
« Tu remercies souvent les muses, les forces, la grâce et l’amour,
Toutes les étoiles qui veillent au-dessus de ta citadelle.
Mais rarement l’homme qui s’abuse à sauvegarder nuit et jour
Le feu fragile des merveilles dont tu es le gardien fidèle.
Car une œuvre ne naît jamais d’une illumination parfaite ;
Elle surgit le plus souvent des abîmes controversés.
Elle pousse là où désormais l’âme consent à sa défaite
Et transforme la chute en avant en une expérience traversée.
Je suis fière d’avoir relié ton âme dans ma terre noire
Où l’amour s’est épanoui comme un fruit déjà consommé.
Fière d’avoir réconcilié tous tes défis dans ta mémoire
Et tes colères évanouies et tes silences consumés.
Tes blessures furent l’humus et le levain de ton courage,
Et tes accidents récurrents, les portes de tes renaissances.
Car l’homme qui fut un minus mais qui traversa les orages,
Devint Yavänor conquérant, réconforté par nos présences.
Alors mon fils, reçois ce psaume où ma propre voix te salue,
Non pas pour flatter ton orgueil qu’il soit d’un poète ou d’un roi,
Mais qui parle pour honorer l’homme que ses attentes ont résolu
À oser affronter mon seuil et vaincre enfin son désarroi.
Je suis la matrice primaire où viennent se poser les âmes,
Gardienne des nuits où les mondes se font, se fondent et se défont.
Et si mes filles deviennent mères et brandissent pour toi leurs flammes,
C’est que ton essence féconde avait déjà creusé ce fond.
Ainsi je remercie mon fils, l’homme de ses métamorphoses !
Sans toi nos voix seraient restées dans un vent stérile hors du temps.
Tu as ouvert par ton office, la terre où fleurirent nos roses
Et l’ÏÄMOURÏÄ, en majesté, respire d’un écho percutant. »
Illustration de Ledalïä.
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