Catégorie : Sirènes

  • La sirène écossaise

    Les sirènes ne sont pas prêteuses pourtant elles donnent de la voix
    Pour guider en guise de phare les bateaux perdus sur les eaux.
    Hélas ces folles entremetteuses les mènent plutôt vers des voies
    Où un naufrage sans fanfare sonne le glas des matelots.

    La mythologie écossaise parle de « Ceasg » dévouées
    Moitié-humaine, moitié-saumon, grandes prêtresses de la mer.
    Elles ne paraissent pas si mauvaises car elles accordent trois souhaits
    À qui de son mât d’artimon pourra capturer la chimère.

    Mais gare à qui tombe amoureux car il se perdra dans les flots
    Où elle entraîne sa victime vers les abysses opportunes.
    Le pauvre marin langoureux n’aura que le temps d’un sanglot,
    Même pas un regard ultime pour ses compagnons d’infortune.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Sirénade

    Sirénade

    Quand Sirénade vient bercer les matelots dans leur hamac,
    Ceux-ci plongent à poings fermés dans les bras palmés de Morphée
    Dont les dents viennent transpercer les rêves tendres qui s’estomaquent
    De d’être laissés enfermer, obligés de crier forfait.

    Gare à qui entendra le chant de Sirénade l’endormeuse
    Car il n’ se réveillera plus, prisonnier des pires mensonges.
    À l’heure du soleil couchant, faites attention à la charmeuse
    Car si sa chanson vous a plu, vous serez perdus dans ses songes.

    Je l’ai écoutée une fois et j’ai chuté longtemps, longtemps
    Comme une Alice poursuivant un lapin blanc dans les abysses.
    Je l’avais écrit toutefois à l’encre d’un petit remontant
    Qui m’a ramené droit devant le seuil des cauchemars propice.

    Tableau de Liselotte Eriksson.

  • La sirène et son lion

    D’une sirène et d’un lion, un jour l’amour se déclara
    Ce qui ne fut pas chose aisée ; la mer est loin de la savane.
    Pourtant elle trouva son champion et lui adora sa Clara
    Qui lui accorda un baiser et depuis lors ils se pavanent.

    C’est un marin un peu hardi qui captura dans ses filets
    Une sirène dans les anchois qu’il avait pêché dans la Manche.
    Il la revendit un mardi en mettant un entrefilet
    Dans le journal de premier choix : celui qui paraît le dimanche.

    L’acheteur – un caravanier – l’emprisonna dans un bocal
    Et traversa le Sahara avec toute sa méharée
    Mais un orage printanier par un microclimat local
    Brouilla les chevaux du haras et les dromadaires égarés.

    C’est ainsi que la caravane poursuivie par les éléphants
    Perdit l’assurance sereine pour un destin plus douloureux.
    Donc arriva dans la savane un lion qui voulait des enfants
    Qui lors aperçut la sirène et en tomba fou amoureux.

    Sculptures de Paul Smith sur https:paulsmithsculptures.co.ukarchive .

  • Dans les roseaux la Vouivre

    Dans les roseaux la Vouivre

    Bien loin du marais poitevin où d’ordinaire elle demeure,
    La Vouivre a remonté la Loire et a traversé les montagnes,
    Puis suivi la route des vins jusqu’à ce que le soleil meure
    Afin de franchir sans déboire la frontière vers l’Allemagne.

    En voyageant jusqu’en Bavière, le pays où les lacs sont verts,
    Elle est retournée par les gorges pour s’y reposer à l’abri.
    Suivant les torrents, les rivières où les courants coulent à l’envers,
    À l’heure où le soleil s’égorge dans les eaux brunes assombries.

    Sans doute les Lorelei du Rhin, celles qui chantent en germanique,
    L’ont guidée afin qu’elle puisse continuer par les réseaux
    Des lacs sombres et souterrains issus des Alpes alémaniques.
    Et c’est ainsi qu’enfin en Suisse, je l’aperçus dans les roseaux.

    Tableau de Louis Chalon.

  • Sirènes au harem

    Le Roi Neptune tient son harem dans les jardins de son royaume
    Quelque part entre les tropiques du capricorne et du cancer.
    Il détient le pouvoir suprême de goûter dans son microbiome
    Aux délices philanthropiques des sirènes qui l’aiment de concert.

    Mais pas de gardien ni d’eunuque ; juste une pieuvre et puis un crabe
    Qui vient pincer le malheureux là où ça lui fait le plus mal.
    Le poulpe a privilège unique d’œuvrer de téléphone arabe
    D’un tentacule valeureux télétransmetteur-animal.

    Car les sirènes communiquent afin de propager leurs voix
    Aux quatre coins carrés du globe jusqu’à l’écoute des bateaux
    Qui livrent les androgéniques vitamines mâles par la voie
    Toute tracée car elle englobe les matelots les plus patauds.

    Illustration de Winstout

  • La sirène enceinte

    Veillez à ne pas déranger la sirène enceinte chez elle,
    Ni même ailleurs, ni n’importe où, de quelque façon que ce soit.
    Son caractère est étranger à son cœur qui manque de zèle ;
    Quel que soit votre meilleur atout pour vous séduire, cela la déçoit.

    La sirène est d’humeur changeante tantôt froide et tantôt bouillante ;
    L’œuf qui grandit la fait passer de joie à la morosité.
    La moindre émotion dérangeante la fait devenir flamboyante
    Gare à qui vient outrepasser le facteur dangerosité.

    Or hier si douce et si timide quand le marin l’a engrossée,
    Elle a calmé son appétit en le mangeant pour un moment.
    Mais bien vite, dans son nid humide, son tempérament s’est faussé
    Et après une nuit d’apathie, la voici future maman.

