Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • À petite, moyenne et grande échelle

    La jeunesse fait n’importe quoi et ses propos sont dénigrants ;
    Elle regimbe à être formatée et se cherche une contenance.
    Mais quand elle demande « pourquoi ? » on lui d’attendre d’être grand
    Si bien qu’elle tend à colmater ses défauts par l’impertinence.

    L’adulte commence à fléchir et à durcir ses positions ;
    Il pèse le pour et le contre et parfois, hélas, tout le temps.
    L’expérience le fait réfléchir mais toutes ses hésitations
    Le font promener à l’encontre des réussites à contretemps.

    Au temps de la maturité, sorti de l’école de la vie,
    Certains croient qu’ils ont tout compris et que Dieu est à leur image
    Mais ils n’ont nulle autorité à vous imposer leur avis ;
    Et moi, si je suis incompris, je n’en fais pas tout un fromage.

    1 Illustration de Başarı Merdiveni qu’encadrent 2 de Gürbüz Dogan Eksioglu.

  • Arlequin, Pierrot & Colombine

    Arlequin, le chef du trio, malin, rusé, intelligent,
    Était surnommé « le renard » par ses deux autres compagnons.
    Il planifiait avec brio des concerts de jazz exigeant
    Un esprit vif et goguenard derrière sa paire de lorgnons.

    Pierrot, le premier guitariste, ni beau, ni laid, mais très adroit
    Exécutait des rythmes en blues de grande virtuosité.
    Et lorsqu’il jouait en soliste, il attirait à son endroit
    Une prétention un peu jalouse soutenue d’impétuosité.

    Colombine, chanteuse de charme, véritable sirène pervertie,
    Attirait beaucoup d’auditeurs par la puissance de son organe.
    Autrefois Chartreuse de Parme, elle s’était reconvertie
    Pour l’amour d’un compositeur solo d’un orchestre tzigane.

    Tableaux de Pablo Picasso.

  • Passage à carreaux

    Passage à carreaux

    Se tenir à carreau relève d’une gageure humanitaire ;
    Sans avoir demandé à naître, nous devons acter nos partis.
    De quel maître serons-nous l’élève ? La foi est-elle héréditaire ?
    Comment apprendre à nous connaître ? La mort… quoi en contrepartie ?

    C’était déjà fort difficile mais le présent hausse la barre :
    Nous devons choisir ou mourir, nous révolter ou accepter.
    Collaborer est trop facile pour échapper à la bagarre
    Et croire au complot, c’est nourrir un harcèlement affecté.

    Illustration de Moebius.

  • Pourquoi ? (1)

    On dénombre 59 millions de morts par an : 25% du cœur, 17% du cancer, 14% de la pollution, 12% du tabac-alcool-drogue, 10% de malnutrition, 5% de la COVID (selon les chiffres officiels)…
    Pourquoi alors traite-t-on la COVID comme une catastrophe planétaire prioritaire ?

    Jusqu’en 2019, les grippes saisonnières tuaient entre 300.000 et 600.000 personnes par an…
    Pourquoi a-t-on sonné l’alarme alors que la mortalité en 2020 restait bien inférieure aux années précédentes ?

    Dès le début, le professeur Raoult à Marseille soignait avec succès le nouveau virus dans son hôpital…
    Pourquoi ce traitement qui donnait des résultats a-t-il été rapidement interdit par l’état ?

    Un des symptômes constatés de la COVID concerne l’expectoration et la toux grasse…
    Pourquoi nous imposer alors un masque qui gêne, entrave et nuit à une saine respiration ?

    Au cours de l’année 2020, les vaccins sont opportunément sortis des laboratoires…
    Pourquoi il y en a-t-il eu autant et aussi rapidement dans plusieurs pays ?

    Ces nouveaux vaccins sortis trèstrop rapidement n’ont pas été validés officiellement…
    Pourquoi les états du monde entier l’imposent-ils ?

    Aujourd’hui les états se targuent d’une forte majorité de vaccinés…
    Pourquoi alors continue-t-on à imposer le port du masque ?

    Il faut renouveler les vaccins avec 2 injections, bientôt 3 et prochainement 4…
    Pourquoi le nombre d’infectés continue-t-il à progresser ?

    On nous impose un pass sanitaire pour l’accès aux bars, restos, cinémas et discothèques…
    Pourquoi viser la culture mais permettre l’entassement dans les bus, le métro et les stades ?

    Depuis la nuit des temps, les pays du monde ne s’entendent pas, sont belliqueux et en conflit économique…
    Pourquoi adoptent-ils la même politique à l’unanimité face à la COVID ?

    Tous les pays du monde imposent des dictatures et des contraintes sanitaires impitoyables et jamais vues…
    Pourquoi n’y a-t-il aucune amélioration de la situation ?

