
Lïlïth
« Pour moi, cesser d’être écoutée n’est pas une perte d’autorité,
Ni d’enfants qui désobéissent ou bien qui prennent leurs distances.
J’accepte qu’ils aient leurs propres vies car je sais qu’ils doivent partir…
Non… ma souffrance commence le jour où je ne suis plus dans leurs cœurs.
Avant, quand ils étaient blessés, amoureux, perdus ou inquiets,
Ils revenaient naturellement vers moi pour reprendre leur place ;
Pas pour recevoir mes conseils mais parce que j’existe encore.
Et puis un jour, tout cela change sans que personne ne décide rien.
Ils aiment, souffrent et pensent autrement ; ils demandent conseil ailleurs
Et parfois même ils anticipent déjà ce que j’aurais pu leur dire.
Et je découvre cette chose étrange : je continue de vivre en eux
Mais plus dans leur for intérieur car je ne suis plus nécessaire.
Je n’ai aucune jalousie et je n’ai aucune colère
Mais j’éprouve une sensation bien plus difficile à décrire :
Devenir une mémoire vivante comme un phare guidant les navires
Qui me voient encore de loin… mais vers lequel ils ne vont plus. »
Laurelïne
« Lorsque ceux que j’aime s’éloignent, je crois alors avoir échoué
Et me demande quelle est ma faute qui les écarte loin de moi.
Pourquoi leurs rires et leurs pleurs cherchent-ils une autre lumière ?
Alors je brûle davantage et je provoque des ravages ! »
Loreleï
« L’océan accepte en silence l’immensité de ses distances ;
Quand les eaux deviennent étrangères, je crains les départs sans retour,
Les absences comme des noyades qui reviennent alors différentes
Et ne sont plus les mêmes eaux que j’ai transportées et aimées. »
Yavänor-le-jeune
« Je ne suis pas encore né mais j’ai conservé la mémoire
D’un fils qui a quitté sa mère qui lui était indifférente.
Un cœur aveugle, sourd, insensible qui n’a jamais connu ce lien :
Il ne le sait même pas encore… sa mère a souffert plus que lui. »

Illustrations de Ledalïä.
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