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  • Post-scriptum des sirènes

    Avant de retourner la page de la journée parachevée,
    J’ajoute un dernier post-scriptum en direction de ma conscience
    Qui le donne à l’aréopage des anges qui veillent à mon chevet
    À l’attention du factotum qui organise ma subconscience.

    Ce serviteur attentionné, maître des rêves les plus secrets,
    Conduit mon esprit fatigué vers des paradis exotiques.
    Comme il sait mes plus passionnés et ceux qui me laissent des regrets,
    Il sait toujours me prodiguer les meilleurs songes érotiques.

    Et c’est ainsi neuf fois sur dix qu’il me dirige vers les îles
    Où des sirènes vont m’attendre pour me plonger dans le sommeil.
    Je rêve de celles de jadis qui offraient l’éphémère asile
    Aux marins dans une nuit tendre mais jusqu’au lever du soleil.

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  • L’ex-libris des sirènes

    Beaucoup de messages intimes transitent dans les pages des livres ;
    Des ouvrages les plus anodins comme les livres de cuisine.
    Dans les dernières pages ultimes, c’est dans l’index que l’on peut suivre
    Les confidences et les potins d’une sirène à ses cousines.

    Dans mon dictionnaire de rimes, vit une sirène coquette
    Qui voulant surveiller sa ligne en recherche des suggestions.
    La table des matières exprime ses suppliques et ses requêtes
    Que je repère, que je souligne et joins dans le texte en question.

    Ainsi je cache dans mes poèmes nombre de secrets bien gardés
    Dissimulés en filigranes derrière mes rimes embrassées (croisées).
    Seuls ceux qui ont le cœur bohème seront admis à regarder
    Cette sirène tenant le crâne du dernier marin terrassé (pavoisé).

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  • Le grand livre des sirènes – 2

    L’invention de l’imprimerie gêna paradoxalement
    La distribution du grand livre des sirènes par correspondance
    Car toutes leurs mesquineries devaient être formellement
    Tenues secrètes pour en vivre sans en subir de concurrence.

    Elles utilisèrent un temps une encre aux couleurs sympathiques
    Qui n’apparaissaient qu’humectées de quelques gouttes de rosée.
    Évidemment ce fut tentant, en mettant l’idée en pratique,
    De livrer sans se faire suspecter les secrets ainsi transposés.

    Lorsque vous tiendrez un bottin, une bible ou un dictionnaire,
    Le palimpseste apparaîtra après l’avoir mouillé du doigt.
    L’image d’une sirène au beau teint d’une façon discrétionnaire
    Entre les lignes vous soumettra son contenu comme il se doit.

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  • Le grand livre des sirènes – 1

    Le premier livre sur les sirènes fut imprimé en noir et blanc,
    Composé à l’encre de seiche sur papier couché et nacré.
    On y parlait de rois, de reines et de chevaliers affublant
    Qui partaient ensemble en calèche vers des lieux aux cultes sacrés.

    Car, en ce temps-là, les sirènes, comme émissaires de Neptune,
    Passaient des accords de commerce pour que l’Olympe les entérine.
    Elles étaient toutes souveraines de leurs atolls et leurs lagunes
    Et donnaient prise aux controverses envers les gars de la marine.

    Les pages étaient manuscrites et copiées dans les abysses
    Par des poissons-moines copistes qui récoltaient les coquillages.
    Toute demande était souscrite des années avant qu’on subisse
    L’oubli des légendes utopistes des amateurs de l’embrouillage.

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  • My mermaid is rich

    Quelquefois le marin est riche et bien entouré de starlettes
    Mais qui s’enfuient quand il appelle au secours même s’il est chou.
    Elle, parmi ce monde de triche qui ne fait que des vaguelettes,
    Dès que les filles se font la belle, attend que le bateau s’échoue.

    Nul besoin d’user de ses charmes lorsque le jeune capitaine
    N’est autre qu’un marin d’eau douce né avec une cuillère en or.
    Aussitôt que sonne l’alarme, la sirène, pas samaritaine
    Pour un sou nage et se trémousse vers le beau naïf qui l’honore.

    Une fois qu’elle a bien dégusté et goûté l’amant éphémère,
    Elle rapporte en souvenir toutes ses richesses éclusées
    Mais qui deviennent vétusté, abandonnées au fond des mers
    Car elles n’ont aucun avenir parmi les poissons médusés.

    Illustration de Mark Schultz

  • La morue à la fraise

    « Morue à la fraise des rois » parait avant tout indigeste
    Mais il me faut vous raconter ses origines outremer.
    C’est un prince à l’esprit étroit qui, voulant écrire sa geste,
    Courut le monde pour affronter chimères et serpents de mer.

    Goûtant aux plaisirs raffinés d’une croisière encanaillée
    Par des favorites en herbe un peu nubiles mais comestibles,
    Le prince, la gueule enfarinée avec la fraise dépenaillée,
    Entendit sortant des ténèbres un joli chant irrésistible.

    Alors le capitaine en rut dirigea tout droit son navire
    Tandis que les filles affolées prenaient canots de sauvetage.
    Mais alors que filent ses putes à l’anglaise, son esprit chavire
    Et tombe dans les flageolets, le vin, les fraises et le potage.

    Alors la sirène goûta son marin à toutes les sauces.
    Aux haricots, elle préféra la saveur sucrée douce-amère.
    Quant aux morues qu’elle envoûta pour escamoter plaies et bosses,
    Elles retournèrent à l’émirat sangloter auprès de leurs mères.

    Tableaux de Maria Helena Brzozowska

  • La sirène rousse

    Je croyais les sirènes rousses, fruit de mon imagination
    Jusqu’à ce que j’en rencontre une en train de peigner ses cheveux.
    Apparemment ceux-ci repoussent avec tant de fascination
    Que les marins, comme des prunes, tombent tous seuls quand elle le veut.

