    Tu t’es emmêlé les réseaux nerveux, sociaux et nycthémères.

    (Tableaux de Fabien Nissels sur https:petapixel.com20130403photographer-prints-friends-body-onto-blocks-for-quirky-photo-project
    Nycthémère : Cycle biologique de vingt-quatre heures correspondant à une nuit et un jour … et qui n’a rien à voir avec « nique ta mère ».)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le partage du temps

    Le partage du temps

    Selon les lois de la Nature, il faut être un peu kamikaze
    Et la vie découpe le temps selon l’appétit animal.
    Pour les oies, le temps s’aventure au long de soixante-trois cases
    Et pour les taureaux débutants, l’arène est le point terminal.

    Pour le lièvre, rien ne sert de courir, il faut savoir partir à temps ;
    Pour le cochon, tout est jambon à toute heure et en fricassée ;
    Les oiseaux se cachent pour mourir mais ils reviennent au printemps ;
    Quant à l’homme, même s’il est bon, le bon vieux temps est dépassé.

    Tableau de Daria Petrilli sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201704Daria-Petrilli.html .

  • Alchimie et coquelicots

    Assises sous les coquelicots, le temps des jeunes filles en fleurs
    Ouvre les rêves romantiques teintés au rose de Thuringe,
    Qui deviennent rouges tropicaux quand l’amour brûle dans les cœurs
    Dans une extase aromatique, douce folie pour les méninges.

    Assises sur les coquelicots, les jeunes filles bucéphales
    Vivent leurs rêves alchimiques à l’alcool des fleurs de pavot
    Dont les désirs ombilicaux avec la pierre philosophale,
    Dignes d’un opéra-comique s’exalteront sous les bravos.

    (Tableaux de Daria Petrilli sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201704Daria-Petrilli.html
    Les bucéphales sont des papillons de nuit.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les Rois Chevaliers

    La Reine Jument se morfond tout en haut de sa tour d’ivoire
    Dont le Soleil peine à percer les murs bleu-de-nuit tout autour.
    Sa chambre du sol au plafond ne lui laisse rien entrevoir
    Malgré les fentes dispersées sur le plancher aux alentours.

    Le Roi Étalon sans ombrage pratique aussitôt l’ouverture
    Et dame le pion aux valets qui ne peuvent l’empêcher d’entrer.
    Puis, il se rue avec courage à l’assaut de cette structure
    Et, à force de cavaler, délivre la reine cloîtrée.

    La Tour Équestre, depuis ce temps, sert aujourd’hui de témoignage
    Et beaucoup de poulains royaux viennent invoquer leur destinée.
    Ils y retrouvent, le cœur battant, le caractère de leur lignage
    Défiant les rivaux déloyaux pour conquérir leur dulcinée

    Tableaux de Wolfgang Lettl.

  • Lumières de saisons

    Lumières d’un printemps qui éclairent à nouveau
    Le monde qui renaît pour tout recommencer.
    Premiers rayons suintants qui remettent à niveau,
    Dans l’odeur des genêts, les amours romancées.

    Lumières d’un été, fortes et resplendissantes
    Qui font mûrir la Terre d’amours les plus fécondes.
    Les rayons reflétés par les eaux bondissantes
    Des flots alimentaires des rivières profondes.

    Lumières d’un automne qui me réchauffent encore
    Se terminent en beauté pour me réconforter
    D’un souffle monotone dû aux vents de l’aurore
    Sur les charibotées de feuilles emportées.

    Lumières d’un hiver qui marquent le contraste
    Produit par la mort blanche qui règne en son séjour.
    La loi de l’univers crée ce cycle néfaste
    Dont la vie, en revanche, triomphera toujours.

    Tableaux de Stéphanie Gauvin.

  • La maman des poissons

    Au dernier terme de sa grossesse, une maman-sirène enceinte
    Aura le cœur bien accroché quand elle perdra les eaux de mer !
    L’ichtyologie nous le professe, en une seule vague succincte
    Sortiront de petits brochets impatients de téter leur mère.

    Sa poitrine gorgée de laitance aux gros mamelons turgescents
    Aiguiseront leurs jeunes dents lorsqu’ils les mordront sans façon.
    Un marin par inadvertance, trouvant le thème intéressant,
    Provoquera un incident en y jetant son hameçon.

    La maman des poissons connue pour être de nature gentille,
    Peut les curieux incommoder en les aimant à sa manière :
    L’intrus dans sa déconvenue et sous l’assaut qui le mordille
    Devient friture accommodée avec des moules marinières.

