Catégorie : Poésie du dimanche

  • Le baiser du chat

    Cherche-Midi dans son jardin n’a pas vraiment d’autre besoin
    Sauf d’attention évidemment et de câlins passionnément.
    Toutefois depuis qu’ son gredin de maître s’acoquine d’un conjoint,
    Les caresses s’ font éminemment plus rares disproportionnément.

    Et tu l’embrasses et tu l’étreins, et je te griffe et je te mords ;
    Et tu la caresses et l’enlaces, et j’égratigne ta couverture ;
    Et plus tu y mets de l’entrain et plus je lui souhaite la mort
    D’ailleurs tandis qu’elle se prélasse, je fais pipi dans ses chaussures.

    « Toi aussi je t’aime mon minet ! » et chaque fois je suis floué
    D’autant plus fort que sa bougresse vient me chatouiller le menton.
    Quand les mamours sont terminés, je me roule en boule, bafoué
    Et je m’endors avec tendresse bien faufilé dans le futon.

    Tableaux de Gustav Klimt et importunés par Inna Ruda.

  • Une femme-médecine

    Une femme-médecine

    J’ai rencontré l’une des leurs qui a daigné se mettre à nu
    Pour me présenter sa science issue des femmes-médecines.
    D’abord la magie n’est qu’un leurre afin de couvrir l’inconnu
    Et protéger de l’inconscience toute aversion de leurs racines.

    Bien sûr, leurs filles sont sacrées et leurs fils leur sont dévoués
    Pour les nourrir et pour parer à tous dangers de l’extérieur.
    Ainsi les femmes consacrées à leurs pratiques inavouées
    Ont le champ libre pour préparer leurs âmes au stade supérieur.

    Comme pour me récompenser de l’avoir longtemps écoutée,
    Elle m’offrit son amour, sans doute, pour partager l’esprit divin
    Comme une levure condensée qui relève le cœur ajouté
    D’un soupçon de deux ou trois gouttes qui font office de levain.

    Illustrations de Jean-Sebastien Rossbach sur https:cargocollective.comjsrossbachPortraits .

  • Carrousel pour trois chevaux – 2

    Carrousel pour trois chevaux - 2

    Ils étaient trois chevaux sauvages qui mutaient au fil des saisons ;
    Belle robe brune au printemps, puis en été robe isabelle.
    Après plusieurs mois d’estivage, après le temps des floraisons,
    Les poils transmutent en se teintant de tonalités mirabelles.

    Puis vient la rouille et puis vient l’ambre pour se cacher dans les forêts ;
    Robes d’or au soleil levant et cuivrées au soleil couchant.
    Et chaque mois jusqu’en décembre, des pelages les plus colorés
    Passent en courant dans le vent dans un spectacle effarouchant.

    En hiver la mode est au blanc, gris, perle, argent et opaline
    Selon s’il neige, selon le temps, selon la bise qui oppresse.
    On les raconte ressemblant à des déités chevalines
    Issues de contes relatant leurs épopées enchanteresses.

    Tableaux de Fefa Koroleva sur https:fineartamerica.comprofilesfefa-koroleva .

  • Les femmes-médecines

    Sirènes des bois, chimères des mers, de quelles légendes viennent-elles ?
    De sociétés matriarcales où les femmes dirigent leurs mondes ;
    Indigènes aux yeux outremer nées de déesses immortelles
    Dont les racines ombilicales plongent dans les forêts profondes.

    Femmes-médecines de mères en filles qui se transmettent leurs secrets
    Dans la matrice en gestation et par leurs âmes communautaires.
    Ainsi s’agrandit la famille qui, par le féminin sacré,
    Évolue dans l’acceptation de leur système immunitaire.

    Elles ne nourrissent pas seulement leurs enfants du lait de leurs seins
    Mais de la tradition orale des origines de la Terre.
    Leurs dons provient d’enseignements impénétrables aux médecins
    Et leurs écoles doctorales mais par théurgie sanitaire.

    Illustrations de Jean-Sebastien Rossbach sur https:cargocollective.comjsrossbachPortraits .

  • Carrousel pour trois chevaux – 1

    Ils étaient trois chevaux sauvages, toujours ensemble, inséparables,
    Mais tout autant insaisissables ; ils disparaissaient dans le vent.
    Sans doute contre l’élevage dans des haras indésirables,
    Hostiles à l’inassouvissable désir de l’homme démotivant.

    Ils n’apparaissaient que le soir, surtout les nuits de pleine Lune
    Où ils tournaient comme un manège autour d’un arbre séculaire
    Faisant office d’ostensoir pour une liturgie peu commune
    Envers une déesse des neiges d’une blancheur spectaculaire.

    De temps en temps, ils étaient quatre ; sans doute un cheval de passage
    Venu partager la parade et s’initier au rituel.
    Alors dans la lumière albâtre commençait son apprentissage
    Laissant le nouveau camarade hennir d’un chant spirituel.

    Tableaux de Fefa Koroleva sur https:fineartamerica.comprofilesfefa-koroleva .

  • La quatrième nuit chevaline

    La quatrième nuit chevaline

    Lune Nouvelle, bonne nouvelle, tout l’univers complémentaire
    N’est que cycles de vies et de morts qui se propagent à l’infini.
    Tout ce qui vit se renouvelle comme un besoin élémentaire
    De s’améliorer sans remords et sans objectif défini.

    Si entre mon cheval et moi, s’est créé la complicité,
    Sans doute nous sommes nous connus sous d’autres formes d’existences.
    À chaque rencontre, quel émoi de faire avec simplicité
    À nouveau ces rites inconnus qui reviennent avec persistance.

    Juste avant l’aube, un rayon d’or, comme un signal prémonitoire,
    Nous annonce le prochain retour de la période d’ascension.
    Tandis que la forêt s’endort d’un profond sommeil méritoire,
    On voit mourir aux alentours des feux follets en suspension.

    Tableau de Fefa Koroleva sur https:fineartamerica.comprofilesfefa-koroleva .