    Depuis 18 mois les médias ne diffusent que les chiffres officiels du gouvernement…
    Pourquoi aucune information de la part de médias d’opposition n’est autorisée ?

    Illustrations de Moebius.

  • Songe noir

    Songe noir

    Lorsque Morphée s’habille en noir et s’apprête à couper les roses,
    Ne me demandez pas pourquoi arbore-t-elle un sourire narquois.
    J’ai beau fouiller dans ma mémoire au rayon des rêves moroses,
    Aucun cauchemar de guingois ne m’éveille un je-ne-sais-quoi.

    J’y verrais plutôt un symbole parmi ces tête entrecoupées,
    Les corps sanglants dans la main droite et les ciseaux dans la main gauche.
    Elle augurerait la parabole de la seringue entourloupée
    Qui d’une injection maladroite exécute sa mortelle ébauche

    Tableau de Lorenzo Sperlonga.

  • Échec à la Reine

    Réputée pour ses coups tordus, ses coups bas et ses fourberies,
    La Reine Noire pragmatique gouverne avec tous les pouvoirs.
    Pauvres petits pions éperdus, pauvres chefs de cavalerie !
    Tous sont pris dans l’énigmatique piège de l’honneur du devoir.

    Supprimez la Reine pourrie, d’autres sortent aux quatre horizons
    On n’élimine pas toutefois le ver corrompu de la pomme.
    Après tout, puisqu’elle est nourrie d’une obsession de guérison,
    Administrons-lui en une fois tout le venin qu’elle destine à l’homme.

    Edie Campbell photographiée par Tim Walker sur http:visualoptimism.blogspot.com201512check-mate-edie-campbell-by-tim-walker.html .

  • En hippocampe

    En hippocampe

    Monture rare et peu connue, sauf de la sirène-plancton,
    L’hippocampe l’est néanmoins pour sa queue en colimaçon.
    Or, elle se trouve la bienvenue, comme le dit ce vieux dicton :
    « Qui veut voyager au plus loin, doit ménager son canasson. »

    Tableau de Christian Schloe sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201306Christian.Schloe.html?m=1 .

  • Quand la reine a le bourdon

    Quand la reine a le bourdon

    Après les assauts du bourdon, la reine des fleurs se repose
    Car procréer est épuisant mais enfanter l’est tout autant.
    Lui, n’ayant pas eu droit au pardon, ne connaîtra pas l’andropause
    Car il en a, en séduisant, perdu la tête dans l’entre-temps.

    Mutine autant qu’elle rumine, elle se calme les fesses au vent
    Les feux d’un amour fécondant pour sauvegarder son espèce.
    Finis les rêves de gamine qu’elle vouait au prince émouvant ;
    Bonjour le devoir redondant pour devenir une papesse.

    Illustration de Moebius.

  • Ange qui rêve

    Ange qui rêve

    Au temps où j’étais relié à l’âme-sœur complémentaire,
    Je marchais le long du rivage suivant le temps qui caracole.
    Mon autre « moi » a su lier tous les détails élémentaires
    Qui constitueraient le breuvage dont je goûte aujourd’hui l’alcool.

    Je retrouve au fil de mes rêves l’oiseau qui chante des histoires,
    Le vieux pêcheur sur son bateau, fier de sa pêche miraculeuse.
    Le sable crissant sur la grève puis, arrivé au promontoire,
    Je regagne enfin le château de mon épouse fabuleuse.

    Illustration de Moebius.

  • La reine des fleurs

    La reine des fleurs

    La reine du cœur des mamans est aussi la reine des fleurs ;
    Il paraît que la coïncidence n’est en fait qu’une conséquence
    Car pour se faire butiner, elles sont également mutinées
    Quand le bourdon est trop rapide ou ses assauts trop insipides.

    La reine des fleurs papillonne lorsque le vent lui tortillonne
    Le pistil dans un savoureux va-et-vient assez langoureux.
    De même, son cœur de lionne n’est pas contre un petit moment
    De tendresse un peu crapuleux et d’accouplement vigoureux.

    Illustration de Moebius.

  • Cœur d’étoile

    Cœur d’étoile

    Un jour, j’ai su ouvrir la porte de la frontière de mes sens
    Qui me limitait la vision au monde de virtualité.
    Lors, j’ai demandé qu’on m’apporte la clef de ma nouvelle essence
    Pour que je fasse provision de cette nouvelle réalité.

    J’ai découvert mon cœur d’étoile forgé dans le cristal de vie
    Qui rayonnait dans l’univers d’un faisceau d’ondes de lumière.
    Le temps qu’un angelot me voile ce dénouement qui me ravit,
    J’eus le temps de l’écrire en vers ; en voici l’édition première.