    Tableau de Daria Petrilli sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201704Daria-Petrilli.html .

  • Tutu, l’es-tu ?

    Colombine en tutu, légère et court-vêtue,
    L’air indéfinissable, cheminait sur le sable,
    Les ailes déployées, le cœur apitoyé,
    L’esprit mélancolique d’un amour bucolique.

    Plus tard en cotillon et chapeau papillon,
    Elle reprit des couleurs oubliant sa douleur.
    La teinte du tutu comme quoi restitue
    Tantôt l’air écumeur, tantôt la bonne humeur.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein sur http:artsdumonde.canalblog.comarchives2016031233502041.html .

  • Dans les bras de la Grande Ourse

    Dans les bras de la Grande Ourse

    Lorsque les bras, Morphée me tend, je me tiens prêt à m’assoupir
    Mais la coquine me contourne afin d’enlacer la Grande Ourse.
    Je reste là, le cœur battant, tout en poussant un grand soupir
    Tandis que les aiguilles tournent et que je me retrouve hors course.

    La nuit suivante, recommencent leurs amours fidèles et célestes.
    Tant pis ! Je n’ai pas la vedette ; encore une nuit d’insomnie !
    Un peu jaloux, de leur romance et leur passion, je me déleste ;
    Je fais des plans sur la comète et je fais fi des calomnies.

    Tableau de Catrin Welz-Stein sur http:artsdumonde.canalblog.comarchives2016031233502041.html .

  • Mémoires oblongues

    Le temps s’arrête brusquement sur le mouvement ascendant
    Qui fait monter les espérances au-delà du septième ciel.
    Pourtant tout va trop lentement mais bien trop vite cependant
    Sur ce vêtement en errance qui me dévoile l’essentiel.

    Cette poitrine, soudain vivante, d’où jaillissent deux seins triomphants,
    Rappelle comme la mémoire de là où tout a commencé.
    Cette apparition motivante donne envie de faire un enfant
    Mais pour l’instant, c’est son histoire que je m’apprête à romancer.

    Tableaux d’Andrei Protsouk sur https:www.andreiart.comcatalog .

  • L’éléphant rouge

    L’éléphant rouge

    À défaut d’un éléphant rose, je vois passer l’éléphant rouge
    Sans boire une goutte d’alcool mais en écrivant ce poème.
    Ainsi, quand j’ai le cœur morose, toutes mes cellules grises bougent
    Avec l’esprit qui caracole dans une jungle de bohème.

    Je redeviens l’homme-cornac, celui qui conduit l’éléphant
    Là où son imagination fait pousser ses barrissements.
    Bien mieux qu’un verre de cognac, mon stylo-plume triomphant
    S’enivre de la pagination à l’encre des rugissements.

    Sculpture d’Andrea Kowalewski.

  • L’amour qui fait des tours

    L’amour qui fait des tours

    Au fil des nuits et des journées, l’amour et ses passions défilent
    Et les amoureux impassibles tissent des liens d’attachement.
    Chacun y va de sa tournée pour passer un bras qui s’enfile
    Autour de l’autre si sensible qu’il s’en fait un harnachement.

    Il paraît que les amoureux ont une musique dans la tête ;
    La même chanson à deux voix pleine de vie, pleine d’humour.
    Pas un petit air langoureux qui sonne sans tambour ni trompette
    Mais un refrain rempli de joie et des couplets remplis d’amour.

    Tableau d’Alberto Ruggieri.

  • La femme-araignée

    La femme-araignée

    Après les Parques, l’araignée qui tisse les fils de la vie
    Que les trois sœurs ont déroulés durant toute l’humanité,
    Dont chaque fibre est imprégnée de nos folies, de nos envies,
    De nos existences écoulées entre l’orgueil et la vanité.

    La femme-araignée prend la suite pour nous enfermer dans sa toile
    Et dévorer au fil du temps nos moments les plus croustillants.
    L’homme, toujours à la poursuite de la course autour des étoiles,
    N’est qu’un aliment consistant moqueur, suave et gouleyant.

    Photo de Rebecca Litchfield.

  • Fantasmagoriquement vôtre

    Entre les fondus-enchaînés sur la pellicule du temps,
    Les pauses et les ralentis sur les meilleurs évènements,
    Où sommes-nous donc entraînés, nous, les comédiens débutants
    Sur un scénario pressenti joué nous ne savons comment ?