  • La quatrième lune chevaline

    La quatrième lune chevaline

    Après mes trois premières lunes, nous étions, mon cheval et moi,
    Connectés de pensées communes comme si nous étions siamois.
    Je sentais son corps intensif et son cœur d’essence chevaline
    Et lui, mon esprit expansif et mon âme toute féminine.

    Enfin la quatrième lune, empreinte de témérité
    Sans la science inopportune à connaître la vérité,
    Nous ouvrit cette dimension qui échappe à l’entendement
    Par la force de l’intention qui entraîne l’enfantement.

    Ainsi lovée telle un fœtus contre mon Pégase amoureux,
    Dans la position du lotus, je sentis mon cœur langoureux
    Battre d’une énergie sensible avec celui de ma monture
    Qui me fécondait impassible par le pouvoir de la Nature.

    Tableau de Fefa Koroleva sur https:fineartamerica.comprofilesfefa-koroleva .

  • Les trois lunaisons chevalines

    Premier quartier, la nuit sereine ouvre la première semaine
    Où je sens dans l’obscurité l’esprit des arbres de la forêt
    Qui se répand dans les arènes, loin des activités humaines,
    Que forment par maturité maintes clairières phosphorées.

    En Pleine Lune, méditation, réflexion et recueillement
    Des énergies de la Nature fécondée du halo lunaire.
    Un temps de préméditation quant au prochain effeuillement
    Comme une mort qui fait pâture de nos mémoires lacunaires.

    Dernier quartier, la nuit s’endort vers une amnésie absolue
    Comme si la région entière nécessitait la digestion.
    Sous la voûte d’étoiles d’or, nous marchons d’un pas résolu
    Vers cet oubli hors des frontières de nos perceptions en question.

    Tableaux de Fefa Koroleva sur https:fineartamerica.comprofilesfefa-koroleva .

  • Les trois lunes chevalines

    Inévitable était le mot pour mon parcours initiatique
    Où je devais, seule, à cheval, traverser ma nuit solitaire.
    La Lune conjointe aux gémeaux, dédoublée et énigmatique,
    Rayonnait dans un festival d’étoiles tout autour de la Terre.

    Ma solitude fut troublée lorsque mon cheval me parla
    Comme si la Lune le dotait d’une aura de divinité.
    Je fus, moi aussi, affublée d’une couronne de mandalas
    En même temps qu’il me chuchotait les secrets de l’humanité.

    Quand l’aube creva les ténèbres, clôturant ma première nuit,
    Mon cheval répétait encore une fois tout c’ qu’il m’avait appris ;
    Ainsi quand le soleil célèbre un nouveau jour épanoui,
    Le cœur rayonne sur le corps et l’âme ressource l’esprit.

    Tableaux de Fefa Koroleva sur https:fineartamerica.comprofilesfefa-koroleva .

  • Déesse au cinquième temps

    Déesse au cinquième temps

    Selon pays et latitudes, il est des cinquièmes saisons ;
    Été indien aux Amériques ou la mousson aux antipodes.
    Elle a donc plusieurs attitudes ; son cœur ignore sa raison
    Et, d’un naturel chimérique, elle surprend à chaque épisode.

    Elle joue les prolongations, étire les arrière-saisons
    En gagnant toujours du terrain au grand dam de sa subséquente.
    Sécheresse et Inondation l’accompagnent sans comparaison,
    Ses deux enfants adultérins dont elle est mère inconséquente.

    Finalement, il faut le dire, la déesse est stakhanoviste ;
    Elle nous pourrit les printemps, puis les étés et les automnes.
    De plus, on ne peut rien prédire car elle débarque à l’improviste
    Et la météo passe son temps à traquer ses coups qui détonent.

    Tableau « Goddess of Earth » par Amanda CHURCH

  • Amours cachées mais animales

    Amours cachées mais animales

    Il est des amours interdites qui toujours marqueront l’histoire
    Notamment celles d’une licorne et d’un taureau sous les étoiles.
    De cette liaison maudite naquirent tous leurs enfants notoires ;
    Minotaure et chimères à cornes de toutes sortes et de tout poil.

    Ainsi de filles du taureau en fils de la licorne agile,
    Les descendants continuèrent les mariages interlopes.
    Bien loin des principes moraux qui ne sont paroles d’évangile,
    Les créatures évoluèrent en centaures, gorgones et cyclopes.

    Elles n’ont pas vraiment disparu quoique la science le dise
    Mais ont émigré vers les terres de la toundra transsibérienne.
    Parfois s’il vous est apparu d’en croiser une par surprise
    Bénissez cette solitaire d’être restée végétarienne.

    Tableaux de Esben Hanefelt Kristensen http:www.knudgrothe.dkalbum.asp?kunstner=89&vb=3489 .

  • Déesses aux quatre temps

    À chaque saison sa déesse, à chaque déesse son talent ;
    La divinité du printemps d’ailleurs en dispose à son aise.
    Autant elle joue de prouesses, autant ses retards insolents
    Rendent renouveaux éreintants pour la néoglucogenèse †.

    Quand vient l’été, pas de problème pour notre nymphe estivalière
    Qui réserve toujours en avance ses quartiers de villégiature.
    Elle se fait connaître par l’emblème aux fleurs des champs festivalières ;
    Fleurettes de Saint-Paul-de-Vence cultivées en pleine nature.

    Quand vient l’automne monotone, la responsable de la déco
    Doit user de mille stratégies pour égayer le paysage.
    On lui doit ces tons qui détonnent, ambre et rouille qui se font écho
    Dans une sorte d’élégie à la beauté de son visage.

    Comme un capricorne en hiver, elle reste dans sa tour d’ivoire
    Et n’utilise que les vents mêlés de neige pour décorer.
    Elle est la pire dans l’univers de toutes les déesses du devoir ;
    D’ailleurs son titre est relevant de la mort sûre pérorée.