    Illustration de Moebius.

  • Le fil de mes pensées

    Le fil de mes pensées

    Lorsque je souhaite remonter le fleuve du fil de mes pensées,
    Il m’apparaît un labyrinthe d’affluents de sources diverses.
    Certains ruisseaux viennent raconter ce qui les a le plus offensés
    Et d’autres s’écoulent des plaintes qui tombent du ciel par averse.

    Et je suis le navigateur qui louvoie et surfe sur l’onde
    Qui entraîne l’embarcation qui vogue sur l’instant présent.
    Je suis aussi le spectateur assis sur l’île vagabonde
    Située à la bifurcation du temps passé omniprésent.

    Illustration de James Jean sur http:www.jamesjean.comsketch2014 .

  • L’écriture contre-attaque

    L’écriture contre-attaque

    Tous les écrivains hors-la-loi fuient les pays analphabètes
    Qui ont falsifié l’histoire et éliminé l’écriture.
    Assis à leur planche de bois qui courent de toutes leurs gambettes,
    Ils retranscrivent les victoires passées de la littérature.

    Je fais partie des résistants mais je dois vous abandonner
    Car les agents facebookiens pointent leurs nez aux alentours.
    Rassurez-vous. Dans un instant, dans toutes les base de données,
    Paraîtra mon trait quotidien qui vaudra plus qu’un long discours.

    Illustration de Moebius.

  • Tintin, reporter sans bulle

    Tintin, reporter sans bulle

    Lorsque les livres ont disparu de la planète aseptisée,
    On s’aperçût qu’elle était plate de toutes nos inspirations.
    Dans ce désert, il apparut un reporter traumatisé
    Par les histoires qui relatent le récit des conspirations.

    Secondé du flair infaillible de son chien fidèle irradié,
    Il parcourt le monde assujetti au Nouvel Ordre Analphabète.
    Hélas, tout est intraduisible car l’écriture est radiée
    Des réseaux sociaux abêtis, marqués du chiffre de la bête.

    Illustration de Moebius.

  • Mais où sont donc passés tous les livres ?

    Mais où sont donc passés tous les livres ?

    Rien ne sert d’avoir trop à lire, encore faut-il penser à point
    Et dans ce monde qui va trop vite, les pages des livres se déchirent.
    Les jeunes cassent leur tirelire afin de se greffer au poing
    Une addiction qui leur évite de perdre un temps à réfléchir.

    Les bibliothèques encombrantes sont supplantées par des écrans
    Toujours plus grands, en plus grand nombre et allumés en permanence.
    Avec l’oreille consentante, l’œil et le cerveau sont à cran
    Afin d’absorber sans encombre ce formatage en rémanence.

    Illustration de Joost Swarte.

  • La fin des temps

    La fin des temps

    D’ici quarante ou cinquante ans, le dragon va se réveiller
    Et nous emporter Saint-Michel au cours d’une grande marée.
    Les anges n’aurons pas le temps de prendre leurs épées enrayées
    Que l’île atteindra La Rochelle et qu’elle s’y sera amarrée.

    Du coup, les chaînes de montagnes dégringoleront dans la plaine
    Et le Mont Blanc s’envolera pour un trek en Afrique noire.
    Les Alpes se mettront en campagne en disant que la coupe est pleine
    Et la mer se retirera par la bonde de la baignoire.

    Illustration de Moebius.

  • Douleur qui songe, couleur mensonge

    Lorsque je n’étais que douleur, nous étions plusieurs dans mon corps ;
    Plusieurs voix en cacophonie baragouinaient sans se convaincre.
    Le mental prenait la couleur de la folie avec l’accord
    Des démons en polyphonie qui m’ensorcelaient pour me vaincre.

    Malgré ce concert à outrance, j’entendis la petite voix
    Qui disait pour me rassurer qu’elle me sortirait de prison.
    J’ai lâché ce corps de souffrance et mon cœur a suivi sa voie
    Tout cabossé, courbaturé mais débordant de guérison.

    Illustrations de Moebius.

  • Expression florale

    Expression florale

    Décalquons les soucis du cœur sur des tapisseries de fleurs,
    Les blessures et les douleurs sur des rosaces de couleurs.
    Exprimons ce qui nous fait peur avec des liserons grimpeurs
    Et toutes nos pensées moroses avec volubilis et roses.

    Restituons notre intérieur par une fresque à l’extérieur,
    Et nos petits jardins secrets par des porcelaines blanc-nacré.
    Traduisons enfin notre joie sur fond qui bleuit et rougeoie
    Selon l’intensité que l’âme diffuse entre l’homme et la femme.

    Photo de Cecilia Paredes.