    Il faudrait relire l’histoire de toutes les civilisations,
    Revivre les amours célèbres de toutes les générations,
    Dénouer les secrets notoires qui restent sans explication
    Et faire sortir des ténèbres notre modeste consécration.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein et Christian Schloe.

  • La Tour Bönickhausen

    La Tour Bönickhausen

    Né Bönickhausen, son vrai nom – pour les français imprononçable –
    Gustave Eiffel fut reconnu comme un ingénieur autochtone.
    J’ose imaginer le renom qu’aurait sa Tour impérissable
    Si sa souche eut appartenu à la descendance teutonne.

    Et pourquoi pas un Champ-de-Mars rempli de moutons de Panurge
    Avec des vaches qui regardent passer les bateaux sur la Seine ?
    Avec un berger pour comparse au lieu d’un président qui purge
    La république par mégarde au pas d’une marche malsaine.

    Tableau d’Ivan Generalic.

  • Les tours de Babel

    Les tours de Babel

    Et si Dieu avait inspiré l’être humain à se rapprocher
    En élevant son habitat au plus près du septième ciel ?
    Et si l’homme avait conspiré contre l’idée de s’accrocher
    De peur qu’Il ne cohabitât dans ses quartiers résidentiels ?

    Autant de tours, autant de langues, autant de projets échoués ;
    Autant de brouilles et de discordes, autant de peines et de frictions.
    Autant de novlangues et virelangues, langues de bois inavouées
    Afin que jamais l’on ne s’accorde à voir dans la même direction.

    Tableaux de Minoru Nomata.

  • Main-de-jour et main-de-nuit

    J’ai la main pleine de fourmis lorsqu’un rayon me la caresse
    Tandis que je suis endormi et que je traîne par paresse.
    Enfin, un par un tous les pores s’ouvrent pour saluer le jour
    Tandis que j’écarte les stores et l’agite pour un bonjour.

    J’ai la main encore en éveil lorsque brille un rayon de Lune
    Tandis qu’encore je surveille les étoiles naissantes une à une.
    Enfin, l’heure vient confirmer par les douze coups de minuit
    Tandis que dorment à poings fermés mes deux mains qui rêvent à la nuit.

    Sculptures de Nicola Tripodi.

  • En mariant les méridiens aux parallèles

    En mariant les méridiens aux parallèles

    En reliant les méridiens jusqu’à leurs pôles opposés,
    En franchissant les latitudes de part et d’autre de l’équateur
    Selon le rythme circadien en parallèles supposés
    Conformément aux longitudes chères aux plus grands navigateurs,

    Le cartographe alors découvre dans ce réseau enchevêtré,
    Non pas une carte du tendre mais la constellation du cœur
    Avec une étoile qui ouvre une romance interprétée
    Par la femme qui sait attendre celui qui reviendra vainqueur.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Composition alchimique

    Composition alchimique

    Tout est objet d’inspiration, tout est source d’illumination,
    Transformé au cœur de l’artiste par une alchimie poétique.
    D’une plume d’admiration trempée dans la sublimation
    Guidé de sa muse qui l’assiste par ses voyages hypothétiques.

    Pour lui, les oiseaux sont des anges que la peinture a convertis ;
    D’or et d’argent issus d’étoiles aux autres couleurs de la Lune.
    Il lit dans l’âme des mésanges son propre cœur introverti
    Qu’il représente sur la toile teinté d’une verve opportune.

    Tableau de Remedios Varo.

  • Trois-quart

    Trois-quart

    Minuit-trois-quart, je me retourne tout en sueur, le cœur battant
    J’ai rêvé que la Terre tourne au rythme des sabots de Satan.
    Six heures trois-quart, je tourne encore ma langue sept fois dans la bouche
    Avant d’appeler Eléonore, à me rejoindre sous la douche.

    Midi-trois-quart, je virevolte, j’ai l’estomac dans les talons
    D’une assurance désinvolte, je pique-nique dans le salon.
    Six heures trois-quart, je tournicote au quatre coins de ma maison
    Eléonore me bécote et me fait l’amour sans raison.

    Photo de Joe Cavazos.

  • Symphony on green

    Le printemps nous a composé une symphonie embrumée
    De sons chargés de grosses gouttes sur sa partition délavée.
    Les instruments décomposés nous jouent un été enrhumé
    Qui ne parvient à notre écoute qu’en coups portés sur les pavés.

    Le réchauffement planétaire ainsi que la montée des eaux
    Luttent ensemble pour survivre dans un monde qui caracole.
    C’est la réponse de la Terre à la question dont les réseaux
    Débattent tant que je m’enivre de pluies diluviennes sans alcool.