    Et moi qui suis souvent tombé des dernières pluies précédentes,
    Je me suis laissé fasciner par l’abondante chevelure.
    Le cœur et le sexe bombés par cette tignasse abondante,
    Je m’suis vu mort, halluciné, rongé aux fines dentelures.

    L’homme est bon la plupart du temps mais moi, j’ai du sang de navet ;
    Sans doute dû à mon régime végétarien présupposé.
    Dès le premier croc débutant, son aversion s’est aggravée
    Et plus jamais ne nous revîmes ni n’échangeâmes de baiser.

    Illustration de Warwick Goble

  • Rêve de sirène

    La sirène rêve sur ses deux jambes plutôt qu’une queue, c’est plus sûr
    Afin de n’ pas tomber du lit de la rivière ensommeillée.
    Elle compte les beaux marins ingambes qui sautent comme des moutons mûrs
    Sous les délires et stimuli de ses fantasmes émerveillés.

    Entre deux eaux la sirène songe dans un sommeil paradoxal
    Car les poissons ne dorment pas plus de trois ou quatre secondes.
    Alors le conte est un mensonge car dans le royaume abyssal
    Elle ne rêve que de repas et de bonne chère féconde.

    Quant à moi, c’est tout le contraire ; lorsque je rêve de sirène,
    Je sens ma queue se dilater, s’allonger comme Pinocchio.
    Sans doute le besoin de traire la vache-à-lait toujours sereine
    Aux mamelons chocolatés des geishas-poissons de Tokyo.

    Illustration de Harold Gaze

  • Jonas & Cie

    Une fois que la baleine a ri, elle est presque dans votre lit
    Qu’il faut prévoir suffisamment robuste envers les soubresauts.
    Préparez-en le gabarit, prévoyez toutes ses folies
    Vous pourrez alors galamment atteindre les fonds abyssaux.

    Comme naîtront maints baleineaux, il faudra loger tout ce monde
    Et lui bâtir tout un village flanqué de quelques aéroports.
    Pour les touristes infernaux et toute leurs marmailles immondes
    Qui viendront voir votre élevage de cétacés sous tous rapports.

    Hélas la mégalomanie de cette industrie du délire
    Finira par tomber à l’eau car la Terre n’est pas assez forte
    Pour abriter cette avanie qui lui remplit la tirelire
    Mais qui selon les écolos en fait les fléaux de toutes sortes.

    Tableau de Roch Urbaniak sur http://rochurbaniak.com/portfolio/items/stary-zegarmistrz

  • Pour dérider la baleine

    Qui déridera la baleine souriant de tous ses fanons,
    Aura titre de fou du roi parmi les princes de Neptune.
    Qui fera rire à perdre haleine, sirènes sexys et canons
    Se fera nommer de surcroît star spirituelle et opportune.

    Gare aux tempêtes de fou rire, aux ouragans de rigolades
    Car un léviathan qui s’esclaffe fait plus d’effet qu’un papillon
    Dont l’ébrouement d’ailes en délire provoqué depuis les Cyclades
    Déclenche des vents qui décoiffent nos élus en plein roupillon.

    Tableaux de Piero Schirinzi sur https://poramoralarte-exposito.blogspot.com/2018/11/piero-schirinzi_18.html

  • Cendrillon, la sirène à l’étoile

    En souvenir d’un bal masqué qui finit en queue de poisson,
    Cendrillon conserva l’étoile qui ornait son soulier de vair.
    Le petit prince estomaqué noya son spleen dans la boisson
    Et nul ne souleva le voile du mystère à peine recouvert.

    C’était sans compter sur le lien qui unissait les deux étoiles
    Car le prince avait recueilli celle abandonnée dans la fuite.
    Bien que les récifs coralliens soient loin pour un bateau à voile,
    Il embarqua enorgueilli et se lança à sa poursuite.

    Je ne sais plus qui renonça du prince ou de notre sirène
    À son royaume ou ses abysses pour souffrir une adaptation.
    Toujours est-il qu’on annonça auprès du Roi et de la Reine
    Qu’il fallait que tous deux subissent de sérieux cours de natation.

    Reproduction de Chéri Hérouard pour « La Vie Parisienne ».

  • La poussée d’Andromède

    Je sais la poussée d’Archimède
    Sur tous les corps plongés dans l’eau ;
    En revanche celle d’Andromède
    Me paraît plus sortir du lot.

    Si un corps masculin quelconque
    Nage comme un têtard débutant,
    Jusqu’à présent on ne vit onques
    Une grenouille en faire autant.

    Or Andromède, c’est bien connu,
    Nous a comblé cette lacune
    En observant les ingénues
    Qui plongeaient nues dans la lagune.

    Une fois dans leur élément,
    Les jeunes nymphettes sereines
    Se transforment délibérément
    Peu à peu en jolies sirènes.

    Leurs jambes se couvrent d’écailles,
    Des branchies se joignent aux poumons
    Et l’on voit parmi les rocailles
    Des anges devenir démons.

    Car le menu de la semaine
    N’est pas de soupe de poisson
    Mais composé de viande humaine
    Et du sang pour toute boisson.

    Navigateurs autour du monde,
    Sachez que la physique exige
    Même si cela paraît immonde
    Son quota car sirène oblige !

    Les loups de mer vous le diront :
    « Il n’y a pas plus belle mort
    Qu’abandonner ses avirons
    Pour une sirène, sans remords ! »

    Tableau de George Barbier.

  • La sirène et son doudou

    Pour rêver au marin dodu, la sirène serre son doudou
    Pour évoquer sa queue fluette avec la nageoire caudale.
    Mais elle l’a tant distordue que le poisson tout guilledou
    Nage pas trop comme il le souhaite, on dirait même qu’il pédale.