    (Tableaux « Goddess of Earth » par Amanda CHURCH
    † je ne suis pas sûr quant à la néoglucogenèse mais n’étant pas une déesse, je n’en discuterai pas.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Amours célèbres et animales

    Quand deux chevaux furent conviés à partir en lune de miel
    Pour une croisière animale, ils y accoururent en sabots.
    Leur place étant fort enviée par d’autres espèces non essentielles,
    Ils préparèrent vite leurs malles et montèrent dans le paquebot.

    Jaguars, ocelots, léopards et tous les fauves tachetés
    Embarquèrent et prirent pension avec buffet à volonté.
    Mais pour nourrir ces salopards, Noé n’ayant rien acheté,
    Sacrifia à leur expansion une boucherie violentée.

    « Pour vivre heureux, restons cachés ! » car les licornes inopportunes
    Furent « persona non grata » refoulées à l’entrée de l’Arche.
    Cependant elles purent s’arracher à leur destinée d’infortune
    Et firent partie du prorata… mais à l’insu du patriarche.

    Tableaux de Esben Hanefelt Kristensen http:www.knudgrothe.dkalbum.asp?kunstner=89&vb=3489 .

  • L’arc-en-cœur

    L’arc-en-cœur

    Un jour j’ai osé l’ouverture du cœur et de toute mon âme
    Qui tonna d’un coup de canon dans l’air devenu furibond
    Afin de tenter l’aventure, afin de conquérir ma dame,
    Et même si la dame m’a dit non, mon cœur s’est ouvert pour de bon.

    Ce don, d’après l’astrologie, vient des planètes en pentagone
    Qui offrent à l’esprit engourdi de se reconnecter au cœur
    Et joindre la mythologie pour, via le réseau d’Antigone,
    Savoir braver les interdits et s’asseoir parmi les vainqueurs.

    Illustration de Joka sur https:dotjoka.comgallery2011-2014 .

  • Sonate au clair de Lune

    Sonate au clair de Lune

    Sol do mi, sol do mi, trois notes répétées ;
    Une invite à l’amour, un appel de la vie.
    Bonhomie, bionomie, tel l’écho reflété
    Qui pointe au petit jour quand le soleil revit.

    Sol do mi, sol do mi, sérénade à la Lune ;
    La femme qui séduit l’homme qui s’introduit.
    Endormis, rendormis, dans la couche commune
    La musique conduit, la vie se reproduit.

    Tableau de Susan Seddon Boulet.

  • Sur les chemins du paradis

    Vous me croirez si vous voulez, je m’ suis retrouvé à cheval
    Devant les portes consacrées à protéger le Paradis.
    Mais je n’en fut pas refoulé et, dans une sorte de carnaval,
    J’entrai dans la forêt sacrée dans un Éden de parodie.

    Pas de houri à l’horizon en référence à Mahomet,
    Ni de lait, de vin ou de miel mais une jungle inextricable.
    Chevauchant dans cette prison végétale, en quête d’un sommet,
    Je pensais, atteignant le ciel, appréhender l’inexplicable.

    Puis une femme fit son entrée sur sa somptueuse monture
    Tonnant : « Maintenant je suis Dieu et toi, l’humain, ma créature !
    Ensemble, dans cette contrée, nous allons peupler la nature
    Et recommencer l’insidieux cycle de notre progéniture ! »

    Tableaux de Esben Hanefelt Kristensen http:www.knudgrothe.dkalbum.asp?kunstner=89&vb=3489 .

  • Pas de sirène au paradis ?

    Refusée à l’entrée de l’Arche selon on ne sait quel critère,
    La sirène put se réfugier auprès d’un dauphin, son cousin.
    La fuyarde et son patriarche prirent la barque pour Cythère
    Et, dans ces eaux privilégiées, vécurent auprès de leurs voisins.

    Charmants compagnons de fortune, les poissons la prirent pour reine
    Auprès des cétacés-barons dans le royaume des abysses
    Du territoire de Neptune, Dieu procréateur des sirènes
    Et tous les tritons fanfarons qui naquirent sous ces bons auspices.

    Fécondée pas son étalon, elle enfanta l’homme-poisson
    Qui lui donna une descendance obscure à la taxonomie.
    Si les chrétiens tournent les talons à leur accorder sans façon
    Le salut par condescendance, ils pèchent avec parcimonie.

    Tableaux d’Esben Hanefelt Kristensen http:www.knudgrothe.dkalbum.asp?kunstner=89&vb=3489 .

  • Aux sources de l’imaginaire

    Aux sources de l’imaginaire

    Du fleuve de l’imaginaire, en explorant mes propres sources,
    J’ai gravi l’enfance à l’envers jusqu’à mes premières lectures
    Pour lesquelles l’extraordinaire dont j’économisais ma bourse
    Me révélait tout l’univers et mes plus belles aventures.

    Au fil des bandes dessinées, des inventions de Jules Verne,
    Et de la bibliothèque verte, j’ai semé de l’or dans mes rêves.
    Au fil des pages disséminées qui m’auront servi de gouverne
    Ont fleuri toutes mes découvertes qu’encor je cultive sans trêve.

    Illustration de François Schuiten.

  • Aviez-vous réservé ?

    Aviez-vous réservé ?

    Évidemment j’aurais rêvé d’obtenir la plus belle table
    Au cours des épreuves requises pour mon admission à la vie.
    Mais lorsque je suis arrivé, les places les plus confortables
    Avaient déjà été conquises par ceux qui les avaient ravies.

    J’aurais pu naître bien avant mais ç’aurait été similaire ;
    L’opportunisme n’attend pas pour disqualifier les novices.
    Or patienter jusqu’au suivant prendrait des années séculaires
    Et je manquerais le repas pour avoir loupé le service.

    Les meilleurs tables étant prises que reste-t-il à espérer ?
    Attendre qu’une se libère, contester quitte à m’énerver ?
    Je peux les prendre par surprise, crier « au feu ! » désespéré
    Ou dire à l’oreille du cerbère… « Que j’avais pourtant réservé ! »

    Vu sur https:www.newyorker.commagazine .