    Tableaux de Duy Huynh.

  • Rhapsody in blues

    Sans la fête de la musique, sonne la Rhapsody in blues
    D’un été un peu trop timide qui n’ose chasser le printemps.
    Le piano devient amnésique d’une composition jalouse
    Entre des notes un peu humides qui dégoulinent en suintant.

    Mignonne, allons voir si s’arrosent les caprices et les tourmentes
    Qui nous agitent les saisons d’une planète en confusion !
    Or si le printemps fut morose, l’été de façon alarmante
    Bat du tonnerre sans raison avec des pluies à profusion.

    Tableaux de Duy Huynh.

  • Le blues de la femme d’affaires

    Le blues de la femme d’affaires

    Assise sur la corde raide du présent qui fait la frontière,
    Je méditais sur mon passé ; j’imaginais mon avenir.
    Un futur marqué par l’entraide promise à la planète entière
    Et nos afflictions surpassées par un progrès en devenir.

    J’ai fait des plans sur la comète à l’âge où tout m’était promis ;
    J’ai même décroché la Lune qui me tendait ses bras ballants.
    Je ne sais plus où j’ai la tête et j’ai fait trop de compromis
    Sur des placements de fortune aux mouvements bringuebalants.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Sale temps sur la planète !

    Sale temps sur la planète !

    Il fait sale temps sur la planète avec des vents d’époque épiques
    Qui bouleversent les traditions sous des pluies de technologie.
    J’ai beau parler sur internet dans des réseaux sociaux typiques,
    L’amour entre en contradiction avec l’épistémologie.

    Et je me raccroche à la rose qui, hier matin, à peine éclose,
    M’a invité à retrouver le chemin de la liberté.
    Je lâche mes pensées moroses de peur que mon âme n’explose
    Vers un petit nid approuvé où l’amour n’a point déserté.

    Tableau de Christian Schloe repris le 15.05.2022 « Lily Magnolia ».

  • L’apocalivre – 2

    Les pages ont pris la liberté d’une indépendance informelle
    À se raconter elles-mêmes des histoires extraordinaires.
    On voit les livres disserter, ouverts dans les rues pêle-mêle,
    Et se dégarnir sans dilemme avec les plus gros dictionnaires.

    Aussi vite qu’un cheval ailé qui s’envolerait au galop,
    Les livres partent à l’aventure et bientôt prennent de la hauteur.
    Mais ils ont beau se rebeller à en devenir mégalos,
    À tirer trop la couverture, ils y perdront leurs droits d’auteur.

    Et ce qui devait arriver est arrivé en prévision :
    L’homo-libris, sorti de presse, est la prochaine évolution.
    Tant pis pour les hommes rivés au poste de télévision,
    Son successeur déjà se presse à faire sa révolution.

    Tableaux de Wolfgang Lettl.

  • L’apocalivre – 1

    Pour contrer les épidémies qui ont enfermé les bouquins
    Derrière des grilles d’interdits et un zèle d’obscurantisme,
    J’ai engagé l’Académie Française et tout le Saint-Frusquin
    À contrer les abâtardis de cet inique ignorantisme.

    Tandis que l’on faisait l’amour dans des positions arbitraires,
    Les romans se sont envolés suivant les guides de voyage.
    Ensuite, les livres d’humour accompagnés par les libraires
    Ont décollé à la volée avec le reste des ouvrages.

    Ils seraient en villégiature loin des rayons des librairies
    Dans un paradis littéraire à l’abri des autodafés.
    L’absence de littérature déçoit toutes les confréries
    Depuis les bibliothécaires jusqu’aux terrasses des cafés.

    Tableaux de Wolfgang Lettl.

  • Paris sous Seine

    Paris sous Seine

    Au pied de la Dame de Fer, dans le Champ-de-Mars sous la Seine,
    L’Orient-Express transatlantique vous emporte au fond des abysses.
    Et moi, dans l’humide atmosphère où baigne le bois de Vincennes,
    Je m’enivre des authentiques herbes infusées de cannabis.

    La locomotive entre en gare de Notre-Dame-sous-Paris
    Où quelques poissons mécontents s’enfuient au fond des océans.
    Alors je cherche du regard celle avec qui je m’apparie ;
    La sirène de Ménilmontant qui m’épouse aujourd’hui céans.

    Tableau de Michael Raaflaub.