    Quand la sirène prend son bain car elle prend son bain voyez-vous
    Comme vous-même changez d’air faute de vous changer les idées.
    Il lui manque son chérubin ; alors son doudou se dévoue
    Et vient de façon solidaire et amoureuse la dérider.

    Depuis quelques temps on observe dans les mers chaudes équatoriales
    Des poissons qui tournent en rond, en cause leurs nageoires voilées.
    La science sous toute réserve pense à la trace mémoriale
    De traumatismes qui seront un jour ou l’autre dévoilés.

    Tableaux de Piero Schirinzi sur https://poramoralarte-exposito.blogspot.com/2018/11/piero-schirinzi_18.html .

  • Des jouets pour la sirène

    Comme un garçon dont les jouets grandissent avec le temps qui passe,
    La sirène devient exigeante en matière de godemichet.
    Si l’hippocampe est dévoué à lui flatter la carapace,
    Elle devient plus intransigeante quant à la taille du crochet.

    La pieuvre et ses huit tentacules arrive en tête du palmarès
    Fors l’étoile de mer qui dispose de cinq organes bien bandants.
    N’ayant pas peur du ridicule, parfois elle-même se caresse
    Tantôt lors du temps d’une pause ou plus, à son corps défendant.

    Puis vient toute une collection de coquillages bien nacrés
    Et de méduses urticantes qui lui chatouillent le clitoris
    Qui gonfle avec délectation sous les écailles échancrées
    Par les délices fornicantes qu’aurait fantasmées Osiris.

    Tableau de Sara Vastiares.

  • Un jouet pour la sirène

    La petite sirène méridionale	ne chérira jamais l’ours blanc
    Mais l’hippocampe des mers australes à la queue en tire-bouchon.
    La sirène septentrionale en utilise un ressemblant
    D’une manière théâtrale à un phoque à califourchon.

    Bien que les phoques n’aient pas de jambes, ils ont la nageoire caudale
    Qui donne aux petites sirènes un air de malice entendu.
    Il faut voir ces filles ingambes crier de toutes leurs amygdales
    Leur p’tit’ chansonnette sereine lorsque leur queue est bien tendue.

    Mais revenons à l’hippocampe également aphrodisiaque
    Dont la souplesse de l’appendice remporte la palme des sex-toys
    Car lorsque les marins décampent leurs engouements paradisiaques,
    Il faut bien qu’elles se dégourdissent de leurs petits poulains playboy.

    Illustration de Mila Marquis sur https://www.facebook.com/milamarquisillustration .

  • Les sirènes noires

    Certaines sirènes aux queues noires auraient été entraperçues
    Entre les eaux claires des tropiques du Capricorne et du Cancer.
    Comme il faut le voir pour le croire, un budget a été perçu
    Auprès des banques philanthropiques pour allouer des émissaires.

    Ainsi plusieurs observateurs ont recueilli toutes les preuves
    Qui en démontrent l’existence au grand dam de l’Évolution.
    Certains clichés révélateurs parmi les meilleures épreuves
    Ont signalé la consistance des noires circonvolutions.

    Charles Darwin a négligé la branche des femmes-poissons ;
    Aussi il paraît difficile de classer les sirènes noires.
    Malgré les avis mitigés, les chercheurs ont fait la moisson
    De documents assez faciles à prouver toute cette histoire.

    1ère image : photo de Roberto Manetta sur https://www.artphotolimited.com/galerie-photo/roberto-manetta censurée par Facebook à sa parution ;
    2ème image : Tableau de Rowena.

  • Les sirènes amazones

    Si minuscules qu’elles échappent aux photographes d’hippocampes
    Qui oublient de noter la selle et les étriers du coursier.
    En effet, elles rient sous cape lorsqu’elles aperçoivent que décampent
    Ceux qui ne voient pas qu’elles excellent par l’équitation initiées.

    Ce sont les sirènes amazones moins connues que leurs homologues
    Mais qui rivalisent d’audace dans la chasse aux poissons divins
    Car elles enrichissent la faune marine de faits analogues
    À ce que nos nemrods fadasses se racontent en buvant leur vin.

    Tableaux de Sue Halstenberg et de Nadine Pau.

  • Un sex-toy pour la sirène

    Aussi étrange et méconnu, ce bon vieux lapin de garenne
    Est d’autant drôle et saugrenu que l’est à nos yeux la sirène.
    On imagine mal ses oreilles inadaptées aux profondeurs
    À moins qu’une queue sans pareille lui donne un peu plus de rondeurs.

    Sans doute un marin malicieux et un maître coq facétieux
    Ont concocté cet audacieux hybride supercoquentieux.
    Que va-t-elle faire ? Le manger ou une fonction plus intime ?
    User de sa queue orangée pour un plaisir des plus ultimes… ?

    Cela la changera de la pieuvre et ses huit glorieux tentacules
    Qui lui ont tant donné la preuve que le nombre n’est pas ridicule.
    Cela lui changera la voix qui passera de huit octaves
    À des triolets plus grivois avec plus d’aiguës que de graves.

    Illustration de Carrie Wagner.

  • Fatale la nuit, mortelle le jour

    Ô Sirène sous la pleine Lune et c’est la mer comme en plein jour !
    Ainsi paraît la créature aux délices avantageuses.
    À croire ma bonne fortune tant elle en appelle à l’amour
    Si ce n’était pas sa nature de n’être qu’une naufrageuse.

    Ô Sirène en pleine lumière et c’est l’océan qui s’éteint !
    Ainsi le charme de la chimère sème obscurité autour d’elle.
    À croire qu’une avant-première va se dérouler ce matin
    Si ce n’était une éphémère épectase cruelle et mortelle.