  • Femmes-fleurs au gré des dieux

    La mythologie nous raconte autant d’exploits que de prouesses
    Que les héros doivent aux femmes, véritable énergie divine.
    Le demi-dieu reçoit l’acompte accordé par une déesse,
    Puis échappe aux pièges infâmes grâce au soutien de sa copine.

    Si tout un cirque on fait de Dieu, on célèbre autant la beauté
    Des plus belles femmes du monde auxquelles un culte est consacré.
    Les concours les plus fastidieux, mariages en principautés,
    Font l’adulation vagabonde sur tous les tabloïds sacrés.

    Morgane, Viviane, sorcières ou Vierge-Marie divinité,
    Le charme est traité de diablesse ou d’immaculée conception.
    Je possède une âme sourcière qui connaît une infinité
    De ruisseaux qui jamais ne blessent le cœur sinon de déception.

    Tableaux d’Audrey Kawasaki https:www.audkawa.com2017 .

  • Femmes-fleurs au gré des ondes

    Les femmes, ondes de beauté, transmettent le charme dans le temps.
    Du bout du nez de Cléopâtre jusqu’aux yeux de la Du Barry,
    S’enchaîne une charibotée de dames aux appas envoûtants
    Résonnant dans l’amphithéâtre qui fait jaser le Tout-Paris.

    Chacun y reconnait la vague qui lui bouleverse le cœur,
    Qui le stimule et qui l’agrée à lui conquérir son sommet.
    Et lorsqu’elle accepte la bague qui lui donne un air de vainqueur
    L’onde atteint le plus haut degré de l’amplitude à consommer.

    Puis la fréquence redescend et se transfère à ses enfants
    Qui propageront à leur tour l’onde du féminin sacré.
    Ce pic tantôt évanescent revient sans cesse triomphant
    Car il fait des aller-retours auxquels l’amour est consacré.

    Tableaux d’Audrey Kawasaki https:www.audkawa.com2017 .

  • Et tout recommencer !

    Et tout recommencer !

    Si je devais recommencer et pouvoir choisir à la carte,
    Je resterais d’abord heureux comme un poisson dans l’au-delà,
    Puis suivrais la voie romancée que toutes les religions écartent
    En optant pour un chaleureux corps de félin au walhalla.

    Puisque choisir, c’est renoncer, j’explorerais toutes les pistes ;
    Pourquoi pas devenir sirène et rester dans mon élément ?
    Puis un ange viendrait m’annoncer qu’il ferait de moi une harpiste
    Et me produirait dans l’arène pour un public plutôt clément.

    Tour à tour, je m’incarnerais dans tous les animaux du monde,
    Jouant plus souvent de gibier que de prédateur sanguinaire.
    Sans doute je m’épargnerais la création la plus immonde
    Qui fait de la Terre un bourbier au bout de quelques millénaires.

    Tableau d’Evgeni Gordiets.

  • Le petit prince lunatique

    Le petit prince lunatique

    La face cachée de la Lune serait tout envahie de roses
    Depuis qu’un certain petit prince y aurait un jour fait escale.
    Par quelques graines inopportunes, quelques comètes qui les arrosent
    Et des vents solaires qui rincent plus l’aide d’un agneau pascal.

    Lorsqu’un jour il est revenu à la demande du renard,
    Il a vu les roses éclatées et disséminées dans l’espace
    Par la floraison obtenue grâce à trois anges goguenards
    Dont les exploits sont relatés par les étoiles en messe basse.

    Quarante jours, quarante nuits, on a ramassé des pétales ;
    Certains écrits parlent d’un déluge ou d’une inondation florale.
    Quoi qu’il en soit, cela ne nuit en rien à l’histoire fatale
    Car le prince a trouvé refuge dans une roseraie littorale.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Femmes-fleurs au gré des vents

    Par des vents venus d’occident et qui ont traversé les mers,
    Des flots de graines immigrantes viennent se chercher un foyer.
    Un peu de pluie par accident, un peu de soleil éphémère
    Offrent une manne équilibrante qui va les aimer, les choyer.

    Aussitôt les tiges fleuries, toutes ensemble se mettent en transe
    Au moindre souffle ou courant d’air qui leur rappelle leurs origines.
    De jour en jour, la soufflerie excite les fleurs à outrance
    Comme les amours légendaires de cent mille fées sauvagines.

    Par des vents arrivés d’orient qui ont franchi les continents,
    Des semences d’autres essences vagabondent dans l’air rebelle.
    Par ce concours luxuriant, anciens et jeunes s’acoquinant
    Nous enrichiront de naissances en femmes-fleurs encore plus belles.

    Tableaux d’Audrey Kawasaki http:audreykawasaki.blogspot.com201408my-hirari-hirari-show-at-merry-karnosky.html#more .

  • Femmes-fleurs au gré du temps

    La jeune fille à peine éclose fleurit un matin de printemps
    Humide en perles de rosée, un collier précieux d’eaux célestes
    Dont chaque goutte tombe, explose sur ces butineurs s’apprêtant
    À goûter son cœur arrosé du nectar dont ils la délestent.

    La jeune femme épanouie s’ouvre sous un soleil d’été
    Aux abeilles et aux papillons qui vont lui féconder le cœur.
    Si au soir elle s’évanouit après de trop longues tétées
    À l’aube après son roupillon, elle renaît par l’astre vainqueur.

    La femme mûre aux fruits charnus attire oiseaux de toutes sortes
    Qui retransmettront à la Terre ses graines d’enfants assumés
    Qui, par des chemins biscornus ou par le vent qui les emporte,
    Deviendront l’image planétaire de la femme-fleur parfumée.

    Tableaux d’Audrey Kawasaki https:www.audkawa.com2017 .

  • Correspondance langoureuse

    Correspondance langoureuse

    Pour trouver marin à son goût, elle décide de voyager
    Dans une bouteille à la mer, un mobil-home bienséant.
    Il lui faudra du premier coup trouver l’adresse apanagée
    D’une piscine bleu-outremer, vue imprenable sur l’océan.

