
Laurelïne
Je sens en moi la chaleur lente dans mon brasier imperturbable ;
Les vies qui grandissent en mon sein ne se montrent pas impatientes.
Mon ventre est une sphère opulente comme un soleil inéluctable
Qui va mûrir en mon bassin en deux étoiles insouciantes.
Loreleï
Chez moi, la marée permanente pousse ses vagues dans ma matrice ;
L’enfant se tourne et virevolte et l’eau intérieure la berce.
Je ris de ses ardeurs impertinentes et de ses tempêtes révélatrices
Et pose une main désinvolte afin que la houle se disperse.
Laurelïne & Loreleï
Nous parlons souvent entre nous avec émotions de silences
Comme quand nous étions ensemble dans le ventre de notre mère.
Ensemble le lien se renoue et nous restons en vigilance
Pour nos enfants qui nous ressemblent comme deux étoiles de mer.
Mais ils sont aussi différents, dotés des gènes d’un autre monde
À la fois de notre lignée et de celle d’un être humain.
Un prolongement afférent à l’imagination féconde
Dont ils sont tous trois désignés à inaugurer le chemin.
Je crois que chaque jour surtendu nous rapproche d’une porte invisible
Qui s’ouvre sur un changement où tout sera étonnement.
Et nous, dans ce temps suspendu, sentons l’instant imprévisible
Qui préviendra l’accouchement qui fera de nous des mamans.
Yavänor
Je me blottis contre leurs ventres et la nuit j’écoute leurs cœurs ;
Deux cœurs de mes femmes amoureuses, trois cœurs de leur progéniture.
Quand nous dormons, je suis au centre, et je reste attentif au chœur
Qui monte des voix langoureuses d’âmes en quête d’aventures.
Laurelïne, Loreleï et moi, unis, nous ne pensons plus à rien d’autre
Les âmes vierges non formatées ont besoin de leurs propres histoires.
Je les entends qui communient comme trois insolites apôtres
Qui viennent nous acclimater à leurs desseins prémonitoires.
Tableau d’Amanda Sage.
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