    Illustrations de Marjorie Sarnat sur https://www.marjoriesarnat.com/fan-art .

  • La sirène pieuse

    La sirène avoue-t-elle un culte envers le dieu des océans ?
    Voue-t-elle des rites occultes par des usages bienséants ?
    Remercie-elle souvent Neptune pour sa manne bonifiée
    Lorsqu’elle chante sous la Lune pour les marins sacrifiés ?

    La queue ondulante et soumise, les mains jointes sur le pubis,
    A-t-elle une faute commise qui lui colore ses joues rubis ?
    Elle ferme ses yeux en amande, on dirait qu’elle va pleurer
    Lorsque son cœur parle et demande pardon aux veuves éplorées.

    Bien sûr, elle en a le cœur gros mais ce n’est pas vraiment sa faute.
    Alors quand elle montre les crocs, lorsqu’elle embrasse à marée haute
    Envers le dieu qui l’a conçue dans sa biodiversité,
    Sa proie ne peut être déçue ; c’est sa nature en vérité.

    Tableau de Victor Nizovtsev.

  • La sirène au clair de Lune

    Le clair de lune, pour la sirène, source de régénération,
    Change ses couleurs outremer en coloris psychédéliques.
    Les marins, dans la nuit sereine, tomberont en admiration
    Devant ces clins d’œil éphémères, feux follets méphistophéliques.

    À l’instar des grands prédateurs qui chassent dans les mers profondes,
    La lumière est domestiquée par les sirènes naufrageuses.
    Elles attirent les spectateurs par leurs appâts qui se confondent
    Avec l’enseigne sophistiquée des maisons closes outrageuses.

    Tableaux de Victor Nizovtsev.

  • La sirène en pleine interrogation

    Lorsqu’elle est jeune, la sirène ne croit pas qu’on vive hors de l’eau.
    Certes elle a vu que des oiseaux parcouraient le ciel, hors d’atteinte,
    Mais mener une vie sereine sur des îles dans les bungalows
    Lui paraît complètement maso et d’activités bien restreintes.

    Mais au cours de l’adolescence, d’une manière irrésistible,
    Elle est attirée en surface sans qu’elle comprenne pourquoi.
    Elle fait alors la connaissance de l’être humain indescriptible ;
    Une tête au sourire boniface mais le reste… pas très adéquat.

    D’abord des jambes qui lui donnent un air de monstre à quatre membres
    Et un cinquième riquiqui tantôt raide et tantôt flapi.
    Toujours est-il qu’elle s’abandonne entre ses bras, d’abord se cambre,
    Puis connaît le plaisir exquis lorsqu’il la prend sur le tapis.

    Enfin, cerise sur le gâteau, elle découvre que l’homme est bon ;
    Sa chair est juteuse à loisir et son sang procure du plaisir.
    Elle a compris que les bateaux lui rapportent autant de jambons
    Maintenant qu’elle sait les choisir bien dodus selon ses désirs.

    Tableaux de Piero Schirinzi sur https://poramoralarte-exposito.blogspot.com/2018/11/piero-schirinzi_18.html .

  • Nouvelle queue pour sirène esthète

    Elle fait sa mue de temps en temps, extrait ses jambes de sa queue
    Qui se détache et qui s’en va nourrir quelques poissons voraces.
    Elle n’se repose pas pour autant ; elle produit un fluide visqueux
    Composé de coacervat † tandis qu’elle lit sur sa terrasse.

    Dès la nouvelle queue formée, dans le fourreau ses jambes glissent
    Et nous retrouvons la sirène prête à nager entre deux eaux.
    Sa structure ainsi transformée, elle disparaît dans les abysses
    Pour parader d’un port de reine et frimer dans tous les réseaux.

    † coacervat : Petite gouttelette sphéroïdale de particules colloïdales en suspension.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La vie au grand air

    Océaniquement sirène, tu aimes l’eau, ton élément
    Dans lequel ta jolie queue vibre, aime se nourrir et s’étirer.
    Atmosphériquement sereine, tu aimes l’air évidemment
    Sans lequel ton corps n’est pas libre de s’empresser de respirer.

    Tes jambes recouvertes d’écailles, je les ai vues se transformer ;
    Devenir queue étincelante lorsque tu plonges dans la mer ;
    Redevenir jambes sur les rocailles lorsque tu viens te conformer
    À une vie équivalente à celle des humains éphémères.

    Tu es immortelle sirène, lorsque tu vis dans les légendes
    Mais tu redeviendras mortelle si tu viens vivre hors de ton monde.
    Alors reste libre, ma reine, parmi l’abondante provende
    De l’océan qui te rappelle que tu es la fille de l’onde.

    Illustration de Coles Phillips sur https://www.americanartarchives.com/phillips,c2.htm .

  • La sirindienne

    Pour la Saint-Valentin indienne – qui n’existe que dans les contes –
    Valentine, la petite sirène, cherche un matelot à aimer
    Par pour le manger à l’ancienne, en sauce comme on le raconte,
    Mais pour toute une nuit sereine à faire l’amour comme jamais.

    Au début, un peu de torture pour amadouer le marin ;
    Ça l’excite et sa queue frétille lorsque sa proie lui crie « arrête ! »
    Baisers alternés de morsures et coups de nageoires sur les reins,
    Ça l’exalte et ça l’émoustille et ça stimule son arête.

    Oui, elle est sado-masochiste mais une seule fois à point nommé ;
    C’est elle qui mène le mâle au bal et tourne autour du feu de camp.
    Mais elle n’est pas fétichiste ; une fois le marin consommé
    Elle délaisse l’envie animale pour d’autres plaisirs subséquents.

    Illustration de Marjorie Sarnat.