    Comme j’habitais à Marseille une maison en bord de mer,
    Elle jeta son dévolu sur ma villa « le Montfaucon ».
    Bien que ma prudence conseille d’éviter la pilule amère,
    Après une année révolue, j’ouvris le mystérieux flacon.

    De l’amour je connus l’ivresse car elle m’a dévoré le cœur
    Qui, tel le foie de Prométhée, ressuscite au soleil levant.
    Elle le croqua avec tendresse et en absorba la liqueur,
    J’en éprouvai l’ébriété d’un orgasme des plus émouvants.

    Illustration de Gretel Luski sur gretlusky.com .

  • Correspondances amoureuses

    Correspondances amoureuses

    Comme elle n’a plus vu de marin depuis bien longtemps maintenant,
    Elle ouvre une correspondance, bouteilles jetées à la mer.
    Encre au parfum de romarin, joli papier, beau contenant,
    Elle espère bien faire bombance de beaux matelots doux-amers.

    Au centre de tri des sirènes, les receveuses sont perplexes…
    « Tout ce courrier exagéré va nous rameuter trop de monde ! »
    Elles prennent conseil de leur reine qui les retourne sous prétexte
    Que les bouchons sont altérés et rendent l’encre nauséabonde.

    Tout son courrier est renvoyé avec une carte costale :
    « Aucun destinataire n’habite à l’adresse lue sur l’étiquette. »
    Contre les postières employées et leur maudite censure postale,
    Malgré sa déception subite, elle n’enverra nulle requête.

    Illustrations de Gretel Luski sur gretlusky.com .

  • Chagrin d’amour perdure autant

    Elle a tendance à s’isoler dans la protection de sa bulle
    Pour s’y laisser mourir d’amour suite à sa fracture du cœur.
    Elle se forge un mausolée où des Cupidons somnambules
    Viendront pleurer son désamour et s’en lamenteront en chœur.

    Dans la bulle, une petite voix résonne au plus profond de l’âme :
    « Le cœur ne fait pas de faux pas, il évolue, tout simplement.
    Ce n’était pas la bonne voie, mais sur d’autres brille la flamme
    De personnalités sympas dont l’une est ton prince charmant ! »

    Enfin un jour la bulle éclate, le cœur entre en convalescence,
    Il suit sa rééducation, il panse et soigne ses blessures.
    Toutes les amours le relatent : après la mort, la renaissance
    Et arrive une relation qui rétablit et qui rassure.

    Illustrations de Gretel Luski sur gretlusky.com .

  • Chagrins d’amour ne durent qu’un temps

    Mieux vaut souffrir que ne pas souffrir du tout.
    Bien que l’amour soit une force, on ne peut pas forcer l’amour
    Car l’amour par définition n’existe que s’il est partagé.
    Quand un chagrin griffe l’écorce du cœur qui bat d’un rythme lourd,
    Il en oublie la punition et s’en retrouve encouragé.

    Les flèches du Cupidon.
    Laisse donc Cupidon planter dans ton corps ses flèches adressées
    Car ton cœur fait feu de tout bois et devient de plus en plus fort !
    Mais ne te laisse pas supplanter par ton amour-propre blessé ;
    Ce n’était pas la bonne voie, demain tu feras plus d’efforts !

    Un « non » les fâchera sans doute mais tu resteras libre.
    Quand l’amour devient ton gardien, ton isolement, ta prison
    Alors l’annonce d’une rupture devient clef de ta liberté.
    Tu as tranché le nœud gordien qui contractait ton horizon
    Et désormais, c’est l’aventure pour un amour de vérité.

    Illustrations de Gretel Luski sur gretlusky.com .

  • Cérémonie sauvage

    Cérémonie sauvage

    Bleu de nuit sous la Lune, vert émeraude la forêt,
    Rouge sang les lapins, d’or les yeux affolés,
    Ô couleurs opportunes, fluorées, phosphorées,
    Crépuscule là peint à coups de feux follets !

    Une nuit spécifique pour un peintre sorcier
    Qui n’use de couleurs qu’issues du fond des bois
    Mais ce soir mirifiques, sans doute associées
    Aux intimes douleurs d’une Terre aux abois.

    Voyez, frères humains qui vous sentez privés,
    Les vrais fils de la Terre n’ont pas besoin de vous
    Pour préparer demain la prochaine arrivée
    Des vrais propriétaires que Gaïa leur dévoue.

    Tableau de Marina Antonova.

  • Le chat de Schrödinger

    Le chat de Schrödinger

    Alors le chat de Schrödinger, est-il avec nous ou ailleurs ?
    Est-il défunt ou bien vivant, figé dans l’immortalité ?
    S’amuse-t-il d’un air blagueur à nous duper d’un ton railleur
    Avec son mystère captivant au risque d’irréalité ?

    Cet état de vie suspendue doit faire plaisir au minet
    Qui peut ainsi chasser ses proies perversement d’une main preste.
    Et ses victimes prétendues deviennent ainsi contaminées
    Par ce virus qui nous fait croire à la vie, la mort et le reste.

    Le jour occulte son trépas, la nuit nous cache ses atomes ;
    Chaque moment de la journée reste une énigme à l’existence.
    Faut-il lui donner un repas sinon chasse-t-il les fantômes ?
    En fait, il poursuit sa tournée avec totale inadvertance.

    Illustration de Caramurú Baumgartner.

  • Femmes en bleu

    Le Chaperon, entre chien et loup, s’éclipse subrepticement
    Pour rejoindre « vous-savez-qui » au fond des bois sous la pleine Lune.
    Son amant est un peu jaloux de la voir clandestinement,
    Méfiant de prendre pour acquis ces précautions inopportunes.

    Peau-d’âne a le blues du départ ; qui sait ce qui peut arriver
    Au cours des jours avec un père qui se montre si entreprenant ?
    Quand plus de vingt ans vous séparent, l’amour du même sang privé
    Est-il l’existence qu’elle espère malgré l’effet contrevenant ?