  • Délivrance

    Tout en rêvant au bois dormant, au bois m’en allant promener,
    Je me sentis pousser des ailes accompagné d’un cœur d’enfant.
    J’ai alors prêté le serment d’arrêter de me malmener
    Et de lâcher prise avec zèle à mon microcosme étouffant.

    Ainsi, j’ai remonté aux sources de toutes civilisations
    Pour recouvrer un cœur pionnier, vierge de toute fausse impression.
    Des pyramides de la Grande Ourse jusqu’au Sphinx en constellations,
    J’ai cessé d’être prisonnier de ma peur et de l’oppression.

    Illustrations de Moebius.

  • Habitations récurrentes

    Habitations récurrentes

    Je n’habite plus une maison mais une adresse à numéros
    Dont les éléments se ressemblent, mêmes portes et mêmes fenêtres.
    Je ne sais si j’ai eu raison après neuf mois in utero
    D’intégrer la voie qui rassemble les hommes à vivre sans se connaître.

    À peine mes voisins j’apprivoise qu’ils déménageront demain ;
    Les relations sont limitées aux problèmes de voisinage.
    Au fil du temps, chacun pavoise en lâchant le plus de gamins
    Lesquels à l’unanimité perpétueront la mise en cage.

    Ville de Kartoffelrækkerne à Copenhagen.

  • Mortimer goes to Hollywood

    Mortimer goes to Hollywood

    Née « Mortimer », fruit des amours d’un cartooniste aventurier
    Dont la plume avait fécondé une feuille vierge grammée,
    Il montra aux films Paramour sa silhouette coloriée
    Et sa démarche dégingandée dans l’espoir de s’y programmer.

    Mais c’est le dessin animé qui lança ses feux de la rampe
    Avec des chiens patibulaires et surtout beaucoup de canards.
    Aujourd’hui il est renommé par un pseudo d’une autre trempe
    Et les oreilles populaires les plus célèbres du septième art.

    Illustration de Gillermo Mordillo.

  • En robe de pluie

    En robe de pluie

    Si le lundi tu pleures dans ta robe de pluie,
    Si le mardi te mouille dans ton habit de flotte,
    Le mercredi t’effleure d’un vent de parapluie,
    Le jeudi te barbouille jusque dans ta culotte.

    Mais le vendredi change la pluie contre un sourire
    Et tu cours te sécher au vent du samedi.
    Si dimanche t’échange tes pleurs contre tes rires,
    Tu ne peux t’empêcher de penser au lundi.

    Tableau de Rafał Olbiński.

  • L’invitation cabotine

    L’invitation prend le rêveur à bras-le-corps, à cœur perdu
    En jouant de fausses couleurs, fausses amours, faux sentiments.
    Tantôt dans un jardin en fleurs, tantôt un décor distordu
    Tantôt sans cri et sans douleur, avec ou sans assentiment.

    Comment Morphée dame le pion à tous, en toute impunité,
    Par ses airs, ses emportements et ses promesses de beaux rêves ?
    Grâce aux réseaux et leurs espions qui ont tous l’opportunité
    De traquer nos comportements tandis que nous faisons la grève.

    Luisa Bianchin photographiée par Sandrine Dulermo & Michael Labica sur https:anneofcarversville.comstyle-photos2015424luisa-bianchin-in-tutte-in-fiore-by-sandrine-dulermo-michael.html .

  • Mille-et-une nuits

    Mille-et-une nuits

    La flamme bleue de la passion s’élevait en mille-et-une voix
    Dans le chant sacré des houris trillé par mille-et-une nanas.
    Jeune fou, j’eus la compassion pour ces vierges me montrant la voie
    Qui passait par un trou de souris pour accéder au nirvâna.

    Après, j’ai perdu la mémoire mais je me souviens des étreintes
    Et mon corps violé mille fois sauf la dernière nuit de délires
    Où j’ai aimé la vierge noire qui m’a fait jouir sans contrainte
    Et m’a libéré toutefois en effaçant mes souvenirs.

    Tableau de Kees van Dongen.

  • Miroir magique – 3

    Un jour le miroir craquera, mes deux âmes se rencontreront
    Et l’univers s’effondrera et nous nous annihileront
    Un instant incommensurable, un point infinitésimal,
    D’une densité comparable au néant le plus maximal.

    Et je comprendrai que l’atome, cette cellule microscopique,
    Contient toute l’humanité et l’ensemble de la connaissance.
    Lorsque je verrai mon fantôme errer dans un rêve entropique,
    Je sentirai la vanité de l’éternelle renaissance.

    Photos de Robin Cerutti sur https:petapixel.com20151202using-perspective-to-turn-the-surface-of-water-into-a-magical-mirror .