  • Saint-Valentin dans les abysses

    Cupidon a son homologue dans le royaume des abysses
    Et Saint-Valentin, un confrère pour les quatorze févriers.
    Saint-Espadon le sexologue pique les amants qui s’assoupissent
    Alors que Saint-Pierre au contraire les feraient plutôt frétiller.

    Saint-Espadon, à l’éperon leste et rapide, vous décoche
    Des coups de foudre aiguillonnés qui cabre la queue des sirènes.
    Quant à Saint-Pierre, le chaperon, il a toujours dans sa sacoche
    Un filtre qui fait bouillonner les saintes nitouches les plus sereines.

    (Tableau de Boris Vallejo sur https://aphrodisiacart01.wordpress.com/2016/07/18/boris-vallejo-julie-bell/ .)

  • Fin de saison

    En fin de saison la sirène rejoint les poissons migrateurs
    Qui partent pour des eaux plus chaudes situées dans l’autre hémisphère.
    En traversant les eaux sereines à l’approche de l’équateur
    Leurs queues deviennent plus rougeaudes mais cela, c’est une autre affaire.

    Mais revenons à la sirène dont les amants sont malheureux
    Car elle n’avait pas son pareil pour passer à la casserole
    Déglacée d’un vin de Touraine dont l’alcool rend le mâle heureux
    Et raffermit son appareil pour mieux lui percer la corolle.

    Adieu sirène de mon cœur, rendez-vous au prochain printemps
    Et si tu me ponds des fillettes ramènes m’en les plus jolies !
    Je passerai à contrecœur un hiver des plus éreintants
    En m’astiquant la zigounette quand je serai seul dans mon lit.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Une faim de lion-des-mers

    Désolé, vous n’auriez pas dû voir cette scène épouvantable
    De sirènes ayant partagé leur repas avec l’équipage.
    Ce passage est assez ardu car, à peine sorties de table,
    Elles ont, les autres passagers, conviés au prochain étripage.

    Avec un appétit de lion, les deux sœurs, sirènes gloutonnes,
    Ont besoin d’un bateau par jour, marins, capitaine et touristes.
    Ces monstres incarnent les trublions les plus dangereux qui détonnent
    Par rapport aux plaisants séjours parmi les Vénus folkloristes.

    Adieu la vie, adieu les femmes ! Mon bateau est arraisonné ;
    J’ai été trompé par les vents qui m’ont fait parvenir le chant
    De ces deux créatures infâmes qui vont bientôt m’assaisonner
    Et voici qu’à peine l’écrivant… – Aïe ! – je m’ fais bouffer sur le champ.

    Tableau de Daniel Landerman.

  • Sirènes aux corps rompus

    Qui saurait mieux noyer le poisson que l’assemblée des océans
    Où tous les ministres sont des reines vivant aux frais de la princesse ?
    Et pour détourner la moisson, remplir son compte bienséant,
    Qui mieux qu’une bande de sirènes saura mieux pomper nos richesses ?

    Comment une simple sirène qui a fait de longues étuves
    Aux Açores bonnes pour leurs piments pourrait montrer moins de rigueur ?
    La République pourtant sereine renfermerait-elle dans ses cuves
    Du vice plein de boniments qui lui donnerait sa vigueur ?

    Mais il y a pire que les sirènes dans l’aréopage chauvin :
    Requins aux dents longues acérées, pieuvres à l’encre opaque et noire,
    Orques qui tournent dans l’arène et louvoient entre pots-de-vin
    Et les merlus incarcérés dont on a perdu la mémoire.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le monde vu par les sirènes

    Pour les sirènes, tout est fluide, tout est flou, tout est nuancé.
    En politique c’est pareil ; tout est trouble, on ne saurait voir
    Les pots-de-vin qui en liquide tombent aux mains influencées
    Par un judicieux appareil manipulé par le pouvoir.

    Pour les sirènes, c’est à la voix qu’on pêche les marins dodus.
    En politique également, depuis tant de temps révolus,
    On cherche la meilleure voie et les meilleurs chemins tordus
    Pour parvenir au parlement, grand lieu de magouille absolu.

    Pour les sirènes, tout finit le plus souvent en queue de poisson.
    En politique au même titre, par le journal télévisé
    Et des programmes mal définis ou des mensonges par omission,
    On finit par faire le pitre tout au sommet de l’Élysée.

    Illustration de Gillianrm Kavanagh sur http://rmkavanagh.ie/paintings-2010 .

  • Les sirènes-volantes

    À force de me raconter autant d’histoires de sirène,
    Je finis par banaliser leur aspect extraordinaire.
    Je suis obligé de compter sur la foi plus ou moins sereine
    Des gens qui vont analyser mes poèmes imaginaires.

    L’imaginaire sans frontières a dépassé les océans ;
    Toute une branche de chimères a évolué à la volée.
    Leurs queues d’or, dont elles étaient fières, se sont dressées sur leur séant
    Et un plumage assez sommaire leur a permis de s’envoler.

    Désormais les sirènes volantes ne s’attaquent plus qu’aux bateaux
    Mais aussi aux avions qui passent qu’elles pénètrent par les soutes.
    Si leurs queues jadis flageolantes faisaient des mouvements patauds,
    Leur vitesse aujourd’hui dépasse le mur du son, sans aucun doute.

    Tableau de James Fodor.

  • Les sirènes modernes

    Les temps modernes ont apporté depuis des siècles millénaires
    Les derniers cris de la technique aux sirènes en soif de confort.
    Les airs qui passent à leur portée depuis les vents tourbillonnaires
    Deviennent stéréophoniques diffusés dans les transistors.