    La Belle au Bois-Dormant s’endort pour cent ans et bien plus encore ;
    C’est pour son bien lui a-t-on dit ainsi que pour son avenir.
    Elle fera cent mille rêves d’or sous un dôme autour de son corps,
    Bien à l’abri des maladies, gage des meilleurs souvenirs.

    Cendrillon vient juste de rentrer tout essoufflée après sa course ;
    Désolée, elle est au taquet et s’effondre sur sa paillasse.
    À présent toute concentrée, elle a épuisé ses ressources ;
    « Adieu carrosse, adieu laquais bonjour espoir, salut l’audace ! »

    Tableaux de Richard Burlet.

  • Femmes en rouge

    Le Chaperon se fait du mouron ; l’amant n’est pas au rendez-vous ;
    Sans doute un chasseur à l’affût l’a buté au nom de la loi.
    Tant pis si demain nous mourrons d’amour pour un grand méchant loup
    Dont les histoires font un raffut dans les villages de bon aloi !

    Peau-d’âne se fait du souci ; Papa n’est pas un bon parti ;
    Sans doute le qu’en-dira-t-on alimente aussi les rumeurs.
    Lorsque l’amour sent le roussi, il faut trouver la répartie
    Afin de pouvoir dire non tout en gardant sa bonne humeur.

    La Belle au Bois-Dormant s’inquiète ; comment sera-t-elle dans cent ans ?
    La trouvera-t-on démodée ce jour-là, au premier regard ?
    Car après un siècle de diète – doublé d’anorexie s’entend –
    Sa beauté tout incommodée réclamera beaucoup d’égards.

    Cendrillon se fait un sang d’encre vermillon, rouge incandescent
    Le stratagème du chausson n’est pas le meilleur qui lui sied.
    Toutes les chinoises qui s’échancrent les pieds sous leurs rites indécents
    Peuvent lui chanter la chanson « en amour, fait ce qui te pied ! »

    Tableaux de Richard Burlet.

  • Papyrus & Mamyrus

    Papyrus & Mamyrus

    De fait, Papyrus étant scribe et Mamyrus ayant bon dos,
    Ils écrivirent un journal sur les potins illégitimes.
    Comme bien souvent sa diatribe, trop longue, occupait tout l’endos,
    Les titres, sous les fosses rénales, descendaient aux parties intimes.

    Mamyrus n’avait pas le choix et sortait nue pour exposer
    Annonces et publicités affichées aux endroits sensibles.
    Que la même idée nous échoit de nos jours va indisposer
    Tous les prudes de la cité mais l’impact sera ostensible.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:mashkovtsev.livejournal.com?skip=100 .

  • Le jardin intérieur

    Le jardin intérieur

    Mon petit jardin intérieur ne siège pas dans ma cervelle
    Mais dans l’abdomen près du cœur qui fait office de soleil.
    Parfois aux niveaux supérieurs, là où les poumons s’échevellent,
    Passent des nuages de rancœur que quelques coups de vent balayent.

    Tout ce qui remonte des tripes et que je n’ai pas digéré
    Vient décanter dans la forêt des projets encore à bâtir.
    Souvent juste au bord s’y agrippe mon petit oiseau préféré
    Qui est l’avatar phosphoré ce celle dont j’aime compatir.

    Car ton souvenir est en moi malgré l’image déformée
    Que j’ai oubliée en chemin mais peu m’importe l’apparence.
    Tu vis toujours au fil des mois comme un fantôme réformé
    Qui me soutient, main dans la main, dans mes jours de désespérance.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:mashkovtsev.livejournal.com?skip=100 .

  • Sur les traces du Petit Poucet

    Courant les bois et les forêts, je jette un œil dans les fourrés
    Et j’y vois un drôle de caillou me toiser d’un regard voyou.

    Plus loin, dormant sur une souche, un œuf reposant sur sa couche ;
    Sans doute un coucou égaré a pondu cet œuf bigarré.

    Sous une tranche de bois coupé, une coccinelle m’entourlouper
    Avec ce panneau en ébauche qui confond la droite et la gauche.

    C’est un gros matou débonnaire, un peu devin et visionnaire,
    Qui me conseille plutôt d’aller dans la direction des galets.

    Je tourne en rond dans un bosquet cherchant un signe débusqué
    Lorsqu’un galet indicateur se montre assez inspirateur.

    Sur ses conseils, une famille de petits graviers qui fourmillent ;
    Grands et petits, lapins cochons et autres animaux folichons.

    Une fleur en forme de boussole, digne bouture d’un tournesol
    Apparenté d’une rose-des-vent, me renvoie au soleil levant.

    Et j’atteins la maison célèbre, d’un couple qui crève les ténèbres,
    Où trônent Madame Lunaire et son compagnon luminaire.

    Dernier coup d’œil sur le chemin, sans doute j’y reviendrai demain
    Maintenant je peux rebrousser la piste du Petit Poucet.

    Les petits cailloux peint de Fabienne Barbier que j’ai semés sur le chemin dans la forêt d’Eschenberg.

  • Mais où sont passées les amanites ?

    Fortuitement une ammonite, découverte au bord du chemin
    Traversant une forêt suisse, me mit sur la piste aux fossiles.
    Mais je ne trouvai qu’amanites qui me saluaient de la main
    Ressemblant autant qu’elles puissent à des créatures aux faux cils.

    Sans doute sous l’effet des spores, volatiles hallucinogènes,
    L’une d’elle ôta son chapeau – regard coquin sous le chignon –
    J’en transpirais de tous mes pores sous l’effet des lacrymogènes
    Qui me rubéfiaient la peau où me poussaient des champignons.

    Je n’sais où est la part du vrai – vous me croirez si vous voulez.
    Grosse truffe me suis-je trouvé parmi ces femmes vénéneuses.
    Ce n’est pas tout ; ce qui m’effraie, ce sont tous ces petits bolets
    – Mon portrait craché approuvé – qui croissent en sylve résineuse.

