« La vie commence formatée et ses rails sont difficiles à quitter.
Faut-il rester une machine à penser et à agir ?
Faut-il se laisser guider par le courant ?
Faut-il oser le grand saut vers l’inconnu ?
Ma vie se résume en ces trois questions ;
la vie m’a répondu par trois mots :
Chute, Tableau et Poèmes. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ

Cette pièce aveugle m’intriguait par le tableau fixé au mur
Qui ressemblait à une fenêtre ouverte sur d’autres possibles.
Comme un appel qui prodiguait l’envie de voir cet homme mûr
Que reflétait la lueur verte sortant de la vitre ostensible.
Car cet homme mûr, c’était moi dans un autre couloir du temps
Et le tableau était un choix entre trois chemins différents ;
Un croisement de tous les « moi » qui tirent mon cœur débutant
Vers un avenir qui m’échoit : va, saute ou reste indifférent !
Trois chemins dont l’un est l’issue qui m’extraira de la machine
Où je subis ce qui arrive ou refuse tout ce qui advient.
Serions-nous du même tissu où s’écrit à l’encre de Chine
Une vie tracée à la dérive où pas un ange ne survient ?
J’ai demandé le changement quel que soit le prix à payer
Et l’inconnu est apparu comme une solution risquée.
Il suffit d’un seul élément, une erreur, qui vient déblayer
La porte où je suis accouru pour un grand saut plutôt frisquet.
Que serais-je donc devenu si j’étais demeuré chez moi ?
Aurais-je pris enfin la voie vers la réussite assurée ?
Je ne suis jamais revenu. Je suis mort à ces autres « moi »
J’ai suivi la petite voix qui parlait pour me rassurer.
Le choc est dur la première fois et chaque fois, plus douloureux
Mais il permet le long chemin vers une nouvelle construction.
Aucun regret car j’ai la foi envers ce reflet amoureux
Qui m’a juste tendu la main pour éviter la destruction.
Je suis le courant du présent, l’avenir ne me fait pas peur
Car il se construit lentement ; l’espérer serait le trahir.
L’équilibre est omniprésent, je ne cède pas à la torpeur
Qui me fait douter cyniquement de continuer sans défaillir.


Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
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