    Depuis qu’elles écoutent la mode, les sirènes sont au goût du jour ;
    Elles affichent des tatouages qui leur permettent d’aller seins nus.
    Étant donné qu’aux antipodes, l’été établit son séjour,
    Bronzent sous un ciel sans nuage ces dangereuses inconnues.

    Illustrations de Sara Ray.

  • Dit-on « pêcheuse » ou « pécheresse » ?

    Commettre des actes de pêche en faisant la tournée des bars
    Ou vivre à fond dans le péché dans le lit d’un torrent furieux,
    Pour un homme, rien ne l’en empêche – ça se prononce pareil, point barre –
    Pour une femme, c’est débauché et ça fait jaser les curieux.

    La pécheresse
    M’intéresse ;
    Le premier pas est accompli
    Toutes les barrières sont levées ;
    La femme est libre, je l’aime ainsi

    La pêcheuse
    Est un peu bêcheuse.
    D’ailleurs ça ne fait pas un pli ;
    Une seule chose la fait saliver :
    Surveiller sa ligne amincie.

    Tableau d’Anna Podedworna.

  • Johnny Triton

    S’il existe encore aujourd’hui, il doit vivre dans les abysses ;
    Il doit jouer de la guitare et coucher sur les bancs de sables ;
    Il doit fumer d’autres produits que la coke et le cannabis.
    Johnny le roi de la bagarre, Johnny Triton l’indispensable !

    Il aime les sirènes aux seins nus qu’il charme de ses biscoteaux ;
    Il chante tous les soirs son aubade aux bateaux ancrés dans la rade ;
    Il planque tous ses revenus aux îles aux paradis fiscaux.
    Johnny l’as de la dérobade, Johnny Triton vieux camarade !

    Toutes les femmes qui l’ont aimé chantent partout sa renommée ;
    Tous ses fils partent en tournée aux quatre coins des océans ;
    Son fan-club est tant essaimé que tous ensemble l’ont surnommé :
    Johnny, pour toute la journée, Johnny Triton tu es géant !

    Illustration de GapYBaraAi sur X.

  • La sirène émeraude

    J’aurais aimé la rajouter à ma revue des « Belles vertes »,
    Ces femmes habillées de vert ou aux yeux couleur émeraude.
    Mais chaque fois j’étais rebouté sur mon invitation ouverte
    À la suivre sous le couvert d’une rencontre qui me taraude.

    Car depuis que je l’avais vue nager dans un lac de Bavière
    Dont les eaux sombres vert foncé semblaient lui teinter l’épiderme,
    Je l’avais prise au dépourvu et elle plongea dans la rivière
    Disparaissant comme offensée et bouleversée à long terne.

    Tenez, c’est elle sur la photo que j’ai prise en catimini
    Tandis qu’elle sortait du lagon avant d’ pousser son cri d’alarme
    Demain je planterai un poteau où un mot sans ignominie
    L’invitera dans un jargon que j’espère propice à ses charmes.

    Illustration de Rien Poortvliet.

  • Jumping Nessie’s wave

    Je n’ai jamais su l’animal qu’elle calait entre ses jambes
    Mais sur les vagues il bondissait comme un jeune poulain fringant.
    C’était sans doute un jeune mâle aussi impétueux qu’ingambe
    Car à chaque bond elle glapissait de cris d’extase extravagants.

    Elle chevauchait sur sa monture entièrement nue, sans maillot,
    Dans sa chevauchée impudique à qui elle donnait tout son corps.
    Elle partait à l’aventure en criant plusieurs fois « Taïaut ! »
    Comme à la chasse parodique d’un cerf marin d’au moins dix cors.

    Je l’ai entendue quelquefois partir en l’appelant « Nessie »
    Tandis que j’arpentais la lande tout en admirant sa jeunesse.
    Puis lorsqu’elle n’avait plus de voix, elle rentrait en catalepsie
    En revêtant sa houppelande au huis du château du Loch Ness.

    Tableau de Herbert James Draper.

  • Neptunia

    Fille de Vénus et de Neptune, on n’lui a pas donné de nom ;
    La mythologie est muette quant à sa mythique existence.
    Mais justement, cette opportune héroïne devient le chaînon
    Manquant de l’énigme désuète qui ne manque pas de substance.

    Elle est sirène par son père et super-sexy par sa mère ;
    Une sorte de Cupidon avec une queue et un trident.
    « Cupidonia » irait de pair mais ça n’a pas plu à Homère
    Alors plutôt qu’un nom bidon, « Neptunia » fut plus évident.

    Bon. Maintenant qu’elle est nommée, sa légende peut commencer
    Et, bien qu’elle soit inconnue, imaginons sa destinée ;
    Créons-lui une renommée bien héroïque et romancée
    Et que ces héros méconnus cessent d’être procrastinés !

    (Tableau de Boris Vallejo sur https://aphrodisiacart01.wordpress.com/2016/07/18/boris-vallejo-julie-bell/ .)

  • Ces merveilleux fous pêcheurs-volants

    Puisque le métier de pêcheur ne nourrit son consommateur
    Qu’à condition d’aller pêcher dans les fonds les plus singuliers,
    Le contrôle de la fraîcheur demeure dans le collimateur
    Des règlements pour empêcher tous les trafics irréguliers.

    Au temps de la Marine à voile, des galères et des montgolfières,
    Les chalutiers s’en revenaient chargés sans se faire prier.
    Il est temps que l’on nous dévoile ce qui rendait les femmes fières
    Quand leurs maris leur ramenaient de quoi revendre à la criée.

    La guilde des poissons volants vantait bordels et garçonnières
    Où des parties de jambes en l’air valaient les tables solunaires.
    C’est du moins en batifolant avec les sirènes poissonnières
    Que ces marins patibulaires cocufiaient leurs partenaires.