  • Miroir magique – 2

    Petit à petit, chaque nuit, les rêves percent la frontière ;
    La réalité disparaît et se fond dans l’absurdité.
    Douleurs, déboires et ennuis se confondent dans la matière
    Et l’espérance transparaît dans les mémoires régurgitées.

    Je possède une clef des songes, héritage de vies antérieures,
    Qui déverrouille les passages dont j’ai oublié le chemin ;
    Et peu m’importe les mensonges ou les vérités intérieures
    Que j’y échange avec les sages puisqu’ils ne seront plus demain.

    Photos de Robin Cerutti sur https:petapixel.com20151202using-perspective-to-turn-the-surface-of-water-into-a-magical-mirror .

  • Miroir magique – 1

    Je vis en deux mondes opposés qui ne dressent aucune frontière ;
    L’univers de réalité et l’antimonde d’absurdité.
    Lorsque mon corps s’est reposé, mon âme quitte la matière
    Et part dans l’irréalité des rêves d’incrédulité.

    Dans cet espace hypothétique surgit l’interface invisible
    Du miroir qui renvoie à l’âme son équivalent anti-âme.
    Si la rencontre prophétique des entités indivisibles
    Est protégée d’un brise-lames, je n’en connais pas le programme.

    Photos de Robin Cerutti sur https:petapixel.com20151202using-perspective-to-turn-the-surface-of-water-into-a-magical-mirror .

  • Le quatrième souffle de la sirène

    Le quatrième souffle de la sirène

    Sans masque plonge la sirène dans les écueils et les oursins
    Et sans piqûre, elle remonte ; nul ne songe à la contrôler.
    Elle vient se dorer, sereine, sur la terrasse, sans vaccin.
    Et si personne ne lui fait honte, seul un marin vient la frôler.

    Mais voilà, il est vacciné contre tous les maux de la mer
    Et elle, contre les humains, a son système immunitaire.
    Alors ils se sont confinés, chacun dans un silence amer
    Et puis se sont serrés la main, unique contact sanitaire.

    Hélas, les légendes succombent à la peur de mourir demain
    Victime de sotte menace pour un virus Grand-Méchant-Loup.
    Et les amourettes retombent bien vite à l’eau, sans lendemain ;
    Les cœurs attirés dans la nasse préfèrent rester tranquillou.

    Que croyez-vous ? Qu’une sirène puisse se contenter de cela ?
    Que nenni ! Elle manifeste et interpelle tous les bateaux.
    Alors Neptune la nomme Reine pour former un bénévolat
    Avec tous les poissons modestes pour contrer les requins-marteaux

    Photo de Jennifer Hannaford.

  • De nature complémentaire

    De nature complémentaire

    La Terre vit plusieurs existences depuis son passé volcanique.
    Minérale, qui la cristallise de l’écorce jusqu’à son cœur ;
    Végétale, qui donne substance à toute une vie organique ;
    Et Animale, qui la mobilise en poussant son cri de vainqueur.

    Toutes les âmes confondues suivent le ruissellement des eaux
    Qui contiennent toute la mémoire de ceux qui retournent au néant.
    Tous ces fantômes morfondus n’ont certes pas fait de vieux os
    Mais ils s’écoulent dans les moires en vaguelettes d’océans.

    Tableau de David Judd.

  • On s’habille, on court et on se déshabille

    Au matin elle saute du lit et court toute nue sous la douche.
    Elle déjeune sur la terrasse et dans le plus simple appareil.
    Cinq minutes de mélancolie, une tartine dans la bouche
    Mais l’heure tourne et la harasse… Vite ! Tu n’as plus le temps, Mireille !

    Elle s’habille de trois petits rien, d’une petite robe légère.
    Juste un soutif pas trop serré, un string noué à la va-vite.
    On court on vole, chez les terriens, les bourgeoises et les mégères
    Pour un travail rémunéré selon sa peine et son mérite.

    Le soir elle se remet à l’aise, elle prend son bain pour se détendre.
    Elle reste à poil en espérant que bientôt viendra son pilote.
    Elle déambule, ne vous déplaise, tandis que l’homme se fait attendre.
    Un coup de sonnette exaspérant ! Vite une robe, pas de culotte !

    Tableaux d’Andrei Protsouk.

  • Le cirque de poche

    J’ai rêvé d’un cirque de poche, un tout petit Cirque d’Hiver,
    Avec ses mini-ballerines, nains, clowns, jongleurs et acrobates
    Que je mettrais dans ma sacoche avec accessoires divers :
    Petit chapiteau en feutrine, tentes et auvents qui se rabattent.

    Bien sûr, une ménagerie remplie de tous les animaux ;
    Ours, lions, tigres en miniatures et leurs dompteurs en réduction.
    Éléphants, zèbres et méharis, tous aux gabarits minimaux,
    Avec les meilleures signatures pour la grâce et la séduction.