  • Sur les toits de Paris

    Sur les toits de Paris

    À six cents mètres de la Tour, comme une trotteuse affolée,
    Une fille courait sur les toits pour échapper au temps qui passe.
    Pas un témoin aux alentours. Dommage, elle aurait raffolé
    D’avoir un compagnon courtois pour lui murmurer à voix basse :

    « Allons-nous asseoir sur le zinc comme deux beaux chats de gouttière
    Qui sauteraient de chiens-assis et de lucarnes en belvédères !
    Aimons-nous à toute berzingue, à genoux sur les tabatières,
    Sur les charpentes et les châssis des toits du Paris légendaire ! »

    Illustration de Jean-Pierre Gibrat.

  • La reine des mers

    La reine des mers

    Dans une mer d’huile d’olive, issue des fruits de la Provence,
    La reine, détail accablant, lorsque personne ne l’observe
    Nage et regagne dans l’onde vive d’un océan d’eau de jouvence
    Son palais bâti en fer blanc des belles boîtes de conserve.

    Si vous voulez la visiter, n’utilisez pas d’ouvre-boîte
    Mais juste une clef à sardines, elle en appréciera le geste.
    Offrez-lui l’exclusivité de votre présence adéquate
    Et mettez l’iPhone en sourdine puis, simplement, tombez la veste.

    Si elle vous propose son lit, bordé d’herbes aromatiques,
    Elle vous en sera tout ouïe jusqu’à presqu’en perdre la tête.
    Lors, aimez-la à la folie avec du vinaigre balsamique
    Ensuite, si elle s’en réjouit, avec du piment d’Espelette.

    Tableau de Gabriel Pacheco.

  • Au cœur de l’œuvre

    Où faut-il puiser l’origine du tableau avant sa naissance ?
    Dans l’impalpable ou l’invisible des réseaux de la noosphère
    Ou la mémoire qui se pagine dans ses feuillets de connaissance
    Ou le canal imprévisible que seul le cœur sait satisfaire ?

    Entre deux rêves, entre deux songes souvent les muses me racontent
    Une histoire à dormir debout sur un écran surréaliste
    Teint de vérités et mensonges selon la nature du conte
    Mais dont j’ouvrage jusqu’au bout la peinture immatérialiste.

    (Tableaux de José Roosevelt sur http:www.juanalberto.ch19831984.html .
    La noosphère représente l’espace composé de l’ensemble des consciences et des pensées humaines.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • L’homme sans tête

    L’homme sans tête

    Je vins à vous, la tête vide, un corps tout neuf et l’esprit vierge
    Pour que vous pussiez m’initier aux quatre vertus cardinales.
    Toute mon âme était avide d’humanité qui la submerge
    Par des solides amitiés et des amours phénoménales.

    J’ai découvert que la justice devait jouer de tempérance
    Par une épée à double lame mais aussi à double tranchant
    Entre droiture et injustice à employer avec prudence
    Selon que la force de l’âme assouvisse ou non ses penchants.

    Photo Le Cirque Du Soleil.

  • Loufoqueries avec des chiffres et des lettres

    De stalactites en stalagmites, entre girafes et girofars,
    Les mots s’emboîtent dans ma tête comme une Fermeture Éclair.
    J’ai outrepassé les limites du dictionnaire qui m’effare
    De substantifs en épithètes qui me contraignent à y voir clair.

    J’ai aussi compté les lapins dans la suite de Fibonacci
    Mais les nombres ont interféré entre chiffres pairs et impairs.
    Alors sur mon petit lopin, ils se sont, avec anarchie,
    Multipliés et transférés au rythme d’une cadence hors pair.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le Maître du Soleil

    Le Maître du Soleil

    Sous le soleil incandescent, la Terre apprête ses cultures,
    Sous le chapeau condescendant, la tête accommode un chef-d’œuvre.
    L’artiste, sans doute reconnaissant de le trouver dans la Nature,
    Éprouve un pouvoir transcendant qu’il suffit de mettre à l’épreuve

    Toutes les vagues de chaleur qui mouvementent l’atmosphère,
    L’air échauffé et miroitant qui occasionne les mirages,
    Matérialisent la valeur du Grand Maître et son savoir-faire
    Car patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.

    Tableau d’Alireza Karimi Moghaddam.

  • Comme un éléphant…

    Quel est le poids de la mémoire d’un pauvre éléphant qui observe
    Son monde devant sa fenêtre au fil des nuits et des journées ?
    Combien de pages fait le grimoire des évènements qu’il conserve
    Depuis le jour qui l’a vu naître jusqu’à sa dernière tournée ?