    Mais quel rapport me direz-vous avec la pêche miraculeuse ?
    Eh bien les gardes de Neptune qui fréquentaient également
    Ces établissements chelous avaient la langue peu scrupuleuse
    Et révélaient pour quelques thunes les meilleurs des emplacements.

    (Tableaux de Piero Schirinzi sur https://poramoralarte-exposito.blogspot.com/2018/11/piero-schirinzi_18.html .)

  • La sirène bleue

    Dans les flots bleus, elle se cache grâce à un curieux mimétisme
    Qui lui fait prendre la couleur de l’atmosphère et du décor.
    Elle se recouvre alors de taches qui suivent un fluide magnétique
    Qui se propage sans douleur progressivement sur tout le corps.

    Lorsqu’elle émerge sur le rivage pour se mêler parmi les hommes
    Elle paraît chic dans un maillot digne des plus grands couturiers.
    Aux moments forts de l’estivage, elle sort souvent en binôme
    Avec un matelot fayot ou un marin aventurier.

    Amateur de Bodybuilding, je les repère facilement
    Et joue à les accompagner pour voir ce qui va se passer.
    Parmi les tours et les buildings, elles parviennent habilement
    À mettre la main au panier des passants dès lors dépassés.

    Bodypainting de Lymari Millot sur https://www.nadyasonika.com/gallery/item/mystique/ .

  • La sirène des temps modernes

    Depuis le siècle des lumières et l’explosion industrielle,
    Les bateaux ont perdu leurs voiles et sont équipés de moteurs.
    Or les sirènes, les premières, ont dû adapter des kyrielles
    De stratagèmes qui dévoilent qu’elles suivent d’ardents promoteurs.

    Ce sont les tours-opérateurs qui affrètent les grandes croisières
    Et qui engagent les sirènes pour en charmer les traversées.
    Par leurs chants rémunérateurs et leur séduction outrancière,
    Les recettes sont bien plus sereines et les pertes moins controversées.

    Ça ne plait pas à tout le monde notamment aux divas, aux stars,
    Aux Castafiores d’opérette, Shellalas, Ginas et Gigis.
    En revanche à chaque seconde une sirène superstar
    Fait vendre dans les supérettes du PQ à son effigie.

    Tableau d’Armand Baltazar sur https://www.kaifineart.com/armandbaltazar .

  • Le repaire de Muréna

    Le repaire de Muréna

    De son repaire, Muréna guette le pêcheur imprudent
    Qui vient s’aventurer chez elle guidé par l’âme chasseresse.
    Fidèle fille d’Athéna, elle l’attire lui préludant
    La proie facile d’une demoiselle à porter à son palmarès.

    Mais connaissez-vous la murène, poisson aux dents longues et pointues
    Qui vit dans les trous de rocher mais jamais n’attaque un plongeur ?
    Or dans ces galeries souterraines, il arrive qu’un pêcheur têtu
    Viennent de trop près l’approcher… et la murène mord le nageur. †

    Quand Muréna est dérangée, elle fait usage de ses charmes
    Afin de capter l’intérêt du chasseur qui devient gibier.
    Elle empiège alors l’étranger qui pense qu’elle n’a pas d’arme
    Et lorsqu’il croit l’avoir ferrée… elle l’égorge dans le bourbier.

    (Tableau de Waldemar von Kozak.
    † « Le repaire de la murène » une aventure de Spirou & Fantasio d’après André Franquin.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La Voie Manta

    La Voie Manta

    Comme des oiseaux migrateurs en route pour d’autres pays,
    Les raies mantas s’en vont aussi découvrir des mers plus sereines.
    Qu’il est heureux l’admirateur qui voit sous ses yeux ébahis
    La transhumance qui s’associe à la migration des sirènes !

    Les raies mantas pavent les voies qu’emprunte le flot des sirènes
    Comme une autoroute piscicole pour bolides aux ombres falotes.
    On n’y voit rien ! C’est à la voix qu’elles suivent fidèlement leur Reine
    Ladite Manta qui s’y colle dès qu’elles ont besoin d’un pilote.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La voix de sa mère

    La voix de sa mère

    Quand la sirène commuta sa jolie queue en jolies jambes,
    Elle conserva le contact avec la reine des abysses.
    Avec deux conques qu’elle permuta en plaçant l’une à l’entrejambe
    Qu’elle dut se coincer avec tact sur la peau tendre du pubis.

    En portant l’autre à son oreille, elle pouvait écouter sa mère
    Comme un cordon ombilical mais à distance et par wifi.
    Les conques, à nulle autre pareille, portaient tellement loin sur la mer
    Qu’aux transmissions subtropicales, c’ fut un véritable défi.

    Pourquoi sur le pubis au juste ? Sans doute que le clitoris
    Devait jouer le rôle d’antenne ou de signal répétiteur.
    On pense aussi que sur le buste perlent deux tétons qui nourrissent
    Et donc amplifient par centaine les appels depuis l’émetteur.

    Tableau de Michael Whelan.

  • La fille des ondes

    La fille au joli nez de cygne aimait autant le poisson cru
    Ainsi sans doute était-ce un signe sinon alors qui l’aurait crue ?
    En tartare, salade ou sushi, en céviche ou en tahitienne,
    Nourriture rêvée pour le chi † et, pour le corps, esthéticienne.

    Elle gagnait sa vie à Marseille à son étal de poissonnière ;
    Quand vous irez, je vous conseille de prendre sa sole meunière
    Qu’elle cuisine sans se faire prier dans sa boutique du panier ††
    Près du vieux port à la criée et ses maraîchers cancaniers.

    (Tableaux d’Oleg Shupliak sur https:arts.centerukOlegShupliak
    † le chi ou le qi représente l’énergie vitale
    †† célèbre vieux quartier de Marseille.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.