    Tableaux de Rebecca Cool.

  • Schtradivarius

    Schtradivarius

    Le chat accorde ses miaulements au La de ses ronronnements
    Et devient fidèle instrument dont la musique crispe les mœurs.
    Et lorsqu’il joue de piaulements, lamentations et grognements,
    L’interprète cherche incongrûment un partenaire pour les chœurs.

    Le chat ressemble à un violon par la taille, le timbre et les cordes
    Qui seraient faites de boyaux, heureusement pas du matou.
    Allons, minous, minets, miaulons en cris de joie ou de discorde
    Mais miaulons bien, miaulons royaux et miaulons juste, un point c’est tout !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’île aux chats

    L’île aux chats

    Chat échaudé craignant l’eau froide, j’ai du mal à imaginer
    Un paradis sur pilotis pour matous en quête d’houris.
    Pourtant je les vois, la queue roide, se levant dès potron-minet
    Accompagnés de sifflotis s’en aller pêcher les souris.

    Quand l’homme aura été banni de sa planète appropriée,
    Aura-t-il droit au repêchage sous forme de réincarnation ?
    Quelle vexation, quelle avanie de se trouver exproprié !
    Mais pour échapper au lynchage, moi, j’ai choisi ma damnation :

    Mon choix du paradis félin, si j’y ai droit, est légitime ;
    J’ai toujours adoré les chats surtout les plus indépendants.
    Dieu aurait été plus malin, sans que cela lui coûte un centime,
    De créer sans prêchi-prêcha le félin comme surintendant.

    Illustration de Natalia Grinchenko.

  • Mais où sont passées les sirènes ? – 2

    J’ai pris la route du bord de mer pour ma quête envers la sirène,
    De la branche des femmes-poissons qui chantent dans le vent du large.
    Mais la belle, l’air doux-amer, se comportait comme une reine
    Parmi une foule de polissons dont elle leur assumait la charge.

    Comme une anémone-chimère et ses poissons-clowns à la ronde,
    Elle régnait dans le silence du monde profond des abysses.
    Dans cette obscurité outremer, là où seul le mystère gronde,
    Je gardais toute vigilance de peur que danger ne subisse.

    Elle a ouvert sur moi les yeux, m’a observé sans dire un mot,
    Ses sujets se sont rapprochés pour défendre leur souveraine.
    D’un geste noble et religieux, elle a chassé ces animaux
    Et je goûtai dans ses crochets le vrai baiser d’une sirène.

    Tableaux de Pedro Valencia.

  • Mais où sont passées les sirènes ? – 1

    J’ai cherché dans les lacs profonds, vert émeraude de Bavière,
    J’ai recherché dans l’or du Rhin les Lorelei, les Walkyries,
    J’ai plongé au cœur des siphons jusques aux sources des rivières,
    Mais hélas les fonds sous-marins m’ont noyé dans un daïquiri.

    J’ai alors remonté les fleuves et me suis jeté dans la mer
    Où les eaux froides et profondes abritent les belles légendes.
    Mais je n’ai ni trouvé de preuve ni pêché la moindre chimère
    Jusqu’à ce que je me morfonde au fond d’une fosse normande.

    J’ai dérivé dans les mers chaudes qui rougissent au soleil couchant,
    J’ai rencontré un dragon vert, roi des océans et sa reine,
    Puis de peur que je ne m’échaude d’un quiproquo effarouchant,
    Elle me mit la tête à l’envers et j’ai reconnu ma sirène.

    Tableaux de Rebecca Cool.

  • Ode à la Lune

    Ode à la Lune

    Do Ré Mi Fa Sol La Si Do, l’ami Pierrot est en retard ;
    Veuillez pardonner les paroles qui sont restées dans l’encrier.
    J’ai la musique en crescendo qui remonte de ma cithare
    Mais pour danser la barcarole, j’aimerais des chœurs appropriés.

    Do Ré Mi Fa Sol La Si Do, l’ami Pierrot m’a prise au mot
    Et m’a composé de sa plume une sérénade à la Lune
    Que je vous joue decrescendo, pizzicato, fortissimo
    Jusqu’à pincer à plein volume mes cordes qui vibrent à la brune.

    Do Ré Mi Fa Sol La Si Do, l’ami Pierrot m’a fait l’amour ;
    Il m’a dit que je serai sienne et la mère de son enfant.
    Tandis qu’il fabrique un landau, j’observe le lever du jour
    Et ma lyre égrène l’antienne que chante mon cœur triomphant.

    Tableau d’Alphonse Osbert.

  • Couleurs félibres

    Couleurs félibres

    Couleurs fébriles pour le félibre † qui sait lire dans la palette
    Les caractères rouge et or inscrits sur trame violacée.
    L’esprit serein et le cœur libre, le poète a dans sa mallette
    Un nuancier d’une pléthore de tons d’alcools et opiacés.

    Mais c’est surtout dans le reflet que l’âme trouve la substance
    Qui échappe aux lois de la science et rejoint la métaphysique.
    Alors l’inspiration soufflée fait renaître la persistance
    Des songes dont la subconscience en était restée amnésique.

    † Le félibre est un poète qui écrit en occitan ou bien en auvergnat, gascon, languedocien, limousin ou provençal – selon Wikipedia.

  • L’Attentacule

    La Pieuvre par l’Icare est âgée ; je viens d’en découvrir l’histoire.
    Un poulpe ailé fuyant, de Crète, le labyrinthe du Minotaure,
    S’échoua dans la mer Égée pour un accueil prémonitoire
    D’une sirène, fille secrète, de Neptune et d’une Centaure.

    Ils connurent des amours célèbres au cœur des abysses profondes
    Dont les échos retentissaient en des flots de littérature
    Qui résonnaient dans les ténèbres sous les clairs de Lune féconde
    Dont le halo garantissait une nombreuse progéniture.