    Tous les souvenirs consignés dans le réseau de l’existence
    Sont enregistrés dans l’espace d’un éther non incorporé.
    Et le contrat qu’il a signé lui garantit la persistance
    Jusqu’à ce que, quoi qu’il se passe, son destin soit corroboré.

    Tableaux de Lars Van De Goor.

  • Un 51, sinon rien !

    Un 51, sinon rien !

    Une dégustation en aveugle du millésime de l’année
    Nous remet l’émotion en bouche des jours et des mois distillés.
    D’abord, que demande le peuple sinon sa vie enrubannée
    De réussites en plusieurs couches et de victoires compilées ?

    Goûte alors du meilleur tonneau la vinification des jours
    Et reprends-en de la bouteille toutefois sans craindre l’ivresse !
    Goûte les sucs méridionaux des meilleurs crus que tu savoures
    Nous t’en offrons une corbeille, nous les déesses de l’allégresse.

    Réjouis-toi, prend donc un verre de l’élixir de la jeunesse
    Qui grise la première fois mais que l’on aime reconduire.
    Après une année de calvaire mais réussie tout en finesse
    Reconnaissons-le toutefois, tu n’as cessé de nous séduire.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Les voyages en Escalator

    Les voyages en Escalator

    Fi des voyages en avion, des journées à l’aéroport !
    Vivent les Malls et les Drugstores et leurs lignes d’Escalator !
    C’était écrit, nous le savions, sans recours au moindre passeport,
    Dans les snacks où l’on se restaure d’un Tiramisu Salvatore.

    Assis aux degrés gigantesques, naturellement à contresens
    Quelle sera la destination et les meilleures offres de prix ?
    Boutiques de mode pittoresques pour l’effervescence des sens
    Avec une jubilation pour un Gadget du dernier cri

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La femme est une île

    La femme est une île

    Que mon cœur se plaise à choisir celle qui surgira des eaux
    Pour se révéler l’île vierge où bâtir notre paradis.
    Où il fera bon à loisir faire l’amour dans les roseaux
    Afin que le bonheur converge vers les légendes de jadis.

    J’en ai croisé d’inaccessibles avec barrières de corail
    Qui font fuir les aventuriers et les amours illégitimes
    Et d’autres trop insubmersibles, isolées derrière leurs murailles,
    Que contournent les long-courriers de peur d’en être les victimes.

    Pour la mienne, j’ai inventorié toutes les cartes maritimes
    Jusqu’à trouver la perle rare dans les océans helvétiques.
    Une ile non répertoriée excepté dans mon journal intime
    Marquée d’une pierre de Carrare, blanche, immaculée, prophétique.

    Photo de Laima Kavaliauskaité.

  • Sous surveillance

    Sous surveillance

    Grâce à nos nouveaux téléphones, on nous écoute où que nous sommes ;
    Grâce aux cameras embarquées, nous nous faisons tous remarquer.
    Grâce à nos cartes de crédit, nos comportements sont prédits ;
    Grâce à nos courses sur le net, nous sommes fichés sur la planète.

    Grâce aux vaccins obligatoires, les labos sont jubilatoires ;
    Grâce aux voyages organisés, le tourismes est mécanisé ;
    Grâce à notre télévision, nous baignons dans une illusion
    À laquelle nous sommes attachés, il est trop tard pour s’en cacher.

    Tableau de Robert Giusti.

  • L’Amante attirante

    L'Amante attirante

    Ta démarche m’a plu, sortant soudain des nues ;
    Ton parfum m’a ému, chère et tendre ingénue.
    Je t’ai tendu les mains, déposées sur un sein
    Puis, autour de tes reins caressant ton bassin.

    Comme une vraie sirène, ton doux chant m’hypnotise ;
    Je ne sais pas comment mais, ton charme m’attise.
    Et c’est plus fort que moi, ma nature profonde,
    Si je suis attiré comme une âme seconde.

    Tu te moques de moi et souvent m’humilie.
    Tu ne m’appelle jamais et me laisse avili.
    Tu fais semblant de dire que tu ne penses qu’à moi,
    Mais tu me laisses seul et sans le moindre émoi !

    Enfin un jour tu prends un futile prétexte
    Qui m’envoie promener d’un grotesque contexte.
    Tu me laisses tomber, disant que j’ai la rage ;
    Moi, je reste sonné sans force et sans courage.

    Tableau de Fabienne Barbier