    J’irais dans les petites villes, Salles-de-Bains, Salon-sur-scène
    Et j’aurais pour public mes chats, mes souris, mon chien, mon épouse.
    J’animerais les fêtes civiles et attirerais pour mécènes
    Auguste, Boris et Natacha, la célèbre troupe andalouse.

    Céramiques de Marie Lilian Prett sur https:marieprettceramics.com#ad-image-1 .

  • Montagnes de brume

    Montagnes de brume

    Lorsqu’ils se retrouvent à Davos et qu’ils reconstruisent le monde,
    Les chefs d’état, enfants terribles, nous tissent un rideau d’illusion.
    Un peu comme Raymond Devos, l’absurdité de sa faconde,
    Ils créent un avenir nuisible avec maintes désillusions.

    « À quelle sauce les moutons aimeront-ils être mangés ?
    Combien faut-il en exterminer afin de pouvoir mieux respirer ? »
    Voilà ce que nous redoutons, nous, qui resterions étrangers
    Au Nouvel Ordre déterminé à fomenter et conspirer.

    Tableau de Rob Gonsalves sur https:www.trucsetbricolages.netdecorationsun-artiste-canadien-peint-des-illusions-qui-vous-mystifieront-tous .

  • L’histoire et les cochons

    L’histoire et les cochons

    Bien nourris au progrès et la technologie,
    Les cochons ont souillé leur environnement.
    Pour ou contre leur gré, ils s’enferment au logis
    De peur de se mouiller de tout engagement.

    Pour trouver leurs maisons suivez les détritus
    Qu’ils parsèment en voiture, à pied ou à vélo.
    Les cochons, sans raison, et d’un malin rictus
    Jettent dans la nature leurs déchets à vau-l’eau.

    Mais comme dans le cochon, tout est bon, tout est con,
    Ils ne croiront jamais finir à l’abattoir.
    Sans pousser le bouchon au culot du flacon,
    Ils n’ont plus désormais la moindre échappatoire.

    Photo de Westory © handhandhand sur http:www.shenchinlun.comNews.Detail.asp?ID=288 .

  • L’histoire et les moutons

    L’histoire et les moutons

    Lorsque tombe la peste d’un ciel noir vérolé,
    La bergère ramène ses moutons à l’étable.
    Comme nul ne proteste au troupeau affolé,
    Ils vivront une semaine jusqu’au terme regrettable.

    Ils porteront un masque contre la connaissance,
    Ils mangeront le foin de la vache enragée ;
    La bergère fantasque leur piquera la panse
    Et répètera le soin pour les encourager.

    Après quatre saisons, clos dans la bergerie,
    Ils seront tous dociles et tous apprivoisés.
    Ils quitteront la maison pour la conserverie ;
    La bergère gracile pourra s’en pavoiser

    Photo de Westory © handhandhand sur http:www.shenchinlun.comNews.Detail.asp?ID=288 .

  • Mais où sont-ils donc ?

    Où sont passés ceux qui jetaient les pavés sur leurs barricades
    Contre un pouvoir qui répondait par l’action des forces de l’ordre ?
    Où sont donc ceux qui s’agitaient au-devant de la mascarade
    Des C.R.S. qui inondaient de gaz ceux qui voulaient les mordre ?

    Ils avaient vingt ans à l’époque et aujourd’hui soixante-treize ;
    Leurs enfants sous leurs parapluies ont devoir de s’y référer.
    Personne aujourd’hui ne se moque de ceux qui ramenaient leurs fraises
    En chantant ensemble sous la pluie Jean Ferrat et Léo Ferré.

    Tableaux de Rob Gonsalves sur https:www.trucsetbricolages.netdecorationsun-artiste-canadien-peint-des-illusions-qui-vous-mystifieront-tous .

  • Les grandes marées de délivrance

    Les grandes marées de délivrance

    Par le Soleil à l’équinoxe et la Lune à son apogée,
    Par la précession des marées et la combinaison des astres,
    Je foulerai en plein paradoxe les lopins de la Mer Égée
    Dans les champs de blé chamarrés soufflés par un vent de désastre.

    Je marcherai vers l’horizon, là où la mer rejoint le ciel,
    Je monterai sur les degrés de l’escalier de l’arc-en-ciel,
    J’échapperai à la prison de l’intellect existentiel
    Qui m’enferme contre mon gré et bride tout mon potentiel.

    Tableau de Vladimir Kush.

  • Au-delà de l’amour

    Au-delà de l’amour

    Si les histoires d’amour finissent, leur mort n’est jamais effleurée
    Car il n’y a pas de cimetière dans les quartiers d’un cœur brisé.
    Pas plus de tombe qui réunisse l’amant qui viendrait y pleurer
    Celle qui a franchi la frontière qui n’a jamais cicatrisé.