    On l’appelait « L’Attentacule » dans les légendes en bleu-marine
    Et dans certains contes pervers qui font rougir les péronnelles.
    La sirène aux huit tentacules, à la queue couleur azurine,
    À la peau rose et aux yeux verts, demeure une énigme éternelle.

    Tableaux de Hillary Luetkemeyer, Tristan Elwell et Janae Corrado.

  • L’appellunaire

    L’appel de la Lune fait vibrer tous les arbres de la forêt
    Qu’ils transmettent par leurs antennes au-delà des lieues collinaires.
    Galactique et équilibré par le flux de l’astre doré,
    Des fées arrivent par centaines pour répondre à « l’appellunaire ».

    Or une seule sera choisie pour présider leur assemblée ;
    Celle dont l’aura brillera du même degré de lumière.
    Vêtues de robes cramoisies, d’azur et d’étoiles rassemblées,
    L’une se déshabillera – sans doute était-ce la première.

    Elle s’offre en toute humilité au Saint Halo qui la couronne
    Reine durant quatre semaines pendant lesquelles, consacrée
    D’un don de juvénilité, allouée d’une voix qui claironne,
    Elle envoie à toutes les humaines la force du féminin sacré.

    Tableaux de Lisbeth Cheever-Gessaman sur http:www.shewhoisart.com .

  • Ainsi je me décris

    Ainsi je me décris

    Je suis comme l’heure qui passe et est impossible à citer
    Puisqu’elle est aussitôt passée à peine qu’elle soit indiquée.
    Mes propres photos me dépassent et me donnent l’air excité,
    Trop vieux, trop jeune, trop compassé avec le ventre alambiqué.

    Mais j’ai trouvé le stratagème des métaphores sous-entendues
    Pour me décrire un peu comme ci, un peu comme ça, par ci par là.
    C’est par ce système que j’aime le portrait le moins prétendu
    Qui montre un visage indécis, sans éclat et sans tralala.

    Tableau d’Aaron Jasinski sur https:www.taringa.net+arteaaron-jasinski-pinceladas-nostalgicas-parte-2_hrdb0 ainsi que sur https:www.aaronjasinski.com .

  • La place aux légendes du sud

    La place aux légendes du sud

    Dans les villages de Pagnol, sur la place de la fontaine,
    Là, je perçois Manon-des-Sources et les santons de sa légende ;
    Le vieux menuisier espagnol, la boulangère assez hautaine,
    L’appel du café-de-la-bourse pour l’apéro et sa provende.

    Parfois le robinet crachote dans un silence religieux
    Pour rappeler à ses fidèles combien l’eau leur est généreuse.
    Et dans les familles on chuchote les secrets les plus litigieux
    Qui se transmettent à tire-d’aile aux rumeurs qui en sont acquéreuses.

    Illustration de Willy Maltaite extraite de l’album « Le jardin des couleurs ».

  • Le genre surexposé

    La mode un jour va nous prétendre que la beauté se renouvelle
    Par une peau d’opalescence et nudité surexposée.
    Bien sûr, il fallait s’y attendre, il y eut retour de manivelle
    Par une réaction intense diamétralement opposée.

    Des femmes nues se rencontrèrent un peu partout au coin des rues
    Afin de revendiquer leur sexe par leurs tenues déshabillées.
    La censure, au début sévère, s’y plia et puis disparut
    Mais ce ne fut pas unisexe car les hommes restèrent habillés.

    Ah oui, j’ai omis de vous dire qu’on vota une loi bien stricte
    Empêchant les hommes de bander lorsqu’ils sont sur la voie publique.
    Comme on aurait pu le prédire, ils durent cacher la vindicte
    De leur phallus vilipendé derrière des refuges éthyliques.

    Tableaux d’Andrej Mashkovtsev sur www.soseul.pe.krxeAura141472 .

  • L’Orient-Express Lunaire

    La Lune voyage en première comme voyageuse attitrée
    Par le grand réseau ferroviaire des trains de nuit homologués.
    Émettant très peu de lumière derrière les cloisons vitrées,
    Toutes les étoiles convièrent à s’y trouver cataloguer.

    Des contrôleuses aux seins nus organisèrent ces convois
    Avec porteurs assermentés pour la sécurité des astres.
    Il fut de surcroît convenu qu’il était important qu’on voie
    L’organisation exemptée du moindre insignifiant désastre.

    J’ai connu ces compartiments souvent dans les wagons de queue
    Isolés des têtes du train et du bruit des locomotives.
    La Lune montait hardiment avec un porteur obséquieux
    Qui l’installait avec entrain d’une prévenance émotive.

    Bien sûr, le soleil fut fâché et se cabra avec colère
    Des chemins de fer lacunaires qui jetaient la consternation.
    Dès l’aube, on l’voyait rabâcher toutes ses imprécations solaires
    Envers l’Orient-Express Lunaire filant vers les constellations.

    Tableaux d’Andrej Mashkovtsev sur www.soseul.pe.krxeAura141472 .

  • Emmanché d’un long cou

    Emmanché d’un long cou

    Je l’ai plutôt vu majestueux s’envoler soudain sans un bruit
    Où arriver d’je ne sais où et atterrir dans le silence.
    Quant à son pas présomptueux ou son long cou d’oiseau instruit,
    Sa tête, cachée entre les houx, ondulait avec vigilance.

    Il vit sur l’île d’eau-l’héron baptisée ainsi en l’honneur
    Du grand Oiseau-Roi blanc et gris qui règne sur tous ses canards
    Qui nagent en faisant des ronds, puis plongent au petit bonheur
    Pour gober un insecte aigri d’être dévoré au plumard.

    Quand les estivants abandonnent l’île après avoir trop nagé,
    Celle-ci attend le retour du pauvre monarque exilé.
    Il reste paisible et s’adonne à son plaisir apanagé :
    Guetter ses proies aux alentours, hélas les poissons ont filé.

    (Photo de Viktor Lyagushkin et fable de Jean de La Fontaine
    « Un jour sur ses longs pieds, allait, je ne sais où, le Héron au long bec emmanché d’un long cou. ».)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.