    Juste une trace dans la mémoire que tous ses cinq sens ont gravée ;
    La main qui lui prenait la main, la bouche qui lui prenait la bouche.
    Mais les trous de son écumoire lentement se sont aggravés
    Et son image sur le chemin, disparaît par petites touches.

    Et puis un autre jour sans doute, il entend le son de sa voix
    Qui lui dit de trouver un cœur pour y semer un autre amour.
    Elle est triste, elle le redoute mais elle a pris une autre voie
    Alors elle prie que son vainqueur puisse renaître un autre jour.

    Tableau de Rafał Olbiński.

  • Les vraies-fausses nouvelles

    Les vraies-fausses nouvelles

    Elle a tout lu et son contraire et tant de tissus de mensonges
    Qu’elle s’est façonnée une robe cousue d’éloges et de critiques,
    Entre les propos arbitraires des explications à rallonge
    Et la vertu qui se dérobe dans les annonces politiques.

    Ses jupons en froufrou de chiffres gonflés de fausses statistiques
    Offrent un volume généreux pour cette robe du dimanche.
    Quant aux manchettes des sous-fifres et leurs données analytiques,
    Comme c’était trop onéreux, elle a opté pour un sans manches.

    Photo de Leonora Carrington.

  • Préfabriquées

    La science chasse le naturel, la chirurgie tue l’authentique ;
    La cosmétique paysagère atténue ou fait disparaître ;
    Les photos taillent le corporel, les médias retouchent l’argentique ;
    Les lingères voilent aux mégères tout ce qui pourrait transparaître.

    Ainsi les hommes polochons s’amourachent des femmes cochonnes ;
    Ainsi les femmes rondelettes s’accordent aux hommes potelés.
    Que ceux qui ne sont pas folichons à vivre avec des maigrichonnes
    Prennent ciseaux et bandelettes pour s’faire une femme remodelée !

    Sculptures de Cécile Perra sur http:ptitesid.canalblog.comarchives2014031429376744.html .

  • Mon chat, mon juge

    Mon chat, mon juge

    Comment mon chat me juge-t-il ? Comme son maître ou son serviteur ?
    Son Maître-jeux avec ses balles, ses souris et autres jouets ;
    Son Serviteur vraiment utile à le nourrir quelle que soit l’heure ;
    Quoi qu’il en soit, ce qui l’emballe, c’est ma réponse à ses souhaits.

    Il me condamne assez souvent à l’accueillir sur mes genoux ;
    Je n’ai plus le droit de bouger, à peine celui de bailler.
    Il m’en libère en coup de vent si ma femme appelle son minou
    Pour lui offrir d’une bouchée, une occasion à ripailler.

    Tableau de Franke Staudinger.

  • La voleuse de soleil

    La voleuse de soleil

    Elle est passée comme un voleur – ou plutôt une pie voleuse –
    Attirée par tout ce qui brille comme rivière de diamant.
    De son petit air cajoleur et son sourire d’enjôleuse,
    Elle a ravi une escarbille du Soleil en plein firmament.

    Elle se protège d’une ombrelle contre l’astre chaud au zénith
    Qui carbonise l’imprudent qui s’expose à la canicule.
    Mais elle court comme une gazelle sur les nuages d’eau bénite
    Pour dérober sans incident le rayon vert du crépuscule.

    Tableau de Howard Schatz.

  • Au secours !

    Au secours !

    Adam et Ève, sans jeu de mots, paumés, se sont fait carotter
    Par Dieu, cet arnaqueur notoire, qui leur aurait créé la Terre.
    Il aurait montré la démo d’un paradis qui les bottait
    Dont ils ont signé sans histoire le contrat pour un pied-à-terre.

    Mais quand ils eurent croqué la pomme, leurs yeux ont dû se dessiller
    Et ils ont vu la vétusté d’une planète démodée.
    Alors, affolés sur la somme qu’ils ont payée en faux billets,
    Une fois l’arnaque dégustée, ils ont dû s’en accommoder.

    Photo de Brooke DiDonato sur https:www.ignant.com20161110brooke-didonatos-surreal-pictures .

  • Les tournesols intentionnés

    Les tournesols intentionnés

    Un champ de fervents tournesols occupe tout le paysage
    Que j’aperçois de mes fenêtres depuis le début de l’été.
    Le soleil, comme une boussole, leur jalonnait son balisage
    Et les vents, comme anémomètres, jouaient à les faire haleter.

    Mais ils se sont habitués à ma présence journalière
    Et, à mon rythme attentionné, se sont laissé apprivoiser.
    Alors ils m’ont substitué à l’autorité régulière
    Du soleil malintentionné de les voir ainsi pavoiser.

    Tableau de Rob Gonsalves sur https:www.trucsetbricolages.netdecorationsun-artiste-canadien-peint-des-illusions-qui-vous-mystifieront-tous .

  • Blanche comme neige

    Blanche comme neige

    Elle parait blanche comme neige si ce n’est le colt à la ceinture
    Qu’elle prétend sa garantie pour obtenir satisfaction.
    Expéditif comme manège mais efficace si d’aventure
    Un mec, parmi ses apprentis, tentait de passer à l’action.

    On l’appelle la contremaîtresse, appellation à double sens,
    Car elle darde un œil sévère sur les ouvriers qu’elle estime.
    Mais si l’un a la maladresse de ne pas réveiller ses sens,
    Elle lui met son revolver direct sur ses parties intimes.

    Illustration de Moebius.

  • Invitation au rêve

    Le chat, passeur du monde hypothétique, veille aux rêves de sa maîtresse ;
    L’armoire, où il dort la journée, lui tient lieu de soute à bagages.
    Par sa présence magnétique, sustentée de quelques caresses,
    Le chat commence sa tournée dès l’effet du premier tangage.

    Dès que le rêve a commencé, le chat surveille ses arrières ;
    Il offre, au rêveur, protection en lui laissant son libre arbitre.
    Aux meilleurs songes romancés, il ouvre toutes les barrières ;
    Face aux cauchemars, correction ! Par chance il a droit au chapitre.

    Illustrations de Heikala.

  • La chimère rousse

    La chimère rousse

    Cheveux de feu et de flammèches qui ondulent selon l’air du temps ;
    Yeux bleu turquoise ou bleu marine selon qui elle veut envoûter ;
    Visage tendre, un peu pimbêche – mais est-ce vraiment important ? ;
    Bouche au parfum de nectarine, je le sais car elle m’a goûté.

    Cheveux au vent, poitrine à l’air, elle aime se croire un oiseau ;
    Oiseau sans pelage ni plume mais qui sait voler un baiser.
    Lorsque sa croupe populaire couve ma verge dans les roseaux,
    Elle la fait doubler de volume pour s’en nourrir et l’embraser.

    Tableau de Neil Gaiman.

  • En quelle langue ?

    Bravo aux glandes salivaires qui activent une production
    Qui remplirait une piscine durant toute une vie entière !
    Quel esclavage et quel calvaire sollicitent l’humectation,
    Le lèche-bottes, lèche-vitrines ou lèche-cul à la postière !

    Petite langue mais costaude et même le muscle le plus puissant,
    Organe spécialiste du goût qui favorise la digestion.
    Mais elle se montre plus finaude – et c’en est même attendrissant –
    En conjuguant les baisers doux, summum de l’autosuggestion.

    Sculptures de Paolo Del Toro.

  • La face cachée

    La face cachée

    Tous les minéraux de la Terre, cristaux de quartz et de silice,
    Ont connu toutes les lumières dont le soleil les a nourris.
    Ils sont mémoires héréditaires qui ont vu, derrière les coulisses,
    La création de la première Lilith, mère de toutes les houris.

    Lorsqu’un cristal joue au pendule, il retrouve la vibration
    Qui oriente le praticien vers son véritable chemin.
    Quand la lumière blanche bascule sous l’effet de la réfraction,
    Elle suit l’ordre du Magicien qui conçoit le cœur sur la main.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Le monument aux fleurs

    Le monument aux fleurs

    Bien sûr, les morts pour la patrie sont gravés dans nos souvenirs
    Mais souffrir et mourir d’aimer sont des victimes méconnues.
    Sans pratiquer d’idolâtrie ni un culte à entretenir,
    Je me verrais bien ranimer la flamme de l’amant inconnu.

    Un monument d’amour sacré avec des couronnes de fleurs
    Où accouraient se recueillir les cœurs brisés et solitaires.
    Et sur le piédestal nacré, écrit à l’encre de leurs pleurs,
    Une prière pour accueillir leurs âmes-sœurs prioritaires.

    Tableau de Chris Nicholls.

  • On s’y croirait…

    On s’y croirait…

    Quand tu réintègres au matin ton corps, ton esprit et ton cœur,
    Ton âme rapporte avec elle des bibelots de ses voyages.
    Tu vois sur tes draps de satin des souvenirs alambiqueurs
    D’un monde qui paraissait réel mais qui se fond dans les nuages.

    Dans la parenthèse du temps comprise dans ton demi-sommeil,
    Les égrégores se déversent et percent la réalité
    Qui, face à ce jour rebutant, soumis aux rayons du soleil,
    Referme le seuil qui s’inverse selon toute éventualité.

    Photo de Jessica Walsh.